CHAPITRE IX
Bpfrmnent de Louis XI. — Travaux agricoles dans le Luxembourg. — ; Maladie du duc de Bourgogne. — Guerre civile en Angleterre. — Cession i des Tilles de la Somme. — Mécontentement du comte de Charolaîs. — f Jkn&eiiiçit naval contre les Turcs. — Une flotte belge dans la Méditerra- [aée. — l>éconverte et colonisation de rArchipel des Açores. — Prohibil^'^tifm des draps anglais. — Le comte de Charolais s'empare du gouvemet. — Ligue du Bien Public. — Bataille de Montlhéry. — Traité de -Confluia. — Troubles dans le pays de Liège. — Traité de Saint-Trond. — itâon commerciale et industrielle de Binant. — Siège et destruction cette ville. — Les Dinantais à l'étranger. -— Deux armées en présence. ^ Mort du due Philippe de Bourgogne.
seigneurs qui entouraient Louis XI , cachant leurs préipations secrètes sous un empressement que démentait leur laite passée, ne s'étaient pas trompés en le considérant le leur plus dangereux ennemi. Trop jaloux du pouvoir consentir à le partager, ce prince méditait en effet leur issement. Déjà Charles VII était parvenu à se soustraire à la ^ndérance anglaise ; son successeur s'était imposé une tâche difficile et plus pénible : il allait disputer le royaume aux feudataires, et préparer le démembrement de leurs ^nses apanages.
7orcé de temporiser avec ses vassaux, afin de ne pas les ler à se coaliser contre lui, sa politique vacillante et eau-
144 HISTOIRE DU COIDIERCE
teleuse se ressentit des embarras de sa position. Pleii plaisance envers le duc de Bourgogne, il le consultait ment, sans jamais adopter ses avis ; lui promettait sa des griefs qui avaient pris naissance sous le gouvem feu roi, et les aggravaient ensuite au lieu d*y porter sa conduite était aussi mystérieuse que sa pensée.
Le duc quitta Paris, le 30 septembre 4464, pour s dans le Luxembourg. Il y convoqua les États locaux, i hommage, et contribua puissamment à la prospérité < vince en ordonnant la mise en culture d'une assez gra due de terres, restées en friche jusqu'à cette époque retour en Brabant, vers le milieu de l'hiver 4462, il te vement malade , et l'on désespéra d'abord de sa vie. ! lescence fut aussi longue que douloureuse, et il n encore entièrement rétabli que déjà ses relations avec et l'Angleterre réclamaient toute son attention.
Henri VI, que la taiblesse de son esprit rendait inc gouverner, n'avait plus aucune autorité sur ses su faction puissante lui disputait le pouvoir et, adopi signe de ralliement une rose rouge, soutenait les pi de la maison d'York, ardemment combattues par la r guérite d'Anjou , dont l'administration tyrannique av tous ces troubles. Le duc dTork étant parvenu, en 448 parer de la personne du roi, le duc de Bourgogne n hésité à entrer en négociations avec lui, les intérêts ciaux des villes belges lui faisant un devoir de ménag réel du gouvernement anglais. Charles VII au contraii point arrêté par de pareilles considérations, avait con appuyé la dynastie déchue; les partisans de la maisoi
(1) Et dient aulcuns que, puis mil ans, Pluiseurs terres ercnt demorées En gast, sans cstrc labourées, Qui ont esté mises à labeur Depuis que ce noble seigneur Le puissant duc des Bourguegnons En ol les dominacions.
Chron. dcVahbaye de Floreffe, éditée par U deReiffenberg, p. 183.
castre — dont le symbole était une rose blanche — trouvaient ttû asile assuré à Paris.
ïieduc d'York, qui avait pris le titre de protecteur du royaume, ^geait depuis plusieurs années les affaires publiques, lorsque ^ ennemis reprirent brusquement le dessus, Tattaquèrent à Wakefield en 1460, et le détirent entièrement. Il perdit la vie durant le combat, laissant à son fils Edouard le soin de le venger. Celui-ci n*y manqua pas en effet, battit ses adversaires en diverses rencontres, força la reine Marguerite à se réfugier en France, et fut proclamé roi sous le nom d'Edouard IV.
Tel était Tétat des affaires en 1461. Le duc Philippe, fidèle à b politique qu'il avait suivie jusqu'alors , reconnut le nouveau gouvernement, au grand déplaisir de Louis XI, qui lui fit faire des représentations à ce sujet. Le duc, tout en accueillant avec ^gard les ambassadeurs français , leur déclara qu'il n'avait fait qu'user de son droit en signant une trêve avec l'Angleterre. Cette réponse n'améliora point la situation, et, peu de temps ^ptès, on vit paraître une ordonnance royale, défendant non s^ement de donner aide ou renfort aux Anglais rebelles, mais ïttême de commercer avec eux.
Cette mesure était inexécutable, car bien que les villes de Bnbant et de Flandre eussent été autorisées, en 1461, à établir des comptoirs à La Rochelle et dans quelques autres cités françaises, elles entretenaient des rapports trop considérables avec les Des Britanniques pour ne pas désirer les maintenir. L'un des premiers actes d'Edouard IV, en prenant possession du trône, avait été d'accorder une nouvelle charte à ceux de ses ^jets qui faisaient le négoce avec les Pays-Bas.
Louis XI, ne voulant pas en venir à une rupture ouverte avec Je duc de Bourgogne, se contenta d'accorder des secours à Marguerite d'Anjou, à l'aide desquels cette princesse tenta de ressaisir le pouvoir. Vaincue à Exham, malgré le concours actif et dévoué du maréchal de Brézé, elle n'eut bientôt d'autre ressource que de reprendre la route de l'exil. Arrivée à l'Écluse, elle croyait avoir tout à craindre du duc Philippe, mais celui-ci tout en déclinant de combattre pour la maison de Lança stre| sut respecter en cette circonstance les privilèges de l'infortune et du malheur.
ftia HisToniB 00 C(
t I in
Le roi de France, forcé de renoncer momentanément à l'^ de se fûre un allié de Henri YI , à la restauration duquel il travaillait que dans ce but, tourna ses vues d*un autre eâCé.
Les villes d'Amiens» de Montreul, de Doullens et de ^Riqob^ engagées autrefois au duc de Bourgogne pour une somq» quatre cent mille écus (1), ne lui avaient été remises qu^afli^ . Tindcmniser des dommages qu*il était exposé à souffrir, à époque, par suite de son attitude hostile envers les Anglais, circonstances n'étant plus les mêmes, le roi réclama villes, s'offrant à acquitter le capital en garantie duquel avaient été livrées. Le duc ayant accepté cet amogemenl; tarda pas à recevoir d'autres propositions, relatives à la de Douai, de Lille et d'Orchies, mais il y répondit par un
Ces transactions irritaient au plus haut point le comte CSbarolais, déjà aigri par la partialité que son père eootini témoigner en foveur des seigneurs de Groy. U s'éloigna qidqfli^ temps de la cour, et n'y revint que sur les sollicitations santés des députés des États, qui lui représentèrent le de toutes ces divisions.
Désormais plus tranquille, le duc se préoccupa de no de son voyage en Orient, et des moyens de hftter l'exëentiafr ertte grande entreprise. On avait déjà réuni les approvialoniM^ ments nécessaires à l'expédition, et fixé le nombre d'homuMi^ que devait fournir chaque fief pour la mener à bonne fin. soins n'ayant point sufii à satisfaire l'impatience de Philippe Bourgogne, il fut décidé, sans trop tenir compte des plaintes des réclamations des commerçants, qu'on se procurertit daf navires de transport en faisant main basse sur toutes *les nsii qui se trouvaient en ce moment dans le port de rÊduse.
Douze galères, montées par un grand nombre dTmmmsi d'armes, parmi lesquels on distinguait un corps de trois omt trente Gantois, mirent enfin à la voile, à rËcIuse, tran^mrlnti en Asie l'avant-garde de l'armée bourguignonne. Cette ilotlilll était commandée par le bâtard de Bourgogne (2), qui avait
(1) Par le traité d'Arras.
(2) Antoine de Bourgogne, qii*on appelait le grand bâtard, était oontadi la Roche en Ardcnnes et seigneur de la Vere.
*^ Ordres Baudouin de Lille (I), le sire Simon de Lalaing (2), '^ sîre de Bossut, le sire de Cohen et d'autres vaillants cheva- *^r8. Le vieux duc assista à leur départ, espérant bien les ^joindre un jour dans ces mers lointaines dont ils allaient *^*^er les périls : « Et estoit belle chose, dit un ancien chro- •^ niqueur , de voir les bannières et les pennons en chascun ^ Uteau , car cliascun capitaine vouloit monstrer quel homme ^ il estoit en ce haut et sainct voyage, et d'entendre les trom- ^ pettes et clairons sonnant à monter les gens d'armes chascun * en son navire. »
C^te escadre se dirigea d'abord vers le Portugal, où elle
débarqua des troupes belges, que le duc envoyait en ce pays (3),
et partit ensuite pour Ancône, lieu de rendez-vous indiqué à
ceux qui devaient prendre part à la Croisade. Elle avait déjà
i^emporté quelques succès sur les côtes d'Afrique, lorsque la
mort du pape Pie II vint jeter le découragement parmi nos
marins. Le retour de la flotte belge fut désastreux. Après avoir
été fort maltraitée par la tempête , elle arriva à Marseille au
commencement de l'année 1465, dans un état déplorable. La
peste avait éclaté à bord durant la traversée , et plus de cinq
<^nts personnes avaient succombé h ce terrible fléau. Il fallut
^ décider au retour, et, comme les hommes d'armes avaient
été décimés par la misère et les maladies, on les renvoya par
terre dans les Pays-Bas. Tandis que nos vaisseaux de guerre
IKHirsuivaient péniblement leur voyage, quelques marchands
bdges, animés de cet esprit d'aventure que le négoce semble
développer, cherchaient à doter leur pays d'une importante et
riche colonie.
Il existe, au milieu de l'océan Atlantique, un vaste archipel , s'étendant sur une longueur de plus de cent lieues marines, et eomposé de trois groupes d'îles, d'un aspect hardi et pittoresque, aux contours saillants et fortement prononces : nous
(1) Baudouin de LHle, flis naturel du duc Philippe, était sieur de Route, de Somergbem et de Loovergbem.
(8) Sieur deMontigny, et lieutenant général de la flotte. Son fils, Philippe da Laltliig, faisait aussi partie de Texpédition.
(S) Ferreras, Hi$t. de Eipana, t. X, p. 132.
voulons parler des Âçores. Les tles de Sainte-Marie et de Saim Michel, précédées par un amas de roches éparses, jetées c^ là entre les vagues, en forment la partie orientale; plus loi vers le centrede l'archipel, se présentent Terceire, Saint-Geor^ le Pic, Fayal et Graciosa; le troisième groupe enfin compre les îles de Florès et de Corvo.
Ce fut là que vinrent aborder, vers 1439, quelques Brugeo se rendant en Portugal pour affaires de commerce. Forcés s'éloigner des côtes d'Europe durant un ouragan, ils avai^n^ aperçu tout à coup une terre inconnue, entrecoupée derianc^s vallées et d'affreux- ravins, et conservant partout l'empreinte des forces volcaniques qui lui avaient donné naissance i m b étaient à Terceire.
Il ne paraît pas que leur chef, Josué Van den Bérghe, ait tî^ parti de cette découverte. Il la confia néanmoins à un de compatriotes, auquel les historiens portugais donnent le n(P de Fernand Dulmo, et celui-ci essaya de fonder un établissm^nt à Terceire, à l'endroit appelé « Quatre Ribeîras » ofc ^ vint séjourner avec une trentaine de personnes. Peu satisfît -^ des résultats qu'il avait obtenus, il revint en Portugal où il rei contra un autre Flamand, Jacques de Bruges, qui se décida tenter fortune à son tour.
Jacques de Bruges n'était pas sans jouir de quelque influencer^ ayant épousé Sancha Rodriguez de Arça, dame de Vinfiml^ Béatrix. Il fit donc des démarches auprès du prince don Henrt et, par une exception toute particulière aux lois du royaumef obtint, par lettres-patentes du 2 mars 14S0, la concession héréditaire de l'île dont il voulait faire son séjour. Après avoir composé à ses frais rarniemeiit nécessaire pour la colonisation de son nouveau domaine , il s'y transporta en personne , avec une suite nombreuse.
Plus heureux que Fernand Dulmo, son prédécesseur, il obtint dès l'abord un succès complet, et ce fut précisément ce qui l perdit. Cédant aux conseils perfides de Diego de Tève, l'un de siens, il entreprit de se rendre en Flandre pour en ramener df colons, et fut probablement assassiné durant la traversée, c on n'entendit plus parler de lui. Quoi qu'il en soit, Diego Tève, qu'on accusait de l'avoir fait périr, étant parti pour l
ET DB LA MARINE EN BELGIQUE. i|0
bonne, à quelque temps de là, se vit poursuivi par la veuve de
lacqiies de Bruges. Il fut arrêté sur les dénonciations de
^Ue-ci, et mourut en prison. Un Anglais, Edouard Paim, qui
savait épousé la fille de dona Sancha, fit alors valoir, en faveur
4e sa femme, le droit d'hérédité concédé à son beau-père. On
ï^e voulut point l'écouter. Après sa mort, Diego Paim, son fils,
présenta les mêmes réclamations, mais tout aussi inutilement.
Les Portugais ne voulaient plus confier cette capitainerie à des
étrangers, et en avaient disposé irrévocablement, au commen-
^Baent de 1464 , en faveur de deux des leurs , Joam Vaz de
Costa Cortereal et Alvaro Martins Homem.
Les Flamands ne renoncèrent pas cependant à leurs projets ^e colonisation. L'un des compagnons de Jacques de Bruges à Tcrceire, Guillaume Van der Haegen, reprit l'œuvre que celui-ci ^vait laissé interrompue, et commença des défrichements dans ^'Me de Saint-George. Deux navires, nolisés en Flandre par ses •oins, arrivèrent à la Pointe du Topo, et y débarquèrent un ^^62 grand nombre d*émigrants, parmi lesquels on comptait ^ ouvriers de diverses professions. Comme le nom flamand *ô « Van der Haegen » paraissait un peu dur à l'oreille des ï^ortugais, on prit le parti de le modifier et il fut transformé en ^Bséquence en celui de « da Silva, » appellation qui équivaut ^ peu près à celle de « Des Haies, » traduction française des ^ts « Van der Haeghen. »
L'Ile de Saint-George n'avait point été découverte par des Bdges, mais par quelques navigateurs italiens. Nos marins ne «gnalèreni apparemment que Terceire, Fayal et Graciosa, et la reconnaissance des autres groupes d'iles composant l'archipel des Açores est due aux Portugais. Quelques auteurs revendirent même, en faveur de ces derniers, l'honneur exclusif d'avoir fait connaître ces terres inexplorées, mais leur assertion, combattue d'ailleurs par les plus graves autorités (1), est d'au-
(t) Flrecberius, Ricciolus et Cellarius , assurent en effet que ce furent ded Jrageois qui abordèrent les premiers aux Açores. Le célèbre géographe Ortelios adopte aussi cette opinion : < Onse luyden, dit-il, noemense de Ylaemscbe Eylanden, om dat die eerst ondekt zyn by de Bruggelingen. » Toy. aussi sur le même sujet les ouvrages de Christoval Mosquera, de Gasfêr Tapello et de Jean Bapt, Vrient, ainsi que le travail de Jobn. W. Webster,
■HT. M COMUICB, T. O. 10
180 HISTOIRE DU COMliERCE
tant moins justifiée que l'archipel dont il s'agit conserva dura plus de deux siècles la désignation de a lies Flamandes (1) ,» que les partisans de l'opinion contraire allèguent non seu ment en leur faveur une tradition respectable , mais aussi acte officiel : la donation faite par l'infant don Henri à Jacqii de Bruges.
Reprenons notre récit. Une circonstance particulière ^ relever encore, en 1468, les espérances des colons flamar: L'infant don Pedro de Portugal, proche parent du duc de Bc gogne, avait besoin de troupes , et particulièrement de tm ofliciers. Il s'adressa dans ce but au duc Philippe (2), qui récl^ de son côté la cession des Açores, à laquelle le roi de PorLi. consentit en 1466, au profit de la duchesse de Bourgogne, tante. Celle-ci équipa aussitôt plusieurs navires, à bord d quels se trouvaient des gens de tous métiers, fit donnera futurs colons des meubles et des ustensiles, ainsi que d vivres pour deux ans, et les envoya à destination. On lei recommanda, au moment du départ, de ne pas oublier duchesse dans leurs prières , et chacun des émigrants dut s'ei gager à dire, à son intention, un Ave Maria durant 1^ célébr tion de chaque messe à laquelle il assisterait.
Près de deux mille personnes quittèrent ainsi les Pays-Bj se rendant à Fayal , que la duchesse céda en toute propriét en vertu des droits qu'elle avait reçus, à Josse Van Hueit seigneur de Moerkerke. Ce dernier quitta aussitôt la Flanc pour présidera Torganisation delà colonie belge, accompaj de Martin Bchaim, son beau-fils, dont le nom occupe une plî distinguée dans les annales de l'astronomie et de la géog phie (3).
a description of the hland of Saint-Michael, publié [à Boston en ISîl, 1 in-8*. On peut encore consulter : Saint-Génois, Les voyageurs belges ; Delepie La Belgique illustrée ; La description du Portugal, publiée par Ferdinand D( dans la collection de VVnivers pittoresque; Andersen, Bist. of commerce^ p. 472 ; Les îles de VAfrique, Univ. pitt.y vol. II, p. 84, etc., etc.
(1) Pierre Van den Broeck, qui voyagea de 1609 à 1629, nomme encon Açores « Vlaemsche Eylanden. »
(2) Ferreras, Hist. de Eîpana, t. X, p. 132.
(3) Il perfectionna rastrolabe, inventé parles Arabes, et constraisll
L'île de Fayal, alors couverte des touffes verdoyantes d'une espèce de bruyère » la myrica faya , offrait à nos émigrauts de Sninds avantages. En effet, son sol volcanique, d'une fertilité ^f^naarquable, se prêle non seulement à la culture des céréales ^^urope, maïs aussi à celle d'une foule de denrées précieuses, ^ï^*on n'obtient que dans les pays méridionaux. On n'y connaît Ppiut d'hiver, l'atmosphère y est pure, la température déli- ^^use(l).Unebaiesemi circulaire, située àla partie orientale de * Ue, permet aux vaisseaux d'y relâcher en toute sûreté, à moins '^utefois que le vent ne vienne du sud-est, ou du sud-sud-ouest. Ce fut sur les rives de cette baie, au pied d'un vaste amphithéâtre de montagnes, que les Flamands élevèrent leurs pre- "^^èpes habitations; le pays environnant reçut le nom de « Nou- ^^Ue Flandre, » et le village ainsi édifié celui de « Huerta (â), » ®ï^ Thonneur du chef de l'expédition.
Nos compatriotes, en débarquant dans cette contrée lointaine, y apportaient les habitudes d'ordre et d'économie qu'ils avaient héritées de leurs pères, c'est à dire ces qualités solides, Çii, jointes au courage et à la persévérance , conduisent inévitablement au succès. Ils se mirent aussitôt au travail, et, attaquant à grands coups de cognée les forêts de hêtres dont ils toent entourés, les remplacèrent peu à peu par des champs de ^^es à sucre, dont on avait importé les premiers plants de Qijpre et de Candie. Josse Van Huerter, plus confiant désorïMdsdans l'avenir, tourna alors ses vues vers l'île du Pic, où •'était établi un marin portugais nommé Fernand Alvarez, et, CD soUicita la concession, qui lui fut accordée sans difficulté. Guillaume Van der Haegen, qui s'était fixé, comme nous l'avons déjà dit, dansl'ile Saint-George, n'avait point les mêmes ressources que le sire de Moerkerke (3) , et vint lui demander
gicte terrestre, conservé jusqu'à nos jours à Nuremberg, où sout consignées Umtes les connaissances géographiques du temps.
(1) De janvier à décembre, le chiffre moyen des indications tbermométrjqoes y varie de 10 à 24 degrés.
(2) Aujourd'hui Bosta.
(S) Le père Freire, historien des Açores ou il est né, a eu sous les yeux des
documents qui prouvent que Van der Haegen, avait peu de fortune, et qu'il avait été forcé de quitter la Flandre durant les troubles.
452 HISTOIRE DU COMMERCR
des secours. Ayant essuyé un refus, il partit pour la Fland
sans y être plus heureux dans ses tentatives. Découragé ^
s'était rendu à Lisbonne, où il se proposait d'attendre une sion pour retourner à Terceire , lorsqu'une noble portuga Marie de Nilhena, concessionnaire des îles de Florès Corvo, lui proposa d'aller les défricher, ce qu'il mita exécutée Il passa sept années dans ces deux tles, puis reparut h S^û George, son séjour de prédilection, où il termina ses jours ^ u âge assez avancé.
Le peuple belge, qui venait de donner, l'un des premiers ^ Europe, le signal des colonisations lointaines, ne devait malheureusement retirer aucun fruit de tant de travaux. La maî50tt de Bourgogne, en se désistant des droits qu'elle avait aogU-* sur les Açores pour les conférer k des particuliers, commette** une faute grave, car elle exposait la colonie aux plus grand-^* vicissitudes politiques, et la rendait étrangère à la mère-patrî^ Le duc Philippe n'avait pas compris la portée du mouvemer'J^ qui s'opérait sous ses yeux, et nous en fit perdre tous les ava^* tages. Les Portugais revinrent aux Acores, que les descendaii-* du sire de Moerkerke se virent forcés de leur abandonner, ^ l'histoire de ces tles, peuplées par des Belges, cessa bientôt t^^ se mêler à la nôtre.
Ajoutons cependant que nos compatriotes, en passant sof^ une autre domination, ne perdirent aucune des qualités pr^ cieuses auxquelles ils devaient leurs premiers succès. Jusqa* nos jours, l'industrie agricole aux Açores n'est nulle part pUtf florissante qu'au Fayal , parmi les héritiers des anciens colons flamands, dont les qualités morales et les habitudes présentent un contraste frappant avec celles des autres habitants de ^a^ chipel. Ils conservent le costume ainsi que des restes du lai* gage de leurs ancêtres ; ils suivent toujours, dans leurs travam de culture, les routines traditionnelles qui leur ont été léguées, et la belle « vallée des Flamands » qui avoisine le chef-lieu de nie, en est encore la partie la plus riche et la plus prospère (1).
(1) Le savant Ortclius cite quelques familles flamandes, qui y avalent encore conservé leurs noms au xvi' siècle : f Ik hebbe verstaen vtn
ET DB LA MàRHŒ EN BELGIQUE. 18S
Revenons à nos propres annales , que le désir de suivre les lostinées de nos premiers établissements dans TÂtlantique u>us ont foit négliger un moment, et reprenons l'histoire, si ntéressante et si dramatique, de la fin du règne de Philippe de teuigogne.
Quelques différends commerciaux, d'une importance majeure, ^PSirent , vers la fin de Tannée 1464 , entre les Pays-Bas et Angleterre, sans détruire néanmoins les rapports politiques pli existaient entre ces deux pays. Nos villes manufacturières, ongtemps sans rivales dans Tart de tisser et de teindre les toffes de laine, souffraient sous certains rapports de la concurrence anglaise, au développement de laquelle elles avaient À puissamment contribué. Tout en continuant à maintenir leur ^périorité dans la fabrication des draps fins (1) , les produc- 'finrs belges étaient obligés de compter avec leurs voisins lorslû*il s'agissait de la confection des étoffes ordinaires, qu'ils ne P^nrenaient pas à livrer au même prix. Le duc se crut enfin obligé d'intervenir, et prohiba les draps britanniques, dont il Rendit strictement l'importation dans ses domaines.
Il ne pouvait prendre une mesure plus nuisible aux véritables ^réts du pays. Mieux conseillé , il eut compris qu'en levant ^6 taxe sur le consommateur au profit d'une certaine classe 'ÎQâustriels , il ne faisait que retarder la ruine de ceux-ci, en ^fendant désormais inévitable. En effet, leurs échecs devaient •^ir pour origine , soit la rareté des matières premières — Atenues avec plus de facilité par leurs concurrents— soit l'im- IMiMion relative des procédés de fabrication. Dans le premier
<etoo^feerdig Portugeis , dat, in dit eyland, van de Vlaemingen die hier ten Mften ge^oont hebben, nocb eenigefamiUen overgebleven zyn, als Bruyn, OKrecht, enx. b
(I) On comptait encore, à cette époque , plus de G,000 tisserands dans la JMiiaTiUede Coartray;Renaix, plus florissant encore, payait les plus fortes iviNMiUoDS d'entre toutes les villes de Flandre, après Gand , Bruges et fpres. Les serges et les velours de Poperinghe conservaient toujours leur UKienne renommée, tandis que les communes d'Oostbourg et de Gapryck, imi en déclinant sensiblement, occupaient encore un assez grand nombre le drapiers et de louions. Voy. de ReiiTenberg, Mém, swr le commerce au xv* et fieefe, Acad. de BruxeUes.
mo>fetvs ç^^^e^^s A^^^^uaite a^^!*^ces , «^^^^^^ du 4*!;^^
rsqull tomba de nouveau malade, au commencement du mois î mars 1465, et le bruit se répandit que les médecins ne lui :>nnaient plus que quelques jours à vivre. Le comte de Charoôs, impatient de consommer la ruine des seigneurs de Croy, 'empara aussitôt du pouvoir, tandis que ces derniers, le sire e Quiévrain à leur tête, se réfugiaient auprès de Louis XI.
I>ès ce moment tout changea de face, car le duc, abattu par ^ftgcet par la souffrance, n'essaya plus, en revenant à lui, de "feîsler à l'impétueuse volonté de son fils. Celui-ci , irrité de accueil que le sire de Quiévrain avait reçu du roi, se mit en ■apport avec le duc de Bretagne, s'entendit avec le duc Jean de Glabre, le duc de Nemours , le duc de Bourbon, le comte d'Ar- J^gnac, le sire d'Albret, le comte de Dunois, et bientôt une *gue puissante, dont le duc de Berri consentit à faire partie, se >réparaà soutenir, en France, la cause des grands feudataires 'ô la couronne.
louis XI, trop vigilant pour se laisser surprendre par ses 'ï^iiemis, comprit toute l'éminence du péril dont il était menacé, '} y chercha sans délai des remèdes. La ligue qui venait de se ^l'tter était redoutable, mais composée d'éléments divers, 'ûtre lesquels des froissements devaient se produire tôt ou ^^ ; il fallait temporiser avec elle, éviter toute action décisive, -*> après avoir lassé la patience des confédérés, chercher à les î^gîier séparément, pour les accabler ensuite après leur désu- "^^oii : tel fut le plan auquel le roi finit par s'arrêter.
Quant aux alliés, ils ne songeaient qu'à mettre un terme aux
^'^piétements de l'autorité royale, et à çbtenir de plus riches
^Panages. Ils renouvelaient, à deux cents ans de distance, la
*^tteque les hauts barons anglais avaient soutenue jadis contre
*cur souverain, mais sans y apporter la même sagacité. Les
^ersaires du roi Jean n'avaient réussi, en efftet, à lui arra-
^et les chartes célèbres qui depuis ont servi de base à la
institution anglaise, qu'en s'alliant étroitement aux classes
^yennes, tandis que les princes français, par leur dédain de
U bourgeoisie, allaient bientôt permettre au roi de se présenter
^nune le défenseur des communes, le champion des libertés
populaires contre les privilèges de la féodalité.
Us deux partis, au début de la guerre, se crurent néanmoins
UQ HISTOIRE DU COlOfKRCB
obligés de faire un appel à la nation. Le duc de Berri, frère ^g roi, déclara ne prendre les armes qu*au nom du ce bien public::^^ » pendant que le roi Louis XI, dans un manifeste envoyé im. li plupart des bonnes villes , accusait ses ennemis de travaill^^ vj rabaissement du royaume : « Ils publient, ajoutait-il, qLJL*il$ ce aboliront les impôts. C'est ce qu*ont toujours annoncé Long a les séditieux et rebelles; et, au lieu de soulager le païa^wo « peuple, ils le ruinent; ils portent partout le fer et le tbv, « désolent la campagne, interrompent le commerce, pillent, « violent, emprisonnent les gens, les mettent à rançon. Si 10 « roi avait voulu augmenter leur pension et leur permettre ^ « fouler leurs vassaux comme par le passé, ils n*auraient jamd^^ « pensé au bien public. Ils prétendent vouloir mettre l'ord^^ « partout, et ne peuvent le souffrir nulle part... »
Cette dernière proclamation , dans laquelle le roi rappel^-^ que des troubles de même nature avaient permis aux Anglai.^^ ^ sous le règne de Charles VI, de s'établir dans la contrée, prC^^^ duisit une vive impression. L'Auvergne , qui était prête prendre parti avec le duc de Bourbon, se maintint dans l'obéit sance après que le comte de Boulogne y eut porté le resci royal, et donné courage aux sujets fidèles. Le Dauphiné, Lyoi le Languedoc ne donnèrent aucun accès aux envoyés de^ princes, et n'écoutèrent point leurs propositions. Bordeai représenta que le duc de Berri avait un trop petit apanage mais, du reste, ne manifesta nulle intention d'appuyer révolte.
Déjà la campagne était commencée sur les marches i0 Picardie. Le roi laissa le comte du Maine en Anjou, pour défendre la frontière du nord, et marcha vers le Berri, qu'iF soumit assez rapidement, ainsi qu'une grande partie du Bourbonnais. Il revenait vers Paris, laissant ses ennemis fort déconcertés de la promptitude de ses mouvements, lorsqu'on lui apprit que le comte de Charolais, à la tête de quatorze cents hommes d'armes et de huit mille archers (1), lui fermait le
(1) N ... Si comme Braibançons, Flamans, Picars , Haynuiers , Holandois , Zélandois, Namiirois et autres de ses pays et seigneuries, i Bibl. de la Hayt, manuscrit, 1316, in-fol«
ET DR LA MARINE RR BELGIQUE. tST
eheoiin de la capitale, et attendait des renforts du duc de BretagOfe et du duc de Berri.
Le 16 juillet 1465, Tavant-garde royale, sous le commandement du sire de Brezé, rencontra les Bourguignons à Montlhéry el les attaqua avec vigueur. Des troupes fraîches arrivèrent suceessivement sur le lieu du combat , et bientôt Faction devint lénérale. Le comte de Charolais, qui tenait la droite, réussit à ^^tire en déroute les gens du comte de Maine et se lança à leur PouTSiuite. Entraîné par son ardeur, il avait déjà dépassé de plus d'une lieue le village de Montlhéry, lorsqu'on l'avertit que lea archers français, encouragés par la présence du roi, ^oaicnt de repousser les troupes des sires de Ravenstein et de ^^nt-Pol, et se préparaient à lui couper toute retraite. Il tourna *Hdc, n'ayant auprès de lui qu'un petit nombre de cavaliers, et ^rejoignit les siens qu'après une lutte acharnée, durant laquelle WUlîppe d'Oignies, son écuyer, fut tué à ses côtés en défendant ^ bannière. Lui-même reçut plusieurs coups et fut blessé d'une ^Pée, qui entra par la jointure de son casque et de sa cuirasse. A la tombée de la nuit, les Bourguignons, qui s'étaient ralliés
* *^ voix de leurs chefs, se retranchèrent derrière leurs chariots ^^ bagage, et firent leurs dispositions pour camper sur le champ ^ bataille. Le lendemain matin, au moment où l'on s'attendait
• Une nouvelle prise d'armes, on apprit que l'ennemi s'était ^b^é vers Corbeil, en se bornant à laisser une faible garnison «ns le château de Montlhéry.
Ce succès, si chèrement acheté, ne termina point la guerre. 'ÏMidis que les vainqueurs marchaient vers Étampes, Louis XI ^Mdt son entrée à Paris, écoutant patiemment les remontrances ^bourgeois, promettant de redresser les abus, et excitant tous cm qui l'entouraient à faire leur devoir. Les habitants de la ciptile, gagnés par quelques concessions faites à propos, se Aireat aussitôt à organiser leur défense, et, lorsque le duc de Berri, le comte de Charolais et les autres confédérés se présentaient aux portes de la ville, on leur en refusa l'entrée.
L'attitude résolue des Parisiens, en forçant les princes à entreprendre un long et pénible siège, servait puissamment la cause royale. Louis XI sut profiter des circonstances, évita toute action décisive , harcela sans cesse l'ennemi et l'amena
enfin à entrer en négociation. Habile à dissimuler sa tous ses efforts n'avaient qu'un seul but, celui de dissoudr^^ ]a ligue qui s'était formée contre lui , ne doutant pas de vaio^ ^t^re chacun de ses adversaires s'il parvenait à les isoler les uns ^les autres. Les prétentions des assiégeants étaient exorbitan ^ft^s. Le comte de Charolais réclamait, pour sa part, les villes d^ la Somme, Amiens, Saint-Quentin, Corbie, Abbeville, toat i^ comté de Ponthieu et le pays de Vimeu, dont il voulait jouir ^^ vie durant, ainsi que son prochain héritier, sauf ensuite ^^ rachat moyennant deux cent mille écus d'or; Guines, Péroni^^^ Montdidier et Roye devaient lui être abandonnés en toute W^^^ priété. Les ducs de Berri, de Calabre, de Bretagne, de BouviC^i^ et de Nemours ne se montraient pas moins exigeants. Le consentit non seulement h tous ces sacrifices, mais accorda outre des domaines et de fortes sommes d'argent au coml d'Armagnac , au comte d'Albret , au comte de Dunois et au sii de Loheac.
Ce traité était à peine signé que des troubles sérieux éds
taient dans les Pays-Bas, grâce à Tintervention secrète
Louis XI. Leur origine remontait à quelques années et se ra; portait à l'élection de Louis de Bourbon, neveu du duc Philippe au siège de Liège.
Ce jeune prince, en succédant h Jean de Heinsberg en 14 était à peine âgé de dix-neuf ans, et n'avait pas même ordonné prêtre. Parvenu au pouvoir grâce à l'influence de maison de Bourgogne, il en avait adopté la politique, et bient.^^ ses sujets eurent à se plaindre de nombreuses infractioiî^ à leurs privilèges. Après avoir vainement invoqué les conventions conclues h Fexhe (1) et h Tongres (2), qui formaient, arat? les règlements de Jean de Heinsberg (3), la base de la constitution qui les régissait, les Liégeois, se fondant sur ce que Louis de Bourbon ne s'était point fait conférer les ordres, avaient fini par lui refuser toute obéissance, et s'étaient mis en révolte ouverte contre leur souverain. L'interdit ayant été prononcé
(1) Le 18 juiUel 1316. V. Louvrcx, vol. II, p. 142.
(2) Le 28 août 1Î03. Même ouvrage, vol. Il, p. 13. 1/
(3) Du 16 juillet et du 21 octobre 1424. id., vol. I, p. 34.
ET DE LA KÀBIME EN BELGIQ13E. 159
^ntre eux, au commencement de Tannée 1465, ils venaient d*y répondre en élisant un mambour, Marc de Bade, et en envoyant les lettres de défi à Philippe de Bourgogne et au comte de 3iarolais.
Tandis que le vieux duc, en l'absence de son flis, faisait appel au duc de Glëves, au comte de Nassau, au comte de Homes et à plusieurs autres seigneurs des marches d'Allemagne , les Lié- SQois concluaient une alliance avec Louis XI, forçaient leur <^ergé à braver l'interdit et envahissaient le duché de Limbourg, ®n mettant à mort tous les partisans de Louis de Bourbon. Ceux-ci, attaqués à l'improviste, ne purent leur résister, et '^îôntôt l'armée communale étendit ses ravages de Hervé à ''ï^estricht, assiégea Fauquemont et déborda sur le Condroz, î^'elle dévasta complètement (1).
L'agitation qui régnait à Liège s'était bientôt communiquée ^^X villes voisines, particulièrement à Dinant, où l'on en voulait ^^^*tout aux princes de Bourgogne pour l'appui qu'ils accorîaîent, en qualité de comtes de Namur, à la cité de Bouvignes, ^oxxt les habitants étaient toujours en guerre avec les Dinan- ^s. Ces derniers, sur la fausse nouvelle d'un échec éprouvé P^^ï" le comte de Charolais en France, s'étaient mis en cam- P^^e, portant en triomphe l'effigie du comte et criant avec ^%e : « Voilà le fils de votre duc , ce faux traître que le roi ^ fait ou fera pendre; encore n'est-il pas le fils de votre duc; tfest un vilain bâtard, fils de notre ancien évéque le sire de ïeSnsberg! »
Tel était l'état des affaires, lorsque le comte de Charolais, aptes avoir fait la paix avec Louis XI, résolut d'employer toutes ses forces à vaincre cette rébellion. Les Liégeois, qui avaient été abandonnés par leur mambour, Marc de Bade, après avoir été battus à Montenaken par le comte de Nassau, sentirent alors la nécessité de faire quelques concessions. Louis XI lui-même, Jas abandonnant après les avoir poussés au combat, écrivait à ^e» chers^ anciens et excellens amis, les bourgmestres, jurés et conseillers de la ville et cité de Liège, de se hâter d'entrer en arrangement. On députa donc au duc de Bourgogne les comtes de Meurs
(1) Johannis de Los, Chronicon, p. S8.
MO HISTOIRB MJ GOMMERCS
et de Homes, avec quelques notables bourgeois, pour solliciter une réconciliation.
Un traité Tut conclu à Saint -Trond, peu de temps après, et ratifié par les communautés de Liège, de Tongres, de Fosses, de Saint-Trond, de Thuin, de Gouvin, de Looz, de Hasselt, de Herck, de Heyke, de Brede, de Bilsen, de Beringhea et de Stockhem.
Les révoltés se soumettaient à faire amende honorable, et s'engageaient à ne plus prendre les armes contre le duc ou ses successeurs. Toute alliance avec un pouvoir étranger leur était interdite, à moins que le chef de la maison de Bourgogne, mam^ bour et gouverneur perpétuel du pays de Liège, n'eût été consulté. Ils se reconnaissaient redevables envers lui, indépendamment de 2,000 florins de rente annuelle, d'une somme de . 340,000 florins, pour solde des frais de la guerre. Le duc et ses 4 successeurs se réservaient en outre le passage libre de liàM Meuse, en tous lieux, soit avec gens d'armes ou autrement, « ainsi que le droit de faire circuler leurs monnaies dans la principauté, où elles devaient être admises au cours légal (1).
Durant ces négociations, le roi de France réparait ses pertes,^ gagnait à ses intérêts le duc de Bourbon, le comte d'Armagnac,^ le duc de Nemours, le sire d'Albret, et reprenait la Normandie^ au duc de Berri, sous prétexte d'y rétablir l'ordre.
La paix de Saint-Trond ayant été publiée à Liège, les Ëtatgg rendirent une ordonnance de proscription contre les promoteurs des troubles. Ceux-ci, désormais sans asile, se rassem-" blèrent à Vellène, village du comté de Looz, et appuyés par la bande des couleuvriers ou de la teiite verte, se mirent à parcoorir les environs, le fer à la main, interceptant toute communication d'une ville à l'autre. Nulle part cependant la confusion n'était plus grande qu'à Dinant, dont les habitants n'avaient pas été admis à participer au traité de Saint-Trond, à cause de leurs offenses envers le comte de Charolais.
La ville de Dinant, ainsi que nous l'avons déjà dit, rivalisait à cette époque, sous le rapport de la splendeur commerciale, avec les plus riches cités de Flandre. Les Dinantais jouissaient,
(1) Gachard, CoUection de documents inédits, t. II, p. 301.
ET DB LA KARUŒ EÇf BELGIQUE. 161
depuis plus de trois siècles, de privilèges très étendus en Angletemre, où ils payaient des gabelles moins fortes que les Anglais euxr-mêmes. Leurs exportations s'étendaient non seulement de Taiitre côté de la Manche, mais en France, en Allemagne et ^n. Espagne (4). Leurs batteurs de cuivre étaient renommés ^^iis toute l'Europe et produisaient de véritables œuvres d'art, d'une beauté et d'une élégance remarquables (2). Instruits des P^^I)aratifs que le comte de Charolais faisait contre eux, ils -^^'^aient d appeler à leur aide une foule d'hommes d'armes ^'étaient jetés sur le comté deNamur, qu'ils ravageaient, j)rodiguant les insultes au duc et à son fils. « De quoi appensé, s'écriaient-ils, ce vieil monarque, votre duc? -^"^^—îl tant vescu pour venir ici mourir vilainement? Et vostre Charlotteau, qu'a-t-il besoin icy venir? Qu'il s'en voise à
1^ ) Dans on registre aux missives, attestations et autres actes, reposant aux
de Binant, on trouve une lettre des maîtres, conseils et jurés de cette
au marquis de Bade, en date du 14 juin 1465, concernant le traité d'al-
offenslve et défensive proposé par les ambassadeurs du roi à ceux de
. Les Dinantais demandent que cette alliance ne soit point hostile ft
^-^^^leterrei : « Attendu que depuis trois siècles et plus, ils jouissent en cette
^^^^rée des mêmes franchises que les villes de la hanse d'Allemagne... »
^«^ IS décembre suivant, les Dinantais s'adressent au roi Louis XI pour
^^^•mer divers objets de batterie, du poids total de 1,200, appartenant à
'^^ babitants de leur ville et chargés à Anvers, pour PAnglctcrre, sur deux
^'^^ires qui avaient été saisis en mer par des vaisseaux du roi et conduits à
^^^^^or. Ils exposent que de tous temps les Dinantais ont exporté , non sea->
'^^■^t en France, mais en Espagne, en AUemagne, en Angleterre et ailleurs,
^^ produits de la batterie. De Gerlachc, Révolution de Uége sous Louis de
^wrton, en note, p. 64.
\)) Le baptistère de Pégllse de Saint-Barthélemy , à Liège, renferme un
AinatOlon de cette dinanderie, si célèbre au moyen âge Ses fonds baptis-
Bioi sont dus, ainsi que le rapporte une chronique de Jean d'Outrcmeuse,
à JeiD Patras, le batlewr de IHnant, qui les fit en 1112, sur la demande de Hel-
Un, chanoine de Saint-Lambert et abbé de Sainte-Marie. Leur bassin de
csivre a la forme évasée d'un grand morUer, et montre sur son pourtour
extérieur une suite de compositions , en demi-relief, empruntés à la vie de
BêiDi Jean TapOlre, et à celle de saint Jean-Baptiste. La main nimbée, qui
Jsâqa'ao xiii* siècle, fut pour les artistes le symbole de Dieu le Père, s'y
flMmIre à diflérenies reprises. Chaque sujet est accompagnée d'inscriptions,
tantôt abréviées, tantôt complètes. Voy. la Belgique monumentale, Bruxelles,
Iflyrairie natkmale, 1844, t. II, p. 147.
HISTOIRE DU COMMERCB
)ntlbéry combattre le noble roy de France! Il at le t une ! »
Ils avaient placé sur leurs murailles la statue d*une ilant, avec cette inscription :
Qaand cette femme de filer cessera Le duc Philippe cette ville aura.
Le vieux duc, dont le courroux était extrême* voulut transporter en litière à Bouvignes, afin d'être témoin , propres yeux, de la prise et delà destruction de la ville i dont les habitants, disaient les Bourguignons, « s'ennuys leur bonne Tortune (1). » Le matériel de siège étant an comte de Charoiais fit mettre son artillerie en position, droya la malheureuse cité de trois côtés à la fois. Incapa détruire les batteries ennemies, malgré les efforts du b dier Pierre de Lievestyenne, les habitants ouvrirent leurs portes et se ruèrent sur les assaillants, auxquels i rent beaucoup do monde. Repoussés dans leurs rempar position devenait chaque jour plus dangereuse, lorsque vignois, qui souffraient eux-mêmes de la présence de ducale, envoyèrent un messager à leurs anciens riva les engager à se soumettre. Les batteurs de cuivre, que les bourgeois du « centre de la ville, » qui appartc parti modéré, ne demandaient pas mieux, mais ' dominés par le peuple, rangé sous les bannières de métiers, qui mirent à mort l'envoyé bouvignois. Louif avait-il pas promis de les soutenir (2), et, à son déf geois pouvaient-ils laisser périr leurs alliés ?
Leur espoir devait être déçu. Le comte de Cha^ appris par Louis de Bourbon qu'ils avaient fait r secours, précipita les opérations du siège, s empar
(1) Expression d^Olivier de la Marche. Voyez ses Mén chap. XXXVl.
(2) Une foule de lellrcs et de documents, dont une parf par M. Gacliard, dans ses « analeclcs, • nous fournissent I que Louis XI, dans le but de créer des embarras au duc de les Dinanlais à la révolte, cl les abandonna ensuite au r Vov. de Gcrlacbe, Révulaliuns de Liège sous Louis de Bourbf
ET DE Là mRINE EN BELGIQUE. h
LeflTele, d'où il battit en brèche les remparts de la ville,
is que le comte de Saint- Pol attaquait les murailles et les
du côté d*Entre-Sambre-et-Meuse. Rien ne résistait à
JDTet de Tartillerie bourguignonne ; maisons, édifices publics,
t s'écroulait avec fracas sous ce feu terrible ; plus de sept
ts habitants gisaient déjà sous les débris de leurs demeures.
s routiers qui s'étaient réfugiés dans la place , ne la trou-
t plus tenable, et voyant qu'elle allait bientôt être prise
assaut, l'abandonnèrent pendant la nuit. Une grande partie
bourgeois avaient été tués les armes à la main ; les survi-
ts, cédant enfin à l'implacable nécessité, demandèrent à
ituler : ils étaient à la merci du vainqueur.
lendemain, 33 août 1466, le comte de Cbarolais fit mettre
gardes aux portes de Dinant, et défendit, sous peine de la
que personne os&t mettre le pied dans la ville avant
"Voir reçu les ordres du duc, qui était à Bouvignes. Le vieux
, informé de ce qui se passait , eut d'abord l'idée d'as-
r en personne au châtiment de ses sujets , mais on lui fit
^^server qu'il ne pouvait leur apporter que son pardon, et qu'il
"^^sdt mieux laisser à d'autres l'exécution de sa vengeance. Le
^mte de Cbarolais donna enfin le signal du pillage, qui se fit
^^c une impitoyable cruauté. On s'empara non seulement de
^t ce qui se trouvait dans les habitations, mais les soldats
basaient en outre des prisonniers dans le but d'obtenir de
Twgent pour leur rachat. On ne voyait que charrettes dans les
mes; la Meuse était encombrée de bateaux, chargés d'objets de
tous genres. Souvent un Bourguignon, au retour de la maraude,
était attaqué à son tour et égorgé par d'autres gens d'armes, qui
le guettaient pour lui enlever le fruit de ses rapines.
Le comte de Cbarolais, en laissant toute liberté à son armée,
avait recommandé que l'on épargnât les femmes, les enfants et
les prêtres. On les réunit en un troupeau, pour les conduire
\aT la route de Liège, où on les abandonna. Au moment de
uitter leurs foyers, qu'ils laissaient aux mains d'une brutale
ddatesque, les exilés, éclatant en sanglots et en gémisse-
^nts, les saluèrent de trois cris de détresse, qui retentirent
mne un glas funèbre jusqu'au camp bourguignon, et firent
air les cœurs les plus endurcis.
164 mSTOIRB DU COMKERGB
Le pillage durait depuis quatre jours, lorsqu'un vaste inoei" die, éclatant au logis du sire de Raveostein, dévora ce qui tait de la cité, et en chassa les déprédateurs.
Chose triste à dire, les chefs bourguignons trouvèrent qv leur vengeance n*était pas complète, et ordonnèrent de sévèni enquêtes contre ceux qui avaient insulté le duc et son fils. Il plupart étaient morts ou fugitifs, mais, pour que justice itlit faita^ on saisit 800 bourgeois, parmi ceux qui avaient échappé aa massacres, puis, les attachant deux à deux, on les piîteipUl dans la Meuse. Maître Pierre de Lievestyenne, le bombardia; tai pendu sur une éminence, tandis que tous les habitants im pays voisins, auxquels on avait promis trois patars par joar# étaient invités à venir travailler à la démolition, à coups di marteau , des édifices que Tépée et le feu avaient épargnés (i)j
^industrie dinantaise, étouffée dans le sang, ne se reM plus après une telle catastrophe. Quelques batteurs de cuiTrt^ fuyant devant la mort, allèrent s'établir à Malines, qu'ils quittèrent bientôt après, faute d'encouragements (2). Beaucoup tt réfugièrent en France, d'autres en Angleterre; il y en eil même qui se fixèrent en Flandre, et l'histoire de ces demien mérite d'être rapportée, car elle prouve jusqu'à quel pwnt influence d'un seul homme, dirigée vers un but utile, peut servir les intérêts de l'humanité.
Il existait, h la cour de Bourgogne, un gentilhomme appartenant à une ancienne et noble famille du Furnambacht, conntt sous le nom de Jean Bladelin. D'abord conseiller et maîtw d'hôtel du duc Philippe, il était devenu, par suite du décès de Gui de Guilbcrt, trésorier de l'ordre de la Toison d'or. Propriétaire d'un patrimoine considérable, il entreprit un jour, de concert ayec sa femme, Marguerite Van de Vagueviere, de fonder une ville nouvelle. L'abbaye de Middelbourç possédait, au commencement du xr siècle, une ferme ou censé dans II paroisse de Heylc, entre la commune d'Ardembourg et celle de
(1) Le duc, par des lettres du 30 août 1466, ordonna la recherche, à soo proflt, de tous les métaux restés à Dinanl, tant en terre que hors de terre. Voyez Gachard, Collection de documents inédits, l. IT, p. 375-876, où Ton trouvera également le compte rendu du résultat de ces fouUles.
(2) De Reiffenberg, Nom. mém. del'Acad. de Belgique, t. IX.
ET DE Là MARINE EN BELGIQUE. 185
Lerke. Getle terre aj'ant été cédée, vers 1440, à Collard rre, beau-frère du trésorier, celui-ci pensa qu'elle conveii à ses desseins, en fit l'acquisition en 1444, et, ayant obtenu duc la permission dy créer une seigneurie, y fil bâlir itôt quelques habitations. Une jolie église, consacrée à iat Pien*eet à saint Paul, s*éleva ensuite au milieu d'elles, et bourgade naissante, appelée Middelbourg, reçut le privilège tenir une Toire Tranche, durant six jours, ce qui augmenta ^re sa population.
nie était déjà assez florissante, lorsque la nouvelle du sac Dinant parvint jusqu'en Flandre, et inspira h Jean Bludeiin désir d*ouvrir un asile aux vaincus. Beaucoup d'émigraiits idirent à son appel, et l'une des rues de Middelbourg Tut tisée en cette occasion du nom de Dinant straetj ou « rue de tnt (1). » Les exilés s'y remirent courageusement au travail, tiraient déjà quelques Truits de leur infatigable industrie, [u*uae circonstance imprévue vint y arrêter leurs progrès. IX d'entre leurs compatriotes qui s'étaient fixés en Anglerlerre, accoutumés qu'ils étaient à la vie politique, n'avaieiU pu longtemps indifl'érents aux sanglants débats qui exisîenl en ce moment entre les maisons d'York et de Lancastre» -M s'étaient rangés en foule parmi les défenseurs de la Rose looge. Edouard IV révoqua en conséc^uence les franchises Mcordées jadis aux Dinantais, et les colons de Middelbourg, «feloppés dans leur disgrûce, eurent à subir plusieurs confisétions. Bladelin réclama auprès du gouvernement britannique, «t réussit à fiiire admettre une exception en leur faveur (2).
Les Liégeois, en apprenant la terrible calamité qui venait de frapper leurs alliés, crièrent à la trahison, et se mirent en jileîne révolte. Les métiers, rassembles à la hâte, coururent max armes, et vinrent camper à Oleye, où les troupes bourguignonnes arrivèrent le 16 septembre. Le doute et l'irrésolution régnaient dans les deux camps, car le comte de Charolais se trouvait en présence d'une armée bien supérieure en nombre à
(f) On en a fait depuis, par corruption, la • rue do Diamant, • en flamand» WÊmntUnut (I) JbfM9erdtfttinicef«tdtfaf1i,t.iy, p. 313
, T. II. ti
166 HISTOIRE DU COMMERCS
la sienne, tandis que, d'un autre côté, beaucoup d'entre rebelles désiraient éviter un combat. On finit par signer accommodement, dont les conditions furent que le pays Liège livrerait cinquante otages, en garantie de rentier a plissement du irailé du 22 décembre 1465 (1).
Quelques mois plus tard, en juin 1467, le duc Philippe Bourgogne expirait à Bruges, âgé de plus de soixante-di ans. Heureux dans la plupart de ses entreprises, il avait vaille durant toute sa vie à la réalisation d*une grande pea politique, dont il léguait Texécution complète à son su seur : celle de la création d*un puissant État sur les fronti septentrionales de la France. D*abord duc de Bourgogne comte de Flandre, il ovait étendu successivement sa dom tion sur le Hainaut, la Hollande, la Zélande, le Luxembourg, Brabant, le Limbourg, le comté de Namur et le pays de Li Rien ne lui avait coûté pour achever son œuvre : il avait bra dans ce but, la puissance royale, et y sacrifiait jusqu'aux in! rets de ses proches : sa volonté, ferme, invariable, ne s' était jamais détournée.
Cette conception hardie, qui suffirait à donner de féclat son règne, le mit aussi, malheureusement, en lutte avec propres sujets. Il déchira leurs anciennes lois, abolit leurs privilèges, désorganisa Jeurs relations commerciales, et accaUl; ses domaines de taxes et d'impôts. Tandis qu'il rêvait unecooronne pour son fils, les riches» cités des Pays-Bas se dépeaplaient lentement, et voyaient se tarir, au sein des ruines de leurs libertés, la source féconde de leur fortune (2). ImpilopMe dans ses vengeances, i! fut, pour les hommes de lettres et les artistes, un protecteur éclairé et généreux. 11 encouragea Jeai
(t) Gachard, CoW^ction de documents inédits, l. II, p. 399-413.
(2) Nous avons déjà appelé rattention du lecteur sur la dépopulation ledto qui se manifesle, dans les Pays-Bas, à partir du règne de Philippe le Bot. Cette décadence se fait sentir, à cette époque, dans toutes les parties de II contrée. Voici quelques cbiiïres nouveaux, empruntés à la statistique cta* pinoise, de 1436 à 1496 : Âerschot, en 1436, renfermait 882 habitants, ZicMl en avait 481 ; Herenlhals, 959 ; Ilerenlhout, 177 ; Rcthy, 426. La première éè ces localités n'en possède plus que 138 en 1496; la seconde en compte tt» Ilerenlhals n'en a que 594 ; Herenthout, environ 125, et Réthy, 117.
bn Eyck, le grand peintre brugeois, employa le ciseau de peqoes de Germes» chargea George Ghastelain de travailler à ■• annales, et apprécia le mérite d*01ivier de la Marche et de PUlippe de Gomines : ce sont là ses meilleurs titres de gloire. On lai fit des obsèques magnifiques, et plus de seize cents Yêtus de deuil, marchèrent devant son cortège funè- : la prospérité de la maison de Bourgogne le suivait au tom-