‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 42 sur 74 · I-ouis XI, après avoir essayé inutilement de se maintenir · texte numérisé non relu

I-ouis XI, après avoir essayé inutilement de se maintenir

^i^s le comté de Bourgogne, comprit qu'il était temps de

^^îter, et offrit à son adversaire une trêve d'un an, en s'enga-

%^iit à évacuer le flainaut et à rendre la ville du Quesnoy.

^tle trêve, à la fois communkative et marchande, fut publiée à

^as le 11 juillet 1478. Le duc signa, le jour suivant, une con-

veuUon avec Edouard IV, consacrant la plus entière liberté de

commerce entre les deux pays, et stipulant que les ports

de Flandre et d'Angleterre seraient strictement fermés aux

pirates (3).

(1) n était né à Thiclt, près de Courlrai.

(î) Jaerhoek derstadAntwerpen, \ deel.

(3) Rymer, Fœdera, t. îll, p. 67 ; Ândcrson, Hist. of commerce, 1. 1 p. 506.

Ce dernier accord était devenu indispensable, car les voyages maritimes, durant ces luttes incessantes, présentaient de joor en jour plus de dangers. Une véritable révolution s'était opérée, en elTet, avec la découverte de la boussole et de la poudre ï canon, dans la construction des navires de guerre. Les coqua^ jadis si universellement employées, avaient été remplacées pv les hulques et les caravelles^ plus solidement construites, et d'une marche infiniment supérieure. On continuait aussi i employer les galères, mais celles-ci étaient plutôt en usage parmi les peuples du midi de l'Europe. Les bâtiments arma, durant le xv^ siècle, étaient assez petits, généralement de 160 à 240 tonneaux. Ils portaient deux ou trois mâts, auxquels oa ajoutait parfois une espèce d'artimon, très incliné sentant i tendre une voile supplémentaire (1).

Les mats n'étaient plus chargés, comme autrefois, de guérites crénelées destinées à recevoir les archers, mais supportaient des plates-formes, que l'on armait de pièces d'artillerie légère, servies par quelques hommes. Deux châteaux, souvent richement ornés, s'élevaient aux deux extrémités du navire, quTls dominaient entièrement. Formés de lourdes planches de chêne, ils étaient souvent réunis par un pont volant, ce qui permettait, en cas de nécessité de passer de l'un à l'autre.

L'interruption partielle de nos relations commerciales directes avec la Castille et TAragon, par suite de l'alliance conclue entre i les souverains de ces contrées et le roi de France, nuisait an développement de notre marine de commerce. Louis XI, dans le but de lui porter un nouveau coup, ordonna de ne recevoir dans les havres français que les marchandises qui y arrivaient sous pavillon national. Il s'était assuré en outre le concours d'un habile marin, Guillaume de Caseneuvc, qui causait de grands dommages aux armateurs belges et hollandais (2).

(1) Voyez une f^iaviire représentant le vieux Middelbourg on 1400, daM SniaUcfîangc, Chrov. de Zélande, ainsi qu'une vue du port d'Anvers en 15ie dans le Ilistorisch onderzoeU naer den oorspronh, enz, van Antwerpen.

(2) \\ s'empara, en 1479, de quatre-vingts bateaux flamands et hollandais, à leur retour de la Baltique, où ils avaient été envoyés à la pêche au harengs. Voy. Select letters of Christophcr Mumbus, transi, and édit by Ifa^ur,

situation générale du pays s'améliorait cependant depuis oonclusion de la trêve. On avait fait la paix avec les Suisses, des rapports de bon voisinage s'étaient rétablis entre la Flandre et le Tournaisis. Les habitants de ce dernier district voyaient admis de nouveau à fréquenter les foires flamandes brabançonnes, à condition toutefois de ne pas exporter à l*ét ranger des chevaux, des harnais, des métaux, des ferrailles, fle la poudre, du salpêtre et autres objets servant à la guerre (1). Le duc Maximilien n'était pas toutefois sans inquiétudes, car la campagne précédente avait nécessité des dépenses considérables, qu'il allait falloir, selon toute probabilité, renouveler bientôt : il convoqua les États à Termonde dans le courant 4x1 mois de février 1479, dans le but d'en réclamer des sub-

Cette assemblée, dès sa première séance, retentit de plaintes contre les Français, qu'on accusa de commettre journellement 4^s hostilités, en violation de l'armistice. Les États requirent te duc d'ordonner à tous ses sujets de se pourvoir, chacun selon ^ fortune, d'armes et de munitions, afin d'être prêts à marcher w>tilre l'ennemi (2). Ce décret fut accepté sans opposition, mais Atfen fut pas de même des ordonnances relatives à la pcrcepûou d'une gabelle sur la bière, qui faillirent occasionner une ^^olte à Gand. Les tisserands en coutil, les meuniers et quelques autres membres des corporations se refusèrent à y obéir, ssisirent leurs bannières et coururent jusqu'au Verbrugghe^ aujourd'hui le pont aux Herbes, où ils rencontrèrent le bailli Jean de Dadizeele et le magistrat, qui, assistés d'un certain nombre de bourgeois, les accueillirent Ix coup de piques. Une écbauffourée eut lieu entre les deux partis, durant laquelle le meunier Jean Gœthals fut tué , et beaucoup de séditieux blessés.

Force étant restée à la loi, Jean de Dadizeele, accompagné

iOBdon, printed for the Hakluyt society, an. 1818, p. xxxvin introd. Ces exploits atUraient cependant quelques représaUles; Jacques de Savoie captura la même année trois navires français, chargés de blés et d*approvisionnements, et les amena à l'Écluse, où leur cargaison fut vendue. Yoy. Despars.

(1) Registres des consaux de Tournai.

(t) Yoy. les ordonnances, aux archives générales de Belgique.

de ses adhérents, amena de rartillerie devant la maison forgerons, où ces derniers s'étaient renfermés avec les tu rands, les meuniers et les cordonniers, et les obligea à la &<: mission.

Ces troubles n'étaient pas encore apaisés, que déjà M hommes d'armes du duc entraient par surprise dans le châte^ de Selles, près de Cambrai, pendant que Louis XI fais^ attaquer la Bourgogne avec des forces imposantes. MaxioC lien, désireux de relever son crédit par quelque brillant explo ^ assembla une armée de vingt-sept mille combattants, et, ^ mettant en marche le 27 juillet 1479, arriva devant Theroueni^ défendue par le sire de Saint-André. Il avait commencé le sié^ de cette ville, lorsqu'on lui annonça l'approche des França^ qui venaient à sa rencontre par Guinegate, au nombre de du ' huit cents lances et de quatorze mille archers. La bataille s'e gagea vers deux heures de l'après-midi, avec le plus gra^ acharnement. La cavalerie bourguignonne , attaquée ar" * vigueur, fut rompue dès le commencement de l'action, les gens de pied, commandés par le comte de Romont, comte de Nassau et le duc Maximilien lui-même, restèrent 11 branlables derrière leurs longues piques , et finirent ï>^ repousser l'ennemi avec grand carnage (1). Le camp des fT9^^ çais fut pillé, et le sire d'Esquerdes, leur chef, se retf/^ à Blangy, où il appela en toute hûte une partie des gens (i^^ lui restaient à Hesdin et dans les autres garnisons.

La fortune semblait se déclarer de nouveau pour la maison de Bourgogne. Pendant que les fantassins flamands soutenaient leur vieille réputation à Guinegate, la veuve de Charles le Harfi décidait Edouard IV à secourir Maximilien, et jetait les bas» d'une ligue contre la France, menacée par les forces réunies des Pays-Bas, de l'Angleterre et de la Bretagne (2). Les iû-

(1) Voy. Registre de la collace de Gand, où il est dit que le duc fut redc vable de tous ses succès « lot de hulpe van den vnetghangers tan Vlaendern, \

(2) Rappelons ici, en passant, un fait assez curieux relatif à Thistoired Tagriculturc dans nos provinces. Durant le sc^jour de la duchesse douairièr à Londres, le roi Edouard lui octroya la permission de faire exporter annuel lemcnt sans payer de droits, sa vie durant, mille bœufs et deux mUle bélier

;ues de Louis XI, qui pensionnait plusieurs des membres du ^seil anglais, l'irrésolution des Bretons, et les mouvements litieux qui bouleversaient en ce moment la Hollande, firent louer ces projets. Une nouvelle trêve fut conclue entre les lî gérants, le 27 août 1480, au grand mécontentement des 3ulations, qui désiraient, non une suspension d'armes, mais 3 paix durable et sincère.

-•'hiver fut exceptionnellement rigoureux, et le haut prix des îns vint encore augmenter l'irritation publique. La misère nait à Bruges (1), si opulente encore quelques années aupaant, et bien que cette ville eût reçu tout récemment le privie de tenir deux grandes foires annuelles, elle se voyait >ertée peu à peu par les marchands, qui allaient s'établir à islerdam et à Anvers (2). Une dispute ayant surgi entre les >ilants d'Ostende et ceux de Damme, au sujet de certaine rque apposée par les premiers sur les tonnes de harengs en ïue qu'ils mettaient en vente, et dont les gens de Damme clamaient l'usage exclusif (3), les Brugeois en profitèrent pour re valoir un droit d'étape sur ces produits. Les Ostendaîs sisièrent de tout leur pouvoir à de telles exigences, rap- -lant les pertes qu'ils avaient subies en 1477 par suite des ^vages de la mer (4), et faisant remarquer l'inconséquence lu'il y aurait à entraver un commerce, qu'on s'efforçait d'un

^ la Hollande et la Zélande. Louis XI faisait venir de Flandre, vers le nême temps, des vaches et une laitière, et les établissait au Plessls, où il aisail faire sous ses yeux le beurre et le fromage. (1) Un chroniqueur rapporte qu'une distribution gratuite de pains, anoooée à Bruges le S9 septembre 1481, attira tant de monde devant la maim mortuaire d'un des bourgeois de la ville, Nicolas Van Nieuwenhove, que tpt personnes y périrent étouffées.

{«) Un édit avait été publié à Bruges, le 23 mai 1177, ordonnant à tous axqui s'étaient rendus à Anvers de revenir en Flandre, endéans les trois jrs, sous peine d'une amende de 300 livres parisis. Voy. Gailliard, De Mbaekten en neringen van Brngge, Bruges, 1854, 1 vol. ln-8*, p. 133. (S) F. Van de Putle, pêche des harengs sur les côtes de Flandre au moyen e, dans les Annales de la Société d'émulation, 2* série, t. III, p. 339 et suiv. . 184S.

(4) La vieille viUe fut engloutie à cette époque.

autre côté de protéger en levant une taxe sur les harejr^^ étrangers (1).

La duchesse Marie, que les Gantois et les Flamands ava/^^^ si durement traitée h la mort de son .père, avait, durant X ^^ quatre années qui venaient de s'écouler, beaucoup gagné da leur faveur et leur aflection. Elle se trouvait à Bruges, dansi commencements de février 1482, lorsqu'un jour, en chassa-*^ le héron aux environs de cette ville, elle tomba de cheval et ^^ fit une dangereuse blessure. On ne crut pas d'abord que sav^i® fût en péril, mais le mal empira, devint incurable, et la duchés ^® trépassa, le il mars, à Tàge de vingt-cinq ans.

Les États de Flandre, convoqués extraordinairement dès le mois suivant, se montrèrent peu disposés à reconnaître milieu d'Autriche en qualité de tuteur de ses deux enfan Philippe et Marguerite. Pressés de prendre une décision, mis annoncèrent enfin, après en avoir délibéré à Gand, qu'ils entendaient que la tutelle fut déclarée amovible, ajoutant qvTMls n'accorderaient cette charge au prince qu'à condition qu'il I& lif jurAt de se conduire d'après leurs conseils, et de ne rien entr^ prendre sans leur consentement. Le duc, plein de dépit, pzx'tit aussitôt pour Bruges pour y faire de nouvelles démarch^^ mais sans plus de succès. La plupart des villes flamand^ s'étant prononcées contre lui, il résolut de mettre à profit 1^5 rivalités commerciales qui existaient entre les Belges et les Hollandais, et, s'étant rendu en Frise et en Zélande, en rameD* une flotte de 150 navires, avec laquelle il tenta de s'emparer du port de TÉoluse. L'entreprise ayant échoué, malgré l'appui du comte Engelbert de Xassau, de Jacques de Ghistelle et de Philippe Van Huorne, quelques-uns des hommes d'armes du duc se répandirent dans Cadzant et Sainle-Annc-ler-Muyden, qu ils se mirent Ji piller. Le comte de Romont, informé de ce qui se passait, accourut avec une troupe de Flamands, rassemblés à la hâte, et attaqua si vivement les assaillants, qu'ils les for^a :\ se ronibarquiM'.

OViaii lo coniniencenient d'une guerre civile, et Maximilien

I !.*< h.ïroîi^< imïv:»rt;'> <\-^ H >lî.\:iJe êlaienl frappés en Flandre d'un

iîio;t lii* ilouN .•^.'^Is. >i\ ilo:\i:r> par lasl.

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. f09

des ressources nécessaires pour la mener à bonne lumineuse correspondance avec les agents du fisc, qui Lé consen'ée en partie, nous révèle combien ses talent embarrassées en ce moment (1). Il jugea donc d'accéder aux exigences des villes de Flandre, et le traité que les délégués des communes négociaient la France.

é, ratifié le 23 décembre 1482, rétablissait la paix deux pays. Il fut convenu que le dauphin épouserait B d'Autriche, lorsque celle-ci serait en âge d'être recevrait en dot les comtés d'Artois et de Bourgogne, uries de Maçon, d'Auxerre, de Salins, de Bar-surle Noyers. Le roi, de son côté, renonçait à tous ses Lille, Douai et Orchies, dont la possessian avait fait tant de débats. Il s'engageait de plus, sur la demande lands belges, à diminuer TefTectif des garnisons qu'il t aux frontières, et dont on avait appris à craindre 3ns. Les navires de commerce devaient être libreis dans les ports français et flamands, et y décharger disons, sans être inquiétés, sous la protection des lois. 5 d'Autriche, alors âgé de cinq ans, fut reconnu à qualité de comte de Flandre, le 10 janvier 1483. On pour tuteurs Jacques de ^voie, comte de Romont; le Clèves, sire de Ravesteyn; Adolphe de Borsele, le Ter-Vere et messire Philippe de Bourgogne, fils dit le grand bâtard. L'archiduc Maximilien — car il om à partir de cette époque — ne s'était pas soumis re-pensée à la volonté des États. Parcourant les prol'on avait reconnu son autorité, il reparut bientôt avec }, arriva le 25 février près de Lille, d'où il partit pour ins l'espoir de surprendre cette ville. Trompé dans Le, il se contenta de faire ravager les campagnes, ne tentative inutile sur l'Écluse, se retira enBrabant.

•arvenait à couvrir ses dépenses qu'en multipliant les emprunts, vec des usuriers lombards, vénitiens, florentins et espagnols ent en ses grans et extrêmes nécessités, au frait de dix par cent n. »

Un assez grand nombre de navires marchands ayant abo h Ostende, de nouvelles querelles surgirent, en 1483, et cette commune ei les Brugeois. Ces derniers se liguèrent a les habitants de Nieuport, de Damme« de l'Écluse, et prés> tèrent une requête aux députés des trois membres de Fland leur demandant de mettre fin aux entreprises des Ostondais comblant leur port : « Il serait regrettable, » disaient les p< tionnaires, <c de voir trois ou quatre très bonnes villes, qui, <c dernier transport arrêté à Oudenbourg en 1408, ont • « taxées dans les charges de la Flandre, savoir : Damme <c neuf escalins; TÉcluse, à quarante escalins et Nieuport « quatorze escalins par cent livres de gros, être ruinées po « une commune entièrement ouverte et sans défense, c « n'entre dans ces dépenses publiques que pour deux escali » six deniers, et dont le salut dépend d'une simple digue. »

Les Ostendais objectèrent « que leur cité était noble, pi vilégiée et beaucoup plus ancienne que Damme et l'Écluse. Ils firent remarquer en outre, comme il était question leur interdire le commerce des harengs, qu ils avaient te jours été aussi experts à la pêche que les plaignants, et rs pelaient qu'un de leurs concitoyens, Jacques Kien, avait 4 l'un des premiers, après Gilles Beukels, à mettre les harec en caque.

Il fallut bientôt renoncer à ces misérables débats, pour s: ver des intérêts plus importants. Le conseil de régence vem d'entrer en fonctions, lorsqu'on apprit que Maximilien aya réuni quatre cents chevaux et seize cents fantassins, s'était fti ouvrir les portes de Termonde et d'Audenarde, et se trouva maître de ces deux localités. Les Anversois, dont la prospéril grandissait à mesure que celle de Bruges penchait vers so déclin, prêtaient leur appui au prince, qui les favorisait de U» son pouvoir. La bourse d'Anvers était de plus en plus fr quentée, et tout s'y passait dans le plus grand ordre, surlo depuis la publication des règlements promulgués par les magi trats en octobre 1478 (1). Pendant que les villes de Fland réparaient leurs forliticalions, et organisaient leurs moyens

il) Papcbroch, Ann. Antv. lomll, p. 188.

é iTënse, les négociants d'Anvers, sur Tinvitalion de Técoutête ^sà. Kl de Ranst, se formaient en collège et se donnaient des h^ls.

rrout bourgeois, se livrant au commerce d'exportation, tant SLir mer que par terre, pouvait faire partie de celte compagnie. l fut convenu que les membres de la corporation, réunis en Lâsemblée générale, présenteraient la première année de leur î^cistence, une liste comprenant les noms de huit personnes, Pluies à la pluralité des voix, parmi lesquelles l'écoutête choisit les quatre gouverneurs de la nation des marchands d'Anvers. plus âgé de ces magistrats devait être éliminé, au bout de douze mois, pour être remplacé par un nouveau gouverneur, également désigné par l'écoutête, d'entre deux notables ayant obtenu les suffrages de la corporation. Ces quatre chefs étaient chargés du maniement de capitaux assez considérables, produits des cotisations, et destinés h servir la cause commune dans tous les cas où une action collective serait jugée néces- »îre.

Quelques vaisseaux brabançons, commandés par le bâtard de Bstenst, jetèrent l'ancre le 15 janvier 1485 dans les environs d^ Gaternisse. Leurs équipages descendirent h terre, errèrent dans les campagnes voisines et mirent le feu aux villages de ^'ulpen et de Saftingen. Le succès (je cette expécfition décida i^cques de Ghistelle à remonter le Zvvyn avec une quantité de ^vires, et à se présenter inopinément devant le château de VÉcluse qu'il ne parvint néanmoins îi surprendre, grAce aux Sî^es précautions de Philippe de Clèvcs, commandant de cette forteresse. Ghistelle et ses gens, furieux de l'échec qu'ils venaient d'éprouver, se jetèrent sur les bourgs de Sainte-Anneter-Muyden, deKnocke et de Heyst, qu ils mirent en ruines. Jean de Ranst attaquait vers le même temps le fort de Calloo, s'en emparait et rentrait en triomphe à Anvers avec soixante pièces rartillerie saisies sur l'ennemi.

La situation devenait intolérable, et les Brugeois annoncèrent ifln l'intention de traiter avec Maximilien, auquel ils enyèrent des députés. Ils durent s'engager à lui abandonner la elle de ses enfants et à lui remettre, à titre d'indemnité de rre, telle somme de deniers que les trois membres de

Flandre jugeraient convenable de lui attribuer, à condition néanmoins que le paiement en fût réglé de manière à ne pas obérer la commune. On se vit bientôt d'accord ; Tarchiduc entra au port de TËcluse avec quelques navires, proclama une amnistie générale, et, s'étant rendu à Bruges, y fut reçu avec de grandes démonstrations de joie. Gand et Ypres se soumirent également, et une paix générale fut signée entre tous les partis, le 23 juin 1485.

Le riche comté de Flandre, qui fournissait au trésor publi&s près d'un tiers de ses recettes (1), déclinait sensiblement

Ses ressources Hnancières diminuant d*année en année, on ^ suppléait en levant des impôts successifs sur le commerce . dont ces mesures intempestives achevaient la ruine (2). L^agri culture n'y était point dans un état plus florissant; 800 vachfc. et 300 chevaux, enlevés aux paysans flamands par une trouj^d*liommes d'armes de la suite de Tarchiduc, avaient été veudi publiquement a Anvers, en mai 1438.

Tandis que Jacques de Ghistelle se distinguait comme ch< d'escadre, un de ses parents, seigneur d'Axel et échevin <^<

(1) En 1473, le produit des taxes était évalué de la manière suivante :

Dans le duché et comté de Bourgo^e. 27,400 livres tournois.

En Brabanl 12,734

Dans le Luxembourg 1,180

EnGueldre 13,883

En Uollandc 14,300

EnZélande 2,683

En Artois 17,683

Dans le comté de Hainaut 12,199

Dans le pays de Naniur 5,936

En Flandre 42,390

Formant un total de . . . 150,412 livres tournois.

La répartition des contributions resta invariable, en Flandre, de 1 ^^ à 1313, malgré les changements que le temps et les événements introditi' sirent dans le pays.

(2) La ville de Bruges, dont les finances étaient grevées d*nne det'^ arriérée de 14,000 livres de gros en 1473, chercha à combler ce déficit «" créant chaiiuc année 200 livres de gros de rente viagère, et augmenta TiniP^' de la bière forte de quatre gros par tonne; on mit aussi deux gros sur ^ vin, etc., etc.

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. ±i%

Gand, se rendait en Italie, visitait la Terre Sainte, l'Egypte, les de l'Archipel, Tripoli, Tunis, la Corse, la Sardaigne, et reveit à Anvers après une absence de plusieurs années. Il était accompagné dans ce voyage par Jean Van Coningstant, son pelain; Joris de Ghistelle, Jean de Vaernewyck et Joris I ynck. La relation de ses aventures , publiée à Bruges -1572 (1), renferme beaucoup d'indications sur les contrées qii*il parcourut, ainsi que sur leurs habitants. Un autre Belge, Rolef Huysmann, plus connu sous le nom de Rodolphus Agricola, assistait vers le même temps aux leçons de Théodore de Gaze, àTerrare, devenait son zélé sectateur et, de retour dans les Pays-Bas acquérait une brillante renommée comme professeur de dialectique, non seulement en Belgique, mais en Hollande et en Allemagne.

Durant la guerre maritime dont nous avons rapporté plus

l^^ut quelques épisodes, et qui avait occasionné tant de maux

^ux habitants de notre littoral, les Ostendais n'étaient pas

^wtés oisifs. Ils avaient suivi la bannière de Bruges, et s'en

^Oyaient punis parla perte de tous leurs privilèges, particuliè-

^DQent de ceux relatifs aux droits de pêche, transmis par le

Prtnce aux habitants de Nieuport. Ils ne cherchaient qu'une

^casion de nuire h leurs voisins, lorsqu'ils reçurent la nou-

^^lle qu'une flotte, composée de douze vaisseaux de guerre et

^un certain nombre d'embarcations, chargés d'objets précieux

appartenant à Maximilien, se préparait à quitter Nieuport pour

^ rendre à Anvers. Ils équipèrent aussitôt une centaine de

^ï*ques, attendirent leurs ennemis à quelque distance du port,

leup livrèrent bataille, capturèrent leurs nefs et les conduisirent

^ Ostende, le 16 janvier 4486.

l-'archiduc, qui se trouvait alors en Allemagne, où il venait de * faire élire roi des Romains, revint en Belgique à la fin du "^^is d'avril, accompagné de l'empereur Frédéric. Ils amenèrent ^ jeune duc Philippe à Bruxelles, et accordèrent à cette occa- ^ûa deux foires franches à cette ville (2).

W Cel ouvrage fut composé par un de ceux qui le suivirent en Orient, le au "' ^ ^^ Antoine Zecboul.

\^) Barlet, Essai sur VHistoire du commerce et de l'industrie. Liège, 1858.

^> N coiauci, T. u. 14

tu HISTOIRE DU COMMERCE

Six mille Anglais, envoyés par Henri VII à Maximilîen, déba quèrent à Kieuport le 16 juin 4486 et reçurent Tordre marcher sur Ostende, ce qu'ils firent, mais pour se retirer au sitôt. Quelques soldais appartenant à la garnison de la place, présentèrent alors à Daniel Van Praet, sir de Meerwede, coi mandant d'une compagnie au service du roi des Romains, et 1 offrirent de lui ouvrir les portes de la cité, s'il consentait changer de drapeau et à s'unir aux Flamands. La propositi< ayant été acceptée, les gens du roi furent introduits en vîll mais, au lieu de se joindre à ses défenseurs, ils procédera immédiatement à l'arrestation des bourgeois les plus influent qu'ils envoyèrent à Nieuport, et prirent possession d'Ostem au nom de leur souverain.

Les Ostendais, dans leur détresse, réclamèrent secrètemei l'appui des officiers de Charles VII, qui avait succédé à Louis X le 30 août 1483. L'armée française, s'étant avancée jusqu Ypres, vint en effet dégager Ostende, qu'elle abandonna mois de juillet suivant, en n'y laissant qu'une faible garnisc L'ennemi profita aussitôt de cette circonstance, sortit de Ni^ port, et, étant entré dans la place, la livra au pillage et y mettre le feu. Elle ne se releva de ce désastre que longteœ après, en 1493, époque à laquelle son nom reparaît de uouve dans nos annales maritimes, pour y figurer dès lors avec écl»

Le commerce languissait partout en Belgique, sauf à Anvei et nous ne trouvons, durant Tannée 1486, qu'une seule ordo nance de Maximilien ayant quelque rapport à nos transactio mercantiles : il augmenta, le 14 mars, les privilèges des tiss rands de Bruges (1).

Son décret sur les amirautés, rendu le 8 janvier 1487, mér d'être rapporté, bien qu'il ne fît que consacrer des princif déjà admis précédemment, car il servit de base, pendant ass longtemps, à l'organisation de la marine nationale.

Il fut réglé que l'amiral serait considéré comme Je lieutet**

(1) Il permit à tout tisserand qui préparait, à domicile, la laine dont i^^ sait usage, de s'adjoindre deux aides ; ceux qui faisaient travailler la mot* première par autrui ne pouvaient employer qu'un ouvrier. GaiUiard,Aif»^ ten en ^ecringhen, p. 13.

général du prince sur les mers. Il était appelé, en cette qualité, â juger de tous délits commis à bord des navires ou sur les jplages, en paix comme en guerre. Personne ne pouvait armer une Qmbarcalion sans en avoir reçu licence de Tamiral, qui ne devait l'accorder qu'à des gens connus, en leur faisant proxnettre de ne diriger leurs forces que contre les ennemis de leur souverain. Les prisonniers étaient remis aux mains de l^amiral ou de son représentant, ainsi que les biens des alliés cïii prince, trouvés à bord des navires capturés, dont la restitution pure et simple était ordonnée. L'amiral prélevait un dixième du produit de toute prise, ftiite par les corsaires munis die ses lettres de marque, et les vaisseaux de ceux-ci devaient porteries bannières, lespennons et les étendards de l'amirauté, l'amiral pouvait se donner, où il lui plaisait, un lieutenant et autres officiers de justice, pour faire juger plus rapidement les causes en litige. 11 conservait le droit de révoquer la sentence prononcée par ceux-ci, et ne reconnaissait lui-même d'autre autorité que celle du souverain, qui seul se réservait le pouvoir de réformer les décisions de l'amiral. Ce dernier, en cas de guerre, avait la garde des côtes et des fanaux, qu'il était diargé de préserver de tous dommages (1).

En même temps que cette ordonnance, on vit paraître la nomination de -Philippe de Bourgogne, descendant d'un fils bâtard du duc de ce nom, en qualité d'amiral.

Les Français ayant repris les hostilités contre Maximilien, espérant profiter de la position dangereuse dans laquelle il se tK>uvait, ce prince se vit forcé de demander, en 1487, l'autorisation de lever, durant trois ans, une somme de neuf cent mille luronnes d'or pour terminer la guerre. Les États de Flandre, réunis à cet effet, lui refusèrent ce subside, désirant conserver te neutralité, et s'en tenir à la paix conclue à Arras en 1482.

W) Voy. net Groot Plakhaatboek, d. IV, bl. 1820, et le Recueil van Plakkaa-

*«»laelreffendcdezeezaken, d. in,bl. 1.

Il eiisle aussi des lettres patentes de Tan 1477, connues sous le nom de

*|rand privilège, » ordonnant la restitution des objets naufragés, nonob-

^^t les édits qui les adjugeaient au fisc, mais dont les dispositions ne furent

P^Sïespeclées. Les finances des successeurs de la duchesse Marie étaient en

trop mauvais étal pour en permettre l'exécution.

Les circonstances étaient peu favorables, en effet, pour mer du peuple de nouveaux sacrifices. La Flandre se dé contre une crise commerciale et industrielle, résultant d incertain des affaires publiques; le Hainaut et le pi Namur, soumis i la même influence, en souffraient éga1( tandis qu*une maladie contagieuse décimait les populalioi bançonnes (1).

Des troubles éclatèrent à Gand, au commencement del et les doyens des métiers, retrouvant une partie d ancienne énergie, réclamèrent hautement qu'on retirât la au roi des Romains, et envoyèrent une députation aux Bi pour les exciter à la révolte.

Maximilien, appreuant que des bandes gantoises s* avancées jusqu'aux portes d'Anvers, de Bruxelles et de trai, se hâta de retourner en Flandre, et arriva à Brui 16 décembre 1487. Après avoir appelé la guerre civile ( çant une proclamation sanguinaire contre les séditieux il mit la tête à prix, il fit publier que les marchands de nations qui rentreraient dans la cité flamande, après u de neuf mois, y jouiraient d'une entière liberté de com sans être soumis à aucune charge. Ce décret ne ramei sonne, car nul ne se souciait d'exposer sa personne et sei aux violences des soldats allemands que le prince entra sa suite.

La désolation régnait dans cette commune célèbre qu'alors Tune des métropoles du commerce, et ses hab indignés des excès commis par la garnison, s'écriaient € courant les rues le jour de Noël : « 0 belle ville marc vous devenez un repaire de brigands! Que Dieu y pour nous fasse grâce! »

Le 12 janvier 1488, le roi des Romains, inquiet lui-mé rapide déclin de sa puissance affaiblie, assembla les ( et les hooflmam de Bruges à THôtel des échevins. Il I connaître l'état de ses négociations avec les Gantois, n

(1) Près de 40,000 personnes, dit un chroniqueur, périrent à B en 1486. Ce chiffre paraît cependant exagéré, eu égard à la populaU ville à celte époque.

Jears bons offices auprès d*eux, un contingent de deux mille

liommes, et une somme d^argent pour dérendre les frontières

centre les Français. Ces deux dernières demandes ayant été

:K-cjelées, les représentants de la commune insistèrent à leur

^^ur pour obtenir le renvoi dés troupes étrangères. Une nou-

^v^lle réunion eut lieu, mais sans plus de résultat. Maximilien,

tii avait fait lever un corps de cavalerie en Hainaut, se

^ida à tenter un coup hardi, et à se rendre maître de

Le 31 janvier, vers le milieu du jour, les reitres allemands se ngent en ordre de bataille dans la cour de Thôtel royal, et le si:K-e de Gaesbeke, à la tête des cavaliers hennuyers, reçoit l*OTdrede se présenter immédiatement à Tune des portes de la ^^rille, et d*y faire son entrée. Le roi des Romains lui-même, ac^compagné du bourgmestre Jean de Nieuwenhove et d'un petit mbre de serviteurs, se dirige vers la poterne des Maréchaux cherche à se la faire ouvrir. Repoussé de se côté, il est plus ireux à la porte Sainte-Catherine, sort de la cité, et y rentre mot pour en faire garder Tune des issues. Quelques bour- >is, devinant ses intentions, se répandent cependant dans rues, criant à la trahison ; le tocsin sonne dans toutes les *8lîses; les métiers courent aux armes; l'irritation populaire 2*0 It (Je moment en moment, et, au bout de quelques heures, *^^ximîlien, assiégé dans son hôtel, se voyait dans l'impossibilité de quitter la ville, tandis que cinquante-deux bannières *î^ltaient dans les halles, où les doyens et les hooflmans sta- ^^nnaient avec quarante-neuf pièces d'artillerie.

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