‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 48 sur 145 · Byzance sous les Comnénes et les Anges · texte numérisé non relu

Byzance sous les Comnénes et les Anges

Aux guerres contre les Normands succéda dans tout l'empire grec une période de calme, mais d'un calme passager, que la première croisade n'allait pas tarder à troubler profondément. Cette entreprise des Occidentaux était bien, en effet, de nature à causer aux maîtres de l'empire les soucis les plus graves. Déjà, par le seul fait du passage de ces bandes innombrables, mal disciplinées, l'ordre de l'état, le bien-être de ses habitants recevaient de sensibles atteintes. Mais ce n'était encore que le moindre mal: c'était sur l'empire lui-même, sur son existence, que planait un danger incessant, car la vue de ces pays fertiles et de ses habitants efféminés était faite pour éveiller chez les croisés la tentation de s'emparer de la Grèce, si commodément placée pour servir de point d'appui à leurs nouvelles possessions de Syrie; et les empereurs grecs n'auraient pas été en état de résister aux forces réunies des puissances occidentales. La première croisade se passa encore bien, car ses chefs n'avaient qu'une idée fixe, un but, la Syrie; mais les armées succédaient aux armées, les flottes aux flottes et chaque fois c'étaient pour l'empereur de nouvelles transes. Dès l'origine Alexis avait adopté une attitude de réserve défiante qui ne tarda pas à dégénérer en hostilité marquée. Quand les flottes génoises et pisanes, destinées à coopérer à l'achèvement des états croisés, traversaient les eaux de l'empire, elles avaient à subir des attaques de la part des garnisons des îles ou des flottes impériales, et ne se faisaient pas faute de prendre leur revanche.

1 Alex. Telea. I. c. p. 103—106.

IL Byzance sous les Comnènes et Us Anges.

Ainsi, en 1099, une flotte pisane qui faisait voile pour la Terre- Sainte sous la conduite de l'archevêque Daibert, trouva aux îles Ioniennes une garnison grecque qui tenta de s'opposer à son passage; elle s'en ouvrit un de vive force, prit et pilla les îles de Corfou, Céphalonie, Sainte-Maure et Zante;1 une flotte grecque lui donna la chasse dans la mer Egée, l'atteignit et l'attaqua entre Rhodes et la ville de Patara en Lycie.2 Certaines chroniques postérieures racontent qu'au retour cette flotte se vengea en s'emparant de plusieurs villes grecques^8 mais comme elles rapprochent de ces faits des concessions accordées par l'empereur Jean ( Kalojoannes ) , qui ne monta sur le trône que beaucoup plus tard, et que, d'ailleurs, les plus anciennes chroniques ne font aucune mention de ce renouvellement du conflit, on peut admettre que ce renseignement n'a aucune valeur et le négliger tout simplement Un an après le départ de cette flotte pisane, une flotte génoise faisait voile à son tour pour l'Orient; un amiral grec ne cessa pas de la harceler;* à l'automne de l'année 1101, après la prise d'Arsouf

1 "Proficiscendo Leucatam et Cefaloniam urbes fortissimas expugnantes exspoliaverunt, quoniam Jerosolymitanuro iter iropedire consueverunt." Oesta triumphcUta per Pùanos facto, dans Murât, SS. VI, 99; Maraugone, dans YArchiv. stor.

ital. VI, 2, p. 7, et Perte, SS. XIX, 239. Les noms des deux autres îles, Corfou et Zante, sont donnés par Anne Coinnène, Alex., éd. Bonn., II, 115: cet écrivain place à l'année 1103 la date du pillage des îles Ioniennes par les Pisans et moimême je supposais autrefois (Colon, commère. I, 22, not) avec Lebeau, Wilken et Sybel, que les Pisans avaient renouvelé leurs ravages dans ces îles à l'occasion d'une croisade entreprise en 1103; mais une étude plus approfondie des détails, qui concordent d'une manière si étonnante dans les récits des chroniqueurs pisans et dans celui d'Anne Comnène, m'a donné la conviction que le Biographe de Daibert. dans les Memorie di più nomini Mustri (LU, p. 22 — 23) et Kugler (Boemund und Tancred p. 59 et s.) ont raison de croire qu'Anne a fait une confusion de dates, suivant son habitude et qu'elle a placé en 1103 des faits qui appartenaient en réalité à l'année 1099. En tout cas, ce qui est bien établi, c'est qu'une flotte

pisane commandée par Daibert a attaqué les îles Ioniennes; dans l'enquête qui eut lieu plus tard, un des faits relevés contre lui était d'avoir provoqué le massacre des chrétiens grecs de Céphalonie (Alb. d'Aix, IX, 16, dans Bongars, p. 332.).

* Anne Comnène est le seul auteur qui avance ce fait, II, 116 et s.

1 Annal, rer. Pisan., dans Ughelli, //. sacra, 2° éd. X, 99; Chron. brève Pis., *b. p. 118; Mich. de Vico , dans Murât. SS. VI, 168; Ranieri Sardo, dans YArchiv.

stor. it. VI, 2, p. 79. Au retour les Pisans auraient trouvé l'occasion d'enlever et de faire prisonnier le propre fils de l'empereur: Tronci, Annal. Pis. p. 37; Roncioni, Tstorie Pisane : Archiv. stor. ii. VI,

4 Anne Comn. II, 121 et s. Si l'on admet, comme je l'ai fait plus haut, que le conflit entre les Grecs et les Pisans, relaté par Anne Comnène, éclata en 1099 au lieu de 1103, la chasse donnée par la flotte grecque à une flotte génoise ayant eu lieu l'année suivante, d'après Anne Comnène elle-même, la date de ce fait serait l'an 1100; or cette date est précisément celle d'une croisade entreprise par les Génois. Caflaro, dans Perte, XVIII,

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et de Césarée, elle rentrait dans la patrie; à hauteur d'Ithaque1 elle rencontra une nombreuse flotte grecque, dont le chef voulut éprouver la valeur des Génois; mal lui en prit et il dut faire des ouvertures de conciliation. Les négociations entamées à Corfou se continuèrent à Constantinople; les Génois étaient représentés par Raynaldus de Rodulfo et Lambertus Ghetus, qui se rendirent de Corfou à la cour de l'empereur Alexis pour les suivre; il n'est pas impossible qu'ils aient obtenu à cette occasion certains privilèges qui favorisèrent le développement du commerce de leur nation dans l'empire grec. *

Mais Bohémond préparait à l'empire de plus graves embarras. Réduit à la dernière extrémité dans sa principauté d'Antioche, il chercha pour la sauver à organiser une grande croisade, dont le premier acte devait être le renversement du trône de Constantinople. Pour recruter des alliés il parcourut la France et l'Italie (1105 — 1106), excitant partout les esprits contre Alexis, qu'il accusait d'avoir, tantôt par ruse, tantôt par violence, causé une infinité de maux aux croisés. Pour détourner l'orage qui s'amassait sur sa tête, Alexis adressa à un grand nombre de princes et de villes d'Occident, notamment à Pise, à Gènes et à Venise, des missives dans lesquelles il se défendait des accusations portées contre lui et adjurait les puissances de ne point s'allier au prince normand. 8 A Venise il eut facilement gain de cause; fidèle à sa politique, la république envoya sa flotte opérer sa jonction avec la flotte grecque à titre d'alliée.4 Gènes et Pise observèrent tout au moins la neutralité et se tinrent à part pendant la guerre d'invasion menée par le prince normand. On sait que cette guerre tourna à la confusion de Bohémond et se termina par un traité humiliant pour les Latins (1108); cependant l'empereur prit l'engagement de protéger à l'avenir contre les dénis de 'justice tout individu qui traverserait son territoire pour se rendre dans les états croisés.6

Les événements que nous venons de raconter en quelques mots eurent une influence directe sur la fondation de la colonie commerciale des IHsans à Constantinople. Nous savons qu'au moment où la guerre allait éclater entre lui et Bohémond, Alexis avait cherché à attirer Pise dans son parti. Il y eut à cette occasion entre Constantinople et la république de fréquentes allées et venues d'ambassadeurs. A diverses reprises

1 Le Val de Compar, c'est Ithaque; v. Uzzano, p. 218; Bened. Petrob., Oesta Ricardi, éd. Stubbs H, 198, 203; Georg. Gemnic, dans Pez, Thes. anecd. II, 3° part, p. 633; Archiv. Venet., 20, 93; Sanudo, Diarii, m, 444, 488, 498 et s., V, 883, 1009.

1 Caffaro, De libération* eiritatum Ori-

entis, dans Pertz, op. c. p. 46; cf. les commentaires d'Ansaldo sur ce livre, dans les Atti délia Società Ligure, I, 1, p. 70.

8 Anne Comnène, H, 132 et s.

4 Dandolo, p. 261.

6 Fouch. de Chartres dans le Recueil des historiens des croisades, p. 418.

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les négociations furent rompues. Il paraît cependant qu'en 1111, le Couropalatès Basilius Mésimérius1 aurait fait à Pise de la part d'Alexis des ouvertures assez avantageuses pour amener une entente. Satisfaits de ses déclarations, les Pisans prirent rengagement de s'abstenir à l'avenir de tout acte d'hostilité à l'égard de l'empire byzantin et de payer une indemnité à la première réquisition de l'empereur, si quelqu'un d'entre eux venait à violer cette promesse ; de plus, tout Pisan habitant Constantinople ou un autre point quelconque de l'empire devait, en cas de besoin, être astreint à prendre les armes pour la défense de l'empire contre ses ennemis éventuels. Ces engagements furent mis par écrit et le document remis entre les mains de Mésimérius le 18 Avril 1111. Cependant, dès l'automne de la même année, une flotte combinée, composée de vaisseaux de guerre pisans, génois et autres, de nationalité italienne, prenait la mer pour aller mettre à feu et à sang les côtes de l'empire grec:* cette conduite, en contradiction flagrante avec les engagements précédents, était sans doute motivée par les retards apportés du côté d'Alexis à l'exécution de ses promesses. L'empereur prit habilement ses mesures et fit échouer complètement l'attaque projetée; mais enfin, fatigué de ces perpétuelles dissensions, il se détermina, au mois d'octobre 1111, à remettre à l'ambassadeur pisan spécialement envoyé pour le recevoir un diplôme dont nous allons analyser les principales dispositions.

Rappelant les événements des années précédentes, Alexis s'engage à ne plus mettre dorénavant d'entraves d'aucune sorte aux croisades entreprises par les Pisans, et à garantir ceux qui sont fixés dans ses états contre tout déni de justice. En témoignage de sa haute bienveillance pour la république, il promet de faire chaque année à la cathédrale et à l'archevêque de Pise un présent composé d'une somme d'argent et de pièces de soie. Les marchandises expédiées de Pise pourront être librement débarquées et mises en vente sur tout le territoire de l'empire. Les Pisans n'auront aucun droit à acquitter pour les importations d'or et d'argent: pour les autres articles, ils paieront un droit de 4%; 8 pour les marchandises achetées dans l'intérieur de l'empire et transportées par eux sur un autre point du territoire, ils seront soumis aux mêmes droits que les indigènes. On leur assignera à Constantinople un quai {<5xâ\a) et un quartier convenable comprenant des maisons

1 Nous trouvons le même personnage douin reçut la nouvelle de l'insuccès de chargé par Alexis d'une mission à la cour cette expédition pendant qu'il était occupé romaine, dans Jaffé, Reg. Pontif. n° 4782. au siège de Tjr, qui eut lieu, précisément

• Anne Comnène, II, 264 et s., 270 et pendant cet hiver là; v. Wilken, Oesrh. s.: suivant elle, l'hiver approchait; c'était der Kreuxx. II, 227 et sa. l'hiver de 1111 à 1112, car le roi Bau- 1 Karà fl*ootntnt *V.

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d'habitation pour eux et des magasins pour leurs marchandises. On leur concédera pareillement des locaux dans toutes les villes et îles de l'empire où ils ont coutume d'atterrir. Pour rendre agréable aux marchands le séjour de Constantinople, on leur garantit des places réservées à l'église de Sto Sophie pendant le service divin et à l'hippodrome pour les représentations publiques. Enfin l'empereur s'engage à faire prompte justice de toute insulte ou de tout rapt qui pourront être commis à l'égard des Pisans, et il leur promet des satisfactions en cas d'insultes, et des dommages-intérêts en cas de vol. Toutes ces clauses sont acceptées et garanties par le prince Jean, son fils et son héritier présomptif1 Les Vénitiens ne pouvaient voir sans un déplaisir bien naturel des rivaux prendre pied sur un terrain où seuls, à peu près, ils avaient jusqu'alors été les maîtres. Si l'on veut se faire une idée de leurs efforts pour écarter du marché de la Grèce tous les autres étrangers, nous pouvons en citer un exemple bien caractéristique. Une flotte portant des croisés vénitiens avait pris ses quartiers à Rhodes pendant l'hiver de 1099 à 1100; une escadre pisane qui naviguait également vers la Palestine vint l'y attaquer et se fit battre: les Vénitiens firent à cette occasion des prisonniers: ils ne les gardèrent pas longtemps, mais, en leur rendant la liberté, ils exigèrent d'eux la promesse de ne jamais mettre les pieds en Romanie pour affaires de commerce. * Et voici que les Pisans obtenaient la concession d'un quartier marchand et se préparaient à imprimer un surcroît d'activité au trafic qu'ils avaient pu jusqu'alors entretenir avec Byzance! H est vrai que les relations des Vénitiens avec le monde grec dataient de loin, et qu'ils jouissaient de la franchise des droits de douane à l'exclusion de toutes les autres nations;8 c'était là un tel avantage qu'ils n'avaient pas

1 Ce diplôme, qui contient en même temps l'exposé des négociations préliminaires, a été intercalé dans un diplôme postérieur d'Isaac l'Ange; on le trouve: en grec dans Miklosich et Millier, Acta et dipl.graeca, m, 9 — 13; en latin, dans Dal Borgo, Dipl. Pis. p. 161 — 154; et dans les deux langues, dans les Docum.

sulle rdaxûmi toscane eoW Oriente, p. 43 —46, 62—64. Tronci, L c p. 37 et Roncioni p. 162, donnent les traits principaux d'un autre diplôme plus ancien, qui aurait été accordé par Alexis en faveur des Pisans, et dont on pourrait croire que ces auteurs ont eu le texte original sous les yeux; ils lui attribuent la date de 1100:

mais tout cela paraît être une invention ou une falsification Ce diplôme aurait déjà garanti aux Pisans la franchise complète des droits de douane; or, il ressort de ce qui précède et de ce qui suivra, qu'ils n'en étaient pas encore là : suivant les mêmes éditeurs les colons auraient obtenu par la même occasion l'autorisation d'élire librement leurs consuls; cela est peut-être prématuré.

» Hist. transi S. Nicolai, dans Cornélius, Eccl. Venet. IX, 8, 9. Dans l'extrait qu'il en donne, Dandolo ne fait point mention de cette condition.

1 Movoi tûv ànârtvr ràç «or* tftnoçlav iîxoTaç ovôtvi 'Petfiaiw naç/axorto: Cinnam., éd. Bonn. p. 281.

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grand chose à craindre de leurs nouveaux concurrents, et, s'ils l'emportaient de ce côté sur leurs rivaux, ils avaient conscience d'une supériorité encore plus grande sur les Grecs, incapables de lutter d'énergie et d'activité avec les Occidentaux, soit dans les arts de la guerre, soit dans ceux de la paix. Les richesses qu'ils avaient acquises dans le commerce contribuaient à accroître chez eux le sentiment de leur valeur et ce n'est probablement pas sans motif que l'historien byzantin Cinnamus les accusait de déployer une morgue insolente à l'égard des Grecs, nonseulement de ceux de basse classe, mais même des plus hauts dignitaires, de ceux qui portaient le titre de Sébastos, ou d'autres encore plus éclatants.1

Après la mort d'Alexis (1118), le doge Domenico Michiel envoya des ambassadeurs à son successeur vJeajL.IL (Kalojoannès) pour lui de- j ttuLst^ mander la confirmation des privilèges autrefois accordés par son père; y/ITt?^ le nouvel empereur refusa2 et.Cinrftmus rapporte que ce refus était $i(Xj\ motivé par l'outrecuidance excessive des Vénitiens; peut-être est -il permis de supposer que les suggestions d'autres nations occidentales, murmurées à son oreille dans un moment favorable, n'y furent pas toutl à fait étrangères. Les Vénitiens croyaient, par les nombreux services rendus aux empereurs byzantins dans diverses guerres, avoir acquis des droits à leur reconnaisance éternelle: et c'était ainsi qu'on les en récompensait! Leur irritation fut extrême. La croisade qu'ils entreprirent en 1122 leur fournit l'occasion d'exercer leur vengeance. Pour commencer, ils mirent le siège devant la capitale de l'île de Corfou; les appels pressants qui leur arrivaient de Palestine les obligèrent à l'abandonner (prin-, , temps 1123); mais au retour ils eurent tout le temps de reprendre leur besogne. A Rhodes ou leur refusa les vivres dont ils avaient besoin et on les traita en ennemis: attaquer la ville, la prendre, la livrer au pillage, fut l'affaire de quelques jours. De là ils se jetèrent sur l'île de Chio, s'emparèrent de la capitale et y tinrent garnison pendant tout l'hiver . de 1124—1125. Rayonnant autour de Chio ils allèrent ravager les îles de Samos, de Lesbos, d'Andros et lorsqu'au printemps ils purent regagner leur patrie, ils pillèrent encore la ville de Modon sur la côte méridionale de la Morée.3 L'empereur Jean était trop faible pour mettre

1 Cinnam. L c.

1 Hist. duc. Vend., dans Pertz, SS.

XIV, 73; Dandolo, p. 269; Cinnamus, op. cit. dit en termes un peu vagues: l* no-

èôrr xtK Puuatwr ai'roi'ç t/tùirjoarn no).i-

Tf/aç. Faut-il traduire: il les expulsa de

l'état grec; ou bien: il leur retira les

droits qu'ils avaient acquis dans l'état

grec? Si les choses avaient été poussées

jusqu'au point d'amener une expulsion réelle, les chroniqueurs vénitiens en eussent assurément parlé, car ils avaient plutôt intérêt à accentuer qu'à pallier le déni de justice commis par Jean.

s Hist. duc. Vcnet. 1. c p. 73 et s.; Dandolo, p. 270 et s.; Fouch. d. Chartr. 1. c. p. 470; Cinnam. p. 281; mais ce dernier déplace les événements (cf. Streit,

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un frein à leurs entreprises; ils en profitèrent pour recommencer et déjà, en 1126, ils s'étaient emparés de l'île de Céphalonie, quand il trouva prudent de céder. H fit savoir sous main au doge que, s'il voulait lui envoyer des ambassadeurs pour arranger le différend, ils seraient les bien venus.1 Le doge était fort âgé; heureux de pouvoir ramener la paix, il ne se fit pas beaucoup prier et, au mois d'août 1126, on arriva à une transaction; les Vénitiens redevinrent les alliés de Byzance et l'empereur, de son / côté, promit d'oublier leurs actes d'hostilité récents en faveur de leurs services passés et de leur rendre, sans restriction, la jouissance des droits et des revenus qui leur avaient été concédés par Alexis.» Il y avait trois ans que les Vénitiens n'avaient plus paru sur les marchés de l'empire.3 Us purent enfin revenir à leurs anciennes habitudes et recommencer leur fructueux commerce. A partir de ce moment, les affaires reprirent avec une nouvelle activité entre Byzance et l'Occident latin:* les circonstances d'ailleurs étaient singulièrement favorables, car pendant tout le reste de son règne, l'empereur Jean entretint les relations les plus pacifiques avec l'Europe, tandis qu'il ne cessa d'avoir à lutter du côté de la Syrie et de l'Asie-Mineure. Dans la relation de ce règne, Nicétas5 fait voir les marchands italiens entrant voiles déployés dans le port de la Reine des villes (Constantinople) et l'empereur s'efforçant, non sans une arrière -pensée ambitieuse, de s'assurer leur bon vouloir.

Il règne une obscurité complète sur l'état des relations entre la ville de Pise et l'empereur Jean jusqu'à l'année 1136. Soit du côté des Grecs, soit du côté des Pisans, aucun chroniqueur ne fait mention d'une rupture, aucun ne dit que l'empereur, irrité de l'invasion à main armée des Vénitiens, ait fait retomber le poids de sa colère sur les Pisans, bien innocents de ces méfaits. Mr Langer6 l'admet néanmoins: selon lui, il n'y a qu'un moyen d'expliquer d'une manière à peu près plausible l'énorme quantité de pièces de soie que les ambassadeurs grecs venus à Pise en 1136 y apportèrent de la part de l'empereur: c'est que, pendant de longues années l'empereur Jean, mécontent des Pisans, aurait

Venedig und die Wendung des rierten Kreuxxugs gegen Constant inopel. Anklam 1877, p. 37, not. 61.).

1 Hist. due. Venet. L c. p. 74; Dandolo, p. 274.

* Ce diplôme est intercalé dans un diplôme de Manuel; on le trouve à part dans Taf. et Thom. I, 96—98.

* Hist. due. Venet. 1. c., p. 74. Les Vénitiens établis a Constantinople depuis de longues années avaient-ils aussi émigré? c'est un point qui n'est pas éclairci.

* Vers 1129 un incendie éclata dans le quartier vénitien de Constantinople et détruisit une précieuse collection d'ouvrages grecs appartenant au savant professeur Moïse de Bergame (Cod. dipl. Bergam., éd. Ronchetti, II, p. 951); il ne paraît cependant pas que ç'ait été un désastre pour la colonie en général, sans quoi les chroniqueurs vénitiens en eussent parlé.

• Nicétas, p. 25.

6 Pal. GescJi. Genua's und Pisa * p. 9-11, 203 et s.

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retenu le présent annuel de trois pallia qu'il leur devait d'après les traites, et qu'il se serait acquitté à cette occasion, en une seule fois. Si la relation des Annales pisanes est véridique, si effectivement les ambassadeurs grecs ont apporté en 1136 et offert à la cathédrale de Pise jusqu'à deux cents pallia du palais (c. à cL du vestiaire impérial), plus une couverture d'autel brodée d'or, d'un admirable travail,1 il est certain qu'étant donné ce que l'on sait d'autre part des présents offerts par les empereurs, celui-là était énorme. Mais le texte du passage des Annales en question est profondément altéré. Mr Langer lui-même trouve suspect le chiffre CC du texte et le remplace par le chiffre LI: c'est une simple conjecture; qu'est-ce qui empêcherait d'en faire une autre et de lire H? Ce serait le chiffre fixé par les traités et il se trouverait que le présent stipulé aurait été remis en 1136 comme toutes les autres années. Il est plus que probable que les membres de l'ambassade de 1136 étaient chargés de renouveler l'ancien traité au nom de leur maître, car le diplôme de confirmation a existé; on en a la preuve dans un document émanant de son fils Manuel8 Donc, lorsqu'il est question quelque part de ce traité, il n'est plus permis de dire qu'il n'a existé que dans l'imagination de chroniqueurs venus longtemps après les événements;8 et quand ceux-ci ajoutent qu'au départ des ambassadeurs grecs Ugone Duodi s'adjoignit à eux pour aller à Constantinople ratifier le traité au nom de la ville de Pise et prendre la direction de la colonie pisane de cette ville, ces assertions paraissent reposer sur des traditions dignes de foi,4 car on possède encore un acte relatif à une fondation faite à Constantinople, en 1141, par deux époux originaires de Pise, et cet acte est signé en premier par "Ugo Dudonis, qui tune erat legatus Pise".5 D'après ce qu'on sait de lui, ce Duodi resta à Constantinople jusqu'à la mort de l'empereur Jean: à l'intronisation de son fils Manuel en 1143, il remit au nouvel empereur une lettre de condoléance de la ville de Pise et conclut avec lui un nouveau traité.6 La colonie pisane continua donc de vivre à Constantinople en toute sûreté: déjà elle possédait une église à elle, dédiée à St. Nicolas.7

1 Marang., Annal. Pis., dans Pertz, SS. XIX, 240.

* Doc. sulle relax, tosc. p. 45, 54.

• Tronci, Annali Pisani, p. 71; Roncioni, Istorie Pisane, dans VArchir. stor. itai. VI, a, p. 250.

4 Faisons cependant une réserve: aucun document ne démontre que Duodi ait eu le titre de Consul qui lui est attribué par Tronci et par Roncioni.

coll' Oriente, p. 4.

6 Roncioni, Le. H est permis de se demander ce qu'il y a de vrai au fond de cette assertion d'un historien très postérieur. En tout cas, la lettre de condoléance à un air bien moderne.

1 Document i sulle relax tosc. p. 4.

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Vers la même époque, la république de Gênes ouvrit pour la première fois des négociations avec la cour de Byzance. En 1142, deux ambassadeurs, Oberto délia Torre et Guglielmo délia Barca allèrent au nom des consuls se présenter à l'empereur Jean, qui se trouvait alors avec une armée au nord de la Syrie1. Quelles propositions allaient- ils lui porter, et qu'obtinrent-ils de lui, on l'ignore;2 mais ce qui est certain, c'est que la cause déterminante de cette démarche était relative à des questions commerciales.

Jean mourut peu de temps après (8 avril 1143), laissant son trône à son fils Manuel. Le commencement du règne de ce prince coïncida avec une période grave pour l'empire et pour les colonies italiennes. Les événements qui s'accumulèrent pendant les premières années semblaient être la répétition de ceux qui avaient signalé la naissance de la colonie vénitienne. Comme alors Robert Guiscard, son neveu le roi Roger déclara la guerre à l'empire ; comme alors Alexis, Manuel appela les Vénitiens à son aide. L'empereur supposait à bon droit que sa demande ne risquait pas d'être accueillie par une fin de non recevoir: lorsque Jean son père avait fait des démarches auprès de l'empereur Lothaire pour le décider à marcher contre Roger8 (1135), la république de Venise lui avait prêté l'appui de sa diplomatie, et ce qui la guidait alors, ce n'était pas seulement le désir de tirer vengeance du roi normand, coupable d'avoir pris à des marchands vénitiens une quantité de marchandises estimées à 40,000 livres d'argent, c'était l'intérêt d'une politique d'un ordre plus relevé. Cette fois, en 1 147,4 sachant le roi allemand Conrad HE et Manuel exclusivement occupés, le premier par les préparatifs de sa croisade, le second par les mesures à prendre pour recevoir les croisés,5 Roger croyait l'occasion favorable pour attaquer l'empire grec; mais, cette fois encore, la république mit ses forces à la disposition de l'empereur surpris à l'improviste. Non content de cela, le doge requit les Vénitiens qui se trouvaient dans

1 Annal. Jan. p. 20, "in partibus Antiochiae (sept 1142)."

* Langer prétend qne les négociations entamées par les ambassadeurs génois ne tournèrent pas à la satisfaction de leurs concitoyens (p. 16); mais ses preuves ne sont pas très solides.

8 Annal. Erphesfurdenses, dans Pertz, SS. VI, 540.

4 Sur cette date, voy. les remarques de Kugler (Studien xur Oesehiehte des xweiten Kreuxxugs, p. 116 et s., not 13)

et d'Amari (Storia dei Musulmani di Sicilia, IH, 435, not 2). H faut, sans doute, fixer avec Simonsfeld (Nettes Archic der G es. fur altère deutschc Oeschichtsk. L, p. 409) le commencement des hostilités au printemps de Tannée 1147: la durée du siège de Corfou s'étendrait alors du printemps 1148 & la fin de Tété 1149; v. Kap-Herr, Die abendlàndisctie Politik Kaiser Manuels, p. 132 et sa, 5 Taf. et Thom. I, 110.

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