‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 68 sur 74 · BIST. DU COMMBBGB, T. III · texte numérisé non relu

BIST. DU COMMBBGB, T. III

HISTOIRE DU COHUEnCE

crucifix, c'est lui qui me jugera, et avec moi lous œus qui exercent la justice sur la terre!

Arrivé sur la place, il parla au peuple, protesta de son innocence, déclara qu'il mourait pour être resté fidèle à ses obligitibas envers la commune, puis s'adressant à l'exécuteur :

— Si vous avez ordre de me faire mourir, lut dit-il, déliamoi les mains. Je suis vieux ; l'âge m'a appris à ennsager II mort de sang-1'roid.

Quelques secondes plus tard, un frémissemeat agita la Toule: la tète sanglante d'Agticessens roulait aux pieds du bourreau (1).

Le courage civil, pas plus que rintelUgence coinmercialB m faisait défaut en Belgique. Sans doute, tes habitants de nos provinces, si lon|;lempsvi&ilés par les plus tembles tléaux, victimei de la guerre, de la famine, des pernicieuses maladies quisui^ saient autour des camps et s'élevaient des champs de batailb^ avaient appris à se défier de l'avenir, et ne s'y précIpitaieBl pas avec l'audacieuse énergie de leurs ancêtres. II s'était produit, parmi le peuple, un affaissemenl incootestable, suiii Dalurellemcnt d'une décadence morale et politique, maislefea latent n'était pas éteint, et il ne fallait, pour le rallumer, qa'am étincelle échappée au tlambeau de la liberté.

Dans l'intervalle , les arrivages maritimes cootinusieiK i occuper l'attention publique, La frégate du baron Cloois rapportait de bonnes nouvelles de rOnent,lel avait arboré le pavillon impérial à Canton. Son capitaine était mort en route, oiaiste lieutenant Tobier (i) lui avait succédé dans le commandemenL II reçut le titre de chevalier en récompense de ses semces.

TobierrcpartitpourlaChine,enl720, abord du même navire, pour compte de Jacome de Prêt, beau-frère du baron Cloots. le sieur Maelcamp, de Gand, expédia la même année, puurli même destination, le Suiitt-François Xavier. Tout ce mouveEM* donnait de plus en plus d'importance au port d'Oslende, ipiî fut améliore (2). On y mit en adjudication la construction dW digue de mer, dont le colonel de Bauiïe avait fourni les pluf- On inonda en outre le polder de Steene, pour empêcher Teflin*

(1) Baïuebetge. Ion. II, Liëgc, I83S, p, 16.

|ij Ou Tobin, d'après quelques auteurs. Nousduimoos sou uaia(iii-''l''

du chenal de s'ensabler (1). Tous ces travaux furent presque détruits, à peine commencés, à la suite d'une violente tempête qui éclata le 31 décembre 1720.

Beaucoup de navires employés jusqu'alors étaient, comme nous l'avons vu , de construction étrangère. Les états de Flandre s'adressèrent à l'empereur pour demander que les armateurs fussent désormais invités à faire construire leurs bâtiments dans les chantiers de Bruges (2). Le gouvernement reçut vers le même temps un mémoire, par lequel on l'engageait à foncier une colonie dans l'ile de Tabago. Ce document révèle des faits intéressants, probablement peu connus.

L'île de Tabago, après avoir été occupée par les Anglais, avait été transformée en baronnie par Charles II, qui en avait fait deux parts, dont l'une avait été cédée à une famille zélandaise, du nom de Lampsiens, et dont l'autre avait été donnée au duc de Courlande.

Les Lampsiens s'établirent du côté du couchant, où il firent bâtir un fort, tandis que leur voisin prenait possession du levant, qui reçut également un poste militaire et quelques colons. Les deux titulaires jouirent de leurs domaines, sans la moindre opposition, jusqu'en 1692. Les Français vinrent alors les y attaquer, bombardèrent le fort des Lampsiens, et le firent sauter. Nos Zélandais se retirèrent, mais non sans réserver formellement leurs droits. Le duc de Courlande en fit de même, quelques années après , le départ des Lampsiens le mettant dans l'impossibilité de défendre ses colons contre les insultes des Indiens de la Trinité. On proposait au gouvernement autrichien de traiter avec les propriétaires dépossédés, et d'acquérir ainsi des titres légaux à l'occupation de cette île, mais l'affaire n'eut malheureusement pas de suite, et ne tarda pas à tomber dans l'oubli .

nous Tavons trouvé orthographié dans les documents ofDciels que nous avons eu entre les mains. Voy. Archives du royaume, secrétairerie d'État et de guerre. ,

(1) Belpaire, Mémoire sur Ostende,

(%) Gachard, Invent., tom. III, p. lit.

r.HAlMTKE XV

Voitgc (la ctieialier Hollet de la Merreille. — Foodfttion dn oo^la Coblon. — Retour du CiarUi VI. — Nouvelles eipédttions mvilf

— Drlails lur cen eipi-ditions. — Ni-gooiations avec lu HoUaaiie cl I i^elenc. — Tarage de MM. Hume et Ilamsaii. — ÂTCiiturc du capit Rocee. — Projets de la cour de Vienne. — Attitude dn marquis de 1

— iohii Colebrooke. — Nouvelle expédition au Bengale. — Publia àt ('Mbai impûriat instituant la conipagnic d'Usteude. — Ses tAaaam OiiwliuM des listes de souacriptioDs. — Première r6anîoD des aci •awH. — KnToi d'une députation à Vienne. — Débats diplomslîqoa IhfMtde diren navires pour le Bengale et la Chine. — VfriGatûm (OMpUade ta compagnie. — Les manuTactiires de soieries d'Anvers XttM awe l*Eï[Lagne. — Inquiétudes des Hollandais. — Autres eï[ IJÊÊn ■Mit i mm en Asie. — Négociations avec les États barbare^no LSKaaot àt Hano?re. — PRpamlik de guerre. ~ Préoccupatiotu Ctein Tl. — Conférences diplomatiques. — Suspension de I'm 4» irt*. — Xaiires belges parlia pour l'Orient en 1736 et 1737. — ! fnAiil «B Palgi^wfl par \a. suapension du privil^ de la compagnie. - MffwmÏMi AdHIiTe. — Un dernier épisode de son bistoire.

R«v«ooi)Siu chevalier Hollet de la Merveille, déjà cité dan chapitre [tiVcédent, et dont il nous reste ft raconter les aveotui Il anit quîlié Ostende en 1718, à bord du Charles Vi armé Thomas R»y, a\-w mission du prince Eugène de fonder i compioirii a^^ lodei. Élant arrivé à la hauteur du cap deBon: tspêraiK'*. il demanda à y renouveler sa provision d'eau doi alors pniu^iviiifni opuisée. Sa requôte lui attira la réponse l'Ius iimiulo. Le i;au\tTiieur déclara qu'il avait reçu l'ordre <

HISTOIRE Dl] COHMERCK ET DE LA UARINE EN BELGIQUE. U9

états généraux, ses maîtres, de ne prêter aucun secours aux navires ostendais, et qu'en conséquence il défendait strictement aux officiers et aux matelots du Charles VI de descendre à terre. Un habitant du cap, nommé Nuyer, informé de la position désespérée dans laquelle se trouvaient les nouveaux arrivés, risqua de leur fournir quelques rafraîchissements. On le menaça d'une poursuite criminelle, et il fui obligé de s'enfuir avec sa famille, abandonuant ses propriétés, pour échapper à la mon.

La Merveille, quittant cette terre inhospitalière, fit voile pour Trinquebar, place danoise, située sur la côte du Coromandel. Le directeur de ce comptoir, nommé Brunck, lui permit d'y jeter l'ancre. A peine installé dans le port, La Merveille s'y vit en butte aux plus grandes tribulations. Les représentants des diverses compagnies établies dans le pays, s'unissani pour lui nuire, tirent défendreà tous leurs sujets, tant européens qu'indigènes , d'entretenir des relations commerciales avec les Belges, sous peine de confiscation des biens et de châtiments corporels.

De plus, ils envoyèrent une députation au nabab Sadat Houlagbem, qui gouvernail trois royaumes, pour lui représenter l'empereur Charles VI, comme l'ennemi irréconciliable du mahométisme, et accuser nos marins de n'être venus en Orient que pour piller les biens des Maures et enlever leurs vaisseaux.

Ces manœuvres n'ayant point obtenu tout le succès qu'on en espérait, les agents des compagnies s'en prirent à Brunck, qui, Iktigué du bruit qui se faisait autour de lui, notifia au commandant du navire impérial de se préparer au départ. La Merveille, ne sachant où aller, sollicita alors la concession, à prix d'argent, d'un lieu de relâche sur la cote de Coblon, dans le voisinage du royaume de Golconde, et parvint à l'aire agréer sa proposition par le nabab.

La situation de la nouvelle factorerie était admirablement choisie, dans un endroit fertile, à cinq lieues de Madras, capitale anglaise, et à trois lieues de Sadraspatnam, établissement hollandais. Le capitaine du Charles VI y arbora solennellement le drapeau impérial, le 23 août n!9, et y laissa une garnison de vingt-neuf hommes, dont dix-huit soldats du pays, un offl-

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«ier, Diaz de la Pena, et un aumônier. 1 4e canon et des munitions. Des amiDgei un marchand moure, nommé Marctiety, q ÛBs fODds à Diaz, en cas de nécessité.

HoUet de La Merveille revint en Eui voyage, traversée par tant d'obstacles, n tueux. Il avait, il est vrai, vendu son ci mais n'en rapportait qu'une ca^aison il mettants, peu satisfaits de ses essais, D( ployer. Il encourut la disgrftce du gov quelques efforts pour rentrer en faveur pays.

Nos n^ociants multipliaient leurs expé cessivement mettre à la voile, Vlmpératrù dAulrithe, la Flandre et le SoinfVosepA.

Ces deux derniers navires appartenai oamp et b Louis-François de Goniack. Ili quelque temps de conserve, puis se sépar lente tempête, accompagnée d'un épais b longtemps ballotée par les vagues, relAcl Bencoulen, afin de s'y ravitailler. Le cap mandant du vaisseau belge, fit tirer cii guise de salut, puis descendit à terre, le pagiié d'un pilote. Bencoulen, situé sur Sumatra, avait alors pour gouverneur I alla le trouver, lui exposa la situation dai \'atl. et lui demanda la permission d'achei it'eniltarquer de l'eau fraîche. Le gouven oaiion des papiers du bord, puis les ayi rarrt'sl.-i(ion de rinforluné Willems et de «lient avtv lui. Lachaloupe du capitaine fi a):i:'uts ;ini:lais vinrent bientôt prendre p<» qu'ils lirt'iit entrer dans la baie, ii la gran vcir^iie, iionniio Guillaume Van den Haut qii<'ti|uo lualentenJu. Dans cette persuasi ioi;r ;"i IViKvulou. aivi.'>mpagné de Idumiit Ho;-,- lo ^o.;\oiiiour, !;;ins tenir aucun les:.;:.,'; s. los i\: aussitôt appréhender

ET DE LA UARINE EN BELGIQUE. SSt

conduisirent en prison. Ils y restèrent trois jours et trois nuits sans nourriture. On les embarqua ensuite t bord du Dormoiitk, qui mil en mer le 1" octobre, se rendant à Madras. Au moment d'y arriver, ce vaisseau fut tout à coup assailli par un ouragan terrible, et alla échouer à Mawelawaron, à douze ou quatorze lieues de son port de relùclie. Plusieurs des officiers belges qui se trouvaient sur le Doi-mouth souffrirent beaucoup durant cette traversée. Vun d'eux, Billemont. eut la jambe fracturée. On leur avait enlevé tout ce qu'ils possédaient, et leurs vêtements tombaient en lambeaux. Ils prièrent le gouverneur de Madras de venir à leur secours, mais celui-ci s'y refusa impitoyablement. Un sieur Sclionamille eut pitié d'eux, et leur prêta une certaine somme d'argent. Un capitaine anglais, nommé Tolsond, s'associant à cette action charitable, les prit enfin à son bord et les ramena en Europe.

Le Saint-Joseph fitdesaffairesplusavantageuses, et procura de beaux bénéfices à ses armateurs. A son retour des Indes, il apporta à Oslende, 212,000 livres de tbé; i8,700 livres de radix china et de sago, ainsi qu'une grande quantité de porcelaines fines.

La Jtfnisonrf'^MtiicAe avait été équipée par l'armateur de Prêt. Elle fut prise, en revenant de Canton, au dessus du cap de Bonne-Espérance, par un corsaire raadécasse. qui ne lui permît de continuer sa route qu'après avoir saisi une partie de sa cargaison et toutes ses munitions de guerre (1). Le même corsaire rencontra, trois jours plus tard, un autre b,1timenl flamand, le Prince Eugène, capitaine Jean Leclerck, revenant de Malabar. Il lui donna la chasse, l'aborda, et s'en rendit maître sans rencontrer grande résistance. Les pirates, après avoir embarqué l'équipage du Prince Eugène sur la Maison d'Autriche. conduisirent leur capture ii Madagascar.

Sur ces entrefaites, la saisie de la Flandre donnait lieu à' des uégocialions avec le gouvernetnent anglais. Le comte de Slahremberg fut chargé de poursuivre celte affaire à Londres,

(1 1 Ce navire n'en rappuria pas moins Si p. c. de bénâOccs i ses armateurs Voy. Hui-giifil. la Campognie d'OMenâe, revue nullonale, année IMO,

HISTOIRE Di: COHMEUCE

■fit présenta uii mémoire à ce sujet à lord Carterel, qui le communiqua aux directeurs de la compagnie des Indes. Ceux-cise ■eoalenlèrenl de répondre que le gouverneur Pycke avait agi a&ns instructions, et promirent de lui faire rendre compte de 9a conduite. Stahremberg ayant insisté, la compagnie sénat '.fln rapports directs avec M. Malcamp, auquel on suscita rniHi fdiflicullés. L'affaire traîna en longueur, fut reprise, puis absn* 'donnée de nouveau, et resta définitivement sans solution. ' Durant ces débats, le cabinet de Londres continuaii h agir :fiuprës de la cour de Vienne, afin d'en obtenir la proltibitiu < de tout trafic direct entre la Belgique et les Indes. Il invoqui^ , non les traités, mais des motifs de convenance, sans méoe cbercher à donner à ses réclamations une apparence de lég^ lité. Les directeurs de la compagnie anglaise avaient envoyé nfl agent en Hollande, et employaient tous les moyens pour augmenter le mauvais vouloir des Hollandais à Tégard des amateurs belges. On parla même de réunir les priocipaui: oég»' ciants de La Haye et de Londres en assemblée générale, etdt leur faire faire une démarche collective auprès de Charles Vi.

L'irritation était gi'ande en Belgique, et les nombreux aiwntats commis contre nos marins la rendaient parfaitement ié0time. Plusieurs négociants demandaient des lettres de maïqMi afin de pouvoir s'indemniser des pertes qu'ils avaient subies. a Laissez-nous équiper des corsaires, écrivaieat-ils, et nous u ferons voir que les Ostendais n'ont pas oublié comment m « f^it la guerre ; malgré leurs rodomontades, les Anglais et la n Hollandais n'ont pas grande envie de risquer leur ai^ tt contre nos fiches. «

On a accusé le gouvernement autrichien de n'avoir pas su profiter de cet élan, et de ne pas avoir défendu, dès cette époque, les intérêts belges avec assez de fermeté et d'énergie. Ce reproche, qui ne fut que trop mérité plus tard, nous paratt moins fondé lorsqu'il s'applique à la période dont nous venons de nous occuper. Non seulement Charles VI refusa de f^ire II moindre concession aux représentants de la Hollande et de l'Angleterre, mais ses agents employèrent, dans difrérenlw circonstances, le langage de la menace pour fïiire rendre jdïtice aux armateurs lésés. En 1719, lorque le capitaine de Winur

avait eu recours aux représailles, et s'était emparé du Cornmany, Tempereur, bien loin de le désavouer, l'avait approuvé hautement. La note qu'on envoya à ce sujet à La Haye présageait même une rupture (1).

Si quelques armateurs eurent à se plaindre de la tiédeur administrative, le marquis de Prié en fut la seule cause, ses sympathies étant entièrement acquises au baron Cloots et à ses associés, tandis qu'il n'éprouvait que de l'indifférence pour les intérêts de leurs rivaux. Quant à Charles VI, il allait bientôt donner un nouvel essor à la marine belge, en mettant ses entreprises sous sa protection spéciale, et en les couvrant officiellement de son patronage.

Un rapport du 31 juillet 1722 contient des détails curieux sur le voyage du navire la Ville de Vienne^ appartenant au sieur de Prêt, à bord duquel se trouvaient deux anglais, MM. Hume et Harrison, que de brillantes promesses avaient attirés en Belgique. Ils devaient s'attendre, dès leur arrivée aux embouchures du Gange, à mille tracasseries de la part de leurs compatriotes et des Hollandais. Ces derniers pouvaient d'autant mieux entraver leurs desseins, qu'ils se trouvaient établis dans le pays depuis longtemps, et en connaissaient parfaitement les usages. Le vaisseau ostendais avait à remonter la rivière entre les leurs, et à y trafiquer sous leurs yeux, et à portée de leurs canons. Il arbora le pavillon britannique, obtint un pilote grâce à ce stratagème, et parvint sans accident à la hauteur du port Hughley. Hume et Harrison y firent jeter l'ancre, se mirent en rapport avec le chef indigène chargé de l'administration de ce district, lui firent un présent, et commencèrent leurs achats. Ils n'avaient pas encore complété leur car-

(1) En voici la conclusion : « U serait fort sensible à Sa Majesté, que, faute « de disposition parmi les états généraux à une condescendance si juste et « si équitable, son gouvernement fût obligé de dédommager les armateurs

< par l'adjudication dudit vaisseau et de ses marchandises, car une teUe dé-

< marche ne persuaderait pas le public de cette parfaite correspondance qui est si « nécessaire à la conservation et avancement des intérêts des deux États. » Voy* Archives du royaume, secrétairerie d'État et de guerre , résolution de Sa Majesté du 25 nov. 1719, « Memoria por la presa del navio del Winter, y represa que este hizo contra el capitan Van Samen, su agressor. »

«H HISTOIRE aV COMXEBCE

gaison , lorsque le gouverneur avec lequel ils avaient traité fut disgracié. Son successeur voulut les obliger à Taire renoovêler leur autorisatîou, c'est à dire à la lui acheter, maislïs officiers de la Ville de Vienne, qui tenaient ii ménager les cajâtaux de leurs comaieltants, s'y refusèrent. Ils déclarèrent qu^ ne permettraient k aucun vaisseau indou de descendre U rivière, tant qu'on détiendrait les marchandises auxquelles Ul avaient droit. Le gouverneur, effrayé de la tournure que prenait cet incident, revint sur sa décision, fît faire ses escuui aux subrécargues, et les assura qu'ils pouvaient compter d^ aormais sur ses bons oiTices.

Ce débat était à peine terminé, qu'une autre affaire réchmi toute l'attention de MM, Hume et Harrison. Un prêtre euroiiéeii s'était présenté quelque temps auparavant au nabab de Benpk, au nom de l'empereur Charles, el lui avait déclaré avoir eoDmission, de la part de ce priacc, de faire l'acquisition (l'uule^ Titoire sur les bords du Gange. Le nabab avait accepté s» propositions, el un contrat avait été passé entre eux, par lequel ledit prêtre s'obligeait à payer une somme de 150,000 rou|ii» pour la concession qui lui était faite. Une partie de cet argent. 60,000 roupies, était exigible & l'arrivée du premier navireinpérial abordant en ces localités. La Ville de Vienne ayant éli signalée dans la rivière, l'imposteur courut aussitôt chw le nabab, lui annonça 'qu'il allait tenir sa promesse, et réclamt l'acte de concession el le Sérapeau (1), c'est à dire une investiture en règle de la nouvelle factorerie. Son intention était (le se présenter ensuite aux nouveaux venus el de leur vendre 1* territoire concédé, de manière & s'assurer un certain bénéfiee.

Le nabab doutait de la sincérité de ce singulier négociateor. Il fit prendre des informations à bord du navire impérial, et toute l'intrigue fut découverte. Il n'en témoigna que plus de bienveillance aux Belges, auquel il fil expédier, le 21 j«vier 1721, à Muxtadarad, un acte en langue persane, leur pe^ mettant de tratiquer librement dans tout le pays.

(1] Sorte de préseat qu'on faisait aui Earopéens auquel oo anst^alll Inculte de s'Établir dans les États du Uogol, et d'y exercer àti droilf ^

souveraineté.

MM. Hume et Harrison profitèrent habilement des bonnes dispositions du nabab, car la Ville de Vienne rapporta, à son retour, un bénéfice de S6 p. c, à ses actionnaires. On peut juger, par ce fait, des avantages immenses que les Anglais retiraient de leur négoce aux Indes, oii ils étaient admis en franchise de droits. La position que les Hollandais avaient su s'y t^ire n'était pas moins bonne. Ils ne payaient nulle taxe sur les marchandises qu'ils y importaient, et 2 p. c. seulement sur leurs exportations. Les Ostendais n'avaient point joui de tels privilèges.

Quelque temps auparavant était rentré au port d'Ostende le navire du capitaine Balthazar Roose. Il avait été capturé non loin de l'île de Bourbon par des pirates qui, après avoir mis leurs prisonniers aux fers, s'étaient enivrés. Une douzaine de matelots et quelques Portugais, restés libres, les avaient attaqués après l'orgie, s'en étaient rendus maîtres et, relevant le pavillon impérial, avaient délivré les captifs.

La cour de Vienne se préparait à faire entrer notre commerce avec l'Asie dans des voies nouvelles. Déjà Mac Neny, pendant son séjour à La Haye, avait été chargé de prendre des renseignements sur l'organisation de la compagnie hollandaise des Indes, l'empereur Charles VI désirant instituer une société de même nature en Belgique, avec privilège exclusif. Ce projet était vivement discuté parmi son entourage. Quelques-uns désiraient que la navigation restât libre, et ils étaient appuyés par le prince Eugène; d'autres défendaient vivement l'autre combinaison, citaient l'exemple de la plupart des grandes nations maritimes, et insistaient sur les avantages résultant du principe d'association. Agissant isolément, les armateurs belges se trouvaient exposés à toutes les avanies; unis, ils devaient former une puissance, et contrebalancer celle de leurs rivaux.

Quelques conseillers, tout en adoptant les conclusions des partisans du projet, en craignaient les suites : « L'établisse- « ment d'une compagnie de commerce à Ostende, disaient-ils, « est de telle conséquence, qu'il convient d'en examiner toutes « les parties ix fond. 11 efil h remarquer qu'une telle société |

« pourrait s'arroger une autorité dangereuse. Le collège des |

tS(i HISTOIRE M- COIOIEI

« directeurs 8C trouvera éloigné de la i a pourra y avoir l'œil ; ils acquerronl un n auquel le génie de la nation inctioe u n'y prenil garde. On doîl >■ veiller, et n le [;ouverDement soil toujours mis at Il se passe. 11 serait bon de confondre I « tion ostendaise avec ceux de la comi u dans les pays héréditaires. Ce serait i « fournir caution de son bon comporte Il ce but, engager les Flamands à s'int^ u ou deux, dans les opérations de U « Celle-ci pourrait, en outre, leur foun i< saires à leur trafic, ^ un prix raisonn Le marquis de Prié s'était rangé pi toute concession d'octroi. I.a combin; ses intérêts, et lui enlevait les bénéfices dilion des lettres de mer (2). Se sentant au moins réserver la direction de la co n'osant proposer Cloots, il recommand de Prêt, Louis de Coninck, Pierre Prolj Anversois. Venaient ensuite Jacques Ml et Thomas Bay. Les deux premiers, w de-Gand, et le troisième vivait à Oste comme nous l'avons déjà dit, l'un des i En présentant ces candidats, le marqu « comme on ne trouvait pas dans le pa; K chacun eût acquis, par expérience, li

Hd",;,

(1) AroAiMïduroyiiumi'iSpcrélaircrifl d'Étal el demanda pour l'âliiblissemenl d'une compagnie

|4) Becueii kiit. d'actes, négociations, mi^noirM et Commères da BelQes aii.r Indes, Trésor national, ai Arehivtt du nyaame. secrélairla d'ÉLat et de gu génfnilo du baron de Clonts, etc.

1.1) Et non Jacques Baiit, ainsi que l'écrivent Arfhii'fli du TOyavme nne lellre des dfrecleurs di marquis de t'rié, datËo d'Anvers, le 13 aaQI 1 Jili'i|Ui^s Uaut, prirent r 11 at-un pour GO.OUO florins il'Usli'iiilB. Un les aura confondus l'un avec l'au

« pour diriger et conduire comme il le fallait une telle entre- « prise, il avait cru devoir indiquer d'abord ceux qui s'étaient ce déjà occupés du commerce des Indes. »

Prié, dont le caractère était absolu et tracassier, n'avait jamais rendu justice aux nationaux. « Je n'ai guère eu de repos ni de satisfaction depuis que je suis arrivé en cette contrée» mandait-il en 1718, tant par rapport aux négociations de la Barrière qu'à l extravagance de ces peuples et manœuvres qui se font pour causer des troubles (1). »Les armateurs gantois ayant éprouvé quelques pertes en 1721, il s'était hâté d'écrire à Vienne que leurs infortunes provenaient uniquement de leur obstination à employer des marins belges, au lieu de suivre l'exemple de l'Anversois de Prêt, qui avait souvent fait appel à des étrangers.

La lisle de candidats, présentée, par le ministre, excita de vives réclamations. Il fallut promettre, pour calmer ces plaintes, qu'on permettrait aux actionnaires d'augmenter de deux et même de quatre le nombre des directeurs.

Restait à obtenir l'assentiment de ceux qu'on voulait charger de ces fonctions. Tous acceptèrent leur mandat, à l'exercice duquel était provisoirement attachée une indemnité de 4,000 florins.

Le marquis de Prié, pour sa sûreté et décharge contre les cabaleurs et mauvais esprits, ne voulut traiter avec eux qu'en présence d'une junte, composée du conseiller d'État Vanderhaegen, du conseiller fiscal Patrice Mac Neny, et d'un négociant de Bruxelles, Martin Robyns. Malgré toutes les précautions qu'il avait prises, il ne put s'entendre longtemps avec eux. Ils étaient à peine installés que Prié exigea qu'ils établissent les magasins de la compagnie à Bruges. Cette ville, disait-il, avait montré beaucoup de bonne volonté dans son consentement à certain subside, et il voulait l'en récompenser. Les directeurs ayant fait quelque opposition, et les termes de l'octroi ne donnant pas le pouvoir au ministre de trancher la question, il proposa de restreindre leurs prérogatives. Il était d'ailleurs peu embarrassé de motiver une mesure aussi arbitraire : l'empereur

(1) Lellre (lu Î5 juillet 1718.

ierail foudé sur des rahoiis essentielles et imporiantes de «'ii eke. Le prince Eugène avait trop de tact et de modération lur adopter celle manière de voir, et n'approuva point le plan son délégué.

Un Anglais, nommé Colebrooke, s'était donné beaucoup de ouvement durant ces pourparlers, et prétendit avoir rédigé s statuts de la compagnie. Il est de Tait que cet étranger, à une époque où l'octroi, quoique non publié, était déjà connu, adressa en son nom et aa nom de ses associés une requête pour qu'on leur abandounùt des actions jusqu'à concurrence d'un capital de deux millious de florins. 1! alléguait que cette indemnité leur était due pour les sommes que depuis plus de deni années ils tenaient en réserve. Pour donner quelque rondement à une pareille prétention, les réclamants eussent dû prouver qu'ils avaient réellement de l'argent dans le pays, et qu'il ; était resté inrructueux.

Colebroke avait-il une missioQ secrète, et espéraît-îl, après s'élre rendu mailre des suffrages de l'assemblée des actionnaires, diriger les destinées de la compagnie et ruiner indirectement les plans de la cour de Vienne? Le fait paraît d'autant plus probable, que des poursuites Turent entamées plus tard contre lui, ses voyages en Angleterre et en Hollande l'ayant rendu suspect. Il parvint néanmoins à échapper aux agents dp l'autorité, et prit la ruile.

Les négociants de Londres et d'Amsterdam avaient mis en émoi toutes les cours. Tout était employé par eux pour dissatder Charles VI d'accorder son octroi. Des coafi^rences nombreuses avaient Lieu entre les envoyés des deux puissanoes. La compagnie des Indes anglaises commençait à s^ilir tas effets de la concurrence qu'on lui fitisait, et avait été oUigét de réduire son dividende semestriel (i). Il est probable cqwDdant qu'elle exagérait, à dessein, la diminution de ses b^éfices. La puissance de l'Angleterre se consolidait ,de plus es plus. Le crédit public y avait été organisé par la création de la banque britannique, en 1694; les forces nationales y avaient acquis de la cohésion et de l'unité par la réunion de l'Ecosse à

ET DB LA MAEUNE E» BELGIQUE. ÏSS

la Grande Bretagne, en 1707; la créalion des postes, en 1711, y avait activé considérablement les relations mercantiles. Le produit moyen des douanes anglaises, de 1700 à 1714, s'était élevé au chiffre de 1,332,764 livres sterling.

Tandis que les intrigues se croisaient à la cour impériale, et qu'on attendait avec anxiété le résultat de ces luttes diplomatiques, un vaisseau ostendais, le Charles VI, partait pour le Bengale. Il avait à son bord le sieur André Gobbé, ûltîcier d'artillerie et ingénieur, ancien greffier de la Monnaie à Anvers, que le gouvernement cbargeail de continuer au Bengale les négociations commencées entre le nabïib Jaffer-Con et Alexandre Hume. Gobbé avait à prendre la direction d'une factorerie, récemment acquise sur les bords du Gange. Il emportait vingthuit mille écus en espèces pour les premiers frais d'établissement. Ses instructions l'obligeaient à relâcher d'abord à Coblon, afin d'acquitter les dettes contractées par le fonctionnaire qui avait le commandement de ce poste. Il devait lui compter trois années arriérées de gages, payer ses gens, et lui laisser des fonds pour douze mois.

Gobbé exécuta cette dernière partie de sa mission, et quitta la côte du Coromandel vers le commencement de l'année 1724. Il approchait du terme de son voyage, lorsqu'il fut tué accidentellement, le 27 juin, par la décharge d'une pièce d'artillerie. On eut plus lard des lettres de France, annonçant le naufrage du Chartes VI à l'entrée de la baie du Bengale. Une partie de l'argent qui se trouvait à bord fut sauvé, ainsi que l'équipage, à l'exception du ctiapelaio et de cinq ou six matelots.

Vers le milieu de l'année 1723, le marquis de Prié reçut enfin l'ordre de faire publier l'octroi impérial instituant définitivement ta compagnie d'Ostende. Il se compose de cent trois articles, dont voici les principales dispositions :

« L'association est placée sous la protection de saint Charles, et établie pour trente années. Il lui est permis, durant ce laps de temps, de naviguer et de négocier aux Indes orientales et occidentales, et sur les côtes d'Afrique, tant en deçà qu'au delà du cap de Bonne-Espérance — sur ses propres vaisseaux — dans tous les ports, havres, lieux et rivières où les autres nations trafiquent librement, ît la seule condition d'observer les maximes

el tes coutumes reçues par le droî à tous les autres Belges de se liv toute permission contraire accordi lée. Les navires de la compagnie pi

a Pendant un mois, à partir di sujets de l'empereur sont seuls adi cial, mais, ce délai expiré, les dei gers doivent être reçues. Les tuU dans cette entreprise les capitaux L'empereur renonce à prélever le tout étranger faisant partie de la c

« Six millions de florins, repré de 1,000 florins, composent le cap paient en quatre fois : âoû florins tion, une même somme trois mo quarts de six mois en six mois. E propriétaires qu'après parfait p perdent toutce qu'ils ont déjà avani jusqu'au bout, les conditions du i tions doit être constaté d'une man

« Une assemblée générale des i tement après la clôture des registi tivc, il faut être porteur de douze ; cinquante à cent actions jouissen dont les souscriptions dépassent ■ ce qui est le nombre le plus élevé.

<c La compagnie est autorisée toutes ses alTaires, eu se soutnetlaii qui lui donne existence. L'cniperei des articles douteux de cette cliar seuleinont, sept directeurs, et en l'assemblée des actionnaires. Dan; sera nommé par le souverain, et u pouvoirs des membres de l;i sociét par moitié tous les deux ans, so cas de laillite de ia compagnie. L:

juge de la légalité des prises, faite de l'associalion. Celle-ci peut fairi

les Pays-Bas et en Italie, sauf dans les ports d'Istrie et de Dalmatie, réservés aux Viennois. On lui permet néanmoins d'entrer en arrangement avec ces derniers, et on lui accorde liberté de droits sur le bois, les planches, les poutres, les mâts, le goudron, les toiles à voiles, les clous, les ancres, et généralement sur tout ce qui sert aux constructions navales.

« La compagnie ne paie aucun droit de sortie sur les marchandises qu'elle envoie aux Indes, au moment de leur expédition. Une fois vendues, elles sont chargées d'un taux de 6 p. c, prélevable sur le prix de vente. Les associés, agissant en commun, peuvent acheter des terres, élever des forteresses, établir des comptoirs et les faire administrer. »

La publication de cet acte important causa une joie générale dans les Pays-Bas. On s'en disputait les copies, les presses de l'imprimeur ne suffisant pas à satisfaire aux demandes qu'on en faisait (1). On apprit bientôt, par la voie des journaux, que les souscriptions seraient reçues à partir du H août. L'empereur, en témoignage de sa sollicitude pour le commerce belge, accordait à la compagnie une somme de 150,000 patacons.

Les directeurs prêtèrent serment le 5 juillet 1723, entre les mains du marquis de Prié. Le 11 août, après une messe solennelle du Saint-Esprit, annoncée la veille par le son de la grosse cloche de la cathédrale, et à laquelle assista une foule considérable, les directeurs se rendirent à la Bourse d'Anvers. Ils y avaient à peine installé leur bureau que l'argent afflua autour d'eux. En moins de deux heures, plus de la moitié des actions furent ehlevées. L'empressement du public ne se ralentit pas durant l'après-midi, et continua le lendemain. Dans la soirée du 12 août, le capital entier, c'est à dire, six millions de florins, était fourni, et il avait fallu renvoyer bon nombre de souscripteurs. La valeur des actions s'éleva rapidement, et, dès le 15, elles étaient cotées à 12 p. c. de bénéfice (2). Une pre-

(1) Lettre du prince Eugène à l'empereur, 3 août l7iK3.

{%) Voici la liste des premiers souscripteurs. On les a divisés en quatre classes, dont la première se compose de ceux qui ont trois suffrages, la seconde de ceux qui en ont deux, la troisième de ceux qui n'en ont qu*an,

■MTOIRB DU COMMKBCB, T. III. 17

SBi HISTOIRE DD I

mière réunion des principaux inl lieu, le 6 octobre 1723, à la bt qu'on enverrait d'abord deux n Chine et un à Surate ou Moka. Oi la colonie de Coblon, fondée par :

factorerie érigée sur les bords détruite par les Indous. On auU des entrepôts au Bengale, à Cant ques bâtiments aux Indes occider Deux des directeurs, Proly et Vienne, afin de présenter au souvi naissance des actionnaires. Charl bienveiUani, les engagea à se re\ tection, et les autorisa à traiter dont les corsaires continuaient

loul en possédant assez d'actions pour i qui ont un sufTratce, sans pouvoir être et

Son Altesse Se riinlssj me, le prince Ea{

Son Excellence le marquis de Prié.

1" classe ■ Le duc d'Arenberg, J.-B. C le comte de Windiscbgr<iti, Corneille W

3* classe -- Jacub Baut, Pierre Baut, L baron de Cloots, U. F. île Coninck, l'iêrr tianiicr. l'aiildu Kititpo, Cliarlts.Haclcai Andrii de IVsicr, Ariiuiild do Prêt, Jac Pauli. TliuLiias Ray, J, F. Wellfns.

T dinse : La ville d'Anvers, Joseiih Bi le Riailrc tii-i ciimjiles Fraula, H. X. (il prime Je Lij,'ne, le comle de Lalaint;. Pic Lambert Renette, llarlin Robyns, la c Scliiidi rs, Niirbert Reluit, Jacomo Vernii

i- cl'imt ■■ liiiillaumc Arelidearon, le p Baut, il. de Uoelens, J.-B. Bollcii, J. t. cbotil, .Mirliel Rollot, J. Brocta, L. Bernae revonl. UieiioCurlciide la Carrera, M. de tiati. (i. Vnn dci- Cruîsen. N. J. Cliarles, J giinêral di' Fraula, l'ahliii de Sainte-Oei M. X. lilielliiick, F, liaman. (J. A. Gouba Bccki', J. M. Van liasse», L. de Hcuvel, plieiii, J. ti. Knyiî, A. M. Van Kessel, J.-B. de Kcrckliovc. A. Lunden. F. H. Lur

Déjà une convention commerciale avait été conclue, en 1718, entre l'empire et la Porte ottomane» à la suite de laquelle on avait encouragé quelques Flamands à aller s'établir sur les bords de l'Adriatique, en leur y offrant des concessions de terre (1). Les pirates d'Alger et de Tunis n'y avaient eu aucun égard, et avaient déjà causé des pertes sensibles -au commerce belge (2).

Tandis que les habitants des Pays-Bas autrichiens n'étaient préoccupés que de leurs projets de colonisation, les cabinets de Londres et de La Haye, de plus en plus hostiles au mouvement qui se faisait dans nos provinces, accueillaient l'établissement de la compagnie d'Ostende par de nouvelles protestations. Une foule de pamphlets parurent en Angleterre et en Hollande, tous également acerbes et violents. Dans l'un de ces écrits, publié en anglais, on compare la ville d'Ostende à un

J. Van Laethem, comte de Maldeghem, G. J. Van der Meere, B. La Moite, C. Michot, F. Mois, J. M. Melyn, Pedro Melyn, J. G. Mertens, J. J. Misson, P. Moretus, J. J. Morelus, N. J. Madou, J. M. Maissone, Patrice Mac-Neny, M. Nettine, la ville d'Ostende, J. Van Overstraete, Nicolas Van Overslracte, P. F. Offermans, M. Pielersen, P. M. de Prêt, prince de Rubempré, marquis de Ruby, marquis de Los Rios, C. Roelants, J.-B. Rousseau, J. Â. Roose, P. La Rocque, baron de Sleinghens, J. F. Sckoekaert, P. Sarsfliet, S. P. Simons, J.-B. Soenens, M. du Trieri, baron de la Vere, P. Vequemans, J. J. Vequemans, C. Vrom, G. Verhoff, G. J. Verachler, G. Vrancx, J. Verpoorte, Jacob Teranneman, Joseph Veranneman, Jacques Veranneman, Jean Veranneman, le comte de Wrangel, le comte de Winterfell, le baron de Wrangel, T. North, P. Van Wyn, M. Willcms, P. F. Woelaerl, N. L. de Wael, J. Walckiers, C. P. Wouters, C. Van Winghen, C. de Winter, H: R. Zumalo.

Dames : La comtesse de Ghaumont, Hélène Glaire Lunden, Anne Thérèse Gambier, Claire Thérèse Vinck, Anne Marie Sallet, Anne Marie Moretus, Isabelle Vervoorl, Thérèse de NoUet, veuve J. M. Verachter, veuve Annoni de Giegis.

(1) MS. 15, 306, fol. 87. Bibl. de Bourgogne.

(2) Le 4 juillet 1720, on avait célébré un Te Deum à Anvers, dans l'église de Notre-Dame, en actions de grâce du retour d'une foule de captifs, pris par les Algériens. On cite parmi les prisonniers délivrés à cette époque : lacob Arentsoon, de Bruges; François Pelicaen, de Gand; Jean Damas, d'Osdende; Laurent Petersen, de la même ville; Laurent Charpentier, de Liège; TUman Hubert, de Bruxelles; Gérard et Michel Smith, d'Ostende; Jean Stego, de Gand; André Smisse, d'Ostende ; Jean Pecqueline, Pierre et Philippe Dunic, Pierre Wasmar, de la môme ville, etc.

Ki HISTOIRE DU <

Qid de vermine, qu'il faut extirpei «t Grande Bretagne, y est-il dit, « Europe la balance des pouvoi K protestantisme. L'établissemen « doit avoir pour effet, de ruinei « de le faire passer dans les Pays « rance poHlique échappera aux « centrer dans la maison d'Âu « défense des intérêts catholique

L'opposition des cours étran£ changea aussi de base. Dès la pu il n'est plus question de réclamer procédé à l'égard des puissances le sucriTice du commerce belge au divers arguments dont on se s ins'.ruclive, car elle dévoile l'um déplomaliques mentionnées dam

— Vous n'avez nul droit, disaii Tiquer aux Indes, car nous y somi vous y avons point laissé de place des pouvoirs qu'on reconnaissait ; tifes, a divisé le monde païen ent gais. Aux premiers il a donné 1 amci'icaiii, et le privilège de navig traversant le détroit de .Magellan; et r.Xsie, ainsi que le passage rai Espérance. Vainqueurs des i'orti leurs droits, et nous vous repousi d'Esi>agne, Philippe IV, devait dt du traité 'le Tordésillas, de comra pris entre le cap de Bonne-Espér donc pu transmettre h son succe:

léges maritimes dont il tie disposi

Cette première objection, il fau sérieux. Il n'appartenait pas h la 1

-.eofihe Ositad eompni

""LGIQUE. 965

/le faire revivre

h's concur-

' I saint-

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de

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^ d'après

il do quel

.(raves qu'ils

i", articles 5 et 6,

m et le trafic des

[v- des octrois sur ce

respecteront le statu

vant, » comme aussi les

it de la fréquentation des

s contrées. Cet arranp:ement

traité des Barrières, où nous

luerce, rien ne sera clian^çé aux

.ait non seulement roi d'Espaj^ne,

(lue. L'engagement pris par lui lie

^s autres sujets.

■icnt devant ce nouvel argument, afin

^aict avait été le but des Hollandais, en

ispagnols afin d*en obtenir la promesse de

avant dans tes IndesH S'agissait-il d'en éloi-

,ui ne les fréquentaient point à cette époque?

1 , les habitants des Provinces-Unies avaient

plement se garantir contre les entreprises d'une

oore formidable, et éviter des conflits sanglants

i-rnière. On avait si peu songé aux Flamands et aux

ju'on n'avait pas fait mention de leur nom dans le

ilippe IV, comme roi d'Espagne, n'avait d'ailleurs nulle

en Brabant, en Flandre, dans le Hainaut, le Limbourg,

quisat d'Anvers ou la seigneurie de Malines. Les deux

«luoique soumis au même souverain, avaient toujours eu

oxisteace distincte, des habitudes et des usages opposés.

HISTOIRE nu COHNERCB

les lois différentes. Pour eugager l'un d'eus, il fallait un ïonveiition spéciale, et celle-ci n'existait pas.

Les souverains de la maison d'Autriche en avaieut-ilsjamai pensé autrement? Une foule de faits écartent une telle supposi tlon. En 1698, lorsque la Belgique et l'Espagne obéissaJet encore à Charles I! , ce monarque avait accordé à nos uégc cianls la permission de faire le commerce avec les Indes oriec taies.

Il ne se croyait donc point tenu, comme prince belge, d'ob server les stipulations du traité de Munster. Cet octroi, qu'il ei fallu poursuivre comme une inlVaction aux lois internationale! avait été publié sans opposition ni protestation de la parid la Hollande. Peu d'années après, avant même que Charles!/ efit prit possession de nos proviuces, encore soumises à de commissaires anglais et hollandais, plusieurs vaisseaux élaieii partis des ports de Flandre pour les Indes orientales. Ce voyages n'avaient soulevé aucune réclamation. Les armement avaient continué, quoique peu considérables ; et, ni à Anver où fut conclu le traité des Barrières, ni à la Haye oli s'étai négocié la convention de 1718, on n'avait cherché à les empé cher en invoquant le traité de Munster. La législation âvail elle donc varié depuis lors, el ne permettait-elle plus, en lTi3 ce qui avait été autorisé en 1698 ?

Le système des adversaires de la compagoie d'Ostenfle quelque péniblement élaboré qu'il fût, n'était g:uère soutenaUi au point de vue légal. 11 l'était encore bien moias lorsqu'on h dépouillait de ses formes dogmatiques, afin d'en mieux saisi l'ensemble , et pour en faire l'objet d'un examen plus appni fondi.

Que demandaient les Belges Uls ne prétendaient point tnfi quer dans les possessions anglaises ou hollandaises, mais il se bornaient à revendiquer l'exercice d'un droit dont toute les nations avaient successivement fait usage, celui d'âabtii quelques comptoirs commerciaux sur des territoires indépeu dants, oii les Européens n'avalent encore ni ports ni havres L'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Hollande, le Danemari avaient des colonies. Pourquoi les Belges, resserrés dans d'étroites frontières, n'eussent-ils pas joui d'une faculté recoQ'

mis

nue à tous leurs voisins? Lorsqu'on avait voulu frapper les Hollandais d'une injuste exclusion commerciale, n*y avaient-ils pas répondu en proclamant, par la voix de Grotius, le principe de la liberté des mers? Par quelle étrange illusion se croyaientils permis, après avoir si hautement protesté contre les doctrines espagnoles, de reprendre le rôle odieux de ceux qu'ils avaient combattus autrefois, pour faire à leur tour de la tyrannie et de l'oppression?

L'initiative de ces débats sur les traités de Munster et des Barrières appartenait à un avocat, nommé Abraham Westerveen. Dès le 23 mars 1723, les directeurs de la compagnie hollandaise des Indes orientales, adoptant ses idées, présentaient un mémoire en ce sens aux états généraux, dont ils réclamaient l'intervention. Leurs hautes puissances envoyèrent aussitôt des ordres à leur représentant auprès de Charles VI, Hamel Bruyninx, et renouvelèrent les prescriptions du placard de 1717, par lequel il était défendu à tout sujet néerlandais de s'intére^ ser à nos entreprises.

Le roi d'Angleterre, Georges I®% les suivit dans cette voie, et fit publier que tout Anglais, convaincu d'avoir pris des actions dans la compagnie d'Ostende, perdrait le capital souscrit, et serait condamné à une amende de trois fois cette valeur, dont les deux tiers seraient remis, à titre d'indemnité, à la compagnie anglaise des Indes.

Dans l'intervalle, un autre publiciste hollandais, Barbeyrac, prenait la plume pour combattre « les nouvelles prétentions des habitants des Pays-Bas autrichiens. » Mac-Neny, l'un de nos négociateurs à la Haye, les défendit avec chaleur et fut soutenu dans cette tâche par Dumont, baron de Carelscroon, par Von Berger ou Bergerus, écrivain allemand, et par Pattyn, conseiller de Malines. Ce dernier, s'appropriant le thème développé jadis en Hollande, s'efforça de faire sortir la discussion des bornes étroites où on voulait la circonscrire, en y mêlant des considérations d*un ordre plus élevé : « II ne faut pas, « s'écriait-il, il ne faut pas qu'une nation usurpe l'avantage des <c transactions mercantiles dans le monde entier, et traite a toutes les autres en esclaves, comme si elle était souveraine << de la mer et des vents. Il ne doit- pas être permis, dans la

VBTvmX BC CXUMnCB

us -wxmke^^ Àt s attribuer un mono zl Us- *îirtLz uJTsiu'i Tiûo* ttce s€ule ville que -'-:cSj^ i L..*; 'iiTîvsïfï. ]P^:«i:^ dirons doDC comme V ^^'j ïi >.-ai. laninMic^ des Pays-Bas; en ma T TT^ -«!iTir. T*i4=- itÀoiiis «île du genre humain. ^-^ r-t.û^ H-jitfS> -s ùçoté» do Brabant, assen -tii ^ lr»ii*r»les. nùinrinrent à leur tour < -rr. f -fL~-vi-rir^î, ji S inars 1724, une requêt ar*- stcicrie i& r^i^iïiienu les uns après le 14Î& js- r:nnT»-pi'=- ic^ âoôiaïAies hollandais. Le méi TF3 JhÀL . rr^ftf ^iâ^Au:! ni^oaient Ostende et gagr sss. ':i^ic^sL ' Lmmrrw CÀorUs-Quint ^ capitain «^^TBbfr. j£ ^* -iLvniiï. «L rouu^ pour le Bengale; I ÛJÊÊmcu jc^ -^iOâiii^. capitaine Balthazar Roose r ^aticu::! :i..::iiat; ^îaxùs Carpentier : ces deux ^riJL^rui ^a Chine (1).

^J^ Tïiini. : .c^ âLT:caiiaires de la compagnie eu Ef> "15. -■»■ wr u Tunidtion de ses comptes. Leî is^ «: li u^ucoi liis d'opposition , les crainte -st S&:. z^sc-e^ i^ù^ri sur Tavenir de leurs fabr - --Hein à^KiHrtffr. Cette industrie occupait, k^- QCâJt aullc îtfpscacws à Anvers, travaillant r-.- --■> îTr^tt^r^ I usser. dont chacun requéi ^ ^ - -,.i-r e< icvideurs, tondeurs, lii . , : -. --r--^. ;i< iifrai^rfs étaient fort habile! ^ ^ .r .-THueran leclat et de brillant à

,. -^^ i» ïuDt a en Belgique une gran

,..,.-.. ...-i:. ic jcnolure la paix avec Phi

. :■ -ï^ :'jaiiic:ons avantageuses poi

. . - .»:-r*:s^"i i^t été stipulée entre

V •:-- .t: li nême année. On fixait

^ . - !•: T> ieux souverains devaient s

u- . u:a«:ue. tant sur terre que 5

Les ports d'Espagne étaient rouverts aux sujets de Charles VI, auxquels on accordait les mêmes privilèges qu'aux nations les plus favorisées. Une clause par laquelle l'Autriche promettait ses bous offices pour faire restituer à l'Espagne Gibraltar et Port-Mahon, menaçait les intérêts britanniques.

A ces bruits vinrent bientôt s'en ajouter d'autres. Le duc de Riperda, le premier ministre de Philippe V, avait annoncé qu'il était question d'un mariage entre l'infant don Carlos et la fille aînée de l'empereur, projet de nature à inquiéter les puissances européennes, par la crainte de voir ressusciter un jour la vaste monarchie de Charles-Quint. Un acte particulier, spécifiant les avantages commerciaux concédés aux Belges, permettait, disait-on, à la compagnie d'Ostende, de débiter en Espagne les denrées provenant des colonies qu'elle se préparait à acquérir en Orient. Elle allait jouir de ce tous les droits <( qui avaient été reconnus aux seigneurs états généraux des « Provinces-Unies par le traité de l'année 1648, tant à l'égard « des Indes que de toutes autres choses qui seraient applicc cables audit traité, et ne lui seraient point contraires, comme « aussi à la paix conclue entre Leurs Majestés. »

Le commerce d'Amsterdam jeta un cri d'alarme. Tandis que les envoyés hollandais adressaient des représentations fort vives à la cour d'Espagne qui, peu de temps auparavant, s'était jointe aux ennemis de l'Autriche pour condamner l'installation de la compagnie d'Ostende, celle-ci précipitait ses expéditions. Elle envoya, en 1725, trois nouveaux navires en Asie, le Charles VU l'Impératrice et le Marquis de Prié.

Le Charles F/, armé de 36 canons, était commandé par le capitaine Corneille de Winter (1), et partit pour le Bengale. Il en revint le 18 juillet 1726, chargé de 84,839 pièces de mousseline, de 7,990 pièces de soie, de 120,543 livres de salpêtre, et de quelques bois précieux.

^impératrice et le Marquis de Prié, qui avaient voyagé de

(1) Et non Jacques de Winler, comme le rapportcnl quelques ouvrages. Voy. lettre des directeurs de la compagnie impériale des Indes, du 23 juillet 1726, Arcft. du royawne, secret. d'Etal et de guerre, carton intitulé : Comftagnie d'Ostende.

no HISTOIRB DD COH

conserve, reparurent en vue d'Oste année. L'un de ces vaisseaux touci rentrant au port, mais sans éprouve la Oiine, et en rapponnient 696,S3t et S,083 colis renfermant des porc de soie de différentes grandeurs, e Les Rctions de la compagnie haussi devenait de plus en plus difficile d( cet époque qu'elle institua une pU espagnol de Vienne, oh l'on accuei Belges établis dans la capitale de \'t

Les Ostendais avaient perdu un n ravant, dont le capitaine et l'équipa Qiers par les Barbaresques. Le si moment avec l'empereur, ils résc démarches atln d'obtenir la restituti et la mise en liberté des captifs. Je par la commission directrice, se re des instructions, et passa de là i accorda une escorte de quatre vais négocier avec les pirates. Schonami adressé au dey d'Alger, et ordonn bâtiment saisi, appelé la Ville de 1 sesseurs. Les Algériens n'en tinn strcnt d'entrer en négociations. L pagnio, en désespoir de cause, si rançon du capitaine Glieselle et di h 20,000 fr. Ils s'embarquèrent ens fit meilleur accueil. Une conventi cet État et l'empire, le 23 septembr

Il fut agréé qu'il y aurait cessati par mer, de part et d'autre. Les su

|1| Voy. Ipiirc (le rarchidiiciicdsc Ma ai Juin 11i6. A relie lettre e.-it joEnt un invrniairc complet des deux rhargenicn laine Jean de CIcrrk, et le Marquis de Prié ( dcrelng.

ET rE LA NARINE EN BELGIQUE. «Il

■ennemi et conduits à Tunis, devaient y être itnmét lelâches. Les étrangers trouvés à bord des vaisseaux , ou les sujets de Sa Majesté trouvés à bord des Uangers, ne pouvaient être réduits en esclavage. Les i s'en(;aKG;iifint à n'accorder ni secours ni protection s de CliarlesVI. Ils reconnaissaient à ce prince le .nommer un consul à Tunis, chargé de l'expédition des jis dont ses nationaux avaient besoin, et jugeant de tous ^Uïrenant enire eux. Un démêlé s'élevait-il entre un habij pays et un sujet impérial, il était enjoint au consul de ndre aucune décision sans avoir requis l'avis du Bashaw [gouverneur des ports. En cas de guerre, les membres [ation avaient trois mois pour faire leurs préparatifs de tans pouvoir être inquiétés durant cet intervalle (1). apérité de la compagnie approchait de son terme. Les ^jgnés à Vienne entre l'empereur et le roi d'Espagne, 'éparaieiil ei apparence un si brillant avenir, avaient I émoi toute l'Europe. La France , l'Angleterre et la ), désirant contre-balancer les effets de ces actes, s'unirent r tour, le 3 septembre 1725. Les trois puissances se garan- 'licnt réciproquement leurs possessions, et en particulier les Dits qui regardaient le commerce dont elles jouissaient ou deient jouir respectivement. Un article spécial déterminait le :>ntiDgeat des secours à fournir par les contractants, dans le as où l'un d'eux serait attaqué en haine de cette alliance ou ous quelque autre prétexte.

La cour impériale, se sentant menacée, s'occupa du soin de gagner des adhérents. Elle obtint l'appui du cabinet de Saint- Pétersbourg, et parvint même à décider le roi de Prusse à abandonner secrètement la cause de ses alliés. La Hollande, tout en contre-carrant le désir de Charles VI de se créer une marine en Belgique et à Trieste, hésitait à se prononcer : elle craignait la guerre, et se souvenait des 600 millions de florins que lui avait coûtés, autrefois, la lutte qu'elle avait soutenue contre Louis XIV.

- Dans ces circonstances, le gouvernement autrichien envoya

(1) BiU. regiUer, tom. XI, p. 33».

niSTOIRE DU COMMERCE

des instructions îi son ngeiil i\ La Haye, lui recommandant de travailler fi obtenir l'accession de la république au tmit^ de Vienne, dùt-on l'acheter au pris de quelques sacrifices. Dans ce but, on ofTrit aux Hollandais de définir les localités oii ti CompaRiiie d'Ostende pourrait traliquer, les espèces de mar cbandises qu'elle serait autorisée h rapporter des Indes, elle nombre des vaisseaux qu'elle y expédierait chaque année.

Ces propostions furent mal reçues : « La Hollande, y fut-ii répondu, ne demandait point la réglementation d'un commerce Hlicilc, mais sa cessation absolue.

Sollicitations et menaces ayant été inutilement mises en œuvre par l'envoyé impérial, celui-ci reçut l'ordre de proposer aux Provinces-Unies de soumettre le différend à la médiation de l'Espagne. PhilippeV intervint personnellement dam ces négociations, mais sans succès. La cour de Madrid s'étaot vantée de pouvoir, mieux qu'aucune autre puissance européenne, présenter à la Hollande une indemnité convenable,» lui répliqua qu'elle n'en demandait qu'une et n'en accepterai pas d'autre : la révocation de l'octroi de 1722.

Après un tel éclat, il était difiicile aux états généraux de maintenir leur neutralité, et ils finirent par se ranger du côlé des ennemis de l'Aulriclie. Ceux-ci leur gnranlissaieni le droit d'exclure les Belges du commerce des Indes « « vertu du traité de Munster. » La Suède et le Danemark ayint suivi l'exemple des Hollandais, une conflagration générale devint bientôt imminente. Les hostilités comnaencèrent sans qu'il y eût déclaration de guerre. L'Angleterre envoya une escadre dans la mer Baltique, oii l'on s'attendait à voir paraître une flotte russe, et fît partir d'autres vaisseaux pour les côtec d'Espagne et les mers d'Amérique, afin de metti-e obstacle u retour des galionses pagnols,etde diminuer l'ardeur belliqueuse de Philippe V. Celui-ci, réunissant quelques troupes, s'était hâté de faire investir Gibraltar.

Charles VI, tout en croyant de sa dignité de défendre la ccmpagnie d'Ostende, était préoccupé en ce moment d'une affaire plus grave, à ses yeux, que le maintien ou l'abolîtiOD de cette société commerciale. Il n'avait qu'une fille, Marie-Thérèse, et désirait lui laisser ses États. Déjà il avait exprimé sa voloutéi

cet égard, par un acte auquel il avait donné le nom de « pragmatique sanction. » Il y déclarait que toutes les possessions de la maison d'Autriche devaient être considérées comme formant une masse indivisible, se transmettant aux héritiers mâles de l'empereur, s'il en survenait, ou aux archiduchesses ses filles, à leur défaut. Après les grands efforts qu'if avait faits pour décider les puissances européennes à donner leur approbation à cet arrangement, il ne pouvait voir qu'avec beaucoup de déplaisir le renouvellement des hostilités, c'est à dire la remise indéfinie de cette ratification publique, à laquelle il rattachait l'avenir de sa dynastie.

Ces considérations ébranlèrent sa fermeté, et le firent reculer alors qu'on n'attendait plus de lui qu'un appel aux armes. Des ouvertures de paix furent faites au nom de TAutriche, par l'intermédiaire du nonce Grimaldi, à la France età la Hollande. L'empereur demandait à faire décider, par des juges désintéressés, si l'établissement de la compagnie d'Ostende était, oui ou non, contraire aux traités, et promettait de se conformer à leur sentence. Un délai convenable eût été fixé pour permettre aux arbitres d'examiner la question, durant lequel l'octroi accordé à la société eût été momentanément suspendu. Les vaisseaux expédiés, et dont le retour était prochain, devaient néanmoins avoir la faculté de rentrer en Belgique. Les états généraux se montrèrent d'abord inflexibles. Ils firent remarquer que l'illégalité du commerce des Belges avec les Indes avait été trop clairement démontrée pour devenir l'objet de nouvelles contestations, et que des pourparlers à cet égard n'eussent fait qu'irriter les esprits. Ils refusèrent également de permettre la rentrée des navires flamands qui se trouvaient au Bengale et en Chine, ne voulant pas, disaient-ils, « leur fournir l'occasion de revenir plus richement chargés. »

La Hollande, appuyée par ses deux alliés, rejetait donc les propositions de l'Autriche. De nouvelles conférences eurent lieu, et amenèrent un rapprochement. On fit à Charles VI, relativement à sa pragmatique, des offres de nature à le séduire, et une convention préliminaire fut signée à Paris, le 31 mai 1727, par le baron de Fonseca, le comte de Morville, Walpole et Boreel.

Elle portait que l'empereur « n'ayant d'autre but que celui de

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« contribuer à la tranquillité de l'Europe, et voyant que « eommerce d'Ostende avait causé des inquiétudes et des c « brages, consentait à ce qu'il y eût suspension de l'octroi « la compagnie, et de tout commerce des Pays-Bas aux Ind « pendant l'espace de sept ans. » Toutes hostilités devaii cesser, les vaisseaux pris de part et d*autre être restitués, les escadres quitter leurs positions. Les navires expédiés d'< lende avant la conclusion de la convention pouvaient rêve librement. L'espace de sept ans fixé à la durée de la susp sîon était destiné à être employé <c à travailler solidement à u « couciliation des intérêts réciproques, et à une paciflcati « générale. »

La compagnie avait envoyé trois vaisseaux en Chine en 171 savoir : le Lion d'or, de 36 canons, capitaine Jacques Larmi rjij^i<r, de 34 canons, capitaine Van de Wael ; le Tigre^ 34 canons, capitaine Michel Pronckaert. Deux bâtiments, FaiXy 36 canons, capitaine Philippe Perrenot, et l'^^raii $4 canons, capitaine Nicolas Carpentier, étaient partis pour Bengale. D'autres expéditions avaient eu lieu en 1727. 1 listes officielles mentionnent V Archiduchesse Elisabeth^ 3â canons, capitaine Michel Cayphas; le Charles F/, de 28< nous, capitaine Laurent 3Ieyne, la Concorde, de 36 canons, ( pitaiue iiilles Ringaut; le Marquis de Prié, de 26 canons, ca; laiue OuilUmme Brouwer; le Saint- Antoine de Podotie, capitai Jeau vie Kraecker; la Sainte-Anne, capitaine Mathias Clii <^ujert et le Siùnt 'Joseph, commandé par Daniel Petres. '. c\»iii;.Mi:::c\ iïuiêpendamment du comptoir 'de Coblon, av; jior^ ôe> laetoreries à Baltasar sur le Gange, à Bankebasar i llchai.»oar.

L>tM[.»t\'sc>ion produite en Belgique par la suspension de l'o

u\>i Jo ITii. fut ilurable et profonde. On s'attendait si peu h c

4^a.•l^ioa ùos iutèivts du pays que, la veille même de la sign

Uiiv au ".'.aile de l\iris, nul détenteur d'actions ne voulait l

\t'«tv:î*-' i lis, tant ou comptait sur la protection impériale.

•o ■.. ;^-': ■' ios préliminaires fut-il connu, qu'elles tombère;

: ,>. ' . VN rîcp.o, la compagnie anglaise des Indes orientah

V ' " N, u". Ivîiôlice de iîOO,000 livres sterling de pU

..o ^ ■ •.c.-Uiitc<, et arrêta l'armement pour la Chic

de trois vaisseaux au lieu d*un, qu'elle s'était jusqu'alors contentée d'y envoyer.

Telle avait été l'imprévoyance ou le dédain du ministère autrichien, qu'il ne s'était nullement préoccupé des mesures préservatrices à prendre, au nom des actionnaires, durant la suspension du privilège de l'association ostendaise. Fallait-il, durant sept ans, laisser improductifs des capitaux considérables, tout en maintenant une administration coûteuse, désormais presque inutile?

Les directeurs, réduits à leurs propres ressources, mirent en avant divers moyens de maintenir le statu quo, tout en évitant au pays des pertes trop considérables. L'envoi annuel de deux vaisseaux, soit en Chine, soit en Amérique, suffisait pour couvrir les frais d'exploitation, en attendant une solution définitive : on ne voulut point en entendre parler. Restait à soustraiter avec la compagnie impériale de Trieste, ou à revenir aux passeports particuliers. Dans ce dernier cas, la position des directeurs devenait des plus délicates, car ils ne pouvaient justifier publiquement l'emploi des fonds consacrés à de telles affaires. On discuta plusieurs combinaisons, mais sans pouvoir y rallier le gouvernement : tout commerce finit par cesser réellement du port d'Ostende aux Indes. La compagnie, tout en se résignant à suspendre ses opérations, ne pouvait cependant se dispenser d'envoyer quelques secours aux chefs de ses factoreries. Elle réclama ce droit qui paraissait trop juste pour être contesté : il lui fut refusé par les cabinets de Londres et de La Haye. Elle eut alors recours aux moyens détournés, fréta secrètement deux vaisseaux naviguant sous pavillon polonais, et les envoya au Bengale. L'un d'eux fut capturé à l'embouchure du Gange, et l'autre n'échappa qu'avec peine aux croiseurs anglais et hollandais.

Les comptoirs impériaux continuaient cependant à se maintenir, grâce à l'énergie des Belges qui s'y étaient établis.

La colonie de Baltasar, sur le Gange, excitait particulièrement la jalousie des étrangers. Comme elle prolongeait son agonie, nos concurrents soudoyèrent un nabab voisin, qui l'attaqua avec des forces considérables, et força le gouverneur à se mettre sous la protection du pavillon français.

276 HISTOIRE DU COMMERCE ET DE LA MARIIfE EN BELGIQUE.

Le traité de Séville, du 21 novembre 1729,, réunit l'Espagne, ta France et TAngleterre dans les garanties accordées aux Hollandais contre la compagnie d*Ostende. Elle fut définitivemem condamnée par la convention de Vienne, du 46 mars 1721. Charles VI, en échange de la promesse que lui faisaient TAogleterre et la Hollande a de défendre et de maintenir Tordre de succession établi dans la pragmatique » signa, sans hésiter, la ruine du commerce belge. Par Tarticle 8 de ladite convention, il s*engageait à « faire cesser prochainement, et pour toujours, (c tout négoce et navigation aux Indes orientales dans toute « l'étendue des Pays-Bas autrichiens, et dans tous les autres « territoires qui, du temps de Charles II, étaient sous la domi- « nation de TEspagne. »

Le croirait-on? Cette déclaration ne satisfit point les états généraux. On ne citait dans le traité que les Indes orientales, tandis qu'il eût été si facile, en se servant du mot générique Indes, d'étendre la prohibition à l'autre hémisphère! 11 ne suffisait pas, d'ailleurs, d'exclure les Belges du continent asiatique, mais il eût fallu fermer leurs ports aux étrangers, et les meure dans la nécessité de recevoir des Hollandais eux-mêmes les denrées coloniales dont ils avaient besoin pour leur consom* mation intérieure.

Un an après la suppression définitive de l'Association formée dans les Pays-Bas, la compagnie néerlandaise donnait un dividende de 25 p. c. à ses actionnaires.

En 1745, c'est h dire quatorze ans après la signature du traité de Vienne, un Ostendais, François de Schonamille, ne pouvant croire à la ruine de tant d'espérances, défendait encore, avec quelques troupes, la factorerie de Bankebasar. Assailli par une nuée d'Indiens, il périt glorieusement les armes à la main, à la tétc d'une poignée de braves qui, comme lui, ne devaient plus revoir la terre natale.

Ce fut le dernier épisode de l'histoire de la compagnie d'Ostende.

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