CHAPITRE XIII
La monarchie française au xiii« siècle. — Marie de Brabant et le poète Adenès. — Les Brabançons en Bohême. — La guerre de la vache. — Voyages de Jean I". — Les intrigues de Pierre de la Brosse. — Béfbrmes à Louvain. — Échevins et Templiers. — La gilde bruxelloise. — Agrandissement de la ville de Gand. — Persécution des Lombards. — Les rentes de la comtesse Isabeau. — Situation critique de la Flandre. — Politique imprévoyante de Gui de Dampierre. — Du système des corporations. — Démêlés avec l'empire. — Travaux publics. — Avènement de Philippe le Bel. — Bataille de Woeringen. — Le duc de Brabant, bourgeois de Ck>logne. — Hassclt au xiii<^ siècle. — Ordonnances fiscales de Philippe le Bel.
— L'étape des laines à Dordrecht. — Maladie épidémique à Liège et à Huy. — Privilèges accordés à Tabbaye des Dunes et à la ville de Rnremonde. — Règlement sur la foire de Thourout. — Normands et Gascons.
— Guerre avec la France , et ses conséquences commerciales. — Emprisonnement du comte Gui.
Tandis que les grands vassaux, ruinés par les guerres, se dépouillaient de leurs droits pour les abandonner aux Communes, la monarchie française, consolidée par les vertus de Louis IX, acquérait peu à peu cette puissante unité qui allait la rendre si formidable. Philippe III venait à peine de se faire couronner, en août 1271, qu'il recueillait le magnifique héritage des comtes de Toulouse et de Poitiers, c'est à dire le Toulousain, le Querci, le Rouergue, TAgénais, la Provence, le Poitou, l'Auvergne, TAunis, TAngoumois et la Saintonge.
Le roi Philippe, veuf d'Isabelle d'Aragon, épousa en secondes noces, en 1374, Marie, sœur de Jean, duc de Brabant. La reine* raconte Guillaume de Nangis (1), était « sage, belle, excellente,» et faisait l'ornement de la cour de France, où elle se plaisait h protéger les savants et les poètes. Parmi ces derniers on remarquait un Brabançon, Adam ou Adenès, le «roi des ménestrels, » trouvère célèbre , auquel on doit l'un des meilleurs romans de chevalerie, celui de Berte ans grans pies, et les poèmes de Cleomadès, des Enfances (TOgier et du Bueves de Comarchis (2). Le duc de Brabant, Jean r% n'aimait pas moins que sa sœur les arts et les lettres, et son règne forme l'une des .époques les plus brillantes de l'histoire de cet antique duché, dont la bannière avait flotté sur tant de champs de bataille.
Trois ans après avoir reçu l'investiture de ses États, le jeune prince, doué d'un esprit belliqueux et chevaleresque, avait commencé sa carrière militaire en envoyant des troupes brabançonnes au roi de Bohême, Ottocare Przémilas II, alors attaqué par Etienne IV, roi de Hongrie (3). Il eut ensuite quelques démolés avec l'évéque de Liège, rendit hommage, en 1273, au nouveau roi des Romains, Rodolphe de Hapsbourg, et semblait vouloir continuer l'œuvre de réforme commencée par Henri III, quand il se vit entraîné dans une misérable querelle qui coûta 1* vie à des milliers d'hommes, et occasionna la destruction d'un grand nombre de villes et de villages.
feandeHalloy, bailli du Condroz, avait fait pendre un paysan qui avait volé une vache à un bourgeois de Ciney. Ce paysan était de Jallez, village dépendant de la terre de Gosne, dont le seipeur apprit avec indignation qu'on avait fait exécuter un de ses vassaux. Il prit aussitôt les armes, et alla ravager les terres <le ceux qui avaient attenté à ses droits. Le seigneur de Falais ^pntété tué durant cette guerre privée, son fils Richard vint iaplorer la protection du duc de Brabant. Jean I" accepta
(t) fila ffttlîppt. Il en existe une traduction française dans le U' \ol. de la ^^(^on de Mémoires de M. Guizol.
(2) Voy. sur Adenès la notice de M. P. Paris, dans le tom. XX de V Histoire ^9ir$ de France.
Annal. eecUs. de Raynaldus, ad ann. 1271, XIV, p. 185 et suiv.
rhommage du barop dépossédé, marcha sur Falais, alors menacé par les habitants de Huy et du Condroz, et les força à lever le siège.
Bientôt la guerre prit plus d'extension ; les comtes de Namur et de Luxembourg joignirent leurs forces à celles des Brabançons, s'emparèrent de Waremme, enlevèrent Ciney à Tévêque de Liège, battirent les Dinantais et les poursuivirent jusqu'au pied des remparts de leur ville. On finit cependant par se flatiguer de cette longue lutte , qui avait reçu le nom de guerre de la vache à cause de son origine et la paix se fit en 1278, après une grande effusion de sang.
Quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis !a cessation des hostilités, que Jean P' se remettait déjà en campagne, accompagné de son frère Godefroid et de plusieurs seigneurs brabançons. Le roi de France, Philippe III, venait de l'appeler auprès de lui au moment de partir pour la Castille, afin d*y défendre les droits des enfants de don Fernand de la Gerda et de Blanche de France, méconnus par les Cortès, qui voulaient assurer la couronne à un prince national, don Sanche le Brave.
Au retour de cette malheureuse expédition, à la suite de laquelle le duc de Brabant fut armé chevalier, celui-ci voyagea en Allemagne, en Angleterre, en Bretagne, dans le Poitou, la Gascogne, la Champagne et la Bourgogne , et ne revint dans ses États que pour châtier le sire de Heusden, accusé par les habitants deBois-le-Duc d'avoir levé des taxes illégales sur les négociants de cette ville (1). L'état des affaires à la cour de France, où un orgueilleux favori, Pierre de la Brosse, cherchait à nuire à la reine Marie, réclamait d'ailleurs la présence du prince brabançon.
Pierre de la Brosse, chambellan du roi, jouissait depuis longtemps de toute la confiance de son maître, et craignait l'influence de la jeune épouse de Philippe III. Le dauphin, né d'un premier mariage, étant mort presque subitement, Pierre répandit le bruit que le prince avait été empoisonné , et dirigea tous
(1) A. Henné, Jean /*', dit le Victorieux, dans le Trésor national, tom. IV, p. 157.
ET DE LA MiH[NE ES BELGIQUE. Wï
les soupçons vers la reine, qu'il accusait de vouloir assurer la couronne à ses propres enTaiits. Près de deux ans s'écoulèrent sans que le crédit du favori parut diminué, mais les grands, et surtout le comle d'Artois et le duc Jean de Brabant, l'rère de Marie, ne cessèrent de travailler h la perte de l'ambitieux cliambellan, qui fut enfin arrêté, incarcéré à Vincennes et condamné au gibet. Quelques auteurs attribuent au duc de Brabant une ÎDlervenlion plus directe; ils supposent, d'après des récils que nous croyons peu authentiques , que la reine Marie en appela au duel Judiciaire contre son accusateur, et que Jean I" vint défendre en personne, les armes h la main, l'innocence de sa sœur, mais cet épisode tragique nous parait peu vraisemblable.
Jean I", tout en fréquentant les cours étrangères, ne négligeiit pas les intérêts des bonnes villes du Brabant. Les Louvantates, après avoir été longtemps soumis à un impôt fixe, avaient ncu l'autorisation de se taxer eux-mêmes, par délibération des Wievîns, toutes les fois que la nécessité semblerait l'exiger. Cette mesure, qui n'aurait eu rien de vexatoiresi les bourgeois nieot été convenablement représentés au conseil, devenait Hbilraire en présence d'un corps édievinal privilégié, dont les BHnbres n'étaient pas assujettis eux-mêmes au payement des eODiributions qu'ils étaient chargés de voter. Le duc comprit It'ily avait là matière à abus, et, pour y remédier, il stipula ^les éclievins payeraient la mallôte ainsi que leurs conci- '(çens. Les Louvanistes lui durent encore une autre réforme, va moins utile. Il abandonna ses droits de balance sur les IJÎBes, et renonça à la perception des impôts que ses prédécestturs faisaient lever à la halle au seigle. On lui attribue aussi "H règlement de police concernant les ouvriers, l'un des prenimdont il soit fait mention dans notre pays. Nous y voyons loe le salaire des journaliers ne pouvait s'élever au delà de fc deoiers, et qu'ils commençaient et finissaient leur travail îu son de la cloche. La corporation des drapiers payaient annoeltement au duc une somme de deux cents livres; deux Iwmines, nommés it cet effet par le maïeur, les échevins et les jurés, étaient chargés de la recueillir h domicile. Il se bisait alors un grand commerce de draps dans l'ancienne
t56 HISTOIRE DU COMMRRCS
cité brabançonne, d*où ces étoffes étaient expédiées à rétranger (1).
L'industrie des draps et des toiles, toujours florissante il 1 Belgique, amena la création à Louvain, en 4280, d'une espèw i de communauté religieuse, celle des ce Bogards. » Elle seooflK ' posait de laies, qui habitaient sous le même toit, s'astreignaiêil 1 à une discipline toute monacale, et gagnaient leur vie en tit* vaillant de leurs mains. Dégagés de tous soucis, sans (kmilti, ces laborieux cénobites ne tardèrent pas à faire une concurreim redoutable aux autres ouvriers, et il s'ensuivit de nombrraM. réclamations. L'autorité se vit enfin forcée d'intervenir dans b débat, en limitant le nombre des « Bogards, » qui furent obligii de supprimer la plupart de leurs métiers à tisser. Ils se maiotinrent cependant jusqu'en 1468, époque à laquelle ils seoMfondirent avec les Franciscains.
Les privilèges concédés aux couvents donnèrent lieu, dm maintes circonstances, à des démêlés commerciaux. Pour tf» citer qu'un exemple, une discussion de ce genre s'éleva, vers II fin du xiii*^ siècle entre les frères de la maison du Temple^ à Ypres, et les échevins de cette ville, au sujet des vins que foi \ vendait « h broque » c'est à dire en détail, sur le territoire d» ^ Templiers. Ce différend fut aplani par Godefroid de Vicherio, visiteur général de la milice du Temple en France et en Angleterre, qui engagea ses confrères à renoncer au débit du vin pif « broque, » sauf à continuer h le vendre en gros et par pièces.
Pour en revenir au Brabant, nous trouvons, en 1281, la première mention de la « Gilde » bruxelloise , bien que cette institution soit incontestablement plus ancienne. La « Gilde, » delt i draperie, fondée à une époque qu'il serait difficile de détermî- ^ ner, formait une corporation puissante, dont patriciens et plé- ^ béiens étaient également admis h faire partie. Ses membres!» I se livraient qu'au commerce en grand, occupation Ji laquelle oa 1 n'a attaché que dans des temps postérieurs des idées de déWH I eance; ils ne pouvaient être artisans ni détaillants, et payaient 1
(1) Les draps de Louvain furent saisis et confisqués, tant en noHandequ'ea France, à quelque temps de là ; mais Jean I" indemnisa ses sujets des pertfs qu'ils avaient subies. Voy. Piot, Hist. de Louvain, lom. 1, p. tW.
ET DE Li MàMNE EN BELGIQUE. 137
un droit d'entrée assez fort. L'importation des laines d'Angleterre ou d'Irlande, et en général de toutes les matières nécessaires à la fabrication des tissus ; l'envoi de draps ou d'autres étoffes en France, en Allemagne, en Lombardie; l'armement des vaisseaux , le change des monnaies et d'autres opérations de cette nature étaient permises aux frères de la «Giide, » sans qu'elles entraînassent, à l'égard de ceux-ci, la perte de leurs litres et de leurs droits nobiliaires. La direction suprême de ce corps était confiée à deux doyens, decani guldœ , et à huit personnes qu'on appelait tout simplement « les huit de la Gilde. » Tous les métiers qui contribuaient à la fabrication des draps étaient placés sous la surveillance de ce tribunal (1).
Bruxelles envoyait ses produits aux grandes foires de Champagne et de Brie, d'où ils se répandaient dans le reste de la France et jusqu'en Italie. Dans le règlement somptuaire de la cour du Dauphiné , il est alloué à la princesse une somme de cent florins d'or pour des vêtements en drap de Bruxelles, tandis que ses demoiselles de compagnie recevaient des draps de Louvain pour une valeur de 72 1/2 florins. Plus tard, les Bruxellois excellèrent à teindre les draps en rouge écarlate : ils possédaient déjà une halle dès le xiir siècle.
Pendant que le Brabant se couvrait d'ateliei's, les communes de Flandre continuaient à progresser. La ville de Gand, remarquable par son activité manufacturière, reçut un accroissement considérable en 1277. Ses échevins firent l'acquisition, au nom de la cité, des terrains situés entre Saint-Bavon et le Pont-Neuf (Nieuwe Brugghe), ainsi que de ceux qui s'étendent entre l'Escaut et la Nouvelle-Lys, vers Bruges. La comtesse leur céda ses droits sur ce territoire pour la somme de 4,500 livres de Flandre.
Cette princesse, qui abandonnait alors les soins du gouvernement à son fils Gui, ne fit pas toujours aussi bon usage de l'autorité, et se prêta, la même année, à l'exécution d'une mesure qui nuisit beaucoup au commerce, et posa de dangereux précédents. Le roi de France, Philippe III, n'ayant pas renoncé à son projet de détrôner don Sanche de Castille, avait besoin d'argent pour
il) Benne et Woulers, Hist, de la viUe de J^ruxeUes, tom. I, p. 49.
IB6 ^ifrlMiMfi DU COMMERCE
cîtr tà^'lut, afin de s'en procurer, de faire
ger -*. ' :>• ■•" lAïi seul jour, tous les banquiers et
>, ;e les forcer à se racheter î\ prix d'or. On lî ^ . . . [1 France qu'en Flandre, et on leur extor-
> Mitsis ou 120,000 florins d'or (environ .. . - ;oii£ Gui de Dampierre reçut sa part. A ce .^ *.i > » turent déclarés innocents , et eurent la ......L-re leurs affaires.
... j. iv.1 IV. dont le règne en Flandre réclame une étude
. . ; .ioa, en 1378, h la comtesse Isabeau, sa femme,
. WintMidale, de la ville de Tliourout, et d'une
iàiio livres à percevoir sur le tonlieu de Damme.
,, .uico, par ses lettres du 5 avril 1288, lui concéda
... .., :*n>i flu'î^ Jean de Namur, leur fils, la faculté de
,. , . :ù!oner les terres d'alluvion qui se formaient insensi- ^ , ^ .. ..u uoiier de Bruges. Cette dernière charte est curieuse,
.1- *f««onire que les ensablements qui devaient finir par ^. ui *o> t'^^^'ts commençaient déjà à acquérir quelque imporl^w >ai- los côtes (1).
, vuite (lUi succéda à sa mère Marguerite, en 1280. Son .,.i,K»HOUl au pouvoir, qui fut le signal de tant de commotions .^^îinjuos, fut marqué par un fâcheux événement, présage >4;»»>iio do Tore de malheurs et de gloire qui s'ouvrait alors <^.i la Flandre. La Halle de Bruges, bâtie en bois comme la .•uiMrt des constructions de ce temps, remplie de marchanjiM*s ol contenant en outre, trésor plus précieux, toutes les ,,V«i*los communales octroyées à la cité, devint la proie des tommes (2).
l.o comté se trouvait alors dans l'état le plus critique, car uuo révolution sociale s'y préparait lentement, et, en présence des partis hostiles qui commençaient à s'y dessiner |V\ercico de l'autorité réclamait non seulement une grande énergie, mais aussi une prudence et une discrétion dont le nouvt^jui seigneur ne paraissait point doué.
r H oxislo (1rs actes siMublables de Jean [", duc de Brabant, qui peruiettenl de rendre il la eulliire rertaines terres alhivialcs. Voy. le CodtJr iU^tiomalicus de Van lleelii.
\i) Despars, Cronyke van Brugghe.
ET DE LÀ MARmE EN BELGIQUE. S59
La classe moyenne, trop faible d'abord pour exercer aucun pouvoir, n'avait pas encore été admise à participer à Tadministralion municipale, concentrée tout entière entre les mains de quelques familles puissantes, dont les membres, élus à vie, se succédaient dans Téchevinage. Devenue plus ambitieuse à mesure qu'elle s'élevait par le travail, elle commençait à réclamer sa part d'influence, comme elle supportait déjà le poids des affaires publiques. Les mécontents, fort nombreux parmi les corps de métiers, se sentaient d'autant plus forts qu'ils s'appuyaient sur les sympathies du peuple, toujours prêt à se mêler à ces querelles.
Le comte résolut de favoriser ce mouvement, à l'aide duquel il espérait battre en brèche cette « aristocratie de clocher » dont il redoutait l'ambition. Il commença par modifier la magistrature échevinale de Gand, dont les trente-neuf membres, dépouillés de leurs privilèges, appelèrent de sa décision au roi de France, Philippe III. Ce dernier, qui ne demandait pas niieux que de se créer des partisans en Flandre, fit droit à la requête qui lui était présentée, et rétablit les « Trente-neuf » dans leurs droits et prérogatives. Gui, au lieu de chercher à se rendre populaire en s'assurant Tappui de la bourgeoisie, commit ^ors une grande faute politique, qui lui aliéna ses véritables î^liés, et lui prépara d'amères déceptions. Il voulut s'occuper lui-même de l'administration financière des villes, et se fit donner, par le roi, un mandement en vertu duquel les échevins etjurés étaient obligés de rendre compte annuellement de leur gestion.
Cette prétention, accueillie avec une extrême méfiance par tous les partis, produisit bientôt ses fruits. Une émeute éclata à Bniges,et ne fut pacifiée qu'après un combat sanglant, à la suite duquel Jean Koopman, Lambert Lam, Baudouin Pierre, Jean et I^bert Danwelt perdirent la vie dans les supplices. L'esprit de révolte, comprimé à Bruges, se ranima peu de temps après i ïpres. Les échevins de cette ville avaient rendu plusieurs ordonnances concernant les drapiers et tondeurs de laine, auxquelles ceux-ci refusaient de se soumettre. Tous les gens de Jûétier et le commun peuple prirent fait et cause pour ces deriiiers, et descendirent en armes sur la place. Le comte de
HISTOIRE OU CoM>i
. :iitle (l'une troupe de
. monde, aux magistrats
.a hîs drapiers, les tisse-
.;iie amende de 500 livres,
i- des éclievins et de leurs
io prévenir de nouvelles dis-
u division du travail entre les
.orporations furent sépares, et
. ..Iles ne pouvaient franchir.
-^a alors par les représentants des
. iiiir par triompher, et par introduire
..iii» l'organisation municipale. Il sera
^icux comprendre ce qui va suivre, de
. -^i ieiisemble de ces institutions. Clia-
.,*cii* se composait d'apprentis, de cora-
^.^ Ces derniers, qui avaient passé par les
.--^ t recevaient leur brevet qu'après avoir
^ .vits, et donné des preuves matérielles de
> .'.> sévères réprimaient les falsillcations de
liiduion formait la base du code industriel
continuer la guerre. Il résolut, arrêter comme usuriers, en un trafiquants italiens, et de les i s'empara d'eux, tant en Fr:u.
qua (50,000 livres parîsi> 1,500,000 francs) dont H.
prix, les « usuriers w f liberté de reprendre h":
Gui deDampîerro, (!
particulière, fit don.
du manoir de Win somme de mille ^ Le môme prince, également, ain-" vendre et d'ailblement au n car elle dér ruiner no?
tance sui
Le pf* avénen
pol'- ., .> corporations, envisagé au point de vue éco-
sir ..s.«ivaii d'incontestables défauts. Les maîtres, dont
p< .. > iMsiituaient un véritable monopole, avaient un
! ^c uk .1 rester aussi peu nombreux que possible, afin
v^^ vui> ^ains; ils exploitaient leurs apprentis aussi
.X ,^. ':n te pouvaient, maintenant les marchandises à
..,.»., cl s'opposaient systématiquement à tout perfec-
.. , *. A moins que la concurrence étrangère ne les forçât
.^ . .. . l 'amélioration d'un procédé de fabrication ne s'exé-
.^.iiours. i|ue par des opérations variées, et l'inventeur,
^ „ vU's règles établies, s'exposait la plupart du temps ù
\.v»^ v.iv des privilèges déjà concédés, source d'interminables
,^Mm' des corporations, vicieux dans ses rapports avec
^..;. vs*\\'c l't l'industrie, se présente sous un aspect bien
.^Viv"' »'onune institution politique et sociale. 11 contribua, il
,„ \..p. à entretenir les dissensions intestines, mais, d'un autre
'^ formidables armées d'ouvriers, unis par les
Mie Iraternité, dont les eflbrts repoussèrent
i 'liiiomi loin de nos frontières. La nation, maî-
::.*iiii\ était taujours prête au combat, soil pour
^ ijlxrtés menacées, soit pour résister à Tinvasion;
.'liait à peine de retentir que déjà la foule se rangeait
; ■ «' publique, autour de ces étendards précieux, qui lui
i hiieiit ses travaux, ses joies, ses douleurs et ses espé-
î.'î'S. K(i temps de paix, l'influence des Métiers était non
ii')iiis remarquable. Jaloux de se surpasser les uns les autres,
ilï^ élevaient alors ces belles constructions, encore admirées de
•"OS jours, dont chaque pierre reproduit un symbole, et où
l'architecte semble avoir épuisé tout son art; ils subsidiaient
l'is sculpteurs et les peintres, faisaient un musée de chacune
<ie leurs salles de réunion, et rivalisaient avec les princes en
munificence et en libéralité. On peut donc leur pardonner, en
faveur de leur patriotisme, les abus auxquels ils ont donné
lieu, d'autant plus que Tétat de la société, durant le moyen
âge, rendait de telles fautes presque inévitables.
I^ comte de Flandre venait à peine de rétablir l'ordre à Ypres <;tà Bruges, qu'il encourut l'inimitié du roi de Germanie, pour avoir négligé de lui prêter hommage. Rodolphe de Hapsbourg, Wen qu'il eut permis à ses sujets, en 1283, de fréquenter les foires de Flandre , était fort mal disposé à l'égard des Dam-
Pierre, et chercha à leur enlever les fiefs d'empire pour les %ger à Jean d'Avesnes; celui-ci n'était pas cependant en "Wure de profiter de cette donation, qui n'entraîna aucun effet en ce moment. Au milieu de tous ces troubles, les travaux poNics n'étaient pas abandonnés en Flandre. On canalisa la 'tendre, en 1285, depuis Grammont jusqu'à Alosl. Un grand nombre de petits canaux reliait les villes entre elles, et le» Gantois avaient déjà toute une flottille de bateaux sur l'Es- ^ut et sur la Lys, par lesquels ils communiquaient avec le Wrin et la Meuse. Indépendamment de ces relations commer- ^j*^ par eau avec l'Allemagne, il existait, ainsi que nous •'avons déjà fait observer, une voie de raccordement par terre eûtre Gand et l'Empire. Elle se dirigeait de Gand vers Bruxelles, ^ passait par Maestricht , Fauquemont et Juliers. Une des
>UT. DO COXKE&CE, T. L i7
iù$ HISTOIRE DU COlfMERCE
•.Jolies Je Maestricht conserve encore, de nos jours, le nom de V Puiie Je Cologne » et, non loin de cette dernière ville, on >j^aale une ^^ Porte de Bruxelles » tout h fait distincte de celle Je longi-ei^
v>uelHue temps avant Tavénement de Philippe le Bel au uOue Je Finance, le comte Gui s'était brouillé de nouveau avec Icc!^ magistrats de Gand, dont il voulait contrôler Tadministrauoa. Les ti^ute-neuf, condamnés d'abord par Philippe III, se \iivut bientôt soutenus par son successeur, qui réclama Texécuiivm du traité de Melun,et chercha à envenimer, par tous les uK>vens, le désaccord qui s'était manifesté entre le prince flaluami et ses sujets. Indépendamment des craintes que lui inspirait la politique ambiguë du monarque français. Gui avait eiK'ore d'autres sujets d'inquiétude : ses deux gendres, le duc de Brabant et le comte de Gueldre, venaient de se déclarer la guerre, et se disputaient la succession de Waleran III, duc de l^imbourg. Jean I" réclamait cette province en vertu de la cession qui lui en avait été faite pour la somme de 33,000 marcs (1) par Adolphe de Berg, héritier naturel du duché, tandis que le comte de Gueldre faisait valoir les droits qui lui avaient été conférés en vertu du testament d'Ermengarde , fille de Waleran III.
Après de longues contestations, durant lesquelles les deux partis ravagèrent impitoyablement la contrée, le duc de Brabant rencontra ses ennemis près du château de Wœringen, sur les bords du Rhin. Il avait à combattre les troupes réunies de l'archevêque de Cologne, du comte de Luxembourg, de Waleran de Fauquemont et de Renaud de Gueldre. Les vaillantes milices brabançonnes étaient accourues à la défense de leur prince, et, à côté de la grande bannière ducale, portée par le sire de Grez, on voyait flotter les drapeaux des villes de Louvain, de Bruxelles, d'Anvers, -de Tirlemont, de Malines, de Jodoigne et de Breda. La bataille s'engagea de grand matin, le 5 juin 1888, et se prolongea jusquà trois heures de l'aprèsmidi, avec un indicible acharnement. Le comte de Luxem-
(1) Yoy . Van Ueelu et le Codex diplomaticus donné par M. Willcms à la suite de cette chronique.
bourg y fut tué, après avoir lutté corps à corps avec le duc Jean, qui fut deux fois renversé de cheval, et combattit avec une intrépidité héroïque. La victoire, longtemps disputée, finit par rester à celui-ci, et Tarchevéque de Cologne ainsi que le comte de Gueidre furent faits prisonniers par les compagnons du prince. Ce dernier, en arrivant à Cologne, y fut reçu comme un libérateur. La prise et la destruction du château de Wœringen rendait la liberté au commerce, et faisait la joie des habitants de cette ville, qui décernèrent au duc de Brabant le titre de bourgeois de leur cité, et lui firent don d*une belle habitation, nommée depuis la cour de Brabant, avec droit de franchise et d'asile (1).
On n*essaya plus de contester à Jean P^ la possession du Limbourg, et cette province ne fut plus séparée du Brabant. Son futur chef-lieu, Hasselt, n'était alors qu'un simple bourg, auquel Arnoul VII, comte de Chiny et de Loos, venait d'accorder une charte de commune semblable à celle de Liège. Cette localité naissante fut entourée de murs par Arnoul VIII, en 1282, et ce prince lui donne déjà le titre de ville ou d^oppiium dans un diplôme daté de 1296 (2).
Gui de Flandre, après avoir cherché vainement à pacifier ces différends, voyait s'empirer chaque jour ses propres affaires. Toujours en lutte avec les trente-neuf, son autorité s'affaiblissait rapidement, d'autant plus que Philippe le Bel, agissant dans l'intérêt du comte Robert d'Artois, cherchait à se former un parti en Flandre en obtenant l'afifection des riches, déjà confias sous le nom de « gens du lys (leliaerts), » et qui appuyaient de toute leur influence les plans de conquête du monarque français.
Dès les premières années du règne de celui-ci, on vit paraître diverses ordonnances importantes , qui ne tendaient à rien nw)ins qu'à l'établissement d'un despotisme légal et fiscal Presque absolu. Le premier de ces décrets fut publié en 1289;
'l)CeUe résidence était située près de la cathédrale, dans la rue dite ^*tfof;8on emplacement est occupé actuellement par deux maisons portant Iwn-îiijeiîiîo.
t*)MiraBus,tom. I, p. 778.
il portail que les monnaies royales devaient être reçues dans lout le royaume, au cours légal, et que les monnaies des barons ne seraient désormais admises que dans leurs domaines, mesure qui équivalait îi la proscription de Targent étranger. Philippe le Bel espérait, en agissant ainsi, donnera la royauté une apparence extérieure de centralisation , mais il compromit les résultats de cette conception en se croyant le pouvoir de modifier Talliage des pièces d'or et d'argent. Il se contenta d'abord d'altérer la valeur des deniers parisis et des petits tournois, puis il émit bientôt de nouvelles monnaies, nommées nantais, nane-ynitois et mailles blanches. Les marchands étrangers, qui avaient l'habitude d'apporter leurs espèces en Flandre, se virent contraints de renoncer h cette pratique, etla monnaie môme du comte n'eut plus cours, parce que celle du roi, dont l'alliage était le même, offrait une valeur conventionnelle plus élevée. Le commerce du pays en souffrit profondément. Un grand nombre des nouvelles pièces mises en circulation par Philippe le Bel, furent battues en Belgique. On trouvera dans le recueil des anciennes ordonnances des rois de France plus de vingt mandements de ce roi, adressés aux officiers de l'hôtel des monnaies de Tournai. La plupart de ces mandements sont relatifs à la valeur que les oflieiers de cet hôtel pouvaient donner des matières premières qu'on leur apportait, et que le souverain fixe à plus haut prix que dans les ateliers monétaires du centre du royaume, afin d'attirer les marchands. Pour donner une idée des pertes que le commerce subissait par les variations constantes du taux auquel il fallait recevoir les monnaies loyales, nous nous contenterons de citer un fait, rapporté par un historien de Tournai. Un jour, tandis que le parisis valait trois deniers et le gros trente et un deniers en cette ville, survint une baisse qui fit tomber le gros h dix deniers et le parisis h un denier. Les détenteurs subirent donc, d'un moment à l'autre, une perte de deux tiers sur la valeur des espèces qu'ils iivaient en leur possession (1).
Philippe le Bel, par la mise en vigueur de ces ordonnances, levait en réalité une véritable taxe sur les marchands de Flan-
(!) Ponlrain, Uist. de la ville el cité de Tournai, lom. 1, p. SU.
dre. Il ne s'arrêta pas en si beau cliemin, et voulut suivre l'exemple de son prédécesseur en faisant arrêter les Lombards. L'ordre fut exécuté par les gens du roi, à l'insu du comte Gui, qui, cette fois cependaut, réclama contre cet abus d'autorité.
L'exécution successive de ces ordonnances fiscales, si contraires aux intérêts du comté, y causèrent d'autant plus de perturbation que les Flamands venaient de perdre l'élape des laines anglaises, transférée àDordrecht par les ordres du roi Edouard P'. Quelques démêlés entre celui-ci et le comte Gui avaient amené ce changement, dont les sujets britanniques souffraient également, car leur prince, dans ses lettres, avoue lui-même que « ni les ports ni les arrivages de Hollande ne sont mie si bons, ne si connus des mariniers comme ceux de Flandres (1). » La prospérité rapide de Dordrecht (2) ne manqua pas d'exaspérer ses voisins, et, quelques barons hollandais s'étant révoltés contre leur seigneur, Florent V, le comte de Flandre se hâta d'intervenir dans la querelle afin de rétablir ses affaires, et vint mettre le siège devant Middelbourg. Florent s'avança jusqu'à Bierviiet, fut fait prisonnier et ne recouvra la liberté que par l'intermédiaire du duc de Brabant.
Les populations du littoral, dont les travaux étaient entravés par toutes ces commotions politiques, n'étaient pas les seules, d'ailleurs, qui eussent à se plaindre en Belgique. Une maladie épidéraique régnait vers le même temps dans le pays de Liège, et y causait de grands ravages. « Sous l'évêque Guy, nous « apprend un des historiens de cette contrée, il fut une telle « mortalité à Liège et ^ Huy que les maisons étaient désertées « et délaissées d'habitants et les rues toutes vuides, n'y ayant « et ne se trouvant en la ville gens assez pour la cueillette et
't)KIuil,liv. H, p. 893.
'*) Pour permettre au lecteur de juger de riinporlance du commeno ** exportation des laines anglaises à celle époque, nous nous contenterons de. P^^cnter le tableau des droits prélevés sur ce genre de marchandise durant Ie.M5', 16-, 17- cl 18" années du règne d'Edouard I" :
DeH87àl«88 .... 8,690 liv. slerl 3 sh. 10 1.4 d.
De li88 à 1289 9,976 » 6 » 1 3/4 »
De m9 à 1290 19,358 » 3» 2 1/2»
fG6 HISTOIRE DU COMMERCE
« vendange des vignobles qui vindrent si tempre à maturité « que, à la St-Barthélemy, on y buvait du vin nouveau avec une « très copieuse vinée (1). » Comme on le voit par ce passage» les environs de Huy étaient couverts de vignobles au xni« siècle, et cette exploitation y avait déjà acquis une valeur réelle.
L*abbaye des Dunes, qui jouissait de diverses immunités en Angleterre, obtint, en 1290, de Rasse de Gavre , S' de Liedekerke et de Breda, l'exemption de tous droits de navigation sur TEscaut occidental (3). La ville de Ruremonde reçut également, la même année, quelques privilèges fort utiles, entre autres celui de battre monnaie, ce qui indique qu'on y tenait un marché, car la concession dont nous venons de parler est le plus sûr indice, au moyen âge, d'une certaine activité commerciale (3). La principale des foires de Flandre était encore celle de Thourout. Nous possédons une ordonnance du comte Gui de Dampierre, relative à cette foire, dont le texte présente un vif intérêt. Nous allons essayer d'en résumer, avec brièveté, les principales dispositions.
Il était défendu, huit jours avant la foire et huit jours après sa fermeture, de vendre une pièce de drap entière dans aucune ville de Flandre, ailleurs qu'à Thourout. Cette mesure avait pour but de centraliser en ce moment, autant que possible, le mouvement commercial de tout le pays, afin de fournir plus de facilités aux marchands étrangers. Il était permis cependant aux habitants d'une même ville de céder ou d'acquérir librement les étoffes manufacturées dans leur cité. Les pelleteries, les cuirs et autres avoir de poids (4) ne pouvaient s'acheter en gros ailleurs qu'à la foire. Il n'était loisible à aucun acheteur de quitter la ville de Thourout sans l'agrément de ses créanciers; s'il partait emportant avec lui les marchandises dont il avait fait l'acquisition, sans s'être soumis aux formalités exigées, il s'exposait à être arrêté comme fugitif dans toute
(1) Melarl, ilist. de la viUe de Huy, p. 162.
(2) Chron. de But, abb. des DuneSy publ. par la société d'émulation de Bruges, p. 153.
(3) La ville de Ruremonde fut entourée de murs, vers la fin du xiii' siècle, par Olhon III, duc de Gueldrc.
(4) Marchandises qui se vendent communément au poids.
rétendue du comté. Des magistrats spéciaux, les échevins de la foire, avaient la connaissance exclusive des débats qui s'y élevaient, et il leur était recommandé de les décider promptement. La protection dont jouissaient les marchands étrangers durant ces réunions s'étendait si loin, qu'on cherchait même à les soustraire aux exactions de leurs hôtes : cinq prud'hommes, appartenant aux villes de Gand, Bruges, Ypres, Lille et Douai réglaient le prix que les aubergistes pouvaient exiger de ceux qu'ils logeaient, et tout récalcitrant était puni d'une forte amende (1).
L'année 1290 s'était à peine écoulée, laissant les états belges dans un état de crise industrielle, qu'un incident imprévu fit naître de nouvelles complications. Les Anglais avaient perdu peu à peu toutes les provinces qu'ils possédaient en France, i l'exception de la Guienne, devenue le centre d'un commerce d'exportation fort considérable. Les Gascons, riches et prospères, se virent bientôt en butte à l'envie des autres peuples, particulièrement à celle des Normands, auxquels ils faisaient concurrence. Quelques hostilités avaient pris place entre eux dès avant 1276, car ils conclurent un accord à cefte époque, afin de réprimer les délits maritimes qui se commettaient de part et d'autre. En 1291 Tanimosité mutuelle était parvenue à ï^n comble , et tout annonçait une explosion prochaine. Dans ces conjonctures, il arriva que deux matelots, l'un Normand et l'autre Anglais, se prirent de querelle à Bayonne, près d'une fonlaine. Le premier perdit la vie en tombant sur son poignard qu'il tenait à la main et, sa mort étant le résultat d'un accident, les magistrats locaux ne donnèrent aucune suite à cette affaire. l*eude temps après, quelques capitaines normands, sous prétexte de venger leur compatriote, assaillirent tout à coup à Rohan-sur-Gironde quatre barques de Bayonne, les coulèrent ^ fond et massacrèrent une partie des équipages.
Le connétable de Guienne, instruit de ce qui venait de se passer, s'efforça en vain d'en prévenir les suites en faisant désavouer les auteurs de cette agression par les Normands qui se trouvaient à Bordeaux; il était déjà trop tard, et les
(IjOeos, Ui$i. de Flandre, tom. 11, p. 49.
marins des deux nations ne se rencontreront plus sans croiser le fer. A Bordeaux même plusieurs Normands périrent sous les coups de la populace, et l'un d'eux fut coupé eu quartiers au milieu de la place publique. Les Anglais et les Hollandais, que leurs relations commerciales rapprochaient des Gascons, prirent fait et cause en leur faveur, tandis que les Flamands, les Picards et les Génois, pour des raisons semblables, se rangèrent du côté des Normands. Ces derniers eurent bientôt Tavantagc, et pillèrent d'abord, dans le pertuis d'Antioche^ un navire bayonnais qui revenait cependant de Flandre, chargé de draps et d'autres marchandises. Ils croisèrent ensuite devant la tour de Villanij où ils surprirent une vingtaine de marins gascons et douze matelots irlandais, puis ils s'emparèrent devant Cherbourg d'un bâtiment appartenant au port de Ross, qui avait transporté des cuirs et des laines à Rouen.
Les Gascons usèrent de représailles, et le sénéchal qui commandait pour le roi Philippe à Périgueux intervint dans le débat, en citant devant son tribunal quelques-uns de ces derniers, et en ordonnant le séquestre provisoire de Bordeaux, d'Agen et de beaucoup d'autres villes et forteresses qu'il prétendait relever de sa sénéchaussée. Les commandants des places fortes de la Guyenne et les officiers du roi d'Angleterre ayant répondu dédaigneusement à ces injonctions, leur souverain en personne fut cité à comparaître devant le parlement, et bientôt la guerre fut déclarée entre l'Angleterre et la France.
Edouard P% alors en lutte avec les Écossais, n'obtint guère d'appui de ses prélats et de ses barons, et chercha des alliés parmi les princes belges, afin de forcer son rival à envoyer des troupes vers la frontière du Nord. Il commenta par conclure un traité commercial avec Gui de Flandre, et il fut convenu que tous les vaisseaux flamands, saisis à la suite des différends qui avaient divisé les deux liations, seraient restitués à leurs armateurs. Gui, fort satisfait de ces conditions, s'efforça de calmer l'irritation qui existait entre les marins de Flandre et ceux des Cinq-Ports, mais des violences avaient été exercées de part et d'autre et, de ce côté, la réconciliation offrait des dillicultés réelles. Une Hotte llaniande, revenant du Portugal, ayant rencontré une escadre composée de bùliments anglais et bayon-
nais, un combat s'engagea entre eux malgré la conclusion de la paix. Cet événement lut sur !e point d'occasionner une nouvelle rupture, et amena de longues négociations entre le roi d'Angleterre et le comte de Flandre (J).
Edouard I" sefforça ensuite de gagner le duc de Brabant et,
pour mieux s'assurer ses bons oflices, il lui donna sa lille en
mariage. Cette union fut fort utile aux intérêts des marebands
brabançons, qui se virent l'objet des plus grands égards en
Angleterre (2), et y obtinrent de nombreux privilèges. Le duc
de Brabant se rendit bientôt à Londres, et engagea le roi à
resserrer son alliance avec le comte Gui, en mariant le prince
de Galles à la jeune Philippine de Flandre. Edouard V' adopta
ce projet avec empressement, chargea le duc de préparer cette
n^ocialion, et lui confia une somme de 22,000 livres sterling,
destinée à payer des troupes auxiliaires, mises au 3ervice de
l'Angleterre par le comte de Savoie. Jean I" conclut plus tard
un arrangement semblable en son propre nom, et s'engagea,
moyennant un subside de 160,000 livres tournois, à envoyer
2»000 cavaliers bardés de fer contre le roi de France (3). Le
duc quitta la Grande-Bretagne dans le courant du mois de
jum 1294, escorté par trois vaisseaux belges commandos par
lean Alard, Hugo fils de Baudouin et Wautier dit Pyl.
Gui (le Dampierre apprit bientôt ce qui venait de se passer, l'évéquede Durham et le comte de Pembroke ayant été envoyés ^û ambassade solennelle auprès de lui, et les conditions du "mariage de Philippine de Flandre avec Edouard, prince de Galles, furent arrêtées à Lierre en Brabant, le 31 août 1294. Le pays entier accepta avec joie une alliance aussi favorable à ses relations, et déjà Gui se préparait à conduire sa fille en
(t) Jacob de Acris, professeur en droit et conseiUer, Pierre de Wede, de ™^K«8,el GuiHaume de Speia, de Damme, furent chargés de réiçlor celte affi^redela pari du comte de Flandre. Dans une lettre, (5crile de BiervUel el ^'^ se trouve aux archives d'Anj(Ieterre, celui-ci rejette la responsabilité ac la première agression sur les Bayonnais.
i% Cn marchand brabançon , Jean Bruers , s'étant vu enlever quelques •^^tbandises en voyageant dans le comté de Norfolk, Edouard I" s'empressade faire Justice à sa réclamation et ordonna une enquête à ce sujet. convention fut signée le 23 avril 1295. Voy. Rymer, Fœdera.
i70 HISTOIRE DU COMMERCE
Angleterre, lorsque Philippe le Bel, qui avait dissimulé jusqu'alors le vif ressentiment qu'il éprouvait, manda le comte à Paris, sous prétexte d'avoir « conseil avec lui et les autres barons de TÉtat du royaume. » Gui n*osa refuser, se rendit à l'invitation qui lui était faite, et annonça lui-même au roi l'accord qu'il venait de conclure, en protestant qu'il n'en remplirait pas moins loyalement ses devoirs féodaux envers son seigneur. Philippe écouta à peine ces observations, jeta le masque, et répondit au prince flamand en le faisant arrêter et conduire prisonnier à la tour du Louvre. Il alla même jusqu'à le menacer de le faire juger par la cour des pairs, à cause de ses rapports avec les ennemis de la France, et ne consentit à le relâcher qu'en gardant en otage la fiancée du prince d'Angleterre.
Le roi ne se borna pas à ces violences; il réclama l'exécution du traité conclu en 1235 pour la délivrance du comte Ferrand, et se déclara le gardien des franchises des villes de Gand, Bruges, Ypres, Lille et Douai, en se réservant le pouvoir d'y envoyer un délégué spécial. Ces dures conditions, dictées par un monarque aussi jaloux de son autorité que peu scrupuleux sur les moyens de la consolider, furent acceptées. Durant ce temps les biens des Anglais attachés au comte de Flandre^ avaient été saisis, et les marchands flamands avaient reçu la défense de fréquenter les foires de Champagne et de Brie.
A peine en liberté. Gui de Dampierre se trouva en présence d'un autre ennemi, dans la personne de Jean d'Avesnes, qui continuait à réclamer la Flandre impériale. Le comte ne parvenant pas à conclure un arrangement avec ce dernier, se décida à envoyer des troupes en Zélande, mais cette expédition ne fut point heureuse. Douze cents hommes d'armes flamands périrent à Baerland, le 27 octobre, et la ville de l'Écluse fut incendiée par les vainqueurs. Ceux-ci se trouvaient appuyés d'ailleurs par une flolle française (1) qui croisait sur le littoral belge sous prétexte d'en écarter les navires étrangers, tandis que les sergents royaux s'emparaient des marchandises déposées dans les cnlrepôis sous prétexte qu'elles venaient d'Angleterre.
(1) Cet le tlotle faisail parlic de rarmemcnl préparé par le roi de France contre Edouard 1". Elle comprenait 57 galères et galiote^ et if3 nefs de diverses grandeurs.
Des mumures ne tardèrent pas à s*élever de toutes parts, d'autant plus que les négociants flamands se voyaient assaillis à la fois par leurs ennemis et par leurs alliés. Aux exactions des agents de Philippe le Bel, déjà si ruineuses, s'ajoutaient les pirateries des habitants de Portsmouth, qui s'emparèrent, en iS9a, de 15 navires chargés de riches cargaisons, se dirigeant vers le port de Damme (1).
Cette situation devait enfin avoir un terme, d'autant plus que le monarque français, tout en concluant la paix avec son vassal, ne négligeait aucune occasion de lui nuire. Après avoir insisté de nouveau sur la mise en pratique des règlements concernant les monnaies, il invita son « cher et féal le comte de Flandre » à permettre aux Écossais, alors en guerre avec Edouard I*% d'amener par mer leurs laines et leurs marchandises, en payant les droits. Il espérait, en agissant ainsi, entraîner peu à peu les Flamands à rompre toute relation avec la Grande-Bretagne et, pour mieux y parvenir, il excita une foule de Belges à prendre part à l'expédition de Jean d'Harcourt et de Mathieu de Montmorency contre la ville de Douvres. Cette cité fut livrée au pillage, et les troupes de débarquement ne se retirèrent qu'après y avoir mis le feu. Mal préparé à la résistance, Gui se vit forcé de subir tous ces outrages, et dut même consentir, le 6 janvier 1296, à la levée d'une subvention de guerre dans son comté au profit de Philippe, qui lui laissa cependant la moitié de cet impôt (2). Le roi s'engagea en outre, pour indemniser les bourgeois des pertes qu'ils éprouvaient par suite de l'interruption de leur négoce avec TAngleterre , à ne P^s exiger le payement d'une amende de 95,000 livres, qu'ils baient encourue pour certaines infractions h l'ordonnance relative aux monnaies. 11 fut convenu également qu'on exclu- '^'t de toute la France les draps et les fromages étrangers, afin de favoriser ceux de Flandre.
Quelques villes, entre autres celle de Gand, profitèrent des circonstances pour se faire concéder des droits fort avanta-
il) Nie. Triveli, Annales, p. 338.
(i| Ug^agissait de la perception d'une taxe d*un cinquantième sur les biens iDeubles et immeubles. Les domaines personnels du comte, pas plus que ceux 'l^MsdieyaUers, n'y furent soumis.
geux. Dans une heure donn(;e aux habitants de cette cité, en 1296, nous voyons que personne ne pouvait vendre en détail des étoffes de laine, des grains ou tout autre marchandise, à l'exception de Thydromel et de la bière, dans un rayon de trois lieues autour de la ville. Il fut également défendu, sous des peines sévères, d'étendre les draps pour les desserrer et les équarrir sur ce même territoire, à moins de se soumettre k des conditions particulières. Le grand marché aux draps était alors à la Halle, dont la police était confiée à des magistrats spéciaux. Ces juges étaient élus tous les ans au nombre de trois, non parmi les Trente-neuf, mais entre les « bonnes gens » faisant partie de la bourgeoisie. Ils devaient être deux au moins pour siéger, faisaient usage d'un sceau qui leur était propre, et recevaient les services d'un clerc assermenté. Tous les achats en gros, ainsi que toutes les ventes de draps ou de laines qui se concluaient à la Halle même ou dans les limites de la commune, étaient enregistrés par eux; les contractants qui restaient en défaut de remplir cette formalité dans les trois jours de la livraison de la marchandise, se rendaient passibles d'une amende calculée d'après l'importance du marché. Les juges délivraient au vendeur des lettres scellées par eux exprimant la somme due, d'après laquelle se réglait leur droit d'expédition. Si l'acheteur ne satisfaisait point h ses obligations, les juges de la Halle étaient tenus, sur Tcxhibition des lettres dont nous venons de parler, de l'y forcer par tous les moyens légaux.
Cette charte contient une disposition remarquable relative aux dettes; elle ordonne que le maire, en présence de trois échevins, procédera à la consignation de la personne du débiteur insolvable entre les mains du créancier. Celui-ci était autorisé h charger le premier de pesantes chaînes de fer, mais il devait l'enfermer dans une chambre, et lui fournir non seulement de la paille et un oreiller de plumes, mais aussi du pain et de l'eau eu quantité sulïîsanie. Il lui était défendu d'empêcher les personnes charitables de chercher à améliorer la position du captif par des dons gratuits (I). On rencontre d*aîl-
ll] Dierickx, Lois ganloises, t. II, p. 301 ; id. Charterboekje, p. XYIII.
leurs la servitude pour dettes au berceau des sociétés moder-
ites. Les anciens Germains, qui avaient un sentiment si vif de
rindépendaiice personnelle, admettaient que Thommc avait le
4foit d'aliéner sa liberté (1), et ce ne fut que dans des temps
fiez rapprochés qu'on remplaça remprisonnement privé par
cduideTEtaKS).
La crise politique qui menaçait les provinces belges éclata ws la fin de l'année 1296. Le roi Edouard , qui ne voyait pas aos une indignation réelle l'injure faite par Philippe le Bel à la fiancée du prince de Galles, s'embarqua pour la Flandre, ur l'invitation du comte Gui , et arriva le 22 novembre à Gourtrai. Il eut une conférence avec ses alliés à Grammont, et Kenlôt le comte de Flandre, l'empereur Adolphe de Nassau, lD)ert, duc d'Autriche, Henri, comte de Bar, Jean, duc de Bralant, Guillaume, comte de Juliers et Jean, comte de Hollande, i^anirent étroitement dans le but de résister aux desseins anbilieux de Philippe le Bel. Le traité qui régla les relations fenres de Gui de Dampierre avec Edouard I" ne fut signé cependant que le 7 janvier de Tannée suivante, durant une Tîtite que le roi Edouard fit à Ipswich, accompagné de la dochesse de Brabant (3). Le comte soumettait ses débats avec Je comte de Hollande (4) h la médiation du roi, qui accorda de son côté des privilèges aux marchands de Flandre pour l'achat des laines dans les Iles Britanniques, les assimilant aux nations les plus favorisées et aux Anglais eux-mêmes. Il promettait de donner pleine satisfaction pour les prises faites sur les Flamands à l'occasion de la guerre, s'obligeait à fournir au comte DO subside de 300,000 tournois noirs, payables par cinquième diaque année, et convint avec lui que si le mariage du prince le Galles et de Philippine de Flandre ne pouvait avoir lieu, par
tl; Tacite, German, I, 34 ; Grirum, Deutsche Rechts alurth'dmer, p. 61i sCsoiv.
If I Voy. sur la contrainte par corps un article fort intéressant de M. F. Lau- "CBl, dans le 1. 1 des Archives hist. phil et littéraires, Gand, 1837, iu-8*.
($) MemariaU of Ipswich, fol. ^17 et suiv.
(4) Ce dernier se trouvait alors en Angleterre. Le 8 janvier là95, Waller de Imges, secréUire dudii comte, recul une certaine somme, étant à Colchesi«r, pour défrayer les dépenses de son maître.
suite des empêchements suscités par le roi de France, le prince épouserait Isabelle, la plus jeune des sœurs de Philippine.
Cette alliance était cependant peu populaire dans la Grande- Bretagne, où l'on désirait avant tout voir réprimer l'audace des Ëcossais, dont les courses dévastatrices avaient causé la ruine d'un grand nombre de propriétés. Une armée anglaise, commandée par Edouard en personne , s'était avancée jusqu'à Berwick dans le courant de Tannée 1296, et avait entrepris le siège de cette ville. Quelques Flamands, établis dans cette cité, firent preuve dans cette occasion d'une fidélité héroïque à la foi jurée. Ils avaient obtenu du roi d'Ecosse la jouissance d*une factorerie (I), appelée <( Red Hall » à charge de la dérendre contre les Anglais. Cet édifice était une véritable forteresse, solidement construite, qui servait à la fois de réunion, d'entrepôt et de magasin. Trente marchands s'y renformèrent à l'arrivée des troupes ennemies, et s'y défondirent jusqu'à la la dernière extrémité, sans vouloir accepter d'accommodement. Irrités par cette résistance obstinée , les Anglais mirent le fea à la factorerie qui, en s'écroulant, ensevelit ses braves défenseurs sous un amas de ruines (2).
(1) « Berwick cnjoyed a lucrative export of wool, wool fels and hides to Flanders ; it was by the agency of the merchants of Berwick that the produce ofRoxburgh, Jedburgh aud the adjacent counlry, ia tbese same commodities, was sbipped lo foreign countries or sold lo the flemisb company esUblished in thaï cily. » Tyller, Hist. ofScotland, t. II, p. 197.
(î) Nous avons fait d'inutiles recherches pour découvrir le nom de quelques-uns des marchands flamands établis à Berwick à cette époque. Les archives des îles Britanniques nous fournissent cependant beaucoup de détails sur rémigration flamande en Ecosse. Nous voyons qu'un certaia Adam de Flandre était prévôt de Berwick au XIIl' siècle, et Thistoire nous rapporte que la plupart des villes sur la côte orientale du pays furent colonisées par des Flamands (Stat. acco. XVI p. 517). Sous GuiUaume le Lion, la ville de Saint-André était habitée en grande partie par eux (Reiiquœ dm Andreœ, p. 167). Nous trouvons qu'un Flamand, nommé May nard, fut prévOlde Saint-André, sous David I"; Henri Bald, un orfèvre belge, s'établit à Perlh sous le règne du roi Guillaume (Chart. Sc^ni, 40) ; Swartbrand, autre Ramand, habitait également cette ville sous le même règne (Chart. Balmeri" nachy 91, 22); Baldewin, un sellier, originaire de nos provinces, se fixa à Perth,sous David \" (Chart. Saint- Andrews); Bartholomé, un Flamand, devint bourgeois d'Edimbourg sous le roi Guillaume (Chart Inchcolm, 19). Divers
Le comtp Gui se Irouvait au château de Winendale, entouré de ses fils, lorsque les sergents de Philippe le Bel s'y présentèreat, et vinrent le sommer de se rendre à Paris, aTin dejustîller sa conduite. Gui y répondit en envoyant à son tour une ambassade solennelle au roi, pour lui déclarer qu'il se tenait " quitte et délivré de toute alliance, traité, obligation, convention et pacte qui le liaient à lui , de quelque manière et pour quelque cause que ce fut. »
Tandis que le comte de Flandre faisait appel à ses alliés, Ptiilippe le Bel rassemblait une armée à Compiègne. Après avoir conféré l'ordre de chevalerie au comte d'Évreux et à quelques autres nobles, le monarque français partit k la tête de dix mille cavaliers et d'une multitude de gens de pied; il mit le siège devant Lille, leSSjuin 1297, pendant que le comte Robert d'Anois, revenu de l'Aquitaine, presque entièrement conquise sur les Anglais, entrait dans la Flandre occidentale avec un autre corps très considérable.
Ifts populations, divisées entre elles, n'opposèrent qu'une ^le résistance, et Gui ne tarda p^s à se convaincre qu'il ne lui restait qu'un moyen de salut, celui de se défendre le plus longtemps possible dans les places fortes, en attendant les secours qu'on attendait d'Allemagne et d'Angleterre. Son lils s'Était déjîi enfermé dans Lille, et des courriers furent expédiés w toute hâle ii l'empereuc Adolphe de Nassau et à Edouard I", pour leur apprendre ce qui se passait. Edouard tit mander qu'il ^il prêt h s'embarquer, mais le souverain allemand, retenu de fïuirecôté du Rhin par une guerre civile, ne put tenir ses pro-
k*iiuinx le long du rivage, a|)|iGliiï eiicure l'Umington, inari]uent encore de i<**i<iiin l'eiidroil oti nos aucElres s'arrfilËrenl. Dans les chartes du xn' au uii' slicle, nombre de personnes sont citées sous les noms de • le fleming, le tiaiag, flandrensis, (lameDsIs et namalicus • (V. les iharles el la CoUnt. de >" i Imlryniplc, til-S-G). Nons remarquons entre autres Hobcrt le FlemiriK qui iijgeall au parlement, parmi les barons, jt BriKtiam, en lâSD (Rym. fW, 11. 171 1. Beaucoup de Belges Jurèrent foi et bommageâ Edouard l'en \i%, et parmi eux sir Jobn Fleming, d'Aberdeen ; William le Flameng de Sf Ion, dans le comté d'Édimboorg ; Walter le Fleming, du Lanerkshlre ; Wil- Uam le Fleming et Patrick le Fleming de Dunbarton ; Alan le Fleming, d'Ayr ; Jmd le Fleming, de Peebles, et autres du même nom (Priune, G5I~9) etc.
Le roi d'Angleterre partit effectivement de Winclielsea (1), accompagné d'un millier d'hommes d'armes, et arriva le 27 août 1297 dans les environs de l'Écluse. Il se disposait à mettre pied à terre, lorsqu'une querelle éclata entre les marins des Cinq- Ports et ceux de Yarmouth, qui l'avaient escorté presque dans le port. Les deux partis s'attaquèrent avec fureur, en présence du souverain, et 25 vaisseaux équipés parles gens de Yarmouth furent incendiés durant l'action. Le roi fit de vains efforts pour séparer les belligérants, et trois grands navires, à bord de l'un desquels se trouvaient les trésors royaux, furent obligés de prendre le large, et ne se sauvèrent qu'avec difficulté (2).
Cet incident était d'autant plus regrettable, que les Anglais désapprouvaient généralement la guerre. Le Parlement avait récemment refusé des subsides au roi Edouard, et celui-ci avait été contraint d'y suppléer par des tailles et exactions arbitraires. On avait élevé, par ses ordres, l'impôt perçu sur la vente de chaque sac de laine, d'un demi marc h quarante sols, et tous les propriétaires de bergeries avaient reçu l'injonction d'écouler immédiatement les marchandises qu'ils avaient en magasin. Cette mesure, qui avait pour but de satisfaire les communes flamandes, fut exécutée avec tant de rigueur que, dès le 23 avril, toutes les laines saisies par les sergents du roi avaient été portées sur des embarcations et envoyées dans les ports belges. Nos industriels en avaient grand besoin, car, dit un historien, la Flandre semblait comme privée de vie depuis que ses bourgeois ne recevaient plus les toisons et les cuirs d'Oulre- Manche Le même auteur ajoute que les pêcheurs flamands se voyaient ruinés par la guerre, dont les premiers effets avaient eu pour conséquence d'encourager la piraterie (3).
(1) Durrani Coopcr, the History of Wincheli^ea, London, 1850, iii-8*, p. 81. On cite parmi ses compagnons Gauthier de Bcauchamp, GuUlaume HamUlon, Malcolm de Harley, Rodolphe de Slanforl etc., V. Rymer, Fadera. Un belge, Simon de Gand, reçut vers ce temps, l'évêché de Salisbury. Nicol. Triveif, Annales, 353.
(2) ^aval history of Enyland, lom. 1, p. âOC; Waller licmingford, Hisi.
il Edouard /, p. 140.
(3) Knyglon, lib. 111, c. 5.
ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. f77
Edouard, importuné par les plaintes de ses sujets , leur avait accordé cependant certaines compensations. Quelques trafic quants anglais, privilégiés par le duc deBrabant, s'étaient établis à Anvers, où ils se livraient au commerce. Le roi leur octroya des lettres patentes, et cette société reçut alors le nom de Confrérie de saint Thomas Becket, pour devenir plus tard cdle des marchands avçnturiers (1).
Sur ces entrefaites, la ville de Fumes avait été livrée aux flammes par les Français, qui, après s*étre emparés de Lille, se dirigèrent vers Bruges par Ingelmunster. Philippe le Bel, avec son adresse ordinaire, se présentait partout comme le protecteur des cités, le défenseur des magistrats communaux, et Tappui des riches bourgeois. La métropole commerciale de la Flandre tomba bientôt en son pouvoir, et les avant-postes français s'aventurèrent jusqu'à Damme, où ils espéraient surprendre la flotte britannique. Les Flamands et leurs alliés, voyant les ennemis occupés à élever des fortifications, les attaquèrent brusquement, reprirent la ville de Damme après un comtat meurtrier, et forcèrent les adhérents du roi à rétrograder jusqu'à Bruges. Cette cité eut été également dégagée, selon toute apparence, lorsqu'un malheureux incident vint interrompre les swcès des confédérés. Une querelle s'engagea entre eux à propos de la division du butin, et ce ne fut pas sans de grands eBbrls que leurs chefs parvinrent à rétablir l'ordre. La conduite des soldats du roi Edouard, presque tous Gallois, n'était ncn moins qu'exemplaire, et, peu de temps après cette échauffourée, leur indiscipline exaspéra à un tel point les bourgeois <te Gand, assez peu endurants de leur nature, que ceux-ci se levèrent en masse contre les étrangers, et en tuèrent plus de sept cents. Edouard lui-même, menacé par une populace irrita ne dut la vie qu'au dévouement d'un chevalier flamand, qui parvint à le soustraire au péril.
(1) Lears privUéges furent confirmés par Edouard III, Henri IV et leur^ mceeMenrs, jusqu'au roi Henri VII. Les rois Henri VIII, Edouard VI et la reine Elisabeth firent également diverses ordonnances en leur faveur, mais wm sans exciter de vives réclamations. Les marchands aventwiers jouissaient en elTet d'un véritable monopole. V. A gênerai treatese of naval trade and corn* meru, vol. 11. Cbap. III, in the Savoy, 1753, in-8*.
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Dans Tintervalle, le roi de France achevait par la diplomatie ce qu'il avait commencé par la force des armes. Il fit proposer une trêve au monarque anglais, en lui offrant secrètement la main de la princesse Marguerite, avec une dot considérable, à condition que les troupes françaises resteraient en possession de toutes les villes conquises, au moins jusqu'à la reprise de la guerre. Edouard, toujours inquiété par les Écossais, consentit à la suspension des hostilités fusqu'à Tépiphanie de 1299 et, quittant la Flandre avec tous les siens, débarqua à Sandwich , le 4 mars 1298.
Gui de Flandre, que cette campagne désastreuse avait ruiné, profita de la cessation de la lutte pour réorganiser ses États, alors si affaiblis. Il répara les remparts des places de guerre qui lui restaient encore, promulgua diverses ordonnances relatives à Vadministration publique, et fit battre monnaie à Ypres, en 1298 (1). Beaucoup de Flamands, fatigués de tant de discordes, émigraient à Tétranger, et particulièrement dans la Grande* Bretagne. Quelques habitants d'Ostende, entre autres, s*établirent dans les environs de Burnham, localité fort connue pour ses pêcheries d'huitres et y fondèrent un village auquel ils donnèrent le nom de leur cité natale (2).
Le temps fixé pour la trêve ne s'écoula que trop rapidement, et le comte se retrouva en présence de son implacable ennemi, qui envoya une nouvelle armée en Flandre, sous le commandement de Charles de Valois. L'infortuné Gui, abandonné par tous ses alliés, ne pouvait pas même compter sur le dévoue-
(1) Voy. un article de M. Lambin, Messager des sciences et des arts, t. !, p. 53, Gand, 1853. «Le comte Guy, lisons-nous dans un ancien document, prinst ses francs monnoyers , leurs femmes maismes en sa saulve-garde, et leur donna tels privilèges et franchises que les roys de France ont donné aux francs monnoyers du serrement de France, est assçavoir qu'ils seront francs et quictes de toutes gabelles et coustumes, soit pour raison de marchandise ou aultrement, ensemble de toutes servitudes , ouvrans ou non ouvrans, mar» chandans et non marchandans. Et veult qu'ils n'aycnt a rcspondre par devant aultre juge que le prevost de la monnaye, fors de trois cas seuUement, est assçavoir rapt, murdre et larchin. Et se faict ung contract avec eulx comment et par quele manière ils devront servir en ses monoyes par ses lectres de Tan 1296. » Voy. Messager d^s sciences et des arts, Gand, 1843, t I, p. 351.
(2) Voy. The people's history ofEssex, Chelnesford, n' 29, p. 453.
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ment des bonnes villes, dont il s*était aliéné la riche bourgeoisie; il prit le parti de se renfermer au château de Rupelmonde, laissant à Robert de Flandre, Théritier du comté, le soin de faire face à Forage. Robert se conduisit vaillamment et chercha à défendre Damme, mais sans y réussir. Les Brugeois s*unirent aux Français pour en faire le siège, tant ils avaient hâte de rétablir leurs communications avec la mer, si essentielles à leur commerce. Gand, le dernier refuge de Tindépendance nationale, se soumit également au vainqueur, et il ne resta plus d'autre alternative aux princes flamands que de subir la loi à leur tour. Gui de Dampierre, vieilli par Tâge et les inquiétudes, se rendit donc au camp du comte de Valois, accompagné de ses fils et d'une quarantaine de chevaliers, afin de tenter une négociation. Charles de Valois déclara que la paix était impossible, à moins que le comte ne consentit à se livrer, avec toute sa famille, à la discrétion du roi. Il lui promit cependant de le ramener en Flandre dans le délai d*un an, sa cas où Philippe le Bel se refuserait à entrer en arrangement.
Peu de temps après, dans les premiers mois de l'an 1300, le comte de Flandre, ses fils et ses vassaux étaient captifs dans les prisons royales, et le monarque français, sans tenir compte des engagements de son frère, confisquait l'antique héritage de Baudouin Bras de Fer et de Judith, pour le réunir à la couroime. Gui de Dampierre n'eut pas même la consolation de rejoindre sa fille dans la tour de Londres : la jeune captive mourut loin des siens, le cœur brisé de douleur et de regrets.