CHAPITRE II
L'itinéraire crAntonin. — Organisation des postes impériales. — Loi maritime cinpruntéo au code Rhodien. — La Germanie et ses habitants. — Expédition des Francs dans la Méditerranée. — Le ménapien Carausius et les pirates saxons. — Privilèges accordés aux chrétiens, et leurs conséquences. — Invasion générale des barbares. — État du littoral belge à la fin do la domination romaine. — Fondation de la monarchie firanque.
La (taulo, npiti^o par la révolte des Bataves, venait à peine iWHw pa(Mlh^t\ lorsque Cnœus-JuliusAgricola, suivantles traces do Voranius ot do Froiitinus, acheva la conquête de la Grande Hrolnjîuo, Pan 78 ap. J.-C. L'immense empire des Césars s'élar- ^issail sans oosso, mais tout en s'affaiblissant par l'étendue uu^uH» d<» SOS tVonlit'^res. I^es Daoes, les Cattes», les Germains, les l\nilu»s, ropousst^s suootv^sivoment par les empereurs Domitien, Trnjan. AdritMi ol Anlonin lo Tieux, s'agitent autour de la monarrlno (M)nuno dos vautours allin^ par le sang : ils flairent une \)V{W \\\\i^ la dt^moralisatiou do leurs ennemis leur livrera bientôt mws diMonso. Ou doit iN Autonin le Pieux un monument précieux pour TiMudi^ do la |;ôo>;:raphio ancienne; c'est l'itinéraire qui porlo HOU nouvel qu'on prôleiid avoir été rédigé par ses ordres (1). linéiques aulours, s'appuyaul sur dos observations critiques qui
(1^ tt'IfM» MomdHor •liMi^tirirt $r^ Anlonini Augusti itinerarium cum inte- If (M I M«H<«'M. llhH .NWMJir H A, SikoUi wulis. Uinirarium HierosolymUa- HHn». *i, . » WM»H|»\ r ^W.<sWi»»j;*o. AlUîil,, 1785, ln-4».
De sont pas sans importance, contestent cependant Tantiquité de ce document, qui n'est pas antérieur, d'après eux, au v« siècle, et fut composé sous Théodose I ou Honorius. La Belgique avait si peu changé d'aspect à cette époque, qu'il ne s'y trouvait encore, d'après cette carte, aucune ville de quelque importance. Elle n'indique que deux localités méritant ce nom. Tournai et Tongres, qui servaient de stations de poste et de lieux d'étape pour les troupes. L'institution des postes, qui date des premiers temps de la domination romaine, avait été établie par Auguste. Ce prince, qui désirait centraliser le plus possible l'action de Tautorité, fit placer sur les grandes routes, à des distances assez rapprochées, un certain nombre de courriers et de chariots légers, que Virgile nomme Esseda belgica (1), au moyen desquels il recevait des nouvelles de tous les points de ses \'asles possessions. L'usage de ces relais était réservé aux fonctionnaires publics, et un particulier ne pouvait y avoir recours qu'avec la permission spéciale de l'empereur. On conçoit dès lors que ce service, dont on eût pu obtenir d'excellents résultats, fut supprimé sans laisser de traces, entraîné dans la dissolution générale du monde romain. Il lui manquait un des éléments indispensables à toute organisation durable, et qu'il devait acquérir plus tard en se transformant : la consécration de Futilité générale et du bien-être public.
Antonin le Pieux, qui mourut l'an 161 de notre ère, promulgua un règlement maritime, emprunté au code Rhodien, dont les sages dispositions semblaient présager le retour à une législation équitable. Il ordonna de respecter les marchandises qui se trouvaient à bord des navires naufragés, et défendit de les enlever à leurs propriétaires. Cette loi, dont un préjugé général combattait encore l'application, ne fut guère observée, malgré les peines sévères dont on menaçait les pillards : il fallut encore plusieurs siècles avant d'en faire passer les principes dans les mœurs. Marc. Aurèle, suivant les traces d'Antonin le Pieux, son père adoptif, chercha à son tour à introduire quelques améliorations, mais les attaques répétées des Parthes, desMarcomans et des Germains rendirent sa tâche fort pénible, et ses succes-
(l)Georg., Ub.m.
seurs ne tardèrent pas à détruire son œuvre. Nous ne suivrons pas, dans tous ses détails, l'histoire de cet empire chancelant que les Prétoriens allaient bientôt mettre aux enchères. « Je prétends, disait Caracalla, qu'il n'y ait que moi seul dans tout l'univers qui possède de l'arçent. Je veux l'accaparer entièrement afin d'en faire des largesses aux soldats. » Détournons nos yeux de ces scènes honteuses, qui ne nous représentent plus que les dernières orgies du despotisme, et reportons-les vers la forêt teutonique, par delà le Rhin, du fond de laquelle les tribus belges, décimées et appauvries, attendent des alliés et des vengeurs.
L'ancienne Germanie, en excluant de ses limites les provinces qui s'étaient soumises aux Romains, comprenait autrefois une grande partie de l'Europe. L'Allemagne moderne, le Danemark, la Norwége, la Suède, la Finlande, la Livonie, la Prusse et quelques districts de la Pologne étaient habités par diverses peuplades appartenant à une même nation, dont le type physique, les mœurs et le langage indiquaient une origine commune. L'historien Tacite nous a laissé un tableau détaillé de leurs mœurs et de leurs usages, dont il oppose l'héroïque simplicité h la corruption romaine. La chasse, la guerre et l'agriculture occupaient la vie de ces peuples voyageurs, qui n'avaient encore pour cités que des camps retranchés, au sein desquels s'élevaient quelques cabanes circulaires, construites en bois et couvertes de paille. Le territoire, qui entourait ces habitations, appartenait à la communauté, qui en distribuait des portions, chaque année, aux différents chefs de famille. L'or, l'argent et le fer étaient rares parmi eux, aussi les propriétés mobilières y étaient-elles fort recherchées. De cruelles famines, causées par la porto irunc récolte, le défaut de prévoyance, ou les courses dévastatrices de quelque clan hostile, forçaient souvent une partie do la population h émigrer pour se jeter sur les terres voi.HinoH, plus riches et mieux cultivées. Le gueiyier germain n'avait (pruno ambition, celle d'accroître sa part au butin et d'acqu<'rir, par hou audace et sa bravoure, l'estime et la confiance
do H(m é((nux.
CcHlioinmosdu Nord, dont la vierudeetsauvagetrempaitl'éner-
KJo. fîlnionl trop mal armés cependant pour braver les légions
romaines, aussi se bornèrent-ils, pendant plus de deux siècles, à faire quelques courses passagères sur le sol ennemi, sans avoir la force de s'y maintenir. Ce ne fut guère qu'à partir du règne de l'empereur Dèce, qui périt, durant une campagne contre les Goths, l'an 251 ap. J.-C, qu'ils parvinrent à prendre l'offensive. Les armées impériales, dont les barbares avaient été admis à faire partie, perdaient rapidement ce qui les avait distinguées jusqu'alors, l'ordre et la discipline. Les gratifications et les hautes paies, prodiguées aux soldats, les avaient rendus insolents et avides. Leurs cruautés exaspéraient les populations, particulièrement dans le nord de la Gaule, où de nombreuses familles germaines s'étaient déjà établies : les envahisseurs n'ignoraient aucune de ces circonstances, aussi n'hésitèrent-ils plus à se porter en avant.
Chrocus, un de leurs chefs, passa le Rhin et vint attaquer Mayence, qu'il saccagea entièrement; Metz subit bientôt le même sort, et des hordes de Vandales, pénétrant jusque dans les provinces méridionales de l'empire, vinrent menacer la ville d'Arles. Ils se préparaient déjà au pillage de cette belle cité, lorsqu'ils furent brusquement attaqués par Marius, qui avait réuni quelques troupes, et leur fit essuyer une terrible défaite. Leurs premiers succès leur coûtèrent cher, car la plupart d'entre eux furent massacrés ou vendus comme esclaves. Chrocus, fait prisonnier durant le combat, fut ramené à Trêves, conduit à l'amphithéûtre, et périt déchiré par les animaux féroces, l'an 260 de notre ère. Ce désastre n'effraya pas leurs compatriotes qui, profitant des dissensions intestines qui désolaient l'empire, réussirent à former une ligue dans laquelle entrèrent la plupart des nations germaniques, depuis l'embouchure du Rhin jusqu'aux rives du Mein et du Necker. Les confédérés, parmi lesquels on remarquait les Teuchtres, les Usipètes, les Sicambres, les Suèves et les Frisons, prirent le nom générique de FrankeUy ou d'hommes libres. Une foule de Francs traversèrent la frontière sous le règne de Tacite et de Florien, vers les confins de la Belgique (1), où leur arrivée vint
(1) Il existe, sarcelle invasion, un rapport du consul Gordien, adressé au sénat le 2ô septembre 275.
arrêter la prédication de TÉvangile, commencée par quelques missionnaires dans le Brabant et dans le pays de Liège (1).
Ils avaient détruit plus de 70 villes gauloises, avec l'aide des tribus indigènes du nord du pays, dont ils recevaient des secours, lorsqu'ils furent poursuivis par Probus, le successeur de Tacite, et défaits par ses troupes dans les marais de la Flandre ou de la Hollande (2). Probus ayant fait un grand nombre de prisonniers, en transféra une partie dans les Iles Britanniques, probablement des Vandales, et envoya les Francs sur les bords du Pont Euxin. Ces derniers, dont la plupart étaient Belges, ne se soumirent pas longtemps à leur exil, et se décidèrent à braver les plus grands périls pour s'y soustraire. Hardis et entreprenants, ils s'emparèrent bientôt de quelques navires, quittèrent leurs nouvelles demeures, et longèrent le littoral de l'Asie Mineure, de la Thracc et de la Macédoine, en pillant les localités où ils abordaient. Ils continuèrent leurs déprédations sur les côtes de la Grèce, abordèrent ensuite en Sicile, dont ils dévastèrent la capitale, et revinrent enfin sur les côtes de Belgique, après avoir traversé le détroit de Gibraltar sans avoir rencontré de résistance. Ce merveilleux voyage, entrepris par des prisonniers de guerre, semble plutôt appartenir îi la légende qu'à l'histoire et nous eussions hésité à le rapporter, si des écrivains presque contemporains ne nous en avaient laissé le récit (3).
II est certain que les nations tcutoniques, vaincues d'abord grâce h l'énergie de Probus, ravagèrent les côtes de la Gaule vers cette époque, car l'empereur Maximin ayant confirmé, en 288, les pouvoirs royaux de Genobaude, un des chefs francs, exige de ces peuples l'engagement solennel de mettre un terme à leurs expéditions maritimes (4). Il paraît néanmoins qu'ils tinrent mal leurs promesses, car les Romains furent forcés de leur opposer bientôt une flotte considérable, dont ils donnèrent le commandement à un Ménapien qui servait dans leurs
(1) L'un d'eux, saint Martin, était évêquc de Tongrcs et mourut en i78. Acta Sanrt., Juin tom. HT, fol. B9.
(2) « Testes franci invii paludibus. Yopisc. In Probo. » (3» Zozine, lib. I et U ; Eumen., in paneg. Constant.
(i) Maniert., Paneg. Maxim.; idem, in Genethl. Maxim, et Dioclet., c. V.
années, et qui avait pris ]e nom de Caius Carausius (1). Les pirates saxons quMl était appelé ii combattre avaient déjà cherché à s'établir sur le littoral de la Flandre, et les Ménapiens avaient eu à souffrir de leurs incursions; le César Maxence, en leur opposant un de ces derniers, avait cru sans doute faire acte de bonne politique.
Caîus Carausius, qui était d*une humble origine (2), mais dont l'ambition égalait Thabileté, ne songea d'abord qu'à s'enrichir et, ayant réuni ses vaisseaux à Boulogne, il conclut un accord secret avec les barbares, se contentant de prélever une part de leur butin. Sa trahison ayant été soupçonnée, il changea de tactique et, forcé désormais d'agir, il laissait passer les barques ennemies lorsqu'elles se rendaient au pillage, pour ne les arrêter qu'à leur retour, avec leur cargaison. Maximien, qui gouvernait alors les provinces occidentales de l'empire, supposa avec raison que le commandant de la flotte romaine méditait quelque usurpation, et résolut de la prévenir en faisant assassiner le coupable. Ce projet, bien digne d'une époque où l'exercice du pouvoir suffisait pour en constituer le droit, de quelque manière qu'il fût acquis, ne fit que hâter la crise qu'on avait voulu éviter.
Carausius, prévoyant sans doute le danger qui le menaçait, passa dans les Iles Britanniques, décida la légion romaine qui y tenait garnison à reconnaître son autorité, assuma la pourpre, et prit le titre d'empereur et d'Auguste. Plein d'activité et de ressources, il travailla immédiatement à augmenter ses forces navales et, faisant appel à ses compatriotes et aux Germains qui vivaient sur le littoral, il invita leurs guerriers à se ranger autour de lui. Il les disciplina, les exerça aux manœuvres de terre et de mer, puis, s'étant assuré la possession des deux côtés du chenal, il fit ravager par ses vaisseaux les côtes
(1) Eatrop., tu Diocktanio, lib. IX, c. Xill. Les Romains entretenaient une flotte dans la mer de la Manche depuis la conquête de la Grande-jBretagne par Agricola.
fî) Telle est la version d'Eutrope et d'Orose, écrivains du quatrième siècle. HeUnand, moine de Tabbaye de Froidmont, lui attribue une naissance illustre, mais son récit, qui date du xm* siècle, ne parait pas pouvoir être opposé aux autorités que nous venons de citer.
■UT. 00 conuci, T. I. 3
de la Gaule, de l'Espagne et de l'Italie. La situation de ses adversaires, menacés de tous côtés, s'aggrava h un tel point que Dioclélien , qui avait déjà partagé le pouvoir impérial avec Maximien , sentit la nécessité de le diviser de nouveau, afin d'augmenter le nombre de ses défenseurs. Il empêcha les gouverneurs de province d'imiter Carausius, en déférant la dignité de César aux deux principaux d'entre eux. Constance Chlore et Galerius, dignité qu'ils devaient échanger contre celle d'Auguste y h la mort des deux empereurs régnants.
On vit alors quatre princes dans l'empire sans compter le chef ménapien : Dioclétien à Nicomédie, Galerius en Illyrie, Constance en Gaule et Maximien en Italie. Chacun de ces princes avait son préfet du prétoire, et toutes ces préfectures, divisées en dioci^ses, furent régies par des vicaires impériaux. Le département de Constance forma deux diocèses, la Gaule et l'Espagne, et la Belgique fut divisée en trois parties, dont la promit'^re, eut pour métropole Trêves; la seconde, Reims, et dont la dernière, sous le nom deSéquanaise, prit pour capitale Besancon. Ce fractionnement territorial se rattachait à des changements plus importants, et qui peuvent se résumer en doux faits généraux : la substitution des formes d'une monarchie ilespotique aux usages d*une dictature républicaine, créée par réioclion du sénat, du peuple et de l'armée; la séparation du pouvoir civil, réservé aux Augustes, de l'autorité militaire, (|ui appartenait plus sjHYialement aux Césars.
Le Oasto systématique de Dioclétien accrut les charges publiques, déjà si pesantes. Ce prince établit en elTel une véritable année d employés administratifs et fiscaux, qui contribuaient pivsque autant que les soldats à maintenir les provinces dans roliéissance, mais qui rançonnaient le peuple plus encore qu'ils ne servaient le souverain. « Le nombre des salariés, dit Laelanoe, devenait plus gi^and que celui des contribuables qui les payaient. ^» Carausius, durant cet intervalle, n'était pas ivslè i>isif, car il avait repris sur les Pietés et les Écossais tout iH* qu'ils avaient déjà enlevé aux Romains dans la Grande-Brel^^ne, el ivp*^»^' l^*"* murailles édifiées autrefois par Septime Sévèiv, On diVouvn^ encore de nos jours, sur les bords de
la rivière Carron, les ruines de quelques constructions attribuées au général ménapien (1).
Tout en se préparant à la guerre, le nouveau souverain ne négligeait pas les arts de la paix. Il fit apprécier aux Bretons les avantages dont ils devaient jouir sous une administration indépendante, et chercha à relever l'industrie en protégeant le travail. Ces dernières mesures furent efficaces, car Eumène nous rapporte que les Romains, à leur retour dans les Iles Britanniques, y trouvèrent d'habiles artisans, particulièrement des architectes et des maçons, dont quelques-uns allèrent se flxrr plus tard à Autun. On conserve encore, au Musée Britannique, une médaille battue sous le règne de Carausius, où il est représenté couvert d'une armure de guerre, et dont l'exécution est assez remarquable.
Non content des succès qu'il avait déjà obtenus, il cherchait à conclure une alliance étroite avec toutes les tribus maritimes, en les engageant à unir leurs vaisseaux aux siens , lorsque ses ennemis se décidèrent enfin à organiser la résistance. Il reçut la nouvelle, étant à Boulogne, que Maximien équipait une escadre dans les ports bataves, et que le César Constance s'avançait à la tête d'une armée considérable, venant des bords du Rhin, afin de l'assiéger. La ville fut investie, en effet; mais comme les Romains n'avaient pas encore de navires, ils se virent forcés, pour empêcher leurs adversaires de recevoir des vivres, de construire une immense jetée devant le port, afin d'en bloquer l'entrée. Constance se souvenait sans doute du siège de Tyr par Alexandre, mais il n'avait pas songé à la force des marées dans ces parages, qui pouvait détruire ses travaux d'un instant à l'autre. Le môle qu'il avait élevé semblait cependant si solide que Carausius, désespérant de sa délivrance, prit la résolution héroïque de se frayer un passage entre les lignes ennemies. Il attendit une nuit sombre et pluvieuse, rassembla quelques partisans dévoués, traversa le camp romain sans être inquiété, et s'embarquant à bord d'un frêle esquif, se réfugia sur le sol britannique. On rapporte que dès le jour suivant, durant la crue des eaux, la mer renversa la
il) Elles sont connues à noire époque sous le nom A'Arthur's Oven.
digue qui Termait le port, dont elle lava entièremeDt le chenal : la ville venait de se rendre au vainqueur et, avec elle, une partie de la flotte qui s y trouvait réunie. Constance, dont cette capture augmentait les moyens d'action, pourvut d'abord à la sûreté du littoral, puis, comprenant que la puissance de son rival dépendait des secours qu'il recevrait des hardis marins de la côte de Flandre et de Hollande, marcha rapidement vers la Batavie, qu'il parvint à soumettre, ainsi que la Zélande et les parties du Brabant dont les Francs s'étaient déjà emparés.
L'empereur breton, privé des ressources qu'il trouvait chez ses alliés, fut obligé à son tour de se tenir sur la défensive. Il eût pu cependant se relever, reprendre son ascendant et recommencer la lutte, si les qualités personnelles suflisaient à créer des garanties contre la trahison; il fut assassiné au moment ou il élaborait de nouveaux plans, par Alleetus, l'un de ses officiers, qui prit la pourpre ensanglantée qu'il venait d'arracher h son maître pour s'en revêtir lui-même. Cet aventurier était au pouvoir depuis près de trois ans, lorsque Constance Chlore, ayant pacifié les provinces, quitta le rivage des Pays-Bas avec une armée et se dirigea vers la Grande-Bretagne. Une autre escadre, venant de l'embouchure de la Seine, était déjà partie dans la même direction et, passant inaperçue à peu de distance de la flotte bretonne, elle avait débarqué quelques troupes non loin de l'île de Wight. Asclépiodote, leur chef, mit le feu aux navires qui l'avaient amené, afln de les empêcher de tomber entre les mains de rennemi, et attendit l'arrivée du chef de l'expédition.
Alleetus, abandonné à ses propres forces, montra plus de courage que d'habileté. Il laissa débarquer Constance, sans aucune opposition, et périt dès le premier combat qu'il essaya de livrer aux envahisseurs. Son armée, qui était entièrement composée de Francs, de Belges, de Saxons et de Normands, se débanda aussitôt et courut vers Londres, qui avait déjà pris quelque importance, dans l'espoir de piller la ville. Ils échouèrent néanmoins dans leurs projets, car une division romaine avait déjà été dirigée de ce côté. Le chef de ces pillards, auquel la tradition attribue le nom de Wal, gaulois, tomba dans un ruisseau durant la déroute, et y trouva la mort. Ce cours d'eau,
enseveli aujourd'hui sous le pavé de Timmense métropole anjçlaise, a conservé depuis la dénomination de Walbrool\ appellation qui s'étendit plus tard à la paroisse qui s'éleva sur ses bords.
Constance ne jouit pas longtemps des avantages qu'il devait à ses victoires, car il mourut bientôt après à York, alors la cité romained'Eboracum. Son fllsConstantin, acclamé parles légions, accepta le commandement qui lui était offert et prit le titre d'Auguste. L'avènement de ce prince, au sein d'une des provinces les plus reculées de l'ancien monde, ne paraissait devoir exercer qu'une médiocre influence sur les destinées de l'Empire, et c'est cependant de ce règne qu'il faut dater une ère nouvelle , et la consécration d'une des plus profondes révolutions morales dont on ait gardé le souvenir. Tandis que les descendants des vaillantes tribus du Samnium, énervés par le luxe, dominés par la crainte constante de déplaire au Maître, avides de richesses et de distinctions, se montraient serviles envers les puissants; haineux et jaloux à l'égard de leurs égaux, insolents et cruels en traitant avec leurs inférieurs, quelques hommes obscurs, protestant contre cette dégradation universelle, opposaient le sentiment du devoir aux lâches capitulations suggérées par la peur; la charité qui élève et réchauffe Fàme à l'égoisrae qui la resserre; la droiture et la justice à la perfidie et à l'arbitraire.
L'esprit humain, entraîné durant certaines époques dans d'étranges erreurs, conserve cependant la conscience vague de ses défaillances; il se replie bientôt sur lui-même, avec cette noblesse native dont rien ne saurait le dépouiller, et une réaction s'accomplit, d'autant plus puissante et plus irrésistible que la chute dont elle a été précédée était humiliante et profonde. Les idées qui avaient contribué au développement de la civilisation romaine, désormais condamnées, méprisées, ne pouvaient maintenir leur prestige en présence d'une foi nouvelle, plus pure, plus consolante, plus élevée. La doctrine du Christ, prêchant l'amour du prochain sur cette terre où l'on ne connaissait plus que l'esclavage et l'oppression parlant de fraternité et de paix aux victimes de la tyrannie et de la guerre, devait sortir triomphante de toutes les épreuves, et finir par dominer le monde.
it HISTOIRE DU COMMERCE
Le nombre des chrétiens s'était considérablement augmenté en elTel, malgré les persécutions qu'on leur avait fait subir et, à la mort de Constance Chlore, on les retrouvait dans toutes les classes de la société. Le Belgique était encore païenne, mais le christianisme avait fait de grands progrès dans le reste des Gaules et en Italie. Constantin résolut de s'en faire un point d'appui pour vaincre ses compétiteurs, fonder une monarchie durable, et se créer partout des partisans : il embrassa donc ouvertement la religion chrétienne, Tan 311 de notre ère. Dès lors les obstacles semblent s'évanouir devant lui; il traverse les Gaules, pénètre en Italie, défait son rival Maxence qui lui disputait la possession de la Métropole, et fait son entrée dans cette dernière ville, le 29 octobre 312. Ses alliés, dont la coopération avait été aussi énergique qu'empressée, obtinrent une foule d'ininmnilés. Le clergé fut exempté peu à peu de tout service public ou privé, des charges attachées aux fonctions municipales, de toute taxe personnelle et de ce qu'il y avait de plus onéreux dans les privilèges du fisc (1).
Indépendamment de ces concessions, Constantin publia ua décret, h Milan, ordonnant la restitution de toutes les propriétés ecclésiastiques saisies par ordre de Dioclétien et, par un autre édil promulgué à Rome en 321, tous les fidèles furent autorisés il léguer aux Oglises jusqu'îi la totalité de leurs biens (2). Ces dispositions législatives, envisagées au point de vue purement écononiiiine, avaient une importance considérable, car elles dovni(Mit nécessairement faire passer d'immenses possessions territoriales entre les mains de quelques communautés relijçiouses. Nous verrons en effet, i\ une autre époque, la Belgique He couvrir (I(î riches abbayes et de couvents, dont les directeurs HpirKuels étaient en môme temps les plus grands propriétaires fonciers du pays. Nous reviendrons sur ce sujet dans une autre |Mirlie (In notre ouvrage en étudiant, d'une manière pratique, rnclion de ces associations sur les progrès du commerce et de l'industrie.
(I) Ciiilrr Thrnihsianns , llb. XVI, til. II, de epiacofUs eccles. et ciencis ,
loin VI. M i^ [t) hlm, III). \ VI, m. M, lex VI. lom IV, p. i3.
L'idée chrétienne, que la conversion de Constantin transformait en religion d'état, s'appuyait désormais sur les forces combinées d'une vaste monarchie. Il fallait donc qu'elle fut clairement définie, car ses disciples étaient appelés à remplir un rôle important dans les affaires, et à prendre part au gouvernement de l'Empire. Les diverses églises, dont les dignitaires avaient été élus jusqu'alors par l'assemblée des fidèles, avaient été longtemps divisées sur des points de doctrine et de foi qu'il fallait résoudre, car l'incrédulité n'était plus seulement une hérésie, mais un crime de haute trahison. Le^ chrétiens, en s unissant au fils de Constance Chlore, avaient pris des engagements réels : ils renonçaient à la discussion libre et, en formulant leurs principes, augmentaient les pouvoirs de leurs pasteurs spirituels. Ceux-ci formèrent bientôt une véritable hiérarchie, qui acquit chaque jour plus de force et de cohésion, et se modela en partie sur l'administration romaine. Douée d'une force vitale bien supérieure h celle-ci, elle en conserva si bien les traditions et les usages, que nous la verrons reconstruire l'empire après sa destruction par les barbares, sacrer Clovis et Charles le Grand, et ne lutter contre l'autorité trop absolue des empereurs d'Allemagne, qu'au moment où elle se sentit assez forte pour la revendiquer pour elle-même.
Après avoir réformé le culte, Constantin voulut aussi modifier les institutions politiques. L'ancienne Rome, pleine de^s souvenirs du passé, ne pouvait plaire au prince ambitieux qui se faisait élever un arc de triomphe en ruinant les monuments élevés par ses prédécesseurs; il lui fallait une nouvelle capitale, loin de l'Italie, oii l'écho répète encore les grands noms de l'histoire: Constantin, seul maître du monde après l'abdication de Licinius, transféra le siège de son empire à Bysance, et mourut à Nicomédie en 337.
Tandis que ses descendants, entourés d'une cour brillante et luxueuse, président à des synodes, se mêlent aux querelles théologiques, et se débattent péniblement entre les intrigues du palais et les vaines agitations de la place publique, leur autorité, dépouillée désormais du prestige des âges, s'affaiblit insensiblement autour d'eux. Julien, d'abord gouverneur des Gaules, puis l'élu des légions, essaie, mais sans succès, de raviver le
génie de la Rome païenne ; il n'y réussit pas plus que Théodose le Grand, qui meurt en 398, en divisant sa succession entre ses fils Honorius et Arcadius. Ces deux princes venaient à peine de monter sur le trône, lorsqu'un bruit sinistre vint terrifier ritalie dégénérée : les barbares ont passé la frontière et, comme un fleuve impétueux qui rompt tout h coup ses digues pour inonder les campagnes, ils parcourent les provinces soumises, entraînant les opprimés à leur suite, massacrant les puissants et les riches, ardents à la curée, insoucieux du danger, enivrés de leurs succès, jeunes, forts, invincibles. Les Pietés et les Écossais reprennent Toffensive dans la Grande-Bretagne, que les Romains abandonnent entièrement en 4â0 ; la Belgique, la Gaule et TEspagne sont successivement envahies et ravagées; des Suèves, des Vandales, des Alains foulent le pavé des cités impériales, non plus en esclaves, mais en maîtres ; Tltalie ellemême est bientôt menacée, lesGoths se partagent ses dépouilles et Honorius fuit honteusement devant leur roi Alaric, après avoir fait périr Stilicon, le seul général qu'il eut pu lui opposer.
Tandis que l'orgueilleuse Rome, abandonnée par les empereurs, subit à son tour toutes les infortunes et toutes les hontes, l'histoire des tribus maritimes de la Belgique reste toujours fort obscure. Il est probable, comme nous l'avons fait remarquer dans le chapitre précédent, que la mer commençait à envahir, vers cette époque, une partie des côtes. Le recteur Eumène, dans l'un des panégyriques, semble l'indiquer clairement : « Cette contrée, ô César, s'écria-t-il, que par tes victoires tu as <c délivrée de la présence de l'ennemi; cette contrée que traie viîi'se l'Escaut dans son cours tortueux et que circonscrivent « les deux bras du Rhin ; cette terre, s'il est permis de le dire, «< n'(*st point de la terre : elle est tellement imbibée et trempée « ch»s (»aux que non seulement là où elle est véritablement « niarécageusc elle tlcchit sous le pied qui la presse, mais même Ci (|ur. Ifï où elle paraît plus ferme, elle tremble et chancelle u hoiis les |)as, et l'agitation qui se communique au loin prouve Il qirinH» h^grro ot mince écorce surnage sur des amas Il irisnix.... »
riii* aiilrr prouve que quelques grands changements devaient fCfitïv opïWAs sur le litloral, résulte de ce que nous en voyons
ET DE LA MARINE EN BELGIQUE ' i5
disparaître rancienne population, remplacée désormais par des tribus teutoniques, et particulièrement par des Saxons. Le rivage belge finit même par prendre leur nom, litus saxonnicum^ et il paraît évident que ces vaillants écumeurs de mer n'y renoncèrent pas à leurs coutumes, car saint Paulin, dans une lettre de l'an 399, représente les habitants de la Flandre comme des pirates, plongés dans la barbarie et vivant du fruit de leurs rapines (1). Il était d'ailleurs dans leurs habitudes de s'arrêter çà et là dans leurs courses, et de laisser des colonies sur leur passage. Nous les retrouvons non seulement en Flandre, mais sur les côtes de France, dans les environs de Caen et tout le pays Bessin, qu'ils parcoururent avant les Normands, et où ils fondèrent un établissement qu'on appela l'Otlingie saxonne (2). Pour en revenir à la géographie physique de la Belgique, nous allons essayer d'esquisser l'état du littoral belge, tel qu'il se présentait à la fin de la domination romaine. Le sol s'étant abaissé insensiblement vers ce temps, le niveau des eaux avait donc commencé à se déplacer. Dès lors la mer s'avance à chaque marée dans l'intérieur des terres, qu'elle inonde à une grande distance, et se prépare peu à peu un nouveau lit dont la profondeur augmente sans cesse, les vagues étant encore assez agitées pour creuser le sol et emporter au loin les particules dont il était composé. Une vaste nappe d'eau se forma insensiblement à l'extrémité occidentale du pays, alimentée sans cesse par deux courants rapides dont l'un débouchait vers Calais, et l'autre vers Mardick. Cette espèce de lac se prolongeait jusqu'à Saint-Omer et formait, des villes d'Ardres et de Guesnes, deux
(Il « In leiTâ Morinonim sitaorbis exircma quam barbaries fluclibus fremcns lundil Oceanos in latebris viû maris arcnosà , ubi quondam deserla silvarum ac littorum pariler inluta advcnaî barbari aul lalroncs incolœ freqaentabant. « ( Paulini Epist.) Sidoine ApoUinaire parle de 1 audace et de rhabjleté nautique des Saxons : i liostis , omne hoste truculentior, impro- Tisns aggreditnr, prœvisus elabitur, speruit objcclos, sternit incautos; si seqoatur, inlercepit; si fugiat, evadit. Ad boc exercent iUos naufragia, non terrent; est eis qusdam cum discriminibus pelagi non nolicia solum, sed famiUarilas. > Sidonii Apollinaris opéra. Paris, 165i, in-4», lib. VIII, epist. VI.
(2) Yoy. Le Beuf, sur les Saxons de TOtlingie, tom. XXI des mém. de TAcad. impér. des inscriptions et beHes lettres.
». mSTOOtC DC COM3fEKCE
?».v>î::.:«rî5 maniimes fort imp'jrtanles. Plus loin, eatre Dunker- :-:e e: >'ie::>?rt. les flots avaient ê^lement recouvert une étea- »iue vro::s:.'éraMe ie terrain, dont Berçues-St-Winuoc et Furnes f -rrctrenr les deux extrémités. Au dessus de Scarphout, vers ùt *m'*î, q'jî n'était pas encore séparé de l'île de Walcheren, s'ouvr.1'.: un vaste ^oîfe, qui se prolongeait d'un côté jusque près .;e Br. j:>:s et Je Tautre jusi^u'aux environs d'Oostbourg, serétréolssan: o:i ca'jal non loin d'Ardenl-ourg, puis s'élargissant de r .v,:vea:i jvur aboutir à Maldegheni. situé à Tembouchure de la lieve. 0:i poux'uit* par cette dernière rivière, arriver jusqu'à ùm-j; !e Ho:ît, selon les plus anciennes cartes, n'existait pas, nxi plus que la plupart des villes que nous venons de n Mil mer.
H î: os: pas impossible cependant que les Saxons n'eussent i<t^ lors u:»e coîonie assez considérable a Oudenbourg, et que \vtto \^;:rcivîo ne soit Jovenueune sorte d'entrepôt où ilséehansrvaioîit les prvvluiis de leurs déprédations maritimes. Nous i:s<v s v\iîîs îa chr^^nque de St-Bavon \ !• qu'elle fut détruite par les H','.:*s vers iXî, et s<mi nom même indique son antiquité (2). les Svîxons fais:îient de fréquentes incursions dans les Iles Brilatuvvjiu^s. cl il est peu probable qu'au moment où Hengist et Hors;! ^io^viîillaieîi! un rv>i breton de ses étals, leurs compatuo:cs :V,ssc:.t rt^sles iiiaciiis. Noa> trouvons d'ailleurs des relatïous co:îî:ncr\'ia!cs assci bien établies, dès le vir siècle, entre Ws hixs Kis et r.Vn^leterrt\ iK>ur avoir le droit de supposer quV!lcs îvmotttaient déjà à une époque assez reculée. Bède (3), dars so:: V^tsto-rx^ iwîésiastique, nous parle d'un Frison qui \oîîv*:i u:i osv !a\o ;\ l.ondn\<, en i>T9, et un négociant de la même !».auvi a\;u;: uu\ au tcmiv> d'Alcuin, le lils du comte de la pro-
I \\Mr . *•'.'*«> .'"•*«**• >** CAn»» Sdi»<-I. BatoHis, lum. l, p. 456.
i \HuIouNhu*;. vîiu* i ou |»eul IraUuirv iKir i Vieuxboug. » est déjà cité 5*»s4> so »^'»u s'.a'.\> tA X 10 ao Niîul KUn, qui lo > i>ita en 639 ; il est donc inexact ^K^ xukS'^^** * ^ vN^wmc i ont U\\ quelques autours » qu'il fut ainsi appelé en WKHAKsiv «.î^îa .vrtAiu lUou v aMo . sei^inour de celle contrée , qui Taurail I^mO^' >ot% *ïNk ^st ?^ \o> vvivadanl la ftandha Ethnica, p. 87: Dewez, «ixy .ui lMo;.b;:î »:um. ei h»Kuin. Chnm. I ob.
dt \%*w l^sUv. I^<s< A\v* i»eni lHjM. lib. lY, cap. XXII, AngUa Sacra,
vince d'York, nous apprenons que tous ses compagnons, marchands comme lui, furent forcés de quitter le pays (1).
Remarquons, en outre, que lorsque les missionnaires anglais, avec Tardeur des néophytes, arrivaient sur le continent pour y prêcher l'Évangile, ils se dirigeaient généralement vers la Flandre, circonstance qui indique à la fois la communauté d'origine des deux peuples (2) et leurs fréquents rapports. C'est ainsi que nous voyons, en 654, saint Liévin essayant la conversion des Flamands et des Brabançons, œuvre apostolique reprise plus tard par saint Boniface, né dans le Devonshire, et qui s'arrêta quelque temps à Bruges avant de partir pour Rome (3). Les pirates saxons ne s'éloignèrent pas, au reste, du rivage de la mer, car dans les premiers temps les côtes seules portaient le nom de Flandre (4); alliés aux Frisons, qui étaient de la même race, ils avaient comme eux une répulsion instinctive de toute contrainte : ils voulaient vivre en Hommes libres « tant que le vent soufflerait des nuages et que le monde durerait. »
Pendant que les peuplades du littoral cinglaient le long des côtes, pillant çà et là quelque villa romaine, d'autres tribus belges, unies aux Francs, menaçaient les provinces soumises. Clodion, suivi de ses guerriers passe le Rhin vers le milieu du \^ siècle, s'avance dans le pays des Tongriens et des Taxandriens, puis, traversant la forêt charbonnière, marche vers les rives de l'Escaut. Les Romains, qui avaient repris quelque énergie sous le commandement d'Aétius, essaient, mais en vain, d'arrêter le vainqueur, qui s'empare de Tournai, de Cambrai, et saccage Terouane, la principale cité des Morins. Il ne sagissait plus, cette fois, d'une de ces irruptions soudaines,
11) Alfredi ep. Monast. VitaS. Ludgeri, Ub. I, cap. X, apud Scriplores rerum Brunsvicensium... cura Godefridi Guilielmi Leibnilii, pars I, p. 88, Un. 19, Aeta Sanct. Ord. S. Bened., sœc. IV, pars I, p. 22.
(i) Le root flyming ou Flamand signifie en anglo-saxon fuyard , émigrant. L'ancien port de Hulst avait encore, à la Un du xiv siècle, le nom de port des Saxons ( Sax-Haven en flamand, Saxi-portus dans la 2* édit. de De Meyer ).
(3) G. Smet, Heylighe en roemiceerdige persoonen in Nederland, p. 343 et suiv. Voyez sur saint Liévin un article fort intéressant de M. J. Bécart dans la revue InUlulée : Archives hist., phiL et liuéraires, tom. I", p. 401. Gand, 1837.
\k) Wamkœnjg, Hist. de la Flandre, trad. Gheldorf, tom. I, p. 113.
d'abord irrésistibles, puis se terminant bientôt par un désastre, les Francs ne quittèrent plus la contrée dont ils venaient de prendre possession. Tournai, ancienne ville romaine, devint une des résidences favorites de leurs princes, et l'on y a retrouvé, au xvn« siècle, le tombeau de l'un d'eux, Childéric I'', qui y fut enterré avec ses armes et ses ornements royaux.
Après quelques luttes avec les pirates saxons, dont les nouveaux venus voulaient désormais restreindre les courses (1), Glovis, le successeur de Childéric I", reprend une attitude agressive à l'égard des Romains, et défait le patrice Syagrius près de Soissons. Ayant pillé cette dernière ville, il porte la guerre dans le Parisis, qu'il met à feu et h sang, et se rend ensuite en Thuringe, afin d'empêcher d'autres émigrants germains de venir lui disputer la suprématie qu'il avait acquise. Les Gaulois s'étant déjà convertis au christianisme, Glovis se vit forcé d'employer, dans ses rapports avec eux, des membres de leur clergé. Les chefs francs, pleins de zèle lorsqu'il s'agissait de saisir les armes et d'aller au combat, n'entendaient rien aux usages des vaincus, et abandonnèrent volontiers l'administration de certaines affaires à ces nouveaux conseillers, plus instruits, plus adroits et plus expérimentés. Leur influence s'accrut par le mariage du roi avec Cloiilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgundes, qui ne cessait d'exhorter son époux h abandonner le culte des idoles. Une circonstance heureuse opéra ce changement. Glovis se préparait à marcher contre les Allemands, lorsque la reine lui dit qu'il obtiendrait la victoire s'il invoquait le Dieu des chrétiens. Les Allemands ayant été défaits, dans les plaines de Tolbiac, Glovis attribua ses succîfts fi une intervention divine, embrassa le christianisme, et reçut solennellement le baptême à Reims, des mains de saint R(Mni, avec trois mille de ses guerriers.
{]viU\ conversion, par laquelle il renonçait aux traditions de sa race, fut le signal d'événements plus importants. Les tribus fran(i!ies, qui n'accordaient qu'un pouvoir fort restreint à leurs chcîfs, s'étaient divisées en divers rameaux en s'établissant dans la Gaule. Les Francs Salions, dont nous venons de parler,
(I) (în»Kor. Tiiron. Uint. Francorum, lib. II, c«p. XIX.
se rangeaient sous l'autorité de Clovis; les Ripuaires, qui habitaieat les environs de Cologne, obéissaient à Sigebert, tandis que les peuplades du Cambrésis et de la Morinie avaient aussi des rois particuliers. Clovis, en adoptant la foi romaine, chercha en même temps à faire prédominer les usages de la monarchie impériale, plus favorables à la centralisation du gouvernement. Reconnu par l'empereur d'Orient, dont il avait reçu le titre de consul, il considérait les autres chefs francs comme des ennemis et des rivaux, dont il fallait se débarrasser à tout prix. Astucieux et féroce, il ne recula devant aucun crime pour réaliser ses projets, fit massacrer ses compétiteurs les uns après les autres, et se trouva bientôt le seul souverain d'un vaste royaume, qui comprenait la plus grande partie de 1 ancienne Gaule, d'oii les Romains se virent exclus après y avoir dominé pendant plus de quatre siècles.