‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 9 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Avènement de Louis d'Ontre-Mer. — Importance commerciale de quelqi ûsfs, — La guerre de Normandie. — Privilèges accordés à certaines communautés par Othon I*'. — La Lotharingie divisée en deux duchés. — Progrès de l'industrie et du commerce en Flandre sous Baudouin III. — - Litervention française en Lotharingie sous Charles de France. — Couroiinement de Hugues-Capot. — Relations commerciales avec le Levant. -» Expéditions militaires de Baudouin IV, dit le Barbu. — Droits et privilèges des sires de Ghistelles. — Inondations. — Nouvelles guerres. — Établissement d'un droit de tonlieu sur la Meuse et les débats auxquels fl donne lieu. — Bruges au xi« siècle. — Famine. — Crise politique en Lotharingie. — Hostib'tés entre la Flandre et l'Angleterre. — Armements du comte Grodwin. — Triomphe du parti saxon. — Harold et Guillaume de Normandie.

Tandis que deux illustres princes, Arnoul le Grand et Giselbert, Tun en qualité de comte de Flandre et l'autre comme duc de Lotharingie, se partageaient la plus grande partie de la Belgique, Louis d'Outre-Mer, fils de Charles le Simple, montait sur le trône de ses ancêtres à la mort de Raoul de Bourgogne. Le jeune roi, qui avait de l'activité et de l'ambition, se trouva bientôt en désaccord avec les grands vassaux, à la tête desquels se trouvait Hugues, duc de France et comte de Paris. Les hostilités éclatèrent en 938, et, après une longue guerre, durant laquelle le duc de Lotharingie périt en défendant le passage du Rhin contre les troupes d'Othon de Saxe, les deux partis, égale-

ment épuisés, conclurent une paix qui ne devait pas être de longue durée. On ne peut espérer, pendant cette ère de discordes cîTiles, d'avoir à constater un grand mouvement commercial ou industriel, aussi nos annales en fournissent-elles à peine qoélques indications. Elles établissent cependant que certains maDoirs commençaient à acquérir, grâce au travail de ceux qui en dépendaient, une valeur considérable.

U ville de Gand était connue par ses tanneries (1), et nous lisons dans un diplôme de Tan 939 qu'on y percevait le cens et b dîme, ainsi qu'un tonlieu levé sur la navigation. Il est également question, dans la même cbarte, des vignobles qui existaient autour du monastère de Saint-Pierre ; cette abbaye riche et opulente, possédait des domaines jusqu'en Angleterre, où les terres de Lievesham et de Greenwich , apanage d'Elstrude, femme de Baudouin II, lui avaient été cédées en 918 (3). AthelsUn, qui régnait alors dans la Grande-Bretagne, était un prince libéral et éclairé, qui mettait tout eu œuvre pour augmenter les relations mercantiles entre son peuple et les nations continentales. II avait établi des ateliers de monnayage dans le comté le Keot, dans le Wessex, à Londres, et accordait le rang de cthane » ou de noble au marchand qui, possédant un navire, accomplissait trois voyages à l'étranger (3).

Les barons français venaient à peine de déposer les armes, lorsqu'une querelle entre Arnoul de Flandre et Herluin de Pontkieu,qui se disputaient la possession de la ville de Montreuil, bt le signal de nouveaux troubles. Guillaume-Longue-Ëpée, • doc de Normandie, ayant embrassé la défense de Herluin contre le comte de Flandre, est assassiné, le 17 décembre 942, par les gens de celui-ci, qui l'avaient attiré dans une île de la Somme, près de Picquigni, sous prétexte d'une conférence. Lonis d'Outre-Mer, fort peu soucieux des droits de Richard, alors ijédeaix ans, seul héritier du duc, pénétre aussitôt en Xornaodie. Les habitants du pays, soutenus par Hugues de France, ^tpellent à leur secours une flotte danoise, commandée par

't. WarDkœnig, Hist. de la Flandre, tom. III, p. 40. (i!lM.,toiD. m, p. 16.

')>DkRi Urdner, Cabinet Cyclopedia, Live$ ofbritish admirais, tond. I, p. 52. l^te, m, LoDgman.

96 HISTOIRE DU GOMMERGK

Harold à la Dent-Noire, et le roi étant tombé entre les mains de ses ennemis, non loin de Rouen, se voit forcé de leur céder la ville de Laon pour prix de sa délivrance. A peine en liberté, il s'allie avec Othon de Saxe, Conrad d'Arles et le comte de Flandre, dont les troupes réunies entrent dans Reims, et essaient vainement de s'emparer de Senlis et de Paris. Elles avaient subi un autre échec devant Rouen, lorsqu'Othon, mécontent d'avoir entrepris une guerre lointaine et dispendieuse, demanda une entrevue au jeune duc de Normandie. Le comte de Flandre, se croyant trahi, résolut de ne pas s'exposer davantage et décampa durant la nuit avec tous les siens. Celte retraite décida ses alliés à renoncer à leur expédition, et le roi, désormais impuissant contre ses plus redoutables adversaires, consuma le reste de sa vie à lutter avec quelques-uns de ses barons, et mourut des suites d'une chute de cheval, le 10 septembre 954, à l'âge de trente-quatre ans. Il laissait deux fils, Lothaire et Charles, dont l'aîné lui succéda, et fut sacré à Reims par l'archevêque Artaud. Hugues de France succomba peu de temps après, léguant son duché h Hugues Capet, qui allait bientôt recueillir les fruits de la politique habile et prévoyante de son père, en acquérant assez de prépondérance pour se saisir de l'autorité suprême , que les descendants de Charlemagne n'avaient plus la force de faire respecter.

Le séjour d'Othon en Belgique, malgré les troubles qui s'ensuivirent, ne laissa pas que d'exercer une influence considérable sur les destinées du pays. Il suscita de grands embarras au comte de Flandre qui, dans un de ses démêlés avec le prince allemand, perdit une portion de la contrée située sur la rive gauche de l'Escaut, de Gand vers Bouchante, qui fut réunie à l'empire. L'abbé de Gembloux, plus heureux, obtint la permission de fortifier son monastère, et de fonder un marche public dans la bourgade qui en dépendait. Cette concession, qui était accompagnée du privilège d'ouvrir une boucherie et de battre monnaie, fut également accordée à Fosses, localité fort ancienne, déjà citée dans l'acte de partage conclu entre les fils de Louis le Débonnaire.

Deux partis se disputaient encore, vers cette époque, la possession de la Lotharingie, livrée tour à tour à la prépondérance

ET DK LA MARCfE EN BELGIQUE. 97

tensioique oa à la pression française. Conrad de Franconie,

ffi'Ollion I'' avait chaîné de gouverner le duché, se vit dans la

lébessjté de prendre les armes contre Régnier II, comte de

Ihioaat, que les populations lui préféraient. Disgracié ensuite

par son souverain, pour s*étre mêlé à une conspiration, il fut

l'emplacé par Bruno, archevêque de Cologne, frère d'Othon I*'.

ftrono, après avoir exilé le comte do Hainaut, se détermina, du

eoosentement de Tempereur, à di\iser Fancien royaume de

l4)lbaire en deux provinces. L'une qui fut appelée la Haute-

Ejotharingie, renfermait l'Alsace, la Lorraine actuelle et Févêché

de Trêves; l'autre, qui reçut le nom de Basse-Lotharingie^ se

eomposait de l'archevêché de Cologne, des duchés de Limbourg,

Juliers, de Gueldre, de Brabant, d'une partie de l'évêché de

?ge, des comtés de Namur et de Hainaut, des terres apparte-

à l'évêché de Cambrai et au comté de Flandre qui sont en

<i<çi de l'Escaut, ainsi que des districts que la Meuse, le Rhin et

I^Eseaut traversent vers leurs embouchures. L'archevêque sub-

<lâégua le comte de Bar dans le gouvernement de la Haute-

Ijûtliaringie, et préposa Godefroid, comte de Verdun ou d'Ar-

denoe à l'administration des autres états, qui, dans des temps

plus rapprochés, reçurent la dénomination de duché de Lothier,

Il se réservait, d'ailleurs, en qualité d'archiduc, la direction

géoérale des affaires.

Amoul de Flandre, désirant passer en paix les dernières aoées de sa vie, avait abdiqué le pouvoir, dès 938, en faveur <iesoQ fils Baudouin III. L'industrie flamande fit un grand pas âOQS le règne de ce prince, qui lui donna une vive impulsion en OBvrant un asile aux tisserands et aux foulons de l'Artois (1). Oodoit rapporter à la même époque rétablissement des foires, fcnt nous rappellerons en quelques mots l'origine. Les habittots de diverses paroisses avaient pris l'habitude, après leur <30Dversion au christianisme, de célébrer chaque année, par des

V Voy. lever, Amm, Flandr., fol. 18, 6; Warnkœnig, Hi$t. de Flandre, ^10, p. 40; AndersoD, Hist. of commerce^ tom. I, p. 95. — M. James, dan5 ^ BùUfry oftke 9tor$ted manufacture j suppose que les Flamands apprirent fut 4e tù;ser les étoffés par les Italiens , mais cette opinion ne peat être 'tee, car nous avons vu que les Atrébates, dès avant la domination '^•tiae, étaient fort habUes dans cet art.

98 HISTOIRE DU COWIBRCB

réjouissances publiques, la fondation de leur église (1). Ci fêtes attiraient généralement la population des campagnes, les marchands se hâtèrent de profiter d'une oucasion au! favorable à leurs intérêts. Elles ne furent soumises ;i des règli ments particuliers qu'un peu plus tard après avoir été oITicielli ment reconnues.

Baudouin le Jeune, qui, prélevait des droits sur les objets vendus, avait intérêt Ji multiplier les transactions commerciales, aussi établit-il des marchés à Bruges, & Courirai, ii Turcoing, à Calais et à Thourout. Cette dernière ciié ('init particulièrement fréquentée, et devint le siège d'un néfîoce asses actif, qui lui fut enlevé plus lard par la ville de Caud (â). 1^ comte ne s'efforça pas seulement de jeter les bnsvs de la pros périlé publique, mais il voulut également pourvoir ;^ !a sûrc^ du pays, et fit réparer les fortifications de diverses villes pan lesquelles il faut citer Ypres, Furnes, Bergues S;(iiii-Wino( Bourbourg et Dixmude. L'argent monnayé ét;uil encore rai on y suppléa, d'après Meyer, en déterminant l.i valeur de ci tains objets, destinés îi être transmis par voie d'échange (3) est probable qu'une convention de ce genre a été réollei publiée en Flandre, mais on aurait tort de supposer, divers auteurs, que les Flamands se bornaient ;i ce mode l primitif de traiter les aflaires. Nous avons consiaté qu'on avfondé des ateliers de monnayage dans diverses ]>artii^s du ps et, à défaut de ce fait, l'entre-cours qui exislail déjii entre la Flandre et l'Angleterre nous fournirait uiio [in^iivedë--* sive contre la supposition dont nous venons de pitrler. F.iietT nous voyons Arnoul le Grand envoyer dans la Gnirulc-Bretag la fïimille du comte de Ponthieu, après la prise de MoiUrciu

(t) Ces râjoulssancea commençaient ordinairement apiV's lu ci^lt'iirdliutM la messe, de là l'expression flamande : tku dag der kerk hum^, ,. messe de rég1i.<e, • <\w devint plus tard la kerraesse. Le rinti w;' a une orlgioe semblable, el rappelle la ilédieace ii«sédiiiLv< relif;

(4) Verhoeven, HistoTixche tydtn oordeHkmidige aetttteliimjfu . cour, de l'Acatl. de Bruxelles, HIT, pag. 39.

(3) Hcyer, An». Fiandriœ; d'Oude^'hcrst, édlt. Lcsbroussart, tom. 1, p.^ ^ On recevait une oie pour deux poules ; deux ules puur un jeune agneau \ trais agneaux pour un mouton ; trois veaux pour un bcouf, i

ranonjtne de Ravenne, formait déjà une riche seigneurie apf tenant, comme Malines, aux successeurs de saint Lambert.

Le règne de Baudouin III fut malheureusement fort coiull ce prince descendit au tombeau en 961, laissant un fils eaj âge, Arnoul II, dit le Jeune. L'aïeul de celui-ci, Arnoul l^Éê de la retraite dans laquelle il vivait depuis son abdicatiiM%i reprit la direction des affaires, durant la minorité du cM ïl succomba à son tour, en 965, presqu*en même tempt^l l'archevêque Bruno, et les états belges furent bientôt livfÉJ tous les désordres qu'entraîne l'anarchie. Régnier et LuéIi| héritiers du comte de Hainaut, Régnier II, vivaient eneiill cour de France, lorsque les contestations qui s'élevèreH Germanie à l'avénement de l'empereur Othon II, leur inagl rent l'espoir de relever le parti français en Belgique» et ÛB^ trer en possession des domaines paternels. Lothaire cherchait comme son prédécesseur à étendre son pouvt si inférieur à celui de Hugues Capet, favorisa cette e: de tous ses efforts. Les deux princes pénétrèrent donc naut, obtinrent d'abord quelques succès, et s'établirent château de Boussoit. Après en avoir été expulsés par le mands, qui donnèrent le gouvernement du Hainaut au-, comte de Flandre et àGodefroiddeVerdun, ils reparais! le pays en 976, soutenus cette fois par Charles, frère Lothaire, Othon, fils du comte de Vermandois et Hugueft lui-même. Othon II, qui voulait faire de la Belgique l'i garde de la Germanie, parvint â son but en divisant se» mis. Il entra en négociation avec eux, rendit à Régnier et bert les comtés deMons et deLouvain, et offrit au prince^ le duché de Basse-Lotharingie, à condition de défendre contre les entreprises du roi Lothaire. Celui-ci, après ai velle lutte qui amena Othon II jusqu'aux portes de Paris, enfin forcé de renoncer à ses prétentions, et laissa Charles en possession du titre qui venait de lui être

Charles, en consentant à devenir le vassal d'un allemand, s'était aliéné les sympathies des barons frai séjourna d'abord à Cambrai, puis, d'après quelques ai Bruxelles. Cette ville n'était encore qu'un misérable bat^ qu'on avait élevé dans une petite île formée par le» Anm^

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. iOf

<leia5eflûe. La mort du roi Lolhaire et deLouis, son fils, donna

^ducroecasioD de faire valoir ses droits au trône de France»

^ Où refusa de les admettre et, le 1^' juillet 987, Hugues

Cipec reçut la couronne à Noyon, des mains de Farchevéque

de Reims. Il était résené au prince carlovingien d'achever ses

/ours dans Texil et dans l'obscurité, taudis que son heureux

^1, s'affermissaot au pouvoir, fondait une dynastie qui devait

^ perpétuer durant des siècles.

ivant de reprendre l'histoire des états belges, qu'on doit 'HSeessairement étudier pour se rendre compte des influences ^ui contribuèrent à y ralentir ou à y activer les relations corn- ^iierdales, il ne sera pas inutile de rappeler quelle était, vers la fis du r siècle, la situation des affaires dans d'autres contrées. la chute de l'empire romain, la ville de Constantinople int le dernier refuge de l'antique civilisation, et l'entrepôt des marchandises précieuses qu'on recevait du Levant, riches tissus, les pierres précieuses et les épices, arrivaient des caravanes jusque sur les rives du Bosphore, et se x*iépaodaient ensuite en Europe par la vallée du Danube, la ^bogrie et les contrées voisines. Dès le temps de Charlemagne il s'était établi une route très fréquentée d'Allemagne à Constan- ^ÂBople, par le pays des Avares. Les marchandises grecques, prises à Semlin par les trafiquants hongrois, arrivaient à l'abtoayc de Lorrisch-Sur-l'Ems, dans la Basse-Autriche ; de là on Ws transportait par Ratisbonne, Forcheim, Erfurt et MagdeiMurg, jusqu'à la fameuse abbaye de Bardowick, près de Lunebourg, d'où elles se distribuaient plus loin dans le Nord. Vers l< milieu du viir siècle, les Avares ayant été subjugués par les Bulgares, ceux-ci avaient hérité de leur commerce, malgré la ialousie des Grecs qui essayaient vainement de l'entraver, lors- <ç»eles efforts de quelques marins de l'Adriatique préparèrent wieautre voie au négoce, et relevèrent la fortune de rilalie.

Pendant qu'Attila exerçait ses fureurs au centre même de

empire, dévastant Aquilée, Concordia, Oderso, Altino et

'**àoue, quelques fugitifs, auxquels la pau\Teté semblait moins

^qœ l'esclavage, cherchaient un asile sur la côte, dans cer-

^^ îles formées par les alluvions du Pô, de l'Adige, de la

*^U, et d'autres rivières moins considérables. Ces îles, en

■n. te COXMEBCE, T. I. 7

iOi HISTOIRE DU GOMMERCB

partie submergées, étaient déjà habitées par un petit noort de pécbeurs, dont les nouveaux venus partagèrent la vie ma tureuse et les dangers (1). Ils y vécurent d*abord assez misé blement, puis, leurs ressources maritimes ayant acquis pi d*extension, ils commencèrent à joindre quelques opérMll commerciales à leur première industrie. Telle fut Thumble^ gine de Venise, cette reine des mers, dont rafrranchi860M précéda de sept siècles la puissance municipale des villes Ifl bardes, et dont la grandeur devait survivre, pendant phMEfj trois siècles à celle de Florence, la plus célèbre des ques du moyen âge. Dès 73â, quelques navires vénitiens rent de TAdriatique, doublèrent la pointe méridionale Grèce, et vinrent jusqu'à Gonstanlinople, afin d'y cha marchandises du Levant, qui n'arrivaient encore dans le comme nous l'avons observé qu'après avoir fait un long V( par terre. Ces expéditions maritimes ne tardèrent pas à dre, et nous retrouvons, en 838, les marins des lagunes port d'Alexandrie, recevant les riches produits de V, étoffes de soie et les draps pourpres de Tyr, en écha esclaves qu'ils vendaient aux Sarrasins. Ils y furent suivis par d'autres Italiens, et particulièrement par les j chands qui s'étaient établis à Amalfi, à Gènes et à villes déjà prospères, et qui étaient appelées à rempli place importante dans l'histoire générale du commerce péen.

Tandis que la vie sociale, activée par ces rapports Id tionaux, se ranimait peu à peu dans les états du Midi, les lations belges continuaient à se débattre entre elles, exci unes contre les autres par les dissensions de leurs Arnoul II, comte de Flandre, après avoir soutenu une assez malheureuse contre Hugues Gapet, dont il n'a voulu reconnaître l'élection, mourut en 988, laissant po cesseur Baudouin IV, dit le Barbu. Ce prince régnait déjà quelques années, lorsque l'empereur Henri II donna le de Basse-Lotharingie à Godefroid III, dit d'Eenham, ma

(1) Memorie de' Veneti primi e secondi y dH conte Figliasi, lom. VI. V€i|t ^

ET DE LA XARINB EN BELGIQUE. i03

réclamations de Lambert II, comte de Louvain, et de Robert II, eomte de Namur, qui prétendaient tous deux h Théritage du duc OtboD, auquel le gouveniement du pays avait été confié à ]a mort de Charles de France. Les deux compétiteurs résolurent dTeo appeler au sort des armes, et entraînèrent dans leur ligue Régnier IV, comte de Hainaut, Thierry III, comte de Frise et le comte de Flandre lui-même. Ce dernier ayant donné le signal des hostilités, en renvoyant avec dédain les députés de l'empereur, réunît aussitôt ses hommes d'armes, traversa rapidement le Brabanl, et vint s'emparer de Valenciennes. Assiégé dans eette Tille par Henri II, qui s'était assuré l'appui du roi de France «du duc de Normandie, il s'y défendit héroïquement, et força leprince allemand à abandonner son entreprise. Celui-ci revint cependant à la charge, leva une nouvelle armée avec laquelle il marcha sur Gand, et prit possession du château qu'Othon l^ yarait fait édifier jadis. Le comte Baudouin, voyant son comté '^ïragé par l'ennemi, se détermina h entrer en accommode- ^Dt. 11 envoya donc une ambassade à l'empereur, et alla lui- 'ïWmele trouvera Aix-la-Chapelle. Henri II, qui désirait vive- ^^nx se l'attacher, afin de diminuer les forces des confédérés, 'ni laissa la ville de Valenciennes, dont il lui accorda l'investitore, ainsi que celle des îles de Zélande.

Déjà Baudouin IV s'était lié étroitement aux plus puissantes

Plaisons de l'Allemagne par son mariage avec Ogive de Luxem-

iNjorg, et le lien féodal qu'il venait d'accepter le rangeait défi-

nitlTemeot parmi les vassaux de l'empire. Délivré de tous ces

einbarras, le comte s'occupa d'en faire disparaître les traces. Le

pays vivait beaucoup souffert, tant des courses déprédatrices

^es belligérants que des ravages de la peste, qui désola la Bel-

?<iue dorant le commencement du xi*^ siècle (i).

Baudouin le Barbu porta sa sollicitude sur les moyens de

î^4re les communications maritimes plus faciles et plus

^, ei accorda la dignité de préfet de la mer, en 1009, au

fkàielain de Ghistelles. Ce seigneur fut chargé de maintenir les

clones en bon état de conservation, et d'empêcher le débarque-

^^\ des pirates. Il reçut à titre de fief, en indemnité des frais

* UgUy, Hitt. de Flandre, tom. I, p. 143.

qu*eiitraînaient ces obligations, le tonlieu de Bruges ainsi que le droit de balance établi en cette ville (1). S'il faut en croire la tradition, la Tamille du châtelain avait des titres particuliers à cet emploi, ayant eu pour aïeul un ancien roi de mer, qui s'était fixé sur la côte de Flandre durant le x* siècle (2). Les actes de piraterie, toujours fréquents durant la première période de l'histoire commerciale des nations, tendaient cependant à faire place insensiblement à des relations plus régulières. Les Normands visitaient encore les ports belges, mais moins en pirates qu'en qualité de marchands, et Bruges était devenu un de leurs entrepôts. La pèche du hareng occupait déjà un grand nombre de nos marins, et était même assez importante pour fournir, de la manière la plus efficace, aux besoins des classes pauvres (3).

Une terrible inondation, qui eut lieu le 28 septembre 1014, causa de grands dégâts sur le littoral, dont les habitants étaîen^^ moins h plaindre cependant que leurs voisins de la Bass€^^ Lotharingie, foulés sans cesse par les gens de guerre. Lamber^^ comte de Louvain, n'avait point voulu se soumettre, et coi nuait à combattre le duc Godefroid et les autres partisans l'empereur. Sa défaite et sa mort, au lieu de porter le découi gement dans l'esprit de ses alliés, ne fit que redoubler h énergie, et raviver la haine qu'ils portaient à leurs adversaire Henri P% fils et successeur de Lambert, fondant son espoir leur concours, refusa de déposer les armes, et brava les eJR du parti allemand. Cette situation, si défavorable au pays, m03 çait de se prolonger, lorsque la paix fut enfin rétablie l'entremise de Gerberge, veuve de Lambert, et d'Ermengai veuve d'Albert comte de Namur. Régnier IV, comte de Haiai épousa Mathilde fille du comte d'Eenham, donna pour d< cette princesse le comté de ce nom, et les comtes de Lou'

(1) Warnkœnig, dans son Ilist. de la Flandre, toni. IV, p. 72, en noie, pose que ce droit de tonlieu était de 6 deniers au marc à l'exportation U deniers pour la mise en consommation : ce qui, en prenant le marc à 83 i deniers, équivaudrait à 1 l/i et 3. i pour cent.

(î) Le Grand, Mém. sur Vancienne ville de Ghistelles. Anvers, 1857, b in-8', p. 11.

\}\} Grattan, Ilist. oftheNetherlands.

^deflainaut reprirent, sans contestation, pleine et entière pos- ^ioD de leurs états.

Ce long débat venait à peine d*étre arrangé que le duc de ^bîer rappela ses hommes d'armes sous les drapeaux, afin rfe venger Févéque d'Utrecht, Adelbolde, constamment harcelé par Thierry III, comte de Frise. Il s'agissait cette fois de '"égler une question commerciale, dont la solution pouvait exercer une certaine influence sur nos relations avec l'étranger : nous exposerons donc, en quelques mots, l'origine de la querelle.

Il existait à cette époque, depuis Gorcum jusqu'à l'océan, daiisles plaines de la Hollande méridionale, une vaste étendue lH}isée connue sous le nom de forêt de Merwe ou de Merwede. I-* comte de Frise y avait bâti un bourg, à l'endroit où s'élève actuellement la \ille de Dordrecht, l'avait fortifié par une citadelle, et exigeait un tribut des marchands qui traversaient le pays. La 'possession de ce territoire lui permettait non seulement d'empêcher tout débarquement dans l'île des Bataves, nuis elle lui donnait la faculté de ruiner entièrement le comnieree des habitants de l'intérieur du pays avec l'Angleterre, qui se faisait en grande partie par l'embouchure de la Meuse. L'e\éque d'Utrecht, lésé dans ses intérêts, s'en plaignit d'abord dorant un congrès tenu à Ximègue, et ses réclamations ayant été appuyées plus tard par celles des évêques de Cologne et de Trêves, ainsi que par les plaintes des négociants de Tiel, l'empereur se décida à faire attaquer les Frisons. Cette expéditioD, dirigée imprudemment, se termina par la défaite <!es troupes du duc de Lothier, qui fut fait prisonnier durant le combat, et ne recouvra la liberté que par l'entremise de ^albodon, évêque de Liège, qu'Henri II envoya auprès de Thierry pour négocier la paix. Le comte de Frise maintint ^prétentions, et finit par conser\'er le district dont il s'était emparé.

Baudouin le Barbu mourut vers 1036, après avoir eu à lutter contre son propre fils, qui s'était révolté contre lui. Quelque ^ps avant sa mort, il accorda aux treize échevins de Bruges ^autorisation d'élire dans leur sein un bourgmestre, et on lui iUribue Clément l'établissement des baillis dans les différentes

106 WSTOIRE DU COMMERCE

parties de la Flandre (1). La ville de Bruges, dont i acquises assuraient l'avenir, s'élevait rapidement ve prospérité commerciale à laquelle elle semblait appe heureuse situation. Déjà ses faubourgs s'étaient acci point, en dehors de Tenceinte édifiée jadis par Bi que dès Tannée 1040, elle avait, au rapport des chr acquis le triple de son étendue primitive (2). Trois s vant, au commencement de l'hiver 1037, Emma, se Richard de Normandie, plus connue sous son nom a d'Elfghive, successivement veuve des rois Ethelrei s*était vue réduite à chercher un asile en Flandr abordé non loin du château de Bruges. Le panégj princesse, en racontant ces faits, présente un brilh de cette résidence : « Ce château, dit-il, est habii « colons flamands, et jouit de la plus grande céléb « cause de l'affluence des marchands, que de l'abc « toutes les choses que les hommes estiment le plus II y avait peut-être un peu d'exagération dan gâtions du poète car, dès Tannée 1042, des scènes rentes s'offrent à nos regards : Une horrible famin France, la Belgique et l'Allemagne se ressentirent ps ment, y décima les populations. Les historiens cooi contiennent à ce sujet des détails qui font frémir, et décide à peine à admettre Tauthenticité. Le dénueme dans certaines provinces, que leurs malheureux habi raient jusqu'à de la chair humaine pour apaiser la f; qui les tourmentait. La plus grande partie de la B cependant préservée de ces excès par la charité con de Wazon, évêque de Liège, et d'Olbert, abbé de Gen distribuèrent généreusement de grands approvisioni blés aux pauvres, exemple qui fut suivi par Tévéqu< brai et par plusieurs riches propriétaires. La Belgic dait, d'ailleurs, des ressources qui manquaient encor

(1) Meyerus, in fine anni 1036.

(«) Gnrtis, Jaerboecken dfr stad Brugge^ ann. 1010. (3) Pontanus , Remm Danicarum Historia, p. 171; ex Encon Bertiniano monacho ananifmo et eoœro.

ET 0£ LA IUaiX£ £3i BELGIQUE. f07

votfiQ8;lep8ys de Liège, par exemple, entretenait une grande qtuotiié de gros bétail, dont Tévéque fit Tacquisition pour soula misère publique. L'abbé de Gembloux, que nous venons citer, jouissait de revenus si considérables que, tout en multipiiaot les secours aux nécessiteux, il trouva encore des fonds suBsanii pour la décoraxion de son église et l'augmentation de sa bibliothèque (1).

Coe situation semblable à celle que nous venons de décrire,

danût aboutir à une nouvelle crise politique, qui, en effet, ne

S€ fit pas attendre L'empereur Henri IIL mécontent de Gode-

fvoid, fils de Gothelon V', lui avait refusé l'investiture des

duchés de Haute et Basse Lotharingie, pour les donner à Albert

dTAoUiche et à Frédéric de Luxembourg. Godefroid, humilié et

ifrité à la fois, s'adressa au comte de Flandre, Baudouin V, dit

de Lille, qui s'empressa d'intervenir, dans l'espoir de réunir à

ses états la partie de la Flandre située entre l'Escaut et la

iModre, c'est à dire le pays d'Eenham, ou l'ancien Bracbantium.

D se mit aussitôt en campagne, et poussa la guerre avec une

tdle vigueur, qu'il prit et détruisit la forteresse qui défendait

ce district, et fit bâtir sur ses ruines une abbaye de bénédie-

ttts. Le duc Godefroid et son allié avaient compté sur l'aide du

loi de France, Henri I*', mais ce prince, cédant aux sollicita-

tiotsde révéquede Liège, resserra, au contraire, son alliance

^ec l'empereur, et repoussa leurs ouvertures. Le comte Bau-

<l0Qin comprit qu'il lui fallait redoubler d'activité et, après

^oir assuré la défense de la Flandre en faisant fortifier

^odeoarde, il soumit tout le pays d'Alost, marcha avec la plus

{nnde diligence sur le château de Gand, dont Henri II avait

bit la conquête en 1007 , et vint asseoir son camp entre

^Escaut et la Lys. Il fit le siège de cette citadelle, dont les vil-

hges voisins a^-aient eu beaucoup à souflrir, et par\'int à s'en

^A(ttrer, grâce à l'habileté d'un de ses hommes d'armes,

i^iQé Lambert, qu'il en créa premier vicomte et châtelain

perpétuel.

C^est à dater de cette période que la ville de Gand commença

^ prendre de l'accroissement, après avoir été déchargée de

% ^tmu, BiU. géUraU de U Bèiififue, ton. II, p. 9ÈJL

108 HISTOIRE DU COWUSRCE

plusieurs servitudes que le comte Arnoul lui avait jai imposées.

Ajoutons eu passant qu'on peut rapporter à ]>eu près i même temps l'agrandissement de la ville de Bruxelles, dont l'enceinte fut considérablement reculée en iOU, el qm ftit entourée de murs solidement construits en pierres de milles, "^ défendus par des tours et percés de sept portes.

La guerre, sous certains rapports, n'était pas sans otïHr ^ quelques avantages : elle forçait les hauts barons h Ibrtifler ' " lears domaines, afin de les mettre i> l'abri d'un coup An mrtin, efL préparait ainsi la puissance des cités, dont la riche bourgeoirftt^^ devait bientôt opposer une barrière insurmontable aux exigei ces de la noblesse féodale. Le comte Baudouin, après ces % miers succès, réunit ses troupes à celles de GodelVoid. maroS sur Nimègue, mit le feu au palais royal, puis se pnrta vers tl Haute Lotharingie où il alla ravager Verdun. L'empereur s préparait à agir contre le comte de Flandre lorsque celui-ci prît le parti de se rendre à Aix-la-Chapelle auprès de Hetiil dont il obtint, pour les tenir en flets de l'empire. d'Alost, les Quatre Métiers et les tles de Zélandc. I.e maris du fils du comte avec Richilde, comtesse de Hairtaul, 3™»""=^ cependant, a peu de temps de là, une nouvelle prise d'arim.^^ Godefroid, qui avait épousé la veuve de Boniface, duc del"^^* cane, revint aussitôt en Belgique, joignit ses forofs ;■) celle^v-ai

son ancien allié, et tous deux attaquèrent l'évêque de Liége^^ -

des partisans de l'empereur. La ville de Tliuin Tui re^duite =

cendres par les Flamands, qui saccagèrent également eelle-^ ^^ Huy, tandis qu'un autre corps de troupes, commanilii parRob^B^H de Flandre, soumettait l'Ile deWalclieren. Forcé <i'alt.indon^^Er~ le Hainaut à l'arrivée de l'empereur, Baudouin V si> rôtira l^' son comté, et faisant creuser, avec une étonnante rapidit^^^^ fossé depuis l'Aa jusqu'il la Lys, parvint h arrêter la ma^^^i^ victorieuse de ses ennemis. Cette longue guerre, diiranl \a.q^ — ^ une partie de la Flandre fut pillée par les impériaux, e^^^—i i^ valut un siège à la ville d'Anvers, attaquée par les confâd'^^^^se termina heureusement pour Baudouin de Lille en iOS7, un synode tenu à Cologne, où le pape Victor et le roi de PT^^^ devinrent les médiateurs de la paix. Le comte retint ea. '^^^B

ET DE LA MARDi'E EN BELGIQUE. i09

cUtean de Gand, tout le pays d'Ottingen, la terre d'AJost ou (TEenbam et les îles de Zélande. Le mariage de son fils avec Richilde fut ratifié, et la possession du Hainaut assurée à la oaiâoo de Flandre.

Les relations de Baudouin de Lille avec l'Angleterre, d'abord assez fréquentes, s'étaient singulièrement refroidies dans cet iiilenralle. Edouard III, dit le Confesseur, n'avait pas hésité à fhcerune escadre, stationnant à Sandwich, au service de l'em- /lereur (1), tandis que le comte recevait, de son côté, tous les enoemis du monarque anglais. Osgot Clapa, l'un de ces derniers, réunit à Wulpen, en 1047, une flottille de 29 navires, dans le but de tenter une invasion dans la Grande-Bretagne; nais, ces projets ayant été déjoués, par la vigilance des officiers itijaux, il se vit obligé de se retirer en Danemark, après avoir rejoint sa femme, qu'il avait mise en sûreté à Bruges (2). Dans la même année, Lother et Irling, deux pirates du Nord, débarquaient en Flandre sans opposition, et venaient y vendre le biitiD et les prisonniers dont ils s'étaient emparés durant une croisière dans les environs de Sandwich et sur la côte «TEsscx.

Uo événement inattendu, dont les conséquences furent extrêmement graves, vint encore compliquer une situation déjà fort tendue. Le roi d'Angleterre favorisait beaucoup les Normands, qui se rendaient fréquemment à sa cour, au grand mécontenteinent des Saxons. Le comte Eustache de Boulogne, allié à la feanille royale, ayant débarqué à Douvres en septembre 1048, uaerixe éclata entre quelques-uns de ses hommes d'armes et des bourgeois de celte ville, à la suite de laquelle ceux-ci massacrèrent vingt et un des compagnons du comte. Celui-ci se Pl^gnit immédiatement à Edouard III, qui chargea le comte Codwin, chef du parti saxon, d'aller tirer vengeance des couples. Godwin, qui ne pouvait accepter cette mission sans fenoncer a toute influence politique, se refusa à l'exécuter, et fttl banni avec tous les siens, pendant que le roi qui avait ^sé Edith, fille du rebelle, forçait celle-ci à se retirer dans

^^^^^rtiiB€fseHactnsisAnn(des, fol. 119.

^- ^<». (kt 9eie»e€$ et des arts, tom. I, p. 425-441.

110 HISTOIRE DU GOUMERGE

un monastère. Le chef saxon, profondément ulcéré, p la Flandre avec sa femme Gitba et ses fils Gurth e deux autres de ses enfants, Harold et Leofwin avaien un asile en Irlande. Il fut non seulement bien accueilli douin de Lille, qui lui permit de faire construire des Bruges, mais il obtint même, pour Tostig, la main d*i cesse flamande.

Après le bannissement de Godwin, Edouard ne g; aucune mesure : Robert, moine de Jumiéges, fut nom! véque de Canterbury ; un autre moine normand devi de Londres ; les commandements militaires furent pre livrés aux étrangers. En 1051, le duc de Normandie, à de ses vassaux, vint visiter Londres, et parcourut VA avec une pompe toute royale. Edouard, fils d'une N élevé à la cour des ducs, promit secrètement à ce pri faire son héritier. Le comte Godwin, qui avait con sympathies populaires, crut qu'il était temps d'agir et Bruges avec un armement flamand (1), se rendit à chure de l'Yser. Il y reçut la nouvelle que son fils Har< çait les bords de la Savern, mit à la voile le 13 août i dirigea vers le promontoire de Tummen, où il renconti royale; celle-ci, plus nombreuse que la sienne, le i aussitôt, et il ne dut son salut qu'à une tempête à la laquelle il regagna les côtes de la Flandre. Il venait d quer, lorsqu'il apprit que les comtes qui commandaie dre ennemie étaient rentrés à Londres, laissant la i

Cette circonstance lui rendit l'espoir de vaincre et vers l'île de Wight, il parvint à y réunir ses vaisseai d'Harold, et arrêta tous les navires qui sortaient de S de Folkestone, de Hythe et de Pevensey. Grâce à ces on le \it paraître dans la Tamise, et il jeta l'ancre à Se Les populations répondirent en masse à son appel, cai était celle de la nationalité anglo-saxonne; dans un gemot ou assemblée générale, la sentence de bani portée contre Godwin et les siens fut cassée et tous

(1) Walter de Hemingburg, p. 5. On peut encore consulter sur dition les Chron. saxonnes, Gibson, 166 ; R. de Oveden, p. 4IS.

ET DE Là HARUCE EN BELGIQUE. i il

■UKb, clercs et laïques, eurent ordre de repasser la mer ■ptreequ'ils troublaient la paix du royaume en excitant le roi mire ses peuples. » L'archevêque primat Robert fut expulsé, lidûiard se rapprocha donc forcément de Godwin : il rendit à eeseigneur le gouvernement des principales provinces d*Anglel«rre; mais il exigea pour otages un fils et un petit-fils du roule saxon , qu'il remit à la garde du duc de Normandie. Le ieops apaisa l'aversion mutuelle du roi et de la famille de Goëwin. En lOfô, Harold, l'ainé des fils de celui-ci, déjà leaommé par sa vaillance et ses exploits, pria le roi de consentir à ce que les deux otages revinssent dans leur patrie, et lui dcoaoda la permission de les aller chercher en son nom. Edouard ne lui accorda cette permission qu'avec difficulté, et W prédit que ce voyage attirerait quelque malheur sur lui et sv l'Angleterre.

Harold n'écouta pas le roi, et partit. Une tempête brisa son Mrire sur la côte de Ponthieu, près de l'embouchure de la SoouBe. En vertu du droit barbare de « bris et naufrage » qui Usait considérer les dépouilles du naufragé comme « un bien €OToyé de Dieu, » Harold fut saisi et emprisonné par les gens AGiii, comte de Ponthieu : il se réclama du duc Guillaume. Leduc, en effet, le tira des mains du comte Gui, qui ne se dessaisit de son captif que moyennant une forte compensation pécuniaire, et le fit amener à Rouen. Harold fut accueilli de la aaQiëre la plus honorable : le duc Guillaume le créa chevalier de sa propre main, et lui promit de le laisser retourner en Aagleterre avec les otages dès que bon lui semblerait. Guillaume to en guerre avec Conan, duc de Bretagne. Harold, jaloux de ie signaler aux yeux des chevaliers de Normandie, suivit Guilbune dans son expédition et s'y comporta vaillamment. Gonan assiégeait Dol, occupé par un chef rebelle, qui avait appelé les Sonnaûds à son aide; Conan fut obligé de lever le siège, et Uiiaa tomba au pouvoir de Guillaume. Le duc de Normandie ne poussa pas plus loin ses avantages, parce que les Bretons 'éuient retirés en masse dans leurs forteresses, et que les ^Bvalussears ne purent se procurer des vi\Tes. Guillaume, ^ûlleurs, mûrissait un autre projet, auquel il attachait bien plos d'importance.

Un jour que Guillaume et Harold chevauchaient côte à côte et ' s'entretenaient amicalement, le duc lit au chef saxon une confr ^ dence bien inattendue. — « Quand Edouard et moi, dit-il, nous } vivions sous le même toit, il me promit, si jamais il devenait ^ roi en Angleterre, de me faire héritier de son royaume. Harold, * si tu me veux aider à obtenir Taccomplissement de cette promesse, sois sûr que je t*octroierai telle chose que tu demanderas. Harold, surpris et troublé, répondit par de vagues paroles, que Guillaume feignit de prendre pour un consentement. — : Puisque tu t'engages h me servir, poursuivit-il, il faut que ta; jures de livrer à mes gens d'armes le château de Douvres, qne; tu donnes ta sœur pour épouse à l'un de mes barons, et que w acceptes toi-même en mariage ma fille Adèle. Tu me laissenul|. en garantie l'un des otages que tu redemandes, et je te ramè^' nerai moi-même l'autre lorsque j'entrerai comme roi en Angle^ terre, »

Harold, qui se sentait au pouvoir de son ennemi, résoliil d'opposer la ruse h la violence, et adhéra aux demandes éi Guillaume. Le duc convoqua aussitôt tous ses barons, poil^ ayant apporter deux petits reliquaires qu'on déposa sur nûf cuve couverte de drap d'or, il s'adressa à Harold, et le reqi de confirmer, par serment, l'accord qui avait été conclu en! eux. Le saxon hésita, étendit la main avec agitation et jura dV cuter ses conventions iivec le duc, pourvu qu'il vécût et qi Dieu l'y aidât. Alors, sur un signe de Guillaume, on leva le d'or qui cachait la cuve : elle était remplie jusqu'au bordi ossements de tous les saints deNormandie, qu'on avait apport^^ en hâte de leurs églises et de leurs moûtiers. Harold, dil changea de visage en voyant sur quoi il avait prêté le fatal ment. Guillaume ne le retint plus, et le laissa partir pour Fj gleterre avec un des deux otages (1).

Edouard, qui était revenu en sa vieillesse h des sentim^ plus patriotiques, n'apprit pas sans une vive appréhension qui venait de se passer. Il survécut peu au retour d'Haro"! décéda en 1066, en déclarant qu'il laissait la couronne au Godwin. L'ambition veillaitcependant sur cette couche ftii

.1; Uenri Martin, Uist. de France, lom. III, p. 108-109.

ettout faisait présager que de grands malheurs menaçaient la nce aoglo-saxonne : nous étudierons, dans le chapitre sui\'ant, b part que la marine belge prit à tous ces événements, dont les Qobres fatales semblaient s*étendre déjà, comme un voile de deuil, sur les rivages abrupts de Tantique Albion.

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