‹ Histoire du commerce du Levant au moyenâgeChapitre 72 sur 145 · III. L'empire latin · texte numérisé non relu

III. L'empire latin

République à Constantinople.1 H importait fort aux capitaines des navires vénitiens que leur patrie fût en possession d'un point fortifié dans cet étroit canal qu'il leur fallait nécessairement traverser pour atteindre Constantinople ; mais, pour s'arrêter en passant ou pour trouver l'occasion de faire des affaires, ils préféraient de beaucoup, depuis que Venise en avait pris possession,* les ports de Panium, de Rodosto et d'Héraclée dans la mer de Marmara: c'est que ces ports, Rodosto surtout,8 servaient de débouchés aux blés des riches plaines de la Thrace. Venise, d'ailleurs, avait planté son drapeau jusqu'au coeur de cette province. Dans les documents de l'époque on trouve Arcadiople, l'ancienne Bergulœ,* la ville actuelle de Tchatal-Borgas ou Leulé-Borgas, sur la route de Byzance à Andrinople, indiquée comme ville vénitienne.5 Andrinople même, occupée d'abord par une garnison flamande, dut être évacuée par elle en vertu du traité de partage, pour faire place à une garnison vénitienne:6 il est vrai que cela ne dura pas longtemps. Au bout de quelques mois, la population soulevée chassa les Vénitiens; par la suite, elle consentit de nouveau à accepter la suprématie de Venise, mais à la condition d'avoir pour seigneur un Grec ami des Latins, nommé Théodore Branas; après son installation, celui-ci reconnut le doge de Venise pour son seigneur suzerain (1206).7 Malgré tout, la domination de Venise sur Andrinople fut toujours extrêmement précaire.

A Constantinople, au contraire, l'établissement des Vénitiens avait eu et eut pendant toute la durée de l'empire latin tous les caractères de la solidité. Leur ancien quartier du temps des Grecs8 s'était agrandi de nombreuses annexes, car la capitale avait été partagée entre eux, et les autres ayant-droit, dans les mêmes proportions que le reste de l'empire: un quart à l'empereur9 et à eux trois huitièmes.10 Leurs nouvelles acquisitions ne devaient pas être bien éloignées des anciennes, car l'un des cours d'eau (canal ou ruisseau?) qui arrosaient la capitale passait "de l'ancien quartier vénitien dans le nouveau".11 Il semble qu'il faille le»s chercher surtout au fond de la Corne d'or1*, jusque vers les Blaquernes;13

1 Hopf, Oriechcnlatid, op. cit. LXXXV, p. 222 et «.; IÀber pleatorum, p. 52.

' Villehardouin, p. 136, 146.

' Brochait, Adris directif, dans la Collect. des chron. belges, Namur, V, 306.

4 Voy. le Commentaire (F I lié roc lès par Wesseling, éd. Bonn p. 402 et 88.

• Villehardouin, p. 124, 145.

6 Ibid. p. 108 et s., 110 et s., 124.

7 Ibid. p. 147; Nicét. p. 830; Taf. et Thom. n, 17—19.

• Taf. et Thom. H, 289, 298.

9 "Lo quart de tote la conqueste et dedenz la cité et defors:" Villeh. p. 136.

10 "La moitié" disent deux relations vénitiennes de translations de reliques publiées par le C*° Riant dans les Exuvic* sacra Cpoi I, 143, 185; mais cela est faux.

11 Taf. et Thom. Il, 284, 292.

" C'est aussi l'avis de M.Paspati, MIL VTI, 100 et s.; BrÇ. p*Mr. 197 et s.

" Taf. et Thom. II, 48: "aquam quae est ab ultima turri de Virgioti (-iouti)

286 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

mais le palais de ce nom resta à l'empereur.1 Dans son nouveau périmètre, le quartier vénitien embrassait la darse (arsana) maintenant ruinée, qui se trouvait alors dans le voisinage de la porte du palais actuelle (Balat-Kapoussi)," outre une série d'échelles où les navires pouvaient commodément aborder et procéder à leur chargement et à leur déchargement,3 Pour abriter la grande quantité de marchandises apportées par ces vaisseaux, le podestat Jacques Tiepolo construisit, vers 1220, un magnifique fondaco.4 L'acquisition d'une plus grande surface de terrain eut pour conséquence celle d'un plus grand nombre d'églises et de monastères. Avant la conquête, les Vénitiens possédaient les églises de St Marc et de Ste, Marie dites de emhulo (c. à d. du quartier) pour les distinguer des autres,5 de St Nicolas6 et de St. Akindynos;7 les quartiers annexés renfermaient le monastère Pantépoptès,8 l'église du Pantocrator,9 devenue la mosquée de la colline du Zeïrek,10 et l'abbaye de Maria Périblepté, actuellement Soulou-Monastir.11 Pour séparer nettement les propriétés des Vénitiens de celles de leurs voisins, et probablement aussi pour les mettre à l'abri d'un coup de main, le premier podestat, Marino Geno, commença immédiatement la construction d'un nouveau mur," mais les moyens de défense étaient, à ce qu'il semble, concentrés dans une véritable citadelle (castrum).™

versus Wlacherneon, quantumcunqae extenditur possessio nostra, et a domo Ma- Tini Teupulo usque ad turrim Wlacheraam reapicientem." La première tour dans laquelle pénétrèrent les croisés au moment de la deuxième prise de Constantinople (Nîcét p. 753), portait le nom de Virgioti, corruption pour Euergetœ? Da Canale, dans YArchiv. stor. ital., Appetid., VIII, 336, 718; M. Paspati, (BiÇ. /«A. p. 183) avoue qu'il ne peut pas être plus affirmatif.

1 Taf. et Thom. I, 447, 460.

■ Ibid. D, 284 , 293; cf. Hammer, Conslattiinopolis undder Bosporus, I, 21, 126—603.

• Ibid. H, 4 et s., 11, 60.

4 Flamin. Cornelii Eccl venet. III, 99.

• Taf. et Thom. I, 167 et s., 280; II, 422; Lib.jur. I, 1352. On trouve, en 1341, un curé de l'église de Sto Marie remplissant les fonctions de notaire pour la rédaction d'un acte; Comment. lie g. II, 92, n° 530.

8 Taf. et Thom. I, 280; on trouve également le nom de cette église suivi du titre de embulo, dans Fl. CorneL, /. e. H, 259.

T Taf. et Thom. I, 67, 127 , 381; II, 6, 10, 449 et s.; Dghelli, Ital saer. V, 1133; Archir. Venet. XX, 314 et s.

8 Flamin. CorneL /. e. VIII, 134 et ss.; Dandolo, p. 342 et s.; Taf. et Thom. II, 423. Sur la situation de ce monastère, voy. Hammer, op. cit. I, 381, Dethier.

Der Bosphor und ConstatUittopel (1867), p. 39; Paspati, BrÇ. ftti.tr. 313 et s. (selon lui ce monastère n'est autre chose que la mosquée Eski Imaret Djamissi).

• Taf. et Thom. II, 46, 348.

10 Hammer, op. cit. I, 378 et s., 471; Dethier, op. cit; Paspati, Bvï. r*l*r. 290, 309 et ss.

11 Riant, Exurite sacra Cpol. p. xcv, 135, 137. Paspati, Bv%. fulit. 379.

" Taf. et Thom. II, 48; III, 23.

13 Lib. jur. I, 1352.

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