CHAPITRE XIV
Prohibition des satins, des velours et des damas étrangers. — Une nouvelle industrie à Bruges. — Navigation sur le Hont. — Foires de Saint-Ghislix»* Des affiches. — État des Pays-Bas sous Philippe le Beau. — Naissai»^ de Charles-Quint. — Voyage des archiducs en Espagne. — Confércn^?^ commerciales à Paris. — Mort d'Isabelle de Castille. — Débats ponr ^ succession. — Négociation avec l'Angleterre. — Le ■ mauvab ent^ ^ cours. • — Plaintes du comptoir hanséatique de Bruges. — Philippe -^ Beau en Castille. — Sa mort. — Tutelle de Maximilien. — MaigaerK-"*^ d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. — Influence du seigneur de Cl» vres. — Du commerce et de l'industrie dans le comté de Namur. — Guer^-^ aveclaGueldre. — Négociations avec l'Angleterre. — Traité avec Louis SC^-^' — Notes sur quelques villes belges. — La tapisserie de haute-lisse.
Vers la fin de Tannée 1497, le 10 octobre, parut une ordo nance de Philippe le Beau, ayant pour objet de défendre l'usa des étoffes de satin, de velours et de damas d'origine étrangère Cette mesure, vivement réclamée par les fabricants brugeoLft nous indique combien leur situation devenait pénible. Les magistrats municipaux, n'ayant que peu de confiance dans l'eStet de ces prohibitions, eurent une meilleure idée, et essayèrent de combattre le mouvement d'émigration qui menaçait de dépeupler leur ville, en y créant une nouvelle industrie. Ils y établirent des ateliers de lisscranderie spéciaux, où l'on ne s'occupait que de la confection d'une espèce de drap grossier, nommé dans la langue du pays Brugsche Beeren, ou « peau d'ours de Bruges. »
mSTOIRE DU COMMERCE ET DE LÀ MARINE EN BELGIQUE. SUi
primes ayant été offertes aux tisserands pour chaque pièce îette étoffe présentée par eux, beaucoup de drapiers, de ons, de flleurs et de cardeurs répondirent à cet appel, et ent même d'Armentières et d'autres localités voisines
de jouir de ces avantages. Ils ne restèrent pas longps en Flandre, et abandonnèrent leurs travaux lorsque les les distribuées par les magistrats cessèrent de leur être ises.
indis que les Brugeois cherchaient leur salut dans une rme douanière préjudiciable aux intérêts communs, les Brsois se préparaient à faire de grands sacrifices pour dégale commerce et la navigation de toutes entraves. Ils rachecit en effet, en 1506, certains droits de tonlieu prélevés sur ont, et donnèrent de ce chef, aux receveurs de Philippe, e mille florins d'Allemagne.
ne petite ville du Hainaut, Saint-Ghislain, reçut de Tarchi* les franchises de deux foires en 1497. Nous lisons à ce pro-
que les échevins de la localité, ayant été informés de cet poi, envoyèrent mettre des affiches aux portes de Chièvres et l^alenciennes, pour attirer les étrangers dans leur commune, te circonstance assez curieuse prouve l'ancienneté de ce de de publicité en Belgique (1).
levenons à des fkits d'un intérêt plus général, hilippe le Beau avait hérité des qualités aimables de sa mère, îe de Bourgogne, et de l'humeur imprévoyante et capriise de Maximilien. Tout entier à ses plaisirs, il avait, comme princes de la maison de Bourgogne, le goût du faste et du 3, sans posséder leur habileté et leurs talents. Son règne ne une époque de transition, durant laquelle les mœurs, les litutions, les lois, tout se pénètre insensiblement d'un nouvel rit. Les communes, divisées entre elles, épuisées par leur gue lutte contre le pouvoir central, commencent à perdre i partie de leur importance politique. Les formidables armées bourgeois et d'ouvriers, qu'elles levaient jadis au premier ip de cloche, se dissolvent pour être remplacées par des des mercenaires, au service du souverain, ou par des corps
I InMolet de Vabbaye de Saint ChisHain, p. 600.
t42 HISTOIRE DU COMMERCE
d'archers assermentés, qui se bornent à faire la police des villes. L'éloquence fleurie des chambres de rhétorique succède aux accents plus mâles de Jacques Van Maerlant et des anciens poètes de la Flandre. Le commerce s'écarte de la patrie de Baudouin de Constantinople et de Jacques d'Artevelde, bouleversée par la guerre civile, pour passer désormais aux mains de Brabançons, dont on vantait déjà, à l'étranger, l'opulence et les richesses (1). La vieille société féodale, avec ses complications infinies, existe encore malgré tous les assauts qu'elle a subis, mais ses fondements sont ébranlés, la vitalité l'abandonne, et de graves, symptômes annoncent sa prochaine transformation.
Ce fut dans ces circonstances que l'archiduchesse Jeanne accoucha d'un fils, le 24 février 1500, à Gand. La naissance du jeune prince, appelé plus tard à exercer, sous le nom de Charles- Quint, une influence si considérable sur les destinées de l'Europe, fut saluée avec acclamation par les Gantois. On alluma des feux de joie sur les tours et sur le beffroi; les cloches sonnèrent à pleine volée dans les églises ; on joua des mystères et des scènes allégoriques dans les rues ; des arcs de triomphe furent élevés dans les principaux quartiers, et les États du pays accordèrent à l'archiduchesse un don gratuit de 60,000 livres de quarante gros. Un marchand de soie avait fait dresser devant sa maison, tendue de drap de velours et de damas « une galerie où estoient cinquante hommes tenant chascun deux flambeaux,
(1) I was borne in Brabanl, dal is bolh gentil and free. Ail nacyons of ail limes bewellcome to race; I do use maries, dyvers lymes in the yere And, of ail Ihynges, I do love good english beere. In Anwarpe and in Bacow I do make my martes : Ther doth english marchaunles crut ont theyr partes. I hâve good slurgyon, and other good fyshe, I love ever lo hâve good mealc in my dyshe ; I hâve good lodgyng and also good chire, I hâve good wyne and good englysh beere, Yel had 1 rathcr be drowncd in a beere barel Than I woldc channg Ihe fushion of my olde apparel.
(Voy. Borde, the Boke ofthe introduction ofKnowledgej chap. X).
et trois de ses enfans présentèrent au nouveau-né une coupe d'or. » Le chroniqueur, en nous transmettant ces détails — qui retracent si fidèlement les habitudes fastueuses et magnifiques des anciens commerçants flamands — ajoute que ledit bourgeois a pour resveiller les passants, faisoit semer argent à très grande abondance » au peuple rassemblé sous ses fenêtres.
Jeanne sortait à peine de relevailles, lorsqu'arriva la nouvelle de la mort de don Miguel, qui la rendait héritière présomptive des royaumes de Castille, de Léon, d'Aragon et de Grenade. Philippe, sur l'invitation de Ferdinand et d'Isabelle, résolut de l'accompagner à Tolède, afin de se faire connaître aux Espagnols, ses futurs sujets. Il réunit les États-Généraux à Bruxelles, durant le mois de janvier 1501, les informa de son prochain départ, et en obtint un subside de 100,000 livres. Il ne quitta cependant les Pays-Bas qu'au commencement de Thiver, et se rendit en Espagne en passant par la France. L'archiduc venait de conclure un traité avec Louis XII, ayant pour objet le futur mariage de Claude de France avec le prince Charles, qui devait obtenir, par cette upion, le Milanais.
Philippe le Beau, durant son séjour à Paris, demanda que les commerçants français, fréquentant la Flandre, prissent à l'avenir leur résidence temporaire à Bruges, et que les villes de rÉcluse et de Damme reçussent l'entrepôt général des marchandises transportées de France en Belgique. Le roi tint à cette occasion un grand conseil, où il fit appeler deux négociants de chacune des principales cités de ses États. Ceux-ci firent opposition à la mesure projetée, et l'un d'eux, Seguin Gentilz, député de la Rochelle, fut envoyé aux Flamands pour leur faire part de la décision du roi, défavorable à leur cause (1).
L'archiduc arriva le 7 mai à Tolède, et n'y resta que quelques mois. L'étiquette grave et réservée de la cour d'Espagne lui parut insupportable, et il reprit bientôt la route des Pays-Bas, où sa femme ne devait le rejoindre que quelques mois après.
Il ne prit plus aucune part dès ce moment aux affaires de la Péninsule, attendant tranquillement que le trépas de Ferdinand ou d'Isabelle lui ouvrît un chemin à l'un de leurs trônes. Il
(1) Arcère, Histoire de Ut Rochelle, tom. I*', p. 305.
j^ nïT'»Ll£ 3C COMMERCE
- - . : , .:; -. i\ !e 26 novembre 1S04, la reînede .. . • • j.; -: :r i Medina-del-Campo, laissant
. .r îcnnait la régence ou Tadminislra-
. .:> au roi Ferdinand, jusqu'à ce que
. .: : !ni IVige de vingt ans.
. . : ;: ànde agitation dans les Pays-Bas.
■-.'/.i^ence, sujette îi de fréquentes alié-
.^:ui•cie par les combats que la passion
. . ?. n mari soulevait en elle, ne pouvait
— :\:Mver l'autorité. II paraissait injuste
^.; !:> prérogatives à Philippe, tuteur natu-
- . :\. ;iail ouvertement contre l'ambition du
. :,:\;5ant de céder le pouvoir îi son gen-
■. .litable iniquité. Les deux cours furent
...0, ûl tandis que Tarchiduc envoyait des
. ;• .'ur y soulever les habitants en sa faveur,
> ^:: ['lus irrité contre son beau fils, dans
. /...> qu'un compétiteur, épousait Germaine
*. ..:L.te de Narbonne et de Marie, sœur de
. •:.: alarmé de la conclusion de ce mariage,
. . . '.lié et le menaçait de la perte de tant de
. <. :\s:Uit de partir immédiatement pour TEs-
..: i:!.»rs en guerre avec le duc de GuelJre,
^ . - > ;:::v.aioni en course contre les bâtiments de
■< 1 , il s'embarqua avec une flotte très norn-
>. - : > ^ .i.siJérable de troupes de terre. Une vio-
... a à rLlàcher en Angleterre, et celle circon- . :; .. :\ moiianl sa cause, fut fatale au commerce
". . ^ .:! do Qaene-de-Vachc en Aunis, et Antoine
\ . . -:.;..o:il mis en mer pour rejoindre le duc de
. ...À :.•..'. plusieurs prises, lorsqu'Us renconlrèrcnl un
•'; t.:.:ij^-e que eehii qu'ils montaienl. Un combai
.'. -..ii-^aude |»aii et d'antre, avec opiniâtreté,
:.-.■% .ro luuuand était tout désemparé, ^o^^qu*un
- ; \ à ilour d'eau sur celui de Chapperon. fopu
. . ^.: iMit à sombrer, à se refufîier ou toute liàle
N . ♦ A:\cro. liut. delà Rochelle, tom. 1, p. oUj.
flamand. Les relations de la ville de Bruges avec les marchands anglais, bien que réglées par le traité -du 24 février 1496, ne s'étaient pas trop bien rétablies. A mesure que la Grande-Bretagne faisait des progrès dans l'industrie, elle entrait peu à peu en rivalité avec les Pays-Bas, qui, recevant moins de matières premières de leurs correspondants de Londres, cherchaient de nouveaux débouchés en France et en Espagne. Les Flamands, craignant cependant une rupture, avaient envoyé un des leurs, Pierre Anchemant, auprès de Henri VII, pour obtenir le retour des marchands anglais à Bruges, les assurant qu'on avait, par d'utiles travaux, amélioré le havre du Zwyn, et que la paix profonde qui régnait en Flandre avait à jamais éteint les vieilles rivalités de Bruges, de Gand et d'Ypres, si funestes au commerce.
On négociait encore, lorsque les archiducs arrivèrent en Angleterre. Henri VII, qui avait reçu des lettres de Ferdinand le priant de mettre obstacle à leur voyage, songea à profiter de Voccasion pour faire valoir ses propres- intérêts. Il retint ses hôtes durant trois mois, sans leur permettre de remettre à la Yoile, et ne les relâcha qu'en leur faisant signer une convention tout à fait défavorable aux progrès du négoce belge. Cet accord, ratifié le 15 mai 1306, exemptait les Anglais de tous péages en Zélande, — concession par laquelle ils se trouvaient plus favorisés que les nationaux eux-mêmes (1), — et enlevait à nos marins le droit de pêche sur les côtes britanniques. Les populations flamandes ne se trompèrent pas sur les conséquences de pareilles concessions, et donnèrent le nom de « mauvais entrecours » intercurstis malus, au traité qui les consacrait.
Bruges conservait cependant l'étape des laines anglaises. Elle était moins heureuse encore du côté de l'Allemagne. Déjà, en ISOl, les villes saxonnes avaient notifié aux cités Wendes
(1) Le Grand Conseil de Malines, par sentence du 11 octobre 150 i, avait déclaré que Philippe le Beau, en qualité de comte de Zélande, avait droit de lever les tonlieux accoutumés, « et ce de toutes nayieres, denrées et mar- « cbandises qu^elles soient, de quelle part qu'elles viennent, appcrtenans à f marcbans non francs, que en allant, venant, montant, descendant et pasc eant ou touchants aucun des cours d'eau et strooms dcssusdicts, la Honte c et autres. • Voy. Smallegange, Cron. van Zeeland, 1"* deel, 2' book. p. 165.
■Wr. DU COMMCaCB, T. If. 16
246 HISTOIRE DU COMUERCE
que désormais elles n'entendaient plus envoyer leurs draps aa marché brugeois. Le comptoir hanséatique se plaignait deTâévation des droits de tonlieu en Zélande. Ses membres demandaient que défense fût faite aux Hollandais et aux Brabançon de vendre publiquement, à Anvers, du cuivre, de la cire et da goudron, désirant se réserver à eux-mêmes le monopole de œ négoce. 11 devenait indispensable, ajoutaient-ils, de prendred» mesures contre les négociants allemands qui envoyaient di^e^ tementlcurs marchandises, — sans avoir recours à Fintermédiai» du comptoir,--dc telles transactions menaçant cet établissement d'une ruine complète. On fit droit à cette dernière réclamatiM dans une diète tenue à Lubeck, en 1507, avant la Pentecôte. De grands travaux furent entrepris dans les environs de itcliwe en 1810; les digues du Zwartegat furent rétablies, et Ton vérMi avec la sonde la profondeur des eaux du Zwyn pour calmerk» terreurs des pilotes étrangers.
Philippe, en débarquant h la Corogne en Galice, vit la plupart des nobles de Castille se déclarer en sa faveur. Le roi Ferdinand, presque abandonné, pensa qu'une plus longue résistance» vœu populaire finirait par devenir dangereuse, et s'engagea; par traité, à remettre la Castille entre les mains de son compétiteur et à se retirer en Aragon, se contentant du titre de grand maître des ordres militaires, et de certains revenus que h reine Isabelle lui avait légués.
L'archiduc, que les Castillans reconnurent alors pour leur souverain, conioinlcriient avec Jeanne, dont la raison se dérangeait de plus en plus, ne jouit pas longtemps de sa nouvelle autorité. Il venait à peine d'en prendre possession qu'un accès de fièvre mit fin Ji ses jours, le 26 septembre 1506, à BurgM-
Sa mort prématurée, en livrant les Pays-Bas à tous te hasards d'une longue minorité, y excita une appréhension générale. Qu'allaient devenir ces riches provinces, en présence des prétentions rivales qu'un pareil événement ne pouvait manquer de soulever? Menacées par la Franco, attaquées parleducde Gucldre et par le seigneur de Sedan, alliés secrets de Louis XH comment allaient-elles résister h tant d'ennemis?
Les membres des États-Généraux, convoqués d'urgence, arrivèrent à Malines, le 13 octobre, et se réunirent en séance
* solennelle, le dimanche suivant, dans la salle de la cour. Ayai pris connaissance du testament de Philippe le Beau, ils défé rèrent la régence, suivant le vœu de ce prince, à Tempereui Maximilien.
Tandis qu'on délibérait encore enBrabant, les Castillans s'asisemblaient de leur côté pour régler leurs propres affaires. J'c^anne, devenue seule maîtresse du royaume , était incapable le gouverner, et comme parmi les nobles de Castille il n'y en '%rsx\i aucun d'un mérite assez distingué pour être appelé par la X publique à la direction de l'État, les uns voulaient suivre emple des Flamands, et confier le pouvoir à Maximilien, dis que d'autres se tournaient vers Ferdinand d'Aragon, dernier parti l'emporta, malgré tous les efforts de la faction erse, et le rusé monarque, assurant sa position par d'habiles «nœuvres et de brillantes promesses, se vit bientôt, grâce à J*sà^i^ j)ui de Louis XII, qu'il, parvint à se ménager, en mesure de ster à toute tentative dirigée contre son autorité, aximilien, ne pouvant se rendre en personne dans les Payss'y fit représenter par Marguerite d'Autriche, veuve de ï^*^îl ibert de Savoie et sœur de Philippe le Beau. Cette prin- €, remarquable par son génie et ses talents, présidait le
eil de régence, dont l'un des membres les plus influents
élî^ît; le seigneur de Chièvres, fils du comte de Porcien et de Jacqueline de Luxembourg.
ï-»* archiduchesse fixa sa résidence à Malines (1). Les relations
des Pays-Bas avec Louis XII réclamèrent bientôt toute son
^Hention. De Chièvres, héritier dos traditions de la maison de
^^oy, recommandait à la régente d'agir avec la plus grande pru-
tence, et de consentir à quelques sacrifices pour conserver la
P^}x. Marguerite parut d'abord se ranger aux avis de son con-
*^^ller;mais elle ne pouvait oublier qu'elle avait été fiancée
^^trefois h Charles VIII, qui l'avait renvoyée pour épouser
^^nede Bretagne, et le ressentiment qu'elle en gardait, fortifié
V^ï* les obser\'alions de l'empereur Maximilien, toujours hostile
(1) Cette vUle lui oITrit à son entrée six plats d'argent, aux bords dorés, P^^l 18 marcs de 3 livres 5 escalins, el coûtant 91 livres 10 cscalius. Voy. Aïcvedo.
t48 HISTOIRE DU COMHERGB
aux Français, ne tarda pas à se manifester dans sa conduite politique.
De Chièvres, qui avait été chargé jusqu'alors de Tadministration du comté de Namur, fut forcé de renoncer à cet office. Ce comté , si remarquable de nos jours par des établissements métallurgiques et industriels, était encore d*une médiocre importance h cette époque. Le total de la recette du domaine n'y produisait que huit mille livres (1). Il y existait déjè cependant quelques hauts fourneaux, dits flusso-feu, dont la Belgique fut la première à faire usage (2).
Les Gueldrois, prévoyant une prochaine rupture entre les Pays-Bas et la France, n'en devenaient que plus entreprenants. Leur duc, Charles d'Egmont, ayant uni ses forces à celles de
(1) CcUe somme, d'après les comptes du temps, était ainsi répartie :
Lir. sh. d.
Location de maisons, moulins, fours, tcrres,vi-
vres, bois, prés et cens de diverses espèces,
cliapons, poules, lins, poivre, forges, etc. 861 8 3
Tailles, ponts, pontons, pêcheries, dîmes, me-
surage du sel, franche nef allant de Namur à
Binant
Étalages de la Halle aux draps à Namur . .
Poids de la ville à Namur
Droits sur les vins
Droits de bourgeoisie, tonlieu des laines et
halles des laines à Namur
Vetile do fer, chapons, grains
Vente de bois
Droits sur le poisson
Arrii^rt^ de receltes
Des oniciers de justice
Total glanerai, sauf déduction de l'arriéré 11,110 7 8
(2^ Voy. Karsten, Manuel de la métallurgie du fer, 2* édil., tome I", Inlr^- LWngletiMTO et la Suède nous empruntèrent celle découverte, au xvi* siècle Il existe un document aulhenlique qui constate qu'en 1560, on comptait, dans la province de Namur, jusqu'à trente-cinq fourneaux pour la fonte du for, cl tjuatre-vingt cinq forges pour réduire la fonte en barres. (Mém,èk iO di'c. ITiiT. rêdigt^ par l'oljîcial du bureau de la régie des douanes, Péri», sir la fcrroncnv iin Uainaut et du comté de Namur.)
Robert de la Marck, seigneur de Sedan, vint assiéger Tirlemont en septembre la07, et mit cette ville à feu et à sang (1).
Cette agression hardie fut bientôt réprimée. Déjà les États avaient voté un subside de 200,000 philippus d'or, réclamé par Tarchiduchesse, et des troupes nombreuses s'assemblaient de toutes parts. Le duc de Gueidre battit en retraite, tandis que la régente, envoyant des agents en Angleterre, rappelait à Henri VII son alliance avec Philippe le Beau. Dans l'intervalle, quelques marchands français avaient été arrêtés en Belgique. Les délégués du roi en Champagne et en Rhételois s'en plaignirent vivement, et leur firent obtenir justice (2).
Henri VII accueillit favorablement les députés de Marguerite d'Autriche, et consentit non seulement h renouveler la ligue contractée quelque temps auparavant, mais donna même son adhésion à un projet de mariage entre Charles et la princesse Marie d'Angleterre.
Il fallait néanmoins, en cas de guerre avec la France, se préparer d'autres ressources. Marguerite chercha à rattacher Ferdinand d'Aragon aux intérêts de son petit-fils, et demanda aux États-Généraux de pourvoir à l'entretien de 10,000 fantassins et de 2,000 cavaliers. Cette requête avait un double but, car en fortifiant le gouvernement contre l'ambition d'un puissant voisin, elle devait aussi, une fois obtenue, l'armer contre les rebelles en cas de dissensions intestines. Elle fut donc reçue avec méfiance par les États, qui la rejetèrent en disant « qu'il leur sambloit n'avoir nul ennemi qui leur courust sus. »
L'adroite politique de la régente et l'intervention active de Maximilien rétablirent en efiet, vers la fin de l'année 1308, la paix un instant troublée. Louis XII, toujours préoccupé de ses plans d'agrandissement en Italie, recevait l'investiture du duché de Milan, et abandonnait le duc de Gueidre, sans stipuler aucune garantie en faveur de ce prince. La cause de celui-ci était re-
(1) • El y avoit une bande d'aventuriers liégeois qui feurent des premiers rar la muraine, et flsrent grand mcurdre dedans, et fcust la ville toute pillée. > Fleurangcs, Hist. des choses mémorables, CXVII.
(2) Alex. Henné, Uisl. du règne de Charles-Quint en Belgique, tome 1", p. 171-t7î.
S50 HISTOIRE DU COMXERCE
mise à des arbitres, nommés par l'empereur, la France, l'Angleterre et l'Ecosse; en attendant leur jugement, les relations commerciales étaient rétablies entre la Gueldre et les Pays-Bas. Maximilien renonçait de son côté à réclamer l'exécution dt traité de mariage arrêté jadis entre le prince Charles el,Claude de France, et recevait du roi cent mille écus d'or (1).
Les provinces belges, gouvernées désormais par des princes dont les intérêts n'étaient plus exclusivement nationaux, subissaient finalement l'influence de cette situation nouvelle. Les vœux de leurs liabitants n'étaient pas toujours consultés, etbiea des sacrifices leur étaient imposés dont ils ne devaient pas recueillir les fruits. Quelques cités avaient acquis de^impo^ lance au milieu de ces revirements politiques; pour d'autres, ils avaient été le signal de la ruine. La ville de Diest, dont 11 vieille halle aux draps existe encore de nos jours, avait été cédée par le duc de Juliers, en 1498, au comte Engelbertde Nassau; Dixmude, fondée par Baudouin III en 958, fut incendiée vers celte époque; Ostende, si souvent saccagée, dut réclamer, en 1507, des subsides pour subvenir aux frais occasionnés par le bouleversement annuel de ses travaux maritimes. D'un autre côté, on élevait vers le même temps ni entrepôt à Nicuporl, pendant que les marchands d'Anvers saluaient l'entrce dans l'Escaut de deux navires arrivant des îles Canaries, — les premiers qui fussent venus de ces parages,cliargés de sucre. On rapporte à ce propos un fait assez curieux. La ear^^aison de sucre dont il s'agit ayant été mise dans le coinmerce, on roflVil h moins de trois gros la livre pesant. Cependant, soit que le haut prix de celle denrée n'eût pas perfliis jusqu'alors de la répandre dans les classes inférieures et d'en rendre Tusage commun, soit que la concurrence fût trop grande, soit enfin qu'on ne fût pas encore accoutumé à recevoir de Ifis produits par la voie de l'océan Atlantique, les armateurs eurent beaucoup do peine à se défaire de leur marchandise.
Les étrangers allluaient îi Anvers, particulièrement les Italiens, qui y venaient débiter leurs soieries (2). La ville fit don
(1) Pu Mont, IV, 1- parlio, p. 109.
(2) Barthélémy de Lon^jchamps, abbé de Sainl-Laurcnl, de Liège, mort»
aux Portugais, en ISll, d'un édifice spécialement destiné aux négociants de leur nation.
La confection des tapisseries de haute-lisse continuait à occuper un grand nombre d'ouvriers en Belgique. Vasari parle d'un peintre contemporain de Marguerite d'Autriche, Perino del Vaga, qu'il représente comme fréquemment employé à peindre des cartons pour ces ateliers, et sans cesse entouré de tailleurs et brodeurs. « Il composa, dit-il, huit sujets de l'histoire de int Pierre tirés des Actes des apôtres, et destinés à orner une otâsipe offterte au pape Paul III (1). » La Salle des orfèvres, à JL.ondres, était ornée de riches tapisseries, faites en Flandre, et r'^I)résentant l'histoire de saint Dunstan.
Xa Flandre était célèbre pour ce genre de travaux, même en 2ie, au xvi* siècle :
E per stanzc reali un paramento D'oro c di scta in Fiandra lavorato...
^it, J'Arioste en énuméranl les divers objets qui tombent entre
mains d'un vainqueur (2). On trouve dans l'inventaire de
**guerite d'Autriche une tapisserie de six pièces, appelée la
** oi té des dames » mentionnée comme ayant été donnée par les
*^^l>itants de Tournai. Les ouvriers flamands s'étaient même
^^^^oés à reproduire les traits de la princesse, car il est ques-
^^^ïï , dans le même inventaire, n° 123, « d'ung riche tableau
^^•la portraiture de Madame, fête en tapisserie, d'après le
^if (3) . »
^ L'activité intelligente du peuple, entravée dans certaines par-
^^6s du pays par la guerre, enchaînée ailleurs par des droits de
^ï^lîeu exorbitants, suppléait aux pertes qu'on lui faisait subir,
^^ lui donnait les moyens de les réparer.
*^*, ayant à faire emplette d'étoffes pour ornements sacerdotaux, profita Oua Voyage en cette viUe pour y faire de riches achats. V. H. Shaw, Dresses •** ^^Cfyrationsoflhemiddleages. Londoriy W. Pickenng, 1843, 2 vol. in-4'. vt Herbert, Ilist ofthe XII great livery companies of London^ vol. II, p. 2Î6. ^^ Orl. furioso, Gant.. XXVI, st. XXVII.
V^^ Le garde-joyaux de Marguerite reçut encore, un peu plus lard, un T\cUe ciel de lit de tapisserie, fait par Piètre Pannemarie, de Bruxelles, sur i \z^^\ ^tail figuré Dieu le père et le Saint-Esprit, environnés de plusieurs
%S^^s. Bévue archéol, 7* année, 1" partie, p. 90, n-2î>5, 258, 439.
CHAIPITRE XV
Demande de subsides. — Attitude hostile de Cliarles d'Egmont. — BUth avec la Hanse. — Marchands belges mis à rançon. — Luttes maritimei.— ' Mécontentement général. — Émeutes à Malines et à Liège. — Négo» tions avec TAn^^leterre. -^ Henri VIII déclare la guerre à la ïraneo. ~ Neutralité des Pays-Bas. — Commencement des hostilités.^ BatuDeiV: Éperons. — Prise de Therouanne et de Tournai. — Pertes oommevenhli
— Départ de Henii VIII. — Revirements politiques. — Traités avesli France. — Mariage de la princesse Isabelle. — Son voyage enBanaudi
— La colonie belge d*Amager. — Voyageurs et émigrants. — DieMk Van Paesschen. — Émancipation du prince Charles. — Son éducation.-* Influence du seigneur de Chièvres. — Joyeuse Entrée du prince. — N^ ciations avec François l*""". — Amortissement des biens ecclésiastiques a Flandre. — Rétrocession de la Frise. — Mort de Ferdinand le Catholiqw.
Les ratifications du traité de Cambrai étaient à peine échangées, que Maximilien fit convoquer les États-Généraux, par lettres patentes du 4 janvier 1509, pour leur demander de nonveaux subsides. La Flandre, dans Tespoir d'obtenir quelque» faveurs commerciales, consentit à payer sa part d'une sonuM de cinq cent mille écus, réclamée par l'Empereur; lesauirw provinces, c'est à dire, le Brabant, le Hainaut, la Hollande, Il Zélande et le pays de Namur s'y refusèrent, et réduisirent le capital exigé à trois cent mille écus, qu'ils n'acquittèrent pis sans difficultés.
On ne croyait pas à la stabilité de la paix. Louis XII, tout efi
HISTOIRE DU GOBfMERGE ET DE LÀ MARINE EN BELGIQUE. 853
indonnant en apparence le duc de Gueidre, avait eu soin de nettre la cause de celui-ci à des arbitres, dont la décision 'ait nécessairement se faire attendre, ce qui lui permettait, isTintervalle, de revenir sur la concession qu'il avait faite, d'inquiéter indirectement les Pays-Bas. En effet, Charles gmont ne resta pas longtemps inactif, et saisit le prétexte .:ie levée d'impôt dans le Bommelerweerd pour reprendre
armes. Sommé de se soumettre aux prescriptions du traité I]ambrai, menacé par le roi de France lui-même, qui reniait te solidarité avec lui, il se jette sur l'évéclié d'Utrecht, que Frédéric de Bade, allié de Maximilien, et défait les 1 pes de révéque en plusieurs rencontres, sndis que les prétentions des deux partis se débattaient à gfe, sans que leurs agents parvinssent à s'entendre, les Pays-
étaient sur le point de se brouiller avec la Hanse. Les villes séatiqués, en guerre avec le roi Jean, de Danemark, avaient rdit la Baltique aux navires de Hollande, de Zélande et de se. Les Hollandais n'en ayant pas tenu compte, les Lubeckois siient emparés, à la hauteur de Gripswald , de huit de leurs ires. Les villes d'Amsterdam, d'Enkhuizen, de Hoorn, d'Edam le Monnikkendam, à la nouvelle de cette agression, équient quatre vaisseaux, montés par un nombreux équipage et lés d'une puissante artillerie, pour convoyer la flotte raarnde que ces villes envoyaient en Danemark. Assaillie dans létroit du Sund, cette flotte fut détruite ou dispersée sous les IX des Danois, qui n'intervinrent que lorsqu'il n'était plus Qps de la sauver. Cette défaite exaspéra les Hollandais, et saisirent tous les navires hanséatiques en relâche dans leurs Us. Sur leurs plaintes, Maximilien somma Lubeck de resti- -rles navires capturés, et de lui donner satisfaction pour ces tes d'hostilités. H ne parvint pas néanmoins à apaiser ce ïérend, car la jalousie commerciale qui régnait entre la Hanse les villes de la Hollande et du Brabant envenimait leurs queles.
Les Gueldrois, sur ces entrefaites, avaient recommencé leurs Urses armées, et le commerce belge en souffrait beaucoup. Jis les premiers jours du mois d'avril 18H, quatre-vingts irchands d'Anvers et de Malines furent arrêtés près de
254 HISTOIRE DU GOMMEBCE
Goloprnc, par des retires aux ordres du bâtard de Gueidre, et il leur fallut, malgré les réclamations de Louis XII, racheter leur libertés au prix de cent mille florins.
Vers le même temps, la lutte maritime se rallumait dans le Nord. Les États de Hollande et de Frise, ainsi qu'Anvers et Ziericzée, redoutant les menaces de Lubeck, avaient demandé l'autorisation d'armer quelques vaisseaux de guerre pour convoyer leurs flottes marchandes. Marguerite, craignant les suites d'une telle résolution, soumit cette requête h Maximilien. Celuici n'avait pas encore fait connaître sa réponse, que déjà les Lubeckois attaquaient une escadre hollandaise de 150 bâtiments de commerce, s'emparaient des uns et brûlaient les autres. Les vaisseaux qui Tescortaient, trop faibles pour la protéger, cîngltrent î\ pleines voiles vers Tîle de Bornholm, et en revinren avec quelques navires danois, qui, poursuivant l'ennemi, I reprirent ses captures. Tous les bâtiments hanséatiques ei relâche ou en charge dans les ports des Pays-Bas furent d. nouveau mis sous séquestre, et Marguerite envoya des co missaires en Bretagne pour y acheter vingt-quatre vaisseau^K, « alîn de soutenir la guerre projetée par les villes de Lubec Hambourg et leurs adhérents contre son neveu le prince Castille^n. »
Los Lubeckois ne se montraient pas disposés à céder. Kb envoyorent ilos loitrcs à toutes les cités hanséatiques, jusqu^en Livonic ol on Pnisso. les ongajreanl à unir leurs efforts fovr résister aux Hollaïulais ol aux Brabançons, qui ne respeclaîefl^ plus leurs privilô::os. Ils proscrivirent en outre â leurs député do roohniîor uno «iiniiiuition dos droits de lonlieu et d'accises prolovos >ur la Moro, Ji rombouohure du Zwtu et à Bruges, oouHuo i't:\:M i!h'i:iui\ Ol oontrairos aux anciens usages. Ib aJrossôro'.iî ai:>>i dos roprôsoniatior.s aux magistrats de Poperiiuî.o. o,'.:i a\aîo:\î ponnis â ovriaius marchands, étrangers^ lasso. :a:ivv.^.. ^ie s'approvisioii'.ior do draps en leur ville.
l.V:.\: o!vS :;:V.;:îo> ;v,:b::.;;îos. si i:.7iU:ô:ar.l en iSii, ne fit .;;:\:v: •.or l'a'.: -.o sv.:\aîîto. Lo trésor otail épuisé, le mécon îov.:.::.. ::: ^'. •.:::î, o: !os Ouol.irols ravageaient impunémer
campagnes. Des bandes de soldats licenciés, appartenant deux partis, pillaient les voyageurs et les mettaient à rançon , sans reconnaître d'autre autorité que celle de leurs chefs, communications étaient si peu sûres, que les seigneurs de su, de Chièvres et de Berghes, à leur retour d'Allemagne, où ils avaient été envoyés en mission, se virent obligés de faire explorer la route qu'ils avaient à parcourir, afin de se prémunir contre toute surprise. L'arrivée de Maximilien dans les Pays-Bas n'y rétablit point la paix, si profondément troublée. La désorganisation y était complète et, en 1813, de violentes émeutes éclatèrent à Malines et à Liège.
^ L'effervescence populaire était grande dans cette dernière cité. Les Liégeois, écrasés d'impôts, en rendaient responsables ^^urs magistrats municipaux, qu'ils accusaient de dilapidation, ^obtenant pas justice par leurs murmures, ils envahirent tout ^ coupla place publique, et demandèrent le châtiment des cou- • P^bles. Une multitude d'hommes armés accoururent de tous les Cïivirons, et déjà on s'attendait h une sanglante mêlée, lorsque ** promesse d'une enquête sévère sur les malversations commises, l'arrestation du trésorier de la ville et la nomination de ^eux délégués du collège du peuple chargés de contrôler la ges- ^^on financière de la commune, calmèrent les esprits. Tout sem- Wîàît terminé, lorsque deux bourgeois, en procès devant le tri- "^nal des échevins, se prirent de querelle sur les marches de *Hôtel de Ville. La foule se rassembla autour d'eux, appuya les ^clamations de celui qui venait d'être condamné par les juges, ^ força l'entrée du tribunal, tandis que les magistrats éperdus ^élançaient aux fenêtres pour appeler au secours. En entendant ^ tumulte, dont personne ne se rendait compte, métiers, bour- Sçois et nobles coururent aux armes, et il s'ensuivit une indiscible confusion. Les plus sinistres rumeurs se propageaient tos l'intervalle : « Les magistrats sont égorgés ! » criaient les DUS. — (c On massacre le peuple ! » exclamaient les autres.
L'évêque, Erard de la Marck, crut à une insurrection géné-
Wle. Accompagné des chanoines et des bourgmestres, il se
rendit sur la place, où le seigneur de Sedan venait d'accourir à
Ja tête d'une troupe choisie. Comptant sur l'appui de ce dernier,
il ordonna aussitôt au corps de la bourgeoisie de se réunir dans
leurs collèges , et alla en personne dans la chambre de chaque métier, pour y conférer avec leurs chefs; comme il sortait de celle des drapiers, il tomba sur les marches du perron et se cassa la jambe. À la nouvelle de cet accident, le peuple s'émut de pitié, s*apaisa, et tout rentra dans Tordre accoutumé (1).
Marguerite d'Autriche, dont l'action était en partie paralysée par les injonctions de Maximilien , — toujours prêt à sacrifier les intérêts des Pays-Bas à ses projets ambitieux, — négociait depuis longtemps un nouveau traité avec l'Angleterre. Alliée aux Anglais, elle espérait résister plus efficacement à Tinfluence (huicaise, et contraindre Louis XII à abandonner Charles d'Egmont. La mort de Henri VII et l'avènement de son successeur, Henri VIII, jeune, impétueux et avide de gloire, favorisait ses plans. Elle amena bientôt ce monarque à déclarer la guerre J^ la France et à reconnaître la neutralité des provinces belges.
L'Empereur, auquel Louis XII avait fait faire des proposition. ^ avantageuses, et qui craignait de déplaire à Ferdinand d'Ar^^. gon, hésitait à se prononcer. Il défendit même à Margueri^i^^ d'autoriser les Anglais à lever dans les Pays-Bas des gens c^e guerre et des bateaux. Il permit néanmoins à Guillaume Vergj' de réunir quelques soldats en Bourgogne, et, par un ces brusques revirements si fréquents dans sa politique, fiM^iC par offrir à Henri VIII de commander en personne l'armée (lue ce souverain se proposait d'envoyer en France. L'archevê(| ue de Cologne, envoyé auprès du duc de Gueldre, arriva en ce moment dans les Pays-Bas, porteur de propositions d*accoiDmodement de la part de ce prince. Une trêve de quatre ans ft' signée, le 31 juillet ioi3, avec les Gueldrois.
Les Français, apprenant qu'un grand nombre de Wallons, commandés par Antoine de Ligne, se disposaient à combattre sous la bannière britannique, se refusèrent d'abord à respecter nos fronlières. Ils pénétrèrent dans le Hainaut, et ï tusstMit sans doute commis de grands ravages, si la crainte d'au^monltM* le nombre de leurs ennemis ne les eût fait renonoor Ji leur entreprise. Un détachement anglais, conduit par (U'or^Ts Talbot, débarqua enfin près de Therouanne,
vh V Uonno. Ui^t. de Charles-Quint, 1. 1, p. 317.
qui fut aussitôt investie. Henri VIII, qui avait jeté l'ancre à Calais, vint bientôt rejoindre son lieutenant, auquel il amenait des renforts. Son artillerie surtout était fort belle et sortait en partie des ateliers de Malines, où l'on avait fait, par ses ordres, douze grosses pièces de canon d'un calibre supérieur, et que les soldats désignaient plaisamment sous le nom des « douze apôtres du roi Henri. »
Nous passerons rapidement sur les détails de cette campagne, pour en consigner les principaux résultats. Maximilien, qui avait consenti à se mettre sous les ordres du roi, moyennant une solde de 100 écus d'or par jour, vint le trouver dans le courant du mois d'août. Thérouanne était menacé d'un assaut, /orsque les Français tentèrent de la ravitailler, et furent complètement battus à la journée de Guinegate ou des Éperons. Les alliés, après avoir râsé les fortifications de la ville assiégée, commirent la faute grave de ne pas se porter immédiatement en avant, afin de poursuivre leurs avantages. Maximilien eût désiré se faire adjuger la cité conquise, et ses exigences rencontraient utmc vive opposition de la part de Henri VIII. Les deux princes 8ô fussent même brouillés dès ce moment, sans l'intervention te l'archevêque d'York, Thomas Wolsey.
farmée royale se remit enfin en marche et, trompant les P'^évisions des généraux ennemis, vint investir Tournai, qui se Tendit par capitulation le 23 septembre 1513. Les habitants w^nsentirent à ouvrir leurs portes aux troupes anglaises, ^curent leur chef en qualité de roi de France, et s'engagèrent ^ lui remettre 50,000 écus d'or, plus 10,000 écus par an, outre l^ contribution ordinaire de 6,000 écus attribuée à la couronne. ï^uri VIII, de son côté, avait promis aux Tournaisiens de respecter leurs franchises. Ces derniers se virent obligés de dou- Wer les impôts pour acquitter de telles charges. On augmenta tes droits de mouture et, à cause des taxes, le prix de la bière /ul majoré d'un demi-gros par lot.
Il restait cependant, après tous ces arrangements, une dernière question à régler. La ville de Tournai, en devenant anglaise, perdait ses débouchés du côté de la France. Resserrée entre deux frontières, elle était condamnée forcément à une ruine prochaine. Le roi, pour satisfaire aux réclamations qu'on
lui présenta sur ce point, ouvrit les marchés britanniques à ses nouveaux sujets (1), qui furent également admis à trafiquer librement dans les Pays-Bas. Là, comme à Tournai, les Belges souffraient do la rupture des relations commerciales avec leurs voisins du Midi, qui n'envoyaient plus « ni vin, ni sel. » Ils avaient même saisi beaucoup de marchandises provenant de nos provinces, et cette mesure avait fait perdre à nos marchands plus de vingt mille écus. Une flotte zélandaise, chargée de harengs et d'autres produits, avait été capturée en mer par des marins français, qui en avaient obtenu une somme considérable. La Flandre subissait particulièrement le contre-coup de ces dissensions. Bruges, déjà si éprouvée, voyait émigrer, en 1813, les négociants de Bruns\vick, qui refusèrent dé reconnaître plus longtemps les droits d'étape. Une charte de 1514 nous fiiiL connaître qu'il n'y avait plus à Ypres, à celte époque, que cinc^ cents métiers à tisser le drap, au lieu de quatre mille qui s*:^ trouvaient auparavant. Cette dernière fabrication diminuait plus en plus en Flandre, pour être remplacée par celle d saies, d'un placement plus avantageux.
Après avoir fait son entrée h Tournai, Henri VIII se prépa i
à rentrer en Angleterre. Il resserra, avant de partir, son allian ^ avec les Pays-Bas, et consentit, grâce à l'habile intervention ^e Marguerite d'Autriche, h payer une somme de 200,000 ccm vronnes d'or, pour l'entretien de 4,000 chevaux et de 6,000 p ï^ tons, destinés à protéger les frontières; il promit en outre d'attaquer, le 1*"^ juin suivant, une des provinces maritimes de la France, qui devait être assaillie simultanément par Maximelien et par le roi d'Aragon. L'empereur déclara, de soncôt^, qu'il se rendrait h Calais le lo mai suivant, pour y conclure te mariage de l'archiduc Charles avec Marie d'Angleterre,
Ces stipulations, par lesquelles Marguerite croyait avoir assuré le triomphe de sa politique, étaient destinées à rester sans résultats. Maximilien, apprenant que le roi d'Aragon étil entré on pourparlers avec Anne de Bretagne, se montra bientôt disposé h suivre cet exemple. Il espérait sans doute que Louis XII, pour rompre une dangereuse coalition, consentirait
{!) M. Gachard, yoUcc sur les Archives delà ville de Tournai.
à accorder la main de Renée de France à Tun des archiducs, Charles ou Ferdinand, en faisant l'abandon de ses prétentions sur ritalic aux futurs époux. La régente, qui voyait dans une étroite alliance avec TAngleterre le salut des Pays-Bas, fit les plus grands efforts pour combattre ces projets. Toutes les remontrances furent vaines, et. Je 13 mars 1514, Pierre Quintana, délégué de l'Empereur, signait une trêve d'une année entre les rois de France et d'Ecosse, Maximilien, Henri VIII, la reine de Caslille et Charles d'Autriche. Chacune des parties restait en possession des points occupés par ses troupes ; les relations de commerce, ainsi que le passage des courriers, étaient rétablis entre toutes les puissances; le roi de France s'obligeait à n'aider ni les Écossais contre les Anglais, ni le duc de Gueldre contre Charles d'Autriche.
De telles négociations, malgré le mystère dont elles avaient été entourées à leur origine, n'avaient pu échapper à la vigilance des agents britanniques. Henri VIII, informé de la défection de son allié, s'était mis immédiatement en rapports avec le duc de Longueville et, refusant sa sanction à une convention dans laquelle il se trouvait compris sans avoir été consulté, signait le 7 août trois traités particuliers avec les ambassadeurs de Louis XII. Le premier avait pour objet le rétablissement de la paix entre la France et la Grande-Bretagne, sur les bases de l*accord conclu à Éiables en 1492; le second stipulait un mariage entre Louis XII et Marie d'Angleterre; le troisième imposait ^ux Français un tribut annuel de 100,000 écus pendant dix ans. Tout en se réconciliant avec son ennemi, Henri VIII conservait Tournai, dont il comptait bien ne pas se dessaisir sans compensation.
La position des Pays-Bas, — désormais sans appui, — devenait extrêmement dangereuse. Les rigueurs d'un hiver exceptionnellement rigoureux, et les ravages d'une maladie épidénuque, vinrent encore y augmenter, vers la fin de l'année 1514, te malaise des populations. Ce fut dans ces tristes circonstances que la princesse Isabelle, seconde fille de Philippe le Beau, mariée par procuration à Christiern II , roi de Danemark , se prépara à quitter la Belgique. Par un contrat, signé à Lintz le 29 avril 1S14, la dot de la petite-fille de Maximilien avait été
S60 HISTOIRE DU COMMEHGE
fixée à 2o0,000 florins d'or, dont le prince Charles de^^ît acquitter les trois cinquièmes. Ce mariage, malgré les charges nouvelles qu'il allait imposer aux bonnes villes, avait été vu avec plaisir dans les provinces flamandes et hollandaises. Ghristiern II, en acquérant plus de prépondérance dans le Nord, pouvait en eflet y relever leurs relations commerciales, toujours entravées par les Hanséates et les Suédois.
Isabelle s'embarqua le 16 juillet. Trois beaux navires, magnifiquement pavoises, attendaient sa suite, qui se composait de la comtesse de Chimay, de Baudouin de Lille, bâtard de Bourgogne, des sires de Korlghène et de Castres, ainsi que de plusieurs autres seigneurs. La flotte était commandée par Pamiral Pliilippe de Bourgogne et par le contre-amiral Corneille Hubert, qui avait conduit autrefois Philippe le Beau en Espagne, (c homme puissant, riche et fort expérimenté en la marine. » Une violente tempête dispersa Tescadre au moment où elle se trouvait en pleine mer, et la princesse fut sur le point de faire naufrage sur les falaises de Séeland, près de Copenhague.
Beaucoup d'ouvriers belges, attirés par les avantages que 4 leur ofl'rait le roi de Danemark, se rendirent alors dans États. Christiern les établit, en leur accordant de grands privî^i léges, dans la petite île d'Amagria ou d'Amager aux environs d^^ la capitale. Les nouveaux venus y fondèrent une ville (1), et lei exemple exerça la plus heureuse influence sur les Danois, qi leur durent de grands progrès en agriculture et la connaissan( de plusieurs procédés industriels (2). Nos cultivateurs joui^.^ saient d'une réputation méritée, non seulement dans le Nonc^, mais particulièrement en Angleterre, où Ton importait uo^
(1) Dièse leule, die jezt Amagcr allcin bewohnen, habcn noch ihre lUeD sillen, sprachc, kleidertracht und gcrichstverfassung. Durch sie kam elW nevc kolonfc nach Nicmager, bci Koppenhagen, iiachSprowe imGrossea Bell, und nach cinigen andern gegeuden. G. Gebhardi, Gesch. p. [>w. t 111.745.
(2) King Christian II marrying Isabella, sent for a parccl of Nelherlanders, her coiintry folks, >Yhom ho sellled in Ihc lillle isle Amagria, or Amagcr, \vherc Ihoy built a lown, and net only improvcd Ihc Dancs in gardenini!, cookory, but also in Iradc and manufactures. Andersen, déj. cit. lom. Il, p. ^2î>.
grande quantité de légumes venant de la Flandre et de la
Hollande (1).
L'esprit d'émigration et d'entreprise était très répandu, à
cette époque, en Belgique. Un Bruxellois, Pierre de Smet, partit
pour rOrient en 1S08, accompagné de Corneille, prêtre de
tfalines, de Bernard Vanden Stocke, de Jean Van Rossem et de
Hubert Vanden Borre. Arrivés à Venise, ils y trouvèrent un peintre malinois, Jean Gooris, chez lequel ils logèrent. Nous -voyons par leur narration que le prix du passage, sans les frais d'entretien, était alors de cinquante ducats. Ce fut encore un Selge, Louis Van Bodeghem, qui dirigea les travaux, par ordre de Marguerite d'Autriche, de la magnifique église de Brou, en Bresse. Un autre de nos compatriotes, Dierick van Paesschen, quitta Anvers en 1516, ayant à bord un grand nombre de pèlerins, se rendant à Jérusalem. Sa première tentative ayant été assez malheureuse, — son navire s'étant échoué sur un écueil,
il repartit en 1518, emportant cette fois une cargaison formée
de produits nationaux. Attaqué par les Turcs, il fut fait prisoni^er, réussit à s'échapper, gagna Venise, alla visiter Rome et reparut à Anvers en 1519 (2).
Il avait servi longtemps à bord de la flotte commandée par Adolphe de Bourgogne, et tant d'infortunes ne le dégoûtèrent pas des voyages maritimes. Nous le retrouvons, en 1521, accompagnant avec huit bâtiments armés une flottille de barques
envoyées sur les côtes d'Angleterre pour la pêche aux harengs.
assailli par un ouragan dans les environs de Yarmouth, il périt
cette fois avec tout son équipage (3).
L'administration de Maximilien et de Marguerite d'Autriche
touchait à son terme. De nouveaux subsides ayant été réclamés ^^États-Généraux, les membres de cette assemblée, se chargeant d'exprimer le vœu public, insistèrent pour obtenir l'émancipation du prince Charles, en ofl^rant à cette condition un
(1) Even queen Catherine, at this lime, could not hâve a salad Tor diner ootel the king sent over to the Netherlands for a gardener to cultivate those herhs. Andersen, t. H, p. 19.
(2) Chron. van Antwerpen, sedert bel yaer 1500 lot 1575, pp. 7-10.
(3) Voy. Reygersberg, fol. «08.
■IST. DO COIiaSBCI, T. 11. 17
don gratuit de 100,000 florins d'or. L'Empereur y consentit et abandonna le pouvoir aux mains de son pptit-fils.
Le jeune prince était fort populaire en Belgique. Élevé par la douairière de Bourgogne et par Marguerite de Savoie, douées toutes deux de brillantes qualités, il avait acquis sous leur influence, beaucoup de retenue, de finesse et de pénétration. Adrien Boyens, dit Floriszoons ou Adrien d'Ulrecht, auteur d*un commentaire sur le Maîtte de.s sciences de Pierre Lombard, avait été chargé de son éducation littéraire, et le seigneur de la Chaulx l'avait initié à ces rudes exercices corporels, si chers à nos ancêtres. Cavalier accompli, il apprit de bonne heure à forcer iine bête fauve, à se servir avec dextérité de Tare, de l'arbalète et de Tarquebuse, à manier avec adresse la lance et Tépée. Il fut roi du tir des Goulevriniers de Malines, en 1508; du Grand Serment de Tarbalète de Bruxelles, en 1512; du Serment de Tare à Malines, en 1314. (!es premiers succès avaient été acclamés avec enthousiasme, et faisaient Torgueil des bour-^ geois des bonnes villes.
Le seigneur de CJhièvres l'avait accoutumé de bonne heure à 1; pratique des affaires, et on ne tarda pas à s'apercevoir, dès Toi verture du nouveau règne, qu'il exercerait longtemps une grande ^ influence sur son royal élève. Deux autres membres de la ma^^son de Croy, les sires de Sempy et de Rœulx, furent nomm( du conseil privé. Marguerite essaya d*y faire quelque oppoî tion, mais sa voix n'était plus écoutée, la faction française aya^aat acquis toutes les sympathies du prince.
Charles fut inauguré successivement dans ses divers États, ^w milieu des fêtes les plus somptueuses. A Toccasion de sa Joyeu^s^ Entrée en Brabanl, la charte constitutionnelle reçut quelqu^^ additions importâmes. On accorda au pays de nouvelles garaO* ties contre les désordres des gens de guerre, et le souverain prit rengagement de tenir les chemins libres et sûrs, afind^ préserver les négociants de tous dommages. Il fut décrété, C^ outre, que rexemption du droit de lonlieu serait prouvée désof mais par la production d'un certificat de toi, sans obligation dô la part du propriétaire des marchandises d'être présent durant ces formalités. La perception des droits d'accises ou de chaussées fut abandonnée aux villes, pour un terme de douze ans,
moyennant le payement d*une certaine somme au gouvernemert.Uexercicede la juridiction spirituelle fut mieux déterminé, ainsi que les principes relatifs à la liberté individuelle et à rinviolabilité du domicile.
Les États avaient fait quelques obsen^alions concernant Taugmentation toujours croissante des biens ecclésia:>iiques. Il fut fait défense aux couvents établis hors du Brabant d'y acheter des immeubles toutes donations, échanges ou transferts consentis par les particuliers en faveur des corporations reli- ^euses ne furent déclarés valables, à Tavenir, qu'à condition dl*avoir été approuvés par le souverain.
A peine installés, les nouveaux conseillers ouvrirent des ii^ocialions actives avec François I", auquel la mort de I>ouis XII venait de frayer un chemin au trône. Hostiles à la politique suivie jusqu'alors par Marguerite, ils croyaient devoir se rattacher, au prix même de quelques concessions, le seul monarque dont l'intimité pût devenir réellement dangereuse h leur maître. Leurs efforts furent couronnés de succès, et, le l*' avril 1515, un traité d'alliance offensive et défensive fut signé à Paris entre les deux puissances. Il fui convenu ensuite que Charles épouserait Renée de France, lorsque celle-ci se trou- TOraît en âge d'être mariée, et recevrait, avec la main de la princesse, une dot de six cent mille éous d'or au soleil.
Cette nouvelle fut parfaitement accueillie dans les Pays-Bas.
Notre commerce avec la France devenait chaque jour plus
considérable, et les deux contrées avaient également à souffrir
4ô son interruption. Leur dépendance réciproque excitait même,
^T^ ce temps, les observations critiques de Machiavel, qui
^vait à ce sujet : « Les Français n'ont rien à craindre des
«habitants des dix-sept provinces, car ceux-ci doivent leur
* acheter des blés et des vins, que la froideur de leur climat et
« la stérilité de leur sol ne leur permettent pas de produire en
« Quantités égales aux besoins d'une nombreuse population. De
« plus, ils trouvent aux foires de Paris et de Lyon uu »lébouché
« fiitile pour leurs manufactures, dont le débit les enrichit. Les
ir Flamands n'entreront jamais en hostilité avec la France à
K moins d'y être forcés. »
Tranquille de ce côté, le seigneur de Chièvres résolut de
remédier à l'état déplorable des finances publiques. Les aides et les subsides accordés par les États à Toccasion de Tinaugoration du prince étaient insuffisants pour combler le défidl existant; il fallait d autres ressources, et on se les procura par une mesure aussi hardie quMmprévue : on ordonna le recensement de toutes les propriétés tombées en mainmorte, ea Flaûdre, depuis quarante ans et détenues sans octroi du pritice. C'était tout à la fois servir les intérêts du trésor et attaquer Texorhitante extension de la puissance territoriale du clergi Celui-ci se plaignit vivement, mais ses clameurs ne furent poiM écoulées, et le pouvoir civil maintint ses droits.
L'acquisition de la Frise, cédée par le duc de Saxe au petit-Sli de Maximilien moyennant cent mille florins d'or, vint encore accroître ses possessions. Charles d'Egmont, assez disposé à: lui disputer ce pays, ayant reçu le plus brillant accueil de; François F*", — qu'il était allé rejoindre à Lyon, — provoqol quelque froideur entre les deux gouvernements. Les niinlsliei belges se rapprochèrent aussitôt de l'Angleterre, avec laquelle ils conclurent un traité, le 34 janvier 1516, confirmaot lei conventions commerciales de 1495 et de 1506.
Tandis que ces événements se passaient en Belgique, Ferdinand d'Acagon, jaloux du pouvoir jusqu'au dernier moment, expirait en Espagne. Il avait d'abord dicté un testament par lequel il donnait au prince Ferdinand, frère de Charles, h régence de tous ses royaumes jusqu'à l'arrivée de l'archiduc, lui conférant en même temps la dignité de grand-maître des trois ordres militaires. Ces dispositions préparaient les plus grands embarras au souverain des Pays-Bas, car la premièfe mettait Ferdinand en état de lui disputer la couronne, etfauire devait le rendre, dans tous les cas, presque indépendant.!^ plus anciens conseillers du monarque mourant lui représefr tèrent les dangers auxquels il exposait l'Espagne, insistèreat sur l'imminence d'une guerre civile et lui firent changer ses dernières volontés. Il déclara Charles seul héritier de ses ÉtalB, et laissa au jeune prince Ferdinand un modique apanage fc cinquante mille ducats par an.