‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ïlunand» et Calaisiens. — Rupture des relations commerciales entre les États ^ Bourgogne et la Erance. — Discordes entre Louis XI et le duc Charles. •^ Aestauration d'Edouard IV. — Nouveaux préparatifs de guerre. — Ordonnance maritime du sire de Borsele. — Accord avec les villes hanséa- ^^ttos. — L'armée bourguignonne en Normandie. — Traité de commerce *^cc les Tonmaisiens. — Projets de Charles de Bourgogne. — Ses négociations en Angleterre et en Allemagne. — Siège de Neuss. — Alliance do ^'^l'Us XI avec les Suisses. — Débarquement d'une armée anglaise. — "aité entre Edouard IV et Louis XI. — Stagnation des affaires commer- ^^•tea. — Jean Van Gobeelen. — La flotte du Levant. — Anversois et ^*^ïïU)is. — Guerre contre le» Suisses. — Bataille de Granson. — Le pre- ^^^ diamant taillé. — Batailles de Morat et de Nancy. — Mort du duo Ourles.

ûès le débarquement d'Edouard IV en Hollande, la garnison

ÔB Calais, s'attendant à une guerre prochaine entre TAngleterre

et les Pays-Bas, avait commencé les hostilités en faisant des

C^wrses dans le comté de Boulogne. Le duc Charles, assez indé-

ei3 5urle parti qu'il avait à prendre en des circonstances aussi

^fficiles, voulut cependant arrêter ces déprédations, et ordonna

Ja mise sous séquestre des marchandises anglaises qui se trou-

yBieni à Gra vélines.

Las intérêts commerciaux de la Flandre, dont il avait à tenir eooapte, l'obligeant toutefois à agir avec prudence, il envoya le sire de Comines à Calais, avec la mission de s'entendre avec sire John Wenloch.

i8G HISTOIRE DU COMMERCE

Cette démarche ayant été parfaitement accueillie, on parrât; sans peine à se mettre d'accord, et Talliance faîte avec lenï Edouard fut maintenue avec le roi Henri. On restitua les biev saisis au préjudice des nég^ociants anglais; les bestiaux enl par la garnison furent payés, et tout rentra dans l'état noi Tel était le crédit des riches bourgeois de Londres et des siens, que le comte de Warwick, malgré la haine qu'il po au duc de Bourgogne, ne put s'opposer à cet accommodemi Quatre mille hommes récemment arrivés d'Angleterre essay vainement de ranimer la discorde; la volonté de leur chef put prévaloir sur les intentions pacifiques des habitants, craignaient de s'appauvrir en se brouillant avec les villes mandes.

Nos relations avec la France présentaient un aspect beaui moins satisfaisant. Louis XI, après avoir dépêché des trou sur les côtes de Normandie, toujours menacées par la bourguignonne, avait convoqué une assemblée de noi bourgeois, afin de les consulter sur les mesures à prendreco le duc Charles, dont les officiers avaient confisqué, durant foire d'Anvers, les biens d'un grand nombre de marchands fi çais. Adoptant l'avis de ce conseil, il défendit à tout trafiqu sous les peines les plus sévères, d'aller ou d'envoyer vendra acheter, transiger ni marchander par voie d'échange, commitation ou autrement, aucuns blés, vins, draps, épiceries ou toutei autres denrées dans les pays et seigneuries du duc de BoiD^ gogne.

Ce prince usant de représailles, répondit à la proclamatioa royale par un acte du même genre adressé h ses propres sujA et les deux États rompaient brusquement tous rapports comn»* ciaux. Cette situation nuisait plus à la France qu'à la Belgicpft aussi Louis XI se vit-il forcé, pour faire cesser les réclamation! qui lui venaient de toutes parts, d'établir deux grandes foiresi Caen, afin de ne pas perdre, en même temps que nos marchéSi les moyens de se procurer les produits anglais qui seconsoflH maient dans le royaume. Il rappela en outre à Henri VI,ouplutèl au comte de Warwick, que Tune des principales conditionsà leur alliance avait été de travailler en commun à la ruine del maison de Bourgogne, et réussit à obtenir, de la part du gw

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. tS7

er*nement britannique, une renonciation formelle du traité de éronne.

indis que le duc Charles rassemblait ses forces, dans le but tamer une lutte sérieuse avec son habile adversaire, celui-ci, ant l'offensive, envoyait des troupes vers St-Quentin, qui l>a en son pouvoir. Roye ne résista pas davantage aux attadu comte de Dammartin, qui, après une tentative infrucixeuse sur Abbeville, alla planter le drapeau royal sur les murs TA^miens, traversa la Somme, et mit le siège devant Dours.

Le duc de Bourgogne, allarmé des progrès rapides de Tenûemi, quitta aussitôt Doulens, et se réfugia dans Arras. Plein 4*impatience et de courroux, il pressait ses armements de terre fct de mer avec une telle activité, qu'il se trouva dès le comittencement de Tannée 1471, en état de tenir la campagne. Les 4eux armées, toutes deux belles et nombreuses, se rencontrèrent sous les remparts d'Amiens, qui furent investis par les Bourguignons. Des escarmouches avaient lieu tous les jours Bntre les belligérents, mais les Français, obéissant aux ordres du roi, évitaient de livrer bataille. Les piquiers flamands et l^rabançons se distinguaient particulièrement dans ces combats d'avant-postes, par leur sangfroid et leur intrépidité (1). Le duc réussit enfin à faire ses approches, et à établir sa puissante artillerie de manière à causer beaucoup de mal à la ville.

Le temps s'écoulait cependant, sans modifier sensiblement la Position des deux partis.

Amiens, défendu par vingt-cinq mille hommes, ne paraissait

^Gvoir succomber qu'après un long siège, et Charles de Bour-

fp&ie se fatiguait de cette guerre lente et stérile. Il finit par

^Stier une suspension d'armes pour trois mois, en conservant,

^ **^si que son adversaire, les places fortes occupées par ses

**^iiames d'armes. D'autres projets d'une importance majeure,

^sorbaient en ce moment toute son attention.

'1) Joamellement viennent gens devers mon dit seigneur, spécialement

P'^iicnaires que ceulx de Flandre el de Brabant lui envoient, les quelz pic-

'P^^naires sont fort craints desditz françois... (Lettre écrite par le secrétaire

i^nde Holesmes à la chambre des comptes de Dijon, du camp devant Amiens,

\«^mar8 1471, archives de Dijon.)

Il s'était décidé, non sans de longues hésitations, à aider secrètement le roi Edouard à renverser la maison de Lancastre. Âpres avoir eu une entrevue avec lui dans la ville de Saint Pol» il lui avait Tait donner cinquante mille florins et dix-huit gros navires, tout en feignant en public de désapprouver son entreprise.

Edouard IV, dont les adhérents étaient encore nombreux ei Angleterre, et que Tadministration dure et arrogante du coml de Warwick commençait à faire regretter, s*était embarqué port de Ten-Vere, en Zélande, le 10 mars 1471, pendant que duc de Bourgogne se trouvait encore en Picardie. Ce derni( pour se prémunir contre toute éventualité, avait aussitôt défendre, sous peine de la vie, d'assister directement ou ini rectement le royal exilé.

Tandis qu*on menaçait ainsi les partisans du chefde la mai^^on d*York, celui-ci opérait une descente dans la petite ville cie Ravensport, et marchait sur Londres à la tête de deux nk.:5IJè hommes d*armes. Cette manœuvre hardie, qui semblait ne de^^o/r aboutir qu'h une défaite irréparable, lui valut des succès promps qu'éclatants. Ses troupes grossirent peu à peu, et b: tôt le duc de Clarence, qui s'était engagé à s'opposer à son sage, se joignit à lui. Salué avec acclamations par le peuple, le roi fit son entrée dans la capitale, le 11 avril 1471, et renvoy» dans la tour l'infortuné Henri VI, dont la faible intelligence n'avait pu résister à tant d'orages.

Telles furent les nouvelles qui parvinrent au duc Charles, 3** moment où il venait de déposer les armes. Il n'osait y croira* tant la révolution qu'on lui annonçait avait été rapide, qi^ déjà Edouard IV remportait une autre victoire à Barnet, oill-^ comte de Warwick perdit la vie, et achevait la ruine du paiCde Lancastre sur le champ de bataille de Tewkesburj'. A pdi sur le trône, il envoyait remercier les Brugeois du bon accuev qu'il avait reçu dans leur ville, et témoignait sa reconnaissance au sire de la Gruthusc en le créant comte de Winchester.

Le duc de Bourgogne, se sentant désormais appuyé par le monarque anglais, songea plus que jamais à la guerre. Il voulut néanmoins, avant de rompre la trêve à laquelle il s'était engagé, garantir le commerce flamand de tout dommages. Il fit équiper

^ ce but, plusieurs navires à Dunkerque, à Nieuport et à ^sC«nde; éleva des fortifications sur les côtes de Flandre, et fit K.^43uter des travaux de défense à Biervliet. Il encouragea ses &K^€iIshommes à prendre du service dans la marine militaire (1), ix développement de laquelle il apportait tous ses soins, et qui é^^it déjà mesurée, avec tant d'éclat, contre les forces réunies UL c^cmte de Warwick et de Louis XI. Le sire de Borsele, capii^ine général de Tescadre bourguignonne, promulgua vers cette poque une ordonnance qui mérite d'être étudiée à cause des Létsiils qupile contient sur les manœuvres navales en usage à iSi findu XV* siècle.

Nous y lisons que toute embarcation, faisant partie de la flotte

Auoale, devait, à la tombée du soir, se rapprocher du vaisseau

^^XDîral, en évitant cependant de naviguer sous lèvent dudit

vaisseau. Le dimanche, on se hélait en criant Jhu Crist; le lundi,

Saincte Marie; le mardi, Saint Marque; le mercredi. Saint Jehan

Bap/Mf; le jeudi. Saint Jaque; le vendredi, Sainte Croixe; le

^Hiedi, Saint Nicholas. Les mouvements à exécuter en commun

étaient réglés par signaux. S'il fallait mettre des bonnettes, le

U) Son père, Philippe le Bon, lui en avait donné Texemple ; nous trouvons O^ effet, dans les Comptes de la recette générale pour 1453 et 1454, (n« 1866, '^•des comptes, arch. génér. du Royaume) les passages suivants :

* I>eLaarent de Maeciî, conseiller de monseigneur le duc et son receveur

^Éral de Flandre et d'Artois, la somme de cinq cent onze livres, quinze

^^, de quarante sols monnoye de Flandres la livre... en deniers payez à

"^^^ire Joffroy de Choisy pour le reste de la somme de mil vingt-trois livres,

^ïiicsols, monnoye dite à luy deue pour le payement de deux mois finis le

^%l-<5inquiesme jour de may, l'an mil quatre cent cinquante-trois d'une

•***f>tle armée de quatre-vingt-dix hommes, de une barge et ung bringantin

^*^^ cbascun de trente hommes, estant soubs luy en armée sur mer au dit

^îre, pour Tempeschement des vivres qui peuvent venir et arriver à

'^^x de la ville de Gand, ennemis, rebelles et désobéissans à mon dit sei-

^^... etc. •

• Dudit Piètre Blonde, la somme de cinq cens escus d'or, du prix de qua-

^t-e-huil gros, monnoie de Flandres, pièce... en deniers payez à messire

^tlaume, bastartde Brabant, chevalier, conseiller et chambellan de mon

Seigneur, commandeur de la Morée, de l'ordre de St-Jean de Jérusalem,

^D don de mil escus du dit prix à luy fait par mon dit seigneur, pour luy

W à habiliter et mettre sus une galère qu'il luy a aussy donnée pour la

luire et entretenir par mer... etc. »

capitaine général Taisait allumer une lanterne au milieu du château de la poupe de son navire. Le même fanal, agité coaliaudlement de bas en haut, transmettait Tordre de les enlever. Den lumières, placées à mi-nef, signifiaient qu'on avait à serrer leii voiles; trois feux, équivalaient au contraire à un ordre de départ.

Tout capitaine, en apercevant un b«^timent étranger, devait faire hisser une lanterne au grand mat de son vaisseau. Ilf^: laissait quelque temps si le bâtiment suspect était isolé, sinoi il rabaissait et la haussait de manière à indiquer les forces dl Tennemi. Tous les navires de la flotte se massaient aussitiC, en pareil cas, de manière à se mettre en bataille. Un penooB était arboré sur Tavant de chacun d'eux, et, durant la nuit, bi certain nombre de feux, rangés deux par deux, leur donoaieift le moyen de se reconnaître. Au premier son des trompellOi les équipages fort nombreux au xv^ siècle, couraient aux armes; au second, ils se trouvaient à leur poste, prêts à Tattaque ooà la défense; au troisième, ils arrachaient le pennon qui avait flotté jusqu'alors sur le château d'avant, et le remplaçaient pu le drapeau de guerre.

« Et adonques, disait Henri de Borsele, au nom du Saintce Esprit, de cœur et bon courage, ils doivent combattre et « frapper sur leurs ennemis pour l'honneur de leur très redouté « prince monsieur le duc, en telle façon qu'ils puissent vigoo* « reusemcnt obtenir la victoire. Nul patron ne peut se retirer « de la lutte sans en avoir reçu l'ordre, ou exécuter une manœ»ce vre contraire h celle qui lui a été assignée, sous peine de ^ (c mort. Tout individu qui sera convaincu d'avoir commencéle « pillage des prises avant la défaite totale de l'ennemi, subira « la même peine (1). »

Les quatre-membres de Flandre, peu favorables â l'augmentation des compagnies d'ordonnance, prenaient le plus vif intérêt aux succès de notre marine, et contribuaient, par des subsides assez considérables, aux dépenses nécessitées pour son entretien. Les Brugeois, toujours en lutte avec les pirates,

(1) Voy. De Jongc, Gcschiedenis van het Nedeilansche zeewezen, 1- partiti pièces juslif. n* IV, p. 567.

uyaient d'autant plus, à cet égard, les vues du duc de Bourne, qu'ils venaient de conclure un nouvel accord avec les «ril I ^s hanséatîques, afin de s'assurer Télape de leurs marchan- [1 j ^^s. Ils avaient obtenus, en faveur de nos marins, le privilège 1 usif du transport des cargaisons entre Hambourg et l'Écluse, cîurremment avec les Hambourgeois. Ces relations présenmi tant d'avantages que les Gantois demandèrent bientôt à y p>articiper, et firent des démarches dans ce but auprès du l>o la rgmestre de Lubeck. Leurs instances furent néanmoins a^^^z mal accueillies, à cause de certaines taxes levées à Gand la bière de Hambourg, contrairement aux anciens usages (1). négociations n'étaient pas encore terminées, que déjà le du o Charles pénétrait en France, se mettait en possession de e et de Roye, et commençait le siège de Beauvais. Repoussé nt cette ville, qui fut défendue avec le plus grand courage V^^ ses habitants, il ravagea tout le pays de Caux, et repassa la f^^iitière, après avoir fait subir des pertes considérables aux Populations normandes, mais sans remporter de grands succès sur les troupes royales, qui avaient l'ordre d'éviter tout engag^ttient sérieux. Une nouvelle trêve devenait nécessaire aux deux partis, et elle fui conclue à quelque temps de Ih, d'abord pour cinq mois, puis prorogée durant toute l'année 1473. t^armi les victimes de toutes ces commotions, les Tournais\eus avaient surtout à se plaindre. Fort attachés à la France, ^^s souffraient beaucoup de l'interruption de leurs relations ^mmerciales avec la Flandre et le Hainaut. Hs obtinrent des lettres royales qui les autorisaient à traiter avec le duc, et, munis de cette permission, s'engagèrent à payer annuellement à ce prince, tant que la paix ne serait pas conclue, une somme de dix mille écus. Ils devaient lui remettre en outre, dans l'espace de dix ans, un capital de quarante mille écus. Cette transaction ayant été approuvée par Louis XI, les magistrats de

(1) Voy. Une lelire du bourgmestre et des conseillers de la ville de Lubeck,

du Î5 juin 1472. Ils déclarent ne pas vouloir recevoir les envoyés gantois, à

sioins que la percepUon de limpôt sur la bière ne soit suspendue, cette

oesure étant jugée indispensable avant d'entrer en composition. Parmcntier,

iKwaients relatifs à la hanse.

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