IL
3 Voici le texte de ce passage, d'après l'édition de Reinerus Reineccius (Magdeb. 1587) n° 13: "Fida relatione habui, quod in ea (civitate) serici et zameloti textores sunt 4000 et supra." Le dernier éditeur de Burchardus a préféré, avec raison du reste, une autre version à celle-là; voici celle qu'il a adoptée (p. 25, éd. Laurent): "De aerico in ea multa fiunt opéra ; audivi pro certo, quod essent in ea textores serici et cameloti et similium amplius." Il est évident qu'après le mot amplius un chiffre est omis; les bons manuscrits le donnent:
en effet, on y lit; amplius quam quatuor millia; voy. Neumann, dans VOsterr. Monatschrift fur den Orient, 1880, p. 76.
4 Makrizi, Uist. des sidtans mamlouks, éd. Quatremère, II, 1, p. 103.
• Edrisi, I, 349: Michel, L c. I, 208. 0 Edrisi, I, 339.
7 Ritter, Erdk. XVII, 1, p. 622; XVII, 2, p. 1358, 1391.
■ Benj. de Tudèl., éd. Asher, I, 63.
n Ibid. I, 58, 63, 65, 69, 75 , 78 , 79: Carmoly, Itinéraires de la terre sainte, p. 129 et passim ; cf. Ritter, Erdk., XVII, 1, p. 379.
10 A Jaffa et à Tyr: Carmoly, L c.
p. 248, Edrisi, I, 349.
180 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.
l'excellente qualité de la matière première (la potasse extraite des cendres) fournie par le pays même et la grande habileté des ouvriers, presque tous encore des Juifs; le commerce le répandait au loin et y trouvait de grands bénéfices.1
Par tout ce qui précède, on voit combien la Syrie était riche en articles d'exportation. Mais il est certain que les vaisseaux qui allaient y chercher les produits du Levant n'y arrivaient pas sur lest; ils apportaient des chargements d'articles d'Occident. Les chevaliers et les grandes dames d'Occident qui s'étaient établis dans les châteaux de la Syrie, les ecclésiastiques élevés aux sièges épiscopaux et abbatiaux, les bourgeois des villes franques transplantés dans les villes du pays avaient besoin d'une foule d'objets que pouvait seule leur fournir l'industrie de leur ancienne patrie; les indigènes même apprenaient par eux à connaître les étoffes et les ustensiles d'Europe; il est certain que Ton dut faire alors, pour introduire les produits de l'Occident sur les marchés d'Orient, des efforts dont nous n'avons plus que des preuves insuffisantes. A ce trafic commercial s'ajoutait un mouvement extraordinaire de voyageurs entre l'Europe et la Palestine; ecclésiastiques et chevaliers, pèlerins et marchands, aventuriers et industriels se présentaient chaque jour assez nombreux pour que pas un vaisseau ne courût le risque de voyager à vide. Le trafic était assez actif pour qu'en dehors des vaisseaux expédiés isolément on dût faire partir de temps en temps de véritables flotilles, dites alors caravanœ*, et les marchands, surtout lorsqu'ils emportaient avec eux des objets de prix, préféraient ce mode de voyage, qui leur garantissait une plus grande sécurité contre les corsaires. On organisait généralement, dans les ports occidentaux, deux grands départs dans la bonne saison: le premier vers Pâques,3 le deuxième vers la Saint -Jean -Baptiste; 4 cependant le départ du printemps était parfois
1 Guill. de Tyr, XIII, 3; Jacq. de Vitry. p. 1098 (avec Tyr il mentionne encore Acre) : Benj. de Tudèl., I, 63: Edrisi, I, 349. Les quelques Juifs qui habitaient à Antioche s'y adonnaient aussi à la fabrication du verre : Benj. de Tudèl. I, 58.
1 Taf. et Thom., II, 391 et ss. Cf.
Annal. Jan. p. 238, 239, 412, 457, 489, 508; Dandolo, dans Murât., SS., XII, 371 ; Cont. de Guill de Tyr, p. 447, 610. Ce mot vient de l'arabe cairawan, qui est lui-même un dérivé du persan karwan :
Voy. Dozy et Engelmann, Glossaire des mots espagnols et portugais dérin's de
l'arabe (Leyde 1869) p. 249 : Devic, Met. des mots français d'origine orientale, p. 85.
3 "Passagium pascha» s. Martii," Paoli, Cod. dipl I, 125: Raynald. Annal. eceUs. ad an. 1238, n° 26: Roger, de Hoveden, éd. Stubs, IV, 187, "passage de Marz":
Villeh., éd. de Wailly, p. 44; on trouve aussi le terme général "traversée du printemps, passagium veruale, transitus vernalis": Oliv. Scholast, De eapticne Damiatee. éd. Bong. p. 1188: Jacq. de Vitry p. 1138: Guill. de Tyr, XVII, 8, etc.
4 "Passagium wstivale , passagium S.
Johannis"; v. les lettres de Grégoire IX,
/. Les états croisés au 1er siècle de leur eaistence.
reculé jusqu'au mois de mai,1 celui d'été jusqu'au mois d'août ou de septembre.2 Au commencement du XIIIe siècle, les Yénjtiens organisèrent encore un départ d'hiver8 pour la Syrie, mais, en règle générale, le nombre des départs resta fixé à deux par an jusqu'en 1278; à cette époque le sénat de Venise décida qu'il ne partirait plus chaque année qu'une flotille au mois d'août, pour la Syrie, l'Arménie, l'Egypte et Chypre; défense était faite aux navires expédiés vers une autre destination de s'écarter de leur route pour visiter ces pays;* cette réduction dans le nombre des départs était probablement commandée par le besoin qu'on avait d'un plus grand nombre de vaisseaux pour de nouvelles lignes à desservir. L'arrivée d'une de ces flotilles était toujours le signal d'un regain d'activité commerciale dans les ports du Levant, et pendant toute la durée de son séjour il s'organisait comme une sorte de foire. Cependant les nombreux marchands occidentaux établis à poste fixe dans les ports de Syrie avaient soin de ne jamais laisser leurs magasins dégarnis et tenaient toujours boutique ouverte, de sorte que le mouvement d'échange entre les produits de l'Occident et ceux de l'Orient durait toute l'année; il est donc juste de reconnaître que ces colons faisaient en réalité beaucoup plus pour le commerce du Levant que les marchands qui ne faisaient qu'aller et venir avec les flottes marchandes.
La traversée de la Méditerranée n'offrait pas beaucoup de difficultés. Ceux mêmes qui redoutaient de s'aventurer en haute mer pouvaient faire le voyage; ils n'avaient qu'à suivre les côtes d'Europe, si développées dans la Méditerranée, à courir de l'une à l'autre des îles si nombreuses dont elle est semée, pour trouver de bons points d'arrêt et de commodes gîtes d'étape. Il était d'ailleurs encore rare, à cette époque, que l'on se risquât hors de la vue des côtes; pour n'en donner qu'un exemple, nous voyons que les croisés et les pèlerins partis de la mer du Nord, 5 après avoir passé le détroit de Gibraltar,
dans Reynald, 1. c. n° 2, de S( Louis, dans Duchesne, V, 432, de Guillaume, patriarche de Jérusalem, dans la Biblioth. de l'école des chartes, 4° série, T. IV, p. 124.
1 Duchesne, 1. c.
■ Duchesne, L c; Guill. de Tyr, XI, 20; Paoli, 1. c. Dal Borgo, Dipl. Pis., p. 185. Taf. et Thom. m, 36: Mas- Latrie, Traités de paix et de commerce, Suppl. p. 2, 3 : "Caravana Augusti," dans la "Commission pour la Crète" de l'an 1360 publié par Thomas, Abh. d. bayr. Akad.
CL I, vol. XIV, Sect. 1, p. 195; Bibl.
de Vie. des Chartes, 4° série, T. IV, p. 124.
3 Taf. et Thom., II, 261.
* Collect. des doc. inéd., Mélang. hist., UI (1880) p. 17.
5 On peut voir les journaux de route de quelques uns de ces pèlerins, dans Adam de Brèm., Perte, SS. VII, 368 (addit) et d'après lui, dans les Annal. Stad. ibid. XVI, 340; et encore dans la Chron. d'Emon et de Menkon, Perte SS.
XXITI, 478 et ss., 554 et ss. Tous ces pèlerins firent escale dans le port de Marseille.
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