‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 12 sur 74 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Transactions commerciales au xi' siècle. — Les Turcs à Jérusalem. — Triste situation des chrétiens en Orient. — Pierre TErmite et Urbain II. — Désastreuse issue d'une première expédition vers la Palestine. — Les Belges aux croisades. — Une flotte flamande devant Tarse, en Cilicie. — Winkmar de Boulogne à Laodicéc. — Progrès de Tannée chrétienne. — Ck>nquête de la Palestine. — Les Assises de Jérusalem. — Eclations maritimes et commerciales entre la Belgique et la Terre- Sainte. — Voyages périlleux du comte de Flandre, de Pierre l'Ermite et de quelques seigneurs belges. — Influence des croisades. — Guerre avec Tempirc. — Convention entre Robert II et le roi d'Angleterre. — Émigration flamande en Angleterre et en Allemagne. — La pays du paix. — Le dernier descendant de Baudouin Bras de Fer.

^'ous avons constaté, en suivant le duc de Normandie dans les îles Bretaniques et Robert de Flandre vers les terres d'Orient, que les ports belges présentaient déjà, vers la fin du xr* siècle, un mouvement des plus actifs. Les princes ne possédaient pas encore, à cette époque, de marine de guerre proprement dite; ils s entendaient avec quelques armateurs, dont ils louaient les ser\'ices, ou faisaient saisir un certain nombre d'embarcations, qu'ils employaient à leur usage durant un temps déterminé. La présence d'une foule de navires sur le littoral flamand, en supposant même qu'ils fussent d'un tonnage fort médiocre, suffirait donc pour indiquer combien les relations commer-

ciales s'étaient étendues. Il existait déjà en effet, par eau et par terre, un trafic régulier entre la Belgique et tout l'ouest de rÂllemagne centrale. Les négociants des villes maritimes du nord se rendaient en Flandre longtemps avant la formation de la hanse teutonique, et nos marins commençaient à se répandre sur les côtes de Tocéan Atlantique et de la Méditerranée, ainsi que le voyage de Robert le Frison en Galice doit le faire supposer. La France recevait nos produits manufacturés, qui consistaient principalement en cuirs tannés et en étoffes de différents genres, et l'Angleterre nous livrait ses laines. La tisserandcrie, qui allait s'élever bientôt à un si haut degré de perfection dans nos provinces , acquérait chaque jour plus de développement, et reçut une nouvelle impulsion vers 4074, par l'arrivée d'une foule d'ouvriers, forcés de quitter Cologne à la suite d'une révolte, et qui se réfugièrent dans le Limbourg. Nosrapports avec le Midi étaient cependant assez rares, lorsqu'un grand événement, qui exerça une influence considérable sur les destinées de l'Europe, ouvrit des voies nouvelles au commerce belge, et lui prépara le plus brillant avenir : nous voulons parler de la première croisade.

La Terre-Sainte, qui attirait chaque année une foule de chrétiens pleins d'enthousiasme et de foi, avait été soumise par les califes Fatimites, dès le vii« siècle. Une nation barbare, sortie des contrées situées au delà de l'Oxus, les Turcs, vint off^rir le combat aux princes arabes, et les vainquit complètement. La Palestine tomba au pouvoir d'un des lieutenants de Malek Schah, et le drapeau noir des Abassides fut arboré sur les murs de JérUvSalem. Les conquérants n'épargnèrent ni les chrétiens ni les enfants d'Ali, que le calife de Bagdad représentait comme des ennemis de Dieu. La garnison égyptienne fut massacrée; les mosquées et les églises furent livrées au pillage : le sang des chrétiens et des musulmans fut répandu h flots par les barbares.

Dix ans avant l'invasion de l'Asie Mineure par les Turcs, les empereurs grecs, qui se sentaient menacés, avait imploré le secours du pape et des princes de l'Occident. Michel Ducas, successeur de Romain Diogène, avait même promis de fiiire disparaître toutes les barrières qui séparaient l'église grecque

de l'église romaine, si les latins prenaient les armes contre les infidèles. Ces ouvertures, bien qu'elles fussent peu sincères, avaient été reçues avec joie par Grégoire VII, et firent l'objet de négociations nouvelles sous Victor III et Urbain IL Ce dernier, comprenant qu'une telle expédition ne pouvait qu'accroître raatorité du Saint-Siège, hésitait cependant à prêcher la guerre sainte contre les Musulmans, lorsque l'intervention d'un pauvre ermite, qui ne tenait sa mission que de son zèle, vainquit les irrésolutions du souverain pontife. Nous rappellerons, en quelques mots, les circonstances qui se rattachent au fait que nous Tenons de citer.

Après avoir échappé à mille chances de mort, et traversé maintes contrées ennemies, les pèlerins qui arrivaient aux portes de la ville sainte, n'y pouvaient pénétrer sans payer aux préposés turcs une pièce d'or par tête, à titre de tribut ; mais, ayant tout perdu en chemin, et n'étant parvenus qu'à grand peine en Palestine, la plupart n'avaient plus de quoi acquitter Timpôt. Il leur fallait donc bivouaquer en dehors de la ville, attendant en vain la permission d'y entrer : ces malheureux, réduits à une nudité absolue, succombaient bientôt de faim et de misère. S'ils parvenaient à franchir renceiiUe défendue, ils se voyaient souvent en butte aux plus mauvais traitements ; le patriarche lui-même, considéré comme un vil esclave, avait été fréquemment insulté par une populace fanatique, ou jeté au fond d'un cachot par un maître capricieux et féroce.

Parmi les pèlerins qui subirent ces outrages, se trouvait un ermite nommé Pierre, doué d'une imagination ardente et mobile, aussi éloquent que zélé, et dont les facultés s'étaient encore exaltées par le jeûne, la prière et la méditation (4). Après avoir suivi ses compagnons sur le Calvaire, il se rendit auprès de Siméon, patriarche de Jérusalem, qui le chargea d'implorer l'intervention du pape et des princes de l'Europe. L'ermite jura d'être l'interprète des chrétiens d'Orient, et d'ar-

(1| Quelques auteurs ont cherché à établir que Pierre TErmite naquit à Huy, dans le pays de Liège , mais ce fait est resté douteux. Voy. De Uody ^ Mtfroid de BauiUon et les rois latins de Jérusalem, V édit. Paris et Tournay, iii-8», où Pon trouvera un exposé fort judicieux des arguments présentés par leiécriTalQs belges et français.

lU HISTOIRE DU COMMERCE

mer loul rOc(;ident pour leur délivrance; puis, s'embarquant pour Htalie, il se rendit h Rome, afin de se jeter aux pieds (rilrbnin II. (iOlui-ci reçut Pierre comme un prophète, applaudit il sou dessein, et lui donna pour mission d'annoncer la prochain(ï délivrance de Jérusalem.

Lernnlo traversa Pllalie, la France, et la plus grande parlie <le rKuro|)e, prêchant partout la guerre sainte. Les populations aux(|uelles il s adressait, insensibles aux périls de Tonipin^ grec , comprenaient parfaitement les souffrances endurées par les pèUM'ins, pleuraient sur eux, s'indignaient des cruautés dont ils étaient victimes, et se pressaient sur les pas du prédicateur. 1/erniite était considéré comme un envoyé du ciel : on s*estimait heureux de toucher ses vêtements, et sa paroIi> ardente remuait profondément les masses. Urbain II comprit que le moment était venu de lever Tétendard de la croix; il passa les .Vlpes, lut accueilli avec enthousiasme, el convoipia un convile îi r.lermont, en Auvergne.

Le concile se réunit le 18 novembre 1095. Après avoir discuté tlillcrcnts points de doctrine, rassemblée se transporta sur la grande place de i'Icnuont, qui se remplit bientOU d'une foule immense. Pierre THmiite, les pieds nus, la tête découverte, Nèlu d'un lon;4 troc de TétolVe la plus grossière, retraça en termes Nchêments les tableaux qu'il avait eu sous les yeux; son geste, sa voix, ses larmes émurent vivement tous ceux qui Pentouraieul. l'rbain se le\a à son tour, peigiiil à grands traits la >ituatiou de l'église d'Orient, lit appel aux seniimenls religieux de ses auvliteurs, Ji riioaueur L'hevaU'rosque, au dévouement généreux des iln*ts envers les ûi;l»!es. x^ Si vous triomphez, dit- V. \\ en lermiiuitîi, les bv'uediv'iu^'.is du ciel ot les roj'aumes ^. d'Vsiv* serotii Nv^iv parti^e; si \oi:s suoc.Mubei:. vous aurez la ^. g!v^:re de ir.oui'ir aux îi-.o:ui^s !U\:x -.;ue Jcsus-Chrisl, et Dieu .. î;\ui'ji:ci\i t\M:î: ^juM \v"'us ;i;:*:a \us >.Lii'.> sa milice sainte. .. 0'-' -^ l.i^^îîç^s ,i:\v:uv:s, ..;uo .i^s <o:i:::uo:i:s i^roîaues ne vous . :\::o:lu.;: ;v M .-.i > \o> :V\s:s; >ol-.i;i:> -.iu Dieu vivant,

V »;.' /s:;.::-^. .::> •••:[l:oi> .'j i.:"i> >e \:\^v\v.: à ta fcis, et I.VS :;s >.v\ ,.;:c^,:r>, :; vs .;.i::< ::i: luOiU;: sc:::::-o:::, s'ecrîèrent

Le mouvement fut bientôt général, etse répandit dans la plus grande partie de TEurope. Cette terre d*Orient, pleine de mer- Teilles, ces riches royaumes d*Asie promis aux fidèles attiraient tout le monde. Le chevalier, avide de gloire et d'aventures, quittait son donjon pour aller s'illustrer par de grands coups d*épée contre les infidèles ; le serf, accablé par la misère, saisissait avec empressement l'occasion d'échapper à son malheureux sort : l'ébranlement gagnait les provinces les plus éloignées.

Un nombre immense de Flamands suivirent Pierre l'Ermite, qui devança les autres croisés, et entreprit de conduire une multitude indisciplinée jusqu'en Palestine. Plus de quatre cent mille hommes s'étaient réunis h sa voix, entraînant avec eux des femmes et des enfants. Après des fatigues inouïes et des périls extrêmes, ils n'étaient plus que trente mille en arrivant à Constantinople. Pierre n'avait ni le sangfroid, ni la prudence qui convient à un chef d'armée; faible et plein d'indécision devant le danger, il finit par abandonner ses compagnons, qui Airent exterminés par les Turcs dans les environs de Nicée. Cette malheureuse expédition, qui ne pouvait aboutir qu'à un désastre, annonçait des orages plus terribles : la vraie force militaire européenne, la chevalerie, se rassemblait de toutes pans. Parmi les hommes d'armes de tant de contrées, tous animés du désir de signaler leur vaillance, il était réservé à un prince belge de jouer le plus noble rôle, sur le champ de bataille comme au conseil, et de donner un nom h la glorieuse épopée de ces temps héroïques. Godefroid, le guerrier chrétien itl^Jéi^usakm délivrée, naquit à Baizy, dans le Brabant (i). Il était fils d'Eustache II, comte de Boulogne et de Lens, et dlde, ûUe de Godefroid IV, duc de Basse Lotharingie; du côté de sa mère, il descendait de Charlemagne. Après avoir fait ses premières armes contre le comte de Namur et l'évéque de Verdun, il s'était distingué au service de l'empereur Henri IV, avait pris Komesous le pontificat de Grégoire VII, et battu les Saxons qui

(1| A. Thymo; Mirœi, Chran, belg.; Paquol, Mém. lit. II, III, p. 1 ; Pislorius, ^H^nm chrtm. 6ely.;Michaud, Hisl. des croisades, lom. I. Voy. aussi un article ^1- A. Henné, dans le Trésarnational, tom. I, 1" série, p. i49.

■m. WB comiBci, t. i. 9

154 HISTOIRE DU COMUERCE

voulait élever au trône Raoul, duc de Souabe. II avait été investi de bonne heure de la seigneurie de Bouillon, des comtés d'Ardenne, de Verdun et de Metz, puis avait obtenu le marquisat d'Anvers, et, en 1093, était devenu duc de Basse Lotharingie.

Aux premiers bruits de guerre , il résolut de consacrer son épée h la délivrance du Saint-Sépulcre. Afin de se procurer les ressources nécessaires à une telle expédition, il engagea une partie de ses domaines, vendit la principauté de Stenay à révoque de Verdun, et la terre de Bouillon à celui de Liège. Beaucoup de Belges suivirent son exemple. On comptait parmi eux Baudouin de Hainaut, Henri et Godefroid d*Assche, Wemer de Grez, Adalbert de Luxembourg, Baudouin de Bruxelles, Albon de Rodenbourg, Baudouin de Mons, Conon de Tournay, Daniel de Termonde, Gilborde de Forêt et une foule d'autres barons, illustres par leur naissance et leur réputation militaire.

Robert II , comte de Flandre , se mit h la tête des Frisons et des Flamands; il amenait avec lui Philippe, comte dTpres, les sires de Commines, de Wavrain, de Nevel, de Sotteghem, d'Haveskerke, de Kncsselaere, de Maldeghem et de nombreux hommes d'armes. Cinq cents cavaliers, envoyés par Robert le Frison à Tempereur Alexis, l'avaient déjà précédé à Constantin nople.

Nous ne suivrons pas les Croisés dans leur pénible marche à travers la Hongrie et la Bulgarie ; nous passerons rapidement sur leurs démêlés avec les Grecs, leurs souffrances après la bataille de Dorylée et leur séjour h Antiochette : nous avons hâte d'arriver îx l'un des épisodes de cette grande lutte, oii la marine flamande nous apparaît de nouveau, et cette fois sur les côtes de l'Asie Mineure.

L'armée chrétienne se trouvait encore dans les environs d'Antiochette, lorsque ses chefs résolurent d'envoyer quelques détachements dans l'intérieur du pays, soit pour protéger les chrétiens indigènes, soit pour en obtenir des vivres et des secours. Baudouin, frère de Godefroid, fut chargé de prendre le commandement d'une troupe de guerriers flamands, tandis que Tancrède, qui devait s'entendre avec lui, se plaçait à la tête des soldats italiens. De vifs débats éclatèrent malheureusement

entre eux, au sujet de la prise de possession de la ville de Tarse, en Cilicie, réclamée par tous deux. Baudouin finit cependant par s y installer, et il venait de soutenir un combat contre les Turcs, retranchés dans quelques forts, lorsque ses compagnons aperçurent une flotte qui cinglait h pleines voiles vers le rivage.

Les Flamands, inquiets et troublés, accoururent au port, croyant avoir affaire à des infidèles. Les vaisseaux s'approchaient rapidement ; leurs mâts étaient très élevés, et leurs équipages paraissaient nombreux et bien armés. On se hèle de part et d*autre, et bientôt les soldats de Baudouin reconnaissent avec joie des compatriotes. C'étaient quelques hardis corsaires, frisons, anversois et flamands, qui, ayant pour chefs Siger de Bruges, Gérard de Courtrai et Winkmar de Boulogne, croisaient depuis près de huit ans sur les côtes d'Afrique et de Syrie (1). As débarquèrent quatre cents des leurs au pied des remparts, prirent tous la croix , et firent le serment de partager la gloire et les travaux de la guerre sainte. Ils entreprirent en effet, en 1097, le siège de Laodicée, et, s'en étant emparés, pillèrent œtte ville et massacrèrent ses habitants. Attaqués par les Grecs et les Turcopoles , ils résistèrent longtemps à des forces supérieures, mais enfin l'un de leurs chefs, Winkmar, fut fait prisonnier et chargé de fers. Il ne recouvra la liberté que par Fintercession de Godefroid de Bouillon , qui le réclama auprès de l'empereur grec.

Durant cette fiévreuse époque, les événements se succédaient avec rapidité. Baudouin et Tancrède, après s'être réconciliés, luttèrent d'énergie afin d'effacer, par de brillants succès, la Daauvaise impression produite par leur désaccord : Tancrède emporta l'une après l'autre les places fortes de la Cilicie, qu'on 8e crut en droit de ne pas remettre aux Grecs, infidèles à leurs engagements; Baudouin, suivi d'un petit nombre de guerriers, franchit la chaîne du Taurus, parcourut la Comagène, et, pas-

(1) Albert d'Aix, lib. UI; Michaud, Hist. des croisades, lom. I, Uv. Il ; Van *»rieUnii2cn, Notice $ur la navigation dans les temps les plus reculés , dans les àuala de tkcai. d'archéol. de Belgique, tom. VI, p. 457 ; de Sainl-Genois, ïWmn Mges, lom. I, p. 17.

:}ant TEuphrale, entra dans Edesse, sur Tinvitation des chrétiens du pays, qui se soulevèrent contre les Turcs. Godeflroîd de Bouillon, vers le même temps, assiégeait Antioche, qui ftil défendue avec le plus grand acharnement. La famine et les maladies firent de terribles ravages parmi les croisés, qui ne pénétrèrent dans la ville qu'en juin 1098, pour s'y voir bientôl attaqués par Timmense armée de Kerbogha, sultan de Moussoul (1). Délivrés de cette position dangereuse, les guerrien francs arrivèrent enfin devant Jérusalem, le 7 juin 1099, et campèrent sur les collines d'Emmaûs. I^ ville saime fût prise le 15 juillet suivant (â), après un aflreux massacre, durant lequel plus de dix mille musulmans furent passés au fil de répée. Un témoin oculaire, l'abbé de Saint-Remi, avoue qae (c l'on ne pouvait voir sans horreur cette foule de morts , 068 « milliers de membres épars jonchant la terre de tous côtés, c( ces flots de sang inondant la surface du sol ! » Ainsi se terminait le premier acte de ce grand drame, qui de\'ait se prolonger durant plusieurs siècles', et faire périr, en l'honneur d'un Dieu de paix, d'innombrables victimes.

La semaine suivante, les vainqueurs s'occupèrent de Torganisation du « nouveau royaume d'Israël » en lui donnant un défenseur. Tous les sulTrages se réunirent sur GodefVoid de Bouillon, qui, refusant la couronne, se contenta du titre d'amwtf du Saint-Sépulcre. Ce prince, qui se souvenait des libres tisages de sa patrie, voulut « que ses homes et son peuble, et toutes (( manières de gens allans et venans et demorans el dit royaume, ce fussent gardés et governés, tenus et maintenus et menés à « justice, h droit et à raison. » D'après le conseil d'un de ses compatriotes, Evermard de Coyecqucs, il réunit une assemblée « de sages homes h enquerre et à savoir des gens de diverses « terres qui là estoicnt, les coustumes de lor terres. » Ces commissaires remirent par écrit leur travail au duc, qui enforms

(1) Voy. sur la prise d'Anlioclic, Albert d'Aix, lib. IV. 11 existe au Mu$ée hrit., MS., 18,^90, addit., une chronique manuscrite de Jean d'Bnghien qui renferme un curieux récit de ce siège.

il) Deux Tournaisiens, Ludolphe el Ingelberl, y pénétrèrent les premiers. Voy. de Via Ilierosolymis et un MS. de la bibl. de Tournai, le liber Sancti Martini Toina enffis^ écrit en 1116.

les « Assises du Royaume de Jérusalem. » Ces dispositions législatives se divisent en deux parties, dont la première, appelée Assise de la cour des barons^ se rapporte entièrement à la féodalité et au droit des nobles (1); la seconde, plus intéressante, particulièrement au point de vue maritime et commercial est nommée Assise de la cour des bourgeois (2).

Le savant éditeur de la c< collection des lois maritimes antérieures au xvi'^ siècle » présente cette dernière partie des Assises comme un monument de l'ancien droit français, mais nous croyons pouvoir la revendiquer, sans faire preuve d*une injuste partialité, comme une œuvre essentiellement belge et italienne. La vie communale était encore fort peu développée en France ï cette époque, et les habitudes de la noblesse française s*accordaient mal avec les formes libérales qui caractérisent cet acte, dont la teneur et Tesprit rappellent plutôt celle de nos plus anciennes chartes (3). Comme nous venons de le dire, d'ailleurs, c'est un Belge qui eu ordonna la confection, et Ton sait qu'un grand nombre des croisés qui fondèrent le royaume de Jérusalem étaient de cette nation. Il est à remarquer, en oatre, ainsi qu'on peut s'en convaincre par une rapide analyse de ce code, que les règlements qu'il établit sont même, la plupart du temps, en opposition avec les anciennes coutumes françaises.

les dispositions relatives au droit maritime, contenues dans FAssise des bourgeois, sont peu nombreuses : elles concernent la compétence, les chargements à profit commun, le jet, la location des matelots et les bris et naufrages. Ainsi les chapitres XLI et XLV sont relatifs à un genre de négociation maritime introduit durant le moyen âge, et particulièrement pratiqué dans la Méditerranée, ayant pour objet de confier, à un patron, des marchandises pour les vendre à profit commun entre le

(1 ! Voir Touvrag^e du P. Labbe, Abrégé de raUiance chronologiqw de Vhistoire *«<Tée rt pro/iwif, 1651, lom. I, où l'on en trouvera une analyse.

(il Elle a été publiée en partie , par Pardessus , dans sa Collection de lois ■«ntines antérieures ou xviir $iède, tom. I« p. 276.

\))U cour des bourgeois se composait d*un bailli et de six jurés, dont Wlres> riens et deux chrétiens.

commettant et lui : I^anciea droit français ne contient pas de règles à ce sujet.

Le chapitre XLII se rapporte au jet occasionné par tempête ou autre accident : les usages maritimes de la France y sont modifiés, et les rédacteurs de l'Assise y prescrivent d'évaluer les choses jetées et conservées au prix qu elles avaient coûté» et non à celui auquel elles pouvaient être vendues. Les titres ILLID, XLIV et XVI présentent desdiflTérences non moins grandes avec les lois antérieures. Le texte original des Assises de Jérusalem, qui pourrait éclaircir bien des doutes, est malheureusement perdu, mais on en possède cependant quelques versions assez anciennes, qui paraissent avoir été fidèlement transcrites. Le succès du nouveau code prouva la sagesse de ses dispositions. Il fut introduit dans Ttle de Chypre lorsque Gui de Lusignanen obtint la souveraineté en 1192, devint la loi de l'empire latin de Coustàntinople, et passa de là en Morée, sous GeoGfroi II de Villehardouin.

Des relations suivies paraissent avoir existé entre la Belgique et la Terre-Sainte depuis l'expédition de Winkmar de Boulogne et de Siger de Bruges. Albert, chanoine de l'église d'Aix, nous rapporte que, durant le siège d'Antioche, quelques personnes de basse extraction se rendaient chaque nuit, au péril de leur vie, jusqu'au port Saint-Siméon, et qu'elles y achetaient des denrées qu'elles rapportaient ensuite dans la ville assiégée : il cite, entre autres marchandises, des fromages de Flandre, qui se vendaient, dit-il, cinq sous. Le même auteur nous apprend aussi les noms de deux braves marins anversois, Sterkholffet Bernard, qui échappèrent aux galères turques par la supériorité de leurs manœuvres. Les anciennes chroniques ont également célébré l'héroïque dévouement d'Ida, comtesse de Hainaut, qui fit le voyage d'Orient et brava tous les périls pour chercher les traces de son époux (1). Ida, après avoir parcouru l'Asie Mineure et la Syrie, ne put apprendre si son mari avait péri sur le champ de bataille, ou gémissait encore dans la captivité chez les Turcs.

La prise de Jérusalem et la victoire d'Ascalon, en couronnant

(1) Gislêherti chronica Hannoniœ.

dignement répopée chevaleresque de la première croisade, rendaient la liberté à ceux qui s'étaient dévoués à cette expédition, aussi la plupart des princes qui en faisaient partie commencèrent-ils à faire leurs préparatifs de départ. Robert, comte de Flandre, s'embarqua avec quelques-uns de ses chevaliers, emportant plusieurs reliques précieuses, entre autres un fragment de la Sainte-Croix, qui lui avait été donné après la prise de Jérusalem. Il était arrivé dans le détroit de la Manche, lorsque sa flottille fut assaillie par une tempête furieuse, qui le mit dans le plus grand danger. Les matelots, naïvement superstitieux, proposaient déjà de jeter les reliques par dessus le bord, afin d'apaiser les vagues écumantes qui bondissaient autour du navire, lorsque le comte fit vœu de déposer le fragment de la Sainte-Croix dans le premier édifice religieux qu'il pourrait visiter en Flandre. La flottille arriva à bon port, et l'église de Sainte-Walburge, à Fumes, obtint l'inestimable relique, que le prévôt Héribert vint recevoir à la tête de son clergé (1). Une aventure à peu près semblable arriva à Conon, comte de Montaigu (2), qui revenait de la Palestine avec Pierre l'Ermite et quelques bourgeois de Huy. Le comte s'engagea, ainsi que ses compagnons, à construire une église s'il échappait à la mort. Celte promesse fut accomplie, et nos voyageurs établirent un monastère à Huy, où fut enterré Pierre l'Ermite, le fougueux prédicateur de la guerre sainte.

Avant de reprendre notre récit, jetons un coup d'œil vers le passé, afin de mieux saisir l'ensemble des événements que nous venons d'examiner dans leurs détails. Des hommes de tous les rangs, quittant pour la première fois leur patrie, venaient de parcourir la plus grande partie de l'Europe, les armes à la main, se ruant vers le Midi avec l'impétuosité d'un vaste courant qui rompt tout à coup ses digues, se répand dans la plaine, et renverse tout sur son passage. Les milices de Mahomet,

(\] Gtichiedenis der Veumsche processie , door Van de Velde. Veurne, 1855,

(2) Le château de Montaigu avait donné son nom à un comté, érigé sur rOarthe. entre Marche et Laroche, et dont le chef-lieu était le village de iénicourt, situé au pied du château. Conon de Montaigu mourut au château de Dolhain ( Limbourg) le 30 avril 1105.

après avoir été refoulées dans leur marche triomphante par la vaillante épée de Charles Martel , se voyaient menacées à leur tour par les peuples du Nord, et ne savaient comment arrêter ce reflux des nations opprimées, qui les poussaient vers le désert. Une foule de barons, suivant l'exemple du duc de Bouillon, avaient vendu ou engagé leurs fiefs; d'autres s'étaient dépouillés d'une partie de leurs droits, rachetés par les habitants de leurs domaines : c'était une période de rénovation générale , durant laquelle on voit s'élever et grandir le pouvoir de l'Église, l'autorité royale et la puissance des villes.

Tandis que le haut baron, dans sa luxueuse barbarie, pro* digue son or pour aller au loin tirer le glaive, le bourgeois reprend son indépendance, se fait marchand et, en acquérant des droits de propriété, échange sa qualité de vassal contre celle de citoyen. La vie sociale, localisée pour ainsi dire après la chute de l'Empire romain, s'épanouit avec les croisades dans les cités populeuses, s'élargit à mesure que les communications internationales deviennent plus fréquentes et se modifie en entrant dans une autre phase. Bientôt les villes d'Italie se relèvent au sein des ruines et rivalisent d'industrie; des réformes économiques se préparent : le vieux monde, affaibli par Tabus de la force matérielle, se ranime aux premières manifestations de la puissance morale.

Parmi les résultats les plus immédiats des Croisades, on doit ranger l'institution des consulats, dont l'action fut si utile 9n commerce. Les princes francs accordèrent, en effet, aux villes et nations qui les aidèrent dans leurs expéditions en Syrie, la faculté de former, dans les ports conquis, des communautés marchandes régies par des fonctionnaires spéciaux, qui eh dirigeaient les affaires (1).

Si la guerre sainte augmenta les ressources des communes urbaines, en même temps que leur importance politique, elle nuisit aux progrès de l'agriculture, et causa de grands maux aux habitants des campagnes. Celles-ci se dépeuplèrent en partie, et les propriétaires fonciers, empressés de se procurer

(1) Steck, Deconsvlum in emporiis Asiœ minoris origine; F. Borel, Del*0figi%9 et des fondions des consuls. Pétcrsbourg, 1807, cbap. I.

de l'argent, pressurèrent horriblement leurs malheureux serfs. Quelques-uns d'entre eux eurent même recours au procédé expéditif de piller les villages qui ieur appartenaient, afin de se procurer plus rapidement les moyens de s'équiper pour le départ. Les monastères, durant cette époque de ferveur universelle, trouvèrent les moyens, par donation ou par achat, d'agrandir considérablement leurs domaines. Nous trouvons, par exemple, dans une charte de la comtesse Ide de Boulogne, datée de 1096, la première mention de la ville de Genappe, dont la comtesse cède les dîmes à Tabbaye d'Afnighem.

Le comte de Flandre, en rentrant dans son pays, n'y trouva point la paix. L'empereur d'Allemagne voulait maintenir sur le siège épiscopal de Cambrai un de ses favoris, du nom de Gaucher, que les chanoines de la ville avaient élu en remplacement de Gérard, successeur de Liébert, mais que le pape Urbain II avait excommunié et déposé. Profitant des troubles qai éclatèrent à ce sujet, le peuple tentait d'ériger la ville en commune et de se gouverner lui-même, lorsque Robert fut invité par Pascal II à intervenir dans la querelle. Il prit aussitôt les armes, et l'empereur jugea nécessaire de se rendre en Flandre, afin d y relever le parti allemand. Le jeune comte de Hainaut, Baudouin III, se joignit à lui, et Henri IV s'empara successivement des châteaux forts de Marcoing, de Paluel d'Inchy, de Bouchain et de l'Ecluse. Un premier accord par lequel le comte de Flandre obtenait la ville de Douai fut conclu à Liège, et converti en une paix définitive en H 08.

Robert eut aussi quelques démêlés avec le roi d'Angleterre, aa sujet du fief de trois cents marcs d'argent, qui avait déjà été une occasion de débats entre son père et Guillaume le Conquérant. Le paiement de cette rente avait été suspendu durant le s^our du comte en Palestine, et la hauteur avec laquelle il en réclama les arrérages à son retour, lui attira un refus de la part d'Henri P% dit Beauclerc, successeur de Guillaume le Roux. Robert se décida alors à traverser la Manche, et eut une entrevue avec le roi à Douvre§. On y conclut une convention par laquelle le comte de Flandre prit l'engagement d'assister le roi d'Angleterre à défendre et à conserver ses États, sauf la fidélité qu'il avait jurée au roi de France ; il devait, quarante jours

après en avoir été sommé, tenirSOO chevaliers prêts h passer dans la Grande-Bretagne, moyennant une rente annuelle de 400 marcs d'argent. En outre, les ennemis du roi ne pouvaient séjourner ea Flandre , ou y organiser des armements contre l'Angleterre (1). Les souverains britanniques tenaient avant tout à s'assurer la neutralité des Flamands en cas de lutte contre la France.

Vers l'an IHO ou HH, un affreux débordement de la mer couvrit une grande partie du littoral belge, renversa des villages entiers et rendit les terres stériles pour plusieurs années. Des milliers de personnes se trouvèrent plongées dans la plus profonde misère, et émigrèrent en foule de l'autre côté du détroit, où elles avaient déjà été précédées, dès l'an 1100, par des compatriotes (2). Le roi Henri P^ les reçut favorablement (3) et les établit dans le Northumberland, à l'embouchure de la Tweed. Leur arrivée excita un grand mécontentement parmi les habitants normands, et le roi, pour faire droit à leurs réclamations, transplanta les colons dans le sud-ouest du pays de Galles, où il leur donna des terres conquises sur les Cambriens (4). Andersen et Camden (o) nous apprennent que, de leur temps, c'est à dire à une époque assez rapprochée, ces populations différaient encore, par le langage et les habitudes, des tribus celtiques aborigènes. Leur principal établissement se trouvait dans, le Pembrokeshire, aux environs du château Martin et d'Haverfordwest (6).

(1) Rymer, Fœdera, lom. I, in inil.

(2) Andcrson, ïïist. of commerce, tora. I, p. 137. La chronique saxonne rapporte, en 110%, que des bandes de Flamands et d'autres aventuriers parconraient le pays et dévastaient les églises. #

(3) Il épousa plus tard une princesse belge, Alix de Louvain, fille du duc de Brabant.

(4) L'établ{s.sement de cette colonie dans le pays de Galles a fait Tobjet des discussions de la Cambrian archœlogical association, à Tenby, en 1851. On trouvera beaucoup de détails sur cette question dans les publications de cette société (livraison d'octobre), éditées par Pickering à Londres. Yoy. aussi les Notes and Queries; VArt de vérifier les dates, tom. llï; Malmesbnry, fol. 68, et les chroniques de ïïoveden, de Florence de Worc^ster et de Siméon de Durham.

(5) Camden, Britannia.

(6) Cette dernière ville prit ce nom après leur arrivée ; auparavant elle »e

ET DE Là marine EN BELGIQUE. 145

Cette transportation des émigrés belges se fit avec violence, et s'étendait, d'après Guillaume de Malmesbury, sur tous les Flamands du royaume, ou plutôt sur ceux qui, livrés à euxmêmes, n'avaient pu se procurer le patronage d'un seigneur. Le monument le plus durable de leur séjour dans le comté de Pembroke est la roule qui porte leur nom, le Flemingsway ; elle s'étend sur une partie considérable du pays, dut assurer leurs communications avec l'étranger et faciliter leur commerce, pour lequel, selon Giraud, ils montraient une grande habileté (1). Marins hardis et expérimentés, ils s'appliquèrent de bonne heure à étendre leurs relations, et paraissent avoir exporté plus tard, entre autres objets, les draps de laine qu'ils fabriquaient avec la même industrie que la mère patrie. Ils pouvaient d'autant plus facilement soutenir la concurrence qu'ils trouvaient la matière première de leurs tissus dans le pays. Leur habileté dans le tissage était tellement reconnue, que quelques auteurs y voyaient un don particulier de la nature (2). On ne peut douter que l'art d'apprêter et de filer la laine et le chanvre, n'ait été perfectionné en Angleterre depuis la conquête, et que cette amélioration ne soit due en grande partie aux ouvriers flamands. Nous aurons, d'ailleurs, l'occasion de revenir sur ce sujet dans . le cours de nos études, et de l'illustrer par de nouveaux faits, n est très probable que les Anglais reçurent plus tard de la même source la connaissance des procédés de confection de ces belles tapisseries, qui étaient presque des pages d'histoire, et que nos ancêtres fabriquaient avec une si grande supériorité. La littoral belge dut perdre une partie assez considérable de sa population après les désastres maritimes que nous avons rapportés, car nous retrouvons des Flamands, vers la même époque, dans plusieurs parties de TAIlemagne, et particulière-

ttommtil Dugladia et en breton Aberdangledhenj c'est à dire embouchure des ^CQi glaives, à cause de sa situation entre deux rivières.

il)Rapin de Thoyras, ann. Itlî, note de Tindal : Via Flandrensium ducit A^t«mmtto(fm monlis. Vêtus Gharta, Camb^rian Registerfor 1796, p. 126.

(S) Ckron. Gervasii, anno 1139.

(3) Mémoire de M. Gantrel sur la part que les Flamands et d'autres Belges ont V^ à la conquête d'Angleterre y etc., dans les Archives historiques, philosophiques «( ^tUraires, tom. II. Gand, 1840.

lU HISTOIRE DU COMMERCE

ment dans le Brandebourg, sur les bords de l'Elbe, où ils fondèrent une ville qu'ils nommèrent Bruges (1).

Quoi quil en soit, l'infatigable activité de ceux qui restaient répara bientôt toutes ces infortunes, et, au commencement du xn^ siècle, les étrangers continuaient à se rendre en foule à nos foires et à nos marchés. Les négociants de Francfort y apportaient des pierres précieuses (3) ; les Lombards y trouvaient un débouché assuré pour leurs candélabres, leurs coupes en argent et d'autres objets en métal précieux, tandis que les draps flamands acquéraient une réputation européenne, et se vendaient librement dans les entrepôts d'Aix<la-Chapellc et de Duisbourg. Le comte Robert, fidèle à la politique de sa maison, s'efforçait d'attirer le commerce extérieur ; nous voyons, par un acte de Tan 1108, qu'il existait dès lors un atelier de monnayage à Termonde (3). Quelques mois avant de périr sur le champ de bataille, en 1111, Robert II réunit les grands du comté, notamment les châtelains, pour s'occuper avec eux des moyens de rétablir, la sécurité publique. Le premier acte de Baudouin VII, fils et successeur de Robert, fut la confirmation solennelle de la (c paix du pays. » Les dispositions arrêtées dans l'assemblée solennelle tenue à cet effet à Arras, donneront un idée de l'état de la civilisation durant le xu^ siècle, en Belgique : « Que pera sonne, lisons-nous dans cette ordonnance, ne viole le domi- « cile d'autrui durant la nuit; que nul ne mette le feu aux (( habitations ou aux propriétés, ni ne fasse la menace de com- (c mettre un tel crime : toute contravention à ces dispositions « est punie de mort. »

« Que chacun s'abstienne de porter les armes, à moins qu'il €( ne soit bailli, châtelain, ou qu'il n'occupe quelque fonction « de cette nature auprès du prince. »

« Que les blessures et les meurtres soient compensés par la « peine du talion, à moins que la nécessité d'une juste défense

(1) Voir une curieuse anecdote, rapportée par Raepsaet, dans son Analyse historique et critiiive des droits civils, politiques et rHigieux des Bdges, p. i88, qui semblerait prouver que ces émigrations s'étendirent beaucoup plus loin.

(i) Recueil des chroniques de Flandre.

(3)Mlr.,tom.IÏÎ, p.82.

ce ue rende le crime excusable, ce que le prévenu est tenu de « prouver, par le duel judiciaire ou par l'épreuve de Teau et du <c fer ardent. »

Baudouin YII ne se borna pas à la publication de ces décrets : il tint si rigoureusement la main à l'observation de la paix jurée, qu'il obtint dans l'histoire le nom de Baudouin à la Hache (1). Ce prince régnait déjà depuis quelques années, lorsque de nouvelles inondations vinrent désoler le littoral, et ruiner de fond en comble la ville de Lombardzyde, très fréquentée jusqu'alors parles marins, qui y trouvaient un excellent mouillage. On ne peut douter que ces irruptions de la mer n'eussent été précédées d'un mouvement d'oscillation du sol, qui en fut la cause déterminante, car les chroniqueurs nous apprennent que, vers la même époque, plusieurs rivières d'Angleterre , telles que la Trent, la Medway et la Tamise étaient presque à sec (2).

Durant cet inter\'alle, Henri I" avait recommencé les hostilités contre le roi de France, qui appela le comte de Flandre à son aide. Baudouin résolut de rompre toute relation avec les Anglais et, appuyé par le duc d'Anjou, jura de s'emparer de la Normandie et de la donner à Guillaume, fils de Robert Courteheuse, qui s'était réfugié en Flandre. Il envoya donc une ambassade au roi d'Angleterre, aûn de l'engager à reconnaître les droits de Guillaume, puis, n'ayant pu l'y décider, il se mit à la tête de cinq cents chevaliers, et s'avança rapidement jusqu'à Rouen, sans rencontrer d'obstacles. Après avoir planté sa hache dans l'une des portes de cette ville, il ravagea tout le pays voisin, reçut un coup de flèche au front en faisant le siège du château d'Eu, etmourutdes suites de cette blessure, le 17 juin 1119. En lui s'éteignait la branche flamande de la descendance mas- CQliue de Baudouin Bras de Fer, illustrée par plusieurs princes réellement remarquables, dont la politique toute nationale fut rarement en désaccord avec les véritables intérêts du pays.

(1)0ii trouvera dans le Spicil. de d'Achery, tom. II, p. 895, di|rérenies anecdotes relatives à Baudouin VII, d'après lesquelles on pourra se faire une idée de sa sévère justice.

fi) WalterdeHemingburgh, fol. il, 42.

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