CHAPITRE YIII
Administration de Charles le Bon. — Troubles en Flandre. — Privilèges politiques et commerciaux accordés par Guillaume Cliton. — Avènement de Thierri d'Alsace. — Godefroid VII et Walleram de Limbourg. — Les mercenaires flamands et brabançons du roi Etienne. — Voyages de Thierri d'Alsace en Palestine. — Expédition maritime vers la Terre-Sainte. — Les Belges en Portugal. — Leurs colonies en Allemagne. — Une charte d'Henri l'Aveugle, comte de Namur. — Relations des Pays-Bas avec l'Écossc. — Les Flamands expulses d'Angleterre. — Troisième voyage de Thierri d'Alsace en Orient. — Le tonlieu de Gheersvliet. — Dernière croisade de Thierri d'Alsace. — Développement des communes. — Les corps de métiers. — Progrès de la civilisation. — Campagne contre les Hollandais. — Fondation de la ville de Damme.
Baudouin h la Hache, au moment de mourir, avait légué sa succession à Charles de Danemark , fils du roi Knut. Ce choix excita beaucoup de mécontentement, car la mère du comte défunt, ainsi que plusieurs hauts barons, désiraient faire passer le comté h Guillaume d'Ypres, enfant naturel de Philippe, frère de Robert II. Godefroid le Barbu, duc de Basse Lotharingie, qui venait de réunir la seigneurie de Louvain à ses autres possessions, soutint le prétendant par la force des armes, appuyé par Eustache de Térouane, les comtes de Hainaut, de Boulogne, de Saint-Paul et d*Hesdin. Charles vainquit successivement ses ennemis, enleva plusieurs villes à la comtesse douairière, et
finit par faire la paix avec son compétiteur, moyennant une compensation en argent et la concession de quelques fiefs (1). Le comte, bien qu'il eut été élevé à la cour de Flandre, ne paraît pas avoir réussi à se concilier l'afiTection de ses sujets, car son règne, qui commence par une révolte, se termine par une catastrophe. Une cruelle famine s'étant fait sentir dans une partie du pays, Charles donna des ordres contre les accapareurs de grains. Il fit enlever à plusieurs riches bourgeois les céréales qu'ils avaient emmagasinées, en fit vendre une partie à vil prix, et distribua le reste gratuitement aux plus nécessiteux. Parmi ceux qui souffrirent des effets de cette mesure, se trouvaient les membres les plus opulents de la famille des châtelains de Bruges, dont le chef, nommé Bertulphe, était prévôt de Saint-Donat et chancelier de Flandre. Cette famille, qui avait d'autres sujets d'animosité contre le comte, trama une conspiration contre sa vie, et Charles tomba sous leurs coups dans féglise de Saint-Douat, à Bruges, pendant qu'il faisait ses prières.
Cet assassinat fut suivi de deux épisodes remarquables dans l'histoire du pays, savoir : la vengeance tirée des coupables, et l'appel d'un successeur au comté.
Guillaume d'Ypres, à la première nouvelle de l'attentat, voulut profiter des circonstances pour faire valoir ses droits. Il plaça d'abord une forte garnison dans le château de l'Écluse, que sa femme lui avait apporté en dot; il s'empara ensuite de plusieurs villes , ordonna à tous les marchands rassemblés à la foire d'Ypres de lui jurer attachement et fidélité, et ne leur permit de se retirer qu'après qu'ils lui eussent fait hommage (2). Le parti féodal, menacé par le triomphe momentané des cha-
(1) Joh. Iperius , c. 41 , pars 2 ; Vita Caroli Boni , Gualleri , n' 10 , dans les Acte Sanetorum du mois de mars, tom. I; Oudegberst, tom. I , ch. 64. Voy. iossisar la vie de Charles le Bon un travail de Gualbert, auteur contemponin, dont il existe une traduction, publiée à Bruxelles en 1831, par 1. 0. Delepierre et J. Perneel.
{% Quelques auteurs ont cherché à prouver que Guillaume d'Ypres avait trempé dans la conspiration qui se termina si fatalement pour le comte de fl<iuire,iiiais sa culpabilité à cet égard n'est rien moins qu établie. Yoy. les <^rvations présentées à ce sujet par M. Gantrel, dans les Archives fUsto- ^H^etUuérairei, tom. II. Gand, 1840.
telains de Bruges, courut aux armes, et sollicita Taide du roi de France, Louis le Gros, qui s'empressa de répondre à cet appel. Le roi tenait surtout à écarter Guillaume d'Ypres, afin de favoriser Guillaume Cliton, fils de Robert Courteheuse. Il se mit aussitôt à la tète de ses hommes d*armes, passa la frontière, cerna les meurtriers du comte Charles dans l'église de Bruges, et les réduisit à une telle extrémité que Bertholf, Barkhard et leurs principaux complices, cherchèrent à s'échapper isolément. Ils furent pris et livrés aux supplices les plus atroces. Le reste des assiégés , au nombre de cent onze, se rendirent à discrétion, et furent précipités du haut de la tour de Saint- Donat.
Les Flamands, auxquels le roi lui-même avait reconnu le droit d'élire un souverain, consentirent à reconnaître Guillaume Cliton, mais à certaines conditions. Les bourgeois de Saint-Omer se firent accorder exemption de toute contribution levée par les ofliciers du nouveau comte sur les négociants qui faisaient le commerce avec les États soumis h l'empire (1) ; les Brugeois exigèrent l'abolition des droits de tonlieu auxquels ils avaient été soumis jusqu'alors, ainsi que celle de la perception du cens sur les habitations. Ils obtinrent, en outre, un privilège encore plus important, celui de corriger et d'améliorer leurs lois coutumières selon les circonstances. Les habitants d'Ardenbourg suivirent leur exemple , et stipulèrent également la concession de libertés nouvelles et de privilèges assez étendus. L'organisation du pays subit cependant des modifications; l'ancienne délimitation par district disparaît à l'avènement de Guillaume Cliton, pour être remplacée par la division en châlellenies, plus conforme aux idées féodales.
Guillaume d'Ypres avait commis une faute grave en ne sévissant pas immédiatement contre les assassins du dernier comte, et son imprévoyance h cet égard fournit à ses ennemis les moyens de le perdre dans l'esprit public. Une armée considérable, commandée par Louis le Gros, vint l'assiéger dans la ville
(i; Duchesne, Hist. delà mamn de Guisnes, preuves, p. 194; Warakaaolg, Hist. de Flandre, toni. H , pièce juslif., n* 1 ; Ordonnances des rois de France, t. IV, p. 447 elsuiv.
d^Tpres, et il y fut fait prisonnier par Daniel de Termonde, qui le livra au roi de France (1). Cliton, désormais tranquille possesseur de l'héritage de Charles le Bon, ne jouit pas longtemps de ses nouvelles dignités. Imbu des préjugés tout féodaux qui dominaient alors en France, il crut pouvoir fouler impunément les populations flamandes, dont il ne comprenait ni le caractère, ni le géuie. Il ne tint aucun compte des chartes qu'il avait juré de respecter, vendit les offices de judicature, introduisit de nouveaux impôts, et voulut rétablir les tonlieux (2).
Les villes de Lille et de Saint-Omer ne tardèrent pas à s'insurger, et le comte, qui voyait grandir le péril, accourut à Gand pour écouter les plaintes des bourgeois. Tous les habitants furent convoqués, et Iwan, frère de Baudouin d'Alost, fut chargé d'c^xprimer leurs griefs. « Seigneur comte, dit-il avec « fenneté, si vous aviez voulu traiter avec justice nos conci- « toyens, vos bourgeois, et nous, leurs amis, vous auriez dû « ne pas nous soumettre à d'iniques exactions et à des hosti- « lités, mais au contraire nous défendre contre nos ennemis « et nous traiter loyalement. Maintenant donc, au mépris de « la justice et de la sainteté des serments, tout ce que nous « avons juré pour vous, la remise du tonlieu, la confirmation «delà paix et des autres libertés que les habitants de ce pays « avaient obtenues de vos prédécesseurs, vous-même avez tout « enfreint, et vous avez violé votre foi et la nôtre, que nous « avions engagée solidairement avec vous. Mais comme vous « êtes notre seigneur et celui de tout le pays de Flandre, il « convient que vous agissiez avec nous d'après la raison, sans « violence ni méchanceté. Que votre cour soit tenue à Ypres, « si vous le voulez, et que là, au centre de votre comté, se « réunissent les seigneurs des deux partis et nos pairs, ainsi « que tous les plus sages d'entre le clergé et le peuple; qu'on * s'assemble en paix, sans armes, avec tranquillité et réflexion, « sans dol ni mauvaise intention, et qu'ils décident. Si vous
(t) Celte ^erre força les marchands étrangers, nommément ceux dltalie, ^ quitter la viUe d'Ypres , où ils s'étaient rendus pour y vendre des objets ^'<>r(évrerie.
(2) fieaucourt de Noortvelde, Tableau fidèle des trembles et révolutions arrivées ^^Undre, lom. I. Bruges, 1792, p. 24, 27.
■IT. DV COmBICB, T. I. 10
telains de Bruges, courut aux armes, et solliciu t' de France, Louis le Gros, qui s'empressa de rép appel. Le roi tenait surtout h écarter Guillaume de favoriser Guillaume Cliton, fils de Robert Coumit aussitôt à la tête de ses liommes d'armes, tière, cerna les meurtriers du comte Charles Bruges, et les réduisit à une telle extrémité qi kiiard et leurs principaux complices, cherchtisolément. Ils furent [iris et livrés aux supplie- Le reste des assiégés , au nombre de cent o discrétion, et furent précipités du haut d Donat.
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passaient en France et 1 i avait désigné pour sou l'empereur Henri V, qu'il (alternent de ses barons, à lier de Foulques V, comte ' yeux, qu'on apprit qu'Etienne , avait passé la mer en toute royal (1), et avait été proclamé '. Le comte de Flandre se déclara îathilde, dont il se disposa à soûle roi Etienne, auquel le trésor royal ^y appelait à lui des hommes d'armes L vigoureusement à la guerre, .aires du Brabant et de la Flandre accous les ordres du roi, qui promettait une :ats, et des seigneuries à leurs chefs. Parmi 'uvait Guillaume d'Ypres, qui, désespérant de iandre, était venu présenter son épée au nou- . , dont il obtint toute la confiance : « Les Fia- 1. Ht par troupes nombreuses en Angleterre, dit un Saxon, et s'y répandaient comme des loups affa-
VîUl, 1. IllI ; Malmesb., 1. i ; Uuntingdoo, 1. VII.
mes (1). » Us rendirent de grands services à la cause royale en Normandie, et se montraient particulièrement habiles dans le siège des places fortes. Us se seiTaient des batistes avec grand avantage, avant même que ces engins de destruction fussent connus aux Français (2). Baldwin de Revers, qui prenait les titres de comte de Devon et de lord de Plympton et de Wight, avait fait construire son château d*Exeter avec un soin extrême, et croyait pouvoir y braver l'autorité du roi Etienne. Les épaisses murailles de la forteresse ne purent tenir contre les assauts des mercenaires brabançons, qui s'en emparèrent, ainsi que de nie de Wight, et obligèrent Baldwin h quitter le royaume (3).
Durant cette période de troubles, quelques routiers étrangers, imitant les barons normands, cherchèrent à se créer une position indépendante, sans se préoccuper de leurs amis ni de leurs ennemis. Une tentative de ce genre fut faite par un aventurier de l'armée du comte de Glocester, l'un des adversaires politiques du roi Etienne. Un certain Robert, fils d'Hubert le Flamand, aidé par quelques compatriotes, quitta furtivement le camp où il se trouvait, et escalada durant la nuit le ch&teau de Devizes. La nouvelle de cet exploit étant arrivée aux oreilles du duc, ce prince envoya son fils avec bon nombre de chevaliers pour prêter main forte au Flamand. Celui-ci, qui se proposait de soumettre tout le pays, de Winton jusqu'à Londres (4), refusa de recevoir ces renforts, et chercha à s'allier au chùtelain de Merlebourg, qui s'empara de lui par trahison, et le livra à ses ennemis. Les parents et les compagnons d'armes du hardi routier restèrent cependant en possession de la forteresse de Devizes, qui ne fut rendue au roi Etienne que moyennant le payement d'une forte somme d'argent.
L'arrivée de l'impératrice Mathilde en Angleterre ranima le courage de ses partisans et augmenta la confusion qui régnait déjà dans cette contrée. Plusieurs barons normands, jaloux des étrangers dont le roi était sans cesse entouré, abandon-
(!) Gcrvas., Chron. ann. 1139.
i«) Giiin. le Breton, Philipp,, 11b. 11. (U) Uistury of Tiverlon, vol. I. p. îl. (l)Malmcsb.,fol. lU.
oèrent son parti. Ranulphe, comte de Chester et Guillaume de Roumar s'étant révoltés en H41, prirent la ville de Lincoln, devant laquelle Etienne s'avança aussitôt avec ses hommes farraes. II n'était pas encore parvenu à la réduire, lorsqu'on lui annonça l'approche du comte de Glocester, dont l'armée avait été renforcée par un grand nombre de Gallois et de Normands. Le roi, auquel on conseilla vainement la retraite, partagea ses troupes en trois corps, et confia aux Flamands et aux Bretons, commandés par Guillaume d'Ypres et Alain de Dinan, le soin de repousser les premières attaques de l'ennemi (1). L'armée galloise ne tarda pas à se présenter, les attaqua avec une violence extrême et fut mise en déroute. La cavalerie royale fît moins bonne contenance, et fut dispersée par les Normands du comte de Glocester. Le combat recommença avec une nouvelle fureur, mais cette fois Etienne eut le dessous; il résista néanmoins au milieu de ses braves piétons flamands et . anglo-saxons, fut blessé à la tête, et finit par être fait prisonnier. Gilbert de Gand, tout jeune encore, se tenait auprès de lui et partagea son sort. Robert de Glocester traita ce dernier avec beaucoup d'égards, et l'engagea même h épouser sa nièce : il connaissait l'influence de cette famille, et voulait l'attirer dans son parti (2). Quant au roi Etienne, il fut livré à l'impératrice, conduit à Bristol, mis aux fers, et accablé de mauvais traitements (3).
Guillaume d'Ypres, qui s'était réservé pour des temps meilleurs, se préparait dans la province de Kent à reprendre la lutte. Ayant rallié autour de lui les débris de l'armée royale, il tnarcha enfin au secours de l'évêque de Winchester, força l'impératrice Mathilde à prendre la fuite à son tour, et s'empara de Robert de Glocester au pont de Stonebridge, après avoir ^ncu les Écossais qui cherchaient à le dégager. Cette derrière victoire, sur laquelle les partisans du roi n'osaient plus 'îompier, rendit la liberté à ce prince, qui fut échangé contre le comte de Glocester (4), Etienne recompensa généreusement
<t)Or(léricVilal,lib.II,p. 13.
i^lSimeon Dunelm. ; Hisi. cont. per Joh. prior Uagulstald,., anno 114Î.
(3] Math. Paris, HisL Major Angliœ.
(i)On vient de voir que les Écossais intervinrent dans cette guerre, à la
les chefs flamands; Gilbert, iils de Walter fut nommé comte de Lincoln (1), et Guillaume reçut toute la province de Kent.
La réunion des aventuriers flamands et brabançons sous les étendards du roi d'Angleterre, qui semble d'abord n'être qu*un des épisodes de cette longue et sanglante guerre, préparait cependant une véritable révolution politique. C'était un premier pas vers l'établissement des armées permanentes et la séparalion de la force militaire d'avec la propriété territoriale. Les rudes compagnons de Guillaume d'Ypres combattaient à pied, serrés les uns contre les autres, armés de longues piques, terminées par un croc pour renverser le cavalier, et un fer acéré pour le percer au défaut de la cuirasse : l'infanterie, méprisée depuis la chute de l'empire romain, reprenait ses droits sur le champ de bataille. Le roi Etienne, grâce au secours de ses mercenaires, régnait en maître à Londres, mais il ne parvint pas à conserver la Normandie, où il avait à combattre les forces réunies de Geoff'roi Plantagenêt et de Thierri d'Alsace. Tout le duché passa bientôt à l'impératrice Mathilde, à l'exception du château d'Arqués, défendu par un moine flamand nommé Guillaume, et dont on ne parvint h s'emparer qu'après la mort de ce dernier, tué accidentellement par l'un des siens. Les deux l)artis, également épuisés, en vinrent enfin h un arrangement, et Etienne reconnut pour son successeur le Iils deMaihilde, Henri II Plantagenêt. Beaucoup de Belges furent licenciés au rétablissement de la paix, particulièrement les gens de pied, qui retournèrent des camps h la charrue. Quelques-uns d'entre eux parvinrent cependant h se frayer un chemin vers la fortune, parmi lesquels nous citerons le flamand Théobald, qui fonda
.suite de laqucHe leur roi, David r, fut forcé de demaudcr la paix. Ce dernier avait égalcincnl plusieurs Flamands dans son armée, parmi lesquels se trouvait un certain Jordan, vaiUant guerrier, qui avait reçu quelques domaines sur les bords de la Tweed. II existe de nombreux documents relatifs à œ personnage dans les archives anglaises. Jordan assiste comme témoin h on acte de David 1" en faveur des moines de Kelso, en 1144 (Cari. Kd$o, 8), et signe également une donation faite par la comtesse Oda aux religieux de Dumfermlin (sir Ja. Dalrymple, collect. 425). Il suivit plus tard Guniaume le Lion au siège d'Alnwick, où il fut fait prisonnier aux cOlés de ce prince. (î) Heame, Uberniger Scaccarii, vol. II, fol. 399.
cette illustre maison des Douglas, dont le nom se retrouve si souvent dans les annales de l'Angleterre et de TÉcosse (1).
La Flandre avait vu également le repos succéder aux malheurs des guerres civiles. Thierri d'Alsace était parti pour la Palestine, conduisant une troupe d'intrépides chevaliers, avec lesquels il se dirigea vers le mont Galaad, aux frontières du pays fAmmon et de Moab, où ils attaquèrent les bandes nomades qui s'y étaient retirées, dont les courses causaient beaucoup de mal aux chrétiens. Le comte prit part aussi à la conquête de Césarée et d'Arcas, et ne revint dans ses États qu'avec la résololion de recommencer bientôt son périlleux voyage (2). Après avoir déjoué les desseins de ses ennemis, qui cherchaient à fonner une coalition contre la Flandre, l'écho de la parole ardente de saint Bernard, l'infatigable missionnaire, arriva jusqu'à Thierri d'Alsace, et vint lui rappeler les promesses qu'il avait faites à Foulques d'Anjou, roi de Jérusalem. Il se mit en marche en H47, et vint rejoindre le roi de France, Louis VII, qui avait confié la régence du royaume à l'abbé Suger, et se disposait à se rendre en Orient.
Peu de temps auparavant, suivant l'exemple du célèbre abbé deClervaux, un prédicateur flamand, nommé Arnoul, avait parcouru diverses provinces de la France et de l'Allemagne en exhortant les fidèles h s'enrôler sous l'étendard de la croix. Celait un homme également remarquable par l'austérité de sa ne, par la singularité de son habillement et par sa brillante éloquence (3). Comme il ne connaissait pas d'autre langue que
(1) Chalmers attribue en cfTct une origine flamande aux Douglas , en se l»»nlsurle meilleur des témoignages, celui des chartes et des documents officiels. En effet, Arnold, abbé de Kelso, de 1147 à 1160, accorda quelques terres situées à Duglas, dans le Lanarkhire, « Theobaldo Flamalico, » à Théo- ^^ le Flamand et à ses héritiers. Comme cette donation, dit Chalmers, est l« premier titre invoqué par les Douglas pour justifier de leurs droits de propriété sur Duglasdale, celte famille ne peut nier son origine flamande sans *^ODner ses domaines. Le fils de ThéObald, nommé William, assiste ooDune témoin, entre 1170 et 1190, à une cession faite par Thomas, fils de Tankard le Flamand, aux moines d'Arbroath. Voy. aussi The peerage ofScot- ^kyiir Robert Douglas, tom. I, liv. lY, chap. 1. London, 1813.
ii] Guillaume de Tyr, p. 875.
(3}Sig. Gembl., Chron. aiann.'Uil.
le latin et le flamand, il s'était fait accompagner en France par un moine nommé Lambert, qui reproduisait ses discours en roman, seul idiome alors compris des bourgeois et des habitants de la campagne (1). Ses prédications eurent un prodigieux succès : beaucoup de gens le suivirent, et, tandis que Thierri d'Alsace se dirigeait vers la Bavière et le Danube, une flotte, commandée par le sire d'Ârscliot, se portait vers TEspagne, où naguère Robert le Frison avait été vainement chercher la gloire et la Torlune. Cet armement naval s'était rassemblé sur les bords du Rhin et du Weser, venant de Cologne et de Brème. Il longea les côtes de la Hollande et de la Flandre, où il s'accrut d'un grand nombre de vaisseaux, et se rendit ensuite en Angleterre, au port de Darmouth, afin d'y terminer ses préparatifs. Les croisés, qui avaient réunis deux cents navires, partirent enfin dans les premiers jours du mois de mai 1144, mais une tempête les sépara et SO vaisseaux à peine se retrouvèrent dans un port des Asturies. Nos pèlerins s'y arrêtèrent quelques jours, puis se dirigèrent vers la baie de la Tambre, et, la veille des fêtes de la Pentecôte, ils allèrent visiter le tombeau de saint Jacques de Compostelle. Arrivés à l'embouchure du Douro, ils y furent rejoints par un grand nombre des leurs, parmi lesquels se trouvait le commandant du contingent belge, Arnoul d'Arscliot.
Lisbonne, et toute la partie méridionale du Portugal, étaient alors occupées par les Sarrasins, qu'Alphonse I*' n'était pas parvenu à expulser du pays. Ce prince, après les avoir vaincu à la bataille d'Ourique, et s'être fait proclamer roi à la suite de cette victoire, était souvent dans la nécessité de partager ses forces, à cause de la nécessité où il se trouvait de défendre son indépendance contre les Espagnols, et de repousser les invasions des Maures. Il rechercha donc avec empressement le concours des croisés, les fit accueillir par l'évêque de Porto à leur débarquement devant celte ville, et parvint à les associer à une expédition qu'il voulait tenter contre Lisbonne. La flotte des hommes du Nord, composée encore de 180 navires, se rendit donc à l'embouchure du Tage, tandis qu'Alphonse
(1) Leglay, Hint, de Flandre, tom. I, p. 352.
s*avaQcait par terre afin d*iiivestir la place. L'armée navale concerta ses opérations avec les milices portugaises; elle ferma toute communication entre Lisbonne et la mer, et les troupes de débarquement campèrent dans la région où Ton a érigé dans la suite Féglise des Saints-Martyrs.
Durant le siège, les Flamands se placèrent h FOricnt, et les Anglais à TOccident. On avait établi sur les navires des ponts volants qui devaient s'abaisser sur les murailles, au pied desquelles on pouvait approcher sans difficulté, mais l'agitation des eaux empêcha d*en faire usage. On se vit réduit à préparer d'autres machines, et un jour que les Sarrasins avaient fait une sortie, les pèlerins flamands leur coupèrent la retraite. Le roi Alphonse et les Anglais profitèrent de ce combat pour donner Tassaut; en ce moment les Flamands accoururent pour les soutenir, et la ville fut prise, le 21 octobre H47 (1), après avoir prolongé sa résistance durant près de cinq mois. La plupart de ses défenseurs furent passés au fil de Tépée, et les Maures perdirent sans retour cette place importante, qui fut remise h Alphonse.
Alméida et d'autres villes se soumirent ensuite aux croisés. La plupart des guerriers de Flandre, enrichis par le pillage de Lisbonne, restèrent en Portugal pour combattre les infidèles, et le nom de la cité de Villa-Verde rappelle encore aujourd'hui les croix vertes portées par les croisés flamands. Ils obtinrent des lois et des privilèges particuliers (2) et contribuèrent sans doute puissamment à faire connaître leur pays sur ces plages lointaines, et à étendre ses relations commerciales.
Après cet exploit, la flotte continua son voyage, traversa le détroit de Gibraltar, et arriva jusqu'en Palestine avec des renforts, dont les chrétiens avaient grand besoin (3). L'expédition
(!) Yoy. une lettre d*Arnoul à Milon, évêque de Térouane, ap. Marlene et Dunnd, AmpUss. eoUeclio, I, p. 800.
(S)Kervyii de Leltenhove, HisL de Flandre, tom. II, p. 49. Il fallait une ipiinzaine de Jours, au xiu* siècle, pour se rendre des côtes de la Belgique en Portugal.
(3) Marchai , Notice sur les relations commerciales des Flamands avec le port iilmindrie, dans les BuUetins de l'Académie de Bruxelles, tom. XI, p. 157.
ISS HISTOIRE Dli r,OHHBRCE
de Louis VII et du comte de Flandre, entravée par la politi{| astucieuse des empereurs de Constantinople, et plus encore désaccord qui existait entre les principaux chers, s'était t minée par une campagne infructueuse contre Damas, l'i cienne capitale de la Syrie, protégée par les forces réunies < princes d'Alep et de Mossoul. Thierri d'Alsace, resté à Sata avec Arctiambaud de Bourbon, s'embarqua poiir l'Europe, rentra dans ses États en 1150.
Pendant que des Belges combattaient en Angleterre sous Gi laume d'Ypres, cl se rendaient avec Arnoul d'Arscbot jusqu Asie, les rapports de leurs compatriotes avec l'Allemagne U daicnt cbaque jour h se multiplier. Adolphe II de Schaumbi envoya des émissaires dans les Pays-Bas en H40, et détenni une foule de cultivateurs k émigrer dans le Holslein, qui a^ été dépeupli! à la suite d'une longue et sanglante guerre (1). nombreuses familles belges s'installèrent dans la ville de Ki oîi il existe encore une rue qui porte le nom de « rue flamand ftamiscke Casse (2). On les retrouve aussi dans le Meckle bourg (3), et, selon Kiister, dans le Brandenbourg.
La supériorité de leur industrie leur assurait partout excellent accueil, et c'est bien plus à cette circonstance q toute autre cause qu'il faut attribuer ces émigrations. En efl nulle part les institutions n'étaient plus libérales, à cette é| que, qu'en Belgique, oii tout se réunissait pour contribuer rapide essor de la prospérité nationale. La plupart de nos pr ces, tant au Nord qu'au Midi, avaient accordé des prîviléi fort étendus h leurs sujets. Nous avons déjà parlé des keu flamandes; nous voyons, en H32, Henri l'Aveugle, comte Namur, confirmer tous les anciens droits des habitants de F reflue. Ils étaient exempts de tonlieu dans toute sa terre, i chevauchées h l'étranger, de la main-morte, et de tout im ou exaction. Il leur était permis de recueillir du bois sec di
(I] Uelmuia , Chr. Stat.. L, c 5S; Lindctibrog, p. 13G. < PosI hoc Adolp comcs, prlun rexdllicalu vastro Zegcbprg vocavli ad Icrram Uolsatorum di lalam, de Haiidria, llollanilia, Woïlplialia, Frisia, rurales* ■
(S) IIoclic, Historisrhe UHlfnuehnng Hbn dit tàederlahdisehen Kotowia Kiederdeutschtand. liallc, 17A1, p. 1S.
(3) Bclmold, Cfer. Sbni., c. 88.
ET M LA MARINE EN BELGIQUE. if»
la forêt de Marlagne, à charge d*une redevance annuelle : ceux qui cultivaient leurs terres avec leurs propres chariots payaient i sols, tandis que les gens de métiers, tels que les drapiers, les tanneurs et les tailleurs étaient taxés à douze deniers (1).
Une grande source de richesses pour l'Ecosse, écrit Tun des meilleurs historiens de ce pays (2), fut l'arrivée, vers le xu** siècle, des marchands flamands. Le"« Firth of Forth » était fréquemment couvert de barques, montées par des marins écossais, anglais et belges, qui venaient y pécher le hareng non loin de nie de May (3). L'état des affaires dans la Grande-Bretagne, oix l'on se préparait à expulser les routiers brabançons, allait trientôt donner une nouvelle activité à ces relations.
Le roi Etienne, qui avait eu une entrevue solennelle h Douvres, en mars H53, avec Thierri d'Alsace, mourut un an après, laissant la couronne h Henri d'Anjou, premier monarque de la dynastie des Plantagenêts. L'avènement de ce prince, contre lequel les auxiliaires étrangers avaient constamment combattas, excita vivement les craintes de ces derniers, en remplissant d'espérance les représentants des anciennes familles anglo-saxonnes. L'attente ne fut pas longue, car le nouveau roi se hâta de rassembler ses conseillers, et ordonna h tous les Flamands qui ne se livraient point au négoce de quitter ses étals. Il réunit à son domaine les châteaux et les terres qui leur avaient été donnés en fief, et ordonna la destruction de toutes les forteresses qu'ils avaient fait édifier (4). Ce fut alors que Guillaume d'Ypres, devenu vieux et aveugle, revint en Flandre avec l'assentiment de Thierri d'Alsace, pour y mourir bientôt après au château de Loo, après s'être vu accablé d'injures et de malédictions par ceux là mêmes qui tremblaient jadis devant loi (5). Guillaume d'Alost, autre chef belge, fut également privé
(IjGalliot, Hist. deNamur, tom. V, p. 327. Les habitants de Namur avaient les mimes privilèges, ainsi que ceux de Jamogne.
(1) Tytler, Hi$L ofScotland, tom. II, p. 181.
[%) Voir un MS. de la bibl. du musée brit. , Bibl Cotton. Tilus a XIX, fol. 78 B ; Macpherson, Annali of commerce, tom. I, p. 325.
(4) Goillelm. Neubrig., 1. II, c. 1, 2; Chon. Norm. anno 1154 in lïist. Norm. Scrifl. anUq. Lut. Paris, 1619.
(SQ Fitz Steph, p. 18, édit. Sparke, qui rappelle « thaï insupportable bartbeo, > vioUntui Cantii incubator.
160 UISTOIRE DU COUBIERCE
de SCS possessions, qui passèrent h Etienne d*AIbennarle(l).La plupart de leurs compagnons d'armes ne retournèrent pas cependant dans leur patrie, et se retirèrent en Ecosse et dans le pays de Galles, où ils furent favorablement accueillis (2).
Deux ans après, Henri II se trouvait h Rouen, lorsque le comte de Flandre y arriva pour renouveler son alliance avec lui, et lui annoncer qu'il allait entreprendre un troisième voyage en Orient. En effet, Thierri ne tarda pas à s'embarquer, et son arrivée au port de Beyrouth rendit l'espoir aux chrétiens de Jérusalem. Thierri et le roi Baudouin, après s'être emparés des forteresses d'Harene et de Ccsarée, allèrent combattre les Sarrasins dans les principautés d'Antioche et de Tripoli. L'émir Nour- Eddin avait profité de leur éloignement pour menacer la cité sainte, quand Baudouin et Thierri parvinrent à l'atteindre dans la plaine deTibériade, et y remportèrent une éclatante victoire.
Pendant que le vieux comte s'illustrait dans le Midi, son tlls, Philippe d'Alsace, défendait avec fermeté, contre les Hollandais, les intérêts du commerce belge. Florent, comte de Hollande, avait reçu à titre de fief, de l'empereur Frédéric, le privilège de lever un droit de navigation à Gheersvliet, dans le pays dePutten, sur tous les navires qui circulaient sur la Vieille- Meuse. Florent, non content des bénéfices qu'il réalisait, augmenta arbitrairement cet impôt, et extorqua des sommes considérables aux négociants flamands, dont les rapports avec l'Allemagne et les pays du Nord ne tardèrent pas à souffrir. Gomme les Hollandais se refusaient h toute concession, Philippe d'Alsace leur déclara la guerre en 1157, et bientôt de nombreux vaisseaux, équipés dans les ports de Flandre, cinglèrent vers les bouches de la Meuse, tandis qu'une armée flamande pénétrait dans le pays de Waes. Philippe, qui s'était mis à la tête de ses troupes battit Thierri de Beveren, qui cherchait à défendre ce district, brûla son château, et après avoir vaincu ses ennemis, rentra en Flandre chargé de butin et suivi d'une multitude de captifs.
Thierri d'Alsace, que son mariage avec Sibylle d'Anjou, fille
(1) Uearne, Liber niger Scacvarii, vol. H, fol. 4àîJ.
(i) T>llcr, Hist. ofScotland, loin. H, p. 181 ; Thierry, Ilist.de la C4mquéie <V ingleterre, lom. H.
d*un roi de Jérusalem, rattachait aux chrétiens orientaux, abandonnait entièrement les soins du gouvernement à son fils. Il venait à peine de revoir la Flandre, lorsqu'il apprit la mort de Baudouin de Jérusalem, et les périls qui menaçaient le successeur de celui-ci. L'âge n'avait pas amorti son ardeur guerrière, aussi se remit-il immédiatement en route pour la Palestine, accompagné cette fois de la comtesse Sybille, et d'une multitude de pèlerins, tant de Flandre que de Lorraine. Les efforts do vaillant prince flamand ne réussirent pas cependant h relever la fortune chancelante des chrétiens; les plus intrépides d'entre les défenseurs du Saint-Sépulcre, Bohémond III, Raimond de Tripoli et Gui de Lusignan furent faits prisonniers par Nour- Bddin, et Thierri reprit tristement le chemin de ses états, laissant sa femme, Sibylle d'Anjou, dans un monastère de Béthanie, oii elle passa les dernières années de son existence dans la prière et la méditation. Le vieux comte lui-même ne devait pas survivre longtemps à tous ces désastres, et mourut h Gravelines, le 17 janvier H68, après avoir administré la Flandre I^endant près de quarante ans.
Le règne de Thierri d'Alsace, qui avait commencé durant une guerre civile, comprend une des périodes les plus remarquables de l'histoire des Belges. Imbu des traditions de l'an- ; cienne maison de Flandre, qui avaient été abandonnées par t Chartes de Danemark et Guillaume Cliton, Thierri avait favorisé de tout son pouvoir le développement des villes, aux dépens des grandes familles féodales. Il proclama la liberté flamande, aflranchit les serfs de la châtellenie de Bruges, releva la gilde proscrite, et rétablit partout l'ancien droit des peuples francs. Le principe de solidarité se substituait peu à peu au sauvage égoisme de la société barbare, rapprochait les groupes épars, et les unissait par la communauté d'origine, les sflections et les intérêts :
a Dans la gilde se trouvent douze juges élus qui ont juré que « dans leurs jugements ils ne distingueront point entre le riche « elle pauvre, celui qui est noble ou celui qui ne l'est point, « leur parent ou l'étranger. Tous ceux qui appartiennent à la « gilde ont juré également que chacun d'eux aidera son frère "■ en ce qui est utile et honnête. »
Ces associalions ofTraient de tels avantages» qu'elles furent non seulement adoptées par les bourgeois d'une même cité, mais qu'elles se subdivisèrent même de manière à représenter les diverses classes de la communauté. En elTet, les juges dont nous venons de parler, selecti judices^ choremanni^ étaient presque toujours des hommes riches et influents, tandis que les gens de métier se voyaient exclus de toutes les fonctions publiques. Ces derniers prétendirent également sauvegarder leurs intérêts, et se donnèrent des chefs ou doyens, quils chargèrent de prendre la parole au nom de tous, de vider les différends qui s'élevaient entre les membres de la corporation, et de sur\'eiller Texécution des règlements adoptés pour le bien commun. Les liens qui unissaient les gens de métier ne recurent la sanction de l'autorité qu'à une époque postérieure, mais on ne peut douter qu'il existait déjà, sous Thierri d'Alsace, une entente parfaitement établie entre les ouvriers de certaines villes manufacturières, car De Meyer nous rapporte que les tisserands de laine, les poissonniers et les bouchers se révoltèrent à Gand, en 1164, et qu'il ne fallut rien moins que l'intervention du comte pour rétablir l'ordre (1). Il est probable qu'ils avaient eu à se plaindre des échevins, auxquels la police de la cité était confiée.
Si nous passons des institutions politiques à l'examen de la situation matérielle du pays, nous avons à constater un progrès non moins sensible. Philippe d'Alsace, en faisant hommage à Frédéric Barberousse, durant la vie de son père, obtint pour les Flamands la liberté d'aller et de venir par tout le territoire de l'empire (2). Comme conséquence de ces concessions, les communications d'une ville à l'autre, à l'intérieur, tendaient rapidement à s'améliorer. Dès 1166, il existait une navigation active entre Ypres et Schipdaele, l'un des faubourgs de Bruges, par l'Ipcrleet, avec station intermédiaire à Dixmude. I^a ville d'Ypres y obtint en cette année un droit de tonlieu, sans doute en indemnité de ses dépenses pour l'amélioration de ce cours
(1) Mcyer, Ann. rerum Flandriv. ; Graniayc, Antiquitates Comit, Ftamdriœ^ (±) Dom Bouquet, Recueil des hist. de Fr., tom. XIII, p. 271.
AiD(l).L*abbé de St-Bertin accorde une charte communale à la riUede Poperinghe, en 1160; quelques années plus tard Nieu- |orts*élève à son tour au rang de cité, sur les ruines de Lom- Mzyde, et Philippe d'Alsace la met h Tabri d'un coup de main Mla disant fortifier avec soin. Les privilèges accordés aux Munanes» ainsi que les tarifs de tonlieu, nous présentent Ajk, au XII'' siècle, de curieux détails sur l'histoire du comt0ree(2).
Le Brabant , dont la prospérité avait été retardée par les perres que ses ducs étaient obligés de soutenir contre leurs fBSsaats vassaux , suivait la Flandre dans la voie de la civilifllioD. On battait monnaie à Louvain en 1150, car dans un acte il cette année il est question d'une monnaie de Louvain (3). Cette cité, qui avait obtenu les droits de ville vers la fin du ]f siècle, fut entourée de murs en 1165. L'ancienne enceinte, te il subsiste encore des restes, était construite en pierres de [ Idle, flanquée de tours nombreuses, et avait environ 3/4 de itoe de périmètre (4).
Baudouin III, comte de Hainaut, avait également profité de rnemple de ses voisins, et la ville de Mons lui dut, en 1140, un inmier agrandissement.
Tandis que Thierri d'Alsace se mourait à Gravelines, son SKcesseur terminait glorieusement une nouvelle campagne coDU^les Hollandais. Les débats au sujet du tonlieu de Gheersiliet avaient recommencé peu de temps après la quatrième I crûsade du vieux comte de Flandre , et cette fois une flotte de no navires quitta le rivage belge (5), pour aller bloquer les lorts ennemis. Les hommes d'armes de Philippe d'Alsace Aaioit soutenus par Godefroid de Louvain et par Mathieu de
(1) Warokœnig , Hist. de Flandre, toni. Il , p. 187 ; Lambin , Liste chrofioU)- * ik^ ie chartes, en flamand, p. 1.
|i) Le tarif en usage à Nieuport a été imprimé à la suite des coutumes de «OeTiUe, éditées à Gand, un vol. in-8% 1777. Voy. p. 71. (Ij Piot, Hisl. de Louoain, 1" partie, p. 111.
(i/Schayes, les PaffS-Bas avant et durant la domination romaine, tom. II, MI7.
(S) Van Griethuizen, Notice sur la navigation dans les temps reculés, dans les îmi. de Faead. ^orehM. de JMjft^, tom YI, p. i57.
Boulogne. Le comte de Hollande avait commencé le siège d'Arnsteim, qu'il pressait vivement, lorsque les milices flamandes vinrent lui présenter le combat. Après une sanglante mêlée, qui se prolongea durant sept heures, et qui coûta plus de 7,000 hommes aux Hollandais, leur comte Florent et quatre cents de ses chevaliers tombèrent au pouvoir des alliés. Florent fut conduit h Bruges et enfermé dans le couvent de Saint- Donat, d'où il ne sortit que le 1" février 1167, après avoir signé un traité fort avantageux pour la Flandre.
Le comte de Hollande renonçait à toute prétention sur le pays de Waes, et consentait à partager, avec Philippe d'Alsace et ses successeurs, la suzeraineté des îles situées entre l'Escaut et Hedenzee. Les marchands flamands étaient admis à circuler librement dans toute la Hollande, et pouvaient exiger la restitution de leurs biens, dans le cas où ils leur seraient enlevés par violence. H était défendu de les arrêter pour dettes s'ils déclaraient sous serment ne pas les avoir contractées, et leurs créanciers n'avaient d'autres ressources, dans ces circonstances, que de les poursuivre en Flandre, devant les juges ordinaires. l\ fut également convenu que le comte Florent four^ nirait mille ouvriers instruits dans l'art de construire des digues, afin qu'ils exécutassent les travaux nécessaires pour préserver la ville de Bruges et son territoire des invasions de la mer.
Les Hollandais exécutèrent fidèlement ces conventions. Des terrassiers de Zélandcne tardèrent pas à îirriver, construisirent leurs habitations à Houtsdamme, et établirent des digues qui s'étendaient de cette dernière localité à Lammens-Vliet et Hodenbourg. Ce territoire ayant été mis à l'abri des inondations, sa situation favorable y attira des colons, qui s'y virent bientôt suivis par des marchands. Il ne fallut pas plus de trois ans pour y créer une ville importante, dont le port large et spacieux devint en peu de temps le centre d'une extrême animation. Un canal assez large établit les communications de la nouvelle cité avec la ville de Bruges, et Philippe d'Alsace lui accorda d'amples privilèges, afl^ranchissant ses habitants des droits de passage et de tonlieu dans toute la Flandre.
Telle fut l'origine de la ville de Damme, dont la prospérité et
ET DE LA MAR1?IE EN BËLGIUt'E. 16$
les richesses devaient faire un jour Tenvie de toutes les nations
roisifles, et qui, après avoir été l*entrepôt de TEurope, était
màsmaée à retomber dans l*oubli , et à redescendre au rang
tuû obscur village, perdu au milieu des terres, dans les vertes
/vaines qui s*étendent au pied des dunes sablonneuses de la
mer du Nord.
aifT. 99 COWBKI, T. I. il