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IV. Les états croises de Syrie

Syriœ, tantôt bajulus Venetorum in Syria, tantôt bajulus in tota terra Syriœ super Venetos, tantôt bajulus Veneiorum in Accon, in Tyro et in tota Syria.1 Lorsqu'on le trouve désigné par le titre de Baile d'Acre ou Baile à Acre,* cela signifie qu'il avait sa résidence officielle à Acre, résidence du roi, centre de la vie politique de toute la Syrie,8 bien que la colonie vénitienne de Tyr fût plus importante que celle d'Acre.4 Le premier de ces bâties vénitiens pour toute la Syrie sur lequel nous soyons assez renseignés pour fixer approximativement, avec documents à l'appui, l'époque où il remplit ses fonctions, se nommait Pantaleone Barbo; il entra en fonctions à l'époque où le comte Henri de Champagne gouvernait le royaume de Jérusalem (1192— 1198) ;5 le plus connu de toute la série est Marsilio Giorgio (Zorzi); après avoir rempli diverses missions diplomatiques,6 il fut envoyé à Acre en 1240 et, pendant son séjour, qui se prolongea jusqu'en 1244 ou peut-être même au-delà, il travailla à obtenir la restitution des biens et des droits possédés autrefois par ses compatriotes à Acre et à Tyr et dont ils avaient été dépouillés par des actes de violence de certains rois, par le manque de foi de certains vassaux ou par la négligence de certains fonctionnaires. On peut se demander si, à côté de ce baile résidant à Acre, subsistait encore en sous-ordre l'ancien vicecotnes in Accon ; cela semble assez probable, car nous voyons qu'un certain Andréa Vitalis qui remplissait à Acre, en 1214, les fonctions de baile, s'y trouvait quelques années auparavant avec le titre de vicecornes;7 ou bien faudrait-il admettre qu'alors le même fonctionnaire prenait

1 Taf. et Thom. II, S03 , 261; Lib.

jttr. I, 612, 818; Taf. et Thom. II, 854, 196; II, 360 et s.; m, 151.

* Taf. et Thom. III, 82; Thomas, Die àltesten Verordnungm der Veneiianer fur austc&rtige Angelegenheilen, dans les Abh. der Miinehn. Akad. Cl. 1, vol. XIII, sect. 1, p. 107 et 8., 121 et sa.

s Taf. et Thom. II, 174: "Dominus Andréas Vitalis habitator civitatis Acon, qui pro voluntate domini ducis Venetiœ preerat bailus in civitate Acon pro jurisdictionibus defendendis, quas habebant in partibus Syria»" (Charte de 1214); lbid. H, 390 et s.: "palatium, domus, ubi habitat bajulus."

4 11 faisait de temps en temps un séjour à Tyr où une maison était toujours prête à le recevoir: voy. Taf. et Thom. n, 386.

s Taf. et Thom. II, 379, 387, 389: on

trouve dans le document (p. 362, 366, 367, 379, 388) les noms de divers battes: Domenico Acotanto, Giov. Tonesto et Stefano Giustiniani, mais le texte n'est pas assez explicite pour qu'on puisse en conclure des dates; tout ce qu'il est permis de dire c'est que St, Giustiniani doit avoir été eu fonctions postérieurement à P. Barbo. Pour Du m. Acotanto, la date de son entrée en fonctions est 1199; elle se trouve dans VArehir. Vend. XXII (1881), p. 325 et as.

6 Taf. et Thom. II, 319 et sa. (à Rhodes); Arehiv. stor. OaL US* série XHI (1871), p. 228 (à Ravenne).

' 1207. "Andréas de Vituli (ce doit être de Vitali) vicecomes venatorum" (! sans doute Venetorum), dans Strehlke, tab. ordin. Teuton, p. 84; et encore 1212; "Andréas vicecomes Venetorum in Accon": Lunig, Cad, dipl. Bal. I, 2459 et s.

332 Deuxième période. — I. Fondation des colonies commerciales.

alternativement le titre, devenu plus tard usuel, de baile, et celui, plus ancien, de vicomte? En tout cas, la colonie de Tyr avait un administrateur local nommé par le baile d'Acre, et son subordonné.1 Il portait également le titre de baile* et avait un vicomte pour adjoint. Les colons vénitiens de Tyr et tous les individus établis à demeure dans leur quartier, ainsi que les nouveaux arrivants, juraient obéissance non-seulement au baile de leur nation chef des colonies de toute la Syrie, mais encore à tout baile ou vicomte chargé, par lui ou par un autre mandataire du doge, de l'administration de leur quartier.8 Le consul de Beyrout, le consul, plus tard le baile de Tripoli4 et le vicomte (?) d'Antioche étaient assurément placés aussi sous les ordres du baile-général.

Gènes comprit aussi la nécessité de centraliser la direction de ses colonies de Syrie, mais, au lieu de confier l'autorité à une seule personne, elle la partagea entre deux fonctionnaires dénommés consules 5 ou encore consules et vicecomites Januensium in Syria.6 On les trouve ainsi deux à deux dans une série de documents à partir de l'année 1192; si, parfois, la pièce ne porte que le nom de l'un de ces deux fonctionnaires agissant à titre officiel, comme on en trouve un exemple, en 1190, pour un certain Maurinus, en 1192, pour Guill. Ricius, en 1232, pour Gugl. de Orto, en 1233. pour Pietro de Mari,7 ce ne sont que des cas isolés dont il faudrait se garder de conclure que, ces années-là, Gênes ne fût représentée en Syrie que par un seul consul-général; en effet, on trouve, dans d'autres occasions, le nom de Gugl. de Orto accouplé à celui de son collègue Ingo Ferrari us, celui de Pietro de Mari à celui d'un nommé Piccamiglio,8 et il ne peut manquer

' Taf. et Thom. II, 361.

■ Ibid. 360 et u., 364. Marsilio Giorgio porte dans son inventaire: „una domus (à Tyr) proprie deputata pro comuni cnm duabus curiis, ubi habitat bajulus." On peut rapprocher de ce passage, qui date de l'année 1243, les ordonnances des années 1256, 1279, 1280, réglant les attributions du baile de Tyr; voy. Thomas, DU dUesten Verordnungen, op. cit. p. 107 et s., 127 et s. Léo Paletro, "qui fuit prélat us tercie divisionis Tyri" (Chart. de 1206, dans Taf. et Thom. n, 12) n'avait peut-être pas encore le titre de baile.

" Taf. et Thom. II. 361.

4 "Consoli ad amministrar giustizia iu Tripoli e Bairut," élus à Venise (Lib. pleg. p. 66). Suivant M. Thomas (Die Mesteti Verordnungen , op. cit. p. 107 à l'année 1279), il y eut aussi plus tard un baile

à Tripoli; c'est aussi le titre donné au chef de la colonie vénitienne de Tripoli dans le diplôme de Bohémond VI, de l'année 1277 (voy. Rey, L c).

6 Lib.jur. 1, 366, 400 et s., 405, 665. 688, 1286: Canale, Nuova isloria délia rcjmhlica di Oenova II, 310 et s. ; Strehlke, Ta*, ord. teuton, p. 37; LÛnig, Cod. dipi. liai. I, 1259 et s.

6 Lib.jur. I, 899, 941; Arch. de l'Or lal. n, 2, p. 214 et s., 217 et s., 222; Canale, H, 295, 300, 311. Voy. aussi Belgrano, dans Y Arch. stor. ital. Série III. VIII, 2e part, p. 160.

' Lib. jur. I, 366, 400 et s.; Ma* Latrie, Hist. de Chypre I, 282 (extr. du chroniqueur Amadis); Archives des mission scientifiques II, 363.

8 Lib.jur. I, 899, 941 et s.; OUrn ligust. 1877, p. 22.

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