‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 8 sur 145 · Pariset, Histoire as la soie, II, p · texte numérisé non relu

Pariset, Histoire as la soie, II, p

3 Eu 665, quand Yezid I dut monter 160 et ss.

Ml le trône des califes, un grand nombre 4 Isstachri, p. 121 ; Ibn Haoukal, dans

de ses sujets le regardaient comme in- Andcrson, Op. cit. XX., p. 153 et s.

digne, parceque dans sa jeunesse il avait a Isstachri, p. 69, 73.

40 Première jwriode. — Des grandes in r usions au.r croisades.

privilège de fournir les tentures destinées à revêtir les murs de la Kaâba de la Mecque. Les califes, jaloux d'acclimater cette fabrication artistique dans leur nouvelle capitale, transplantèrent à Bagdad un groupe de tisserands de Touster, mais cela n'empêcha pas les soieries de cette ville de conserver leur antique réputation jusqu'au milieu du XIV0 siècle.1 A Damas et dans quelques villes de la basse Egypte, à Tennis notamment, on tissait et on brodait de précieuses étoffes pour vêtements, des tapis, des rideaux de tente etc.2 Les princes arabes aimaient les meubles faits de métaux précieux, de bois odoriférants, ornés de pierres précieuses; H suffit de parcourir la liste des joyaux dont regorgeaient les trésors des Abbassides à Bagdad ou des Fatimides au Caire,8 pour avoir une haute idée de l'habileté des ouvriers en or et en argent, des ébénistes, des joaillers, des armuriers occupés à ces travaux.

Nous avons vu qu'une fois arrivées dans l'intérieur de l'empire des califes, les marchandises importées de l'Orient, comme les produits indigènes, passaient de main en main et de province en province; ce mouvement était favorisé par deux causes: d'abord par cette mobilité qui est dans la caractère des arabes; ensuite et surtout par l'institution des pèlerinages. Le commerce intérieur des peuples mahométans entre eux n'entre pas dans le cercle de notre étude, les chemins suivis par les marchands ne nous intéressent donc qu'en tant qu'ils servaient au transport des marchandises vers certains ports en relations avec l'Occident. Recherchons d'abord de quelle manière les marchandises qui remontaient la mer Rouge étaient portées jusqu'à la Méditerranée. Aussitôt après la conquête arabe, le canal qui, dans l'antiquité," avait relié le point le plus septentrional de la mer Rouge (Kolsoum) à la capitale de l'Egypte, fut remis en état (643) non pas tant dans l'intérêt du commerce, que pour permettre au conquérant d'expédier par une voie plus commode et plus rapide le blé d'Egypte à la stérile Arabie; il commença à s'ensabler de nouveau au commencement du VIII0 siècle et finit par être complètement bouleversé par les maîtres de l'Egypte eux-mêmes (761 ou 762) pour empêcher l'envoi de vivres à la ville de Médine, devenue un foyer de révoltes.* H est certain que, tant qu'il frit praticable, les marchands en profitèrent pour transporter leurs marchandises au Caire, d'où ils les ré-

1 Isatachri, p. 59; Edrisi, I, 383; Quatremère, Mémoires sur l'Egypte, H, 377, 380; Karabacek , op. c. p. 19 et 88.

1 Quatremère, loc. cit. p. 308 et s. : 335 et s. 339 et s. 376—382; Isstachri, p. 81.

3 Âboulf., Annal, muslcm. II, pag.

107, 333 ; et encore mieux Quatremère, Op. cit., p. 366 — 383; il donne la descrip-

tion des objets qui se trouvaient dans le trésor du calife fatimide Mostanser-Billah (mort en 1094).

4 Pour l'histoire de ce canal sous la domination arabe, voyez Weil, Geseh. «fer Chalifen I, 119 et ss., et les extraits de la description de l'Egypte par Makrizi, dans les Sot. et extr. VI, p. 334 et ss.

IL — De Vapparition de Mahomet aux croisades. 41

expédiaient vers la Méditerranée par le NiL1 La construction d'un canal reliant les deux mers à travers Y Isthme de Suez eût assurément donné plus d'activité aux relations commerciales entre l'Orient et l'Occident On dit que le calife Haroun-Al-Raschid en eut la pensée, mais qu'il y renonça sur ee qu'on lui objecta que les Grecs trouveraient par là un chemin tout ouvert pour atteindre la mer Rouge, et qu'ils pourraient en profiter pour envoyer des expéditions vers les sanctuaires de la Mecque et de Médine et entraver les pèlerinages. » Dès lors, pour transporter en Occident les marchandises arrivées par la mer Rouge, il devint impossible d'éviter une traversée du désert, soit qu'on les expédiât vers le Nil à dos de chameau pour leur faire descendre ensuite le cours du fleuve, soit qu'on leur fît prendre uniquement la voie de terre à travers l'isthme de Suez. La première de ces deux voies menait directement à Alexandrie. Un pèlerin (Arculf) qui traversait l'Egypte quelques dizaines d'années après la conquête arabe (vers 670) parle encore d'Alexandrie comme d'un rendez- vous du commerce universel, où des "peuples innombrables" viennent s approvisionner; 8 si plus tard la réputation de cette ville s'eft'aca tant soit peu devant l'éclatante renommée de Bagdad, la prospérité dont jouit l'Egypte sous la dynastie des Thoulounides (871 — 904)* ne pouvait manquer de rejaillir sur elle. Une partie des marchandises venant de la mer Rouge était expédiée à travers l'isthme de Suez sur la ville de Faramiah (l'antique Péluse), dont le port conservait encore sa richesse et son importance; ce qui faisait la valeur de cette voie entre toutes les autres, c'est qu'elle réduisait à quatre ou cinq jours la durée du trajet par terre. 5 Quant aux marchandises du Levant débarquées à Djeddah pour être vendues aux nombreux pèlerins qui accouraient chaque année à La Mecque, elles pouvaient encore arriver en Occident, bien que par une voie détournée, si elles étaient achetées soit par des marchands égyptiens, qui regagnaient leur patrie par terre en compagnie des pèlerins leurs compatriotes

1 On connaît même des exemples de pèlerins chrétiens qui en profitaient pour éviter une partie de la traversée du désert; par exemple, les Irlandais dont la courte relation, écrite par le frère Fidelis, a été conservée dans Dicuil, De mensura orbi«, éd. Letronne, p. 23 et 88. (cf. prolég. p. 9 — 24).

* Maçoudi, IV, 98 et s. Suivant Ibn-Saïd (mort en 1274). dans Aboulféda, trad. Reinaud, II, 146, le conquérant de l'Égypte, Amrou, avait déjà projeté ce canal, mais le calife Omar refusa de l'exécuter par le motif que nous indiquons.

1 Hinera hierosolytnitana , éd. Tobler et Molinier, I, p. 188.

* Weil, Oeseh. der Chalif. II, 426 etss. et surtout p. 435.

1 Ibn Kordadbeh, éd. Barbier de Meynard, p. 518; Isstachri, p. 3, 32; Aboulféda, trad. Reinaud II, 146; Faramiah est souvent nummée comme station de la route d'Égypte en Palestine par la côte; voy. Bernardi monachi franc* Itinerarium, dans Tobler et Molinier, Op. oit, p. 313; Sprenger, op. cit. p. 95 etc.

42 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

en contournant les deux pointes de la mer Rouge, soit par des marchands syriens, qui les emportaient dans la direction de Damas. Le chemin de la grande caravane des pèlerins de Syrie était, il est vrai, assez éloigné de la mer, car il passait à l'est du Jourdain, en dehors de la Palestine; mais la visite de la masquée de Jérusalem et du tombeau d'Abraham à Hébron passait chez les musulmans pour une œuvre pie, et beaucoup de pèlerins achevaient leur pèlerinage à Jérusalem après avoir été à La Mecque.1 Là, ils se rencontraient avec les pèlerins chrétiens d'Occident, et c'était une occasion d'échanges: chaque année, le 15 septembre, se tenait à Jérusalem une grande foire, très fréquentée par des marchands de diverses nations.* — Mais cette route, en somme, n'était que secondaire; revenons à la route principale des caravanes. Le plus grand nombre des pèlerins se dirigeait directement sur Damas. Cette ville était le point de rencontre de plusieurs routes importantes, de sorte que les pèlerins venus du Nord s'y donnaient rendez-vous pour faire route ensemble jusqu'à La Mecque et s'y séparaient au retour. Ce mouvement continuel amenait naturellement une quantité de marchandises à Damas, et, comme les villes maritimes de Tripoli, de Beyrout, de Tyr et d'Acre n'en étaient qu'à quelques journées de marche, il est bien probable qu'au Moyen-Age elles en tirèrent de très bonne heure leurs approvisionnements. — Précisément il y avait une autre voie importante, qui aboutissait en Syrie; c'était le cours de YEuphrate, navigable depuis le golfe Persique jusqu'à une petite distance de la Méditerranée. A partir des villes de Basra et de Bagdad (cette dernière étant aussi reliée à l'Ëuphrate par un canal), il se formait un courant ininterrompu de marchandises qui remontaient le fleuve, ou suivaient, le long de ses rives, un chemin de caravanes. Les anciens géographes arabes nomment, sur ce parcours, deux points importants: Rakka et Balis. Nous avons déjà en l'occasion de parler de la première de ces villes, alors qu'elle se nommait Callinicum ; c'était une des places où les Komains achetaient la soie aux Perses; sous la domination arabe et particulièrement à l'époque des Abbassides, elle continua de prospérer3 grâce aux nombreuses relations qu'elle entretenait, non seulement le

1 Moquaddasi, dit Al-Bachschari (985 — 986) trouva sur les marchés de Jérusalem une abondance toute particulière de fruits du midi; il régnait sur le marché un ordre rigoureux; les droits étaient énormes; voyez Gildemeister, dans \*Zeitschrtft des deutschen Paidstinavereins, VII (1884) p. 159 et s. ; Jakuts Reùen, par Wttstenfeld, dans la Zeiischrift d d. morgenl. Qctch. XVHI, 462.

■ Arculf, 1. c. p. 144. La ville de Césarée (Césarée de Palestine) où les croisés trouvèrent une quantité surprenante de poivre (Ann. Jan. éd. Pertz, SS. XVHI, p. 14) recevait probablement cette marchandise de Jérusalem.

8 Isstachri, p. 47; Weil, Gesch. drr Chalif. H, 145, note; Ritter, Erdk. X.

1143 et sa.

De Vapparitioa de Mahomet atw croisades.

long de l'Euphrate, mais aussi au nord-est, avec Nisibe et Mossoul, et au sud-ouest avec Damas. 1 La ville de Balis n'était qu'à deux journées de marche de Rakka: le géographe arabe Isstachri lui donne la qualification significative de Port des Syriens, preuve suffisante qu'au Xe siècle les marchands syriens venaient là, sur la frontière de leur pays, s'embarquer avec leurs marchandises pour se rendre en Orient, et débarquer au retour.2 A deux journées plus loin, vers l'ouest,8 on rencontrait Haleb (Alep) centre commercial du nord de la Syrie, comme Damas l'était du centre. Une bonne partie des marchandises qui affluaient sur ce point continuaient sur Antioche et arrivaient à la mer non loin de cette dernière ville. Si l'on veut savoir à quel point le trafic était actif entre Alep et Antioche, même avant les croisades, en voici un exemple: on sait que, de 966 à 968, les Grecs réussirent à reconquérir sur les Arabes la ville d'Antioche ainsi qu'une partie du pays environnant, et qu'ils les conservèrent jusqu'en 1084. A peine maîtres d'Antioche, ils eurent l'occasion d'intervenir à Alep, dont le prince légitime, le jeune Hamdanide Sa'd-aldaoulah, avait été détrôné par deux de ses grands vassaux, Kargoujah (Korouba, d'après Weil) et Bakgour (Bekdjour). Les deux usurpateurs appelèrent les Grecs à leur aide et reconnurent le suzeraineté de l'empereur. L'historien d'Alep, Kemâleddin,4 rapporte les principaux articles d'une traité qu'ils conclurent avec le gouverneur d'Antioche au mois de safar 359 (décembre 969 à janvier 970 ap. J. C). H y a, dans le nombre, des passages relatifs au commerce; ce sont les seuls qui nous intéressent ici. D est dit, par v exemple, que les Grecs se rendant à Alep ne seront pas entravés \ dans leur commerce et que les caravanes grecques, en passant du ) territoire grec sur celui d'Alep, y recevront une escorte suffisante pour I garantir leur sécurité jusqu'à la ville: puis viennent des règles pour la ' fixation et la levée de la dîme sur les marchandises: dans la liste de ces marchandises on trouve l'or, l'argent, les soieries grecques, la soie brute, les pierres précieuses, les perles, les brocarts, les étoiles communes \

1 Sprenger, Op. cit. p.92ets., 105— 108.

* Isstachri, p. 38. D'après Ibn Khordadbeh, les Juifs dont il raconte le voyage et dont il sera question plus loin parcoururent aussi en trois jours la distance d'Antioche a l'Euphrate (éd. Barbier de Meynard, p. 614); ils avaient pris, sans doute, pour aller plus vite, le chemin le plus court, par Balis.

1 Isstachri, p. 41; Moquaddasi, dans Sprenger, op. cit. p. 98, 101; Benjamin. TudeL, éd. Asher, I, 88.

* Preytag est le premier qui ait publié le texte arabe de cette partie de sa chronique avec traduction allemande, dans l'ouvrage intitulé: Regierung des Saad-aldaula xu Aleppo (Bonn, 1820) ; Lassen l'a reproduite en latin dans les Exeerpia ex historiis Arabum, à la suite de Léo Diaconus, éd. Bonn, p. 389 et ss.; enfin Freytag l'a enchâssée dans son histoire intitulée Oeschichte der Hamdanidcn in Aleppo (Zetischr. der deutschen morgenl. G es ch. XI, 1857, p. 177 et ss.). Voyez, Weil, Qeseh. d. Calif. III, 88 et ss.

44 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

pour vêtements, les toiles de lin, le bétail etc. Kemâleddin nous apprend donc qu'à cette époque des caravanes faisaient des voyages d'aller et retour entre Alep et Antioche; peut -on admettre que cet état de choses n'ait eu que la durée de la dépendance politique d'Alep à l'égard d' Antioche et de Byzance? évidemment non, car le traité en question n'a pas pu créer ces relations par caravanes; il présuppose un état de choses existant. Donc, du moment qu' Antioche recevait les marchandises arrivant de l'Euphrate par Alep, pour les réexpédier vers la mer, cette place était longtemps avant les croisades un entrepôt important; nous en donnerons plus loin d'autres preuves.

Pour le moment, recherchons encore quels étaient les autres ports par où les marchandises d'Orient pouvaient arriver en Occident Deux géographes arabes du X° siècle, Maçoudi et Isstachri, attirent notre attention sur un entrepôt important des produits du Levant, celui de Trebizonde. Suivant Maçoudi, il s'y tenait, chaque année, plusieurs foires fréquentées par les Circassiens et par une grande quantité de marchands musulmans, byzantins, arméniens et autres;1 Isstachri écrit, de son côté: "Trébizonde est la ville frontière des Grecs; nos marchands y vont tous: toutes les étoffes de fabrication grecque, tous les brocarts qui sont importés sur le territoire musulman, passent par Trébizonde." * Bien que nos auteurs ne le disent pas, il est évident que les marchands musulmans, et les Arméniens aussi (ajouterons-nous avec Maçoudi) apportaient leurs marchandises sur ce marché. Mais de quelles parties de l'empire des califes venaient ces marchands musulmans? A cette époque, l'Asie-Mineure était encore au pouvoir des Grecs; d'autre part, quand i les musulmans de Syrie voulaient faire des affaires avec les Grecs, il est sûr qu'ils n'avaient pas* besoin de ce détour; les marchands en question devaient donc être originaires de la région du Tigre, de la Perse ou de la Boukharie. Nous ne possédons, pour ces temps reculés, aucun point de repère qui nous permette de retracer les routes suivies par eux. Cependant on peut préciser au moins un point d'étape: il existait dans la grande Arménie une antique ville du nom de Garin; les Byzantins en avaient fait un de leurs plus fort boulevards, et lui avaient donné le nom de Théodosiopolis; gênés dans l'exercice de leur industrie par les fortifications, les habitants préférèrent fonder un nouvel établissement, non loin de la place, dans un endroit plus favorable au commerce, mais complètement ouvert C'est ainsi que naquit la ville florissante à'Arzc ou Arzen;8 une nombreuse population de marchands indigènes, syriens

1 II, p. 3. • \4orlt, Cedrenus II, p. 577; ^ffc,

* Je me conforme ici à la traduction Const. Porphyr., De adm. imp., cap. 44,

plus exacte donnée par Defrémery , dans p 193 et ss., 'Afa ; Mich. Attal. p. 148.

le Journ. asial. IY° s., XIV, p. 462.

H. — De V apparition de Mahomet aux croisades. 45

et autres, y faisait fortune en recevant et revendant les marchandises les plus diverses de la Perse, de l'Inde et du reste de l'Asie. En 1049, les Seidjoucides victorieux envahirent le pays, prirent Arze, y firent un énorme butin de métaux précieux et de marchandises de valeur, incendièrent la ville et massacrèrent les habitants: ceux qui purent échapper allèrent chercher un refuge dans la vieille ville de Théodosiopolis, si longtemps abandonnée. En changeant de demeure, les nouveaux habitants donnèrent à Théodosiopolis le nom de la ville détruite, Arzen, mais en y ajoutant l'épithète de "la romaine", à cause de ses fortifications; on en a fait, par la suite, Arzen -Roum, ou Ereeroum; quand les temps furent redevenus meilleurs, les habitants reprirent leur activité commerciale.1 On sait que l'importance commerciale de la moderne Erzeroum tient à ce qu'elle a toujours été un des principaux centres échelonnés sur la grande route qui mène de l'intérieur de l'Asie à Trébizonde : la prospérité de l'antique Arze ne devait pas avoir d'autre cause, car il est plus que probable que les marchands musulmans et arméniens suivaient, pour se rendre à Trébizonde, la même route que leurs descendants de nos jours. Cependant Constantin Porphyrogénête parle d'une autre ville par où les marchandises du centre de l'Asie pouvaient aussi gagner Trébizonde. Dans la Grousie (Géorgie), non loin du cours de la Tchorokh, on trouve une petite bourgade du nom ftArtanouâj* qui eut autrefois de l'importance comme place forte et place de commerce. Au Xe siècle, il y venait des marchands d'Arménie et de Syrie d'une part, dlbérie (Géorgie), d'Abazie et de Trébizonde d'autre part; de ce qu'on sait des droits considérables que percevait la ville, on peut conclure à l'activité du trafic qui s'y faisait8 Au reste, par l'effet même de sa situation, cette ville devait être plutôt visitée par les habitants de la région de la Colchide que par les Grecs de Trébizonde.

Pour compléter cette revue des voies de communication entre l'Orient et l'Occident, il faut encore étudier la frontière septentrionale des Mahométans. De la mer Caspienne, dont ils possédaient la moitié méridionale, elle s'étendait à l'est jusqu'à la mer d'Aral. Là aussi régnait une grande activité commerciale ; outre le voisinage des grands marchés de Samarkand et de Bokhara, avec leurs vastes relations,4 et de celui de

1 Mathieu d'Éd esse, traduit par Dulaurier , dans sa Bibliothèque arménienne, p. 83 et s. et notes, p. 409, œuvre malheureusement restée inachevée; Cedrenus, II, p. B77 et s. ; Mich. Attal. p. 148 ; Saint- Martin, Mém. sur l'Arménie, I, p. 68, H, p. 446 et s.; Ritter, Erdk., X, p. 271.

* Wakhoucht, Description géographique de la Géorgie, éd. Brosset, p. 117; Koch, Wanderungen im Orient, H, p.

189 et 88.

* Constant. Porphyrog., De adm. imp.

p. 207 et s.

4 Le voyageur Abou-Dolef-Misar (941) vit des marchands en relation avec l'Inde

46 Première période. — Des grandes invasions aux croisades.

l'antique métropole de Raï (Rhagae), 1 elle était entretenue par la florissante 'industrie du nord de la Perse. Les nombreux ports échelonnés le long de la côte de la mer Caspienne, depuis Abeskoun et Asterabad au sud-est, jusqu'à Derbent à l'ouest, y entretenaient un actif mouvement de navigation. Asterabad exportait des vêtements de soie, des coiffes et des bonnets; les marchés de Derbent présentaient un assemblage de marchands et de produits de toutes les parties de la côte.2 Il reste à savoir si les marchandises réunies dans la région de la mer Caspienne étaient expédiées vers la mer Noire, au delà de l'isthme du Caucase, soit par eau, en suivant le cours du Kour et du Phase, soit par terre, en traversant le Caucase, avec Derbent pour point de départ Cela nous paraît peu admissible. Entre la partie chrétienne de la population de l'isthme, attachée politiquement et religieusement à l'empire grec, d'une part, et les musulmans, maîtres au sud -ouest et à l'ouest de la mer Caspienne, d'autre part, il existait une antipathie peu favorable aux relations commerciales; d'un autre côté, les nombreuses incursions auxquelles la Géorgie chrétienne était exposée de la part des Arabes d'abord, et des Turcs Seldjoucides plus tard, rendaient les routes peu sûres ; puis le Caucase proprement dit, avec ses sentiers abruptes et ses populations de races et de langages divers, se prêtait mal au tracé d'une grande route commerciale. 8 Les Kaschaks, habitants de ces régions, entretenaient bien d'activés relations avec les riverains musulmans de la mer Caspienne d'une part et avec les Grecs de Trébizonde de l'autre, mais ils se contentaient de porter au marché leurs propres produits et d'acheter ceux dont ils avaient besoin,4 et ne songeaient pas à faire le métier d'intermédiaires pour procurer aux Grecs les articles d'Orient

Dans ces conditions, les habitants de la mer Caspienne ne pouvaient donner un grand développement à leur commerce vere l'ouest; en revanche, ils avaient une porte largement ouverte sur le nord; c'était

et avec la Chine jusque chez les habitants des stoppes qui entourent au nord la mer d'Aral, les Gozzea turcs ; la ville frontière musulmane de Ejordjanieh, située au sud, avait de fréquents rapports avec eux (Isstachri, p. 127, 129; d'Ohsson, Des peuples du Caucase p. 146 — 148; voyez sa relation de voyage, publ. par Kurd v. SchlOzer, pag. 11).

1 Sur leur situation (à deux heures environ de la ville actuelle de Téhéran) voy. Ritter, Asien, VI, 1, p. 695 etss.; On possède l'œuvre d'un géographe anonyme du X* siècle, dans laquelle Raï est dési-

gnée comme centre commercial pour l'Arménie, l'Aderbaïdjân , le Khorassan, la Khazarie et le Bordjan; voy. Sprenger.

Some original passages on the early commerce of the Arabs ; Journal of the Asiat. Soc. of Bengal, XIV, 2 (1844), p. 526; Voy. aussi Isstachri, p. 95, 98.

2 Isstachri, p. 161; d'Ohsson, loc. cit, pag. 6, 7.

a Rasmussen , De orient is commercio cum Hussia et Scandmaria, medio œvo Havn., 1825, p. 3.

* Maçoudi. H, 3. 45—47.

//. — De VapparUion de Mahomet aux croisades. 4îl

le cours du Volga. Pendant longtemps, la civilisation toute primitive des peuplades de ces régions et leurs déplacements perpétuels furent des obstacles à rétablissement de relations suivies; mais enfin les rois des Khazares, habitants des territoires que traverse le cours inférieur du Volga, réussirent à organiser un état de choses régulier, autorisèrent les Juifs, les chrétiens et les Musulmans à s'établir en toute liberté chez eux, leur accordèrent le libre exercice de leur religion et leur permirent d'avoir pour juges des coreligionnaires;1 dès lors (divers voyageurs et géographes du Xe siècle en sont témoins*) les marchands arabes purent engager des relations plus régulières avec les régions du nord de la mer Caspienne et la capitale des Khazares; Itil (Atel), située au dessus des bouches du Volga, vit arriver leurs navires et leurs caravanes; les principaux points de départ étaient, pour les vaisseaux, entre autres ports, celui d'Asterabad, et, pour les caravanes, la ville frontière de Djordjanieh, sur la mer d'Aral.8 Nous verrons plus loin que les Arabes ne se contentèrent pas d'avoir atteint Itil, et qu'ils surent remonter le Volga, pour aller chercher des pelleteries jusqu'au cœur de la Russie. H serait intéressant de savoir si, à côté de la grande artère formée par le Volga, n'existait pas déjà à cette époque l'embranchement, si fréquenté au Moyen- Age, qui allait du bas Volga au Don, et de là à la mer Noire ou à la mer d'Azow. Les Khazares s'étendaient à l'ouest jusqu'au Don et à la mer d'Azow; or, comme ils recevaient tant de marchandises par l'intermédiaire des Arabes, ils pouvaient les transporter directement par cette voie sur Constantinople. Effectivement ils avaient avec les Grecs de fréquents rapports,4 et on retrouve des traces de leurs relations commerciales. Au X° siècle , des ambassadeurs byzantins à la cour du calife de Cordoue, Abdérame KL, racontaient que des vaisseaux venus du pays des Khazares apportaient

1 Voyez le chapitre sur les Khazares dans Macoudi, II, 7 et M. ; Frœhn, De Chasaris, dans les Mém. de VAcad. de St.

PHcrsbourg, VIII, (1822) p. 590, 594; Vivien de Saint-Martin, Sur les Khaxares art. 1 , dans les Noue, annal, des roy. 1851, Mai, p. 157 et s. Un écrivain arabe du Xe siècle, Ibn-Dasta (Ibn - Doustheh) dit aussi qu'il y avait des musulmans établis dans les villes des Khazares et qu'ils y jouissaient du libre exercice de leur religion; ce passage est reproduit dans Rôsler, Romanisehe Studien (Leipz.

1871) p. 369 et as.; voy. Russische Revue. X, 310 et sa.

■ Citons d'abord Ibn-Fosslan, Macoudi,

Isstachri, Ibn-Haoukal; Rôssler et d'Ohsson ont réuni et commenté tout ce que ces voyageurs on écrit sur le Sud de la Russie, le premier dans l'ouvrage intitulé: Rm Fosslans und anderer Araber Reiseberiehie (Petersb. 1823) et dans plusieurs études académiques; le second dans son livre:

Des peuples du Caucase Paris 1828 ; voy. aussi, Dora, Oeographica Caucasien, dans les Mém. de l'Acad. de Saint- Péter sb., Série VI. Polit. -hist.-philol., VU, p. 466 etss.

• Isstachri p. 101, 127.

4 D'Ohsson , (Des peuples du Caucase, p. 194 et ss.) en donne de nombreux exemples; il serait facile d'en ajouter beaucoup d'autres.

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de temps en temps à Constantinople du poisson, des pelleteries etc.1 Comme fret de retour ils chargeaient sans doute des étoffes, car lbn- Haoukal rapporte que les Khazares achetaient aux Byzantins une partie des étoffes dont ils faisaient leurs vêtements.8 Ce trafic ne paraît pas avoir dépassé les limites d'un commerce local; les arrivages du Nord à Constantinople se bornaient probablement à des pelleteries. Tout cela ne forme donc pas la preuve d'un mouvement de marchandises d'Asie vers l'Occident. Il resterait à savoir encore si, peut-être, les marchandises du Levant ne passaient pas des Khazares aux Peichèwgues, leurs voisins, établis sur le cours inférieur du Don,3 et si ceux-ci ne les faisaient pas parvenir par la voie de terre à Cherson, le marché grec le plus rapproché de leur pays. La chose est douteuse, et le degré peu avancé de la civilisation des Petchénègues n'est pas le seul motif de notre doute. Constantin Porphyrogénète rapporte, en effet, que les Petchénègues rendaient toutes sortes de services aux habitants de Cherson et qu'ils leurs servaient d'intermédiaires pour les affaires (politiques ou commerciales?) que ceux-ci avaient à traiter avec les peuplades plus éloignées: ils se faisaient payer leurs services en nature, et notre auteur cite, entre autres marchandises usitées dans ces paiements, des produits du Levant, tels que le poivre et les peaux de panthères.4 Ce détail indique suffisamment que les habitants de Cherson ne devaient pas recevoir de leurs barbares voisins les articles du Levant, et que c'était eux au contraire qui les leur fournissaient après les avoir tirés eux mêmes d'autres parties de l'empire grec (Trébizonde, Constantinople etc).

En passant en revue tous les pays placés sous la domination arabe depuis l'Égypte jusqu'au Pont, à la mer Caspienne et à la mer d'Aral, notre but était de rechercher les routes commerciales et les entrepôts par où les marchandises d'Orient arrivaient en Occident Mais les Arabes avaient aussi fondé des royaumes à l'Ouest de l'Egypte, tout le long de la côte septentrionale d'Afrique et jusqu'en Espagne et en Sicile; ces royaumes étaient parfaitement situés pour servir d'intermédiaires au commerce entre l'Orient et l'Occident. Dans les cours de Kaïrouan, de Cordoue et de Palerme on savait apprécier les produits de l'Asie, et le bien-être qui régnait d'une manière générale dans ces pays mettait un grand nombre d'individus à même de s'en donner la jouissance. Cela créait des besoins: les caravanes contribuaient pour

1 Voyez la lettre du juif espagnol * Frœhn, Veteres memoriac Chasaro-

Chasdaï au roi des Khazares, en français, rum, dans les Mém. de l'Âcad. de St.

dans Carmoly, Itinéraires de la terre Pétersbourg, VIII, (1822) p. 605. sainte (Brux., 1847) p. 38, et en allemand 8 Constantin Porphyrog., De administ.

trad. p. Harkavy, dans la Russ. Revue, imp. p. 177; cf. p. 181, en haut. VI, 74. 4 Ibid. p. 71 et s.

Dr Vnpparition de Mahomet atw croisades.

une part à les satisfaire, mais une grande partie des marchandises d'Orient était amenée par mer, de Syrie et d'Egypte, dans les ports du nord de l'Afrique et de l'Espagne. Après avoir quitté le port d'Alexandrie, la première escale sur le littoral d'Afrique était Barka: au X* siècle, Ibn-Haoukal trouva ce port abondamment fourni de marchandises d'Occident et d'Orient (il cite entre autres le poivre); il y vit un grand mouvement de marchands occupés à ce trafic.1 A partir de Tripoli commençait une série de ports, qui se continuait jusqu'au Maroc2 Dans le nombre, celui d'El-Mehdiya (Mahadia) était un des plus prospères, grâce au voisinage de la ville de Kaïrouan; le voyageur El-Bekri, qui écrivait vers 1060, n'oublie pas de citer les vaisseaux qui y arrivaient dTÈgypte et de Syrie. 8 C'était par la que pénétraient dans le pays des Berbères les produits de l'Asie tels que les bois précieux des Indes.* L'Espagne arabe était aussi en relations d'affaires avec VÉgypte. Dans une lettre bien connue adressée au roi des Khazares, Chasdaï, juif au service Abdérame m (912—961), faisant la description du pays où règne son maître, écrit ce qui suit: "Nous voyons les marchands arriver en foule dans notre pays (l'Espagne) des pays étrangers et des îles, et en particulier d'Égypte et de pays encore plus lointains; ils apportent les parfums, les pierres précieuses et autres objets de prix à l'usage des princes et des grands, et, en général, tous les produits de l'Égypte dont on a besoin chez nous."5 Sur ce point, Chasdaï paraît être absolument véridique; car, suivant Aboulféda, il y avait des vaisseaux qui allaient d'Espagne en Egypte, porter des marchandises et en prendre d'autres en échange.6 Enfin, les Arabes de Sicile envoyaient souvent leurs vaisseaux à El-Mehdiya et à Souse,7 peut-être même parfois en Égypte, et il leur était facile de s'approvisionner de produits asiatiques. Mais la possibilité de se procurer ainsi par la voie du commerce une foule d'objets fabriqués en Orient ne suffisait pas aux Arabes d'Occident; ils connaissaient l'art d'acclimater en Europe des plantes qui, jus-

1 Description de l'Afrique, trad. par S Une, dans le Journ. asiat, Série 3, T. XIII (1842), p. 161.

1 Tous les renseignements fournis sur ce point par les anciens voyageurs arabes sont réunis dans Amari, / diplomi arabi del r. archirio Fiorentino, p. xvj, xvij. et dans mon étude Sttr les colonies commerciales italiennes du Nord de l'Afrique au Moyen- Age. (Tubingen, Zeitschr. fur Staatswiss., 1864, p. 622 et s.).

• El-Bekri, trad. par de Slane. Journ.

asiat. Série 5, T. XII, p. 485.

4 Amari, p. xvi, citation extraite de Ibn-Adhari.

6 Carmoly, Itinéraires de la terre sainte p. 36 et s. ; Harkavy, dans la Russ. Revue, VI, 73.

fl Un de ces vaisseaux marchands espagnols captura en 955 un vaisseau égyptien; ce fut l'origine d'un conflit entre le calife fatimite Moezz et le calife abbasside Abdérame m.; Aboulf. Ann. muslem., éd.

Reiske, H, p. 463.

T Amari, Storia dei Musulmani di Sicilia, n, 449.

50 Première jmriode. — Des grandes invasions aux croisades.

qu'alors n'avaient été cultivées qu'en Asie ou en Afrique. L'acclimatation des plantes qui fournissaient les épices proprement dites ne put jamais réussir, mais le cotonnier, la canne à sucre, le palmier à dattes prospéraient dans certaines parties de l'Espagne et de la Sicile. Dans ces deux pays l'industrie de la soie prit un grand développement, et ils produisaient eux-mêmes une partie au moins de la matière première. C'est ainsi qu'avec la nationalité arabe s'implantèrent en Occident le luxe, la civilisation et l'industrie de l'Orient.

Que si l'on demande si les Arabes s'employèrent activement à importer chez les chrétiens les marchandises qu'ils tiraient du fond de l'Orient et, par la même occasion, leurs propres produits, si ce peuple, qui expédiait ses vaisseaux à travers l'Océan Indien jusqu'au bout du monde, en envoyait aussi, à travers la Méditerranée, sur les côtes voisines, de Grèce, d'Italie, de France, porter les trésors de l'Orient, nous devons reconnaître qu'il n'en fut rien, du moins pendant les premiers siècles. Leur prétention à la domination universelle au nom de l'Islam les plaçait, à l'égard de la chrétienté, sur un pied d'hostilité qui ne pouvait cesser qu'après de longues guerres. Ils durent apprendre à leurs dépens à respecter la barrière opposée à leurs efforts par l'opiniâtre résistance des chrétiens de l'empire d'Orient et la vigueur juvénile des races romanogermaniques. Leur acharnement à la lutte n'en fut que plus grand. Quand leurs vaisseaux abordaient les côtes de Grèce, d'Italie, de France, ce n'étaient pas de pacifiques marchands qu'ils y débarquaient, mais des bandes de soldats et de pirates qui portaient partout le fer et le feu. Pendant de longues années l'apparition des navires Sarrazins fut un sujet d'effroi pour les riverains chrétiens de la Méditerranée. Les vaisseaux chargés de voyageurs et de marchands ne naviguaient qu'entre l'Espagne, la Sicile et l'Afrique, et ne servaient qu'au trafic des Arabes entre eux.

Cependant, peu à peu les Arabes finirent par comprendre qu'il y avait, au nord de la Méditerranée, une masse compacte de chrétiens qu'on n'arriverait à convertir à l'Islamisme ni par la persuasion ni par la force. Leur fanatisme guerrier se calma de plus en plus; au XI0 siècle il ne leur répugnait plus de visiter l'Europe en qualité de voyageurs curieux ou de marchands en quête de fortune. Ccst alors que l'Arabe espagnol Abou-Bekr-Mohammed-al-Tortouchi (de Tortosa) exécuta son voyage à travers une partie de l'Europe chrétienne.1 Dans sa Vie de la grande comtesse Mathilde de Toscane, le pieux Donizo se scandalise

1 Voyea Quatremère, dan* le Journ. Série VI, Sciences politiq. T. II (1834), asiat, série V, T. XVH, p. 147 et ss. Frsehn, pag. 87 et ss.

dans les Mém. de l'Acad. de Si. Pétemb..

//. — De Vapparition de Mahomet atix croisades. 51

du nombre de païens, Turcs, Ly biens, Parthes et noirs Chaldéens qui courent les rues de Pise; 1 nous sommes en droit d'admettre que ces musulmans asiatiques et africains n'avaient pas attendu le commencement du XIIe siècle (Donizo écrivait en 1114) pour visiter Pise; il est même probable que pendant les premiers temps des croisades il se produisit un temps d'arrêt dans cette affluence, et Donizo peint, sans doute, dans son poëme, un état de choses antérieur aux croisades. A une époque encore plus reculée, les villes commerçantes de V Italie méridionale recevaient dans leurs murs des musulmans du nord de l'Afrique, peutêtre même d'Egypte ou de Syrie; nous verrons plus loin, qu'au IXe siècle elles offraient un refuge aux pirates africains, qu'elles concluaient même des alliances et faisaient des expéditions de compte â demi avec eux; si les pirates africains trouvaient un si bon accueil à Salerne, à Amalfi, à Naples, à Gaète, les marchands pacifiques ne devaient-ils pas être encore mieux reçus? Nous avouons cependant que nous n'en trouvons nulle part la preuve certaine, pas même dans le fameux Africain Arrane (Harrani) qui, en 871, pour témoigner sa reconnaissance à Waifre, prince de Salerne, le prévint que les musulmans projetaient une attaque sur cette ville.1 Pour trouver des traces plus sûres d'immigration de musulmans en territoire chrétien, c'est à Constantinople qu'il faut les chercher. L'existence d'une mosquée dans cette ville en est la démonstration. Les i Arabes en avaient déjà construit une en 717, à l'occasion du siège de » Constantinople, sous le règne de l'empereur Léon l'Isaurien, mais elle était tombée en ruines.3 En 1049 ou 1050, l'empereur Constantin Monomaque en éleva une nouvelle et lui fournit à ses frais tous les objets du culte mahométan; il est vrai que cette générosité en faveur de l'islamisme était motivée par le désir de conquérir les bonnes grâces du puissant prince Seldjoucide Togroul-beg;* mais s'il bâtissait une mosquée c'est qu'il y avait des musulmans pour la fréquenter; c'est ce que démontre Aboul-Faradj 5 en racontant une émeute à laquelle avaient été mêlés, quelques années auparavant (1044), des Arméniens, des Juife et des Arabes. Ces derniers avaient assurément été amenés dans la capitale de l'empire grec par les intérêts de leur commerce.

Au reste, l'apparition de marchands arabes sur le territoire chrétien reste toujours un fait isolé, de sorte que leur rôle n'a jamais pu être ^ que fort modeste dans le mouvement d'importation des produits de l'Orient en Occident

1 Pertz, SS. XII, 379. imp., éd. Bonn, m, 101.

* Chron. Salerit. dans Pertz, SS. III. * Abonlf., Ann. mtttf. III, 181; Barhep. 528, et Amari, Storio dei Mmulm. di bneus, Chron. syr.. éd. Bruns jet Kirsch. Sicilia. I, 383 et sa. versio, p. 248.

* Constant. Porphyrog. Dr administr. & Barhebnpu9, loc. cit. p. 246.

52 Première période. — Des grandes invasion* aux eroisades.

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