CHAPITRE VIII
entre la France et F Angleterre. — Pertes subies par les armateurs I. — Armement naval à Ostende. — Débats entre le duc de Bourle et les Gantois. — Intervention des marchands étrangers. — Les in lombards. — Abolition de certaines redevances féodales dans le binant. — Les caves ecclésiasrtiques à Anvers. — Guerre entre le duc **« ^^^urgc^e et les Gantois. — Combat de Rupelmonde. — Une flotte ^ollstodaise dans TEscaut. — Le pays de Waes est ravagé. — Conférences lille. — Reprise des hostilités. — Bataille de Gavre. — Les Turcs à itantinople. — Découverte de Timprimerie. — Projets de croisade. — *^onc5es5ions faites aux Hanséates. — Expédition en Hollande. — Exil du *^^phin. — Négociations commerciales avec l'Angleterre. — Mort de ^^ajrles VII.
\^ France, délivrée de la présence des troupes mercenaires 4^^ avaient vécu si longtemps sur son territoire, présentait C"^ 1448, un tableau assez satisfaisant. Jacques Cœur, l'argentin de Charles VII, avait rétabli de Tordre dans les finances jwbliques, tandis que la création des Francs-Archers, en dotant 16 royaume d'une armée permanente, lui donnait de nouveaux IDoyens de résister à toute attaque imprévue. Ce fut néanmoins dans ces circonstances que les Anglais , encore tout-puissants en Normandie, rompirent brusquement la trêve conclue en 4444, et se saisirent de la ville de Fougère.
Itt mSTOIRB DU GOUBKCX
Cliarles VII se hâta de profiter d'une occasion ftussi ftii déclara la guerre à l'Angleterre, et envoya une ambaasad nelle au duc de Bourgogne, afin de réclamer le seco chevaliers flamands et bourguignons.
Le duc, qui croyait avoir à se plaindre de Henri accueillit avec honneur les délégués français, et, tout i sant de prendre une part active à la lutte, permit à se d'aller combattre à l'étranger. Il resserra en outre les li lïmissaient déjà aux Écossais, en négociant avec eux o d'alliance (2).
Charles VII, connaissant la faiblesse réelle de ses ei se mit immédiatement en campagne, et ses efforts (tare ronnés de succès. Les Anglais, après lui avoir vailii disputé Rouen et Harfleur, perdirent ces deux villes, e été défaits à Formigny, se virent forcés d'évacuer la Non qu'ils s'étaient flattés de conserver. Une crise politiq encore ajouter à leurs embarras, et rendre leur retraite | inévitable. La reine d'Angleterre, Marguerite d'Anjou, < une grande influence sur les affaires, et les revers qu'es! ses agents étaient imputés à sa mauvaise administration, de Sufiblk, son conseiller, fut mis à mort, et une réfoK à Londres, fomentée par un homme du peuple, nomt Gade, qui se donnait pour descendant du duc de Glar héritier d'Edouard III. Le parti royaliste finit par tri< mais, tandis qu'il employait toutes ses forces à vaincre tion, les Français entraient en Guyenne, saisissaient la des places fortes de ce duché, et se rendaient maîtres deaux en juin 1451. Le duc de Bourgogne, malgré te adresse, n'avait pu rester longtemps en dehors de ces di
(1) Le roi d^Angleterre avait déjà nommé une commission le bre IIIS, pour examiner certaines réclamations soumises à son oc la duchesse de Bourgogne. Cette commission était composée de I StafTord, Jolin Marcnag, Robert ShyUington et de quelques antres. 1 tés anglais et flamands se réunirent ensuite à Calais, pour y faire va griefs réciproques. Les intérêts de nos compatriotes furent conSi cette négociation, à Henri Utenhove et Jean Postel.iVoy. Rymer, t. tic, pp. 6, 6, 9.
(2) Tytler, Hist. ofScoiland, 1. 111, p. 211.
ET DE JU MARUfB EH BELGIQUE. 129
rompu toute relation avec Henri VI dès 1450 (1), et les 'ios de Dieppe, de Honfleur et de Rouen ne se faisaient point de scrupules d'arrêter les navires belges. Une foule de pécheurs ostendais ayant été rançonnés par les corsaires britanniques, babîtants d*Ostende unirent leurs ressources pour faire ces brigandages, et quarante trois bateaux, armés en guerre, mirent à la voile afin d'aller livrer bataille aux forces anglo-françaises. Cette agitation n'était que le prélude d'événements i^us sérieux, dont la Flandre entière allait bientôt subir Tinfluence. Il ne sera pas inutile, avant d'en commencer le Técit, d*exposer brièvement les circonstances qui contribuèrent k les amener.
Les communes belges, ainsi que nous l'avons déjà fait obser- ^^r, avaient acquis une telle indépendance dès le xiv« siècle, ^e leurs princes, après les avoir soutenues pour s'en servir contre l'aristocratie féodale, s'étaient vus dans la nécessité de l^s combattre à l'aide de cette même puissance, désormais •oumîse. Deux principes s'étaient alors trouvés en présence en Sandre : l'un, tout populaire, tendait à l'harmonie par la fédé- ■^tion; l'autre, essentiellement gouvernemental, réclamait la ^^niralîsation des pouvoirs, opposant aux chartes communales *^ droits inaliénables du souverain. Déjà, en 1439, des diffé- *^iids d'une nature assez sérieuse s'étaient élevés entre le duc ^ les Gantois, tant au sujet du renouvellement de la loi de leur ^lle,que sur des matières de juridiction et d'impôts.
liCs bourgeois de Gand, d'après un privilège concédé autre-
is par Philippe le Bel, en 1301, étaient appelés à nommer
Quatre prud'hommes, qui, assistés de quatre collègues choisis
par le roi de France ou le comte de Flandre, étaient chargés
^*élire vingt-six personnes, auxquelles étaient confié le gouver-
^^^Btteat de la cité. Peu à peu les dispositions de ce décret royal
avaient subi des altérations, de manière à augmenter Tinfluence
*^ corps de métiers, qui comptaient, en 1450, vingt de leurs
U) i8 mars 1460, lettre de Henri VI à la commune de Londres, on faveur "^ fltmands, qu'on doit eontinuer à protéger « malgré la trahison de celui W se dit duc de Bourgogne. > Voy. Delpit, Documents français en Angleterre,
ISO aigroiBE DU conmacB
représentants parmi les magistrats communaux. Ces innova tiens, toutes flavorables aux intérêts de la démocratie gantoise étaient vivement repoussées par le duc, qui les considéndeii comme destructives du privilège de 1301.
Quant à la question des impôts, elle n'était pas moins impoi tante. L'aide ou le subside se payait en nature sous le gouvei nement féodal; il était aussi personnel et se percevait pa foyers. Insensiblement, à la suite de changements dont on n peut préciser les dates, il était devenu réel^ en conséqaenc du rachat des services féodaux, et l'impôt, au lieu de flnipps le serf, grevait les biens de l'habitant des villes, la propriél du bourgeois (1). De là un mécontentement croissant, qui a fit qu'augmenter jusqu'en 1446, époque à laquelle Philippe c Bourgogne voulut soumettre les Gantois à la perception â^um taxe sur le sel. Les relations entre le prince et ses sqjMs ^m devenues de plus en plus difficiles, celui-ci fit mettre de Ibi garnisons à Audenarde, à Termonde, à Gavre et à Rupelmo; puis, adoptant le système qu'il avait déjà suivi pour vaincra résistance de la ville de Bruges, ordonna de barrer tons canaux qui se dirigeaient vers Gand.
La crainte de voir se rallumer la guerre excita une émotS générale. Les marchands d'Espagne, d'Aragon, de Portas d'Ecosse, de Venise, de Florence, de Milan, de Gènes efc Lucques, résidant à Bruges, se hâtèrent d'intervenir, tandis €] les trois membres de Flandre se portaient pour médiateurs ecBl le duc et la cité de Gand. La querelle s'anima néanmoins plus en plus, et, le 31 mars 14S0, le duc de Boulogne pabl à Bruxelles un long manifeste, par lequel il annonçait son iafs tion de dompter par la force l'opposition des rebelles.
Il y rappelait tous les griefs qu'il avait à ikire valoir eott^ ces derniers : leur refus de la gabelle du sel, l'influence pr^ pondérante indûment exercée par les deux grands doyens
(1) Voy. Les placcards de Brabant, l. II, p. II. L*acte du 20 septembre lUT est un véritable monument législatif en matière dMmpOt. La plupart 4a^ subsides étaient basés sur les vingtièmes ; celte assiette devint invtrialiloS partir de 1686 ; avant cette année, elle avait été reprise et abandonnée, on ne s'en est plus départi depuis.
ET DE LA lURINE EN BELGIQUE. 131
métiers, Taccroissement des corporations par Tadjonction d'ouvriers forains, les sentences criminelles prononcées par les magistrats municipaux sans Tintervention du bailli.
Au moment de s'engager dans une telle entreprise, le duc, avec sa prudence habituelle, ne négligeait nul moyen pour s'attacher les communes qui lui restaient fidèles. On se plaignait l>eaucoup des usuriers lombards, dont l'avide rapacité n'était ^e trop connue, et auxquels les ducs de Bourgogne eux-mêmes avaient eu fréquemment recours. Philippe s'engagea à ne pas leur permettre de former de nouveaux établissements, et promit ^e les faire surveiller sévèrement (1). Il abolît certains droits ^ontses prédécesseurs avaient joui jusqu'alors en Hainaut(2), ^t accueillît favorablement une députation anversoise, chargée P^ le magistrat de lui, présenter des réclamations concernant ^^ débit des vins en cette ville.
Il paraît que quelques communautés ecclésiastiques, profi- ^nt du privilège dont elles jouissaient d'introduire des vins ^^ns la cité sans payer de droits, se livraient à la vente en ^^tail de cette denrée, de manière à s'en faire un véritable mono- Pôle, leurs concurrents ne jouissant pas des mêmes avantages. *-^ duc fit droit aux remontrances des marchands anversois, et statua qu'aucune personne, étrangère aux communautés, ne Pourrait s'approvisionner dans les caves ecclésiastiques. Des Sardes furçnt établis pour veiller à l'exécution de cette ordon- '^^nce, et placés sous la protection spéciale du prince.
Cependant le désordre régnait à Gand , que la classe aisée ^^mmençait à abandonner, dans la prévision des troubles. Les ^^pîlaines, les échevins et les doyens des métiers de cette ville, ^Près avoir vainement réclamé l'appui des communes voisines, ^^ïessèrent une longue lettre à Charles VII, lui exposant la ^^toation dans laquelle ils se trouvaient, et le priant, comme l^p souverain seigneur, de les aider à maintenir leurs droits
U) Gachard, Invent. des archives du royaume de Belgique, III, 4.
i^) • Les droits de bois de chauffage, cliênes et autres bois quelconques que,
^soQpays du Hainaut, ont accoustumé prendre ses officiers avec un petit
^^tel dont on a accoutumé d'user le bailly des bois, ensemble les droits de
^^n, de pourchaux en la forest de Mourmal qui ont accoutumé avoir les
^^ofBders. > Lille, Begist, aux chartes, archives générales du royaume.
i3S HISTOIRE W GOMMERGB
et leurs privilèges, dont il était, disaient-ils, le défenseur inttt rel. Cette missive venait à peine d*ètre enveyée, que ambassadeurs anglais arrivaient à Gand, avec mission, dei part d'Henri VI, d'offrir aux rebelles un secours de 7,000 boi
La réponse du roi de France ne fut pas favorable, et lait la soumission. Elle ne fit qu'envenimer l'animosité partis, et, vers le milieu de l'année 14S2 , les Gantois coi cèrent les hostilités en s*emparant des châteaux de Gavre, Poucke et de Schendelbeke.
Après de nombreuses escarmouches, durant lesquelles il sel de part et d'autre, de brillants exploits, les deux armées sei prochërent insensiblement, et la guerre prit un caractère cruel et plus acharné. Les Gantois, s'appuyant sur le pejs Waes et les villes d'Hulst , de Bouchout, d'Assenede et d'i avaient établi leur quartier général à Basele, où ils s\ retranchés. Une puissante artillerie y était venue de Chaque métier avait fait fondre une coulevrine où son nom gravé. Leur chef était Gautier Leenknecht.
Le duc, alors à Rupelmonde, prit le parti de les atta( et, ayant partagé ses forces en trois divisions, envoya avant-garde contre l'ennemi, dans l'espoir d'attirer celoi* hors de ses retranchements. Il y réussit sans peine, car adversaires étaient aussi ardents qu'inexpérimentés, et, a| avoir combiné toutes les précautions nécessaires pour it surer la victoire, les chargea tout à coup avec tout son moi Les Gantois, vivement pressés résistèrent d'abord avec coui Jacques de Luxembourg , l'un des chefs bourguignons ttj abattu II coups de piques dès le commencement de la où périt également Corneille de Bourgogne, fils naturel du Forcés de céder à des forces supérieures, ils s'ébranlèieil| enfin, et le désordre se mit dans leurs rangs. Un grand nomkNl d'entre eux furent massacrés durant la retraite. Gauthier Lea(| kneclil, leur commandant, qu'on releva sur le champ de bataiDaj dangereusement blessé, fut aussitôt traîné au gibet, en cipîl! tion de la mort du bâtard de Bourgogne. !
Le lendemain du combat de Rupelmonde, on aperçut utf flotte nombreuse qui remontait l'Escaut, les voiles bigarrée d'écussons aux éclatantes couleurs; elles portait leshomoB
d*annes réunis en Hollande par les sires de Borssele, de Bréderode et d'autres puissants bannerets, et menaçait les rebelles dMne diversion redoutable : ceux-ci continuaient leurs préparatifs de défense, et repoussèrent toute proposition d'accommodement.
L'armée bourguignonne, désormais renforcée , reprit TofTen-
^ive et, s'avançant dans le pays de Waes, déjà si remarquable
par sa belle culture et ses richesses agricoles (1) , le ravagea
entièrement. Les Gantois, qui tiraient leurs vivres et leurs
approvisionnements de ce district, souffrirent bientôt de la
disette, et, lassés de tant de revers, se décidèrent à entrer en
négociations. Des conférences eurent lieu à Lille, b Tinterven-
tîon du roi de France, dont les délégués présidèrent aux débats.
^^^ députés flamands y rappelèrent tous leurs griefs, et se plai-
BiUrent surtout de ce que les transactions commerciales avaient
^^ soumises à des impôts illégaux, qui avaient eu pour consé-
Vience, disaient-ils, le départ des marchands osterlings.
Les envoyés du duc, de leur côté, accusèrent les bourgeois ^^ Gand de désobéissance et de trahison, ajoutant que si les ^terlings les avaient quittés , ce n'était pas à cause des taxes ^'on réclamait de ceux-ci, mais par suite des vexations qu'ils ^^vaient subies à Bruges. Leur retraite, disaient les Bourguignons, n'occasionnait d'ailleurs que des pertes peu sensibles ^n commerce flamand, les Osterlings se bornant à importer d© la pelleterie, et quelques autres marchandises de valeur l médiocre.
I Le 3 septembre 1452, les députés gantois retournèrent triste- I Bient vers leurs compatriotes : toutes leurs demandes avaient I été lejetées.
■ lies rebelles, frustrés dans leurs espérances, se remirent
■ ^^issitôt en campagne, sans laisser le temps au duc de rassem- S ^ de nouvelles troupes. Ils sortirent en grand nombre de la ^ ^e, sous la conduite de différents chefs, marchèrent sur Hulst,
¥^ détruisirent totalement, pillèrent Axel, et se rendirent ^tjes d'Ardembourg, d'Oostbourg et de beaucoup d'autres locflités, où ils laissèrent des traces sanglantes de leur pas-
j W Voy. Van den Bogaerde, Het distrikt St.-Nikolaas, derde dcel.
>VT. M COXMIRCl, T. n. 9
i34 HISTOIRE DU COMIIERCK
sage. Le pays d'Alost fut entièrement ravagé par eux, et ik étendirent leurs courses jusqu'aux portes de I*Écluse.
Le duc, malgré toute sa puissance, ne savait trop commat mettre Fin à cette guerre cruelle. Il ne pouvait songer à cofr mencer le siège de la ville de Gand, les ressources dontildii* posait n*étant pas suffisantes pour une telle entreprise, i d'ailleurs il manquait d'argent. Les communes qui lui ëakâ restées fidèles, gémissaient sous le poids des taxes et des impdifc Il faisait par force des emprunts aux hommes riches, e: une contribution de tous les nobles qui ne pouvaient lui le service militaire , et arrachait au commerce et à l'ind les plus lourdes redevances.
Il parvint néanmoins à se faire, dans le courant du de juin 1453, une armée assez nombreuse pour quitter et se remettre en campagne. Il reprit les forteresses de delbeke et de Poucques,au siège desquelles périrent quel uns de ses plus braves chevaliers , et vînt investir le châti de Gavre.
Si les rebelles avaient été bien conseillés, ils se bornés à harceler les troupes boui^uignonnes, en évitant gneusement toute action décisive : le duc eût été bientôt de licencier ses hommes d'armes, dont l'entretien lui occasi nait des dépenses considérables. De plus, la disproportion existait au xv^ siècle, quant au siège des places de guerre, ei les moyens d'attaque et les moyens de défense, permettait bourgeois des villes, retranchés derrière leurs murailles, braver longtemps les assauts des plus braves soldats, tai qu'ils étaient souvent les plus faibles dans une lutte en champ, où la victoire appartient d'ordinaire aux bandes mieux disciplinées.
Les Gantois, excités par quelques-uns de leurs cheft, rfi tèrent pas cette tactique, et le duc de Bourgogne apprit joie qu'ils s'avançaient à sa rencontre, bannières déployées, en ordre de bataille.
Ils étaient au nombre d'environ quarante mille, car il été ordonné à tout citoyen, de vingt à soixante ans, déco; rir à la défense publique, sous peine de la hart. Arrivés ea^ du chùteau de Gavre, ils se déployèrent dans la campagne, leif
Iroite s'appuyant sur TEscaut. Leurs meilleurs combattants étaient armés de longues piques. Sur les flancs était l'artillerie, gardée par des hommes à pied munis de haches , d'épées k deux tranchants ou de marteaux à pointes de fer. La cavalerie, commandée par Jean de Nevele, formait les ailes avec quelques auxiliaires anglais, envoyés par Henri VL En seconde ligne était la foule des ouvriers peu accoutumés au maniement des armes, les bommes âgés, les gens de la campagne et ceux du pays de ^aes; les bagages et les chariots étaient par derrière (1).
L'avant-garde du maréchal de Bourgogne s*élança aussitôt en avant, dans Tespoir de jeter le désordre dans les rangs des ^upgeois de Gand , qui se formèrent en carré à l'approche de ^tte cavalerie, repoussèrent ses attaques, et continuèrent à n^archer vers Gavre, déplaçant leurs canons à mesure qu'ils Signaient du terrain.
Le combat; s'engagea enfin avec vigueur, sur toute la ligne. I^ duc, voulant à tout prix rompre cette masse compacte, Rêvant laquelle venaient échouer tous les efforts de ses chevalin la fit assaillir par son artillerie légère et ses archers. Les ^tois, accablés de traits, s'ébranlèrent en ce moment, et l'ex- PlosioQ d'un chariot de poudre acheva de mettre le désordre Pî^nni eux.
Rejetés du côté du fleuve par les hommes d'armes picards, ^f retraite se changea enfin en déroute complète. Pour- ^vis par les vainqueurs , les uns se jetèrent dans l'Escaut, et ^'^ noyèrent , tandis que leurs compagnons périssaient sous la l*Mie d'armes des Bourguignons, ou étaient foulés sous les I^ de leurs chevaux. Le carnage fut effroyable , et des mil- ^ de cadavres couvrirent bientôt la plaine.
Deux mille Flamands, s'arrétant dans leur fuite, s'étaient
'Mnnchés dans une prairie, entourée en partie par la rivière,
M défendue en avant par une forte baie et un fossé. La lutte
<!f renouvela avec acharnement, et le duc de Bourgogne, qui
s'ââit élancé dans la mêlée, fut sur le point d'y périr, de même
çw son fils» le comte de Charolais , qui y fut blessé d'un coup
d0 lance.
(1) De Barante, Biit. des ducs de Bourgogne, 1. 11, p. 112.
Ce fut le dernier épisode de cette terrible guerre. Le 27 juillet 1453, une députation gantoise se présentait au due Philippe, et lui apportait la soumission de la ville rebeDd Les métiers abdiquaient le pouvoir, et désormais l'aristocntie urbaine, plus favorable au prince, reprenait la direcdoi; des affaires.
Au moment où les Gantois déposaient les armes, l'empin grec, qui penchait depuis longtemps vers son déclin, succoflh bait aux attaques des Turcs, qui investirent enfin Constantin nople, bien résolus à s'en emparer. Hs s'attendaient à y rencontrer une vive résistance, mais les Grecs et les Latins étaiot divisés entre eux, et oubliaient les dangers de leur patrie cosh, mune dans l'ardeur de leurs sanglants débats. Cependant Vénitiens, les Génois, et d'autres auxiliaires appartenant diverses nations, firent quelques efforts pour sauver la \t11c; la plupart des portes étaient occupées par des étrangers, û Justiniani, qui commandait la flotte vénitienne, forçait toushi; navires venant de la mer Noire à entrer dans le port, afin contribuer h la protection de la côte. Ils se virent néanmoi obligés de céder; le trône des Paléologues fut renversé, Bysance devint la capitale de l'empire turc.
Cet événement, depuis longtemps prévu, porta un coup&tll au commerce de Venise, qui passa en partie aux Génois. Ceux-d réussirent en effet h conclure un traité avec les conquérants, par lequel le sultan , tout en se réservant le droit de raser tel murs du faubourg de Galata, garantit aux marchands de Génei la possession de leurs maisons, de leurs magasins, deleuit, vignes et de leurs moulins, leur permettant d'aller et de venir dans toute l'étendue de ses Étals, afin d'y vendre leurs nufl^ chandises, h condition d'acquitter certains droits dédouane, ainsi qu'une capitation fixe, le « Karatsch. » Il leur conoéà en outre le privilège de conserver leurs lois et coutumes, d'à leurs églises, mais sans cloches, et de choisir un a ancien pour juger leurs contestations.
Ce traité, qui donnait aux Génois le monopole du commer» de la Remanie et de la mer Noire, fut respecté fort longtemps, car on le retrouve encore renouvelé par Sélim, en 1612. Il multiplia considérablement nos relations commerciales avec h
▼îllede Gênes, alors richç et puissanlei en restreignant, d'un au tre côté, nos rapports avec Venise.
1-6 génie industriel, toujours actif malgré toutes les révolutions sociales, accomplit, vers le milieu du xv« siècle, l'un de ses plus brillants triomphes : la découverte de Timprimerie. li'irivention de la gravure avait déjà donné la pensée, quelques fumées auparavant, de stéréotyper en quelque sorte les formes graphiques, mais on n'y parvenait que par des procédés assez lents, car chaque page d'un manuscrit exigeait la confection ffune planche gravée , c'est à dire un travail pénible et dispendieux. Il fallait perfectionner une idée féconde, et on y parvint psur rinlroduction des caractères mobiles, dont les combii^aisons variées se prêtent à tous les caprices de la parole humaine.
L'art typographique, dont l'influence sur la civilisation devait être si considérable, fut introduit de bonne heure en Belgique. La corporation des libraires, auxquels les imprimeurs s'adjoi- Bnirent bientôt, était constituée à Bruges dès 1434, et un de ^os compatriotes, Gérard de Flandre, monta une imprimerie à ï^évise en 1471. Ce fut Thierri Martens (1), qui eut la gloire d'établir le plus ancien atelier de ce genre dans notre pays. Né * Alost, il s'initia aux procédés typographiques à Venise, où il *^vailla peut-être sous la direction de Gérard de Flandre, et, de ''Ctour dans les Pays-Bas, publia dans sa ville natale le premier Ouvrage qui sortit de ses presses, le Spéculum conversionis P^ctatorum. Il s'établit en 1476 à Anvers, où il eut bientôt des ^^lateurs.La même année, les Frères de la Vie Commune fondèrent une imprimerie à Bruxelles, où ils éditèrent le Spéculum
Le plus ancien imprimeur anglais, William Caxton, qui exerça toïiglemps à Bruges les fonctions de maître et gouverneur des marchands britanniques, fit son apprentissage en cette ville, où Colard Mansion fît paraître, en 1475, la première partie d'un ^^ge théologique, intitulé « le Jardin de dévotion. »
I^ duc de Bourgogne, en faisant la paix avec les Gantois,
(J) D'autres écrivent «Mertens. » Voy. Foppens, BibL helgica, l. II, p. 117. W Delprai, Verhandaing over depaterhuizen, Utrechl, in-8', p. \U.
reprit un projet qu*il nourrissait depuis longtemps, et quel» victoires remportées par les Turcs lui donnaient hâte d'accottplir : celui de se mettre à la tête d'une nouvelle croisade cootn -^ les infidèles. Il en prit rengagement solennel, durant un lni> quet qui est resté célèbre dans les annales chevaleresques, el son exemple fut suivi par la plupart des seigneurs de sa cour. Il employa toute Tannée 1454 aux apprêts de cette expédition et se rendit même en Allemagne afin d*en conférer avec femp^ reur, dont il ne reçut que de vagues promesses.
Les communes de Flandre s'intéressaient vivement à ei voyage d'Allemagne. Préoccupées à juste titre du ralentisse ment de leur commerce , elles regrettaient surtout Tabseï» prolongée des marchands osterlings, au sujet de laquelle eOfli avaient déjà fait des représentations au duc Philippe. Elles U envoyèrent des députés peu de temps après le mariage à comte de Charolais avec Isabelle de Bourbon, afin de lui rqh peler celte affaire (1). La démarche étant restée sans résultat, Il bourgmestre , les échevins et les conseillers de la ville dl Bruges écrivirent aux Gantois, le 14 juin 14S6, les priant dehi appuyer auprès des commerçants de la Hanse. Ces dernioi ayant fait répondre qu'ils ne consentiraient à rouvrir leon comptoirs qu'à la condition d'obtenir le remboursement dei dommages qu'ils avaient éprouvés durant la guerre, lesBni- | gcois se mirent de nouveau en rapport avec les magistrats de \ Gand, leur déclarant qu'ils contribueraient pour une forte part au paiement des capitaux réclamés par les Hanséates (2).
Malgré tout le désir que montrait le duc de Bourgogne de commencer renlreprise de la croisade, d'autres soins l'obligeaient sans cesse à Tajourner. Nous le retrouvons, en 1438^ guerroyant en Hollande, dans des circonstances toutes partico- Hères.
L'évéque d'Utrccht était mort récemment; cet évêché étal
(1) Les inslrucUons données en cette occasion aux députés flamands, cqa* tiennent aussi quelques détails sur les prétentions élevées par Pierre 4b Vrieze et le procureur général, contre Jean Blaeuvoel, bourgmestre èB Damme, au sujet du tonlieu sur le poisson apporté en Flandre. Voy. Anhitê delà ville d'Ypres, V bureau voûté, armoire B, case 40, n" 18.
(i) Parmenlier, Documents relatifs à la Hanse.
riobe, puissant» et la souveraineté du pays en dépendait ; aussi avsiit-il été en tous temps un grand objet d'ambition pour les princes, et il y avait eu souvent de sanglants débats pour déoider des élections du chapitre épiscopal d'Utrecht. Le duc désirait beaucoup que son fils bâtard, David, déjà évéque de Thérouenne, passât sur le siège vacant. De son côté, le duc de Gueidre avait recommandé aux chanoines d*élire Etienne de Bavière. Les chanoines, dans la crainte d'offenser l'un ou Taulre de ces candidats, prirent un moyen terme et nommèrent leur prévôt, Ghisbert de Bréderode, qui appartenait à l'une des plus illustres familles de Hollande, et méritait leurs suffrages. Philippe de Bourgogne, après avoir obtenu une bulle du pape en faveur de l'évéque de Thérouenne, assembla des troupes et entra sur le territoire hollandais avec environ quatorze mille eombattants. La plupart des villes belges contribuèrent à cet ornement. Ghisbert de Bréderode, se voyant dans l'impossibilité de résister à son rival, lui abandonna ses droits et reçut en échange le doyenné du chapitre de Saint Donat à Bruges , avec une grosse pension.
L*arfflée bourguignonne n'avait pas encore quitté la Hollande, lorsqu'on y reçut la nouvelle que de graves événements se préparaient en France.
Charles VII, possesseur paisible de tout le royaume, sauf ^ais et Guines, était depuis longtemps en désaccord avec son Ws, le dauphin. Ce jeune prince vivait loin de la cour, où il ne ^ croyait pas en sûreté, et s'était trouvé mêlé à plusieurs inspirations dirigées contre le roi. Plein d'astuce et d'habi- '^W, impatient de régner, il inspirait la plus grande méfiance *to conseillers de son père , qui se décida enfin à réunir des ferces assez considérables, afin de s'emparer de la personne du dauphin. Celui-ci, comprenant le péril de sa situation, prit la ''iite suivi d'un petit nombre de serviteurs, et, arrivé dans le ^Hité de Bourgogne, annonça au roi qu'il allait rejoindre le *nc Philippe, afin de prendre part à la croisade. Il traversa, ^^ presque s'arrêter, la Lorraine et le Luxembourg, évitant •Vec soin de traverser les possessions françaises , et fit son ^trée à Bruxelles avec une escorte d'environ dix chevaux. Le duc de Bourgogne, dont la présence dans le nord des
Pays-Bas n'était plus nécessaire, partit aussitôt pour le Brabao^ et fit le plus brillant accueil à son royal neveu, malgré Tattii menaçante de Charles VU. Il lui donna pour résidence le teau de Genappe, lui assigna une pension considérable, tout en refusant de prendre les armes en faveur de ce rebelle, se déclara prêt à défendre les droits de Tbospitalilé. se complaisait, avec une oi^eilleuse satisfaction, à couvrir sa puissance l'héritier d*un vaste royaume, et eut dédaigné prêter Toreille aux paroles prophétiques du père outragé ce Mon cousin de Bourgogne ne sait ce qu*il fait, de nourrir renard qui mangera ses poules. »
Le dauphin, dès son apparition en Belgique, songeait effet , avec cet esprit d*intrigue qui le rendait si redoutable, semer autour de lui des éléments de discorde. Reçu dans villes de Flandre, qui rivalisèrent de splendeur et de luxe lui faire fêle, il fut frappé de leurs richesses, et particuli ment de Taspect animé de TÉcluse, où Ton voyait en malgré la décadence du commerce dans cette partie de contrée , près de cent cinquante navires entrer au port en seule journée. Ces tableaux, en lui dévoilant les ressoni immenses de son protecteur, excitaient la secrète envie jeune prince, et lui inspiraient le désir de miner sourd ce dangereux pouvoir, avec lequel il se croyait appelé à eni en lutte lût ou tard.
Aussi prudent qu'avisé, il se garda bien cependant de lever le masque, et, tout en redoublant d'attentions envers hôtes, il observait patiemment leur entourage, se faisait p senler les plus influents d'entre leurs serviteurs, prodiguait ceux-ci l'or et les caresses et se préparait des moyens d'acliot: pour l'avenir, en s'assurant dans le présent des auxiliaire^ dévoués. '
Les circonstances, d'ailleurs, favorisaient ses intentionid Parmi les seigneurs qui vivaient h celte époque à la cour im Bourgogne, on distinguait, entre tous, les seigneurs deCrofc dont la haute faveur mécontentait non seulement le peuple, mail avait même porté ombrage au comte de Charolais, ainsi qA une grande partie de la noblesse. Le dauphin , exploitant cet rancunes, amena les deux partis à une rupture complète, ffok
résulta une vive altercation entre le vieux duc et son fils , qui se refusait à tous ménagements.
I>ans l'intervalle, le roi de France, de plus en plus courroucé, s*SLlliait aux plus ardents adversaires du duc Philippe. Les Anglais, repoussés en Normandie et en Guyenne, attaquaient les vaisseaux belges, malgré la trêve conclue entre les deux nations, pillaient les marchandises qu'ils trouvaient à bord et massacraient impitoyablement ceux d'entre nos marins dont ils parvenaient à s'emparer. Ces déprédations ayant soulevé des clameurs universelles , Henri VI , bien que fort mal disposé à regard de nos souverains, se vit contraint d'écrire à ses officiers, le 14 mai 1488, afin de leur recommander strictement de réprimer la piraterie. Il accorda, vers la même époque, un sauf-conduit à Antoine de Bourgogne, Thibaut de Neufchâteau ^^ Jean cfe Créquy, qui étaient cliargés de présenter les récla- '^^lions des armateurs flamands.
Ces commissaires ayant jeté les bases d'un arrangement ,
^^cob de Vinage fut envoyé en Angleterre, en compagnie de
^ïïion de Moerkerke, pour continuer les négociations avec
''^îlliam Sprener et John Derby, qui leur communiquèrent à
*^Ur tour les plaintes des commerçants anglais , victimes de
^elques représailles. Pendant ces pourparlers, Henri VI con-
P^'^Hoa les privilèges accordés aux pécheurs belges en 1406 , et
*^Ur permit d'exercer leur industrie sur la côte anglaise.
t-es relations politiques entre la France et les Pays-Bas, se Compliquant de plus en plus, en étaient arrivées à une crise ^^ngereuse pour la paix publique, lorsque le roi Charles VII "Courut à Mehun-sur-Yèvre, le 22 juillet 1461.
Le dauphin avait de nombreux ennemis, et craignait d'être
**^1 reçu par ses nouveaux sujets. Le duc de Bourgogne lui
^ï^t encore en aide , et manda sur-le-champ à ses propres
^ntilshommes, de se trouver en armes avec leurs suivants
\^ 8 août, à Saint-Quentin. Ces précautions furent néanmoins
^ï^utiles, car nul ne se présenta pour disputer le pouvoir au roi
I^uis XI.
l»*appréhension était grande cependant, parmi les anciens
^ïiseillers de Charles VII, à l'approche de l'héritier du trône.
^ lui attribuait le projet de renouveler tous les offices , et de
détruire tout ce que son prédécesseur avait si péniblement organisé. En effet, l'un de ses premiers soins, en arrivant dans ses États, fut d'enlever la charge de grand maître de l'hôtel au sire de Gaucourt, pour la donner à Antoine de Groy, l'un de ses confidents à la cour de Bourgogne. Le duc Philippe, malgré les prévenances dont il était l'objet, ne se faisait pas illusion sur l'avenir :
a — Le roi, disait-il au duc de Bourbon quelques jours après la cérémonie du sacre, le roi ne régnera pas longtemps en paix. Je le connais : avant peu, il aura tout mis dans un trouble merveilleusement grand. »
Ge fut sous de pareils auspices que s'ouvrit le nouveau règne.