I. Ijes étais croisés au 1er siècle de leur existence
pèlerins ou des marchandises,1 et les marchands y trouvaient de fréquentes occasions pour écouler vers l'Europe les produits de l'Orient. Après Acre venait Tyr, ville florissante, vaste entrepôt, offrant aux navires nationaux ef~étrangers un refuge particulièrement sûr, grâce à son double port et à ses bonnes fortifications.2 Beyraut n'était pas en état de soutenir la comparaison avec les deux villes précédentes; cependant elle était plus rapprochée de Damas et son port était excellent ; dès cette époque, ces deux circonstances contribuaient à développer dans ses murs la vie et le mouvement.8 Par la même raison, mais sur une moindre échelle, le petit port de Caïffa devait une certaine importance au passage des caravanes venant de Tibériade. Tons les ports que nous venons de nommer appartenaient à la partie septentrionale du royaume; la partie méridionale, elle, n'en avait aucun assez vaste pour assurer un abri suffisant aux navires marchands: Césarée,4 Jaffa,5 Ascalon6 étaient dans ce cas. Cependant, malgré cet inconvénient, comme le port de Jaffa était le plus rapproché du centre du royaume et du principal objectif des pèlerins, il fut très fréquenté par les vaisseaux d'Occident tant que les Latins restèrent maîtres de Jérusalem; et même après la chute de la Ville sainte, comme l'accès en était toujours permis aux pèlerins occidentaux, ce trafic ne cessa jamais complètement. Le grand commerce avait d'ailleurs peu à faire de ce côté, car, au point de vue de l'importance commerciale, Jéritsaletn ne pouvait pas se mesurer avec des villes maritimes telles qu'Acre et Tyr. Elle était bien reliée à l'Egypte et à l'Arabie par des routes commer- " ciales, et on trouvait dans ses bazars des épices de l'extrême Orient; mais le commerce se bornait à un mouvement tout local, aux besoins d'une cour qui n'était pas précisément riche, d'une population peu nombreuse et d'une masse flottante de pèlerins; c'est à ces besoins que correspondaient, par exemple, les boutiques de changeurs, de drapiers, d'orfèvres tenues par des Francs ou par des indigènes, dont il est parlé dans les descriptions de Jérusalem à cette époque.7 Dans ces conditions, Jaffa, port de Jérusalem, ne pouvait pas devenir un centre d'échanges
1 Theod. L c ; Anon. lat., dans Vogué, op. c. p. 431 : Wilbr. ab Oldenb., éd. Laur., p. 163: Burchardus de Monte Syon, ibid. p. 23: Phocas, dans le Ree. des hisl. des crois., hist. grecs, I, 533: Benj. de Tudèl., éd. Àsher, p. 64; Jacq. de Vitr. p. 1067.
* Tbeoder. L c. p. 111: Benj. de Tud. p. 62 et s.: Jacq. de Vitry, 1. c.
8 Aboulf. Qéogr. II, 2, p. 25 et s.; Phocas, L c. p. 531.
4 Guill. de Tyr, X, 15: Jacq. de Vitr. p. 1067.
6 Cf. Tobler, Topographie von Jérusalem und seinen Umgcbungen. II, 585.
8 Aboulf. Qéogr. II, 2, p. 17.
1 Les deux descriptions de Jérusalem qui se trouvent dans Ernoul et dans la continuation de Guill. de Tyr, de Rothelin, ont été réunies dans le 3e vol. de la série géographique publiée par la Société
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/. Fondation des colonies commerciales.
important entre l'Orient et l'Occident; cependant, à l'époque de la domination franque, ses bazars étaient bien approvisionnés.1 Plus au sudt Ascalon était aussi le centre d'un assez grand trafic;2 mais, par le fait de son voisinage de l'Egypte et de la facilité d'atteindre ce pays à partir de là, soit par mer soit par terre, en suivant le long de la côte la route de Gaza, son port était plutôt un intermédiaire entre la Syrie et l'Egypte qu'entre l'Orient et l'Occident
Nous avons passé en revue toute la côte des états croisés, de Soueïdièh à Gaza, et indiqué les ports où venaient s'entasser les produits de l'Orient en quantité plus ou moins grande, en attendant les occasions de départ pour l'Europe. Il nous reste à savoir si les marchands francs établis dans ces ports recevaient directement leurs marchandises des Orientaux, ou s'ils allaient en personne faire leurs achats sur les marchés musulmans. Nous n'avons à cet égard, pour l'époque correspondant à l'apogée des états croisés, que des renseignements à peu près nuls. Pour les temps postérieure, nous devons admettre que les deux procédés étaient usités.3 En effet, il est prouvé que, vers le milieu du XIII0 siècle, les Vénitiens allaient vendre et acheter à Damas et sur divers autres points du territoire musulman;4 et, d'un autre côté, nous trouvons à Acre, à côté de la corporation des marchands francs, un grand nombre de chrétiens et de Juifs orientaux6 qui vivaient du commerce; de plus, on y voyait ces grands marchands de Mossoulfi que signale un passage de Marco Polo; cet illustre voyageur raconte que ce sont les "Mosolins* qui font le commerce des épices, des soieries et des brocarts d'or ; d'après cela, il nous est permis de supposer que c'étaient eux qui importaient
de l'Orient latin (Itinéraires à Jérusalem , rédigés en français aux XI* , XII* et A'///0 siècles). Le» passages qui ont trait au sujet de cette étude se trouvent p. 34, 38, 42 et s., 146, 147, 155.
1 Aboulf., CJéogr. H. 2, p. 17.
! Benj. de Tud., éd. Asher, I, 79, 80.
8 C'est avec des cris de joie et d'espérance que la chrétienté d'alors apprit les conquêtes de Gengis-Khan; la nouvelle en fut apportée dans les états croisés d'un côté par des gens du comte Raimond (des espions ou des marchands?) arrivant de l'intérieur de l'Asie, de l'autre par des "mercatores (de nationalité orientale?) a partibus Orientis species aromaticas et lapides pretiosos déférentes:" Lettre de Jacq. de Vitry, écrite vers Pâques 1221, dans d'Achéry, Spicilcgium, HJ, 591 b, et
dans Zarncke, Der Pricstcr Johantics, Suppl. II, p. 14 (dans le voL VUL de la Philol. hist. Cl. dcr surfis, (les. àcr WissJ
4 Taf. et Thom. II, 397 et s.
6 Wilbrand d'Oldenbourg (éd. Laurent p. 163) trouva la population d'Acre composée d'éléments grecs et syriens, juifs et jacobites.
a Assises dcJérus. H, 178: Contin. de Tyr, p. 474. Les Mosserins de ces deux passages sont certainement les mêmes que les Mosolins de Marco Polo, et il ne faut pas confondre ces termes avec celui de Moslems; dans les Assises, ces derniers sont toujours désignés sous le nom de Sarrasins. Cette observation s'applique également au passage "Musaucus Hossolinus habitator Adonis," d'une charte de 1268, citée par Mas-Latrie, Hist. de Chypre. U. 74.