‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 25 sur 74 · EXPORTATIONS · texte numérisé non relu

EXPORTATIONS

• Ouo and Ihirty thousand six hundrcd and fifly one L. S. U. vivks and a half of ^ool, al liv. 6 value eacli amount to . 189,909 — 0 >- 0

« Threc thousand thirty six liundred and siity flve (vUs and 40 shil. value cach hundred at six scores, imount to 6,073 — 1—8

• Whereof the cuslom amounls to 81,6î4 — 1 — 1

• Fourtecn lasl, sevonteen dicker, and livc hides of

loather after liv. 6 value thc last, 89 — 5 — 0

■ Whereof Ihe cuslom aniounts lo 6 — 17 — €

• Four thousand seven hundred and sevenly four clolhs

and a half, after iO shll. value ihe cloth is 9.519 — 0 — Q

« Eight thousand and sixty one pièces and a half, of

\^ori4led after 16 shil. 8 den. the pièce is 6,717 — 18 — 4

« Whereof the custoni amounl to Î15 — 13 — 7

t Sum of the uni carriod coniniodilios îu ^value and iustoms . «94,181 — 17— S

géant quelques-uns de ceux-ci à piller les navires de commerce P se rendaient dans les ports britanniques.

Ses prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. Edouard III, <pi avait déjà eu à se plaindre de pareils actes d'hostilité, prit ^ revanche en enlevant à la ville de Bruges l'étape des laines, Qû*il transféra en Angleterre (1). Il ne se borna pas à cette Mesure rigoureuse, et fit inviter les ouvriers belges à émigrer ^^as ses États, leur offrant non seulement la protection la plus Rendue, mais encore des faveurs spéciales (2). Une autre ^fortune, non moins désastreuse, vint frapper les Brugeois. ï^urs finances étant fort obérées , par suite des amendes ^nsidérables auxquelles ils avaient été condamnés précédemment, ils s'étaient vus obligés de prélever des impôts assez 'ourds sur les marchands étrangers. Les Osterlings s'en irri- ^^nt et, n'ayant pu obtenir satisfaction, se retirèrent à ûordrecht (3). On se hâta de leur faire des concessions, qui ^ïirent pour effet de les ramener en Flandre, tout en occasionwini de nouveaux sacrifices aux habitants du comté.

Pendant que Louis de Maie, dissimulant ses véritables .senti- B^ents, attendait avec impatience une occasion de les déclarer, ses sujets se transportaient en grand nombre à l'étranger, où ib espéraient jouir de plus de tranquillité. Plusieurs membres ^ la noblesse flamande , refusant de s'associer aux gens du lys, continuaient à servir sous le prince de Galles, et le suivi- '"Êntdans les plaines de Poitiers. Là combattirent les sires de Pîmele et de Ghistelle et, lorsque le roi de France tendit son éfée au vainqueur en se constituant prisonnier, ce fut un Belge, le seigneur de Morbeke, qui s'avança pour la receroir (4).

Des événements d'une autre nature se passaient vers la même époque dans lé duché de Brabant. Jean III était mort le 5 décembre 1355, laissant son héritage à sa fille aînée, Jeanne,*

(I) Anderson, Hist. of Commerce, tom. I, p. 332.

(S) Toy. son mandement du 28 juin 1355, dans Touvrage de M. Delpit, potÊsmetU» français en Angleterre, t. I.

{%) Verhoeven, Historische tyden oordeelkundige aenteekingen , etc., mém. 0Oiir. deTacad. de Bruxelles, 1777, p 33.

(4) Kervyn de Lettenhove, Hist. de Flandre, tom. III, p. 376.

« HISTOIRE DU COMMEBCI

mariée à Wenceslas duc de Luxembourg. Les deux épou avaient à peine pris possession de leurs États, lorsque Waicelas alla trouver son frère, l'empereur Charles lY, et se fit assurer par ce prince la succession au duché, dans le cas ii Jeanne mourrait sans enfants, consentant de son côté à TalM» <]onner à l'empereur s'il décédait lui-même sans postérité.

Louis de Maie, qui avait épousé la fille puinée de Jean ni, 9. iroyant éventuellement dépouillé de ses droits, en conçut profond ressentiment. Il se contenta d'abord de réclamer k] paiement de la dot de sa femme, qui consistait en une peiuiil annuelle de 10,000 florins de Florence. Wenceslas, aussi jaor] digue que ses prédécesseurs, se trouvait dans rimposstbilitéi satisfaire à cette demande. Le comte de Flandre, qui cbenMj à provoquer une querelle, devint alors plus exigeant, et iendit se faire rembourser en même temps une somme 86,500 réaux d'or, qui lui restait due pour prix de la de Malines, faite en 1346. Sur le refus de son beau-frère, ili appel aux milices flamandes, et envahit le Brabant, qu'il en pays conquis. Les deux armées se rencontrèrent dâa$ plaine de Schcut, et les Flamands y remportèrent une décisive. Bruxelles ouvrit ses portes à Louis de Haie, quiHj rendit de là à Louvain, tandis que Wenceslas fuyait vers Vbttr tricht, dans le plus grand désarroi.

Ces rapides succès, dont l'avidité du vainqueur comproml| les résultats, ne furent pas de longue durée. Le 24 octotfl 1356, durant une nuit sombre et glacée, quelques bonuMi dévoués, c\ la tétc desquels se trouvait un gentilhomme ht* bançon, Everard TSerclaes, entrèrent dans Bruxelles, en cta^^ seront les troupes flamandes, et y rétablirent l'autorité fcj duc (1). On fit la paix k Ath, le 4 juin 1357, non sans d'impo^^ tantes concessions de la part de Wenceslas, qui abandonna hj ville d'Anvers au comte de Flandre, en même temps quehi^ villages de Wilmerdoncq, Austruwel, Oorteren, Santvliet, B«^ chem, Deurnc, Wyneghem, Schille, Bouchant et Hove. Cesfidi Tie furent rendus au Brabant qu'en 1406.

(1) Voy. Une notice sur Everard t'Serclacs, par le baron Jules deSilit- Gcnoi.s, dans le Messager, tom. IH, Gand, 1835.

Lj vUlede Bnccelles, tout en ayant été rançonnée par l'en-

se releva phis prospère après cette épreuve. Devenoe

Il résidence permanente des ducs, qui aimaient à s*entour«r

hae cour brillante et somptueuse, elle offrait alors le tableau

fine grande animation industrielle. Une foule d'ouvriers tisse*-

^ttids et drapôers, la plupart >vallons, étaient venus peupler le

Mbovrg de Hal, devenu aujourd'hui la paroisse de Notre-Dame

il la Chapelle. La vente des étoffes de laine y suivait, depuia

w années, nn mouvement toujours ascendant, et les magistrats

^Ê la cUé s*étaient vus obligés, dès i3S3, de faire construire une

lanveile halle aux draps. Plus tard, en 1370, on transféra à

Itaxelles l*Hôtel des monnaies ducales.

Ces progrès, d'autant plus remarquables quils se manifes- Meot durant une époque pleine d'agitations, s'étendaient CUlleors k toute la Belgique. La petite ville de Diest qui fenil obtenu ses droits de commune en 1228, fut entourée de rs en 1356 ; Malines, dont le chantier de construction navale it renommé, comptait dans son enceinte plus de 1,370 mé* de tisserands (1). Anvers, réservé à une si haute fortune NQmierciale, acquérait chaque jour plus d'extension, mais jtoas éclipser encore l'antique cité de Bruges, jusqu'alors sans Ifitale. L^ Vénitiens attachaient un tel prix aux relations qui tfâaient formées entre eux et les Flamands, qu'ils les conti- ^aèrent malgré la rupture survenue entre Louis de Maie et Ibooard III, en soUicitant de ce dernier des lettres de sauf* %MMhiit (2). Edouard III lui-même ménageait les Brugeois, en ^1^ de la politique hostile de leur comte, et leur permit Mtaavoyer leurs navires à Harfleur, le 18 octobre 13S9, afin de ibniaiUer cette ville. Ce fut à un marchand de Bruges, nommé "Jnn Walewayn, que le roi d'Angleterre confia le soin de per- Wnrir en son nom les sommes stipulées pour la rançon du roi tteosse, David Bruce (3); ainsi qu'un capital de 200,000 écus iSDTdù parle duc de Bourgogne. Les Brugeois soignaient leurs

(f ) Cons. une dissertation de M. de Reiffenberg, dans les Nouveaux mémoires Wàtmé. et Beifiqfêe, tom. iX.

(fi» Bymer, Foedera, tom. VI.

^t Voy. Les lettres du roi datées de Calais, le 30 oct. i:i59, dans Hymer, lœdera; Eer^^n de Lettenhove, Hist. de Flandre, tom. 111, p. 399. »

10 HISTOIRE DU COHMERCE

intérêts commerciaux avec une vigilance infatigable, et ne négligeaient aucune occasion de les faire valoir. Ds conclarent, en 1361, un traité avec les habitants de Nuremberg, qui, suivant l'exemple des Espagnols et des Vénitiens, fondèrent un comptoir en Flandre.

Chacune des communes belges, défendue par une population nombreuse et vaillante, avait alors ses marchés et ses foires. On achetait des chevaux à Courtrai; des toiles à Thielt; de la terre blanche à Menin (1). Froissard vante l'habileté des teinturiers de Werwick ; Liège et Dinant exportaient partout leurs cuivres forgés, et nous voyons la cité de Tournai, qui appartenait à cette époque à la France, contribuer à elle seule pour une somme de 48,000 florins à la rançon du roi Jean (2).

Les marchands étrangers affluaient dans toutes ces villes, car ils y trouvaient une protection assurée contre la violence et l'arbitraire, sans avoir à l'acheter, comme ailleurs, par de ruineux sacrifices. Cette sécurité, qui semblait si bien établie, allait cependant être troublée, car les institutions communales tendaient à se modifier, et déjà des luttes intestines annonçaient leur prochaine transformation. Les corps de métiers, désormais entièrement affranchis, réclamaient énergiquement Tadmission de leurs chefs aux fonctions publiques, et cette prétention, vivement combattue par les représentants des anciennes familles patriciennes, amenaient de déplorables conflits. Cest ainsi que la ville de Louvain, jusqu'alors si florissante, perdit une partie de sa population ouvrière en 1362, à la suite d*une révolte, et se vit condamnée à payer une amende de 28,000 moutons d'or au duc Wenceslas, ainsi que des indemnités considérables aux membres des lignages, qui avaient été obligés, durant quelque temps, de se réfugier à l'étranger.

Une circonstance fâcheuse, dont les résultats furent fatals au commerce, vint interrompre en 1363 nos relations avec l'Egypte. Le roi de Chypre, Pierre I", s'étant assuré le concours

(1) Celle ville avail oblcnu de Louis de Maie le privilège d'une foire le ISnov. 1351.

(i) Ses habilanls fureiil déchargés à celte occasion, pour un lerme de six annéesfde cerlain impôt perçu sur le sel et sur le vin.

ET DE LÀ MARINE EN BELGIQUE. il

des villes italiennes, avait armé une flotte considérable, à Taide de laquelle il tenta de s*emparer du port d'Alexandrie. Les alliés eurent bientôt à regretter leur imprudence, car le Soudan ordonna Tarrestation immédiate de tous les chrétiens qui se trouvaient dans ses États, fit faire des perquisitions dans leur demeures, et soumit quelques-uns de ses prisonniers aux plus affreuses tortures. Il défendit en outre l'exportation des ^ieries, des draps d'or et -des épices, condamnant ainsi les Vénitiens, les Génois et les Rhodiens à une ruine complète. Ceux-ci, vivement alarmés, se hâtèrent de rappeler leurs con- Ûngents, offrirent de faire réparation, et s'adressèrent au pape pour réclamer son intervention auprès du roi de Chypre.

La plupart des négociants belges recevaient les produits du ^idipar l'intermédiaire des spéculateurs étrangers, mais quel- Vies-uns de nos compatriotes se montraient plus entreprenants. ^o d'entre eux, Floris Berthaut, de Malines, est connu dans *^i8toire pour être devenu millionnaire par ses grandes opérations maritimes. Il avait non seulement des correspondants à Alexandrie, mais aussi à Damas et au Caire. Ses navires por- ^ient les plus précieuses cargaisons; on était ébloui de la ^antité de perles et de pierres précieuses exposées chez lui (1), ^t OD disait de ce marchand princier, pour nous servir des ^pressions d'un de ses contemporains : « c'est le plus riche * homme d'or et d'argent qu'on sache en nul pays, par les ^ grands faits de marchandises qu'il mène par terre et par «mer (2). »

Le mariage de Marguerite de Flandre, qui avait donné lieu i tant de débats, fut célébré à Gand, en juillet 1369, en

|1) Pour donner une idée du luxe qui régnait à cette époque, nous nous

contenterons de rappeler un passage de la chronique de Corneille Zantviiet,

où Ton trouve la description d^une robe de drap d'or, envoyée en 1371 au

doc deBrabant, alors prisonnier au château de Nynderke... « tunicamnovam

pretiosissimam sibi transmissit (ducissa Johanna, ejus conjux) quae tam

artiflciose ac decenter erat aptata, sive complicata, ut propter immensitatem

aoii intertexti tunica ipsa sine quovis sustentaculo mutuato staret erecta,

et nil praeter aurum videri posset ab extra, non pannus aut ars cella

textrina. Vet. Script, et mon. Amplissima collectiOf tom. V,col. S97, c.

(9) Froissart, chron., tom. UI.

présence d'une foule de grands seigtieurs ef d'un immettse concours de peuple. Louis de Maie venait de prendre un paoti décisif, et abandonnant le système politique inauguré par Jacques d*Artevelde, accordait la main de Théritière du comté à un prince français, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, quatrième fils du roi Jean, et frère du souverain régnant, Charles V. Cette union, si vivement désirée par le roi de France, eut causé des appréhensions à un monarque plus prévoyant et ptos habile. En effet, Philippe le Hardi possédait déjà de ridies apanages, et son alliance avec la maison de Flandre lui assurait de nouveaux domaines. Charles V , en favorisant son élévation, commettait une faute réelle, car il plaçait entre les mains d'un prince de la famille royale, dont les intérêts politiques n'étaient pas intimement liés à ceux de la couronne, une puissance menaçante et redoutable. Les communes flamandea, inquiètes et divisées, n'avaient pas moins à craindre l'avénement du duc de Bourgogne. Leurs anciens comtes, dont rauti>rite était soumise à de nombreuses restrictions, n'avaient pa leur résister jusqu'alors qu'en se soumettant au vasselage de l'étranger; elles allaient obéir désormais à un grand feudataire, chef de divers Etats, entre lesquels il suffisait d'exciter une rivalité jalouse pour les contenir les uns par les autres. Nous verrons bientôt comment ce système fut mis en oeuvre, et quels en furent les résultats.

Edouard III, forcé de renoncer à ses desseins sur la Flandre, reprit aussitôt les hostilités. Une foule de navires, armés en guerre, se répandirent avec son autorisation dans le détroit de la Manche, pillant les riches nefs qui se rendaient dans nos ports, et causant des pertes incalculables au commerce belge. Des plaintes générales s'élevèrent contre Louis de Maie, qui, pour appaiser les mécontents, promit quelques concessions à ses bonnes villes. Déjà, en 1366, les habitants de Damme avaient obtenu la suppression des maisons de jeu qui existaient chez eux; le comte établit, en 1369, une foire annuelle à Aude^ narde, et sollicita du roi Charles V, diverses ordonnances en fiaveur des Flamands (1).

(1) Le roi ordonna en 1370 que les vaisseaux, denrées et marchandises

ET DE LA HAKINE EU BELCIQUE. 45

Gétt0 sitiutioD se prolongea jusqu'au commencement de rannée 1371, époque à laquelle une flotte nombreuse, commandée par Jean Pieterszoon (1) et montée par des marins belges, quitta le port de rÉcIuse pour se rendre à La Rochelle, ato d'y charger des vins de France. Le voyage se passa heureusement, et l'expédition était arrivée sur les côtes de Bretagne, cinglant à pleines voiles vers la Flandre, lorsque ses chefs y reçurent la nouvelle qu'une escadre anglaise, placée sous la dinetion de messire Guy de Brienne, devait bientôt mettre en mer.

lean Pieterszoon , espérant s'illustrer par quelque action <féclat, résolut d'attendre l'ennemi, et le rencontra en effet à quelque distance de « la baie, » petit havre du littoral de la Manche (2). Les Anglais, parmi lesquels se trouvaient le comte âe Hereford, messire Richard Stury et plusieurs autres braves chevaliers, acceptèrent immédiatenient le combat. Moins nominreoi que leurs opposants, ils avaient néanmoins un avantage nrceox-cî, car leur flottille portait un contingent militaire au <ine de Bretagne, et était mieux préparée pour l'action. Les tatt partis s'attaquèrent avec fureur, et se disputèrent énergi- Vement la victoire. Ils avaient, suivant l'usage, attaché leurs ^>&barcations les unes aux autres par des chaînes de fer, et se Pûortoivaient de nef en nef, luttant corps à corps, à coups de '^che et de piques, comme s'ils se fussent mesurés sur la terre ienae. La bataille dura près de trois heures et fut des plus iBeartriëres ; les Flamands, qui se virent enfin repoussés, y

i*iasiiiur mer par ses sujets du pays de Ponthieu, de Saint-Valéry, de Nor- JU^adie, etc., sur les Allemands, Écossais et autrçs marchands se rendant à "«lase et dans les autres ports de mer en Flandre, sous prétexte que les llttods étaient ses ennemis, devaient être restitués, et déclara quMl serait ^ Joftice de ceux de ses dits sujets qui auraient tué ou jeté à la mer WfDes-mis des marins montant les vaisseaux dont il s^agit. Archives dBkTiUedTpres, layette 18, r bureau voûté, n* 17, en fr.

(1) De^Murs, déjà cité, rappelle Jean Piersins; Froissart lui donne Tappetimon de Jean Pieterson, tandis que dans les chroniqueurs anglais on lit : Ans Reterson. Toutes ces versions ne sont que les formes différentes d*taii BêmeDom, qui traduit en français, équivaut à Jean, fils de Pierre.

(t) On ne ooimarît point la situation exacte du lieu dont il est question ; quelques auteurs supposent quMl faut lire : « Torbay. ■

perdirent quatre mille hommes et vingt-cinq vaisseaux. Leur chef, Jean Pieterszoon, fut fait prisonnier pendant la mêlée, et alla expier sa défaite h la tour de Londres, où on le retint prisonnier (1).

Les bourgeois de Gand, de Bruges et d*Ypres, déjà fort préoccupés de Tétat dans lequel ils voyaient leurs affaires, s'assemblèrent en foule en apprenant ce qui venait de se passer.

— Il faut en finir^ s'écriaient leurs chefs, car cette gderre nous ruine entièrement. Si nous n'y mettons bon ordre, les usuriers lombards seront bientôt les seuls qui gagneront leur vie, et l'on sait ce qu'il faut penser d'eux :

Les Lombards nous font mal bargaio, Leur puile oschaogcnl pour nos grain, Pour deux biens nous font quatre msis.

Ces sentiments trouvèrent de l'écho, et les communes ne songèrent plus qu'à faire la paix avec leurs voisins. Le comte Louis, tout en refusant de s'associer à ce mouvement, craignait de s'y opposer, et laissa à ses sujets le soin de traiter en leur propre nom. Les circonstances, d'ailleurs, étaient pressantes, car le roi Edouard avait donné l'ordre d'armer une nouvelle flotte, et semblait décidé à poursuivre vigoureusement les hostilités.

Des négociations s'ouvrirent sans délai, et produisirent les plus heureux résultats. Le roi consentit d'abord à envoyer des commissaires en Flandre, parmi lesquels on remarquait un Belge, Nicolas de Louvain, et une convention fut conclue la

(1) Quelques chroniqueurs anglais, parmi lesquels nous citerons Walsfngham et Thomas Otterbourne, placent cet événement en 1372. H y a là une erreur manifeste, puisque la Flandre et l'Angleterre avaient conclu la paix dès le 28 avril de cette année. Leur témoignage est d'ailleurs en opposiUoa avec celui de la plupart de leurs contemporains. Voy. sur ce combat, Frolssart, vol. I, chap. 331 ; ihe naval history of Englandy vol. I, p. 316 ; Anderson, Ilist. of commerce f tom. I, p. 362, etc. Les navires capturés sur les Flamands étaient chargés de vin et de sel. Le vin français se vendait alors en Belgique à 4 livres Par. le muid, qui comprenait environ deux cent quatre-vingthuit pintes.

ET DE LA BUItlNE EN BELGIQUE. IS

même année (1). Elle n'empêclia pas cependanl quelques corsaires anglais de continuer à tenir la mer, et trois navires mayorquins furent pillés par eux, en 1373, malgré les ordonnances d'Edouard en faveur des Flamands (2).

Plusieurs actes officiels, conservés dans divers dépôts d'arcbiïes, nous prouvent que les villes belges, malgré tous ces débats, s'enrichissaient rapidement. Turnhout eut it son tour une halle au\ draps, en 13Ï3 (3), et le marché de Dixmude. lOajours très fréquenté, fut agrandi et pavé (4).

Les étoffes de laine fabriquées à Bruxelles étaient si recherchées en France au xiv" siècle, que les marchands parisiens prélendaient n'en plus vendre d'autres, et faisaient passer des produits étrangers sous le nom de k draps de Bruxelles. " Ces ftsudes excitèrent, en 1373, les réclamations des fabricants, *iiiqiiels le roi Charles V s'empressa de faire rendre justice (S).

Edouard III venait de mourir, laissant le trône d'Angleterre 3u [ïible Richard II, lorsqu'une terrible inondation ravagea le littoral beige, qu'elle couvrit de ruines. Il paraît que les digues n'avaient pas été suffisamment entretenues, par suite de l'infidél'Wdeceux qui étaient chargés de percevoir les fonds affecta à cet usage, L'Escaut occidental déborda avec violence Is 18 novembre 1377, et bientôt les villages d'isendycke, de Saini-Micolas ten Hamere. de Nieuw Roesselaere, d'Oostmans- ^ke. de Sainte-Catherine lez Oostbourg et de Saint-Jean dans lî Woesline se trouvèrent sous les eaux (6). Une obsen-ation

CIRlie Tul iiroclainéc â Londres te 18 juillet 1373, mais elle avait élé nuifc par le roi dès le 28 avril.

9) l*eppiog, aist. du eimma-fe mire U Ltvani et l'Europe, lom. 1, p. 9B0.

l'i L, Van Gorkom, Beschryvinge àer i\aA m rryhdd van rurnhoul, 1790, '«I.P.Î7.

(1) Us habilaals a'engagèretii £i [layer de ce chef uue somme de I livres «JoBiBiBe de West-Flandre. Ils couvrirent les dispenses qu'ils se virenl obll- (i> de faire à celte occasion en préievanl, durant 13 ans, une taie de 13 idini parlsls sur chaque bœuf ou vacbe exposé en vente au marctid.

|S) To]-. un extrait de l'ordonnance de Charles V dans le cbap. Il de ta noUw de Verhoeven sur le commerce des Pays-Bas. Il oxlsle encore des ieKrra do Cbarles VJ du S9 juin 1399. favorisant le drap de Bruxelles, de lilitiefet de Lierre. Be ReilTenberg, mém. cour., 1B!0.

Cl Toy. Leroy, Granrf iMàire At Brabant ; les Annales de la société d'fmvlatÈo* di Brvfet, lom. I, p. 6; WaniLoenlg, niil.de i'tandre. lom, U, p. 37, etc.

le HISTOIRB DU COUfiRCS

remarquable, et qui démontre une fois de plus que ces eatth ciysmes ont eu en général pour origine quelque grande oscillation du sol entre les tles Britanniques et la Flandre, nous est rapportée par les historiens anglais.' Ils nous apprennent qu'on désastre de la même nature, survenu peu de temps auparsiTant, avait fait une vaste mer des plaines marécageuses qni s*éteh-> daient alors entre Cantorbéry et la c6te, détruisant presque entièrement la petite ville de Stonore (1).

Quoi qu*il en soit, Tinondation de 1377 modifia'd*une manière assez sensible les limites de notre territoire. Il existait au XIV* siècle, entre Biervliet et Philippine, un village populeux; connu sous le nom de Ten Pîete. Les flots le renversèrent de fond en comble, et y formèrent la baie qu'on y remarque encore de nos jours. Les eaux de TEscaut, en s*écoulant dans un bassin plus vaste, perdirent beaucoup de leur impétuosité, et cette cir» constance fut fatale au port de Damme, qui s*ensabla d'année en année.

Tandis que les habitants du littoral songeaient à réparer leurs pertes, l'imprévoyance de Louis de Maie les menaçsil d'autres infortunes. Ce prince, dont les communes de Flandre avaient plusieurs fois payé les dettes, s'entourait d'un luxe inconnu dans les autres cours, et avait souvent besoin d'argent. Dans son désir de s'en procurer, il ticcorda aux Brugeoi^ en 1379, Tautorisalion de creuser un canal de Deynse à Bruges^ en se servant des eaux de la Lys. Ces travaux allaient leur permettre d'entrer en relations directes avec l'intérieur du pays, aux dépens de la ville de Gand, dont cette concession denil faire déserter les marchés. La population de cette dernière ville, toujours assez irritable, se souleva à la voix de Jean Yoens, doyen des Francs Bateliers, et bientôt des bandes armées se répandirent dans les campagnes, attaquèrent les pionniers qu'on avait chargé du tracé du nouveau canal, et les forcèrent à prendre la fuite. L'arrestation illégale d'un Gantois, maintenue malgré d'énergiques protestations par Roger d'Outerive, le bailli du comte, augmenta encore le nombre des mécontents. Ceux-ci, sans se laisser abattre par la mort de

(1) Boys, Hist. of Sandwich, p. 669.

Jeaji Yoeos, leur chef, prirent Toffeiisive, et les villes de Courtrai et de Thourout leur ouvrirent volontiers leurs portes. Soixante mille bomnies, bien équipés, pourvus de canons et de wchines de guerre, se préseatèrent devant Âudenarde, dont ita entreprirent le siège, tandis qu'une autre troupe se portait rapidemein sur Termonde, résidence de Louis de Maie, qui fut sur le point d'y être fait prisonnier.

Le duc de Bourgogne, averti de ce qui se passait, accourut iArras, cl fit les plus grands efTorts pour calmer les esprits. Il parvint en effet k mettre un terme h la lutte, engagea les deux pints à oublier leurs différends, et réussit à leur faire conclure ai accord vers Toctave de Sainl-Mailin, en 1379.

Ce traité, en réconciliant momentauément le comte avec «es Wjels, ne feisait que retarder les effets d'une crise socia,le, désoriuais inévitable. Le régime communal, essentiellement républicain à celte époque, devait se heurter lit ou lard contre Is puissance du suzerain; deux principes se trouvaient en ^ffaence, dont la coexistence n'était plus possible sous l'empire des anciennes institutions.

On ne se fit pas illusion sur la valeur réelle de la transac- IJOQ conseillée par Philippe le Hardi, aussi la guerre recomtiema-t-elle en 1380, avec plus d'acharnement que jamais. Elle ■ouvrit dans des circonstances peu favorables h la cause des •Burgés, car la ville de Bruges refusa de s'associer à leurs FoJBls, et rejeta ouvertement toute alliance avec les Gantois. ^m-â n'en continuèrent pas moins leurs préparaiifs de ^^Fcose, tandis qu'une foule de gentilshommes, impatients de K venger du pillage et delà dévastation de leurs propriétés, huaient se ranger sous la bannière de Louis de Maie.

Le comte, tout en ayant à se féliciter d'avoir réussi h semer Il division parmi ses ennemis, se trouvait cependant en préface de grands embarras, car il ne pouvait compter en ce moment sur l'appui des milices françaises. Le ducdeBuckin- {ham, dernier fils d'Edouard lil, venait en effet de débarquer à Calais, et toutes les forces du royaume avaient été dirigées wrs la Champagne, afin d'en chasser les Anglais. La mort de CJiarJcs V, survenue sur ses entrefaites, en faisant passer la couronne sur la tête d'un jeune prince à peine âgé de treiae

ans, inaugurait pour la France elle-même une ère extrêmement critique.

Les événements dont la Flandre était le théâtre, diversement appréciés dans les pays limitrophes, excitaient la plus grande fermentation dans les classes populaires. Les Flamands, que leurs immenses relations commerciales mettaient en rapport avec toute l'Europe, étaient alors en réalité à la tête de la civilisation, et leur exemple entraînait les populations voisines. Les'Parisiens mécontents de ce que le duc d'Anjou, oncle da nouveau roi, ne donnait aucune suite au projet d'abolir les aides et les gabelles, se révoltèrent à leur tour, et massacrèrent les collecteurs des tailles. Une émeute non moins violente éclata, peu de temps après, en Angleterre. Elle fut étouffée à grand'peine, et causa même la mort d'un assez grand nombre de Belges, qui se trouvaient à cette époque de l'autre côté de la Hanche. Rappelons en quelques mots les faits qui donnèrent lieu à l'agression dont ceux-ci furent les victimes.

Il paraît que quelques habitants de nos provinces, aussi actifs qu'entreprenants, s'étaient établis depuis plusieurs années dans la métropole britannique, en qualité de banquiers. Le gouvernement anglais, connaissant leur solvabilité, leur avait affermé le produit de certaines taxes, dont il jugea à propos d'élever considérablement le chiffre. Cette mesure rencontra la plus grande opposition, détermina de violents tumultes, et bientôt les fermiers du domaine se virent obligés de fuir, poursuivis par la foule, toujours hostile aux étrangers. Treize Flamands s'étaient réfugiés, dès l'origine des troubles, dans l'église des Frères Augustins ; ils y furent impitoyablement immolés à la fureur du peuple. Quarante-neuf de leurs compatriotes périrent plus tard à Southwark, bien qu'ils eussent cherché à se confondre dans les rangs de leurs persécuteurs; on reconnut leur origine à la façon dont ils prononçaient certains mots anglais, et tou6 furent décapités (1).

Dans l'intervalle, la guerre continuait entre Louis de Maie et

(1) AU which Ihey bchaeded, exccpl Ihcy could plainly prounoncc &r«Ml and cheese, for if Ihcir specchc soundcd like brot or cawse^ off went their heads as a sure markc Ihey werc Flemings. AUcn, nist. of London, lom. I, p. 126.

les Gantois. La riche bourgeoisie de Bruges, entièrement dévouée au comte, appuyait celui-ci de tout son pouvoir, malgré la résistance des gens des petits métiers, qui voulaient changer de drapeau. Les Gantois, battus à Nevele, commentaient à se lasser de tant de querelles, lorsqu'un de leurs capitaines, Pierre Van den Bossche, invoqua un nom magique, destiné à remuer profondément la foule, et que toute la Flandre fépéta après lui : il proposa de conférer tous les pouvoirs à Philippe d'Artevelde, fils de l'illustre tribun qui avait gouverné le comté durant sept ans avec tant d'honneur et de succès. — Qull soit notre guide, exclamèrent les insurgés avec enthousiasme, nous le suivrons partout, et nous n'en voulons point d'autre!

Dès lors ies affaires changèrent de face, et la lutte prit un caractère plus énergique. Les Gantois, qui manquaient d'approîiâonnements, suivent les conseils de leur nouveau chef, réunissent un corps de sept mille hommes, marchent sur Bruges, se rendent maîtres de la ville et forcent le comte de Flandre à S6 retirer en France. Philippe d'Artevelde, dont le pouvoir s^était affermi par cet exploit se montra aussi habile administeleurque vaillant général. Il défendit de faire aucun dommage aux marchands étrangers , décréta la peine de mort contre les voleurs et les pillards, et s'opposa aux actes de ^olence et d'oppression. Il ne put empéc^ier cependant le "^^cre de quelques-uns des bourgeois qui avaient fourni ^ aide au parti vaincu, et la vengeance populaire atteignit principalement les verriers, les bouchers, les corroyeurs et les poissonniers, c'est à dire les corporations les plus riches de la eité.

Ces faits étaient à peine connus que la plupart des villes flamandes se déclaraient en faveur de l'élu de Gand. Celui-ci, entouré des milices communales, alla mettre le siège devant Audenarde, qu'il investit bientôt complètement.

Tandis que les gens des petits métiers , enivrés de leurs

succès, se croyaient déjà à l'abri des revirements de fortune,

ime coalition redoutable se formait contre eux. Les oncles du

jeune roi Charles VI, auxquels le duc de Bourgogne, ne cessait

de représenter la nécessité de châtier l'orgueil des rebelles,

9 BI8T0IRE DU (XMâlIEIlCE

araient fini par se ranger à son avis. Les gentilsbommes de toutes les parties du pays reçurent Tordre de se réunir à Arras; on levait des taxes nouvelles pour payer les hommes d*armes ; Philippe le Hardi mettait sa vaisselle en gage chez les orfèvres de Malines ; tout annonçait la guerre.

Les Flamands, instruits des projets de leurs ennemis, résolurent d'envoyer une députation à Londres, et d*ofiDrir k Richard II de le reconnaître en qualité de roi de France. Leurs propositions, contrairement à Tattente générale, furent froidement accueillies par les conseillers du monarque anglais, que n'inspirait plus le génie d'Edouard III. Artevelde ne ^eo effraya point, prit le parti de se tenir sur la défensive, et chargea ses émissaires de parcourir les États voisins, afin 4'y chercher des alliés.

La saison était déjh fort avancée, et les insurgés se flattaient que l'armée française ne parviendrait pas à forcer le passage de la Lys, grossie par les pluies d'automne, lorsqu'on apprit que le jeune roi Charles VI, plein d'impatience et d'ardeur, venait àe se mettre à la tête de ses troupes. Pierre Van «dsft Bossche, auquel le régent de Flandre avait confié un corps de neuf mille hommes, fut forcé de battre en retraite devant te connétable Olivier de Clisson, qui s'empara des villes de Goia* mines et de Poperinghe, et les mit à feu et à sang. Ypres, Thourout, Fumes et Menin ouvrirent successivement leurs portes aux vainqueurs qui arrivèrent ainsi jusqu'aux enviroas de Roulers, où les Flamands avaient établi leur quartier général. Ces derniers, avertis de l'approche de l'ennemi, se portèrent^ en avant et prirent position sur une colline assez élevée, noi^ loin du village de Roosebeke (1). Ils n'étaient séparés de l'arméir que par un monticule, appelé le Guldeuberg, au sonuuet duquel se trouvait alors un moulin.

Le 27 novembre au lever de l'aurore, les troupes communales se rangeaient en bataille sur les bords d'un fossé profond, le dos appuyé contre un petit bois de broussailles et de genêts.

(1) Aujourd'hui West-Roosebecke, près de la chaussée dTpres à Thoaronl, à deux lieues de la première de ces villes. Voy. un mém. de M. Tan der Mccrsch, publié à ce sujet dans le Messager des sciences et des arts. S* livrai- *îon, ann. 1827-28.

D*épais brouillards couvraient encore la campagne, cachant en

Page 1