‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 10 sur 74 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Harold et Tostig. — Préparatifs de guerre du duc de Normandie. — Tostîg et sa flotte flamande. — Les Belges au camp normand. — Appui accordé par le comte de Flandre au duc de Normandie. — La flotte à Saint-Yaléiy.

— Ck)nquête de l'Angleterre par les Normands. — Les Belges et le Dômes* day-book. — Le jubé de rarchevêque d'York. — Expéditions maritimes de Robert de Flandre. — Ses succès en Frise. — La commune de Grammont.

— Bichilde et Robert le Frison. — Armements navals contre l'Angleterre.

— Les Flamands en Syrie. — Quelques mots sur Ostende.

Harold, le vaillant iarl saxon, venait à peine de monter sur le trône d'Angleterre, qu'il eut à lutter contre son frère Tostig, gendre du comte Baudouin de Flandre, dont l'ambition ne se contentait pas du second rang. Tostig, abandonné par les principaux chefs, prit le chemin de l'exil, arriva en Belgique et, ayant rassemblé une flotte dans nos ports, passa dans Ttle de Wight où il obtint de l'argent et des provisions, puis se mit à ravager les côtes de la Grande-Bretagne, à la tète d'une bande d'aventuriers frisons, hollandais et flamands (1). Le nouveau roi n'avait pas seulement h réprimer cette rébellion, mais aussi l'audace des ennemis du dehors. En effet, le duc de Normandie n'avait pas renoncé à ses plans, et après avoir sommé son rival de tenir le serment qu'il lui avait arraché jadis à Rouen, il le

il) Aluredi Beverlacensis annales, lit.

poursuivit comme sacrilège devant la cour de Rome, en demandant que TÂngleterrefut mise au ban de la chrétienté et déclarée propriété du premier occupant. Quelques années auparavant, pour augmenter ses forces dans la prévision d'une guerre ouverte, Guillaume de Normandie avait resserré les liens qui l'unissaient déjà à la Flandre, en épousant Mathilde, fille de Baudouin le Pieux. L*amitié de ce dernier était d'autant plus précieuse qu'il avait été nommé régent de France et tuteur du jeune Philippe par le roi Henri I", et qu'il disposait, comme on peut en juger par les événements que nous avons rapportés plus haut, de ressources maritimes considérables. Les ports de la Flandre, se remplissaient tous les jours de navires, dont les patrons étaient tout disposés à courir les aventures, pourvu qu'on leur laissât une partie des profits de l'expédition.

Les circonstances favorisaient Guillaume de Normandie. Les Anglo-Saxons étaient fort mal vus à Rome, pour avoir refusé le paiement du « denier de Saint-Pierre, » sorte de tribut annuel établi durant la domination danoise au profit de TËglise. Harold fut excommunié avec tous les siens, tandis que son adversaire recevait une bannière du pape Alexandre II, dont la politique extérieure était dirigée à cette époque par le cardinal-archidiacre Hildebrand, si célèbre plus tard sous le nom de Grégoire VIL

Le duc Guillaume, après avoir rassemblé les états de Normandie, qui lui refusèrent des subsides, s'adressa au roi de France, son suzerain, et lui demanda des secours, s'engageant en cas de réussite à faire hommage de sa conquête. Il eut été contraire aux intérêts de Philippe V' de concourir à l'accroissement de la puissance d'un vassal, déjà trop redoutable. Baudouin, en sa qualité de régent du royaume, rejeta donc les propositions du duc. Ce devoir accompli, il n'hésita pas cependant, comme comte de Flandre, à entrer dans l'alliance normande. Ses affections particulières, aussi bien que sa sollicitude pour les destinées futures dacomté, le disposaient à faciliter l'établissement d'un état rival de la France, qui paraissait destiné a tenir celle-ci en échec, et à l'empêcher de nuire à ses voisins.

Tostig, retiré à Saint-Omer après avoir été expulsé du Nor- Ihumberland, fit une nouvelle levée en Flandre, et reprit la

mer avec une flotte de soixante navires, rassemblés sur le littoral belge, et remarquables par leur grandeur (1).

Vers le même temps le duc de Normandie faisait publier le ban de guerre dans toutes les contrées voisines, et promettait des récompenses à tous ceux qui joindraient ses étendards. La perspective du pillage d'une contrée riche et fertile, Tespoir d'obtenir quelque belle baronnieaux dépens des vaincus, le désir d'acquérir des honneurs et de la gloire firent accourir une foule d'hommes d*armes au camp normand (2). Au nombre de ceuxci se trouvaient quelques chevaliers opulents, qui ne se contentèrent pas de présenter leur épée au duc Guillaume, mais qui lui fournirent aussi des soldats, des vaisseaux et de l'argent. On remarquait parmi ces derniers beaucoup de belges, entre autres Gilbert deGand, Gauthier de Douai, Drogon deBeveren, Arnoul d'Hesdin, Guillaume de Saint-Omer, Philippe et Humphroi de Courtray, Guillaume d'Eenham, Raoul de Lille, Gobert de Wissand, Bertrand de Melle et Richard de Bruges. Gomme la plupart de ceux-ci reçurent par la suite des possessions considérables en Angleterre» et que les récompenses furent en général destribuées en proportion du rang, des services et du nombre de vaisseaux fournis par chacun des compagnons d'armes de Guillaume de Normandie, il est probable que les seigneurs que nous venons de nommer s'étaient embarqués avec des troupes, et avaient suivi l'expédition avec un grand nombre de leurs tenanciers (3).

(t) Roger de Hoveden, A«h., pars prior ; Lingaid, Hist, de l'Angl., lom. 1" ; Annales de Flandes, por Emanuel Sueyro, liv. IV. Voir aussi sur le même sujet Martene et Durand, Amplissima cdlecUo, tom. V, p. lOG; G. de Malmesbury, p. 94; Henri de Uuntington; p. 367. Brompton, dans sa Chronique, publiée dans les Decem Scriptores de Twysden, porle le nombre des vaisseaux de TosUg à quarante, (i) Normanz, Franccis, Bretons

Et autres gens de plusor nous.

Benoît de Saint-More. ap. Chr. Angh yorm, de M. Francisque Michel, tum. I«, p. 188.

De Flandre et de France, de Normandie a mené De P\kars et de Burgo\huns ad mult grant plenté.

Pierre de Langlofl, Ibid., 1, p. liS.

(.{; « The process, howover, scems lo liave been, thaï a circuit of a larger

Il nous reste à examiner, en nous basant sur quelques autorités nouvelles, quelle fut la part du comte de Flandre dans ces grands armements. L*illustre historien de la conquête de TAngleterre par les Normands, M. Thierry, affirme, sur la Toi de la chronique de Normandie , que Baudouin le Pieux refusa tout secours à Guillaume, et cette version est également adoptée par M. H. Martin dans son histoire de France, d*ailleurs si recommandable. Il est reconnu cependant que le duc s'engagea à payer à son beau-père, vers cette époque, une rente annuelle de trois cents marcs d'argent, qui fut également comptée à ses successeurs, à titre de fief. Cette somme, d'après Malmesbury, était le prix de l'appui accordé par le comte (1), et le témoignage du chroniqueur anglais est confirmé par Meyer, Oudegherst et Despars (2). On ne saurait, d'ailleurs, expliquer ce fait d'une autre manière, car nous avons vu que Baudouin s'était conduit avec intégrité à la cour de France, et qu'il s'était joint aux barons pour refuser, en sa qualité de régent, les offres du duc de Normandie. Déplus, un chroniqueur flamand fixe le chiffre même des navires équipés par le comte, qu'il évalue à une vingtaine de vaisseaux de fort tonnage, et pourvus de tout ce qu'il fallait pour livrer bataille. Tous les historiens conviennent que la flotte du duc de Normandie était fort nombreuse, et Guillaume de Malmesbury nous apprend qu'on avait rassemblé, de toutes parts^ des embarcations. Cette expression, qui doit s'appliquer principalement aux pays limitrophes, donne une force nouvelle aux assertions des annalistes belges, si bien justifiées déjà par les événements antérieurs.

or a less cxtent , according lo Ihe rank, Ihe services , or Ihe number of llie followers brought inlo the fleld, was given, etc. » General introduction to the Ikmesday book , by EUis , in-8*, p. 2Î6. C*esl ainsi que i'évêqiic de Bayonne reçut 439 manoirs pour 100 vaisseaux , el que le comte de Mortain obtint TS3 manoirs pour 120 vaisseaux. Ellis, ib.

(1) «Baldwinus... Willielraum... argulo quo pollebat consilio et militum additamentes vivaciter juvavil... omnibus, ut ferunt, annis Irecentas argent! marcas pro flde et affinitate socero annumerans. » De Henr. primo y liv. Y.

ii) Voir aussi à ce sujet un mémoire de M. Gantrel, dans lequel nous avons puisé d'utiles renseignements, publié dans les Archives historiques, p/ii7osopkip^HUuéraires, tom. II, p. 323 et suiv.

UST. M COHKIICB, T. I. 8

1L>T<.*IR£ M C0V3i£RGE

•-.'-i r :-o Guillaume eu Angleterre, se coiii-

r . :?. 1- :i.i:ie. et J'aprùs d'auires de trois

. r.-.::. :t savant amiquaire anglais, en fixe

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- :. :, ::.: 1-:- père avait passti la mer avec :- :;':-5 iiavales de ce prince à 696 uavi-

>. : :: ulcû! provient en partie de ce qu'on

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. — . .j..<A :oarniront, à eux seuls, un

. - ..;: ::.a:.ii>crit du Musée britannique,

, .: .w.;,...; L.iitc, donne le nom de chacun

: . .: ::: oo^ vaisseaux équipés par eux,

. .;-,:..; ::,.:i plusieurs autres navires, de

..- '. . - .:T:c de 0,000, présenté par Guil-

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