IL - De V apparition de Mahomet aux croisades
Sirâf, dépendant du Farsistan, par conséquent situé sur la côte orientale du golfe Persique; on a retrouvé récemment les restes de cette ville, non loin de la ville de Bender-Konkoun, et tout près du village de Tharié, tandis que les anciens voyageurs et les géographes les avaient cherchées à tort au pied du mont Tcharak, en face de 111e de Keich, sur un point où il n'y a pas trace de ruines.1 Là, les vaisseaux chinois chargeaient, comme fret de retour, des marchandises venues de Basra, d'Oman et d'autres directions. Ainsi charges ils commençaient par longer la côte arabe jusqu'à Mascate, puis prenaient la pleine mer et touchaient de nouveau terre, au bout de quatre semaines environ, à Coulam (Quilon) sur la côte de Malabar. Da là ils continuaient leur route, laissant probablement Ceylan sur leur gauche, coupaient en droite ligne le golfe du Bengale et enfin passaient par le détroit de Malacca pour regagner leur patrie. Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans plus de détails sur cette traversée: on les trouvera dans la relation de Soleyman, * marchand arabe qui vivait dans la première moitié du IX* siècle; il fit plusieurs fois le voyage de l'Inde et de la Chine en profitant de vaisseaux chinois qui retournaient dans leur pays. 3 C'était, d'ailleurs, déjà l'époque où ils commençaient à se montrer plus rarement à SirafL La route que nous venons d'indiquer était encore plus fréquentée par les vaisseaux arabes que par les navires chinois: leur point de départ était Sirâf. Au IX° siècle, le grand maître des postes Aboul-Kassim-iîm-JÏ'Aordadbeh rédigea, évidemment avec l'aide d'hommes experts dans la navigation, un guide des voyageurs4 dans lequel il décrit, entre autres, la route maritime de l'embouchure du Tigre à l'Inde et à la Chine. 5 II indique comme point de départ le port d'Obollah, tout au fond du golfe Persique: la création, en arrière de ce port, des grands entrepôts de Basra et de Bagdad, lui avait donné une nouvelle vie, et il expédiait sur la Chine des
festée de pirate»; Relat. des voy. 1. c. p. 12; cf. Prolég. p. Ix et s.; dans sa Chronique syrienne, Âboulfaradj (éd. Bruns et Kirsch II, p. 151 et s.) raconte comment, en 825, les habitants de Bahreïn pillèrent des vaisseaux persans, indiens et chinois,
1 Ritter, Erdk. VHI, 773 et s., XII, 386; Ibn Batouta, éd. Sanguinetti et Defrémery. II, 456 not; Annales des voyages, 1848, II, p. 50, not 2.
* Cette relation, écrite en l'an 851, remplit les soixante premières pages de Reinand, Relations des voyages faits par le» Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine. Paris 1845, II.; après cette relation (p. 61—154) l'éditeur donne
des notices sur l'ethnopraphie , l'histoire naturelle et l'histoire politique de l'Inde et de la Chine, composées également, au commencement du Xe siècle par Abou-Saïd- Hassan d'après des relations de voyageurs.
8 C'est du moins ce qui paraît ressortir du début de sa relation p. 13—15.
4 Composé entre 864 et 874 (Kremer, Culturgesch. des Orients, I, 269); M* Barbier de Meynard en a publié le texte original avec une traduction française, dans le Journ. asiat. Série VI. T. V (1865) ; Sprenger l'a publié en allemand dans ses Postund Reiserouten des Orients, 2« livr. (Abh. der deutseh. morgenl. Oes. vol. m. No. 3.
* Éd. Barbier de Meynard, p. 281 et ss.
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Des grandes invasions aux croisades.
convois entiers de vaisseaux marchands arabes:1 cela n'empêchait pas d'autres ports du même golfe d'entretenir également des relations avec la Chine: citons entre autres celui de Sirâf et le grand port de Fars, avec sa population de marchands entreprenants et de hardis marins.2 D'après lbn-Khordadbeh les vaisseaux arabes longeaient ordinairement la côte de Perse puis celle de l'Inde jusqu'au Malabar; s'ils prenaient ce chemin, c'était, sans doute, parcequ'ils avaient à charger ou à décharger des marchandises dans les divers ports de la côte, et non parcequ'ils craignaient d'affronter la haute mer; en effet, à partir de la côte de Coromandel ils traversaient en ligne droite le golfe du Bengale, tout comme les Chinois; la route indiquée par lbn-Khordadbeh est absolument la même que donne Soleyman pour les vaisseaux chinois. lbn-Khordadbeh nomme plusieurs ports chinois:8 de son temps Canton (qu'il nomme Khakou) n'était déjà plus l'unique place de débarquement pour les étrangers; d'ailleurs, sa situation, loin du centre de la vie chinoise, ne lui permettait pas d'aspirer à ce privilège. Depuis le commencement du IXe siècle, l'escale la plus importante était Khan-fou, que nous retrouverons plus tard, dans Marco Polo, sous le nom de Gampou et dont nous aurons à parler avec plus de détail. Située dans la baie qui se trouve au sud du port actuel de Changhaï, elle n'était qu'à quelques milles de la capitale de la dynastie des Soung, King-sse, la ville actuelle de Hangtchou-fou et il existait entre elles deux un mouvement de va et vient incessant A Khan-fou, les vaisseaux chinois, au retour de leurs expéditions dans les lointains pays de l'Ouest, saluaient avec joie le sol de la patrie, les vaisseaux marchands de Java, de l'Inde, de la Perse et de l'Arabie atteignaient le but de leur périlleuse traversée. Les Arabes y trouvaient, ainsi que dans la capitale, beaucoup de leurs compatriotes établis à poste fixe; et même, grâce à la tolérance et à la générosité de l'empereur chinois, ils avaient là un cadi, qui rendait la justice conformément aux prescriptions du Coran et faisait les prières d'après
1 Ibn Hamdoun, cité par Kremer, Oulturgesch. des Orients, U , 276.
* Maçoudi, l*s prairies d'or, texte et traduction par Barbier de Meynard et Pavet de Courteille I, 303, 308 ; Isstachri, Dos Bueh der Lànder, trad. par Mordtmaun, p. 19, 69, 71, 74; Relat. des coy. éd. Eeinaud, p. 79. Les Tableaux du monde indien de Kazwîni sont entachés de beaucoup d'histoires fabuleuses; ils sont en partie extraits des relations de marins de Sirâf; voyez Gildemeister, Op. cit. p.
3 Outre les deux ports nommés dans le texte, il cite Al-Wakin, où l'on trouvait d'excellent fer, de la porcelaine et du riz de Chine; ce port était probablement situé dans le Tonkin, à l'embouchure du Songkoï; puis Kantou, ou Kiaou-tshou, sur la côte méridionale du Chantoung; Richthofen, China, I, 675 et s., H, 177, 262, et ss. D'après lui c'est le plus vaste et le meilleur port du nord de la Chine; il s'est ensablé, ce qui en rend l'accès plus difficile, et'depuis lors les marins donnent la préférence à celui de Thsi-fou.
//. — De V apparition de Mahomet aux croisades. 31
le rite musulman.1 Pour la vente de leurs marchandises, King-sse offrait des facilités tontes particulières: l'empereur même en faisait acheter pour son propre usage;8 les magasins de leurs compatriotes ou ceux des grands marchands chinois leur fournissaient en abondance, comme fret de retour, les produits du pays et les pauvres de ses habiles artisans: d'ailleurs, pourvu qu'ils eussent soin de se munir de passeports signés par des autorités chinoises, ils pouvaient pénétrer dans l'intérieur du pays et y trafiquer en toute liberté. 8
Longtemps les Arabes avaient reçu un bon accueil, longtemps ils avaient été traités par les juges du pays sur le même pied que les indigènes; mais un jour, vers l'an 875, une insurrection éclata au nordest de la Chine; 4 elle dura neuf années et entraîna une transformation complète, non seulement dans la situation intérieure du pays, mais jusque dans les relations avec (l'étranger. Les insurgés couvrirent le pays de ruines: dans leur rage de destruction ils ne ménageaient même pas les mûriers, de sorte que pendant plusieurs années l'exportation de la soie fut arrêtée: ils firent couler des flots de sang; les colons arabes eurent beaucoup à souffrir; peut-être même furent-ils entièrement ruinés. L'empereur, aidé par des contingents étrangers, finit par se rendre maître de l'insurrection, mais sa puissance avait reçu une grave atteinte; dans les provinces, ses lieutenants méprisaient son autorité et n'agissaient que suivant leur bon plaisir: les capitaines de vaisseaux et les marchands arabes eurent à subir de leur part des violences, des dénis de justice, des exactions et des vols. Dans ces conditions ils résolurent de cesser leurs relations avec la Chine et d'établir leur principal entrepôt dans la presqu'île de Malacca , à Kalah, 5 ville qui , jusqu'alors, n'avait été qu'une station intermédiaire 6 sur la route de la Chine. Cette
1 Relat. p. 13.
* Ibid. p. 76. 106.
* Ibid. p. 12, 41 et 8. 79.
4 Sur cette insurrection voyez Mémoire* concernant les Chinois, XVI, p.
261 et 8s.; Richthofen, China I, 572.
s Je considère comme bien établi que Kalah se trouvait dans la presqu'île de Malacca: mon opinion est également celle de Quatremère (Journ. des Savants, 1846, Déc p. 734), Walckenaer (Nouv. annal, des voy. 1832, I, p. 19), Sprenger (Ahhandi. der dent se h. morgenl. Ces. III, n° 3, p. 88), Peschel (Qeseh. der Erdk. p. 107) et bien d'autres; il est d'ailleurs difficile d'en préciser l'emplacement: Maury suppose que c'était l'antique Kadah
(on écrit ordinairement Quedda); cette supposition a beaucoup de probabilités en sa faveur; Yule, Cathay, I, p. civ, exci.
6 Relations, p. 17, 93 et sa. Maçoudi, I, 308. Dès lors, lorsque des marchands arabes voulaient aller en Chine, ils devaient s'embarquer, à partir de. Kalah, sur des vaisseaux chinois; Maçoudi, ibid.; Au reste, il ne paraît pas que les relations maritimes aient été interrompues entre l'Inde et la Chine; du moins des Indiens se rendirent en Chine vers 970 et 996, sur des vaisseaux marchands (indiens ou chinois?); voy. les extraits de documents chinois communiqués par Stanislas Julien dans le Journ. osiot. Sér. IV, T. X (1847), p. 113, 120.
32 Première période. — Des grandes invasions atur croisades.
mesure obligea les marchands chinois à s'y rendre, pour rester en contact avec leurs clients arabes. Kalah acquit alors pour le commerce d'Orient l'importance qu'avait eue Ceylan au VIe siècle; elle devint le rendez-vous des marines de commerce de l'Asie occidentale et orientale. Abstraction faite, d'ailleurs, de ce qu'elle occupait une place intermédiaire entre l'Arabie et la Chine,1 sa situation sous tous les rapports était excellente. Un marché nouveau et considérable s'ouvrit aux marchands arabes; c'était celui des produits de l'Indo- Chine, tels que le camphre, le clou de girofle, les bois d'aloës, de brésil, de santal, la noix de coco, la noix muscade, auxquels s'ajoutait encore l'étain très estimé des environs de Kalah.- Ce commerce prit un tel développement que, pendant le Xe siècle, un voyage à la presqu'île de Malacca était pour les marins de Siraf la chose la plus simple du monde. En même temps ils apprirent à mieux connaître l'île de Java. Us y trouvaient encore des marchands chinois dont un grand nombre avaient émigré en ce pays à la suite des troubles de leur patrie.8
Si les Arabes visitaient fréquemment des pays aussi lointains que l'Indo-Chine et la Chine, si, comme il est probable, quelques uns poussaient jusqu'à la Corée et y fondaient des établissements,* on peut se figurer qu'à plus forte raison les Indes Orientales devaient être le but d'innombrables voyages. La côte occidentale de la presqu'île, si riche en produits de toute sorte, se trouvait précisément en face de la côte orientale de l'Arabie et on pouvait l'atteindre en deux à trois mois, parfois même, par un bon vent, en un mois.6 Dès avant l'an 700, il devait y avoir
1 Dana Aboulféda, Géogr. II, p. 131, on lit que Kalah est "le port de toutes «les régions situées entre l'Oman et la „Chine."
• Relations, p. 93. Ibn-Khordadbeh, éd.
Barbier de Meynard, p. 288, 294; Voyagea de Sindbod, éd. Langlès. p. 73; Abou- Dolef, lier asiat., éd. Schlœzer, p. 18 et s.
' Maçoudi, II, 62; Aboulf., Qéogr. inttrod. p. Reinaud, I, p. cccxc C'est à ce fait que se rapporte le remarquable passage d'Edrisi, dont voici la traduction par Jaubert (I, 60): "On dit que lorsque «l'état des affaires de la Chine fut troublé „par les rébellions et que la tyrannie et „la confusion devinrent excessives dans nl'Inde, les habitants de la Chine transportèrent leur commerce à Zanedj et dans „les autres îles qui en dépendent." Il est vrai que, dans tout ce chapitre, Edrisi
parle des îles situées en face de la côte de Zanguebar, mais il les confond avec celles de l'Archipel indien, et le passage cité plus haut s'applique en réalité à Java. A la place de Zanedj, Reinaud a adopté l'ortographe Zabedj, qui est plus exacte (Aboulf., introd. L c et p. 6.).
4 Maçoudi, I, 346. Ibn-Khordadbeh.
p. 294, 522. Les premiers de ces établissements ne remontent qu'au Xe siècle; au IXe> aucun arabe n'avait encore poussé jusque là; Relation» , p. 60 et prolég. p. clxviii. et s.; on admettait autrefois que le Sila des passages cités était le Japon ; mais Richthofen (China I, 576) et Goeje (Arabische Berichten orer Japon Amst.
1880, p. 3, 4) y voient avec raison la Corée.
5 Relations p. 15; Scherzy , dans Sprenger, op. cit. p. 87; Maçoudi I, 332.
De Vapparition de Mahomet atix croisades.
des marchands arabes établis à Ceylan, car vers, Tan 700, des femmes et des filles de marchands, qui devenues veuves ou orphelines, retournaient dans leur patrie, furent enlevées par des pirates indiens.1 Au rapport des voyageurs arabes du IXe et du X° siècle, il y avait sur le continent indien plusieurs rois bien disposés en faveur des Arabes;2 le Zamorin Kerouman Permal et quelques autres princes du Malabar se convertirent à l'islamisme et permirent aux Arabes de fonder des établissements et de construire des mosquées sur toute l'étendue de leurs possessions.3 En visitant les Indes en 916, Maçoudi rencontra une nombreuse colonie de cette sorte dans le district de Saimour, près de la ville actuelle de Bombay;* il y avait là environ dix-mille musulmans et ce n'étaient pas seulement des gens venus de Sirâf, d'Oman, de Basra, de Bagdad ou autres marchés de l'empire des califes, mais aussi des individus nés dans le pays, de parents arabes; dans le nombre il y avait de grands marchands , et le souverain avait confié à l'un d'eux la juridiction sur toute la colonie.5 En partant de Saimour dans la direction du Nord, on rencontrait toute une série de villes commerçantes, entre autres deux villes connues dès l'antiquité, Soupara et Barygaza, aujourd'hui Safara (Soufala)6 et Barotch, puis Cambaye sur le golfe du même nom; pour toutes ces localités il est probable, pour la dernière il est certain qu'elles étaient habitées ou tout au moins fréquentées par des musulmans. 7 Tandis que les Arabes fondaient ainsi sur les côtes et dans les villes de l'Inde de pacifiques colonies,8 leurs armées avaient franchi les frontières de la Perse au commencement du VIII0 siècle et pris possession de la région du bas Indus (le Sindh). Une des villes de ce pays, Moultan possédait un sanctuaire où les Hindous accouraient
1 Voyez l'extrait de Beladori, dans Elliot, Hist. of India, I, 118, et Reinaud, Mém. yéogr. hist. et scicntif. sur l'Inde, dans les Mém. de VAcad. des Imcr.
XVm. 2 (1849), p. 79 et ss. ; cf. aussi, la tradition arabe dans Gildemeister, Scriptorum arab. de reb. ituJ. loei, p. 52 et s.
' Relations, p. 26 , 27; Maçoudi, I, 382 et s. ; Isstachri, p. 82 et s.
1 Lassen, Indischo AUcrthumskunde, IV, 255, 953. Ritter, Erdk. V, 581 et ss. Gildemeister, 1. c p. 51.
4 Isstachri, p. 85. Edrisi, I, 172.
Reinaud, Méni. sur l'Inde, p. 220; Aboulf. éd. Reinaud, introd. p. CCCXLIV; Lassen, Op. cit. m, 188; Suppl. aux III* et IV® vol., p. 18, not. 1; Sprenger, Op. cit. p. 80; Yule, Cathay, I, p. cxcii.
6 Maçoudi, II, 85 et s. ; Voy. aussi Ibn- Haoukal dans Gildemeister, Op. cit. p. 165; Reinaud donne de ce passage une traduction corrigée, Mém. sur l'Inde, p. 242; Kazwîni, dans Gildemeister, p. 208.
0 Yule, Cathay, I, 227 et s. donne sur la situation de Safara (non loin de Surate) des indications préférables à celles de Las* sen, Op. cit. I, 107. IV, 957; Voy. aussi Indian antiquary, I, 321.
7 Reinaud, Mém. sur l'Inde, p. 220 et 88.; Isstachri, p. 82.
8 Dans les écrits indiens de l'époque ils sont désignés sous le nom de Yavana ou Kalayavana (Yavana noirs); voy. A.
Weber, Die Verbindunyen Indiens mit den Landern des Westens; l'AUg. MoinUschrifi, sept 1853. 2e art. p. 733.
34 Première période. — Des grandes invasions au.r croisades.
de loin en pèlerinage; en habiles politiques, les Arabes le laissèrent subsister; cette mesure était de nature à leur concilier les indigènes, et l'affluence des pèlerins ne pouvait qu'être profitable à la ville et au pays; en outre, ces derniers apportaient comme offrande à leur divinité, ou pour payer le tribut à l'émir arabe, de précieux produits de leur industrie que l'on vendait aux marchands avec grand bénéfice.1 Un marché encore plus important était celui de Daybal (Dibal), ville située sur la côte, à l'ouest* de l'embouchure de l'Indus. Les vaisseaux de Perse et d'Arabie, en route pour les Indes ou la Chine, y faisaient ordinairement relâche à l'aller et au retour, de sorte qu'il y avait toujours sur la place des marchandises de tous ces pays, que les riches marchands de la ville répandaient vers l'intérieur, tandis qu'ils exportaient par mer les produits de la région et des autres pays situés en arrière.8 Au commencement du Xe siècle, sous l'impulsion des belliqueux sultans de la famille des Gaznêvides, les Arabes étendirent leurs conquêtes dans le nord -ouest de l'Inde; ces acquisitions auraient dû avoir pour conséquence de rendre plus accessible aux marchands arabes l'intérieur de l'Inde, qui, jusqu'alors, leur avait été à peu près fermé:4 mais le fanatisme religieux des Gaznévides les fit prendre en horreur par les indigènes, de sorte que la répulsion native des Hindous pour tout commerce avec l'étranger, demeurée plus vivace au coeur du pays que sur les côtes, ne fit que s'accentuer encore.5
Revenons aux points de départ de la marine marchande arabe. Même aux époques de sa plus grande prospérité Sirâf ne fut jamais l'unique entrepôt des produits de l'Inde et de la Perse. Isstachri dit bien, d'une manière générale: "les marchandises d'outre -mer partent de Sirâf" (pour l'intérieur des terres):6 mais il ne faut pas perdre de
1 Reinautl, Mêm. sur l'Inde, p. 184 et 8., 213, 248 et s. ; Ibn-Haoukal, Oriental geograpky, transi, by Ouseley p. 148 et s.; Maçoudi, I, 375; Relation*, p. 135 et s.
« "A l'Est" est une fausse lecture du texte dlbn - Haoukal ; en consultant un meilleur manuscrit et la carte jointe au texte, on voit qu'il faut lire "à l'Ouest"; voy. EU in f . Hist. of India, mukammadan period. I, 37, 377.
■ Sur la situation de cette ville et son importance commerciale, voy. Ibn-Khordadbeh, dans Sprenger, op. cit. p. 80; Isstachri, p. 20; Maçoudi, I, 207, 239, 378; Ibn-Haoukal, dans Gildemeister, L a p. 170; Kazwîni, ibid. p. 205; Edriai, I,
161. Reinaud suppose que c'est identiquement la même que la ville actuelle de Karatcbi (Mêm. sur l'Inde, p. 170, not. 6) ; Elliot, (Op. cit. p. 374 et ss.) adopte cette manière de voir; il en donne des motifs plausibles et en prend la défense contre l'opinion généralement admise que Daybal est la Tattah actuelle.
* Reinaud, Relations, introd., pp. clviii. et ss.
* Reinaud, Mém. sur l'Inde p. 279 et s. Son appréciation à cet égard est plus exacte que celle de Wilken dans sa traduction de l'Histoire des Oaxnévides de Mirchond, p. 172.
6 Trad. Mordtmann, p. 74.
De Vajyparition de Mahomet aux croisades.
vue que cet écrivain résidait au sud de la Perse, dans une région qui tirait uniquement de Sirâf ses approvisionnements d'épices. Maçoudi, dont les connaissances sont plus étendues, complète ces indications: à propos des navires marchands de Sirâf, il nomme aussi, ordinairement, la région côtière d'Oman. Il est certain, en effet, que les villes maritimes du pays d'Oman et, particulièrement, Sohâr et Mascate armaient assez fréquemment des expéditions à destination des Indes orientales, de l'Indo- Chine et de la Chine, et recevaient, en retour, des vaisseaux de ces pays.1 Il y a encore un fait qui nous permet d'avancer un peu plus dans la connaissance du sujet qui nous occupe: c'est que Sokotora était un nid de pirates indiens, qui partaient de là pour courir sus aux vaisseaux arabes, quand ils passaient en vue de Pile, faisant voile sur l'Inde et sur la Chine.2 La situation de Sokotora démontre que ces vaisseaux ne pouvaient venir que du sud de l'Arabie ou du détroit de Bab-el- Mandeb, et ceci nous amène à parler de toute une nouvelle série de pays tels que l'Yémen et PHedjaz, l'Ethiopie et l'Egypte, qui avaient bien certainement des relations avec l'Asie orientale: pour n'en citer qu'un exemple, le bois de teck était employé dans les constructions navales en Arabie et en Égypte. 8 De leur côté, ces pays n'étaient pas si dépourvus de produits à exporter qu'ils n'eussent à en offrir à l'Inde et à la Chine. C'est ainsi que, tandis que les émeraudes de la côte orientale de l'Inde étaient importées en Occident par Aden et La Mecque, les princes de l'extrême Orient recherchaient celles de la Haute -égypte et les défenses d'éléphant sauvage, très abondantes en Abyssinie; on en fabriquait aux Indes et en Chine toutes sortes d'objets.4 Aden, dans L'Arabie heureuse, était l'un des marchés les plus importants pour ces divers articles; son port était le rendez -vous de vaisseaux venus de toutes les parties de l'Asie et de la côte orientale d'Afrique. 5 Un coup d'œil sur la liste de leurs pays d'origine démontre que la mer Rouge recevait directement au moins une partie des produits de l'Inde et de la Chine, ce qui n'empêche pas qu'il n'en arrivât aussi par Sirâf, car les marins de ce poil naviguaient le long des côtes orientale et méridionale de r Arabie; ils dépassaient même Aden et remontaient parfois jusqu'à Djeddah, où ils passaient leur chargement à d'autres navires mieux faits pour affronter les dangers de la navigation dans la partie septentrionale
1 Relations, p. 93; Maçoudi, I, 303, 308; II, 52; Edrisi, I, 152; Almohallaby, dans Azyzy (du Xe siècle), cité par Aboulf., trad. Reinaud, II, 137 ; Isstachri, p. 14, 71.
» Maçoudi, III, 37.
3 Maçoudi. III, 12; Sprenger, Op. cit.
4 Maçoudi, m, 7 et s., 43—48 ; Relations p. 153.
5 Ibn-Khordadbeh, éd. Barbier de Meynard, p. 282; Isstachri, p. 18; Azyzy, dans Aboulf., trad. Reinaud, U, 127; Géographie de Moïse de Khorène dans Saint- Martin, Mém. sur l'Arménie, U, p. 371.
36 Première période. — Des grandes invasioyis aux croisades.
du golfe.1 Djeddah, fondée par des marchands perses vers le milieu du VIIe siècle et désignée par le calife Othman pour servir de port à La Mecque, profita abondamment de la prospérité commerciale de cette dernière ville; mais elle conserva toujours une importance propre, parcequ'elle servait de relâche à la navigation de la mer Rouge.8 El-Bjar, qui était alors le port de Médine, était visitée par des navires de la Chine, de l'Inde et de PAbyssinie.8 Enfin, au nord -ouest du golfe, l'antique Kolsoum (Clisma) jouissait encore d'une certaine prospérité, parce qu'elle servait de port commun à la Syrie et à l'Egypte.* Pour le moment nous ne suivrons pas plus loin la marche des produits du Levant; nous sommes arrivés au terme extrême qu'ils pouvaient atteindre par mer.
En comparaison du grand mouvement de la navigation entre les pays arabes, l'Inde et la Chine5 le trafic par les voies de terre était relativement peu de chose. De temps à autre, des habitants de Samarkand ou du Khorassan, pour se rendre en Chine, allaient encore s'embarquer sur le golfe Persique, préférant, malgré l'énormité du détour, la voie de mer à celle de terre. 6 Cependant les caravanes continuèrent toujours à transporter des marchandises. A l'époque où les Arabes étaient maîtres de l'embouchure de l'Indus, il existait une route commerciale menant de cette région vers l'intérieur de la Perse par la province du Sedjestan (Sevistan);7 plus au nord, les caravanes du Pendjab transportaient une grande quantité de marchandises par les hauts plateaux de l'Afghanistan, et les amenaient à Kabotd et à Gaena, qui devenaient ainsi de grands points de transbordement. 8 De là, les caravanes se dirigeaient d'une part vers le Khorassan. à l'ouest, d'autre part vers la Boukharie, au nord, et, de la sorte, malgré le grand éloignement de la mer, les
1 Relations, I, 142 et s.
* Is8tachri, p. 9; Sprenger, Op. cit.
p. 124, not 1; Wttstenfeld , Clironiken der Stadt Mekka, IV, 122.
* Sur ce point peu connu , voyez Sprenger, Die alte Géographie Arabiens, p. 38; Kremer, Oulturgeschichte des Orients, II, 278, cite un passage de Jaqout où il est question des relations de cette ville avec divers pava.
4 Isstachri, p. 18.
* Suivant Ibn-Haoukal, vers 975 tout le commerce, tous les armements de navires en destination de l'Inde, de la Chine et du Zanguebar étaient entre les mains d'un seul marchand, immensément riche, nommé Abou • Bekr - Ahmed - ben - Omar-
Sairafi; ses magasins regorgeaient de pierres précieuses et de parfums; voyez dans le Journ. asiat. 1873, p. 574 et s. un article sur la nouvelle édition du texte arabe de ce voyageur, publié par Coeje.
0 Exemples dans Maçoudi, I, 307 et ss. Relations, p. 106 et ss.
7 Maçoudi, I, 349; Beinaud, Mêm.
sur Vlnde, p, 216; voyez aussi Isstachri, p. 111; Elliot, Hist. o f India, I, 54,468.
* Isstachri, trad. Mordtmann, p. 120, et les passages d'Ibn-Haoukal cités par Reinaud, Mêm. sur l'Inde p. 243-245. Du temps de ce voyageur les quantités d'indigo apportées sur le marché de Kaboul s'élevaient annuellement à la valeur de deux millions de dinars, et plus ; Voy. aussi Elliot, /. e.
IL — De Vanmrition de Mahomet aux croisades. 37
épices des Indes se répandaint dans ces contrées. Dans la Boukharie elles se retrouvaient avec les marchandises apportées de Chine par l'Asie centrale. En effet, la population commerçante de la Boukharie avait continué d'entretenir d'activés relations avec la Chine ; nous en trouvons la preuve dans un petit incident de l'histoire de la conquête de ce pays par les Arabes, au commencement du VIIIe siècle. A côté de Samarkand et de Bokhara il existait alors encore une autre "ville des marchands" florissante , nommée Peikound (Baykend) : 1 elle fut prise d'assaut par les Arabes, et l'un des principaux habitants, pour sauver sa vie, offrit, inutilement il est vrai, de livrer cinq mille pièces de soieries chinoises.* Après l'acquisition de la Boukharie les conquêtes des Arabes ne dépassèrent plus les provinces du Ferghâna et l'Iaxarte; aussi n'y eut- il que bien rarement des hostilités entre eux et la Chine,3 et il paraît établi que, pour se rendre de l'empire des califes en Chine, le marchand qui ne craignait pas d'affronter les fatigues, les privations et les terreurs inhérentes à un voyage à travers le désert, ne rencontrait sur son chemin aucun obstacle officiel. Après avoir passé l'Iaxarte, il trouvait d'abord, à l'est de ce fleuve, les résidences des Kharloks, puis il traversait le territoire de l'une des tribus alors les plus importantes des Turcs, celle des Tagazgaz (Hwei-hou), qui s'étendait au loin sur les deux flancs des monts Thian-chan. 4 Au temps de Maçoudi il y avait deux routes particulièrement fréquentées; l'une plus longue, exigeant quatre semaines et bonne pour les bêtes de somme; l'autre plus courte et qui ne demandait que quarante jours;5 mais ce voyageur n'en indique pas exactement la direction.6 Enfin il y avait un chemin à travers
le Thibet, mais il offrait de telles difficultés, qu'il ne pouvait être
1 C'est le nom que lui donnent Ibn- ft Maçoudi, I, 347 — 349: il dit qu'en
Khordadbeh, dans Spronger, op. cit. p. 205 prenant la route la plus courte on traverse
et Tabari , dans Weil , Geseh. d. Chalif. des montagnes où se trouvent des dépôts
I. p. 499, not. 2; voy. aussi Vambery, de sel ammoniac; mais ce n'est pas une
Gesch. Bochara' s oder Tranxoxaniens, 1,27. indication suffisante pour en préciser la
7 Tabari, dans Weil, op. cit. p. 500, direction; Reinaud (Aboulf. prolég., p.
not. 1; l'Histoire de Bokhara, de Nar- ccclxx. et ss.) et Richthofen, {China, I,
chacbi, écrite en 943 ou 948, parle aussi 560) pensent qu'il s'agit là d'une certaine
des relations des marchands de cette ville montagne de la chaîne des Thian-Chan,
avec la Chine; voy. Vambery, Gesch. ton située à 200 milles chinois au nord de
Bochara, I, 10. Koutch, où l'on extrait du sel ammoniac ;
' Yule, Cathay, I, p. lxxxi. mais il y avait des mines de ce genre
4 Isstachri, p. 3; Reinaud, traduction dans la Sogdiane et près d'Ouroumtai
d'Aboulféda, prolégom. p. eccliii. et ss.; (Bichbalik); cf. Tomaschek, Centralaaiati-
Richthofen, China, I, 563—565. sehe Stitdien, I, Sitx.-Ber. der Wiener
4 Abou-Saïd compte deux mois de AJcad. phil. hist. CL LXXXVH, (1877) p.
marche de la Sogdiane à la Chine: Rela- 87—89. lions, p. 1 14.
38 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.
suivi qu'exceptionellement, par exemple par les marchands de Samarkand qui allaient porter en Chine le musc du Thibet. 1
On peut admettre qu'à l'époque qui nous occupe les expéditions de caravanes vers la Chine devaient se faire plus rares, car une de leurs principales raisons d'être était le commerce la soie; or, la soie se produisait dès lors aussi dans le nord de la Perse. Suivant la vieille route commerciale de Boukharie en Perse, la fabrication de la soie s'était localisée de très bonne heure à Merv et c'était dans cette ville qu'au Xe siècle les habitants des autres provinces allaient chercher les œufs de vers à soie. De là, cette industrie se répandit, en longeant probablement la lisière septentrionale de l'Iran, vers les provinces de Tabaristân (capitale Amôl) et de Djordjân; le climat de cette dernière province, située dans la partie du pays où le terrain va s'abaissant depuis les hauts plateaux jusqu'au bord de la mer Caspienne, était particulièrement favorable au développement du ver à soie; Isstachri et Ibn-Haukal disent déjà que, de leur temps, ces contrées étaient le centre de la production de la soie; elles ont conservé ce privilège jusqu'à nos jours.2
En suivant la fabrication de la soie jusqu'en Perse pendant les premiers siècles de l'empire des califes, nous sommes arrivés, sans nous en apercevoir, sur un nouveau terrain à étudier. En effet, si l'on fabriquait, dans l'intérieur même de V empire des califes, des produits similaires à ceux de l'extrême Orient, on en exploitait d'autres qui n'étaient pas moins recherchés. Pas n'était besoin de courir jusqu'aux Maldives, aux Laquedives, ou jusqu'à la côte de l'Inde pour trouver l'ambre gris; les flots déposaient ce parfum sur les côtes méridionales de l'Arabie. 8 Ceylan n'était pas seule à posséder des perles et des pierres précieuses; il y avait des pêcheries de perles en plein rapport dans le golfe Persique, sur les îles de Bahrein, de Keich et de Kharek,4 et on extrayait des montagnes de la Perse des pierres précieuses, en particulier la turquoise et le lapis -lazuli; la canne à sucre croissait dans les bas -fonds du Makrân et du Kousistân;5 les plaines de la Syrie et de la Mésopotamie étaient couvertes de cotonniers; la stérile Arabie fournissait
1 Relations, p. 114 et s.
* Isstachri, p. 100,117;Ibn-Haoukal,éd.
Ouseley p. 216 et s., 179 et s. ; Ibu-Haoukal, transi, by Ànderson, Journ* of the Bengal Society, XX. (1853), p. 167; Ritter, Erdk., Vm, p. 232, 529, 702; Karabacek, Ueber cinige Benennungen mittelalterlicher Qetcebe, L Wien, 1882 (Extr. des MittheUungcn des K.K. bsterr. Muséums fur Kunst und Industrie, aimées 1879 et 1880) p. 21.
3 Relations, p. 4, 30; Maçoudi, I, 433 et s., 367.
* Ibn Khordadbeb, éd. Barbier de Mey nard, p. 283; Maçoudi, 1, 239, 328 et ss. etc.
8 Ibn Haoukal, transi, by Anderson, Jourtt. of the Bengal Society XX., p.
154, 165, XXI, p. 55; Gildemeister, SS. arab. locide rébus indicis, p. 33; Isstachri, p. 58.
De l'apparition de Mahomet aux croisades.
tout au moins la myrrhe et l'encens.1 A ces produits naturels se joignaient ceux de l'industrie: le travail manuel n'était point en déshonneur chez les Arabes; le Coran le recommandait comme agréable à Dieu; mais il serait resté renfermé dans de modestes limites, si les Arabes avaient conservé longtemps la simplicité de mœurs dont Mahomet avait fait un précepte. Quand le calife Omar taisait déchirer en mille pièces le joyau du butin fait sur les Perses, un splendide tapis sur lequel était représenté le paradis, lorsqu'il faisait défense à ses généraux de construire un palais du genre de ceux des Sassanides, * qui eût pu prédire de beaux jours â l'industrie arabe? Mais était -il possible de persuader aux Perses vaincus qu'en embrassant l'islamisme il fallait renoncer à ce goût artistique qu'ils mettaient au service de leur luxe, fermer les ateliers d'où sortaient leurs fins tissus et leurs exquises broderies? était -il possible d'obliger les habitants de la Syrie à abandonner l'industrie de la soie, qu'ils pratiquaient depuis si longtemps, par cela seul qu'ils passaient de la domination de Byzance à celle des Arabes? Avec le temps les conquérants eux-mêmes oublièrent que les délicates jouissances matérielles ne devaient être la récompense des fidèles musulmans qu'après la mort; les plus puissants et les plus riches . se laissèrent aller sans scrupule aux délices terrestres, adoptèrent pour leurs vêtements les étoffes de prix, et déployèrent dans l'ornementation de leurs demeures un luxe véritablement oriental Nous avons vu combien le commerce en profita; l'industrie indigène ne resta point en arrière; le progrès du bien-être lui donna une puissante impulsion. Quand les scrupules qui empêchaient les vieux croyants de porter des vêtements de soie8 se furent effacés, les tisserands persans virent leur clientèle s'accroître sur toute l'étendue des pays conquis à l'islamisme. Les villes de Merv et de Nischapour 4 cultivaient avec un succès particulier cette branche d'industrie, qui continuait d'ailleurs à s'exercer activement au sud,5 dans les provinces de Kousistân et de Farsistân: nous savons que la fabrication de la soie y avait été florissante dès l'époque des Sassanides. Là se trouvait Sous, qui produisait de lourdes étoffes de velours, uniques dans leur genre, mais dont la prospérité ne fut que passagère; là s'élevait encore Touster (Schouster), dont les satins rivalisaient avec les plus beaux produits de la Grèce et qui avait le
1 Relations, p. 141. mené utie vie dissolue et s'était vêtu de
* Weil, Oesch. der Chaiif. I, pag. soie; Aboulf., Annal muslem. I, pag.