‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 52 sur 145 · I. Fondation des colonies commerciales · texte numérisé non relu

I. Fondation des colonies commerciales

de leur nation. Divers passages mentionnent expressément que les Ibères de l'isthme du Caucase se rendaient fréquemment à Constantinople pour affaires de commerce.1 Enfin, on y voyait encore des marchands turcs et grecs venus des frontières des états du sultan d'Iconium.5 Par leur nombre, les Latins formaient le principal noyau de cette foule bigarrée; aussi étaient- ils arrivés peu à peu à y jouer un rôle prépondérant Ajtrès la mort de Manuel (24 Sept. 1180),3 sa veuve et le protosébaste Alexis, son favori, qui gouvernaient au nom de l'empereur Alexis encore mineur, menèrent les choses si mal qu'ils se firent haïr de la nation. Us avaient hérité de la préférence de Manuel pour les Latins, et l'isolement qui ne tarda pas à se faire autour d'eux les obligea à rechercher l'appui des étrangers.4 Les indigènes appelaient de leurs vœux Andronic; encouragé par eux, il organisa un soulèvement en 1182, et marcha sur la capitale. Pour l'arrêter, le protosébaste Alexis leva une armée dont les meilleurs éléments étaient composés de Latins alléchés par une solde élevée et, du moins c'était le bruit qui courait parmi les Grecs, par la promesse qu'il leur serait permis de piller la capitale et de réduire les Grecs en servitude: 5 les Grecs ne tardèrent pas à déserter en masse: cernés d'un côté par l'armée d'Andronic, de l'autre par ceux de ses partisans qui étaient restés dans la ville, les Latins succombèrent sous le nombre (printemps 1182). La haine des Grecs s'en prenant à tous les Occidentaux, il s'ensuivit un épouvantable massacre ; on n'épargna ni les femmes ni les enfants, pas même les malades de l'hôpital des chevaliers de St Jean;6 les haines religieuses avaient beau jeu; aussi les prêtres et les religieux furent-ils traités avec un raffinement de barbarie; on vendit un grand nombre de Latins comme esclaves aux infidèles; 4,000 d'entre eux purent se racheter par la suite : leurs maisons, où ils avaient amassé de grandes richesses, furent mises

1 Nicet p. 303, 499.

* Nicét p. 653 et s.

3 Cest par un vaisseau chargé de blé, arrivant de Pise à Gènes, qu'où apprit dans cette ville la mort de l'empereur, arrivée le jour de la fête de Sto Thècle, martyre, c'est à dire le jour où les Grecs célébraient cette fête (24 sept.). Codinus (Excerpta de antiq. Cpol. p. 159, 160) indique précisément la date du 24 sept, pour la mort de Manuel; Toche, Heinrich VI.

p. 362, fixe cet événement au 23 sept par le motif que c'était le jour où les Latins fêtaient la commémoration de Stp Thècle; Dulaurier (Doc. armén. 1, 436 et s.)

veut que ce soit le 22 sept; tous deux sont dans Terreur. Erronée encore est l'indication de date ainsi conçue: mense Septembri ante festum exaltationis S. Crucis (14 sept), dans les Qesta Hcnrici II, éd. Stubbs, I, 251.

4 Guill. de Tyr, XXII, 6, 10, 11; Eustathe, Opusc. éd. Tafel, p. 275 (donné par le même eu traduction dans Komnencn und Normaimen, p. 98.).

6 Nicét. p. 321; Eustathe, L c.

" Ducangre, Cpol. christ, lib. IV, p. 163, éd. Paris, et, du même, annotations à l'œuvre de Villehardouin, p. 302 et s.

//. Byzance sous les Comnines et les Anges.

au pillage, leurs églises, où beaucoup avaient cherché un refuge, incendiées, des quartiers entiers réduits en cendres.1 Ce fut d'ailleurs, à ce qu'il paraît, la partie inoffensive de la population qui fournit le plus de victimes; beaucoup d'hommes purent échapper en se sauvant sur les navires. Quarante-quatre galères qui se trouvaient dans le port s'emplirent de fuyards; quelques autres vaisseaux purent encore suivre un à un et finirent par rejoindre le gros de la flotte. Eustathe affirme que l'on tira sur eux, mais il paraît faire erreur; Nicétas le nie d'une façon absolue et dit qu'ils passèrent la nuit à hauteur des îles des Princes et ne mirent à la voile que le lendemain, après y avoir mis le feu à quelques couvents. Guillaume de Tyr ajoute que les fuyards eurent le temps et la force d'exercer leur vengeance d'une manière plus complète encore que Nicétas ne l'avoue. Leur flotte était si nombreuse et si puissante qu'ils purent impunément ravager les deux côtes du Bosphore et de la Propontide, massacrer les bourgeois, les prêtres, les moines des villes et des couvents de la côte, enlever les trésors des couvents et les objets précieux déposés là par les habitants de Constantinople pendant la durée de la guerre, et s'indemniser ainsi largement de leurs pertes. Les flammes qui s'élevaient des monastères incendiés montraient aux nouveaux maîtres de l'empire que la vengeance ne s'était pas fait attendre.2 Ces exploits accomplis, les fuyards firent voile vers les côtes grecques de l'Archipel; rien ne les empêchait de débarquer partout où il leur plaisait et de se livrer à leur funeste besogne jusqu'à épuisement de leurs forces; ils portèrent la dévastation jusqu'à Thessalonique et au-delà,3

En attendant, Andronic avait affermi son pouvoir. Si l'on songe qu'il devait son élévation à une réaction semi-politique, semi-religieuse

1 C'est Guillaume de Tyr, XXII, 12, qui donne les détails les plus complets sur cette catastrophe; Eustathe la rapporte en style un peu trop oratoire; Nicétas p. 326 est très laconique. Une bulle du pape Alexandre III, confiée à la garde du prieur de l'église pisane de Constantinople, disparut pendant la "persécution" (Doc. suite relax, tosc. coll' Oriente, p. 82): elle fut probablement brûlée avec l'église; dans le diplôme donné eu 1192 par l'empereur Isaac, il est question de maisons incendiées dans le quartier pisan (ibid. p. 66), et, en 1197, Pise adressait encore des réclamations à l'empereur Alexis, "ut faciat rehedificari ecclesias et casas et embulum et hospitale" (ibid. p. 71.) Les Pisans n'avaient pas seuls été frappés;

les Génois avaient été également atteinte ; Tafel, Komnenen und Normannen, p. 117; Eustathe, Opusc. p. 280: Le chiffre des indemnités reclamées par eux s'élevait à 228,000 hyperprea (Miklosich et Muller.

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