‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 5 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les réyolutions physiques de la côte de Flandre. — Celtes et Belges. — État du commerce et de rindustrie avant Tinvasion romaine. — Colonies belges dans la Grande-Bretagne. — L'asservissement de Rome préparé par la conquête des Gaules. — Ligue des peuples du littoral. — Expédition maritime des Morins et des Menapiens. — Combat naval. — Soumission des tribus. -— La Belgique sous la domination étrangère. — Organisation administrative et financière du pays conquis. — Émigrants germains. — Travaux publics exécutés par les Bx>mains. — Situation industrielle et commerciale de la contrée. — Révolte des Bataves et des Canninéfates.

Les grandes plaines qui forment la partie septentrionale du territoire belge, du Nord h l'Ouest, furent longtemps couvertes par les eaux. On y a constaté, en eflTet, sous une couche légère de terres végétales ou argileuses, l'existence de vastes dépôts de sable, amenés jadis par les flots, et qui renferment une immense variété d'algues et de coquilles de mer (1). Le courant océanique, en s'écartant peu à peu de nos côtes, n'abandonna pas entièrement le bassin qu'il s'était creusé; les vallons, encore inondés, se remplirent d'eau stagnante et formèrent des lacs, dont l'action de l'atmosphère ne tarda pas à modifier la nature. Une végétation vigoureuse se développa sur leurs bords, et le pays se couvrit bientôt de broussailles et de bois.

(1) Voir, à ce sujet, les savantes dissertations de M. Élie de Beaumont. On trouvera également d*utiles renseignements dans un travail de M. Belpaire, pubUé dans les mémoires de rAcadémle de Bruxelles, et reproduit en partie par Pasquini, dans son Histoire de la viUe d'Ostende.

■UT. 00 COMMUCK, T. I. 1

Cette forêt verdoyante, plus épaisse à mesure qu'elle se rapprochait du plateau des Ardennes, s'étendit enfin sur tout le littoral, entrecoupé de criques, d'îlots et de marais fangeux. Tel était encore l'état de la contrée lorsque les Romains pénétrèrent dans les Gaules, chassant devant eux les hordes indisciplinées qui cherchaient à leur résister. Le récit de cette expédition, dans toute son énergique brièveté, est le monument le plus ancien que nous possédions sur la géographie des Pays-Bas. Jules César, retraçant à grands traits les tableaux qui se déroulaient sous ses yeux, nous représente ses compagnons d'armes, sans cesse harcelés par l'ennemi, se frayant un passage, la hache à la main, dans ces solitudes profondes, jusqu'alors inexplorées. Strabon et Dion Cassius, non moins explicites, confirment ces détails, dont nous allons démontrer Texactitude à l'aide de quelques observations géologiques, qui compléteront les renseignements, malheureusement assez vagues, qui nous ont été laissés par les annalistes latins.

Il existe, depuis le Pas-de-Calais jusqu'à l'extrémité du Jutland, des tourbières d'une étendue considérable, fort rapprochées les unes des autres et atteignant parfois une épaisseur de quatre à cinq mètres. Ces tourbières, composées en certains endroits de fragments de roseaux, de joncs et de fougères, renferment aussi des troncs d'arbres, les uns couchés, généralement dans une même direction, les autres encore debout, plantés sur leurs racines (1). Ils appartiennent évidemment à notre climat, car les botanistes y ont reconnu des sapins, dont le bois est à peine altéré, des chênes, des noisetiers et des genêts. Ce sol tourbeux s'étend non seulement à une distance assez grande vers l'intérieur des terres, mais il se prolonge aussi sous les eaux. On le retrouve sur la plage, en creusant le sable de Testrand, et la tempête en rejette fréquemment les détritus sur la côte. Cette couche épaisse de débris végétaux, presque nulle de Calais à Dunkerque, se prolonge vers Ostende, Heyst, Cnocke, et traverse l'embouchure du Zwyn, dont la formation doit avoir suivi, par conséquent,

(1) A. de Laveleye, AffaUsemetU du sol et etwamnent des flewoes, survenus dâms les temps historiques, pag. IS. Bruxelles, 1859, broch. in-lt.

celle (le la tourbe. It est hors de doute que. ce sous-sol s'accumula lenleioeiit, et à une époque où la mer n'avait plus accès dans l'ancien bassiu, car la véj;él^tioii luxuriante qui y prit naissance n*a pu se produire dans l'eau salée, dont la présence eût été incompatible avec son développement. Ce premier examen, quelque superficiel qu'il soit, nous permet déjfi d'avancer, CQ nous basaut sur des preuves irrécusables, qu'une grande [artie du littoral, aujourd'hui inondé, se trouvait autrefois h l'abri des Ilots, laissant à découvert un sol fertile et susceptible de culture. Il nous reste maintenant à élablir, en nous basant sur quelques considérations spéciales, jusqu'à quelle époque ne maintint cet étai des lieux, sans subir de transformations nouvelles.

Oo sait que plusieurs provinces de la Hollande sont au dessous du niveau de la mer, dont elles ne sont défendues que par les digues qu'on a pris soin d'y mulliplier. Si cette dilTéreace de niveau avait été aussi considérable, dans les siècles passés, qu'elle l'est devenue de nos jours, l'éditicatioo de ces digues eût présenté des dlRlcultés insunnontables. Ces immenses constructions, que les forces réunies de tous les peuples de l'Europe sulliraient k peine k asseoir au milieu des vagues, ont dû s'élever peu & peu, à mesure que l'élément liquide faisait des progrès, et menaçait les liabiiations. il en résulte que les rhangements qui se sont opérés sur nos côtes ne peuvent s'être manifestés que graduellement, longtemps après que les hommes s'y fussent établis. La découverte de plusieurs monuments, élevés jadis en terre ferme et actuelleutent eiigloulis, vient confirmer cette supposition. Uombourg, en Zélande, possédait vers le milieu du nr siècle, un tempkconsacré à la déesse Nehalennia; ce sanctuaire disparut peu à peu sous les eaux et, par une marée escessivement basse on en a retrouvé les ruines, ainsi que plusieurs autels votifs en partie enterrés sous le sable. Eu 1520, dans des circonstances analogues, on aper\;ut en face de Katwjk et de l'ancienne embouchure du Rhin, à plus de seize cents pas du rivage, les restes d'un fort romain. Les murs de cet édifice, qui formaient un carré parfait, étaient construits en pierres de taille, d'une très grande dimension, et llanqués de six tours rondes. On

trouva, à riniérieur.de cette antique citadelle, les assises d'un bâtiment, également carré, qu'on présume avoir servi de caserne; des tuiles marquées au sceau de la trentième légion, formée par Trajan et portant le nom d'Ulpia Vichix; des fragments de poteries; des statuettes; des anneaux en fer dont plusieurs en forme de clef; des lances de bronze ciselées, et une inscription lapidaire appartenant à un autel élevé par Tempereur Claude, rétabli par Septime Sévère et consacré par Caracalla (1). Ces ruines, dans lesquelles on a cru reconnaître celles du château de Brittenburg, ne furent ensevelies sous les flots, selon le chroniqueur Jean de Leiden, que vers 850, sous l'épiscopat de Hungerus, évéque d'Utrecht. Il existerait en outre, au rapport des pêcheurs de Katwyk, à une lieue et demie de ce village, les fondements d'une vieille tour, à laquelle ils donnent le nom de Callas toren, et dont on ignore l'origine (2). L'époque de la fondation de tous ces monuments nous ramène, comme on le voit, à la période durant laquelle notre pays fut soumis aux Romains. Nous ajouterons que presque tous les objets d'art ou d'utilité abandonnés par ceux-ci sur le littoral, ont été recueillis dans la tourbe, et rarement sur la glaise dont elle est couverte. Le Zwyn, dont les eaux traversent, comme nous l'avons déjà fait observer, un sous-sol tourbeux d'une formation antérieure, n'est pas cité par César, qui nous apprend que l'Escaut, dont l'un des bras alimente le Zwyn, se jetait autrefois dans la Meuse. Il est probable d'ailleurs, que s'il eût existé de vastes ports sur les côtes de la Flandre, tels que ceux qui s'y creusèrent plus tard, les Romains en eussent pro-

(1) Schayes, les Pays-Bas avant et durant la domination romaine, tom. 11, p. 346. Bruxelles, société encyclographiquc, 1838.

(%) Quelques auteurs, parmi lesquels nous citerons Des Roches et Miracus, ont cru y découvrir les restes d'un phare élevé Jadis par Tempereur Caligula. 11 est hors de doute aujourd'hui que cette opinion ne peut être admise. Le phare dont il s'agit fut construit à rentrée du port de Gessoriacum et reçut l»lu8 tard le nom de • Tour d'ordre, • twris ardens, à cause des feux qu'on y allumait chaque nuit. Le témoignage d'Eginhard (ad. ann. 811) est positif à ce sujet. Il nous apprend que Charlemagne fit restaurer le phare fondé autrefois à Boulogne ; on a découvert, en outre, de nombreuses médailles de Caligula dans les environs de la • Tour d'ordre. »

filé pour y établir des stations navales, circonstance trop importante pour échapper aux historiens, qui ne nous présentent cependant aucune assertion positive à cet égard. Les terribles inondations, auxquelles quelques-unes de nos provinces durent en partie leur immense prospérité commerciale, et qui modifièrent entièrement Taspect de la contrée, n*avaient pas envahi les terres au moment où les légions romaines y portaient leurs armes victorieuses : les eaux baissaient encore, et le sol, beaucoup plus élevé qu'il ne Test de nos jours, comme la présence de la tourbe à une certaine distance de nos côtes l'indique suffisamment, était encore couvert de marécages et de vastes forêts. Sur les côtes de France, entre Etapies et Wissant, s'ouvrait alors un havre spacieux, que les conquérants nommèrent Gessoriacum ^ et autour duquel se présente, de notre temps, la ville de Boulogne. Beaucoup plus vaste et plus étendu qu'il ne l'est en ce moment, il se prolongeait jusqu'au vallon des Tintelleries, et baignait le pied de la montagne sur laquelle on édifia depuis la haute ville (1). Plus loin, en suivant la plage, on rencontrait le capBlanez, qui s'avançait considérablement en mer; puis on apercevait les rivages de la Belgique, que les anciens plaçaient à l'extrémité du mqnde (2), et qui n'avaient encore été parcourus que par quelques marchands phéniciens ou carthaginois. On y eût cherché en vain l'emplacement de Nieuport, dont l'activité devait succéder plus tard à celle de Lombardzyde, ni celui d'Ostende, si connu des marins. Ce territoire, bien différent de ce qu'il était au moyen âge, comprenait les îles de Walcheren et de Sud-Beveland, que la violence des eaux n'avait pas encore séparées du continent auquel se rattachaient aussi, d'après une opinion généralement reçue, les îles de Texel, de Ter Schelling, d'Ameland,

(1) Mém. couronnés par TAcad. royale des sciences et belles lettres de Bruxelles, tom. VI, p. 157, un vol. in-4«. Bruxelles, 1897. Voy. aussi Malbrancq, de Morinis, lib. I, c. II.

(i) On désignait les Morins comme les habitants les plus reculés de la terre, extrem hominum. Leur pays conserva longtemps cette désignation, car on la retrouve au x* siècle dans une légende sur les miracles de saint Bavon , où Ton remarque ces mots : « Apud Morinos in conflnio maris extremos. » Gbesqnière, Aeta Sanctorwm Bdg., tom. II.

de SchiermoniKoog, de Bosch et de Rorltum. Quelques auteurs, parmi lesquels nous nous contenterons de citer le célèbre géographe d'Anville, ont cherché à établir que le Part Icdus, d'où César s'embarqua pour TAnglelerre, se trouvait sur nos côtes, mais cette allégation a été, nous paraft-il, victorieusement réfutée, et les recherches les plus récentes prouvent qu'il faut le placer du côté de Boulogne. Il est difficile, au reste, en Tabsence de documents, de déterminer exactement la position de ce port, ainsi que celle du Sinus Itius, dont le littoral ne porte plus de traces. César nous apprend cependant qu'il y fit construire quarante vaisseaux, dans un lieu appelé m

Résumons les faits que nous venons d'exposer. Le littoral de la mer du Nord, d'abord inondé, se dégage insensiblement, et quelques jvuphuies errantes viennent chercher un refuge sur ces terres nouvelles, désormais à l'abri des marées : cette (vriode s'èieaJ jusqu'à la domination romaine. Les eaux, dans leur mouvement réiro^îrade, finissent cependant par s'arrêter, et nous assistons i un phénomène contraire: le flot revient vers la rive, reprend peu à peu son empire, démolit les constructions tHiifiees e:i des temps plus heureux, et couvre le sol de vase et lie limon. Le souvenir de ces terribles désastres s'est transmis jusqu'à nous. Les chroniques flamandes mentionnent un grand nombre de caïastivpb^^ marilimes particulièrement néfastes jH>ur la Flandre. Cest durant celte ère que quelque formidable inondation, brisant les faibles barrières qui lui étaient opposées, donna naiss;Hice aux ports d'Ostende, de Lombardzyde et du Zw-jn. Lesboulevei-sements dont nous venons d'apprécier les effets ont une telle importance, qu'on se sent entraîné naturellement à en rechercher les causes. Ils ne peuvent être attribués à la violence des ouragans, dont l'action est nécessairement partielle, car îescataclismes que nous signalons se sont répétés des .vtes de la mer du Nord aux ri\-ages de la Baltique. Le changement de dinvtion des courants marins ne suffirait pas davantage wur expliquer ces crues extraordinaires et ces empiétements 'uocessifs: on en arrive forcément à conclure que le niveau des eaux n'a pu se modifier qu à la suite d'un ««Ji^^^f ^«^^^^^^^^ de^ lerrti environnantes. Ces mouvements de notre sol nont

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rien d*improbable, si Ton se rappelle que d'immenses chaînes de montagnes, telles que les Alpes ou les Cordillères, ont été soulevées, malgré leur énorme masse à des milliers de pieds de leur niveau primitif, et que les volcans nous donnent encore chaque jour des preuves effrayantes de la puissance des forces piutoniennes. Nous nous sommes déjà assurés, en constatant la présence de la tourbe par delà les limites actuelles de la mer, que les flots ne pouvaient avoir accès, durant sa formation, dans le bassin qu'elle occupe; le sol devait donc être nécessairement plus élevé à une époque antérieure. Quelques faits nouveaux, cités par M. de Laveleye, nous permettront de nous faire une idée exacte de rabaissement successif du littoral.

On se sert, en Hollande, de moulins à vent pour extraire les eaux des polders; les premiers appareils de ce genre furent construits à Enckhuizen, en 1452. On avait pu faire écouler les eaux, jusqu'à ce moment, à marée basse, mais l'affaissement du sol força les propriétaires de polders à changer de méthode, et à recourir à un mécanisme pour rétablir le niveau. On eut ainsi l'occasion d'observer, d'année en année, les progrès de ces mouvements du terrain, et on trouva qu'en 1616 la surface des polders s'était abaissée de 5 1/4 pieds d'Amsterdam (1", 25) , ce qui fait presque un mètre par siècle. En 1732, c'est à dire 116 ans plus tard, un nouvel affaissement d'un pied un pouce s'était manifesté, ce qui ne donne plus qu'un enfoncement de 2 1/2 millimètres par année, et semblerait indiquer une légère décroissance. A Wieringerwaard, où l'on avait également établi un système de moulins, en 1608, on se vit obligé, en 1731, dans les mêmes circonstances, de superposer un second appareil à l'ancien. La Hollande fut particulièrement éprouvée par les désastres maritimes, et c'est aussi en ce pays que la dépression est la plus considérable. Les rues de Calais sont, en moyenne, de cinq pieds au dessus des hautes marées; celles de Dunkerque et de Gravelines de trois pieds seulement; Ostende n'en est plus qu'à un pied, tandis qu'à Amsterdam et à Rotterdam les rues sont établies au dessous du niveau de la mer. Les envahissements de celle-ci, nous le répétons, n'ont rien de local, mais se produisent, depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, sur toute l'étendue de

la côte. La tour d'Ordre, qm s*âevaît pdîs près de Boulogne, a disparu sous les flots; le cap Blanesi n*a presque plus de saillie; Onze Lieve Yrouwe ter Streep, près d'Ostende a été englouti ; Scarpbout, Fancien Blankenbergbe, n*est plus qu'un amas de décombres, abandonné en pleine mer en face de la Tille actuelle; Schoonvelde, autrefois résidence sdgneuriale aTCC cbàteau fort et maison de plaisance, a été enseveli sous les Tagues : le littoral flamand, miné sans cesse, a perdu en quelques siècles une lisière de terrain de une à deux Ûeoes de longueur.

Quelque positives que soient ces indications, on hésite h en tirer des conséquences, car d'autres fidts, non moins évidents, sont restés jusqu'ici sans solution : nous voulons parler de l'ensablement de nos ports, et de celui des trois grands fleuves qui arrosent les Paj^Bas. D semble en eflel que les courants, par suite de la dépression des plaines qulls traversent, eussent dû acquérir une rapidité plus considérable, et que leur oblitération même est un argument contre l'hypothèse de cette dépression. On ne peut nier également que de grandes étendues de terres, situées sur les bords du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut ont été desséchées, rendues à la culture et livrées à l'activité humaine : comment expliquer ces contradictions? Un moment d'examen, et quelques recherches sur la manière dont se produisent les envasements, nous prouveront bientôt que ces empiétements, en apparence inconciliables avec les idées que nous avons présentées plus haut, n'en infirment nullement l'exactitude.

L'embouchure d'un fleuve se forme par l'effet de deux actions différentes, celle du courant qui vient de l'intérieur du pays, et celle des marées qui, à des intervalles périodiques repoussent ce môme courant vers sa source. L'ouverture qui s'établit à la suite de ce mouvement régulier tend à s'élargir sans cesse, au moins durant la première période de son existence, car le flot comprimé emporte nécessairement les bords d'une ouverture trop étroite, aussi César, dans ses commentaires, nous apprendil que la Meuse a^'aît autrefois un immense orifice. Les obstacles aji^nt disparu, l'eau s'étend dans la plaine, sa vitesse se ralenlil, son agitation se calme, et les particules qu'elle avait enlevé au sol alors qu'elle était animée d'une force d'impulsion

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considérable, se déposent lentement. Le chenal, trop vaste pour le volante d'eau qui s'y fraie un passage, s'obstrue peu h peu ; le lit (iu fleuve se resserre et finit par se reafermer dans les limites étroites dont II ne serait pas sorti si ses flots n'avaient jas ('té contrariés dans leur cours. L'ensablement de nos ports, dont il nous reste h dire quelques mots, présente une nouvelle application d» même principe. Les eaux creusent leur bassin auâiii longtemps que la vitesse dont elles sont animées leur permet de soutenir les dépôts qu'elles charrient; celte vitesse diminuanl sans cesse, à mesure que la proTondeur du havre augmente, il arrive une époque où elle devient presque nulle, eld&s lors des bancs se forment, et l'envasement est inévitable. Ce travail de la nature, qui se reproduit dans les deux hémisphères, quelle que soit la déclivité du sol oii il a lieu, est, comme on le voit, complètement indépendant des mouvements fcl'écorce terrestre. L'affaissement graduel d'un vaste territoire n'empêcherait point les fleuves de s'envaser, de môme que la erélûon de quelques polders, sur les rives d'un grand cours fean, ne saurait prouver que ta mer se retire ; ces phénofflènes sont soumis 'a des lois difTérentes et doivent être étudiés i^iarément.

Les premiers habitants de noire pays, rudes et sauvages «wœie celte terre inculte dont ils prenaient possession, appartenaient h la race celtique. Quelques-uns de leurs clans, dédaignant un sol marécageux, toujours enveloppé des brumes du nord, se répandirent vers le centre de la Gaule; d'autres coatiouèrent k séjourner dans nos bois, & l'ombre desquels ils élevèrent leurs cliétives cabanes. Ces derniers jouissaient do la possession inconleslée de ces solitudes, lorsque de nouveatrx émîgrants, les Boigs ou Belges, venant de la Germanie, les suivirent sur la rive gauche du Rhin, et pénétrèrent à leur tour dans les Ardennes. Les tribus rivales ne tardèrent pas l'i se rencontrer, et les Celtes, vaincus par leurs adversaires, se retirèrent devant eux (1). Il est probable néanmoins qu'ils

(t) Cel év6icnient , rapporté pur Céaar et dont on ne peut déterminer rdpoqne que d'une manière approximative, arriva probablement lonelemp^ liant ricvasioD des Teutons el des CImbres, qui eut lieu l'an 113 avant l'ère

f 4 MiSTOIftE MI OCMDIEBCE

n'abandonnèrent pas entièrement la contrée, ou que certaines aflSnités d*origine existaient entre les deux races, car elles se rapprochèrent bientôt Tune de l'autre pour s'unir étroitement contre leurs ennemis communs (1). Les Belges, dont les habitudes nomades s'accommodaient mal au repos, disséminèrent leurs essaims dans tout le nord de la Gaule, des rives de TArmorique (2) au confluent de la Meuse et du Vaal. Les Nerviens, peuplade puissante et guerrière, s'étaient fixés sur les bords de la Sambre et de l'Escaut; les Atuatiques campaient dans les vallées pittoresques qui formèrent, en d'autres temps, le comté de Namur; les Eburons, dont le territoire confinait au midi à celui des Tréviriens, avaient pris possession du pays de Liège et d'une partie des provinces de Brabant et de ' Limbourg. Plus loin, vers le littoral, on rencontrait les établissements des Menapiens et des Morins. Les premiers peuplaient les districts enclavés depuis dans le diocèse de Tournai, c'est à dire les environs de Lille, de Courtrai, de Gand, ainsi que toute la côle de Flandre jusqu'à Anvers. Leurs voisins, qui étaient aussi leurs alliés, habitaient les limites extrêmes du pays, au sud de la petite rivière TYser, et quelques auteurs ont cherché à expliquer l'origine de leur nom par les « moeres » ou marais, qui abondaient dans la contrée. Les Bellovaques, les Ambianiens, les Suessones et les Caleti se partagaient le reste de la Gaule septentrionale, jusqu'aux embouchures de la Seine.

Ces diverses tribus, dont quelques-unes se vantaient de leur origine germanique, tandis que les autres étaient devenues toutes gauloises, présentaient un tableau fort di fièrent. Les Nerviens, et en général toutes les peuplades qui s'étaient établies dans l'intérieur de la Belgique, étaient à peine civilisés.

(1) Les Vénètes, diaprés lo témoignage de Strabon, appartenaient à la race belge. Voy. sa Géogr., lib. II et lY. César divise les populations gauloises en trois groupes, composés des Belges, des Aquitains et des Gaulois proprement m%. Cm , de BeU. GaU,, Mb. \.

(t) Les Belges faisaient une guerre incessante aux Germains, bien loin de les considérer comme des aUiés naturels : • Proximique sunt germanis , qui trans Rhenum incolunt, quibuscum continenter bellum gérant. • Cœs., de BM. Coll., lib. L

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Impétueux ei Tamuches, leurs chefs méprisaient le commerce cl l'induslne. et défendaient même l'entrée de leur territoire à ceux 4]ui s'occupaient de négoce (1), Quelques champs défrichés, situés dans les entrons de leurs demeures temporaires, suflisaient h leurs besoins, et encore ce travail agricole ëtaît-il abandonné aux individus incapables de porter les armes. L'usage de la cbarrue ne leur était pas inconnu ; ils cultivaient l'orge Cl le froment, dont ils se servaient pour la fabrication d'une espèce de bière, leur boisson favorite, et la confection des gruaux. II pamit qu'ils récoltaient aussi du seigle, car des lois très anciennes en déterminent la valeur, ainsi que de forge, de l'avoine et du millet. Reynîer, dans son intéressant ouvrage sur l'économie politique el rurale des Celles, prétend même que les hommes du Nord, avec lesquels il confond les habitaots des Pays-Bas, introduisirent plusieurs variétés de céréales, que l'on sème d'ordinaire au printemps.

l*s tribus celtiques, malgré l'éiat d'anarchie dans lequel elles vivaient, étaient beaucoup moins barbares que les nations guerrières dont elles étaient entourées. L'industrie ne leur faisait pas défaut, et le tissage des étolTes occupait une partie de leurs clans; on y fabriquait des toiles de diverses qualités, dont les plus fines étaient réservées aux druides el aux chefs (S). Les Celtes se montraient non moins habiles II travailler la laine; ils possédaient le secrel de façonner des draps rayés d'une grande souplesse, et d'autres étoffes dont la trame était assez serrée pour résister à l'arme blanche. Les Atrébates, qui vivaient sur la rive droite de l'Escaut, non loin des Horins, excellaient dans ce genre de fabrication. L'historien Vûpiscus fait mention de leurs « bîrri, i> expression qui semble avoir été conservée dans notre langue avec l'usage de la bure.

(Il < Xullum adilum esse ad cos mercatoribus; niblt pati vint reliquaruinque rtnini ad liixuriam pertlnentlum Interrl.

• Foriis^imi sunt Beigte, ■ dllCËsar, > projitereaquod acullii alquehuma- Qllate provinclx longissimè absuot, mlnimc(]uc ad eus mercatnrcs sispc raounKinl, atqne ea qiiœ ad pfTemtnandns anlmos perllnenl, Imporlant. •

fil • Cadurcl, CaIcLI, Ruteni, BIturîges, ultimique bomlnum exigtlmall laonni. Imo vero Cslliœ univcrsie velu texuol. > PIjd. , lib. XII . cap. I. Vpï. aosal le menie auteur, mâme livre, c. Il el XII.

i$ HKTOfBE DO COMMBaCK

qui eut encore portée dans les campagnes. Ils préparaient les drap» k Taide d*un acide, du feu et de fers crochas, dont ils se i^^rvaient avant de presser les tissus. Pline, auquel on doit des rensei(çnenients si utiles sur l'ancienne Gaule, nous a laissé quelques détails sur leurs procédés de teinture. Les Atrébates tiraient la pr>urpre d*une plante à laquelle les Romains donnaient le nom de vaccinium, qu*on croit être l'airelle, sorte d'arlirisHeau à fleurs rougeâtres, et qui porte une petite baie bleue et légèrement acide. Comme ce colorant était peu durable, on ne l'appliquait cependant qu'aux étoffes communes; la jacinthe leur fournissait la couleur violette, et ils empruntaient leurs teintes rouges à la garance. Le peuple portait généralf^ment la saie, espèce de vêtement flottant, avec ou sans manches, qui s'attachait sur l'épaule à l'aide d'une agrafie. Les riches cherchaient à l'embellir par des bandes de diverses nuances, et des ornements d'or et d'argent. L'usage des métaux, dont la connaissance est si précieuse à une nation guorrière, était commun à la plupart des tribus belges, et il est probable que Texploitation de plusieurs mines de fer et de cuivre remonte, dans nos provinces, à la première occupation de ces localités par les Celtes. Ils devaient déjà avoir acquis une certaine expérience dans les travaux d'extraction du minerai, puiK(|uo nous savons qu^ils possédaient des carrières de marne jusqu'il une profondeur de cent pieds; César attribue même à ces circonstances Tadrcsse avec laquelle ils éventaient les mines creusées par les Romains autour des places assiégées (1). Ils produisaient du fer d'une qualité supérieure, et savaient préparer le cuivre, qu'ils modiflaient à l'aide de divers alliages.

On doit aussi aux Celtes et aux autres peuples du nord Tnrt (lo nibriquer les savons. Ils en avaient de diverses qualités, dont les plus recherchés, suivant Pline, étaient composés avec les cendres du hêtre et le suif de chèvre. Quelquesuns do ces savons étaient épais, d'autres liquides, ce qui prouve (|u'on employait à leur manipulation non seulement

(I) OHm (i# JMI. (viilt., Ilb. III, ctp. XXI. Les Belges connaissaient depnis lonffit^mim IHim^ (l<^ la marne. Un marchand breton. s*occupant de ce oomm<»n^, « mMK>ator crelarins, » éleva un autel dans lUe de Wakberen à la di»ew0 Noholennla. Voy. Varro, Dt rt nuf., llv. I, c. vn.

des graisses aitimales, mais aussi des huiles tirées des végétaux 11).

Les Morinset les Ménapiens, que la nature de leur pays familiarisa de bonne heure avec la navigation, comptaîeni parmi eux d'excellents nautoniers. Ces hardis marins étendirent leurs excursions sur toute la" côte, traversèrent le détroit, et tirent pendant quelque temps un commerce très actii' avec la Grande- Bretagne (â). De nombreuses colonies belges, poussées par l'amour des aventures et l'espoir du butin, s'y étaient déjJi établies, après avoir repoussé les indigènes à l'intérieur des terres (3). Les nouveaux venus, dont la puissance augmenta rapid^uent, conservèrent sur ce sol étranger les noms qu'ils portaient avant leur départ, échos lointains de la patrie absente. Cesi ainsi que les Romains, en mettant le pied sur le rivage (l'Alliion, trouvèrent des Atrébates dans les comtés actuels de Surrey, de Sussex, du Hampshire et de Somerset. D'autres Belges. les Cantii, s'étaient emparés du pays de Sent, tandis ([ue les Trinobanles, les Durotriges et les Domnonii prenaient possession du lerriloire d'Essex, de Middlesex et poussaient leurs conquêtes Jusque dans le Dorsetshire et le comté de Devoo. Un bourg fortifié, que les Romains désignent sous la dénomination de Venta Belgarum, et qui fut remplacé plus lard par la ville plus moderne de Winchester, formait le centre de tous ces établissements (4). Ptolémée raconte que les Ména- IMfls vinrent même jusqu'en Irlande; les anciens écrivains les ^»peIlent Ernaidhe, Ernéiens ou Ernaech, à cause de la localité qu'ils habitèrent d'abord, située aon loin de Lough Erne (a).

|l|Plio.,1lb. XXVIfl.Mp.SII.

fi\CX5.,De BfU. GaU.,lib.l.

i2lldem.r>eBM.GaU.,l\b.\

(dOn trouvera, dans quelques ouvrages anglais, des notices plus dfilaillées «nr ces colonies. Noos citerons entre autres: Thepictarit^ htUory of England. de Cnik et Hactarlane, 8 vol. lo-g°. Lond,. 1849; A hUtm-j/ o( ihe eounly of Bmech. deTb. lones, «vol. Brenock, ISIIS-ÛO. iu-i»; Turner. BiHoryoflkc «■flu-Suoiu, lom. I, p. ti( ; Polwhelc, ITùtor^ 0/" Cnmuiall, 1 vul. In-t°. Loild., ms, elc-

IS) Vvy Tilt annols of /reland , iTansUtttd jrQia Ike original irish of Iht four nuurt.tm Oitn ConneUan. Dublin, IS4S, pag. '75; Wrighl, Butors of IrÀind, 3 TOI. Uadon and Hew-ïork, 18»B, in-8-.

Ils y firent une guerre presque incessante aux rois milésiens. On croit que la ville de Manapia, citée par Ptolémée, est aujourd'hui Dublin. L'une des plus anciennes cartes routières que nous possédions, l'itinéraire d'Antonin, indique Venta Belgarum, indépendamment de laquelle les Belges possédaient encore Iscbalis, probablement Ilchester, et Aquae Calidse, d'où sortit plus tard l'élégante ville de Bath.

Tel était Tétat physique et moral de la Gaule septentrionale, lorsqu'une influence étrangère vint exercer son action dissolvante sur les éléments d'organisation qui commençaient à s'y développer, et les étouffa en quelque sorte sous sa terrible pression. Libres dans leurs forêts, les Gaulois allaient entendre à leur tour ces mots terribles, prononcés jadis dans l'ivresse du triomphe par un de leurs ancêtres : Malheur aux vaincus ! La main d'un ennemi, souillée du sang de leurs proches, se préparait à leur ravir leur or, leurs droits, et jusqu'à leur individualité. Disons quelques mots sur ces nouveaux acteurs, dont nous avons déjà souvent prononcé le nom, et qui se présentent à leur tour pour accomplir leur rôle dans le sombre drame des destinées humaines.

Les Romains, dont l'empire avait grandi au milieu des luttes politiques et des révolutions sociales, possédaient à cette époque une immense puissance militaire qui, après les avoir aidé à asservir une partie de l'Asie et de l'Afrique, commençait à les déborder eux-mêmes, et à menacer leurs institutions d'une ruine complète. Quelques ambitieux avaient déjà cherché à se faire un levier de cette force redoutable, afin d^arriver au suprême pouvoir, lorsqu'un membre de la famille Julia, Caïus Julius César, parvint à constituer un triumvirat avec deux de ses rivaux. Pompée et Crassus, qu'il se sentait encore trop faible pour renverser. Doué d'un génie pénétrant et d'un rare instinct pratique, il comprit qu'il ne lui manquait qu'une chose pour devenir l'arbitre de Rome et, par elle, le maître du monde : de l'or! La Sicile, TÉgypte et l'Espagne étaient déjà épuisées; il fallait se créer d'autres ressources, désoler de nouvelles provinces, et leur arracher le prix de cette pourpre dont on ne se disputait encore que les lambeaux : César résolut de porter la guerre dans les Gaules. Nous ne répéterons pas le récit de cette

HP

ET DE LA UAHIHE EN BELGIQUE. tH

merveilleuse campagne, durani laquelle te proconsul déploya tant d'intelligence ei de courage, alliés k la plus froide cruauté. Nous nous bornerons, alio de ne pas sortir des limites que nous nous sommes tracées, ii en rapiwrter quelques épi- Gaulois, parmi lesquels les intrigues de César avaient tia division, venaient de lui envoyer leurs tributs; déjà les iens et leurs confédérés avaient été écrasés à Prèle, après re défendus avec la plus héroïque bravoure, lorsque les peuples du littoral, inébranlables dans leur résistance, résolurent (le faire un dernier elTort pour reconquérir leur indépendance. Les circonstances semblaient favoriser leur projet car le procoasul, qui ne s'attendait pas U être attaqué, était parti pour nilyrie, laissant h ses lieutenants le soin d'achever son œuvre. P. Crassus, l'un de ces derniers, avait pris ses quartiers d'Iiiver chez les Andes, l'une des nations récemment soumises, et cherchait k lever des viiTes dans les villes voisines. Les Lexoviens, nui habitaient non loin des embouchures de la Seine, furent d'abiird mis à contribution par les vainqueurs, qui envoyèrent ensuite une députation cliez les Vénètes. tribu puissante, qui s'était installée dans les environs de Vannes, Ces derniers occupaient un bourg assez considérable, bùtt sur une colline, au fond d'une baie parsemée d'Ilots, qui formait un port spacieux et sûr. Habitués à braver les périls de l'océan, cette peuplade intrépide avait acquis une grande influence dans tout le littoral, et ne subissait qu'avec iudignation le joug des romains. L'arrivée de deux tribuns militaires, Q. Velaniuset T. Silius, chargés, d'une mission de P. Crassus, augmenta leur mécontentement, et ils se décidèrent à retenir ces deux envoyés, dans l'espoir de les échanger plus tard contre les otages qu'ils avaient été obligés de livrer aux conquérants. Aussitôt conj;u, ce projet est mis à e.\éculion : les deux tribuns sont chargés de chaînes el, au signal donné par les Vénètes, tous leurs alliés hâtent leurs préparatifs de guerre, impatients qu'ils sont de lutter contre César et sa fortune. Ils fortifient leurs villages, entourant de tranchées profondes et de remparts enterre, sent leurs magasins de vastes approvisionnements de rassemblent des vaisseaux. Ces démonstrations inquié-

80 HISTOIRE DU COMIIERCE

talent vivement leurs ennemis, qui n'avaient pas de flotte, et manquaient d'ailleurs des connaissances nautiques nécessaires pour manœuvrer sur cette côte. Déjà les Ossimiens, les Lexoviens, les Namnètes, les Ambilliates, les Morins, les Diabintes et les Menapiens étaient en armes, lorsque César, descendant la Loire dans une barque légère, vint prendre lui-même le commandement des légions. Il sentait la nécessité d'agir avec promptitude, et imprima bientôt une partie de son activité à ce:ix qui l'entouraient. Il détacha Labiénus chez les Tréviriens; lui oiHlonnant de défendre le passage du Rhin et d'empêcher un soulèvement de ce côté; P. Crassus fut envoyé en Aquitaine, avec douze cohortes et de la cavalerie; trois légions s'établiit)nt chez les Unelles, les Curiosolites et les Lexobiens, tandis ({uo Décius Brutus prit le commandement d'une flottille, coml>oséo de quelques navires rassemblés chez les Pictons et autres |H)uples ami:^ avec ordre de partir pour la Vénétie, que le proconsul voulait attaquer par terre et par mer. L'entreprise otlVait cependant des difficultés réelles, augmentées encore par l'état dos lieux où il s'agissait de combattre. Les habitants du littoral élevaient généralement leurs demeures à l'extrémité de linéique presqu'île, dont les abords étaient inondés à marée haute, ot devant laquelle les embarcations échouaient h marée Imsiso. Lo siège de ces camps fortifiés ne s'exécutait qu'avec lenteur ot u*aboutiss;ùt, d'ordinaire, qu'à la ruine de quelques oalmnos« car les ussiôgês, au moment où la résistance devenait imiH^ssible, montaient sur leurs vaisseaux, s'éloignaient avec touH loui^ biens, ot allaient recommencer la lutte dans une ville vtÙHÎno. Los Romains de\ aient donc à tout prix s'assurer l'empiiv do rOoéau; aus.^i los deux flottes rivales, celle de Décimus IhMituH ot oollo dos oonftHlêi^fs, ne tardèrent-elles pas à se trouvor on prtWnoo, on tlioo des fiilaises escarpées de TArmorique.

ILot« MonuH ot los Monapions, qui avaient su se maintenir jusq\raUu\H, au noin dt>s plaines boisées de la Flandre, dans la H»\i\a|io hiHMiô qu'ils tonaiont de leurs aieux, avaient répondu ' \\\\ orl d'appol div» YôUiMos, ot leurs >'aisseaux se trouvaient au

oond^at, nu^lônà ooux dos Gaulois. Ces embarcations, décrites

par {\\yM\\\ lUaiont oonstruites en planches de chêne d'une

i Itrundo i^iu^ini^our» dont los interstices étaient calfeutrés à l'aide

ET DE LÀ MARIIŒ EN BELGIQUE. 2t

tfune sorte d'étoupe, formée de panicules de roseau (1). La configuration de leur quille, généralement assez plate, leur permettait d'aborder sur le sable, et même d'être traînées h une certaine distance sur la grève. Les deux extrémités de ces bâtiments, leur proue et leur poupe , atteignaient une élévation assez considérable — précaution qu'on croyait devoir prendre en naviguant dans ces mers orageuses— et leurs ancres étaient attachées par de fortes chaînes de fer. On les dirigeait à l'aide de voiles de cuir, dont les rudes marins de nos côtes entendaient parfaitement la manœuvre.

Les Romains, qui ne combattaient qu'avec hésitation sur ces flots irrités, dont les vagues écumantes leur rappelaient si peu les eaux limpides et pures de la Méditerranée, ne soutinrent qu'avec peine l'impétueuse attaque des confédérés. Leurs embarcations, petites et mal armées, pliaient sous le choc de ces lourds bateaux de chêne, du haut desquels les légionnaires recevaient une grêle de pierres et de traits. Déjà les Gaulois ne doutaient plus de la victoire, lorsque le génie de César vint paralyser leurs efforts, et rendre la confiance à leurs adversaires. Le proconsul, comprenant que les barbares ne devaient leurs succès qu'Ji la rapidité avec laquelle ils changeaient la course de leurs navires, arma ses soldats de longues perches, h l'extrémité desquelles on avait fixé un fer aigu, et parvint de cette manière à rompre les cordages des barques ennemies, immobiles désormais sur les flots. La lutte navale se transforma dès lors en un combat d'abordage, qui se décida bientôt en faveur des Romains. Après une mêlée furieuse, que la soif de la vengeance prolongeait encore, les rebelles furent vaincus : il fallait céder à la destinée. Peu de temps après cette défaite désastreuse, les chefs vénètes marchaient au supplice, et leur nation était réduite à l'esclavage; les Morins et les Ménapiens, seuls entre tous les peuples du littoral, repoussaient encore le joug de l'étranger, qu'ils s'apprêtaient à défier sur de nouveaux champs de bataille.

Si Ton pouvait douter, en présence du témoignage positif de

(IJ Plin., Ub. XVI, cap. XXXVL Strabon prétend qu'ils employaient des algues à cet effet.

■irr. DO coMiuBCi, t. l 2

22 HISTOIBE DU COMMEECE

César lui-même, du nile imporiant que les habitants de nos côtes jouèrent dans la guerre maritime que nous venons de raconter, la précipitation avec lai]uelle les Romains s'avancèrent pour les châtier, suffirait pour nous en convainci'e. Bien que Télé fut déjà assez avancé, le proconsul ne voulant point retarder son entrée en campairne, traversa à marches forcées les plaines de la Normandie et de TAmiénois, et pénétra sur les terres des Morins vers Textrémité méridionale du pays, probablement à l'endroit où Ion éleva depuis les villes d'Hesdin et de Saint-Paul. Il espérait rencontrer la nation en armes, l'écraser dans une action décisive et lui imposer ses conditions, mais celle-ci en avait décidé autrement. Évitant toute bataille rangée, les chefs indigènes se bornèrent à harasser les légions, qui se trouvèrent enfin au centre de vastes forêts ayant devant elles des ennemis invisibles, toujours actifs et vigilants, qui les décimaient peu à peu, massacraient les fourrageui's, attaquaient les postes avancés, et se réfugiaient ainsi de clairières en clairières, toujours combattant et jamais découragés (1). 11 n'y avait évidemment qu'un moyen de mettre tin à la guerre ; il fallait déblayer le sol, faire tomber les arbres sous la cognée, et se frayer une route jusque dans ces solitudes profondes, au sein desquelles les Morins allaient retremper leurs forces épuisées : les Romains mirent la main à l'œuvre, et entreprirent ce travail gigantesque. Les habitants de la côte, traqués désormais comme des bêtes fauves, sentirent qu'une plus longue opposition devenait impossible, et demandèrent la paix. Le** 3Iénapiens, dont la contrée était moins accessible encore (:2), ne sui-

(1) « Nam iUi, quia non in urbibus scd in tuguriis habitabant, rébus suis prctioftisslmis in dcnsissimas silvas collatis, plus damni invadentibus Romanis intulere qiiam ab lis acceperc. » Dio. Cass., Hist. Rom., lib. XXXIX, cap. XUV.

(2) « Menapii onines se in dcnsissimas silvas abdiderant. » Cœs., Df Bell. (iaU.

« Ullimi siini Menapii qui ex utroque ostiorum latcre paladcs incolunl, et Hilvas hiimilis densa;que materiac ac spinosa^. » Strabon, Géogr,

\\n possédaient cependant quelques champs cultivés. « >Ediflcia vicosque habebant , > dit César , et il ajoute à la fin du IV* livre : • Omnibus eornm agris vastatis frumentis succisis, œdificiisque incensis. i

ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. n

virent leur exemple que beaucoup plus tard, après avoir été attaqués par trois corps d'armée.

Les Iles Britanniques, dont les richesses minérales étaient connues des anciens, qui en exportaient du plomb blanc, du fer et de l'étain, attiraient depuis longtemps Tattention de César, qui résolut d'y faire une descente. Cette expédition s'organisa, l'an 55 avant J.-C, dans les ports de la Morinie (1), dont toutes les ressources maritimes furent employées dans cet armement. Comius, un chef atrébate, fut chargé de porter des paroles de paix aux colonies belges qui s'étaient formées de l'autre côté de la Manche, et de leur annoncer la prochaine arrivée d'une flotte étrangère. Nous ne suivrons pas les conquérants sur cette terre lointaine, où ils amenaient avec eux, comme ils l'avaient déjà fait en Belgique, la ruine, le brigandage militaire et la tyrannie. Les Morins, tout en leur ouvrant leurs havres, ne cédaient qu'à la force, et le prouvèrent en attaquant, au retour de ce voyage, quelques soldats romains que la tempête avait jeté à la côte, et qui eussent péri sous leurs coups s'ils n'avaient été dégagés par leurs compatriotes. Dès lors les événements se suivent avec rapidité; les Tréviriens, dont les conquérants avaient eu l'art de se faire des auxiliaires à la bataille de Prêle, et qui ne s'aperçurent de leur erreur que lorsqu'il n'était plus temps de la réparer, s'épuisent dans une \2ine lutte, et se voient forcés de déposer les armes ; les Éburons, excités par quelques chefs héroïques, remportent d'abord certains succès, pour succomber à leur tour, après une guerre d'extermination : la Gaule entière, abattue, dépeuplée, se soumet au vainqueur. Le proconsul, qui n'avait pas abandonné ses projets ambitieux, changea dès lors de système et s'attacha à gagner, par une feinte modération, la confiance des tribus indigènes. Enrichi de leurs dépouilles, chef d'une armée aguerrie, il n'attendait plus que la paix pour reprendre le chemin de Rome, où son ancien collègue. Pompée, s'appuyant sur; le Sénat, se préparait à combattre en faveur de la république

(1) César s'embarqua au port Itius , que certains auteurs placent à Wetsand et d'antres à Boulogne. La cavalerie partit d'un autre endroit , situé à hait milles du premier, et dont la position sur nos côtes est encore incertaine.

tl HISTOIRE DU COMMERCE

expirante. Il y réussit si bien qu'une foule de Belges et de Gaulois marchèrent à sa 'suite, en Italie, en Epire, en Thessalie et en Egypte. Les Xeniens et les Tréviriens figurent avec honneur dans le dénombrement, fait par Lucain (1), des peuples qui combattirent sous les enseignes de César à la bataille de Pharsale. Six cohortes belges, suivant Florus, contribuèrent particulièrement à la grande victoire remportée par le dictateur dans ces plaines célèbres (â), et Ton rapporte que trente cavaliei^ de la même nation mirent en fuite, devant Endramète, la cavalerie maure du roi Juba (3).

Tandis que les derniers défenseurs de la république romaine, affaiblie par les factions, tombaient pour ne plus se relever, la Belgique avait passé sous le gouvernement de Décimus Brutus, Tun des lieutenants de César. Mieux traités que la plupart des Gaulois, plusieui^ tribus belges avaient reçu le titre d'amies et d'alliées des Romains, et toutes avaient conservé le privilège (le se gouverner par leurs propres lois et de se choisir des chefs nationaux. Quelques unes d'entre elles étaient presque indépendantes, telle que celle des Ménapieus; les Nervienset les Tréviriens portaient le nom de peuples libres, et les rois alrébates continuaient à exercer leur autorité. César ayant été tué, durant une séance du Sénat romain, Tan 44 avant J.-C, sa mort t\it le signal de nouveaux troubles. Ses assassins, qui avaient cru entraîner le despotisme dans la tombe du dictateur, s'apei^nrent bientôt qu'ils n'avaient frappé qu'un homme, et préparé la voie à d*autres ambitions.

Les partis hostiles à la république, un moment débordés, se ivunirent pour concentrer l'autorité entre les mains d'Octave, neveu de i'ésar et de deux des compagnons d'armes de celui-ci, Antoine et Lépide. Ce dernier, qui avait d'abord obtenu l'Espagne et la Narbonnaise, fut bientiM réduit à l'Afrique et, vaincu par Octave, s'en alla mourir àCirceii, dans l'oubli et l'obscurité. Son adversaire, que l'empii^e d'Occident ne pouvait contenter, marcha ensuite contre Antoine, le battit à Actium, et rentra à

^t^ Bm hcr.. My. Rom,, Ut). I, cap. YI.

^9) lH^>\t^» llisi de Brigiqw. tom I, p. !2I6, âl7.

Rome en triomphateur, Tan 29 avant J.-C. La Belgique, qui avait eu différents gouverneurs durant ces dissensions, n'était plus désormais qu'une province éloignée, située aux extrémités d'une vaste monarchie, et dont la position stratégique faisait toute l'importance. Son organisation fut entièrement modifiée sous Octave, qui prit après la victoire le nom d'Auguste, et partagea l'administration des provinces avec le Sénat, en se réservant celles dont la possession lui assurait le concours d'une puissante armée.

D'après ce plan, la « Provincia Belgica » comprenait la vaste étendue de terres qui forma par la suite l'électorat de Trêves et le duché de Luxembourg; les diocèses de Metz, de Toul, de Verdun, de Cambrai, de Tournai en faisaient également partie, ainsi que tout le reste de la Flandre, la Champagne, la Picardie et le territoire qui borde la Seine. Le gouverneur de la Belgique, legatus ouprœses jouissait de pouvoirs presque illimités, car il dirigeait les affaires civiles et militaires, la justice, la police et les finances. Il résidait ordinairement à Reims, et avait sous ses ordres un procurator, ou intendant général. Ce dernier, bien qu'il fut subordonné au légat, était nommé par l'empereur, auquel il rendait compte directement. C'était lui qui était chargé du recouvrement des deniers publics; il recevait les immenses revenus du prince, et payait les fonctionnaires de l'État. Ces revenus étaient le produit des domaines impériaux, de la capitatioii ou taxe personnelle, de l'impôt territorial ou foncier et de la gabelle : nous rappellerons en quelques mots leur origine. Les domaines avaient été formés à l'aide des terres confisquées sur les peuples vaincus, après qu'on en eut déduit la portion destinée à être distribuée aux vétérans; ils étaient affermés, sous la redevance du dixième de la récolte pour les grains, du cinquième du produit des arbres, et d'un prix fixe par tète de bétail. La capitation avait été imposée par César à toute la Gaule : tous les citoyens y étaient soumis, et payaient pour leurs esclaves et leurs enfants, après l'âge de puberté. L'impôt foncier atteignait les fermiers des terres domaniales, qui étaient frappés par conséquent d'une double contribution, comme fermiers et comme citoyens. Les recettes de la gabelle, dont l'établissement se rapporte plus directement à l'histoire du com-

âG HISTOIRE DU COMMERCE

merce, bien que l'assiette générale des impôts exerce également son influence sur les relations mercantiles, se composaient des droits d'entrée et de douane; du centième et du quarantième exigé sur le montant de la vente de certaines marchandises (1); du vingtième à payer sur les successions et les legs (2), et du \ingt-cinquième réclamé par TÉtat sur le prix d'achat des esclaves (3). Ces fonds étaient destinés à la création d'une caisse militaire, dont le produit était appliqué à la solde des troupes répandues dans les provinces, et au paiement des récompenses dues aux vétérans.

Auguste, tout en cherchant à latiniser la Gaule en modifiant ses anciennes limites, dont les noms mêmes furent changés, respecta les privilèges accordés jadis par César à quelques tribus. Les Rémois, les Lingones, les Nerviens et les Tréviriens continuèrent à se ranger sous leurs propres chefs et à se régir par leurs anciennes lois, à condition toutefois de veiller à la défense de la frontière septentrionale de l'Empire, et de servir dans les armées romaines comme troupes auxiliaires. D'immenses étendues de pays ayant été dépeuplées par la guerre, particulièrement dans la Belgique actuelle où l'on avait combattu plus longtemps, Auguste y admit des peuples germains, dont l'adjonction modifia considérablement la nature de la population belge, en y donnant la prépondérance à l'élément teutonique. Les Tongrois, les Toxandres, les Béthasiens furent reçus successivement sur la rive gauche du Rhin, tandis que des colonies de Suèves allaient s'établir sur le littoral de la Flandre, où l'on retrouve encore, dans les environs de Courtrai, les villages de Sweveghem et de Swevezeele. Les Romains, sans cesse menacés par les populations à moitié sauvages qui cherchaient à franchir les limites de leur empire, en relièrent les diverses provinces par un réseau de routes militaires, qui servaient au passage des troupes.

La carte de Peutinger, qui date de l'an 230 de notre ère, indique deux de ces grands chemins dans la Belgique actuelle.

(1) Tacil., Annal., llb. I, cap. LXXVÏII.

(î)Dio. Cass.,lib. LV.

(3) Tacit., Annal., lib. XIII, cap. XXXI et LI.

Le premier partait de Boulogne, traversait Térouanne, Cassel, Tournai, Bavai, Tongres et venait aboutir à Cologne; le second commençait à Tongres, et longeait la Meuse jusqu'à l'île des Bataves, d'où il continuait jusqu'à l'extrémité occidentale de cette île. Ces routes furent construites, comme celles qui de Lyon se dirigeaient vers les quatre points cardinaux des Gaules, par Agrippa, gendre d'Auguste (1).

Un autre gouverneur, Claudius Drusus, qui remporta de bril»lants succès sur les Germains, fit exécuter également, sous le même règne, quelques travaux d'utilité publique. Un canal de quatre lieues de longueur, qui joignit le Rhin à l'Yssel, fut creusé par ses ordres de Doesburg à Ysseloord. De pareils efforts, entrepris sous un gouvernement équitable, eussent C4)ntribué efficacement au développement du commerce et, par celui-ci, aux progrès de la civilisation, mais le génie même des Romains les rendait incapables d'en apprécier les résultats. Ils ne mirent la main à l'œuvre que pour faciliter la marche des armées au sein des pays conquis, et tout projet qui ne se rapportait pas directement aux affaires militaires rencontrait peu de faveur auprès d'eux. Lucius Vêtus, commandant les légions de la frontière du Rhin sous Néron, ayant pris la résolution de joindre la Saône à la Moselle, fut forcé de Tabandonner dans la crainte de devenir suspect à l'empereur, et d'être soupçonné de vouloir, par une grande et noble entreprise, briguer les suffrages des provinciaux. Les relations commerciales n'excitaient leur intérêt que pour autant qu'elles contribuassent à satisfaire à leur luxe, et ils en comprenaient si peu l'importance qu'ils s'efforçaient même de les entraver. « Que personne, dit une loi des empereurs Valens et Gratien (2), n'envoie du vin, de l'huile ou d'autres liqueurs aux barbares, même pour en goûter. Qu'on ne leur porte point de l'or, ajoute Théodose, et que même ce qu'ils en ont leur soit enlevé avec finesse. » Le transport du fer par delà les frontières de l'Empire était défendu sous peine de la vie (3). Ces mesures arbitraires appauvrissaient les popu-

(1) Schayes, les Pays-Bas avant et durant la domination romaine, tom. II, p. 418 ; Dewez, Hist. de Belgiqm, lom. I, p. 423. (i) • Leg. ad barbaricum, Cod. Qus res exportari non debeanl. » (3) Montesquieu, De l'esprit des lois, liv. XXI, chap. XVI.

lations, mais leur enlevait aussi les moyens de résister aux abus, et il n'en fallait pas davantage aux avides administrateurs qui en profitaient.

La situation du commerce et de l'industrie, concentrés en quelques mains, entravés par un monopole inique, présente un sombre tableau durant la domination impériale. (Test à peine si l'étude laborieuse des documents, consultés avec soin par des écrivains jaloux d'augmenter le prestige des conquérants, nous révèle quelques traces d'activité mercantile. Nous avons vu que certains peuples du nord de la Gaule, dès une époque asse^ reculée, s'étaient rendus habiles dans le tissage des étoffes. Il paraît quon leur dut Fintroduction de Tart du tisserand dans la haute Italie , et qu'ils y implantèrent l'usage de placer les métiers dans les caves et autres lieux souterrains (1). Les Atrébates exportaient vers Rome quelques étoffes de laine (2), dont ils liraient les matières premières de nos provinces, où l'on élevait une grande quantité de moutons ; la métropole recevait également, des environs de Cahors et de Langres, des matelas et des coussins remplis d'étoupes de lin et de rogimres de drap. Varron nous apprend que les Gaulois faisaient du sel en jetant de l'eau sur des charbons ardents, mais cet écrivain, d'après l'observation judicieuse d'un auteur moderne, parait avoir confondu la fabrication du sel avec celle de la potasse.

La Belgique fournissait beaucoup de blés, et c'est de cette contrée que, pendant les disettes occasionnées par la rébellion de Stilicon (3) et celle de Gildon (4), Rome tira une partie de ses approvisionnements. On a retrouvé des inscriptions où il est question des frumentarii, ou marchands de blé beiges (5). On confectionnait aussi, dans notre pays, des briques, des carreaux h paver et des tuiles. Cologne, l'ancienne capitale des Ubiens, était alors le centre d'une navigation assez active, qui

(1) Flin., lib. XIX, c. XII.

(2) Lors(iu'on vint annoncer à l^empereur Gratien la perte des Gaules, ce prîniM^ se borna à répondre à ceux qui Tentouraienl consternés : L'empire romain ne peut-il subsister sans les saies des Atréba tes?

(3)Ciaud.,tnS(tiic.,hb. III.

(ij Eulrop., lib. I.

(5; Grutcr, Corpus inscriplionum. Deidelbcrg, 1601, in-fol.

ET DE LA MARn«E EN BELGIQUE. 29

se faisait par le Rhin et la Moselle, vers Trêves (1), et servait au transport des armes, des vêtements et de quelques denrées, destinés aux différentes stations militaires. On attribue aux Gaulois la découverte de Tétamage, dont ils se servaient pour rornementation des chars de luxe, des harnais et de différents meubles. Si nous ajoutons à cette nomenclature les salaisons fabriquées sur les bords delà Seine; les peaux, les cuirs, les bois Reconstruction, les esclaves, les métaux, quivenaientdes différentes parties de l'empire; et les troupeaux d'oies que les Morins conduisaient jusque sur les marchés de Rome (2), nous aurons à peu près épuisé la liste des objets qui servaient à Texportation. Les articles d'importation étaient encore moins nombreux; ils consistaient principalement en vins, huile d'olives, étain, quelques objets d'arts, et des épices en petites quafttités(3).

Tandis que les populations du Midi, ardentes et impressionnables, s'abandonnaient à l'influence latine, perdant insensiblement le souvenir de leur passé, et sacrifiant à une civilisation corrompue les germes précieux de leur propre individualité, les tribus belges, sans cesse retrempées par leur mélange avec les races teutoniques, s'attachaient avec obstination à leurs anciens usages. Plutarque nous rapporte que de son temps, vers l'an 120 de notre ère, les Nerviens continuaient encore à vivre dispersés dans les bois comme à l'époque de César. Accablés sous le poids des dettes qu'ils avaient contractées envers le fisc, ils se révoltèrent sous le règne de Tibère, qui laissa en mourant un trésor évalué h 2,700 millions de sesterces, c'est à dire à plus de 530 millions de notre monnaie, que son successeur, Caïus Caligula, dissipa en moins d'un an. Ce dernier ayant été assassiné par Chéréas, capitaine de ses gardes, le pouvoir panint à Claude, fils de Drusus et d'Anlonia, ou plutôt à ses deux aff^ranchis Narcisse et Pallas. Ils pillaient les caisses publiques avec si peu de retenue, que l'empereur lui-même, se plaignant un jour de manquer d'argent, un plaisant lui dit qu'il

(1) Auson., De claris Urbib, (il Plin., Hb. XVllI, c. XII.

<3) Slrabo, Ub. IV.

30 USTOUK K

ea aurait eo abo&iâoee, si Xârcis^ et Pallâs voulaient bien l'admettre ea leur sxiêîé.

La situation ne s*aiEéIiora point à ravênement de Xéroa, ni sous le gouvernetLent de ses successeurs, GalM. Oihon et Vite!lius. Sous ce dernier rè^.e. les Pays-Bas furent le théâtre d'une nouvelle révolte- à laquelle les fiopulations de Trêves, de Cologne, de Tongxes et de Langres prirent une part très active, et qui éclata cette fois dans le pays des Bataves. Ceux-ci tiraient leur origine des Cattes ti*, peuple germain habitant la Hesse actuelle. Ayant été chassés de leurs terres à la suite de discordes intestines, ils s'étaient retirés dans une île située an milieu des marais, déjà habitée par les Canninéfates. Les Bataves en occupèrent la partie orientale, qui correspond aux provinces de Gueldre et dTirecht, tandis que les autres tribus, qui avaient au reste la même orij^ine, se concentrèrent vers rOccident, au sein des plaines où Fou trouve en ce moment les \illes de Gouda, de Rotterdam, de Delft, de La Haye et de Leyde.

C«es deux peuples, excités par la présence de Civilis, chef batave qui a\'aît servi longtemps dans les armées romaines, se liguèrent avec les Frisons contre leurs oppresseurs communs. Une guerre sanglante éclata bientôt sur les frontières de la Hollande, durant laquelle le génie maritime des nations du littoral se déploie avec énergie. Civilis, qui avait été autrefois mis aux fers par les officiers de Néron, et qui brûlait de venger cet outi*age, surprend d*abord deux cohortes de troupes auxiliaires, composées de Tongrois, et les défait entièrement. Vingt-quatre ruisseaux, qui appartenaient aux Romains, tombent ensuite en son pouvoir, et bientôt ses bandes victorieuses se répandent dans le juiys des Ubiens et des Tréviriens, qui se révoltent à leur tour et chassent les garnisons impériales. Les Romains, surpris par celte attaque impivvue, se rallient cependant sous le commandement de Pélilius Céréalis, acceptent la lutte et l>altenl les confédérés sur les bords de la Moselle. Vainqueurs dans la plaine, où la supériorité de leurs armes et de leur disci-

\\\ • B;aa\ i. iloiioo trans RhCDuni agebant pars Cattorum seditione domestioa pulsi . oxtroma CialUcu' onr vacua cultoribus simulquc insulam inter >ada !«ilani oorupavore, • Tacit., Hi<l., lib. IV.

pline leur donnaient Tavantage, ils sont constamment défaits sur les flots. Tandis qu'une escadre romaine, brusquement assaillie, est mise en désordre et coulée à fond par les Canninéfates, Civilis se voit forcé de rentrer en son pays, poursuivi par lennemi. Il en sort bientôt cependant, après avoir rompu une ancienne digue construite parDrusus (1), et vient bloquer l'embouchure de la Meuse.

Après des alternatives de succès et de revers, une armée romaine pénétra enfin en Hollande, et cette diversion rigoureuse amena la fin de la guerre et la soumission des rebelles. Les Ménapiens, dont l'énergique intervention n'avait pas fait défaut aux Vénètes, se joignirent-ils dans ces circonstances aux Canninéfates et aux Bataves? Ceux d'entre eux qui vivaient à rinlérieur du pays ne paraissent pas s'être soulevés, car leur territoire fut ravagé, ainsi que celui des Morins, par les ordres de Civilis, mais les tribus du littoral observèrent-elles la même neutralité? Il est permis d'en douter, d'autant plus qu'elles n'a\aient guère à craindre la vengeance des Romains, défendues qu'elles étaient par leur pauvreté, et par la nature même du pays qu'elles habitaient. On manque entièrement de. détails, d'ailleurs, sur l'état de la Flandre durant les premiers siècles de noire ère : c'était une terre sauvage et inconnue, abandonnée aux oiseaux d'un ciel et à ceux qui se sentaient assez d'énergie, en présence d'un despotisme qu'ils ne pouvaient combattre encore, pour se retirer au désert.

(1) La rupture de celte digue amena quelques changements dans la configaration physique du pays ; le Rhin, que sa pente naturelle précipitait vers les Gaules, ne trouvant plus d^obstacles, quitta son ancien Ut et, après sa retraite, nie des Bataves et la Germanie ne furent plus séparées, de ce côté, que par un étroit cours d'eau.

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