CHAPITRE \II
Création des douanes. — Expédition française contre Ostende. — Projet de réouyertore des comptoirs de Bruges. — La révolution d'Angleterre. — Lois prohibitives publiées par Cromwell. — Fin des troubles en France. Campagne dans les Pays-Bas. — Siège de Dunkerque. — Combats maritimes. — Bataille des Dunes. — Succès de l'armée française. — La conspiration d'Ostende. — Émigration des marins dunkerquois en cette ville. -^ Notes politiques et commerciales sur la principauté de Liège. — Traité des Pyrénées. — Restauration de Charles II et privil^s qu'il accorde aux Flamands. Leurs expéditions au Groenland. — Cession de Dunkerque à la France. — Amélioration du port d'Ostende. — Travaux de canalisation. — Règlement sur la navigation à l'intérieur. — Forges du Luxembourg. Papeterie à la Hulpe. — Nouveaux troubles politiques.
Avant le xvii^' siècle, il n*existait pas, dans les Pays Bas espagnols, de droits permanents et réguliers sur rentrée et la sortie des marchandises. Le négoce avec l'étranger s*y faisait librement, et n'était soumis qu'aux taxes perçues aux bureaux de tonlieu. En cas d'hostilités avec une puissance voisine, tout rapport mercantile se trouvait brusquement interrompu entre cette dernière .et la Belgique. Telle était la règle ; mais, en pratique, on n'avait pas tardé à comprendre tout ce qu'une interdiction aussi absolue avait d'onéreux, tant pour le trésor public que pour les commerçants, et l'usage s'était établi — comme nous l'avons déjà constaté — d'en atténuer la rigueur par la concession de privilèges particuliers, connus sous le nom de passeports, ou de licenten.
UISTOIRE DU COMMERCE
Ces passeports avaient d'abord été accordés moyennant finance, puis on s'était décidé fi publier des tarirs, énonçant les marcliandises exceptées de l'interdiction, et les droits dont elles étaient chargées. L'expérience ayant révélé les inconvénients de ce système, les états des différentes provinces firent de vives instances alïn d'obtenir la liberté du commerce et la suppression des Ikenten. Les réclamants se fondaient sur le caractère exceptionnel cl incertain des impositions prélevées de cette manière, sur les perturbations fréquentes qu'elles orcasionnaient dans l'industrie, et sur l'arbitraire d'un tel régime. Leur requête fut favorablement accueillie. L'édil du J2 octobre 16S4 abolit les lettres spéciales, et prépara l'établissement de douanes permanentes, placées, non aux codIîqs des provinces, — ainsi que les bureaux de tonlieu, — mais au\ frontières de la contrée.
Les Français, après avoir refusé d'accéder à la paix de Munster, tentèrent, en i6i8, de s'emparer du port d'Ostende. Le 16 juin, îi uneheure di^matin, une (lotie d^ cinqunnte navires parut devant celle ville, et débarqua des troupes sur le rivage. Les assaillanls étaient munis d'échelles, de fascines, de gabions et de tout ce qui est nécessaire pour entreprendre un siège. L'alarme s'élant répandue dans la place menacée, grflce au capitaine Ci inckaert, chef d'un brick de guerre llarQaad, la garnison fit une sortie, attaqua l'ennemî non loin du fort Albert, le repoussa, et lui fit 1,200 prisonniers. Les Oslendais offrirent un joyau d'argent à leur compatriote Clinckaert. dont ta vigilance les avait sauvés d'un nouveau pillage (1).
Cette scène nocturne servait de prélude à des événements plus graves. Une sanglante bataillecutlieu.peude temps aprè^, dans les plaines de Lens, entre l'armée de l'archiduc I-éopold et celle du prince de Condé. Ce dernier y remporta une vicloire décisive, entra dans Furnes, et se disposait à soumettre toute la Flandre, quand les premiers troubles de la Fronde l'arrélèrent tout à coup dans sa carrière. Les Espagnols, reprenant "'offensive, s'étaient avancés jusqu'à Ypres et occupaient Sainl- Venant, lorsque leur brillant adversaire, victime de la guerre
iUdmnde. ti. ISS.
civile, se présenta en transfuge dans leur camp, vaincu à son tour par Turenne, dans les rues de Paris.
Les Flamands, en voyant s*éloigner le danger auquel ils avaient été un moment exposés, retournèrent à leurs préoccupations commerciales. Les Brugeois avaient chargé Téchevin de Wrée de se rendre à La Haye, et de représenter aux états des Provinces-Unies combien la situation de Bruges était avantageuse au négoce. Leur cité, déchue à la suite de déplorables commotions politiques, ne pouvait manquer, d'après eux, de reprendre son antique splendeur en recouvrant ses franchises et ses libertés. De Wrée s'acquitta fort bien de sa mission, et engagea les états à établir des comptoirs à Bruges. Il fit la même proposition à la compagnie des marchands anglais et aux villes hanséatiques. Quelques députés hollandais arrivèrent bientôt en Flandre, pour étudier la question , et des délégués de la Hanse et de la compagnie anglaise vinrent les y joindre. Ces derniers déclarèrent que leurs mandataires étaient assez disposés à quitter Rotterdam, où ils vendaient peu, pour se fixer en Belgique. Ils n'y mettaient d'autres conditions que le libre exercice de leur religion , quelques garanties concernant leur sûreté personnelle et celle de leurs biens, et la révocation de toutes les défenses émanées des rois d'Espagne relativement à la vente des draps anglais. Ce vœu avait déjà été énoncé par les Anversois en 1648, et les éloSes anglaises avaient été admises pendant quelque temps en franchise de droits, mais le gouvernement avait cru devoir revenir sur cette concession.
Les Brugeois appuyèrent fortement les demandes de la compagnie de Rotterdam, et firent décider, en 1652, que les draps étrangers pourraient être introduits dans le pays par Ostende, moyennant un péage peu élevé. Celte faveur ne satisfit personne, et fut de nouveau révoquée. Elle n'attira pas les Anglais à Bruges, car ils réclamaient, non une réduction, mais bien la suppression complète de toute taxe sur les produits qu'ils se proposaient d'importer.
Les circonstances étaient d'ailleurs peu favorables à la reprise des affaires. L'Angleterre, comme la France, était le théâtre d'une guerre civile. Charles I«% poussé à bout par une menaçante remontrance de son parlement, s'était rendu lui-même à
igS BISTOntB Dtl COM
la chambre des communes, en 1642, de cette assemblée. Ayant échoué di sorti de Londres dans l'espoir d'y re bataille indécise de Edge-Hill lui ai après, d'apprécier l'énergie et l'audj péluosilé des cavaliers du roi, le colo opposer l'invincible obstination de mentaire. Les révoltés avaient rem] en 1643, s'étaient unis avec l'Ecosse et avaient réussi à s'assurer l'appui pagne.
La Hollande, pleine d'enthousiasn lui rappelait la sienne, reprochait i aux réfugiés flamands et hollandaii qu'ils faisaient à l'église anglican* sait-on, s'étaient vu obligés de quiti leur départ avait causé de sincères Francisco de Mellos interceptait toi Charles !"■' : il se souvenait que ce a Portugais k se soustraire au joug es
Les terribles défaites de Marston vèrent de ruiner la cause royale. .
Charles I" déclinait, celle de Cn général de l'armée parlementaire, reine Henriette était partie pour la errant, désespéré, finit par être li Écossais, chez lesquels il s'était réf
Il fut condamné à mort parle pari l'échafaud. Cromwell, devenu tout république, reçut le titre de lord f verairi absolu.
L'un de ses premiers actes fut la navigation, dont les clauses n'était ter if rétablisse mont du commerce giquc- D'après ce décret, aucun ai faire le négoce avec les colonies b (;abotage sur les côtes de la Grand tout navire destiné ù faire de tels vi
ET DE LA HAKINE KN BELGIUUE. t9T
iialité anglaise, ainsi que les trois quarls au moins des hommes (ju'il avait sous ses ordres. Certains articles industriels, particulièrement les plus encombrants, n'étaient reçus en Aoglelerre même, que sur des navires nnontés et équipés de cette manière. L'exportation d'une foule de produits anglais n'était permise qu'il des conditions semblables.
A toute autre époque, la publication et la mise en vigueur d'une telle ordonnance eût élé impossible, à cause des représailles auxquelles elle eût donné lieu de la part de tous les peuples maritimes. Au xvu' siècle, c'est h dire au moment où la Grande Bretagne, enrichie par l'émigration protestante, venait de se faire dans l'induslrie une position exceptionnelle, une mesure aussi radicale assurait une véritable suprématie h la marine anglaise, et préparait l'abaissement de la Hollande.
Tragique et utilitaire de l'autre coté du détroit, la révolution nboutissail en France à l'apothéose de la royauté et au triomphe de Mazarin. Tandis que Condé et Turenne, ces deux rivaux de gloire, se comballaienl dans les Pays-Bas, les frondeurs se pressaient en foule dans les anticbambres du cardinal ministre. I.'archittuc Léopold, qui avait reconquis Dunkerque et Gravelines, fui repoussé devant Arras, et n'opéra sa retraite qu'avec diflicullé. Cromwell, s'allianti Mazarin, vint encore augmenter les embarras de l'Espagne en lui déclarant la guerre. Il se brouillait en même temps avec la Hollande, qui ne voulait point reconnaître, sur l'Océan, la supériorité du paviU lOH britannique. L'héritier de la couronne d'Angleterre et le duc de Glocesler se trouvaient tous deux dans les Pays-Bas, où Philippe IV leur fit une pension. Charles 11 logea à Bruges, chez lord Tarah , réfugié irlandais, dont la mère était Flamande.
Deux armées ennemies s'avancèrent bientôt vers Dunkerque, sous le commandement de Turenne. Les Espagnols ne pou- %'aient opposer à cette redoutable invasion que des troupes mal entretenues, mécontentes, et que les désertions alTaiblissaJent chaque jour. Les états , qui payaient déjà un subside de 100,000 florins par mois, votèrent un nouveau secours extraordinaire d'un million de florins.
dunes, et les mil en déroule. Ce fui le plus glorieux de ses triomphes, puisqu'il le remporta sur Condé. Le marquis de Lede, gouverneur de Dunkerque, fit, le même jour, une sortie contre les Français. Il y fut grièvement blessé, et on l'emporta expirant. Sa mort hâta la reddition de la ville, où Tarmée française entra par capitulation, pour la céder ensuite aux Anglais. Celait le prix de l'alliance de Cromwell.
Les chances de la guerre tournaient décidément contre Philippe IV. Turenne, poursuivant ses avantages, se vit bientôt en possession dTpres, d'Audenarde, de Grammont et de Menin. Dans la plupart de ces localités, la terreur de ses armes était telle, que les soldats espagnols forçaient leurs capitaines à se rendre sans combat. L'ennemi ne rencontra de résistance qu'au château de Gavre, où il finit néanmoins pas s'établir.
Les Français désiraient vivement joindre Ostende à leurs autres conquêtes, d'autant plus qu'on venait d'y installer l'amirauté de Dunkerque. Le maréchal d'Aumonl forma le projet de s'en rendre maître par stratagème.
Il corrompit deux chefs espagnols, Eslrada et Servient, auxquels on adjoignit plus lard l'ingénieur Genlilet. Ce dernier vint étudier la place, afin de choisir le futur point d'attaque. Il remarqua sur le quai, au bas du rempart, près du chenal, un cabaret construit en planches, et fondé sur pilotis. Il était facile, une fois dans cette maison, d'escalader les murs de la ville et d'y jeter quelques troupes avant que l'alarme fût donnée. Mazarin, qui avait été mis au courant du coup de main médité par ses lieutenants, en parla à un certain Liévin Itersum, qui lui recommanda Sébastien Spintelel, son compatriote. Tous deux avaient été bannis, le premier sous le simple soupçon d'avoir pris parla l'expédition dirigée contre Ostende, en 1648, l'autre pour avoir tué un huissier.
Spintelel, informé de ce qui se passait, y vit un moyen de se réhabiliter. Il parvint à persuader h son collègue de donner avis de toute la négociation h don Juan d'Aïutriche, alors gouverneur général de la Belgique. On convint cependant d'attendre que le cardinal se fût engagé plus avant. A quelque temps de U\ les deux conspirateurs se rendaient à Paris, où ils assistaient, avec Genlilet, Eslt^ada et Servient, â une conférence présidée
âM HISTOIRE DU COMMERCE
oà jèaiiartu. Après de longues délibéralions, Spintelet, qui avait -«Kvi aaiu^ farmée espagnole , où il était parvenu au grade de .uiùiit»l,tuiuoiiiméchefderexpédition. Il offrit aussitôt de partir jotti' la Zéiaude, afin de se mettre à Tœuvre. Arrivé dans cette jii>viuce, il écrivit à un avocat de Bergues, et Tinvita à se transpuft-ter il rÉcluse, pour affaires importantes. Celui-ci ayant reçu su» coutidences, alla trouver don Juan, et lui fit part du message «lu colonel Spintelet. Le prince envoya Tordre au commandant rosieude de Taire démolir le cabaret en question, et de palissader la contre-escarpe. Un fort en pierre ftit élevé à l'extrémité •luquai d'Ostende, dont la garnison Tut augmentée.
Mazarin crut tout perdu, mais Spintelet revint à la charge, lui présenta ce qui s*était passé comme un accident Tortuit, et lui afliril d'autres moyens de prendre la place. Uavocat dont nous uvoQS déjà parlé continuait à servir d'intermédiaire entre Fexilé et don Juan. Les clauses de la trahison, rédigées par le gouverueur général lui-même, furent signées par le maréchal d'Aumont, le S avril 16S8. Les conspirateurs s'engageaient à arrêter le commandant militaire d*Ostende» et à le remettre aux mains des deux principaux agents français, Monet de Joly, capitaine des gardes du corps, et Fontaine, ingénieur. Ds devaient ensuite ouvrir les portes de la ville aux troupes de Louis XIV.
Le 8 mai 1568, un prisonnier fut livré en effet aux délégués du cardinal : c'était le bourgmestre du Franc, Marc d'Ognate, qui avait consenti à remplir ce rôle. Une escadre française se tenait sur la rade, attendant un signal pour agir. Trois coups de canon lui ayant annoncé que tout réussissait à souhait, elle cingla vers le port. En ce moment la garnison espagnole se montra, arrêta les agents de Mazarin, et accueillit les Français par des décharges d'artillerie. Cinq de leurs navires, dont une grande frégiite, ayant à bord quelques uns des chefs de la flotte anglaise et une somme de !200,000 fl., entraient dans le chenal K>r^i]uo la canonnade commença. Ils eurent le temps de virer de ;»oî\i et do prendre le large. Le maréchal d'Aumont, qui venait i'cn\o\er uu courrierà la cour pour annoncer riieureuse issue .\' r\iK\laion, ne put s'échapper, et resta entre les mains des i' ..M.;aol> avec un grand nombre de ses gens.
ET DE LA JURIM- BN RFLGlyCE. SOI
■ C'était là un véritable succès, d'autant plus que l'importriiK-e militaire de la ville d'Oslende augmentait chaque jour. Uue foule do marins liabiles, forcés de quitter Dunkerque, étaient venus y habiter dès 1646, et avaient rendu les plus grands services à la cause royale, ainsi qu'on peut en juger par la lettre suivante, adressée par Jean de Bock, l'un d'eux, à Philippe IV:
a Je ne vous rappelerai point tous mes travaux cl tous mes u elTorls depuis 1636, pour armer des vaisseaux et pour équiper « des Hottes, qui furent, comme le disait le comte de Péneranda « après le traité de Munster, le freîn qui arrêta les excursions « des Hollandais et qui contribua îi faire coaclure la paix. En « quittant Dunkerque pour nous fixer à Ostende, mes amis et » moi. nous avons réussi à relever la marine militaire, de telle « sorte que la ville de Dunkerque semble avoir émigré avec a nous. En 1649, quatre de mes navi res menacèrent Dunkerque; « deux ans plus tard j'en envoyai quatorze croiser devant le « même port, qui fut bloqué si étroitement pendant sept « semaines,queNeplu ne lui-même n'eût pu y pénétrer. En 1652, « vingt-cinq vaisseaux que l'arcbiduc Léopold me chargea « d'armer, coopérèrent activement i la conquête de Gravelines, a de Mardickeet de Dunkerque. La Flandre est encore prête à « réunir de nouvelles Hottes pour attaquer les navires anglais; (c il en résultera des fruits abondants pour l'honneur de Dieu « et pour le vôtre ; vos ennemis en seront les témoins {!), »
Ver.s la tin de l'année 1638, au moment ou un rapprocbement tendait à s'opérer entre la France et l'Espagne, une terrible inondation bouleversait les rives de l'Escaul, envahissait les quais d'Anvers, et se répandait comme un torrent jusqu'h l'église de Notre-Dame. Le nom de ce beau lleuve, jadis si fréquemment répété, ne se mêlait plus qu'au souvenir de désastreuses calamités (2).
La principauté de Liège, moins exposée que le reste du pays à subir le contre-coup des grandes luttes continentales, avait eu ses troubles intérieurs. De nouvelles dissensions s'étaient manifestées, en 1646, entre les deux factions politiques qui s'y
il) Kcrvyn de Letletitiove, Hisi. de Flandre, lom. VI, |i. ISS. IS) laerboeh der «lad Antwtrpn, door Verbrugghcn.
-^at HISTOIRE DU COMMERCE
disputaient ie pouvoir, les Chiroux et les Grignoux. Plus tan en 1653, l'empereur Ferdinand III ayant permis la levée ( certains droits sur toutes les marchandises importées à Liég sauf sur celles qui étaient destinées pour le transit, les Liégeo profitèrent de cette faveur, sans tenir aucun compte de la re triction qui l'accompagnait. Le commerce belge, entravé déso mais dans ses relations avec TAUemagne et la Hollande, i souffirit considérablement, fit entendre ses plaintes, et il i résulta des voies de fait et de longues négociations.
La situation financière de la principauté était d'ailleurs p< satisfaisante. L'évéque Ferdinand de Bavière avait établi di impôts très onéreux sûr ses sujets. Son successeur s^outa ces charges, déjà si lourdes, une nouvelle taxe sur les grain Les panneaux de vitre des fenêtres fiirent imposés en 1651, raison de deux sols chacun ; on exigea des Liégeois le paiemei d'une capitation, consentie d'abord pour deux ans, puis coi tinuée arbitrairement.
• Le prince reçut, indépendamment du produit de toutes a rentrées, des subsides considérables. Il obtint en 165S un do gratuit de 100.000 florins de Brabant; 50,000 florins en 1658 150,000 écus en 1661; âO,000 écus en 1663; 78,000 écus e 1664; 100,000 écus en 168H(1). C'était beaucoup pour une seul province, dans les circonstances critiques où la Belgique s trouvait en ce moment.
Le traité des Pyrénées, conclu en 1659, mit fin à la lutt
inégale qui avait ensanglanté si longtemps notre territoire. L
[ mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, Tafoé
des infantes d'Espagne, fut le nœud de la réconciliation de deux nations. Les Français restituèrent leurs conquêtes ei Flandre, 5 l'exception de Bourbourg, de Saint-Venant, de Grt vélines, de Landrecics, deThionville et de Montmédy. Le jeafl' roi devait recevoir cinq cent mille écus de dot, qui ne ftiren point payés. L'infante renonçait à toute hérédité aux État d*Espajine. Mazarin accéda sans difficulté à cette dernière en genoe de la diplomatie espagnole : il prévit ce que vaudraieii Jo lelles renonciations.
\ l'i :,-'< ,ln fjiiys de Liège, tom. I, pp. 1, 74, noie.
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En paix avec la France, la Belf;i(|ue ne tarda pas a rentrer en bonnes relations avec la Grande Bretagne. Le goovernemenl mililaire du protecteur, tout glorieux qu'il fût, était contraire aux habitudes de la nation anglaise. Gromwell mort, son fils Richard np tarda pas à abdiquer, et le général Monk rappela les Stuaris. Charles H monta sur le trône de ses ancêtres en 1660, et accorda d'importants privilèges aux pêcheurs et aux marchands de Flandre. Il maintint néanmoins l'acte de navigation promulgué sous la république, et ne consentit â en suspendre les elTets qu'en faveur des villes hanséatiques de Hambourg, de l.ubeck, de Brème et de Dantzig. Lubeck perdit même cet avantage en 1662, les Anglais ayant trouvé sa concurrence trop redoutable. Les trois autres villes virent confirmer, sous GuîllaumelII. la faveur dont elles jouissaient, et en profitèrent jusqu'à la fin du xviii" siècle.
Les armateurs flamauds commen^Niient à se livrer h la pêche de la baleine, et envoyaient de temps en temps des nflvires au Groenland. Les Oslendais se firent nccorder, en 1663, un octroi à ce sujet (1). Il ne paraît pas cependant qu'ils y entreprirent de □ombreuses expéditions, car les négociants de Bruges ne parvenaient que difTicîlemeni b débiter l'huile recueillie par nos pêcheurs, Bruxelles, Malines, et la plupart des villes de l'intérieur la recevant de l'étranger (2).
Le règne de Charles II, inauguré au bruit des acclamations populaires, ne devait pas justifier les espérances du peuple britannique. Dunkerque fut livré aux Français, en 1662, pour une somme de cinq millions. C'était ajgmenter les forces d'une puissance dêjîi menatanle, et lui inspirer le désir des agrandissements et des conquêtes. Le gouvernement espagnol, se senlantalTaibli par un tel voisinage, songea à améliorer Ostende. Le nouveau port, qui datait de 1585, et au travers duquel la mer se jetait il chaque marée pour se répandre h plusieurs lieues dans l'intérieur du pays, s'était considérablement élargi. Pour éviter des éboulemenls, on avait cru devoir élever, en 1608,
(1) iVAn. Henrion svt les moyms de Tétablir U cumnurer M ta navigation in faigt-BM.
(SI Diatogvii Jiir Vim da commertt n dt I itidusin», 18S9,
des digues qui s'étendaient du fort Ces digues avaient été prolongées, puis continuées du fort Philippe tout en rendant un territoire as:
avaient eu quelques conséquencei plus balayé parles arrière-eaux, s' n'offrait plus, en i6€â, que deux o basse; Un banc se formait à son d'inonder l'ancien Zandvoorde, et i ce côté pour empêcher les flots de Ces mesures, dont la mise fi exéc cullé, furent des plus efficaces. La r et la barre qui ta fermait disparut e
Vers le même temps, le gouve espagnols adopta un projet tendant h Fumes.
Ce projet était contraire aux inl sujets du roi d'Espagne n'étant pas lion, de passer par celte ville pour la Flandre maritime. Les Dunkerqu qui en résulterait pour leur négoce de Bourbourg à s'unir à eux pour éi Dunkei'que Ji cette dernière ville.
Les Flamands, de leur côté, con sacriiices pour rendre à Bruges ui prospérité. L'Kcluse étant occupée surent le canal de Bruges à Plasscl jusqu'il Dunkorque. La première sei coula six cent quatre-vingt-trois mi
En \G6o, parut un règlement sui du pays et li; prix du fret. Il était d( certaines diiriuullés survenues entr zëiaiiil^iis et les bateliers llamand£ droit exclusif de navigation, qu'on sans enfreindre les clauses du demi privé révoqua en outre le droitde vi
ET DE LA NARINE EN BELGIQUE. HtH
çaient sur les navires brugeois à leur enlrée au port. Un caboteur de Biscaye arriva Ji Anvers par le canal d'Osteiide, le S mars 1665, chargé de vins. C'était le premier navire qui y parvenait de cette manière. Les magistrats lui firent un cadeau pour célébrer sa bienvenue. La même année, on commenta '^ creusement du bassin de Bruges , en présence du marquis de Caste! Rodrigo.
Ces améliorations s'étendaient au reste dii pays. On éleva de nouvelles forges dans le l.uxembojrg, oii trente-trois de ces établissements étaient déjà en pleine .ictivilé en 1661 (1). Le i3 février 1664, un octroi fut accordé à Pierre Gautier pour fonder une papeterie à la Hulpe. La Hollande et l'Angleterre s'étaient emparées de cette industrie duraiit les troubles du XVI* siècle. Quelques liommes dévoués, tels que le président Hovinnes, préparaient divers projets de réforme, et étudiaient avec ardeur4es moyens de relever l'industrie et le commerce. On avait à peine eu le temps d'examiner leurs travaux, que déjà le tocsin retentissait dans nos campagnes, sonnant le glas d'une nouvelle guerre : les grandes puissa nces européennes venaient reprendre possession de leur cliamp de bataille.
{)] Voici les noms des localités oii ils nislaieut r Au^eiubourg, Biessem. Berg, Bcrchiwex, Bologne. Bollendorff, Biuiirge, Clalrvaui, La Neuvo-Forgc, Cazels-HuUe. Cbaielel de Chanly. Dicuparl. Dommeldange, Espiaus, Grand- TOlr. Saînl-Léger, Mailller. Hehr. Bellen tell. Sainte Ode. Prelle, Buionollc. Or^al, Ponl-d'Oyc le Prince, Boche S Fnrres, La SBavaee. La Joyf, U Troperie.