I. fondation des colonies commerciale
s'arrêter à cette supposition, car il est question d'un ruisseau ou d'un canal venant de la Bigla; il faut donc admettre qu'elle était dans l'intérieur de la ville.
Concluons: il est certain que les Vénitiens avaient leur quartier vers la porte actuellement nommée Balik- Bazar -Kapoussi, qui a servi de tout temps aux communications entre Constantinople et le faubourg de Galata. 1 II est probable qu'il s'étendait de là jusque vers la porte Zindan -Kapoussi et que les trois quais qui leur étaient réservés se trouvaient également dans cette section.» H reste à savoir quelles dimensions le quartier pouvait avoir en profondeur.
Passons aux Pisans. Ce qu'était la porta Peramatis pour les Vénitiens, la porta Neorii (porte de l'Arsenal) l'est pour eux : c'est le point déterminé d'où nous pouvons partir pour fixer approximativement la situation de leur quartier. Cette porte correspond à celle qui porto actuellement le nom de Baghtchè-Kapoussi ou porte du jardin.3 Suivant le diplôme de l'empereur Isaac l'Ange de l'an 1192, le seul document qui nous donne quelques détails sur le quartier des Pisans, leurs quais1 se trouvaient presque tous, sinon tous, à l'ouest de cette porte.5 D'après cela, leur quartier devait s'étendre de la porte Baghtchè-Kapoussi vers la porte Balik-Bazar-Kapoussi, où commençait le quartier vénitien; mais il n'arrivait pas jusque là, car il y avait entre les deux un petit entrepôt et un quai appartenant aux Amalfitains, et une autre échelle affectée au monastère grec de St. Antoine.6
H nous reste à parler des Possessions des Génois h Constantinople.7 D'après l'exposé historique que nous avons tracé des faits qui les concernent, on sait déjà qu'ils changèrent plusieurs fois de
1 Gyllius, 1. c. ; Leunclavius, 1. c. ; Paspati, SvUl. VI, 103, iîiÇ. fitl. 165 et s.; Ranimer, Comtantinopel und der Bosporus,
* Taf. et Thom. I. 62. Pour leurs dénomination*, iWrf. I, 57, 112, 183; II,
8 Paspati, JtfU. VI, 156; Bvt.ptL 153.
* Jusqu'à 1192 les Pisans n'avaient qu'un seul quai; Alexis et Manuel, dans leurs diplômes, ne parlent que d'un (Doc. suite relax, tosr. p. 45 et s., 53 et 8.); en 1162, les légats pisans Bottaccio et Grifti n'en avaient qu'un à leur disposition (ibid. p. 10); à propos d'une donation faite par les consuls à la cathédrale en 1160, il est question d'échelles au pluriel {ibid. p. 8), mais c'est un pur anachronisme, et,
pour mon compte, je .proposerais de lire dans ce passage, scalam au lieu de scaUs. Isaac fut le premier qui ajouta d'autres échelles à cette scala de veteri, aussi, à partir de cette époque voyons- nous qu'il est fait mention de plusieurs dans les documents pisans; elles étaient généralement données en location (ibid. p. 74, 75, 78).
6 Ibid. p. 48 et s., 57 et 8.
B Cf. l'exégèse du diplôme d'Isaac, dam» Paspati, ItoA. VI, 156 et s.; B^. fui. VI, 153 et s.
1 Outre le traité de Paspati, sur cette question, on fera bien de commencer par lire, la Memoria sui quartier* dei Grtwcesi a Constant itiopoli nel secolo 2UI. dau* le Giom. Kgtut. 1874, p. 137-180, par C. De«imoni.
/I. Byzance sous les Comnhies et les Anges.
quartier. L'empereur Isaac fit faire les premières ouvertures à cet égard par Démétrius Macrembolitès en 1155, et il est très probable que ce fut Amico de Murta, envoyé deux ans après par la république de Gênes, qui prit possession du terrain désigné. Les colons génois étaient à peine installés, qu'ils eurent à subir de la part des Pisans le terrible assaut que l'on connaît. L'orage passé, ils réclamèrent des dommages - intérêts et c'est dans les documents écrits à cette occasion que l'on trouve, pour la première fois, le nom du premier quartier qu'ils avaient occupé. Il se nommait enibolum de Sancta Crucc;1 son emplacement est complètement inconnu; du reste, après l'attaque des Pisans, ils y renoncèrent. D'un autre côté, il était fort désagréable à l'empereur Manuel de voir la rivalité des nations commerçantes dégénérer en batailles jusque dans les rues de sa capitale, et la grande affluence des Latins à Constantinople n'était pas sans l'inquiéter; en conséquence, au mois d'octobre 1169, il leur offrit en échange un autre quartier, au dehors de la ville, dans une région dénommée Orcu;* en dépit des expressions bien claires du texte ( ultra Constantinopolim), M. Paspati veut absolument retrouver cette région dans l'intérieur de la ville et, non content de cela, il se permet encore de l'altérer pour arriver à préciser l'emplacement qu'il cherche : au lieu de Orcou, il faudrait, selon lui, lire orea, c'est à dire œpaia, nom donné par les Byzantins de la dernière époque à la porta Neorii (Baghtchè-Kapoussi).8 H suffit cependant d'étudier un peu les documents en question pour détruire ces hypothèses. Orcou est et reste une région située au dehors de Constantinople,4 séparée de la ville par la mer,6 et que l'on retrouverait très probablement à Péra (nêpav, trans, ultra ). Il est douteux que les Génois aient accepté le quartier qu'on leur offrait, car il leur déplaisait au plus haut point: le diplôme qui le leur concédait est du mois d'octobre 1169, et, dès l'année suivante, d'autres diplômes, délivrés au mois d'avril et au mois de mai, nous apprennent que l'empereur, cédant enfin à leurs désirs, leur avait assigné un autre quartier intra-muros: ils s'y établirent d'une façon définitive; le
1 Sauli, II, 184; Desimoni, 1. c. p. 159. Il ne me paraît pas possible d'admettre que cet embolum et l'embolum de Coparia puissent être des parties d'un même embolum, comme le fait Paspati, Bvl. fttkix. p. 144; ces deux embola n'ont jamais été occupés simultanément par les Génois.
» Sauli, H, 192; Lib. jur. I, 264. Le Père Semino, qui travaillait au siècle dernier à l'histoire du commerce du Levant, lisait dans un des exemplaires manuscrits de cette charte Greu au lieu d'Orcu ; d'où
confusion; H. Canale, induit en erreur par cette faute de lecture, a cru que Greu et Orcu étaient deux localités différentes.
» Paspati, 2V-;.A. VI, 147; B,Ç. ,,fht. p. 138 et s.
4 Â côté du mot ultra (Sauli, II, 192) que Paspati transforme en inter, il y a l'expression trans; Lib. Jur. I, 254; Desimoni, p. 180.
6 "In trans mare partibus Desimoni, p. 180 (quelques ligues plus loin que le membre de phrase trans magnam civitatem).
254 Deuxième période.
— I. Fondation des colonies commerciales.
nouveau quartier se nommait d'après la région où il était situé, embolum de Coparia.1 Ce nom de Coparia ou Coparion* était dérivé du grec xainft. aviron: c'était en effet dans ce quartier que se trouvaient de toute antiquité les ateliers des fabricants d'avirons, et les Génois continuèrent cette industrie. 3 Les sources grecques ne fournissent pas d'indications sur sa situation;4 elles ne nous apprennent pas davantage où se trouvait une certaine nôprn rov nakaiov paixxopoç, porta veteris rectoris ou encore porta Bonu* dont il est également question dans les diplômes que nous citions plus haut Les autres localités nommées dans ces documents ne peuvent nous servir de points de repère, soit parce qu'elles sont elles-mêmes inconnues, soit parce qu'on ne peut pas fixer leur position. 6 II est cependant possible de désigner d'une manière générale la situation du quartier génois. Nous savons que leurs quais n'étaient séparés de ceux des Pisans que par deux quais appartenant à des Grecs ; 7 de plus, leur quartier était limitrophe de celui des Pisans et nous connaissons un des points de contact, le monastère d'Apologotheton {/Àovtj rov ànb yloyoSerârv) cité dans les diplômes des deux nations; sa situation, indiquée d'une manière assez vague8 dans le diplôme des Génois, l'est plus nettement dans celui des Pisans: il était à la fois voisin de la porta Neorii, à l'est de cette porte et à l'extrême limite du quartier pisan du côté de l'est9 Ceci démontre que, des en-
1 Sauli, H, 185; on trouve "aussi embolum qui dicitur Coparion"; Deaimoni, p. 178.
1 "In positione locor.un Onorii videlicet Coparion"; Desim. L c: "in loco Coparie"; Mikl. et Mull. Acta graeca, III, p. vi.
3 L'expression KoJJrai>»xôr t \iy aar^moy
(ou otxrrfta), remorum ergasterium, revient fréquemment dans les descriptions de ce quartier; Mikl. et Mull. 1. c. p. 51, 52; Lib. I, 497 et s.: "domus in quibus remi fiunt:" Sauli, II, 196.
4 Dans la Novelle 159 de Justinien il est question d'une région Coparia, mais celle-là était située hors de la ville.
6 Mikl. et Muller, 1. c. p. 53; IÀb.jur. I, 499: Deaimoni, p. 179 (cf. p. 145). Comme les chefs des colonies de commerce occidentales sont fréquemment désignés sous le titre de "rectores", on pourrait croire que le nom de cette porte lui a été donné en souvenir d'un ancien consul uommé Bonus; mais çaUxua est également
un titre porté par des fonctionnaires byzantins et Bonus est un nom que Ton retrouve plus d'une fois dans la population grecque; voy. Desimoni, p. 146 et s.
6 Pour ce détail topograpbique voy.
Desimoui, p. 171—176.
7 Mikl. et Muller, 1. c. p. viii (suivant Desimoui, au lieu de curia Pisanorum, il faut lire jura P.); Mon. hist. pair. Châtias.
H, 1225: "domus versus embolum Pisanorum" (Sauli commet une erreur en lisant usque au lieu de versus); et, plus loin, "«calas duas, quae sunt in ter nos et Pisanos".
8 Desimoni, p. 178; Mikl. et Muller,