I. Les états croûtes au 1er siècle de leur existence
Tout cela resta heureusement à l'état de projet Les Génois finirent par comprendre que toutes les entraves possibles se briseraient à la longue sans empêcher l'essor de la marine provençale. Les traités conclus au cours du XIIIe siècle entre les communes de Gènes et de Montpellier ne portent plus trace des prétentions exagérées de Gènes, et l'on y trouve les noms de marchands de Montpellier qui font des séjours à Constantinople ou en Syrie, sans que Gènes élève de réclamations contre l'extension du commerce de sa rivale.1
Tandis que les Provençaux échappaient indemnes à l'oppression des Génois, Amalfi était victime de la jalousie d'une rivale. Voici comment: pendant le règne de Roger II, Pise trouva bon de s'immiscer dans les affaires du royaume normand d'Italie; le roi cherchait à concentrer le pouvoir entre ses mains, et cette prétention avait suscité une révolte de ses barons; d'accord avec le pape Innocent H, les Pisans leur offrirent leur appui et envoyèrent à leur aide des vaisseaux de guerre et des troupes.2 En même temps, l'occasion leur parut bonne pour assouvir leur haine contre Amalfi. Un beau jour, une flotte de quarante -six galères investit la ville à l'improviste, s'empara, grâce à cette surprise, de la ville et des points fortifiés situés aux environs, mit tout au pillage et finit par incendier les maisons et brûler les vaisseaux ancrés dans le port (4—5 août 1136).8 Deux ans plus tard, une flotte de Pise apparut de nouveau dans les eaux de l'Italie méridionale; elle venait là pour opérer une diversion, tandis que l'empereur Lothaire envahissait le royaume de Roger; peu s'en fallut qu'Amalfi ne subît le même sort que la première fois; ses habitants ne détournèrent le danger qui les menaçait qu'en payant tribut et en promettant hommage; les Pisans se contentèrent de ravager les environs et l'orage alla éclater dans toute sa force sur la malheureuse Salerne (juillet et août 1137).* Mais l'invasion de 1135 avait suffi déjà pour briser la puissance commerciale d' Amalfi, par suite du soin qu'avaient pris les Pisans d'anéantir la flotte de leur rivale. A partir de cette époque, on remarque que les Amalfitains déploient moins d'énergie en Orient, ils deviennent moins entreprenants; c'est à cette catastrophe qu'il faut l'attribuer en grande partie. Cependant il
dans un diplôme accordé en faveur des Génois en 1191: Ibid. I, 371.
1 Germain, Hist. de la commune de Montpellier, H, 427, 469 (Lib.jur. I, 761, 1148.).
• Alexandri Telesini abb., De rébus gestis Rogerii, dans Del Re, Oronisti e scrittori sincroni Napoletam I, p. 121 et s., 12», 132, 140 et s., 148; Falco Benev.
«&ttf.,p. 220, 222, 225, 227 et s.; Romuald Salent., dans Pertz SS. XIX, 420—422; cf. Epist. Wibaldi, 324. éd. Jaffé.
8 Alex. Teles. /. c. p. 140; Falco Benev. ib. p. 227; Romuald, l. c. p. 421; Marangonis Annal. Pis., dans Pertz, SS. XIX, 240; Annal. Saxo, SS. VI, 774.
4 Falco Benev. p. 232 et s.; cf. Marangonis Annal. Pis. p. 241.
190 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.
y avait aussi autre chose. Si Amalfi se laissa distancer par toutes les autres nations en Orient, c'est qu'elle était tombée au pouvoir des Normands et que les princes de cette race avaient la main lourde et ne s'accommodaient pas plus des libertés municipales des bourgeois que des immunités des barons. Quand Roger II monta sur le trône, un de ses premiers actes fut une atteinte à l'antique indépendance d'Amalfi. La ville était entourée de châteaux - forts qu'elle considérait comme les boulevards de sa liberté. Roger exigea qu'elle en retirât ses garnisons pour y recevoir des troupes royales; les Amalfitains s'y étant refusés, le roi fit un coup de force, s'empara des châteaux1, et Amalfi vit ses anciens remparts transformés en bastilles menaçantes. Sous cette contrainte, les bourgeois furent réduits à taire l'abandon de leurs libertés municipales, et avec elles, ils perdirent peu à peu leur énergie et leur esprit d'entreprise.