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IV. Les Hais croisés de Syrie

d'en avoir été de même pour Maurinus et Ricins. Ces représentants de la république génoise en Syrie résidaient à Acre,1 comme ceux de Venise Il y avait, en outre, des fonctionnaires spéciaux à la tête des colonies d'Acre, de Tyr, de Beyrout; ils portaient aussi le titre de consules ou de vicecomites, parfois tous deux à la fois, ce qui n'empêche pas qu'il n'y en eût habituellement qu'un seul.2

Enfin, par les mêmes motifs et à la même époque que Venise et Gênes, Pise organisa aussi une administration centrale de ses colonies de Syrie; cette administration avait son siège à Acre, mais elle étendait son action jusqu'à Tripoli et Antioche:3 un document de l'année 1191 nous montre ces fonctions confiées à deux consuls,4 mais, dès l'année suivante, ce nombre était porté à trois et resta fixé à ce chiffre jusqu'au milieu du siècle suivant;5 naturellement, pendant cette longue période, on rencontre des cas où l'un des personnages en question agit isolément ou remplit une fonction judiciaire sans l'assistance de ses collègues.6 A partir de 1248, nous ne trouvons plus qu'un seul Consul commutns Pisanorum Accon et totius Syriœ;1 ce n'est point le fait d'un hasard, mais le résultat d'une mesure prise par le gouvernement de Pise; on peut s'en convaincre par la lecture des passages des statuts de la commune de Pise relatifs aux colonies d'outre-mer. Dans le Brève Pisani communis de 1286 et déjà même dans celui de 1272, il est question du consul d'Aci-e en des termes dont la netteté exclut la possibilité de la coexistance de plusieurs fonctionnaires.* Outre ces consuls ayant autorité sur toute la Syrie, Pise entretenait encore dans chacune des villes de Tripoli et d' Antioche un vicomte,9 qui prenait aussi parfois le titre de consul.10

1 Ldb.jur. I, 1286.

* "An. 1187 Guglielmus Piperata consul et vicecomes Genuensium Tyri;u Lib. jur. I, 347. A. 1250 "Alexander consul pro comuui (Januensium) in Tyro", outre les consules et vicecomites Januensium in Syria, Archiv. de l'Or. lot. U, 2, p. 224. On trouve, en 1276, (Canale, II, 311) des consoli di Tiro, au pluriel; cette expression se rapporte à l'époque où les Génois avaient transféré l'administration centrale de leurs colonies d'Acre à Tyr (voir plus loin). Notons encore Ugone Cancelliero console in Acri (1222), voy. Canale, 1. c: Simon Bufîerius vicecomes Januensium in Accon (1212), voy. Lllnig, L c.: Guglielmo Bixio Spinola console di Baruti (1279); voy. Archiv. de l'Or. lat. I, 626 et s.

s Doc. sulle relax. tose. p. 65, 80.

4 lbid. p. 39.

5 Strehlke . Tab. ord. teuton, p. 24; Doc. p. 82, 94, 96—97.

6 Strehlke, L c. p. 25; Doc. p. 80; Lttnig, 1. c.

7 Le nom de l'un de ces consuls, Guido de S. Cassiano, qui exerçait ses fonctions en 1248, se trouve fréquemment au bas de copies d'actes pisano-syriens prises par son ordre sur l'original. Voy. encore Contin. de GuiU. de Tyr, p. 443 (à l'an. 1256); Breviar. hist. Pis., dans Murât.

SS. VI, 192 (à l'an. 1258); Taf. et Thom.

,m, 151 (à l'an. 1277): Doc. sulle relax, tose. p. 105 (à l'an. 1286).

8 Bonaini, S toi. pis. I, 51, 334 et s.

9 Doc. suite relax, tose. p. 65, 91.

«° Ib. p. 90.

334 Deuxième période. — /. Fondation des colonies commerciales.

Avec les Provençaux, nous avons affaire à une combinaison d'an autre genre. En 1187, Conrad de Montferrat concédait, pour en jouir en commun, aux colons originaires de S* Gilles, de Montpellier, de Marseille et de Barcelone, résidant à Tyr, le bâtiment dit le Palais Vert, un four et un casai. H est probable que le nombre des marchands originaires de chacune de ces villes n'était pas assez grand pour leur permettre de former une commune coloniale à eux seuls; ils s'étaient donc réunis en une commune provençale mixte, administrée par six ou sept consuls,1 avec un tribunal commun présidé par un vicomte unique.1 Voici encore un autre exemple de la manière dont les villes de Provence se coalisaient pour la défense de leurs intérêts commerciaux: en 1236, Gérard Olivier, consul des Marseillais à Acre, se rendit à la cour de Henri Ier, roi de Chypre, en compagnie d'un certain Raimond de Conches représentant de Montpellier en qualité d'ambassadeur, à ce qu'il semble, et non de fonctionnaire colonial, et conclut avec ce prince un traité de commerce au nom des villes de Marseille, de Montpellier et autres communes provençales.8 Cependant, dans aucune ville la réunion des Provençaux, sous l'administration d'un consul commun, n'est aussi bien prouvée qu'à Tyr. A Acre, nous avons vu qu'ils habitaient la même rue et fréquentaient la même église, mais les colons de Marseille,4 comme ceux de Montpellier,6 y avaient leurs consuls particuliers. Les Marseillais à Beyrout, les colons de Montpellier à Tripoli, avaient obtenu par des traites séparés le droit d'avoir des consuls particuliers.6

Nous avons déjà eu l'occasion de toucher en passant à cette question des consuls, et nous avons dit combien était désagréable aux souverains des états croisés la présence chez eux de ces consuls, à qui des traités garantissaient leur liberté d'action et qui, venus de loin, ne tenaient compte, dans l'accomplissement de leurs fonctions, que de leurs instructions et de l'approbation des membres de leurs conseils. Pendant la période qui nous occupe, on sent de plus en plus, chez les princes de Syrie, la préoccupation de soustraire les personnes et les questions de droit à la juridiction consulaire et de les renvoyer devant les tribunaux territoriaux. Les traités conclus à l'origine formaient un obstacle singulièrement gênant à cette limitation de la justice consulaire, soit formellement, soit implicitement; ils stipulaient le renvoi devant les

1 On ne voit pas comment les quatre villes répartissaient entre elles ces six ou sept places de consuls.

■ Méry et Guindon, I, 190 et s.

* Ibid. I, 419 et s. Nous en reparlerons à propos de Chypre.

4 Mèry et Guindon I, 194 et s., 419.

Voy. Bibl. de l'école des chartes, 2e série, m, p. 210.

» BiiÀ. de l'école des chartes, L r, 6 Méry et Guindon I, 287 et s.; Germain, Hist. de la commune de Montpellier II, 513 et s.

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