I. Fondation des colonies commerciales
tribunal particulier:1 c'était la reproduction à peu près textuelle de l'engagement pris par Michel, le despote d'Epi re. Cette suzeraineté sur la Morée était nécessairement très- précaire, Venise ne pouvait pas se le dissimuler, mais c'était une possession à laquelle elle tenait aussi peu que possible; un siècle plus tard (1321), quelques vassaux de la principauté d'Achaïe lui ayant offert la souveraineté effective, elle ne se laissa point tenter par cette perspective d'agrandissement et répondit par un refus pur et simple.* Ses marchands avaient le droit de trafiquer librement par tout le pays, ses relations amicales avec les princes d'Achaïe assuraient que les ports lui en seraient toujours ouverts; c'était tout ce qu'elle désirait Les produits du pays étaient d'ailleurs en petit nombre: des raisins secs, des raisins de Corinthe,5 des figues, de l'huile, du miel et de la cire,4 du kermès, de la graine d'écarlate, de la soie, du sucre, ces deux dernière articles en petite quantité et de qualité médiocre.5 Même dans le petit coin de la Morée dont Venise s'était réservé la souveraineté directe, les articles de commerce ne comptaient pour ainsi dire pas: cependant on y produisait du vin et de l'huile et le kermès des environs de Coron avait une grande réputation." Dans la possession de la pointe méridionale de la Morée, les Vénitiens n'attachaient de prix qu'à sa situation. Dans un acte du sénat de Venise,7 on trouve Modon et Coron désignées par une expression assez typique : oculi capitales communis. En effet, presque tous les vaisseaux marchands allant d'Occident vers la partie orientale de la Méditerranée, l'Archipel, la mer Noire ou la mer d'Azov, passaient en vue de ces deux ports. La république avait donc là deux excellents postes d'observation d'où elle pouvait surveiller tous les mouvements de ses amis comme de ses ennemis dans les eaux du Levant C'étaient, de plus, deux stations commodes, deux refuges excellents assurés à ses vaisseaux à l'aller et au retour de leurs voyages d'Orient. Aussi rien ne fut épargné pour leur transformation en stations maritimes de premier ordre, leurs fortifications et leur armement Le caractère de ces colonies étant militaire avant tout, la direction y était confiée à des Castellans (gouverneurs de châteaux); il y en eut toujours
1 Juillet 1209. Taf. et Thom. II, 96
* Hopf, op. cit. p. 406. Pour les preuves, voir, Coll. des doc. inéd., nour. mélang. hist. ni, 64-57 (= Comment, rcg. I, 231. n«» 277, 278).
■ Pegol. p. 107; Uzz. p. 89 et ss.
4 Piloti, p. 876.
* J'aurai occasion de reparler de ces trois derniers produits.
6 Bened. Petrob., éd. Stubbs, II, 199; Buondelmonti , Liber insularum archipelagi, p. 63; Viaggi di Lion. Frcscobakii, p. 16; Rôhricht et 3Ieisner, Deutsche Pilgerreisen. p. 135, 251.
1 Acte du 30 Mars 1375, cité par Hopf, op. cit. LXXXVI, 10.