CHAPITRE XÏI
Troubles en Flandre. — Conquêtes des Français en Picardie et en ArtwB — Négociations avec Louis XI. — Supplice du chancelier Hagonet et dain d'Humbercourt. — Tumulte à Bruges. — Nouveaux succès des tronpM françaises. — Mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriehl^ — Trêve. — Traité commercial avec l'Angleterre. — L'architecture Dank au xv<^ siècle. — Quelques mots sur notre marine de commerce. — Âooori avec les Tournaisiens. — Assemblée des États. — Sédition à Gand.— Reprise des hostilités. — Bataille de Quinegate. — Négociations. — DA* entre Ostende et Damme. — Mort de la duchesse Marie. — Guerre ciA
— Traité d'Arras. — Ostendais et Brugeois. — Corporation commenili à Anvers. — Luttes maritimes. — Accord entre les Brugeois et Maii» lien. — Voyageurs belges. — Prise d'Ostende. — Décret sur les aminnték
— Guerre avec la France. — Los marchands étrangers rappelés à Bnjes. Coup d'État tenté par Maximilien, et arrestation de ce prince. —I^ Allemands à l'Écluse . — Mise en liberté du roi des Romains. — Bcprt» sailles. — Traité de Montils. — Nouveaux troubles. — Philippe deClères.
— Armements maritimes à l'Ecluse. — Prise de cette ville.
Les communes belges, si rudement traitées par le duc Chartes, ruinées par les guerres, privées de leurs plus précieuses libe^ tés, n'eurent pas plutôt reçu la nouvelle du désastre de NaûCf qu'elles refusèrent d'acquitter taxes et gabelles, en protesta* énergiquement de nilégalité de ces impositions. La ruine de 11 maison de Bourgogne, désormais imminente, semblait impliquer la condamnation des tendances centralisatrices qu'elle avA cherché à faire prévaloir, et Tesprit public, abandonné à 1©même, se portait naturellement vers le passé, y cherchant to titres de gloire et de consolantes promesses.
J3Iarie de Bourgogne, la jeune duchesse, était menacée de tous
-Ces. Son père venait à peine de recevoir la sépulture, que
j à Louis XI donnait Tordre au bâtard de Bourbon et au sire
1^^ Comines d'entrer en Picardie et en Artois, faisait marcher
l^^s troupes en Bourgogne, et envoyait quelques-uns de ses
^ê'^^nts en Flandre, pour y semer secrètement la division et la
lî^ <2orde. Abbeville, Ham, Bohaing et St-Quentin avaient déjà
-?^ert leurs portes aux Français, lorsque des ambassadeurs
rguignons se présentèrent devant le roi, munis de lettres
I eur souveraine.
'ambassade se composait du chancelier Hugonet, du sire
^'Uvambercourt, de Guillaume de Clugny, du sire de la Gruu-
^^'*-> ^e, et de quelques autres personnages influents. Elle était
^^a.ï*gée d'annoncer au monarque la prise de possession des fiefs
*^laîssés par Charles le Hardi, dont un conseil, comprenant la
*^^oliesse douairière, le sire de Ravenstein, le sire d'Humber-
^^^nt et le chancelier Hugonet dirigeait l'administration. La
*^oîiesse Marie se déclarait disposée à rendre hommage pour
« Bourgogne, l'Artois et la Flandre, s'engageait à reconnaître
■^ juridiction du parlement de Paris, et offrait la restitution de
^utes les seigneuries ou domaines acquis parles traités d'Arras,
te Conflans et de Péronne.
l«e roi, avec cette prudence astucieuse qui présidait à toutes
ses actions, répondit qu'il ne voulait occuper les États de Bour-
K^gne que pour les conserver à la princesse, qu'il considérait
^ïHme étant sous sa garde, parla d'un projet de mariage entre
^^l^ et le dauphin, et réussit à se faire remettre la cité d'Arras,
^^ commandait le sire d'Esquerdes, depuis longtemps gagné à
«^ cause.
ûans l'intervalle, le désordre augmentait à Bruges et à Gand. 1^ vieux duc de Clèves était arrivé dans cette dernière ville, et, profilant de l'antipathie témoignée par les Flamands contre toote alliance française, cherchait à déterminer la duchesse ïarie à épouser Jean de Clèves, son fils. Une circonstance iœprévue vint encore augmenter reffervcscence populaire, en récitant jusqu'aux plus déplorables excès. Quelques bourgeois, léiégués par les communes auprès de Louis XI, reçurent avis h éronne que des négociations avaient déjà été entamées avec
ce monarque, au nom du conseil. Surpris et indignés dessacrifices au prix desquels on voulait acheter la paix, ils retournèreal ii Gand, où leur présence amena une violente émeute. Le cbascelier Hugonet et le sire d*Humbercourt, auxquels les Gantoii avaient voué une haine implacable, furent aussitôt anrélà^ jugés sommairement, et décapités par la main du bourreaii,1i 3 avril 1477, presque sous les yeux de la duchesse, qui demttdait vainement leur grâce. Les Brugeois, en apprenant ces éléments, suivirent Texemple de leurs voisins. Les doyens deii métiers, se rassemblant en tumulte, coururent aux Halles, il exigèrent qu'on recherchât tous les privilèges et tous les octroii concédés jadis à la ville, afin d'en prendre lecture. Leboui|-' mestre, Jean de Nieuwenhove , s'étant refusé à obtempérerl^ leurs vœux, fut forcé de quitter la ville, pour ne pas être mi^l sacré par la foule.
Tandis que Marie de Bourgogne, privée de ses conseillers hij plus dévoués, cherchait à conjurer les périls qui rentourai* en multipliant les concessions à ses sujets révoltés (1), lesFrai-j çais continuaient leurs conquêtes, s'emparaient du Tronquoi,k Montdidier, de Roye, de Moreuil, de Vervins, de Saint-Gobi%i de Marie, de Rue, de Landrecies, de Therouenne, de Hesdinëde Boulogne. Les Gantois, de plus en plus hostiles à Tidée
(l) Elle leur accorda de nombreux privilèges, dont quelques-uns an! fort importants. Elle s'enj^ajîoa à ne point se marier sans le consenleoflJ des États, promit de ne conférer des fonctions publiques qu'aux habitti* du pays, et renonça au droit d'affermer les charges. Nul ne pouvait ftt disirait de ses juges nalurels. Elle reconnut aux cités le droit de conroqor des assemblées, et déclara (|ue les taxes ne seraient établies que du cons* tcment des Étals, qui devaient être également consultés en cas degner». Les Brugeois obtinrent confirmation de la charte accordée aux francHô»' tiers en 12G3, par le comte Guy, ainsi qu'une réorganisation complète* réchevinage ; il fut convenu que les échevins seraient nommés désonÉ par quatre commissaires, et qu'on les choisirait parmi les neuf membrttti la ville, de la manière suivante : les cinq premiers d'entre les bourgeoiSi le sixième des rangs des quatre grands métiers; le septième parmi les bolchers; le huitième d'entre les dix-sept métiers; le neuvième do sein i orfèvres; le dixième du nombre des maîtres cordonniers ; le onzième *» celui des maîtres tanneurs, le douzième parmi les boulangers, elletrèzième entre les courtiers.
d*iJtn Kiiariage entre leur souveraine et le dauphin, malgré les
s d'Olivier le Mauvais, l'agent de Louis XI et leur compa-
(1), s'armèrent enfin sous les ordres d'Adolphe de Gueldre
et, s^ mettant aux champs, allèrent dévaster le Tournaisis.
Attsiqués brusquement au retour de leur expédition, au moment
oU ils rentraient en Flandre chargés de butin, ils furent défaits,
et leur commandant, qui aspirait h la main de la riche héritière
de Charles le Hardi, resta sur le champ de bataille. Sa mort
décida les États à accepter les offres du duc Maximilien, fils
de Vernpereur Frédéric, déjà désigné comme futur époux de
Mavie de Bourgogne.
Une députation, parmi laquelle se trouvaient plus de qua- ^i[^t.e des principaux négociants d'Anvers (2), vint au devant du Prtrice jusqu'à Cologne, et raccompagna à Gand, où il fit son entï^^e le 17 août 1477. Son union avec la duchesse fut célébrée oès le lendemain, et, quelques jours plus tard, il prêta serment ^^ 'Pays de Flandre et à la ville de Gand.
^^ présence produisit d'abord les meilleurs effets. Les Fla-
^^ds, groupés désormais autour d'un chef, remportèrent quel-
'M^s avantages; les troupes françaises, victorieuses à Condé, se
^^^nt repoussées avec pertes sous les murs d'Audenarde. Le
y*^> faisant appel au patriotisme des communes, réunit bientôt
^'^St mille hommes, avec lesquels il s'avança jusqu'à Valen-
ûietines, offrant bataille à ses ennemis.