‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 61 sur 74 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

it fitiis à AnTers. — Alexandre Famèse, prisée de Parme. — Moroellesent des Pajs-Bas. — Acte du Pariement dToosse, relatif au oommeite belge. — ArriTée de François d'AIençon doc d'Anjou. — Relations des Belges avec i étranger. — Continuation de la guerre. — Tentatires du duc d'Anjou. — Prise de Dunkerque. — Cour d'amirauté établie en cette rille. — Expéditions d'armes faites par les Anfirlais. — Siège d'AuTers. — C^pitolation de cette dté. — Ses conséquences. — Négociations avec la France et rAûgleterre. — Récdification de la citadelle d'Anvers. — Attaque contre Ostende. — État des afikires en Hollande. — Siège de TÉcluse. — La flotte innncible. — Armements maritimes dans les ports belges. — IVfaite te escadres espagnoles.

U vilJe d'Anvers, défendue par de solides remparts, et que -voisinage de l'Escaut permettait de ravitailler sans dilTicultés, Uit devenue, après la défaite de Gembloux, le dernier boule- M des libertés nationales en Belgique. L'archiduc Mathias, tie sa jeunesse et son inexpérience rendaient incapable do aer un rôle politique, s'y était retiré avec les membres des ats. Le prince d*Orange s'y trouvait aussi, travaillant vaineent à opérer un rapprochement entre les partis, toujours visés sur la question religieuse. Une faction puissante, désesirant de combattre la prépondérance de Guillaume de Nassau réelle de Mathias, commençait à tourner ses vœux vers le icd'AIençon, fils de Catherine de Médicis, et le pressait de se Ddre dans les Pays-Bas.

lamiin, utîisiiiiuâ a utivuiiir ptsi'imiuuia, iiiuuiiiiiit;iii, m ment la condition intérieure du pays, cl nous les accomplis en iS8i, Les provinces du Nord, désiranlses ;^ la désorganisation qui afTuiblissait la résistance de: lions belges, avaient conclu entre elles un traité d'uni ^ Ulreclit par les députés de Gueidre, de Zutplien, de I deZélandei't d'Uireclit. Ce traité, qui jetait les Tondei lu république néerlandaise, excita au plus haut point I Philippe H. Il y répondit en mettant à prix la tête d d'Orange, et offrit, dans un manifeste oH'iciel, vingt-ci couronnes à celui qui le livrerait, mort ou vif. Il n'en l davantage pour décider les Hollandaise abjurer toui sanre, même nominale, aux autorités espagnoles. L'éi publièrent h celle occasion contenait ces mots remar <t Le peuple n'est pas fait pour le prince, mais le pri K le peuple. Un prince qui traite ses sujets en esclav •(. tyran que le peupleadroit de chasser lorsqu'il n'a p: « Rioyeu de recouvrer sa liberté. Ce droit est acqui « aux Pays-Bas, dont le souverain est tenu de g Il d'après les lois établies, sous peine d'être déchu du » nement. »

Tout favorisait leur résistance. La population bala protestante, tout allemande de caractère et de langue, te posée de bourgeois livrés au commerce maritime, étn compacte. Elle pouvait, au besoin, grâce t la configu sol natal, opposer l'inondation 'û la marche d'une ami rieuse, et lui livrer bataille h l'aido de ses iloties. Le l

^«â opérations militaires s'étaient ralenties dans les Pays-

•4- Le prince de Parme avait cependant transporté soq camp les bords de l'Escaut, et s'était emparé tl'Auilenarde au commencement du printemps. Le duc d'Anjou, de son côté, ne le pressait pas d'entrer en campagne. Mécontent des entraves loposées h son iiouvoic, il songeait bien moins h f^ire f^oc i l'ennemi qu'à s'emparer de quelques places fortes, dans lesquelles, suivant les conventions acceptées par lui, il ne lui était point permis de mettre garnison. Il tenta un coup de main sur la ville d'Anvers, devant laquelle il avait réuni des troupes françaises et suisses, sous prétexte de les passer en revue. Il avait déjà fait désarmer la garde slationnanl à la porte de Kipdorp, lorsque les bourgeois s'aperçurent de son dessein, baiTicadërenl les rues, et se défendirent avec tant de courage, qu'ils expulsèrent les assaillants en leur tuant quinze ceiiU hommes. Cette entreprise honteuse ruinait la cause du duc d'Anjou dans les Pays-Bas. Il le comprit et quitta bieulAt nos provinces, sans y laisser de regrets.

Les Espagnols conquirent la ville de Dunkerque, le Ifi juillet 1583, et rentrèrent ensuiie à Bergues, à Nieuport et k Fumes. Alexandre Farnèse, désirant combattre les Hollandais parleun propres armes, se bâta d'installer une cour d'amirauté k Dunkerque, dont les hardis marins causèrent bientôt de grandes inquiétudes aux insurgés. Ceux-ci les traitaient en pirates el les jetaient à la mer lorsqu'ils pouvaient s'en emparer, aAD, ■ disaient-ils, de leur laver tes pieds. Le fanatisme religiui | endurcissait les âmes; les vaincus, de part et d'autre, n'obtenaient point de quartier.

L'ordonnance du prince de Parme relative à l'amirautt! de Dunkerque mérite d'être analysée. Tout capitaine, en quiliaal le port, devait être muni d'une commission en règle, visée pit les autorités. La connaissance des prises faites en mer, ainsi que celle de toutes contestations concernant lesdites prises,

Prjiter. Govaerl dpSwarte, DIerieli Van t'Velt, Van Meerbeek. de Vitlieiî. Yaii de Roosc, RogLcr Van Arvcn, Arnold Siallins, GarcU Vsader Lladfn, liodelruid Lambrecht, Henri Van Schonckevcll, Coracillc Van Asscn. Piem , Vinde Wallc, Gilles Bultecl. Arthur Van Canipen. Georges Van douck», Jjcub de ReoNse, Aiidr? Deleeu». Pierri' Van Vee, elc.

I UOUHC, I

ET DE LA MARINF: EN BELGIQUE. fSl

était dévolue à deux membres du conseil de Flandre, assistés de Tauditeur des garnisons de Dunkerque, de Nieuport et des places voisines. Ils jugeaient sommairement, selon droit, raison et coutume. Les parties pouvaient appeler de leurs décisions au gouverneur général, qui délégua un conseiller des finances pour instruire ces sortes de causes et lui en faire rapport. L'administration centrale se réservait un dixième du produit des captures faites par les corsaires dunkerquois (1).

De grandes expéditions d*armes se faisaient en ce moment de la Grande Bretagne vers les Pays Bas (2), et beaucoup d'Anglais allaient en course contre les sujets des rois d'Espagne et de France. Une foule de lettres de Berhardino de Mendoza à lord Burghley constatent les pertes qu'ils firent subir à nos négociants. Quant à celles des Français, on les estimait, en 1S84, à deux cent mille couronnes.

Alexandre Farnèse poursuivait cependant le cours de ses succès. Déjà la plupart des provinces wallonnes étaient retombées en sa puissance, et il ne lui restait plus qu'à s'emparer d'Anvers pour soumettre tout le Brabant. Le gouvernement national y déployait sa bannière, et les ennemis de Philippe II en avaient fait l'entrepôt des villes insurgées. Il voulait à tout prix réduire cette turbulente commune, comprimer sa nom-

Ci) Faulconnier, Hist. de Dunkerque, p. 88.

{% 4 may 1583, in le Fakon, of London : John Grant Master, Fhilippo deOrio, 20 pièces cast iron ordenance, coul 13 tuns, byherMaj. privy signet, dated the lasl. of apriU 1583 ; ^0 februar. 1583, in le Black Raven, of Arosterdam, master Gerbrantson, for Amsterdam, 9 pièces cast iron ordcnance, cont 80 tuns, by letter dated the 14 th. of january 1583; 7 martii 1583, in le ^edegk, of Andwerp, master Gilles Dorne, for Andwerp, 14 pièces cast iron CHrdenance, cent 5 tuns; 8 aprill 1584, in le NightingaU, of Amsterdam Laurens Backer, master, 16 small pièces cast iron ordenance, coût 4 tuns; S junii 1584, in le Nightingally of Amsterdam, Laurens Backer, master, for Amsterdam, 18 pièces cast iron ordenance, coût 6 tuns; 18 july 1584, in le Haddock^ of Kneusen, Cornelis Laurcns, master, for Kneusen, G pièces cast iron ordenance, coût 2 crowns; 28 july 1584, in le James, of London, Thomas Redwood, Master, for Fleeshinge, 11 pièces cast iron ordenance, coQt 5 CTOwns ; 21 Augusti 1584, in le Samson.oî Andwerp, William Johnson, Master, for Andwerp, 26 pièces cast iron ordenance, coût 13 crowns, etc. Ces chiffres sont extraits des documents officiels.

in HISTOIRE DU COmiERCK

breuse population, et lui faire abjurer, le fer à la main, ses opinions hétérodoxes et ses tendances républicaines.

Nous ne pourrions, sans nous écarter des limites que nous nous sommes tracées, faire Thistoire de ce siège mémoraUe. Nous nous bornerons 5 en rapporter quelques épisodes qui se rattachent h nos annales maritimes. Le prince d*Oraage avait recommandé aux Anversois de percer la digue de Blauw Gara^ mesure qui eût permis à la flotte confédérée de secourir et de ravitailler la place ; mais l'égolsme de la corporation des boochers empêcha l'exécution de ce projet. Farnëse, profitant de cette faute, investit Anvers de tous côtés, et jeta un pont voliiit sur PEscaut, qui le rendit maître du cours de ce fleuve. Tandis que les ingénieurs espagnols et belges travaillaient àcet ouvrage gigantesque, l'armée royale soumettait le pays environnant. La prise de Vilvorde lui permit d'interrompre toute navigttiOB entre Bruxelles et Anvers ; celle de Termonde fil cesser toute communication entre cette dernière ville et Gand.

Dès le 27 février 1585, c'est à dire après sept mois de si^ les Anversois se trouvaient entièrement bloqués. Un déooongement profond avait remplacé parmi eux la confiance quib témoignaient à l'ouverture de la campagne. Os apprirent biestôt que Bruxelles allait recevoir une garnison espagnole, et que le drapeau de l'insurrection ne flottait plus qu'à Matines. La cause nationale venait en outre de faire une perte irréparable: le prince d*Orange était mort à Delfl, sous les coups d'an obscur assassin, dont Philippe II allait bientôt anoblir les descendants.

Les assiéjrés n'avaient plus qu'un moyen de salut : celui de rétablir, coûte que coûte, leurs rapports avec les provinces septentrionales. Tandis qu'ils se préparaient à diriger tousiears etTorts de ce côté, les états de Zélande ordonnaient à l'amiral de Treslong de se porter au secours d'Anvers. Celui-ci tardatrt à obcir. on l'accusa de trahison, et ?e comte Justin de Nassau lui tiîi donné pour successeur. La flotte hollandaise, mettant cr.iin ;^ la voile, arriva devant Liefkenshoek — où quelques v.uNiros do Lillo vinrent la rejoindre— attaqua le fort avec tanl ii^ N.^iîour ,;i;\!.o ne larda pas à l'emporter d'assaut. Lîlede l\^ci r.:: aiissiiôî occupée par les confédérés,

Cet exploit eût pu avoir de grandes conséquences, si le défaut d'entente préalable avec les Anversois n'en avait paralysé l'effet. Ces derniers, adoptant les plans d'un ingénieur italien nommé Frédéric Giarabelli, espéraient détruire à l'aide de brûlots, le barrage qu'on leur avait opposé. Deux vaisseaux, la Fortune et fEspérance, furent consacrés à cet usage. On les remplit de quelques milliers de livres de poudre, qu'on recouvrit ensuite de grandes dalles enlevées aux cimetières ou au pavement des églises. Ils devaient être précédés par quarante bateaux plats, chargés de matières inflammables, et destinés à détourner l'attention de l'ennemi, en lui faisant supposer que les assiégés n'avaient d'autre intention que de mettre le feu h ses ouvrages.

Les préparatifs de l'expédition étant achevés, la flottille descendit lentement l'Escaut, durant la nuit du 4 au 5 avril, sous la conduite de l'amiral Jacob Jacobszoon. A l'aspect de ces barques enflammées que le vent et la marée poussaient vers Calloo, l'alarme se mit dans le camp du prince de Parme. Aux lueurs sinistres qui brillaient sur les vagues, illuminant au loin le fleuve, on pouvait apercevoir le pont espagnol, rempli de gens armés, accourant au combat. Une vive anxiété, que la grandeur imposante de cette scène extraordinaire augmentait encore, faisait battre tous les cœurs. Le prince, entouré de quelquesuns de ses ofliciers, était venu prendre sa place dans les rangs.

La flottille anversoise approchait. Elle n'était plus qu'à deux mille pas du barrage, lorsque ceux qui la conduisaient allumèrent, les mèches, placèrent les deux brûlots au milieu du courant abandonnèrent les autres embarcations, et se hâtèrent de rentrer au port.

L'absence de direction livrait l'armement au caprice des flots. Quelques barques, entraînées h quelque distance, allèrent échouer, incendiées, sur les rives ; d'autres se brisèrent contre les poutres flottantes qui entouraient les ouvrages espagnols. Le premier des deux grands brûlots, la Fortune, fut jeté par un coup de vent sur la côte de Flandre, et y fit explosion. L'autre alla plus loin, rompit les premiers obstacles, s'élança avec violence contre le pont, et causa aux Espagnols une frayeur

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réelle, car les flammes qui en jaUliasaieot OMMtiia* la pilotis. '• : 'iîi.i-J

Tandis que les soldats se penchaient sur les ptnpoia, «Hb^ chant à écarter, à l'aide de longues perches, cette UqifbJéW chine, un jeune enseigne, apercevant le prineedfrSanwlÉi la foule, 8*élance au devant de lui et le conjore de wnUiiille réussissant pas à se fisiire écouter, il se précipite li ses fOMK le supplie de ne pas s*exposer plus longtemps à d^atstitoAi^ gers, et le saisissant par un pan de son haUi,chefeleèA»î traîner vers le rivage.

Le prince, vaincu par l'insistanoie passionnée de Mlvenait à peine de se retirer, accompagné de deux peranMisii sa suite, lorsqu'un fracas épouvantable retentit tèât è cM| derrière lui, et le renversa sans connaissance au eafl IkiM Sainte-Marie. Le brûlot venait d'éclater, soulevant autour dsif des vagues immenses, et détruisant la mineure partie de Fei^ cade gauche, ainsi qu'une partie du pont de bideauz, dont kl' débris furent lancés dans toutes les directions. Cinq hommes périrent dans cette terrible explosion» dont la. se fit sentir à trois lieues à la ronde.

L'armée espagnole se trouvait en cemommt dans la posMia la plus dangereuse, car l'étendue du désastre qu'elle venait !• subir et la rapidité avec laquelle il s'était accompli avait énené tous les courages. Le pont était rompu, et rien ne pouvait eapêcher la flotte de Zélande de le traverser à pleines voitos. Quelques galères anversoises appareillèrent, au bruit de Tenplosion, dans le but de porter à leurs alliés le signal de l'altique. Mais elles n'osèrent approcher du barrage, et revinnmt avec la nouvelle qu'il n'avait subi aucune altération. LesZétaadais, qui craignaient d'aventurer leurs navires à proximité dtf batteries espagnoles, et ne voulaient point courir le risque de diminuer leurs propres moyens de défense au profit des Anver sois, dont ils escomptaient déjà la succession commerciale, œ bougèrent point.

Tandis que les assiégés laissaient échapper roccasion de vaincre leurs adversaires, le camp espagnol se remplissait de bruit et de mouvement. Le prince de Parme, mettant lui-mtee la main à l'œuvre, encourageait ses soldats à relever les débris

du pont, et à masquer les effets terribles du choc qu'il avait subi. Un batelier de Lillo, se glissant entre les travailleurs, apporta enfin à Anvers des informations précises sur le désastre qui avait Trappe l'armée royaliste, mais déjà celle-ci y avait remédié, et commandait de ses canons le cours du fleuve.

D*autres tentatives du même genre, renouvelées à diverses reprises, ne furent pas plus heureuses. Les défenseurs d'Anvers n'avaient plus qu'un parti à prendre, celui de s'emparer de la digue de Gauwenstein, ou du moins de la percer, afin d'inonder le pays jusqu'à Berg-opZoom, et de rétablir, par ce moyen, les communications interrompues.

Farnèse avait prévu ce mouvement, et pour le faire échouer, avait fait bâtir les forts de Sainte-Croix, de Saint-Jacques, de Saint-Georges, de la Palissade et de Stabroek. Le comte de Maasfelt était campé près de ce dernier, et entretenait par la digue des communications avec les gardiens du pont et le quartier général de Beveren.

Ce fut sur ce sol marécageux, qu'il s'agissait de plonger sous les flots, que Marnix de Sainte-Aldegonde se décida à livrer une nouvelle bataille à l'ennemi. Trois fanaux, allumés sur l'une des tours d'Anvers, devaient annoncer aux Zélandais le départ de la flotte anversoise, et le commencement du combat. Après de nombreuses alertes, ayant pour objet de fatiguer l'armée espagnole, les marins du comte de Hohenlohe, par une nuit sombre et brumeuse, virent tout à coup briller les signaux convenus. Cinq cents hommes furent détachés aussitôt vers la digue, et repoussèrent les troupes royales, auxquelles ils firent subir des pertes considérables, La garnison des forts voisins, accourant au bruit de la lutte, les arrêta dans leur retraite, et força les assaillants à reculera leur tour. Les Zélandais, ne se voyant point secourus par les Anversois, se replièrent en désordre, et abandonnèrent enfin, après une vaillante résistance, le terrain qu'ils venaient de conquérir. On les poursuivit jusqu'à leurs vaisseaux, où ils eurent à peine le temps de se rembarquer.

Dne seconde attaque, mieux concertée et plus régulière, fut aussitôt projetée. Elle fut fixée au 16 mai 1585, et nul moyen ne fut négligé pour en assurer le succès. Les flottes de Hollande et

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de Zélande, unies k Celle d'Anvers et foitnani un tolal de 4m cents vaisseaux, recurent Tordre d'assaillir en mAmetMii^k contre-digue de Gauwenstein, tandis que GiambelK. 4 TÉà^é ses brûlots, opérerait une diversion sur rEscaut.

Le combat devait être décisif. Les confédérés se rnbmm mouvement, au jour indiqué, et débarquèrent presqoa temps sur un point situé à égale distance des deux tels Saint-Georges et de la Palissade. Us s*y retrancbtoeol k la vue de Tennemi, k Taide des matéria«i qoUs apportés avec eux, tandis que leurs pionniers^ plôns de lèbii d'ardeur, commençaient la démolition delà digue. LaflilteélI munie d'une artillerie considérable, et les protégeait corinte Espagnols. Ceux-ci sortirent cependant de leurs redouteiiii tandis que le fort de Saint-Georges ouvrait le fba eoaln II navires confédérés, ils se ruèrent sur leurs adversaires. BÉ môlée furieuse s'engagea sur cet étroit terrain, batlu larki vagues, où allaient se dénouer les destinées d'une grandi A belle ville commerciale. On combattit oqrps k corps» svtai deux versants et au pied de la digue, avec un indicible ment. Marnix donnait l'exemple aux siens, et déployait U' rage et une valeur que les écrivains catholiques eux^nAsM oM loués. Après une lutte prolongée, les Espagnols, ayant perdok plupart de leurs officiers, commencèrent leur retraite, et « replièrent vers les forts.

Leur départ excita un vif enthousiasme parmi les confédérés» qui ne doutèrent plus de la réussite de leur entreprise. La nature delà digue exigeant un assez long travail, ils commencerai à décharger les bateaux hollandais, sans attendre que le pissage fût navigable, et à en transporter la cargaison jusqii*ax barques anversoises.

Marnix de Sainte -Aldegonde, accompagné * du comte* Hohenlohe, monta bientôt après à bord d*une de ces barqnfls» et cingla en triomphe vers la ville, où il fut reçu au soa dai cloches et au bruit des salves d'artillerie.

Tandis qu'on se réjouissait à Anvers de ce brusque eluul|^ ment de fortune, le prince de Parme s'apprêtait k bireua eftft suprême pour relever Thonneur de ses armes. Réunissant ik h&te deux cents hommes d'élite, il accourt vers le GaawaBStekii

rétablit Tordre parmi ses troupes, fait bombarder l'escadre ennemie, et renouvelle le combat. Il fut des plus meurtriers, car des renforts arrivaient successivement aux deux partis, qui se disputaient avec flireur chaque pouce de terrain. Les confédérés, groupés autour delà batterie qu'ils venaient d'établir sur la digue, repoussèrent cinq fois les bataillons italiens, espagnols et wallons qui cherchaient à les en déloger. Accablés de fiitigue, entourés de morts et de blessés, ils résistaient encore, lorsqu'ils s'aperçurent tout à coup que leurs vaisseaux mettaient à la voile et gagnaient le large, dans la crainte de tomber entre les mains des soldats du prince à la marée descendante.

Ce fut le signal d'une déroute complète. Bientôt la digue fut perdue, ainsi que le fort du Boerenschans. Les Anversois n'avaient plus désormais aucun espoir d'être secourus par leurs alliés.

Il ne leur restait plus qu'à se soumettre. Leurs magistrats, obéissant à l'influence de Marnix de Sainte-Aldegonde, cherchèrent d'abord à prolonger le siège, mais les clameurs du peuple affamé triomphèrent de leur résolution. Le Large Conseil, convoqué le 8 juillet, décida qu'on enverrait des députés au prince de Parme, pour traiter de la paix. Après différentes entraves, les négociations aboutirent à un accord, qui replaça Anvers sous l'autorité de Philippe II.

Les conditions du traité de capitulation, acceptées définitivement vers la fin du mois d'août 1585, étaient favorables aux assiégés. Une amnistie générale et sans réserves était accordée aux habitants, et ceux d'entre eux qui ne voulaient point renoncer aux doctrines de l'Église réformée obtinrent la permission de ne quitter la ville qu'après un délai assez long, afin de mettre ordre à leurs affaires. Tous les anciens privilèges concédés jadis aux Anversois devaient leur être rendus, et le vainqueur s'engagea à respecter les conventions commerciales conclues autrefois avec le saint-empire et d'autres contrées.

Quelques jours plus tard, les défenseurs de la cité sortaient de ses portes, avec armes et bagages, sous la conduite de leur brave chef, Marnix de Sainte-Aldegonde, pour se rendre à Lillo et à Bei^-op-Zoom. Le drapeau espagnol flottait sur l'ancienne

-M HISTOIRE nt' COMMERCE

capitale du marquisat, décorée avec luxe pour la réoeptin triomphante d'Alexandre Farnèse.

Pour se faire une idée du dommage immense que causait prise d'Anvers au commerce belge, il suffit de suivre le déYfr ioppement rapide des relations mercantiles de rAnglet«m«t de la Hollande dans le siècle suivant. La plupart des accroît ments de ce genre, survenus dans ces deux États pendant ctf intervalle, sont provenus des pertes faites par la Flandre etli Brabant îi celte époque désastreuse. Il est certain que la proclamation de la liberté de conscience eût déterminé le retoar, dans ces deux provinces, de plus de cent mille individus <)À k la suite du pillage d'Anvers, avaient transporté en Bollaailt leur fortune et leur industrie. Elle eût, de plus, empêché la émigrations qui suivirent la soumission de cette \'ille. La n^pi' • tation des marchés anversois était encore si grande que, mat(i( la guerre, les Turcs avaient voulu y fonder un comptoir en ISfll

Les réformés, forcés de renoncer à l'espoir de s'affermirtl Belgique, n'avaient d'autre alternative que de l'abandonner ï ses oppresseurs, pour consacrer toute leur énergie à la défeosï des Pays-Bas septentrionaux. Ils s'attachèrent parliculièretneif k resserrer le blocus de l'Escaut, afin de protéger le terriloirt zétandais et d'empêcher l'ennemi de profiter des immenses r*' sources du négoce flamand.

Les Espagnols n'essayèrent point de leur disputer la possession du fleuve. Philippe II désirait l'afTaiblissement d'.inref!, dont l'importance croissante constituait un danger pour son autorité'.

Les confédérés, alarmés des avantages remportés pir le prince de Parme, commençaient à craindre pour Ieurs6reié,(t songeaient à chercher des secours à l'étranger. Ils offrirent d'abord au roi de France de le reconnaître comme suîerain, mais ce prince, — qui subissait l'influence des Goise, — repoussa leurs avances. Désappointés de ce côté, les étais généraux s'adressèrent alors à la reine Elisabeth, qui conscntil à leur envoyer le comte de Leicester avec cinq ou sis millf hommes.

Le fi. novembre 1S85, huit ans après la démolition ilf 1* citadelle d'Anvers, on commence à la reconstruire. La ville iJ«'

ET DE lA MARINE EN BELGIQUE. 1S9

ea supporter les frais, qui s'élevèrent à la somme de 70,000 florins. De plus, on imposa aux Ânversois le rétablissement des digues qu'ils avaient percées durant le siège. Cette mesure ne fut point néanmoins suivie d'exécution, car les polders demeurèrent inondés pendant plusieurs années. Les marchands aventuriers anglais, qui s'étaient retirés à Middelbourg, en Zélande, et à Emdem, se plaignirent amèrement de ne pouvoir continuer leurs relations avec le Brabant, Hambourg et Calais (1).

Maître d'Anvers, Alexandre Farnèse tourna ses vues vers les autres ports flamands, défendus par des garnisons anglaises. Le gouverneur de Gravelines, obéissant à ses ordres, rassembla quelques troupes, et se présenta inopinément devant Ostende. Il parvint d'abord à occuper une partie de la ville, fortifiée à l'aide d^un simple pilotis, mais la garnison fit une autre sortie, appuyée par le feu de quelques navires de guerre, et le contraignit à battre en retraite. On se hâta, après son départ, de compléter les moyens de défense de la place, en l'entourant d'un double fossé, de bastions et de forts. Les dunes qui s'élevaient à l'est et à l'ouest de la cité furent rasées , et livrèrent passage à la mer, qui y forma le havre actuel. Dans les grandes marées, elle s'étendait même à plus d'une lieue dans les terres, jusqu'aux villages de Lefiinghe, de Swaeskerke et d*Oudenbourg.

Les Hollandais n'avaient fait aucun effort pour venir au secours du capitaine Ërington et des Anglais cantonnés à Ostende, malgré les instances des agents de la reine Elisabeth auprès des états (2). Jean d'Oldenbarneveld et quelques autres députés influents se méfiaient des projets de Leicester, auxquels ils prêtaient, non sans raison, des. vues intéressées et d'ambitieux projets. Ils lui opposaient le jeune Maurice de Nassau, fils de Guillaume le Taciturne, et réussirent à le faire proclamer stadhouder de Hollande et de Zélande, Nous ne suivrons pas, dans leurs phases multiples, les intrigues diplomatiques qui se croisaient à cette époque.

Qu'il nous suffise d'ajouter que le séjour de Leicester contribua

(1) Muséehrit.y manuscrit Lansdown. 44, fol. 64. (i) Yoy. les lettres de Th. Wilkes et de Norreys, à Walsingham et à la reine, Muséebrit., manuscrit addit. 3935 fol, il, ^3.

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peu à raETrancbissement des Provinces-Unies. Aa liea de combattre l'ennemi , il chercha à détruire la oonstitution et les libertés dont il s'était déclaré le protecteur. Il ne fit aucune tentative sérieuse pour faire évacuer la Frise et la Gueldre aux Espagnols, troubla FËglise par la persécution des dissidents, et fut accusé d'avoir fait fermer, dans l'intérêt de la Grande Ar»tagne, plusieurs ports néerlandais, sous prétexte que les marchands qui y demeuraient envoyaient des vivres aux royalistes.

Le gouverneur de Gravelines, après avoir vu échouw son entreprise contre Osiende, ne resta pas longtemps dans llnaetion. Il partit, le 31 mai 1587, pour Blankenbergbe, où il se fit suivre par vingt-quatre bateaux chaînés de claies et de gabions, à l'aide desquels il se fortifia près de cette ville.

Ce mouvement avait pour but d'interrompre toute comnmaî» cation entre les Ostendais et la garnison de l'Écluse, queledot de Parme se proposait d*assiéger. Le port de l'Ëciuse avait encore une certaine importance à cette époque ; il pouvait contenir jusqu'à deux cents voiles à marée haute, et on y comptait, en quelques endroits, jusqu'à dix-huit pieds d'eau (1). La ville fût complètement investie vers le commencement de juin, biea que Maurice de Nassau se fût jeté sur le Brabant méridional, — oii il porta le fer et le feu — dans l'espoir d'opérer une diversion et de diviser les forces des assiégeants. Tels étaient les ravages exercés de part et d*autre, que plusieurs riches et beaux villages du pays de Waes furent presque totalement abandonnés durant la guerre (3). Les blés se vendaient à Anvers à des prix exorbitants (3).

Trente pièces de canon tonnèrent bientôt contre TËcluse, qae le duc pressait avec vigueur. Il s'empara de la West-Dyck m bout de quelques jours, et y tit construire un pont de bateaox, afm de clore le havre. Après différents assauts , vaillammeet repoussés, la place se rendit au commencement du mois d'aoOl

\\' \o) . sur le siège de l'Ecluse la notice que nous avons publiée dansiez BuUi'tiHS delà commission royaU d'kisioirey \. IV, 3*" série.

i Vaiulen BOiiaerde. kci Distrikl Siut-MkoUias, ecrsle deel, Sinl-Nikolaas. I8i:». in-8^ fol. 168. en noie.

.1' Fcn veorlel larwe vercocht i8 guldens; coren. 2S guldens. Voy.à« M. ri. i or*îonnance du ii avr ! l.'»86.

Ces attaques, dirigées successivement contre les principales villes du littoral, se rattachaient à de vastes desseins : Philippe II se préparait à faire envahir l'Angleterre. Une flotte immense, comprenant cent trente-cinq vaisseaux de toutes grandeurs, montée par huit mille matelots — parmi lesquels se trouvaient sept cents flamands — et par dix-neuf mille soldats, était rassemblée à Tembouchure du Tage, et n'attendait pli^ qu'un ordre de départ. Les Espagnols, ivres du spectacle grandiose d'un tel armement, l'avaient décoré du nom pompeux d'Invincible Armada.

La résolution du roi était connue du gouvernement anglais. Elisabeth, en se mettant à la tète de la réforme, était appelée à entrer en lutte, tôt ou lard, avec l'orgueilleux chef du parti catholique. Elle avait donné une armée aux Provinces Unies, de l'argent au roi de Navarre , et avait frappé l'Espagne et les Guise dans la personne de Marie Stuart.

L'armée du duc de Parme était destinée à prendre part à cette expédition. Trente-deux mille vieux soldats allaient quitter nos rivages, où l'on s'occupait avec activité de leur procurer des moyens de transport.

Trois vaisseaux armés, de huit cents tonneaux, parfaitement construits et équipés, stationnaient devant Anvers. Il s'y trouvait, en outre, onze bâtiments de trois à quatre cents tonneaux; huit embarcations plus légères, de quarante à cinquante tonneaux, et vingt-six bâtiments de transport. Termonde et Gand avaient à fournir trente bateaux de charge, tandis que Gravelines, Dunkerque, Nieuport et l'Écluse possédaient soixante vaisseaux de guerre, assez petits pour la plupart, et trente ou quarante barques.

Le duc fit creuser et approfondir quelques-uns des canaux qui traversent la Flandre, afin d'établir des communications rapides entre Anvers, Gand et l'Écluse. On exécuta de grands travaux dans l'Yperlée, qui servait de refuge à un grand nombre débarques (1).

L'alarme était extrême de fautre côté du détroit; on montrait

(1) Quelques noies sur rinvinciblc armada, Bulletin de la commission royale d'histoire^ t. IV, 3* série.

\yi HISTOIRE DU COMMERCE ET DE LA MARINE EN BELGIQUE.

aux portes des églises les iuslruments de torture quelesloqulsiteurs apportaient sur la flotte espagnole. La reine parât k cheval devant les milices assemblées à Tewkesbury, et promit de mourir pour son peuple. Mais la force de TAngleterre était dans sa marine. Sous Tamiral Howard servaient les plus grands hommes de mer du siècle, Drake, Hawkins, Forbisber. Tirfnada, dès son apparition dans la Manche, fut coostammeol harcelée par les vaisseaux anglais, après avoir été déjà maltraitée par les éléments. Tandis que les grandes galères qui la composaient semaient de leurs débris les côtes d'Angleterre el d'Irlande, Tarmée du duc de Parme, condamnée à rinactioo, se trouvait bloquée dans nos ports par les Hollandais. Famèse n'avait pu même compléter les équipages de la flottille belge, car les matelots flamands désertaient en masse vers les Provinces Unies. Il s'était vu obligé de recourir à l'earôleffleot forcé (c et avoit pris, bon gré mal gré , des hommes de chascaa vilaige, à Tadvenant de la grandeur » qu'il avait ensuite envoyés en Flandre. Le sceptre des mers échappait à Philippe II, pour passer aux mains de sa triomphante rivale.

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