CHAPITRE X
Puissance de Charles le Téméraire. — Émeute à Gand. — - TnmUo» Malines. — Guerre contre les Liégeois. — Bataille de Bnisteim. -— mission de Liège. — Abolition des corps de métiers en cette ville. — - Ni dations du roi de France. — Mariage du duc de Bourgogne. — Non? guerre contre les Liégeois. — Sac de Liège. — Sacrifices imposés wêm Gantoit. — Orfèvres flamands ^en Angleterre. — Révolte du oomfto < Warwick. — Luttes maritimes. — Négociations avec la France. — X flotte bourguignonne. — Projet d'amélioration du port de l'Éoliue. — Succès du comte de Warwick. — Arrivée d'Edouard IV en Hollande.
Le duc Charles de Bourgogne, en prenant possession ées États de son père, devenait fun des princes les plus puissante de TEurope. Lliabileté commerciale et industrielle de ses sojett lui garantissait dimmenses ressources; ses hommes d'armes étaient nombreux et aguerris ; son trésor, grossi par les soiot prévoyants du duc Philippe, s*élevait à un chiffre très considérable (1). Malgré tous ces avantages il se trouva, dès les premiers jours de son rè^ne, en présence de sérieuses difBcaîtés.
Les agents de Louis XI, en parcourant le pays, y avaient
(1) Philippe avait laissé, en mourant, de grandes richesses en argenl monnayé, une vaisselle du poids de 72,000 marcs d'argent, et plus de deux millions déçus d'or en objets mobiliers.
BISTOtltE DU COMMERCE ET DE Li MAKINE EN BELGIQUE.
kcxn^ des é\émeats de désunion et de discorde. Une émeute iclata à Gand, le 29 juin U67. au moment même où le duo venait d'arriver dans cette ville. Les métiers, réunis en armes iur la piace du Vendredi, réclamèrent étiergiquement l'abolition des droits d'entrée perdus sur le blé et quelques autres denrées alimeutaires, t l'occasion des amendes auxquelles la v/ié avait été condamnée en vertu du traité de Gavre. L'opinion commune était que ces sommes avaient été payées depuis longtemps, et que le maintien de la gabelle était aussi injuste "P'illégal. Le duc, que son caractère violent et emporté disposùl & la résistance, se vit obligé de céder : il pardonna les "^olanccs dont il avait été l'objet , renonça aux taxes qui waient occasionné tant de tumulte, et permit aux Gantois de '«prendre leurs anciennes bannières, qui leur avaient été •"levées quelques années auparavant (i).
Celle affaire était h peine terminée qu'une sédition furieuse •JaUlt en Brabant. Elle avait pour cause celte vieille querelle ■'S Malinois avec les gens de Bruxel le^ et d'Anvers au sujet du ' ""ttit d'étape, dont nous avons déjà eu si souvent occasion da P*''ler. Plusieurs membres du métier des bateliers et d'autres 8*ns du peuple allèrent saisir, près de HelTene, trois navires ^ï'^rgés de grains en destination pour Bruxelles, et les ame~ "went à Matines. A leur arrivée, la populace se souleva; elle ^ula à Tond les bateaux et les gi'ain:^ qu'ils contenaient, courut ■l'église Saint-Rombaot, sonna la cloche d'alarme, puis, s'étant ^flnforcée d'une foule de personnes attirées par ce signal, elle *( transporta aux maisons de Jean de Muyzen. écoutètedu duc, '• Jein Papegay et de M' Jean Lyon, pensionnaire de la ville , ÎBi furent pillées et saccagées. Les séditieux, enhnrdis par le iuccès, rassemblèrent ensuite la conamune, lirent de nouveaux ^luls, ordonnèrent que nul des métiers ne pourrait doréaanul aspirer à l'échevi nage, et remplacèrent les magistrats élus par dés hommes de leur choix (S).
(I) JMmoiru dt Cominti. lidll. de Unglet de Preaaoy , l. Il, preuves, pp.<SR.«B.
(il Vuf. une note de N. Gachard, dans IBiUairi de» duei ''* Bourçogm, da H. de Baraole, 1. 11, p. S81 .
avaient été attaquées.
La paix étant rétablie h Malines, le duc se dirigea y< où il fut reçu avec pompe. Cette cité, de plus en pli tée, venait de foire construire un lieu de réunion poi ciants (1) et de fonder un marché d*objets d*art autoai de Notre-Dame (2). Charles n'y resta que peu de te: avait hâte de commencer une nouvelle campagne Liégeois, qui s'étaient emparés de Huy et bravaiei ment Tautorité de leur évêque. Tout en réunissant s d'armes, il négociait un traité d'alliance avec l'An: encourageait le duc de Bretagne, alors en désaccord Louis XI, à repousser les prétentions de ce monarq
Un héraut, tenant d'une main un flambeau et de épée, ayant publié partout la guerre a à feu et à sai les habitants de Liège, Charles s'avança vers Lou d'une formidable armée. Il était déjà arrivé sur les de l'évêché lorsque le connétable de Saint-Pol, le Ballue et quelques autres vinrent le trouver de la de France, pour Tavertir « que Liège était comprise d; (c conclue entre eux, et qu'on lui porterait secours i « menacée. Toutefois, ajoutaient ces ambassadeurs ce agrée de ne prêter aucun appui aux Bretons, le ; « côté, consent h lui abandonner les Liégeois pour « à son plaisir. »
Ces propositions ayant été rejetées, les Bourgi remirent en marche , et rencontrèrent l'ennemi pri
ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. ft71
Les milices liégeoises se composaient d'environ trente pile hommes, presque tous gens de pied. Protégées à droite et ^Cauche par des marais, elles avaient couvert leur centre de pnnds fossés remplis d*eau et s'appuyaient sur une double ligne |i chariots.
* Le due de Bourgogne, en présence de ces dispositions, agit (Hec une prudence dont on Teùt cru incapable. Il confia le com- ■Mndemeni de son avant-garde, composée d'archers et d'artilbrie légère, au sire de Ravenstein; un corps de douze cents gommes, formant deux divisions, fut placé aux deux ailes de Humée bourguignonne, au milieu de laquelle se plaça le prince
E personne, ayant avec lui huit cents cuirassiers et un bon Dbre d'archers. Le comte de Marie avait sous ses ordres rière-garde, où l'on comptait environ cinq cents cavaliers (lais. Ceux-ci devaient protéger la retraite, en cas de besoin, contenir la garnison de Saint-Trond, commandée par Renaud Rouveroi, capitaine hardi et résolu, que l'on savait disposé tenter un coup de main. Les Tongrois, qui avaient réclamé loneur de former l'avant-garde liégeoise, furent les premiers iCroiser le fer avec l'ennemi. Les archers bourguignons comparent la bataille en faisant pleuvoir sur eux une grêle de lits : puis arriva l'artillerie qui, tirant serré et de Tort près, mit en désordre et permit à Ravenstein de s'eniparer des Ss derrière lesquels les insurgés s'étaient retranchés. Les Liégeois, excités par le danger, s'avancèrent alors au MNours de leurs compagnons, armés de longues et lourdes piques, renversèrent à leurs pieds quatre ou cinq cents hommes pMfirent reculer le reste des assaillants : « Les enseignes bour-
Kgnonnes, dit Comines, branlaient comme celles de gens sque déconfits. » Le duc, se trouvant en péril, tit aussitôt archer une partie de sa réserve, commandée par les sires de t&èvecœur et d'Aymeries, qui rétablirent le combat à coups de tats» tombèrent sur les Liégeois avec leurs fortes épées à lenx mains et à double tranchant et en fauchèrent des rangs Gtatiers. Néanmoins ceux-ci ne reculaient point : ils combattent à bout portant, avec la hache, le glaive, la masse à pointe b fer, donnant et recevant la mort avec une égale intrépidité. eurs bataillons commençaient cependant à s'éclaircir, battus
ilft HISTOIRE DU COMMERCB
qu'ils étaient par rartillerie, et déjà la première ligne, composée d*hommes d*élite> avait disparu presque tout entière. Eustaehfl de Slrailhe, Barré de Surlet et les plus vaillants de leurs chefs étaient morts, lorsque la seconde et la troisième ligne plièrent à leur tour. Retirées un instant derrière les bagages, elles essayèrent encore de s*y défendre, mais bientôt ce dernier rempart fut forcé comme les autres et la déroute devint générale. Il ne restait plus aux Liégeois qu'à se soumettre aux dures loù du vainqueur, auquel ils ouvrirent les portes de leur cité, U 7 novembre 1467.
Le duc y entra en véritable conquérant, après avoir fait nive- 1er les fossés et démolir vingt toises de murailles. Il commençs par abolir le tribunal des échevins, puis enleva également loui pouvoir judiciaire aux « douze des lignages, » aux tnattres de l^ cité^ aux gouverneurs des métiers, alors au nombre de 64, an dix prud'hommes qui étaient chargés de procéder aux exéca tiens légales, et à quelques autres fonctionnaires de la coc= mune. Il ordonna la confiscation de tous les privilèges, m toutes les chartes, de tous les registres qui étaient conservés la municipalité, attribua la nomination des nouveaux échevL à révéque, et, par un véritable coup d'État, supprima à t^ jamais les 33 métiers. « Chacun pourra, lisait-on dans la ca'g tulation, sans payer charge, faire un ou plusieurs métiers, aim: que bon lui semblera : leurs bannières, franchises, chartr^ lettres et registres seront rendus par eux. »
Cette dernière mesure, des plus importantes au point de ^^i^ commercial et industriel, indique l'origine d'une politique ne? velle, ayant pour objet l'abaissement de ces puissantes corpoa tiens, dont les princes de la maison de Bourgogne s'attachera depuis lors à combattre l'influence; la centralisation du p^ voir n'était possible, en effet, qu'à la suite de la désorgaaist tion des armées communales.
Le duc, après avoir forcé les rebelles à s'humilier devant Iiv et les avoir condamnés à payer des amendes considérable « pour rachat de leurs personnes et de leurs biens, » s'envii^ à Bruges, où il avait convoqué les chevaliers de la Toison d'or^ Louis XI craignant une nouvelle coalition, se hâta de conclunP une trêve avec les Bretons. Désirant néanmoins se préparera
ET DB Là MARIIŒ EN BELGIQUE. 175
lou-fc. événement, il réunit les États du royaume, leur fit régler l'^I>a nage de son frère, et en obtint une déclaration déravorable au duc de Bretagne, dont Talliance avec TAngleterre fut sévëtenrm^nt blâmée.
C^tte décision ayant été communiquée à Charles de Bour^
fC^K^^e, rirrita vivement. Il se trouvait Iui*même, en effet, en
^l^I4ons suivies avec Edouard VI, qui lui accordait en ce
^OKxi^nt la main de Marguerite d'York. Il refusa de souscrire à
^ i*ésolution prise par les États, et ne consentit h renouveler la
^^"ftvo qu'il avait signée précédemment avec la France, qu'en y
^^i^érâut des stipulations spéciales en faveur de ses alliés. La
P^mcesse anglaise quitta Londres, le 18 juin 1468, accompagnée
*^ comte de Warwick, de la duchesse de Norfolk, et d'un grand
ûoiDl)rè de seigneurs et de dames. Elle prit congé du roi à Mar-
S^te, et s'embarqua sur le navire VEllyn^ de Londres, escortée
^^^hSaint'Jean de Newcastle, l^ Marie de Salûibury, et plusieurs
^^tres vaisseaux de guerre (1). Son voyage se passa heureuse-
'^^^nt, et elle an'iva, le 26, à l'Écluse, avec une suite brillante.
*Hle y trouva la duchesse douairière de Bourgogne, et le duc
^Ot bientôt l'y rejoindre. Quelques jours plus tard, madame
^farguerite monta sur un bateau richement décoré, et descendit
'^ Canal de Damme jusqu'à Bruges, où son mariage fut célébré,
*^ 2 juillet 1468, avec une grande magnificence. Les marchands
^^ toutes les nations qui avaient alors des représentants à
®t*Uges, s'empressèrent de lui offrir de riches présents, parmi
*^quels on remarqua surtout celui des Florentins, qui consis-
*^i en quatre superbes coursiers, caparaçonnés de damas
^laiiG, bordé de bleu (2).
Ces réjouissances étaient à peine terminées que le ,roi
^uîs XI, tout entier à ses projets, attaquait le duc de
^ï'etagne. Celui-ci perdit en peu de temps toute la basse
Normandie, sauf Caen, où le duc de Bourgogne avait en-
^é une garnison. Une partie des troupes royales , sous
l^) Cette escadre se composait de seize navires ; ceux que nous venons de ^^ étaient remarquables par leur tonnage.
^) Toy. tune relation très curieuse de ces fêtes, dans le manuscrit 6118, VM.ii|iui, Musée Britannique, qui date del'e'poque.
174 HISTOIRE DU GOMIIERCK
les ordres de Nicolas d*Anjou, s'emparèrent ensuite de Ghaa tocé, et allèrent mettre le siège devant Âncenis. Le dm François, atterré par tant d*échecs, céda alors au vainqueur accepta ses conditions, et renonça à Talliauce de Charles d( Bourgogne.
Le roi, ayant enfin réussi à diviser ses ennemis, et à let isoler les uns des autres, pensa qu*il était temps de réclamer, i l'héritier de Philippe le Bon, le comté de Ponthieu et les villes de la Somme. N*osant confier à un tiers le soin d*une négocia^ tion aussi importante, il prit la résolution hardie de se rendn en personne dans les Pays-Bas. Il partit en effet, le 9 octobre, après avoir reçu des lettres d'assurance du duc de Bourgogne et se présenta devant ce prince, à Péronne, n'ayant pour touti garde que quatre-vingts Écossais et une soixantaine àé cavaliers. Les deux souverains avaient déjà eu plusieurs confé rences, sans réussir néanmoins à s'entendre, lorsqu'un inci dent inattendu vint brusquement les interrompre, en mettant I roi dans le plus grand péril : les Liégeois s'étaient de nouveai révoltés, et avaient massacré plusieurs des partisans de lea évéque et du duc.
Ce dernier, croyant reconnaître dans cette crise soudaine main perfide de Louis XI, se laissa entraîner à un accès fureur, fit arrêter le monarque, et donna ordre de le transférera la citadelle de Péronne « dans une grosse tour où un comte Vermandois avait jadis fait mourir un roi de France. » Loui bien que fort peu rassuré sur l'avenir, ne se troubla point, i travailla aussitôt à trouver les moyens de sortir de ce mauvafi pas. Une somme de quinze mille ébus, distribuée parmi les 8e^ viteurs du duc, lui fit des amis parmi eux, et bientôt il recouvra la liberté, après avoir renoncé à toutes les prétentions qui avaient fiût l'objet de son voyage. Il s'était engagé en outre, sui l'avis du sire de Comines, h sui\Te l'armée de Bourgogne devait Liège.
Dès le lendemain de la signature du traité, les deux prince se mirent en campagne. Les troupes du duc étaient belles i nombreuses; il commandait en personne les Flamands et le Picards; le maréchal de Bourgogne avait sous ses ordres k gentilshommes du duché, les gens de Savoie venus avec I
BT DE LA MARIIŒ EN BELGIQUE. 115
»te de Bresse, les hommes du Luxembourg, du Limbourg, du tf naut el de Namur.
Les Liégeois , informés de leur approche, envoyèrent quelines parlementaires au camp bourguignon, mais on les pepoossa sans les écouter. L'évêque lui-même, ému du danger fse courait son peuple, tenta une démarche auprès de son firent, mais ne put le fléchir : Charles de Bourgogne, inexonUe dans sa colère, était décidé h écraser Tinsolente commune fn lui résistait depuis si longtemps. Il ne voulait plus entendre |Kler de pardon ; maître, de par le droit de la guerre, de la Tie et des biens des rebelles, il prétendait, disait-il, les ch&tier kion plaisir.
D arriva, sans rencontrer d'opposition, jusqu'au pied des ■Brailles de cette grande et belle ville, à laquelle il apportait la nine et le désespoir. Son avant-garde venait de s'établir dans kfiiuboui^ Saint-Léonard, où elle avait reçu l'ordre de passer h nuit, lorsqu'un des chefs liégeois, Jean de Wilde, ordonna ta doyens des métiers de réunir leurs hommes, assembla lui- ■ème une troupe d'élite et tomba tout à coup sur les Bourgui- BDons. Ceux-ci, mal préparés h cette furieuse sortie, se disperlèrent dans le plus grand désordre, laissant plus de 800 des kars sur le terrain. Leur défaite eût été complète si les capitaines des métiers avaient montré la même détermination que Jaan de Wilde, et s'ils avaient attaqué l'ennemi h leur tour, en iTélancant sur celui-ci par la porte Saint-Léonard. Ils le tentè- Wit un moment, mais furent repoussés à coups de bombarde, M renoncèrent à leur entreprise.
Leduc de Bourgogne, rassuré sur le sort de son avant-garde, >e rapprocha de plus en plus de l'enceinte de la cité. Un grand ■ombre d'habitants de celle-ci, pressentant une catastrophe isuninente, fuyaient vers les Ardennes avec leurs familles, ■Dportant ce qu'ils avaient de plus précieux. Au milieu du lamultect de la confusion, six cents Franchimontois, renforcés |w quelques proscrits, prirent la résolution héroïque de faire m dernier eflbrt pour sauver la ville, ou de périr au moins en a défendant.
Saisissant leurs lourdes piques, ils se glissèrent, vers dix eures du soir, jusque sur les hauteurs de Sainte- Walburge»
lie HISTOIRE DU GOinKRGB
escaladèrent les palissades en planches qui 8*ét6ndaient de 09 côté et, faisant maints détours pour éviter les sentinelles ennemies, parvinrent jusqu'au pavillon du duc d'Alencon, derrién le logis du duc de Bourgogne. Ils tournèrent ensuite autour di ce poste, après avoir cherché à s'en emparer, et se précipita rent vers les deux chétives habitations qui abritaient le (te Charles et le roi de France.
Lu ils rencontrèrent une foule d'hommes» accourus au braH, et un combat acharné s'engagea, dans l'ombre, entre les bravei Franchimontois et leurs adversaires. Le duc, qui était couclA se leva à la h&te et, tandis qu'on lui passait sa cuirasse, lai cris de ce Vive le roi! vive Bourgogne! » éclataient detw côtés, sans que l'on sût à qui on avait à faire. Les assaillantSi accablés sous le poids de toute une armée, succombèrent enfin, intrépides et fiers jusqu'à leur dernière heure, et ne cessant de frapper qu'en recevant la mort.
Le lendemain, 30 octobre, les Bourguignons pénétrait dans la ville de Liège, et y renouvelaient les scènes atroces (fji s'étaient passées quelque temps auparavant à Dinant. Telli était Tavidité des pillards que, vers le milieu du jour, unepaitil des dépouilles de cette belle et florissante cité était déjàenl^ vée. L*or, l'argent, les trésors des communautés ecclésiasti* ques, les pierreries, les livres rares ayant disparu rapidement, on s'empara des cloches des églises, du plomb qui couvrait les édifices, et on fouilla jusque dans les tombeaux, pour en arncbcr les ornements que la piété y avait laissés. Les bourgeois, poursuivis dans les rues, étaient as^sommés dans leur fuite, mis à la torture, ou précipités dans la Meuse. L'épée et la hacte ayant achevé leur œuvre sanglante, on eut recours à la pioctei à l'incendie, et bientôt il ne resta plus, à l'endroit où s'életâl une commune populeuse, riche et prospère, qu'une Immense ruine, en partie calcinée par le feu.
Malgré la rigueur de la saison, le duc ne voulut point quitter la principauté sans tirer vengeance des Franchimontois. Pénétrant dans leur pays, il brûla leurs cabanes, anéantit leurs forges, et les poursuivit jusque dans leurs forêts (1). Il ne
(1) De Gerlache, Révoluliont d£ Uége sous Jxms di Bomrbçn,
BT DE LA MÂRISŒ EN BELGIQUE. 177
fivint il Bruxelles que vers la fin de novembre, après avoir mdu la liberté à Louis XI, qui avait assisté froidement à la letruction des malheureux Liégeois, après les avoir poussés U-méme ï la révolte.
Indépendamment des pertes immenses que cette terrible lierre avait occasionnées à la population liégeoise, celle-ci eol encore h payer, la paix ayant été rétablie, de lourdes redenoces. L'évéque consentit à abandonner au duc, pour le ferme de trente ans, tous les droits, profits et émoluments du tadieu perçu sur les biens, denrées et marchandises passant aous le pont des Arches; ce tonlieu était du 30* denier de la nieur des objets taxés : les sujets du duc n*y étaient pas Mmis.
Tandis que Charles de Bourgogne tenait cour plénière à Ihixelles, dans tout l'orgueil du triomphe, les Gantois, qull ivail déjà menacés de ses vengeances, délibéraient solennelle- ■ent sur le parti qu'ils avaient h prendre. Effrayés du désastre le leurs voisins, ils envoyèrent enfin des députés au prince, en inplorant son pardon. Il leur fut accordé, mais entraîna le acritice de toutes leurs libertés. Trois des portes de la ville, Dondamnées après la bataille de Gavre, furent fermées de nou- •cao; les métiers se virent privés de leurs bannières, et le choix des magistrats communaux fut désormais réservé au duc. Quant à l'impôt sur les grains, cause des premiers troubles, il ht rétabli le 30 avril 1469.
Beaucoup de familles belges, préférant lexil h la ruine, émi- Brtrent à l'étranger. Quelques Flamands, nouvellement arrivés M Angleterre, enfreignirent, en 1469, les privilèges de la CornpÊgnie des orfèvres à Londres (1). Des débats judiciaires ayant bb lieu à cette occasion, un de nos compatriotes, Guillnume hnson, ciseleur habile et expérimenté, rencontra un jour un des meilleurs ouvriers anglais, du nom d'Oliver Davy, et le léfia de produire un travail aussi parfait que celui qui sortirait
fl) On trouve dans les comptes de cette corporation, en 1169, une quilmeeée 7 livres sterl. 4 sh. et 2 den., pour frais de procédure contre les rrriers flamands. Voy. Herbert, BiU. of thc XII great Liveries Compania, II. U, p. 18C.
178 HISTOIRE DU GOMMERCB
de ses propres ateliers. Davy accepta la lutte et des juges ayant été nommes de part et d'autre — parmi lesquels se trouvaient deux Belges, Gérard Van Haverbeke et Dirick Van Ryswyke — il fut convenu que les compétiteurs feraient exécuter, par leurs ouvriers, certains dessins qui devaient être reproduits sur acier, en creux et en relief. Le vaincu devait payer le prix de ces travaux et donner à dîner aux chefs de la Corporation des Orfèvres, dans Goldsmith Hall. Cette singulière gageure, qui indique Textréme rivalité qui existait entre les émigrants et les bourgeois de Londres, se termina à la satisfaction de ces derniers, Guillaume Janson n'ayant pu fournir ses planches vlvl terme convenu.
Nos relations commerciales avec l'Angleterre étaient aloi en suspens, ce royaume étant en proie à la guerre civile à la discorde. Le comte de Warwick, auquel le roi Édouai devait sa couronne, mécontent de se voir disputer la directi( des affaires publiques, suscitait mille embarras à ceux qui li avaient succédé au pouvoir, et excitait secrètement le peuph la révolte. Son attitude finit par inspirer des craintes très viv — * au duc de Bourgogne, qui, le sachant l'allié du roi Louis alors réconcilié avec les ducs deGuyenne et de Bretagne, résoï de s'opposer à ses projets, afin d'écarter la possibilité à*\iii alliance entre la France et la Grande-Bretagne. Il écrivit ce but au lord maire et au peuple de la ville de Londres, leui mandant qu'il était le beau-frère du roi Edouard, et que s'ils avaient besoin de secours pour lui rendre son autorité, il leur en donnerait.
Cette lettre, lue publiquement, ayant provoqué une démonstration de la part des habitants, le comte de Warwick, n'osant plus compter sur eux, chercha à s'appuyer sur les provinces et leva des troupes en son propre nom, après avoir publié, avec le duc de Clarence, un manifeste contre le roi. Cette fois la fortune se déclara contre lui et force lui fut de s'embarquer ea toute hîUe pour éviter de tomber entre les mains de ses ennemis.
Il espérait trouver un asile à Calais, dont il était gouverneur, et où sir John Wenîoch, son ancien ami et serviteur, commandait en son absence comme lieutenant. Trompé dans son attente, il reprit la mer, captura un certain nombre de navires flamands
qui louvoyaient non loin du port, et alla se rérugier à Honfleur, avec une flottille d'environ trente bâtiments, armés en guerre.
Le duc de Bourgogne, informé de l'accueil reçu en France par le comte de Warwick, fit faire des représentations au roi, au Parlement et aux gens du conseil, et se plaignit amèrement de cette violation des traités.
« Mon très redouté et souverain seigneur, disait-il, les ducs
« de Clarence et comte de Warwick ont été, par très haut et
« très puissant prince mon frère, le roi d'Angleterre, chassés
«f et expulsés de son royaume pour leurs séditions et malé-
^ fices. Les officiers dudit roi ont refusé l'entrée de la ville de
^ Calais; alors eux et leurs adhérents se sont mis à tenir la
^ mer, et tant par faits que par paroles, se sont constitués mes
^ ennemis, en prenant et détroussant plusieurs de mes sujets
^e Hollande, Zélande, Brabant et Flandre, avec leurs biens,
marchandises et navires, en usant de grandes et outrageuses
menaces, sans toutefois m'avertir par aucun défi; Inquelle
<^hose ne m'a semblé et ne me semble tolérable pour mon
donneur, sans y donner provision. Incontinent donc j'écrivis
â mes ambassadeurs pour vous en avertir de ma part en toute
humilité, et vous prier dé ne les recevoir, ni soufl*rir être
^ reçus ou favorisés en votre royaume. Je suis averti que jÉan-
* xnoins, en votre duché de Normandie, lesdits ducs dPcia-
^ rence et comte de Warwick et leurs complices sont reçus,
* recueillis et favorisés, et que les biens et marchandises de
^ mes sujets y sont vendus et butinés ; ce que je ne puis croire
* venir ni procéder de votre su ou commandement, attendu la
« notoriété desdites hostilités commises contre mes sujets, et
« les traités de paix -qui sont entre vous et moi (1). ».
La colère du duc était d'autant plus grande, qu'il était peu
préparé en ce moment à résister à des attaques maritimes qu'il
n'avait pas prévues. Pendant qu'il se dirigeait vers FËcluse,
pour y presser ses armements, ses ennemis continuaient leurs
pirateries dans la Manche. Sept navires espagnols, se rendant
en Flandre, furent pillés sur nos côtes (2), et bientôt les Oster-
. (1) De Barante, Bisl. des ducs de Bourgogne^ t. II, p. 343. (9) Lea réclaonations faites à ce sujet, conservées en Angleterre, con-
Ung8 eurent également h souffirir des croiseurs dn ûomte di Warwick. Vainement une flotte allemande, commandde pti fians Voetkin, essaya, en s'unissant à l'escadre de lord Sctles de s'opposer ii ces déprévations : le comte, redoublant d'audace envoya une de ses caravelles, ta Brunette^ cingler devint le |m» de TËcluse, obtint de nombreux succès sur nos marins, et» dnt une de ces occasions, s'adressa à l'un d'eux en lui disant — - « Allex, vous être libre; dites au duc de Bourgogne q» « Richard de Nevil, comte de Warwick,' s'étonne de ce qu"! « n'ose venir le combattre !»
Et pour ajouter à cette insulte, il rentra au port de Honfleoi auivi de trois grands navires, portant à leurs mftts la bannito de Bourgogne.
Le duc Charles, exaspéré par tant d'outrages, s'adressa d! nouveau à Louis XI, lui exposant longuement tout ce qui vena de se passer. Sa lettre au roi était ferme et respectueuse, mm il en fit remettre une autre aux conseillers de la couronne, éom le ton était presque menaçant : « Archevêque, mandait-ik. « Mgr. de Narboone, et vous amiral de France, les navîH « que vous dites avoir été mis en mer de par le roi contre "1 « Anglais, n*ont été exploités que contre mes sujets; mais p « saint Georges, si l'on n'y pourvoit, j'y pourvoirai moi-mte: « avec l'aide de Dieu sans votre permission, et sans attendr « vos raisons, car elles sont trop longues et trop volontaires, m
Ces paroles annonçaient une rupture, qui éclata le % joia, époque à laquelle le duc, n'ayant point obtenu justice, ordoona
tiennent de curieux détails sur la valeur des bâtiments de oommene « XV* siècle. Nous y trouverons les chiffres suivants ;
Un navire de 100 tonneaux, avec agrès, évalué à 107 Uv. tS
» 70 — es
lio
flO
€*C8t à dire environ trente shellfngs par tonneau de Jaugeage. Les vins d Bordeaux qu'ils amenaient en Flandre eussent valu, en ce pays, envira 8 livres par baril; leurs vins romains mélangés, 4 Uvres; leurs fers, I lii 10 shil. par tonne ; leurs laines d^Sspagne 4 livres par sac pesant de 178 Ui
à s^s officiers de prendre, arrêter, saisir et mettre sous sa
n, par bon et loyal inventaire, les gens de loi et de justice
appelés et présents, tous les biens, denrées, marchandises
et dettes appartenant aux sujets du roi, pour, sur lesdits biens
ou les deniers provenant de leur vente, faire restitution à ses
sujets des valeurs enlevées à ceux-ci par les partisans du duc
de Clarence et du comte de Warwick.
Louis XI, qui ne désirait pas faire la guerre, fit presser les ^nnis anglais de repasser dans leur pays, leur offrant secrèlen^eat son appui, et envoya quelques-uns de ses gens auprès du duc de Bourgogne pour offrir un accommodement à ce prince. (Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis leur départ, lorsqu'on arrêta à Middelbourg un agent français, qui déclara <l'abord être porteur d'une lettre adressée au sire de la Gru- ^^Use, partisan secret du roi de France. Cette confession parais- ^^nt peu sincère, on obtint bientôt du prisonnier des aveux I^|us complets. Il reconnut avoir reçu Tordre de parcourir les J**Vers ports où le duc réunissait des vaisseaux, afin d'informer *^s chefs de la flotte ennemie des mouvements de celui-ci, et ^^ leur fournir, au cas oii il sortirait du port, les moyens de ^ ^ttparer de sa personne.
Le duc Charles, qui se refusait à croire à la trahison du sire ^ô la Gruthuse, l'un de ses anciens serviteurs, se vit enfin en ^^sure de prendre l'offensive. L'escadre bourguignonne, l'une tes plus puissantes qui eussent encore tenu la mer (1), sortit 4^ port de l'Écluse, le 8 juin 1470. Elle se composait de vingtquatre gros vaisseaux, et était commandée par Henri de BorsôU, seigneur de la Vère. Après avoir croisé quelque temps sur Ifô côtes, elle rencontra, le 2 juillet, la flotte du comte de Warwick, la poursuivit presque sur les côtes de Normandie, captura une dizaine de navires ennemis, et ne cessa sa poursuite qu'en vue du port de Honfleur.
L'importance de cette guerre maritime, si nuisible au développement du commerce des Pays-Bas, fit comprendre aux onseillers du duc combien il était urgent de pourvoir ix la
i) L'année du duc de Bourgogne estoit plus forte par mer que ceUe du ' et du comte ensemble. » Pb. de Comines, 1. 1, fol. 19.
mU7, W COMMEBCB, T. IL 13
sûreté des navires qui se trouvaient dans le Zvvyn, échoués sur le sable à marée basse. Déjà, sous Philippe le Bon, der plaintes nombreuses sMtaient élevées au sujet des attérise sements qui se formaient à TÉcluse , et empêchaient 1^ caraques, les galères et les autres grands bâtiments de mai d'y aborder sans danger. Par quoi la marchandise, disait-o"^ qui, au temps passé « avait grandement été exercée et en cou,^ <c au pays et conté de Flandres, estoit depuis aucun en ça fcn « diminuée et amendrie, et de jour en j.our taillée de enco^ ce plus diminuer et amendrir, voire qui plus est en brief tenm « du tout cesser, se pourveu n'y estoit, à la totale destructioir:» « perdition d'iccluy pays de Flandre, qui estoit fondé princL j <c lement sur le commun cours de la marchandise. »
Cet étal de choses fut donc signalé, par les oBdres du <1 Charles, aux délibérations des trois États de Flandre. Des coi missaires furent nommés par ceux-ci, entre autres les abb des Dunes et de Ter Doest, les sires Jean et Jossc de Hale>v5rn5 messire Van der Cracht, Josse de Mol, Sohier de Baenst i Paul de Dixmude.
Leur premier soin fuî de s'enquérir des moyens les plus efficaces pour rendre au Z^^7n son ancienne profondeur. QuaCre projets leur furent présentés : le premier consistait à y introduire les eaux de la mer, par un canal qui eut traversé Coxide; le second ajoutait au plan précédent le prolongement du Zwj^ jusqu'au havre d'Oostbourg ; le troisième recommandait fél^ blisscment d'une tranche'o près de Gaterncsse, de manière ^ réunir les eaux de l'Escaut occidental, connu sous le nom<î* Hont, Ji celle du Zwyn; le dernier enfin se bornait à rétabl»^ l'ancienne communication du port de l'Écluse avec la merp^^ le polder du Zwartegat. Celui-ci était le plus simple, bienqil^ le moins habile, et il prévalut sur tous les autres.
Il ne restait plus qu'à en régler l'exécution, et on ne lard^ pas Ji se convaincre qu'elle présenterait de sérieuses difficultés- Les Gantois refusèrent dès l'abord de prendre part aux dépen* ses, alléguant « qu'ils estoient fondés sur mestiers » et que tout l'avantage de ces travaux reviendrait aux Brugeois, alors co possession de l'étape des marchandises étrangères. Les Yprois ne se montrèrent pas plus accommodants, et les habitants du
me, suivant leur exemple, exposaient que leur prospérité toit fondée sur labourage et sur nourrissements de bétail » t qu'il y aurait injustice à les soumettre à de telles charges, députés de Bruges, mieux avisés cette fois que leurs îns, défendirent leur cause avec habileté. Répondant aux rvations que nous venons de rapporter, ils firent remar- ((uer qu'il ne s'agissait pas seulement d'assurer la prospérité de \eur ville, mais celle de toute la Flandre. L'industrie, disaientfts» ne pouvait se développer qu'avec le commerce extérieur, qui lui fournit des matières premières et lui ouvre des débouchés. Il fallait, en présence d'une entreprise utile à tous, adopter le seul principe applicable en ces circonstances : celui 4*une juste et légitime solidarité.
La décision du duc de Bourgogne, publiée à Saint-Omer le ïï juillet 1470 , donna gain de cause aux Brugeois , et la destruction des digues du polder de Zwartegat fut résolue. On ûe tarda pas h se convaincre cependant, par expérience, de inutilité de ces efforts, et, comme le remède proposé, bien loin d'empêcher l'ensablement du port de l'Écluse, parut au ^ntraire l'activer, les échevins de Bruges firent rétablir les *îgues abattues en 1487.
Pendant que la flotte flamande poursuivait les pirates anglais, *^uis XI ménageait une réconciliation entre leur chef et la ^ine Marguerite, qui vivait en exil en France, et fournissait ^crètemcnt aux partisans de la maison de Lancastre les moyens ^Opérer une descente en Angleterre. Le duc Charles, informé *e ces projets, donna l'ordre h ses ^capitaines de bloquer les ports de Normandie, et de livrer combat au comte de Warwick, "^ns le cas où celui-ci tenterait de ftiire passer le détroit à des «ïomaes d armes. Plusieurs grands navires, garnis d'artillerie et Montés par des équipages nombreux et aguerris, se trouvaient déjà dans la Manche, lorsqu'une violence tempête les força de prendre le large. Le comte se hùta de profiler de cette circonstance, mit aussitôt à la voile, et vint jeter Tancre, quelques ieures plus tard, au havre de Darmouth.
Le roi Edouard, occupé à combattre une sédition excitée par tord Fitz-Hugh, beau-frère de Warwick, se doutait à peine des dangers qu'il courait, que déjà ses officiers le trahissaient, et
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préparaient sa chute. Peu populaire dans ses États, entoi d'ennemis, il traversa en fbgitif le comté de Norfolk, et, oi jours après le débarquement de ses adversaires, il se réfugi avec sa suite sur quelques navires marchands,, et partait pc les Pays-Bas afin d*aller réclamer un asile au duc de Bourgogi Le sire de la Gruthuse, gouverneur de Hollande, reçut le i à Alkmaar, avec tout le respect dû à une grande inforUni Edouard IV, qui était accompagné du duc d'York, de kl Scales et de sept ou huit cents personnes, séjourna dans «i ville jusqu'au 26 décembre , d'où il se rendit au cb&teao i Gruthuse, situé à Oostcamp, à une lieue de Bruges. Deux joi^ après il se remit en route, se dirigeant vers Aire en Artois, se trouvait alors la belle-mère du duc. Son entrevue avMl dernier devait décider de son sort, car il lui follait deTai des vaisseaux, et Charles de Bourgogne avait hérité d'un trésor, commandait à des bandes aguerries, et possédait i flotte puissante : le monarque exilé allait lui demander moyens de reconquérir un trône, et de revoir la terre