‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 20 sur 74 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Rupture avec TAngleterre et ses conséquences. — Les Awans et les Waioox* — Exploits des Flamands en Ecosse. — Commerce des Yénitiens en Bel* gîque. — Trêve entre les Flamands et les Anglais. — Louis de Neven aa Louvre. — Débats entre les Brugeois et Jean de Namur, seigneur de rÉduse. — Nouveaux troubles. — Incendie de Courtrai. — CaptÎTité dn comte. — Paix d'Arqués. — Une descente en Angleterre. ~ Réfemot politiques et commerciales dans le Brabant. — Avènement de Philippe de Valois. — Ses promesses à Louis de Nevers. — Bataille de Gaaad. -« Soumission des Flamands. — Seger Janssone. — Règlements oommereiaict d'Edouard III. — Émigration des tisserands flamands. — Les marchands de Saint-Jean d'Angély et de la Rochelle à Damme. — La dette pnUiqpie en Flandre. — Préparations de guerre.

Avant de nous occuper de Tadministration de Louis de Grédt il ne sera pas inutile de faire un retour vers le passé, et do compléter l'histoire de nos relations avec l'Angleterre, restée inachevée dans le chapitre précédent. Les déprédations maritimes continuaient encore, en 1315, sur tout le littoral, tant de la Flandre que des îles Britanniques. Nicolas le Sage, Daniel Vobrecht, Jean Brand et quelques autres négociants dTpreSt ayant envoyé un chargement de draps dans la Grande-Bretagne, se virent enlever leurs marchandises dans le port d'OrewelU malgré le sauf-conduit qui leur avait été accordé (l).Le l** septembre 1315, à la demande du roi de France, Edouard II défen-

(1) Le comte Robert réclame la restitution de ces biens, par lettre du 13 avril 1316. Voy. Rymer, /œdero.

HISTOIRE DU COMMERCE ET m LA MARIEE EN BELGIQUE. SOS

dit à tOHt Flamand qui 9'étaît mis en révolle contre l'autorité de son suzerain, de séjouvner en Angleterre. II avait même promis à Louis le Hutin l'appui d'une escadre, mais i! ne put donner suite îi ce projet, et se contenta de charger deux de ses officiers, HumphroideLittlebury et JeandeStourmey, de courir sns aux navire.s belges, et de leur faire tout le mal possible.

Les Flamands, tout en sedëfendant avec avantage, souffrirent considérablement de l'effet de cette mesure et, comme ils étaient alors à la télé du mouvement commercial, le malaise qu'ils éprouraient se communiqua à leurs voisins. Une terrible famine désolait dans le même temps la plus grande partie de ia Belgique, et y faisait de nombreuses victimes. Le prix des grains s'était élevé à un tel point, rapporte l'un des bistorieas de Toomai, que la rasière de blé se payait 60 sols en cette ville (1). Les marchands brabançons avaient encore d'autres sujets de plaintes. Jean I'' et Jean II ivaient fait des dépenses exorbitantes, et leurs dettes n'avaient point été payées. Les Brabanîops. d'après les traditions féodates, en étaientresponsables, cl Irienlôt ils ne purent se rendre à l'étranger sans s'exposer il être dépouillés. Le 10 décembre 1315, les villes de Louvain et de Bruxelles autorisèrent le comte de Hainaut à lever, en remboursement d'une somme de 3,100 livres tournois due par leur duc, deux sols sur chaque pièce de drap envoyée I«r leurs habitants aux foires de Champagne et de Brie (2). ■lesn m, qui recueillait celle succession obérée, établit en omre an droit d'entrée de quatre gros tournois sur chaque tonne d'ambre, dont il se faisait alors d'importantes expéditions Jws notre pays.

Les Li^eois se trouvaient k peine dans une situation plos GKorable, à cause de la ^erre implacable que les Awans et les Wmus se livraient entre eux. Après de longs et sanglants dioèlës, ils conclurent la paix à Fexhe, le 18 juin 1316. Les IhopJiises et les anciens usages des bonnes villes et des com-

(I) PoQtratQ, Bill. delaviUeet4efaeitfieTonnmi,tom.l,p.m. Un dtronfpnr flamaad signale le&mêraes faits : «.., wordeen weriH rofgf vrrcoehi AypMtfl ffratanif, mtowotrfan- (à Anvers} ten grootê tttrfte... •

m Saint Génois, la pairia du Hainaut, p. CCLXXY.

muaes du pays de Liège furent maintenus. Il fut convenu que les habitants seraient jugés, dans toute contestation litigieuse, par leurs échevins, sauf en cas d'homicide, dont la connaissance était réservée à Tévèque, qui avait le droit de faire mettre le feu à la maison du coupable. Les officiers épiscopaux devaient prêter serment à leur entrée en fonctions, et étaient responsables de leurs actes. En cas de dommage occasionné pareux, les intéressés s'adressaient à l'évéque, puis au Chapitre et, si réparation n'était point faite après un certain délai , l'action de la justice était suspendue dans tout le pays, jusqu'à parfait redressement. Le prince ne pouvait réformer les lois sans l'assentiment des États, qui intervenaient dans la rédaction de toutes les dispositions législatives, et votaient les impôts. La paix de Fexhe établissait , comme on le voit , des principes tout à fait constitutionnels, et consacrait la division des pouvoirs, en limitant l'action de la puissance executive.

Parmi les principaux griefs allégués par Edouard II contre les Flamands, leurs relations avec l'Ecosse, souvent vaincue et toujours insoumise, continuaient à occuper une place impor^ tante. Un amiral belge, du nom de Cryne (1), était en grande faveur auprès de Robert Bruce, l'ennemi invétéré des Anglais, et, dans les premiers mois de l'année 1315, treize vaisseaux écossais se trouvaient à l'ancre dans le port de l'Ëcluse, attendant un chargement d'armes et de vivres (2). En 1318, au momttit où les troupes royales mettaient le siège devant la ville de Berwick, souvent attaquée à cause de sa position stratégique, un Flamand, Jean Crabbe, dirigeait la défense de la ville. Cet aventurier, que de nombreux exploits maritimes avait déjà rendu fameux de l'autre côté de la Manche (3) , était Tun des meilleurs ingénieurs de son temps. Les assiégés construisirent^ sous sa direction , deux machines d'une force extraordinaire, dont le mécanisme rappelait celui des catapultes romaines, à

(1) y oy. la SciUa Ckron. dans te collect. de Leland, 1, 519.

(2) Tytler, Hist. ofScotland, tom. II, p. 201. Jean de Boletout fut chargéde les intercepter. Naval hist. ofEngland, 1, 216.

(3) Edouard II se plaignit au comte de Flandre, en 1313, des violenoes exercées par Jean Crabbe contre les Anglais. Voy. Rymer, fœdera, vol. III, p. 403.

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. cffl

l'aide desquelles on lança d'ijnormes quartiers de rochers sur les assaillants, qui ne s'emparèrent de la cité qu'après avoir subi des pertes considérables.

Le port d'Anvers, qui était loin de valoir celui de l'Écluse, dont Marino Sanuto fait une si brillante description en i320(l), commençait cependant h attirer quelques navires étrangers, que les agitations politiques écartaient des cotes de Flandre. Cinq galères vénitiennes y abordèrent en 1318, chargées d'épiceries, de drogueries et d'étoffes de soie (2). Ce n'était pas la première fois que le pavillon de Sainl-Marc flottait dans le Nord, car Venise avait ouvert, depuis quelque temps déjà, des relations commerciales avec les Belges, mais nous ne possédons pas de renseignements précis sur les commencements de ces expéditions hasardeuses (3). Balducci Pegoie'.ti, qui écrivait lu u^-* siècle, nous appreiid que la puissante république équipait chaque année trois grandes flottes, dont l'une se dirigeait lera Tana, dans la mer Noire, l'autre sur les côtes de Syrie et la troisième en Flandre. Cette dernière escadre, qui avait à parcourir le plus long trajet, ne pouvait recevoir son chargement ^'à Venise même ; elle jouissait de plus de latitude au retour

Rin voyage, et était autorisée à relâcher où ses armateurs le n compare l'Ecluse ùVeuise: «et pro parte oculis meis vidi, quod •"•iiilni Alemaniœ, in qua dictas porlus Clusiie eilslit, valde nostric mari- Haw venelle est couformis, inveniqiiffi illJus lerrœ indigenas fore fortisslnwet la annis streauos, plerosque eoruni marinarlos. allosque ad terram I fodiifinlaiQ, quorum usus salis necessarius ciislil, induslrios atque oploa el atlupecuQia abundanlcs et, quod laudabilius esl, devollonem habere per nuiimam ad negotia terrx saucla!. • |1) Guicbardin, Bdgii Deieript.

"I le GraDd Conseil, dès le xiii* siècle, permit aux Vénitiens d'eitporler ^tnx, sans payer de drolls d'entrée, des loiles de Flandre, pourvu que liiil«arde celles-ci rot équivalente â une égale quantité de marcbandises i'WgineTénitlenne.inipurtécsdans les Pays-Bas. Il était défendu de rappor- ■crterorelde l'argent monnayé; la république voulait dos marchandises, Cl le bal de celte mesure se comprend sans peine: elle tenait à avoir san.s ttee sous la main un assortiment d'objets pour le commerce du Levant, et raiiiprovifionnement de maliËres premières. En repoussant les valeurs d'or el ifirgenl pour accepter les produits manufacturés, elle devenait une sorte d*eaifepOianiverse).

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jugeaient convenable, et à prendre à bord toutes espëcéë ûé marchandises.

Du temps d'Uzzano, qui écrivait un siècle après Pegoletti, lâ flotte de Flandre appareillait du 8 au 35 avril. Chacune des galères composant le convoi devait être montée par 900 hommes libres, dont 180 rameurs et douze archers. Le total du chargement ne pouvait excéder deux cent quatre-vingt milité!^ de livres , dont cent et vingt au moins devaient consister en marchandises de menu poids, telles que drogues, épiceries, arômes et ouvrages fins. Il était défendu aux capitaines des galères de mettre à la voile, à moins qu'ils ne fussent parvenir à compléter leurs équipages. L'or, l'argent et d'autres ob|etd précieux ne s'expédiaient point hors du golfe Adriatique, sinat sur des navires armés en guerre.

Les navires vénitiens apportaient en Belgique des vins dé Chypre, des fruits, du sucre en poudre, de l'indigo, du savotit, du storax, des cotons bruts ou âlés, de la soie, et une foutef d'autres produits du Levant. A son retour, la flotte étrangërtf emportait des draps de Bruxelles, de Malines, de Louvain, dé Bruges et de Gand, qui étaient expédiés ensuite dans tout lé bassin de la Méditerranée. Les galères qui revenaient de FlandfS touchaient généralement à Cadix et à l'île Mayorque, où elles chargeaient des peaux d'agneaux de Barbarie.

De nombreuses lettres avaient été échangées entre Robert de Béthune et Edouard II, lorsqu'un rapprochement s'effectua enfin entre eux, en 1320. Une assemblée solennelle eut lieu à Westminster, où comparurent les députés du comte Robert (1), et l'on s'y fil des promesses de paix.

Elles étaient cependant peu sincères, car les Flamands étaient résolus à ne pas renoncer à leur commerce avec l'Ecosse, et les Anglais mettaient la réconciliation à ce prix. Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis les conférences de Westminster, que lé roi renouvelait déjà ses plaintes au sujet des déprédations côtUmises par les marins de Flandre, et ordonnait aux bourgeois de

(1) Les députés flamands étaient : Eustache Lauwart, chevaUer , Guiliaume de Deyen , échevin de Bruges , Nicaise le Sage, conseiUer et maître J6an Boureke, clerc de la ville dTpres.

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Yarmouth de réunir les forces navales dont ils pouvaient disposer, et de les joindre à celles des ports de Suffolk et de Norfolk afin de réprimer ces agressions. La mort du comte Robert, loin d'améliorer l'état des affaires, ne fit d'abord que les empirer. On finit cependant par signer une trêve en 1323, et dans l'impossibilité de conclure un traité de paix, on se contenta de la proroger à diverses reprises.

Louis de Nevers était en France lors du décès de son grand père, Robert de Béthune. Il se rendit aussitôt en Flandre, et y reçut le serment de fidélité des nobles et des communes, sans attendre l'agrément du roi Charles le Bel. Celui-ci s'en irrita vivement, manda Louis à Paris, et soumit au parlement les réclamations d'une des tantes de ce prince, qui prétendait avoir des droits à la succession de Robert. Le jeune comte, après avoir hésité quelque temps à obéir, confia le gouvernement de ses états à une régence, et se rendit auprès du roi. Dès son arrivée il fut appréhendé au corps, et enfermé à la tour du Louvre. Les communes flamandes se hâtèrent cependant d'intervenir, en déclarant qu'elles s'érigeraient en république si le roineleur rendait leur souverain. Louis obiint sa liberté, mais, s'il faut en croire certains historiens, il fut obligé de s'engager à ne jamais réclamer les villes de Lille, Douai et Orchies.

La paix extérieure semblait assurée, au moins pour quelque temps, lorsqu'une nouvelle cause de troubles se manifesta inopinément. Le comte Louis se trouvait à Bruges, lorsqu'il y reçut la visite de son oncle Jean de Namur, alors seigneur de l'Écluse, et lui accorda le privilège de créer en celte ville un bailliage des eaux, dont la grande maîtrise avait été réservée jusqu'alors au magistrat de Damme. Jean de Namur, non content de cette concession s'avisa d'établir un marché sur les bords du Zwyn, contrairement aux immunités des Brugeois, qui Fardèrent cette infraction à leurs franchises comme extrêmement préjudiciable à leur commerce. Ils sollicitèrent en conséquence l'annulation des lettres patentes dont nous venons de parler, et, ayant éprouvé un refus, se mirent en révolte ouverte.

Le seigneur de l'Écluse, prévoyant un conflit, se réfugia aussitôt dans son domaine, qu'il mit en état de défense. Les

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Brugeois, après s'être armés en foule, sortirent en effet de leur ville, forcèrent le comte à les accompagner, et vinrent assiéger Jean de Namur. Celui-ci les reçut avec intrépidité, fit une sortie, et tua plus de trois cents des assaillants. Accablé par le nombre, il finit cependant par être mis en déroute, fut fait prisonnier, et ne dut la vie qu'aux prières de Louis de Nevers. Le captif futaussitôtconduità Bruges, et incarcéré dans une maison nommée la Pieire-du-Comte, Les vainqueurs entrèrent ensuite dans TEcluse, mirent à mort tous ceux qui leur opposèrent quelque résistance, brûlèrent la grue qu'on y avait élevée pour le débarquement des marchandises, et retournèrent chez eux chargés de butin. Plusieurs seigneurs vinrent solliciter la délivrance du prisonnier, mais les Brugeois déclarèrent qu'il ne serait relâché qu'à condition de renoncer au privilège de la maîtrise des eaux, qui lui avait été concédé, et d'accorder un pardon absolu pour le sac et l'incendie de ses domaines.

Le comte de Flandre, après avoir intercédé vainement en faveur de son parent, quitta furtivement ses états et se rendit en France, afin d'y solliciter des secours contre les rebelles. Ce départ augmenta la confusion, et déjà des bandes armées parcouraient les campagnes, qu'elles ravageaient impitoyablement, lorsqu'on apprit tout à coup que Jean de Namur était parvenu à s'échapper, et que le roi Charles le Bel lui avait confirmé la donation de l'Écluse. A cette nouvelle, la commune de Bruges, comprenant qu'une coalition puissante allait se former contre elle, se décida à faire des propositions d'accommodedemcnt. Elle envoya des députés au comte, qui était revenu à Gand, et ceux-ci parvinrent à arranger les aff'aires.

Les Brugeois consentirent à payer une amende de 70,000 florins, au prix de laquelle ils obtinrent le maintien de leurs privilèges, qui furent même augmentés. Il fut convenu que toute marchandise, pesant plus de 60 livres, ne pourrait être vendue à l'Écluse sans avoir été préalablement conduite à Bruges, en vertu du droit d'étape. Il fut défendu en outre aux habitants de l'Écluse d'augmenter désormais les fortifications de leur ville, et d'y établir des teintureries ou des fabriques de drap. Le comte régla, à cette occasion, divers points en litige concernant les communes de Houcke et de Monike-

reede. Ces deux villes , aujourd'hui oubliées, étaient habitées par un grand nombre de pêcheurs, et faisaient, paraît-il, on commerce assez actif, ayant pour objets le goudron, le sel, les blés, les mâts et les voilures.

Malgré la trêve conclue précédemment avec Edouard II, des corsaires anglais se montraient parfois sur les côtes. Ils attaquèrent, en septembre 1323, quelques vaisseaux vénitiens qui sortaient des ports flamands, chargés de marchandises. La défense fut énergique, et, contrairement à leur attente, ce furent les corsaires qu*on captura; dix navires appartenant à leur flottille tombèrent au pouvoir du vainqueur, qui les amena à sa suite dans TÂdrlatique.

Louis de Nevers se sentait mal à Taise au sein des communes flamandes, oii les métiers acquéraient chaque jour plus d'influence, et leur préféraient ses riants domaines du Rhetelois, beaucoup plus tranquilles et plus paisibles. Il quitta Gand, dont la population tumultueuse lui faisait ombrage, et revint enFrance, laissant l'administration du comté à Philippe d'Axele. Uaulorité de celui-ci, secrètement combattue par Robert de Câssel, oncle de Louis de Nevers, fut bientôt méprisée, et le comte se vit obligé de rentrer dans ses états en toute hâte, afin d'y rétablir l'ordre. Irrité de la résistance que son lieutenant avait rencontrée, il crut devoir user de sévérité, livra au bourreau les plus compromis d'entre les factieux, et fortifia diverses places afin de leur résister. Son intervention ne fit qu'envenimer les passions populaires, le nombre des mécontents augmenta, et les villes de Ghistelles, d'Ardenbourg et de Fumes tombèrent en leur pouvoir. Ils étaient commandés par des chefs habiles et énergiques, parmi lesquels on remarquait particulièrement Lambert Boonen, Zegher Janssone et Nicolas Zannekin.

La ville de Courtrai venait de s'allier à celle de Bruges, lorsque le comte arriva avec ses chevaliers sur les bords de la Lys, décidé à dompter les rebelles par la terreur. Comme il craignait d'être attaqué, il fit mettre le feu à l'un des faubourgs de Courtrai, et bientôt les lueurs sinistres de l'incendie se reflétèrent au l'horizon. Des faubourgs, les flammes gagnèrent la ville. Les habitants, dont la fortune et la vie étaient mena-

cées à la fois, coururent aux armes, taillèrent en pièces ou firent prisonniers les gentilshommes de la suite du comte « se saisirent de sa personne, et le livrèrent aux Brugeois, qui ramenèrent dans leur cité et appelèrent à la régence le seigneur Robert de Cassel. Louis de Nevers, humilié et vaincu, eut la douleur de voir exécuter, comme incendiaires et meurtriers, sous les fenêtres de sa prison, vingt-sept de ses conseillers et de ses compagnons d'armes.

Les Gantois, par jalousie contre Bruges, refusèrent de seconder le mouvement insurrectionnel , malgré les efforts des drapiers, et leur exemple fut suivi par les habitants d'Audenarde. Ypres, au contraire, se soumit aux révoltés, et ses magistrats profitèrent des circonstances pour abattre l'ancienne enceinte de la ville, qui s'accrut ainsi des quartiers nouvellement construits, extrêmement peuplés par les tisserands et autres gens de métier.

Louis demeura près d'un an et demi prisonnier des communes liguées; enfin, en novembre 1326, grâce à la médiation de Charles le Bel, il sortit de captivité et fut réintégré dans ses droits seigneuriaux sur la Flandre, après qu'il eut juré de respecter dorénavant toutes les franchises des communes, de suivre les avis de ses peuples dans les affaires du comté, et d'obliger les Gantois à entrer dans la confédération des villes libres.

A peine en liberté, il courut à Paris, refusa de ratifier le traité qu'il venait de conclure, et en appela à la puissance militaire de la France^ Les Flamands, inquiets et désunis, se décidèrent à traiter, afin de sauvegarder leurs intérêts commerciaux. Ils promirent donc fidélité au comte, et lui payèrent une amende de 100,000 florins. De plus, ils s'engagèrent à remettre une somme de 70,000 florins à Jean de Namur, et à compter 200,000 florins au roi de France.

L'attention générale se portait en ce moment vers l'Angleterre, menacée à son tour d'une véritable crise politique. Edouard II, prince indolent et faible, livré tout entier à l'influence d'un favori, Hugues Spencer, se trouvait en lutte non seulement avec ses barons, mais aussi avec sa femme Isabelle de France, qu'il avait envoyée à Paris en même temps que le

jeune comte de Chester, héritier présomptif de la couronne. Son règne, inauguré par le désastre de Bannockburn, qui coûta la vie h tant de chevaliers anglais, ne présentait qu'une série de fautes graves, dont les conséquences avaient entraîné la perte de la Guyenne, séquestrée entre les mains d'un sénéchal français. Ses ennemis résolurent de le renverser, et la reine Isabelle elle-même, au nom du jeune comte de Chester, alors âgé de treize ans, se mit à la tète du complot. Forcée de quitter la France, elle se retira chez le comte de Hainaut et de Hollande, fiança son fils Edouard avec une fille de celui-ci, et rassembla, à Dordrecht, une petite armée d'aventuriers avec laquelle elle se prépara à passer en Angleterre. Beaucoup de Belges rejoignirent ses drapeaux, entre autres Wulfart et Jacob deGhistelles, Jean de Rode, Guillaume de Siraten, Michel de Ligni, Hector Vilain, Goswin Van der Moere ; les sires de Brug- <lain,d'Antoing, de Bousies, d'Âubrecourt; Robert van Belle, Allard Briseel et Raes de Gavre.

Les conspirateurs, qui comptaient sur l'appui d'un parti puissant, fort hostile au roi, débarquèrent près de Harwick, dans leSuffolkshire. Hs ne s'étaient pas trompés sur l'état de l'opinion publique en Angleterre, car le peuple s'agita à leur approche, se souleva en masse sur leur passage, et le malheureux Edouard, détrôné par son propre fils, fut enfermé d'abord à Kenihvorth, puis transféré dans une autre prison, où il trouva la mort en 1327. Sa chute fut le signal d'un rapprochement entre les couronnes de France et d'Angleterre, et Charles IV promit de rendre le duché de Guyenne à son neveu Edouard III, Dioyennant une indemnité de 40,000 marcs sterling. Il conserva néanmoins quelques-uns des fiefs confisqués précédemment, entre autres l'Agénais.

Des relations plus amicales s'établirent, à la suite de cet événement, entre la Grande-Bretagne et le comté de Flandre. La trêve qui existait entre les deux pays, si mal obser\'ée de P^Ti et d'autre, fut prorogée le 29 mars 1327, et les conseillers du monarque anglais s'efforcèrent par de bons procédés, d'en augmenter la stabilité (1). La plupart des seigneurs belges qui

<t) UU avril 1327, le roi promet au magistrat de Bruges de faire resti-

nu HISTOIRE DU COMMERCE

sétuieut associés à la fortune de la reine Isabelle obtinrent d'importantes donations, et prirent une part active à la guerre d'Ecosse. L'un d'eux, Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont, y joua un grand rôle, et reçut à diverses reprises des sommes considérables, en récompense de ses services contre les valeui-aux défenseurs des Higlilands (1).

Pendant que Louis de Nevers observait avec anxiété les mouvements de ses sujets, dont il ne connaissait que trop les mauvaises dispositions h son égard, le duc de Brabant s'occupait de lu réorganisation politique, civile et administrative de ses états. Il confirma et augmenta les privilèges de la ville d'Anvers, en 1326 (2) ; octroya la même faveur aux bourgeois de Bruxelles (3), et favorisa beaucoup la prospérité croissante de Louvain , la grande cité industrielle du Brabant. Il commença par céder aux Louvanistes les droits qu'il prélevait sur leur marché aux poissons, moyennant une rente annuelle de vingt livres, réduite h 15 livres et 36 gros de Brabant par le duc Antoine, en 1413. Jean III retirait de la halle aux draps une somme de 200 livres, à laquelle il renonça (4), et la ville de Lou-

tuer un navire appartenant à un armateur de Nieuporl, que les marins de Winchelsea étaient accusés d'avoir capturé. Plus tard, le lî décembre de la même année, il écrit au vicomte de Norfolk et de SuflTolk, alln d'ordonner la remise entre les mains de leurs propriétaires, de deux vaisseaux flamands, commandés par Jean de Tournai , de TÉclusc, el Jean Babbard, dont les babilanls de Yarmoulh s'étaient emparés, sous prétexte que lesdits vaisseaux naviguaient sous pavillon écossais. Nous pourrions citer un grand nombre d'ordonnances du même genre. Voy. Rymer, Fœdera, II, 705 et suiy.

(1) Le 20 août 1327, le roi Edouard III ordonne à son trésorier de payer à Jean de Hainaut, pour les pertes qu'il a essuyées durant la guerre d'Ecosse, la somme de i,000 livres. Si Targenl fait défaut, ledit trésorier est autorisé* à mettre en gage quelques-uns des bijoux conservés à la Tour de Londres. Une nouvelle ordonnance de paiement, cette fois de 7,000 livres, fut délivrée en faveur du même seigneur, le 28 juin 1328. Il existe une procuration de Jean de Hainaut, autorisant les Bardi, marchands florentins, de recevoir en son nom, à Londres, une somme de mille marcs, en paiement d'une rente annuelle qui lui était faite par le roi.

f2) V. Codex diplom. publié par M. Willcms, à la suite de la Chron. de Jean de Klerk, 1. 1, p. 768.

(3) Ibid. p. 770

(4) Nous voyons d'après l'un des diplômes donnés à ce sujet, que la viUe de Benaix, en Flandre, jouissait à Louvain d'un droit d'étalage et de place.

ET DE LA iMÂltlNE EN BELGIQUE. 315

viain, devenue propriétaire de sa halle, en afferma les revenus (1). Les emplois publics étaient toujours réservés aux familles patriciennes, mais le due chercha à donner des garanties nouvelles aux administrés, en limitant Tautorité des magistrats. Il défendit aux mayeurs et aux échevins de juger ceux qu'ils avaient dénoncés eux-mêmes, et statua que personne ne pourrait être privé, sans jugement, de sa liberté individuelle. Il ne fut plus permis d'appliquer la torture sans un ordre des échevins, et si le prisonnier fournissait caution, la loi ordonnait de le relâcher immédiatement. Toutes ces concessions, dont chacune constituait un progrès réel, ne furent pas accordées, il faut bien le dire, sans quelques sacrifices de la part des bourgeois. Le prince, très endetté, avait grand besoin d'argent, et les villes du Brabant, à la tête desquelles se trouvait Lou- \ain,se cotisèrent plus d'une lois pour satisfaire ses créanciers. Les contributions de cette nature devinrent même tellement pesantes, que les Louvanistes, ne sachant plus comment remplir la caisse communale, finirent par solliciter la permission d'établir des droits d'accises, sur lesquels ils abandonnèrent au duc une rente annuelle de 2,000 livres, durant vingt ans, à condition qu'il ne leur serait plus demandé de subsides, à moins de circonstances exceptionnelles.

La ville de Lou vain, animée par la présence d'une nombreuse population ouvrière, possédait alors, selon le témoignage de tous les auteurs, plus de quatre mille métiers à tisser le drap. D'immenses fortunes s'y étaient accumulées, ainsi qu'on peut en juger par le fait suivant, relatif à l'un de ses citoyens. Un marchand, Gauthier van Heremade, ayant été forcé de se rendre en Angleterre pour y conclure certaine opération commerciale, fat attaqué en mer par un pirate, nommé Marantus, et fait prisonnier. Sa rançon, taxée à 4,000 écus d'or, valeur considérable pour l'époque, fut acquittée sans difficulté. Les Louvanistes ne se bornaient pas au commerce des draps.

!1) On y prélevait un droit sur les laines qui arrivaient en sacs, et servaienl de matières premières; sur les draps déposés, et sur les étoffes de laines vendues en gros et en détail. Ce fermage resta en vigueur jusqu'à la la décadence de Tindustrie lainière à Louvain.

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mais exportaient aussi des cuirs, de la bière et des toiles ea grande quantité. Jean III donna une impulsion nouvelle à toutes ces branches d'industrie en les concentrant, autant que possible, dans l'enceinte de la cité. Il défendit h tous ceux qui habitaient dans un rayon de deux lieues de la ville de se livrer au tissage ♦ à la teinture ou au foulage des draps, et accorda aux doyens des métiers le pouvoir de poursuivre les contrevenants. En cas de résistance de la part de ces derniers, les chefs de corporation avaient le droit de requérir la force publique, dont l'appui leur était immédiatement accordé, en vertu d'un ordre des échevins. La navigation de la Dyle, si intimement liée au commerce, fut aussi l'objet de quelques dispositions réglementaires de la part de Jean III, concernant l'ouverture et la fermeture des écluses durant le passage des bateaux.

Sur ces entrefaites, la guerre avait recommencé en Flandre, et désolait également le comté de Namur, où les habitants de Bouvignes et ceux de Dinant s'égorgeaient par rivalité commerciale. Ces discordes étaient loin d'être apaisées, lorsqu'une nouvelle grave se répandit en Belgique : le roi de France, Charles IV, venait de mourir à Vincennes, à l'âge de trentequatre ans, sans laisser d'héritier direct.

Deux prétendants réclamaient sa succession : Edouard d'Angleterre et Philippe de Valois. Le premier faisait valoir les droits qu'il tenait de sa mère Isabelle, sœur du monarque défunt, l'autre était petit-fils de Philippe le Hardi. La question fut bientôt tranchée, non par la loi, mais par le sentiment national : la couronne de Saint-Louis ne devait point passer en mains étrangères.

Le jour de la Trinité de l'an 1328, Philippe de Valois fut sacré dans l'église métropolitaine de Reims. Il venait à peine de descendre les marches de l'autel , lorsque Louis de Nevers s'agenouilla devant lui :

— « Sire, lui dit-il, je ne suis plus comte de Flandre que de nom; les gens de Bruges, d'Ypres, de Poperingue et de Casse!, m'ont bouté hors de ma seigneurie. »

Le roi le releva aussitôt, en lui tendant la main :

— « Beau cousin, répondit-il, nous vous jurons par l'onction que nous avons reçue aujourd'hui que jamais ne rentrerons à

Paris avant de vous avoir remis en possession du comté de Flandre ! »

Quelques mois plus tard, au moment oii la moisson commençait à jaunir, couvrant de ses épis dorés les plaines fertiles de la Belgique, une armée française, commandée par Philippe de Valois, s'avançait vers Saint-Omer, et venait camper sous les murs de Cassel. Le son lugubre du tocsin avait annoncé son arrivée, et les Flamands, groupés autour d'un chef populaire, Nicolas Zannekin, Ty avaient précédé.

Les deux armées s'observèrent durant plusieurs jours; et, comme à Mons en Puelle, ce furent les milices communales qui commencèrent l'attaque, en se précipitant à grands cris sur les escadrons ennemis. D'abord victorieuses, puis arrêtées dans leur élan par les efforts désespérés de la chevalerie française, elles se replièrent peu à peu sur elles-mêmes, formant un immense cercle, entouré de toutes parts, et dans lequel la lance des hommes d'armes faisait à chaque instant des trouées sanglantes. Déjà les cadavres s'amoncelaient sur la terre rougie, et la lutte durait toujours, plus ardente à mesure que les rangs 8'éclaircissaient, lorsque Philippe de Valois ordonna à ses troupes de se diviser en plusieurs corps, dans l'espoir que les Flamands chercheraient à profiter de ce mouvement pour se nier vers la montagne de Cassel, en se débandant. Cette manœuvre fut couronnée d'un plein succès, et les milices belges, arasées sous les pieds des chevaux, décimées par le fer des l^arons français, au milieu desquels combattait le roi lui-même, 86 dispersèrent dans toutes les directions, laissant neuf mille morts sur le champ de bataille.

Cette terrible défaite, qui accablait les insurgés comme un coup de foudre, fut suivie d'une période de prostration et de découragement. Les villes se soumirent au vainqueur, et Oiomme d'armes fit place au collecteur d'impôts. Les Brugeois durent payer une amende de 100,000 livres parisis, en argent comptant, et se résigner au versement annuel de trois mille •i^es, à titre de rente; on chargea les habitants du Franc d'une taxe de guerre de 40,000 florins; puis on s'occupa des bourgeois d'Ardenbourg « mulctés de 80 florins chaque année. «Les Ostendais n'échappèrent pas au sort commun, et on leur réclama

un capital de deux cents livres , ainsi qu*une rente de la moitié de cette somme : Louis de Nevers, comme on le voit, i^ntrait en possession de ses droits de souveraineté.

Quelques-uns des vaincus de Gassel, trop compromis pour rester en Flandre, s'étaient réfugiés en Zélande. Parmi eux se trouvait un Brugeois, Seger Janssone, qui résolut de relever la fortune de son parti, en tentant un coup hardi. Il équipa donc quelques navires, débarqua à Ostende, et marcha vers Bruges. Le bailli de cette ville, Stafm Lauwaert, comprit qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et, ayant réuni quelques partisans du comte, s'avança au devant des insurgés. Janssone, son fils el vingt-trois de leurs amis, mal secondés par ceux qui les accom^ pagnaient, furent faits prisonniers près de St-Arnoul, et transportés h Bruges durant la nuit. Arrêtés les armes à la main, ils n'avaient pas de pardon à attendre de leurs ennemis, et perdirent la vie dans des supplices atroces.

Tandis que Louis de Nevers multipliait les exécutions, modifiait les privilèges des villes, et se préparait de nouvelles diflBcultés pour l'avenir, le roi d'Angleterre, Edouard III, suivait une voie bien différente, et jetait les bases de la puissance commerciale et industrielle de l'Angleterre. Dès le !«'' février 1328, parut une ordonnance fort remarquable en faveur des mar^ chauds étrangers, due à ce monarque, et dont les principales dispositions méritent d'être étudiées.

Le commerce — déclare le royal législateur — sera libre dans toute l'étendue du royaume , et les négociants ne seront plus soumis aux taxes dites de muragio et de pontagio, sortes de redevances féodales 'exigées jusqu'alors pour l'entretien des remparts et des ponts.

Chacun avait donc le droit d'aller et de venir dans toute rétendue du territoire anglais et d'y conclure des affaires, par contrat ou autrement. Tout contrat liait les parties aussitôt que celles-ci avaient échangé entre elles une pièce de monnaie, donnée en signe d'acceptation, et qui portait le nom de denier à Dieu. Si une enquête devenait nécessaire à ce sujet, elle devait se faire d'après les coutumes du lieu où la convention avait été effectuée. En cas de contestations entre marchands, celles-ci étaient jugées d'après une loi spéciale, secundum legem

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. Sl9

mereatoriamy toute favorable au commerce, et Tofficier royal qui commettait un déni de justice pouvait être poursuivi par ceux qu'il avait lésé. Si un étranger se voyait l'objet de quelque accusation , il devait être jugé par un tribunal mixte, composé d'hommes de sa nation, et d'un nombre égal des bourgeois du lieu où le délit avait été commis.

Le même prince ordonna le dépôt, dans chaque marché, (fune balance et de poids officiels, et réforma le tarif de douane JQsqu'alors en usage (1).

Ces mesures suffiraient déjà pour lui assurer une place importante dans l'histoire du commerce britannique, mais sa sollicitude alla plus loin. L'Angleterre était resté un pays tout agricole, comme nous l'avons déjà remarqué ailleurs, et l'industrie y avait fait peu de progrès. Le roi comprit que s'il parvenait à attirer dans ses États quelques ouvriers intelligents et habiles, ceux-ci supplanteraient bientôt leurs concurrents ftrangers, forcés de traverser la Manche pour se procurer des îBatières premières. Il chercha donc à profiter du mécontentement qui régnait en Flandre, et fit les plus brillantes promesses aux tisserands flamande. Fuller, dans son « histoire sur ''Église, » nous fait un tableau tout pantagruélique du sort qui ^it réservé à nos compatriotes, en mettant le pied sur le sol anglais :

« A peine arrivés , leur disait-on , vous trouverez à manger « du bœuf gras et du mouton jusqu'à ce que vous en soyiez ras- « sasié ; vous aurez d'excellents lits, et vous les partagerez de « bon cœur, car les plus riches bourgeois vous donneront leurs « filles en mariage, et celles-ci sont assez belles pour plaire «aux plus difficiles (2). »

Beaucoup de belges, espérant améliorer leur position répon-

(1) l^ marchands paieront S sols pour chaque doUiim de vin, dans les flWranle jours de son importation; on exigera quarante sols, outre les tociens droits, par sac de laine destiné à Texporlation ; chaque la$i de cuir ^ra taxée à un demi-marc. Quant aux draps on réclamera 5 sols par pièce <tedrap écarlate ou de drap à longs poils ; 18 deniers pour les étoffes de laine ttêlécs de longs poils ; 12 deniers pour toute autre pièce de drap. La cire plim lî deniers le quintal, etc. V. Rymcr, Fœdera.

(8) Toy. FvUer's Chwrch History.

3i0 HISTOIRE DU COMMERCS

dirent à cet appel, et consentirent à émigrer. Nous citerons parmi eux le tisserand Jean Kempe, qui, s'étant muni de lettres de protection, s'établit à Kendal, dans le Westmoreland. Il y fonda une lubrique de draps verts , dont la belle teinture ne tarda pas à être remarquée (1). D'autres ouvriers flamands se fixèrent à Taunton, en 1336 , d*où ils se répandirent ensuite à Tiverton (2).

Louis de Nevers, qui sacrifiait à ses sympathies firancaises le bien-être de ses sujets, se crut enfin obligé de leur offHr quelques compensations. Il rendit une ordonnance qui permettait aux marchands de St-Jean d*Angely et de la Rochelle de venir négocier à TÉcluse, et d'ouvrir à Damme un entrepôt de vins. Il permit aussi aux Frisons d'amener leurs chevaux et leurs bœufs aux foires flamandes (3) et établit un marché hebdomadaire à Rupelmonde. La ville d'Ostende lui est également redevable d'une charte de lois et franchises.

Ces dispositions administratives, malgré leur utilité, ne réparaient pas la perte de l'alliance anglaise (4) ; de même que les querelles de Louis de Nevers avec le duc de Brabant, à propos de la navigation de l'Escaut et de la possession de la seigneurie de Malines, étaient loin d'améliorer les afliaires. Il coriste d'un compte détaillé, rendu le 8 septembre 1333, que la dette publique de la Flandre, résultant des amendes dont ce comté avait été accablé, s'élevait en ce temps à la somme de 1,486,000 livres parisis (5). Les Flamands avaient déjà amorti ce capital jusqu'à concurrence de 849,211 livres, 9 sols et 8 den. parisis, mais une somme de 636,788 livres restait encore à payer. Ruinées par les guerres, les communes ne pouvaient

(1) La couleur de ces draps était si brillante qu'on la distingua longtemps de toutes les autres nuances du même genre sous le nom de keniaigreen, ou « vert de Kensal. »

(S) L*. Col. Harding, Hist. of Tivertm, voi. I, p. 23.

(3) Il se réservait le droit, moyennant un prix raisonnable, de faire choix de quelques-uns de ces animaux.

(I) Le roi Edouard publia un mandement contre les sujets du comte, le 19 juin 133%.

(.')) L'intérêt de l'argent était alors de il} h 24 p. c. ; la somme dont nous parlons plus haut équivaudrait donc à 11,145,000 francs de notre monnaie.

tenir leurs engagements, et, d'après les traités, se trouvaient à la merci du roi de France (1). Philippe de Valois, qui tenait à les asservir de plus en plus, s'adressa au pape, lui promettant d'entreprendre une croisade contre les infidèles , aussitôt que la paix serait solidement établie. Le pontife s'empressa d'accueillir ces ouvertures, convoqua des députés flamands à Avignon, et leur fit jurer, au nom de leurs concitoyens, de ne plus reprendre les hostilités.

Ce serment, dont la violation exposait les communes à toute langueur de l'église, comblait les vœux du monarque, et allait bientôt peser lourdement sur ceux qui l'avaient prêté : la France et l'Angleterre, toujours divisées, se préparaient à une guerre outrance, et cherchaient partout des alliés et des soldats. Louis de Nevers appuyait les gens du Lys, et les bourgeois des bonnes villes tremblaient de ne plus recevoir les laines anglaises! Il fallait faire un choix cependant, rouvrir des plaies encore saignantes , relever l'étendard de la rébellion ou ^résigner à la ruine.

Tel était le terrible dilemme que la Flandre était appelée à résoudre.

Il) La delte dont il s'agit était hypothéquée sur le comté.

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