‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 53 sur 145 · UI · texte numérisé non relu

UI

! Sur ces événements, l'auteur à consulter est encore Guill. de Tyr, XXII, 13: cf. Nicétas, 1. c.

3 Nicétas, 1. c: Eustathe, Opusc. éd.

Tafel, p. 284 ; Tafel, Komnenen und Normannen, p. 127 et s.; Guill. de Tyr, XXII, 13 nomme aussi les côtes de Thessalie.

Un vaisseau chargé de fuyards fit voile dans la Méditerranée et tomba aux mains de corsaires égyptiens: Paspati, BvÇ. ptX. p. 148.

224 Deuxième jyériode. — /. Fondation des colonies commerciales.

contre les étrangers 1 et qu'aux yeux des Grecs le crime de Manuel et d'Alexis était de les avoir trop favorisés, on trouvera sans doute difficile d'admettre, avec Dandolo, que, pour se consolider sur le trône, cet empereur ait rendu la liberté aux marchands emprisonnés par Manuel et promis des indemnités aux Vénitiens. Nous avons déjà montré plus haut que Manuel lui-même avait fait les premiers pas pour arriver à une réconcilation. Le nouveau régime débuta au contraire par une émeute où les quartiers des marchands italiens de Constantinople furent ravagés. Cependant la destruction ne fut pas absolue et, même sous le règne d'Andronic, il y resta quelque vie; des chartes privées des années 1183 et 1184 nous apprennent que quelques Vénitiens tout au moins avaient encore à cette époque des propriétés à Constantinople.2 Mais la plupart des Latins délaissèrent une ville écrasée sous un arbitraire sans frein. Les provinces eurent moins à souffrir que la capitale ; il y resta sans doute beaucoup de marchands étrangers et ils purent ressentir les effets des quelques bons côtés du caractère d'Andronic; en effet, ce prince se fit une réputation méritée en poursuivant avec une vigueur inconnue jusque là les fonctionnaires oppresseurs et les agents prévaricateurs des douanes et des finances, et en défendant énergiquement la propriété étrangère contre le droit de bris.

Cependant, l'usurpateur s'était fait trop d'ennemis pour qu'il tut permis de croire à la longue durée de son règne. Outre les Latins ruinés par lui, un grand nombre de Grecs, surtout dans les rangs de la noblesse et des hauts fonctionnaires, désiraient son renversement Ces mécontents, et dans le nombre il faut compter les Pisans et les Génois naturellement, firent sonder l'un après l'autre divers princes d'Orient et d'Occident pour organiser une campagne contre le tyran de Byzance.8 Un seul s'y déclara prêt, c'était le roi de Sicile, Guillaume II: il entreprit, en effet en 1185, une expédition contre l'empire grec. Pour les Grecs, c'était une revanche du massacre de 11 82; 4 mais, dans son esprit à lui, c'était l'exécution d'un plan de conquêtes qu'il poursuivait à l'exemple de ses ancêtres. Aucune des républiques commerçantes du nord de l'Italie ne prit part à cette guerre, mais lorsque les Normands vinrent camper devant

1 C'était aussi l'opinion qu'on en avait en Occident; voy. Sigcberti Gcmblac. contin. Aquicinct., dans Perte, SS. VI, p. 421 et s.; Rob. Altissiod., ibid. XXVI, 247.

1 Taf. et Thom. I, 177; Flamin. Cornélius, Eccl. vend. III, 13.

3 Le seul écrivain qui puisse servir de guide pour débrouiller cet écheveau d'intrigues dirigées contre Andronic, est Eus-

tathe; Opusc. p. 280; trad. par Tafel, dans Komnenen und Xormanncn, p. 117

4 C'est l'opinion d'Eustathe (Opusc.

p. 275) qui est, après Nicétas, l'écrivain le plus autorisé du côté des Grecs, pour tout ce qui a trait à cette guerre. Les négociations qui ont amené la paix de 1 187 sont racontées par Rob. Altiss., L c. p. 253.

//. Byzance sous les Comnènes et les Anges.

Thessalonique, les Latins (c'est à dire les marchands italiens) établis dans cette ville nouèrent des intelligences avec eux et leur facilitèrent la prise de la place. Nous en reparlerons.

Avec la dynastie des Anges s'ouvrit une ère plus favorable aux colonies italiennes de l'empire byzantin. Il semble que des deux parts on sentît le besoin de renouer des relations amicales. L'empereur Isaac (1185—1195) comprenait d'autant mieux cette nécessité qu'il pouvait toujours s'attendre à une nouvelle invasion des Normands ou à une croisade dirigée contre l'empire grec, et ne mettait qu'une médiocre confiance dans son armée et encore moins dans sa marine. Aussi, lorsqu'Ottavio Quirini, Pietro et Giovanni Michiel,1 envoyés en ambassade par le doge Aurio Mastropictro, arrivèrent à sa cour, il les accueillit comme de vieux amis revenant après une longue brouille à leurs amis de père en fils, et conclut avec eux un traité d'alliance offensive et défensive, dont ✓ le premier résultat devait être de mettre à sa disposition deux flottes avec lesquelles il pourrait faire face à n'importe quel ennemi En effet, il était stipulé que Venise fournirait en cas d'attaque une flotte de force égale à la flotte grecque; l'empereur se chargeait des frais de l'armement en hommes et en matériel; de plus, les colons vénitiens établis dans l'empire grec seraient astreints soit à prendre part à la défense de la ville où ils auraient leur résidence, soit à servir sur les vaisseaux envoyés de Venise ou, en cas d'empêchement, sur ceux de l'empereur; sur quatre hommes trois ^ devaient être embarqués sur les galères: étaient seuls exempts les individus âgés de moins de vingt ans ou de plus de soixante.2 Si, au rcours d'une guerre faite en commun, on venait à prendre des villes, les Vénitiens y auraient droit à une église, à un quartier et à un quai particuliers et à la li- J berté du trafic, avec exemption de droits de douane; l'empereur ne pourrait faire la paix sans y comprendre Venise. Pour sa part, Isaac confirmait les privilèges accordés à la République par décrets de ses prédécesseurs, et garantissait la restitution de tous les biens confisqués aux Vénitiens par Ma- J nuel, le 12 mars 1171: la restitution ne devait pas se borner à leurs quartiers, mais s'étendre à tous leurs biens mobiliers, soit qu'ils fussent passés aux mains de particuliers, soit qu'ils eussent été appliqués à l'embellissement de palais ou de couvents, ou versés dans le trésor public.3 Dans

1 Ces noms sont donnés par Dandolo, p. 313; Taf. et Thom. I, 207.

* Romanin (Storia di Venexùi, II, 127, note 3) prend ce passage du traité comme base d'un calcul destiné à déterminer le nombre des colons vénitiens dans l'empire grec; mais son point de départ est faux, car il admet que les colons ont fourni

tous les équipages de la flotte que Ton organisait à Venise (de 40 à 100 galères, à 40 rameurs chacune) tandis, que la flotte partit de Venise avec ses équipages et son armement, et que les colons n'eurent a fournir que l'équipage de quelques vaisseaux.

3 Tout ce qui précède se trouve dans

226 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

plus d'un cas, cette clause était inexécutable, vu l'impossibilité de savoir ce qu'était devenu tel ou tel objet. Mais les Vénitiens surent s'arranger pour ne rien perdre; en remplacement des objets non retrouvés , ils se firent donner les quartiers et les quais occupés par les Français et les Allemands; cela leur assurait un revenu annuel de 60 livres hyperpres. Ils se réservaient, d'ailleurs, le droit de poursuivre tout Grec convaincu de s'être approprié sous le règne de Manuel, sans l'avoir restitué depuis, quelque objet appartenant à un Vénitien. Enfin ils obtinrent d'Isaac le paiement de dommages-intérêts considérables en argent Le traité d'alliance avait été signé en 1187; les dernières conventions furent arrêtées au moins de Juin 1189 par les mêmes ambassadeurs, auxquels on en avait adjoint deux autres, Pietro Cornaro et Domenico Mémo,1 mais l'empereur ne s'y résigna, à ce qu'il semble, qu'après de longs pourparlers: d'une part, il lui était pénible d'avoir à faire des paiements en argent, et de l'autre il hésitait à accorder plus de place aux Vénitiens dans Constantinople , car il savait de quel mauvais œil cela serait vu par les Grecs; cependant il fit taire ses scrupules et motiva sa générosité sur ce que les Vénitiens étaient d'une race étroitement apparentée à la race grecque et qu'ils avaient autrefois dépendu de l'empire. Mais il avait encore d'autres embarras: les propriétés dont on dépouillait ainsi sans les prévenir, les Français et les Allemands, leur avaient été accordées en vertu d'une bulle d'or impériale; il lui fallait un prétexte; il eut recours à un faux-fuyant: il allégua que les concessions avaient été accordés non pas aux Français et aux Allemands comme corps de nation, mais à quelques individus isolés, sans attache avec leur patrie, et que, par conséquent, la jouissance n'en était pas garantie. Ainsi toutes les difficultés se résolvaient en faveur des Vénitiens; non-seulement ils reprenaient leur ancien quartier aux individus et aux corporations qui se l'étaient partagé à la suite des affaires de 1171, mais ils acquéraient de nouveaux terrains dans la ville.

En 1195, Isaac fut chassé du trône par son frère qui régna sous le nom à? Alexis ///jusqu'à la quatrième croisade. Au commencement, la République espéra continuer avec lui les bonnes relations qu'elle avait entretenues avec son prédécesseur; mais on négocia longtemps sans aboutir : le doge Dandolo envoya trois ambassades à Constantinople,* Alexis en expédia deux à Venise,8 le tout inutilement II nous serait difficile de comprendre quel genre de difficultés pouvait nécessiter tant

les trois lettres de privilège accordées par Isaac dans le courant du mois de février 1178; Taf. et Thom. I, 178-203.

1 Taf. et Thom. I, 208-211; cf. Dandolo, p. 314.

' Dandolo, p. 318, ne parle que de deux;

mais il y en eut une troisième entre les deux; la preuve en est fournie par le diplôme publié dans Taf. et Thom. I, 249; voy. aussi Streit, op. cit. notes 185, 192. " Dand. 1. c; Taf. et Thom. 1. c.

Page 1