‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 69 sur 74 · CHAPITRE XVIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIi

Règne de Marie Thérèse. — Guerre générale. — Travaux publics. — Notes SOI la situatioQ commerciale et industrielle de la Belgique vers le milieu du XVIII* siècle. — Organisation des douanes. — Conventions postales. — Traité avec l'Espagne et la Sardaigne. — Décrets et ordonnances. — - Situation commerciale et industrielle du Limbourg. — Imprimeries belges. — Navires envoyés aux colonies françaises. — De quelques industries nouvelles. — Le parc aux huîtres, à Os tende. — Débats politiques. — Amélioration du port d'Ostende. — • La compagnie d'Asie et d'Afrique. — Ses opérations. -~ Sa chute. — • Fin du règne de Marie-Thérèse. — Avènement de Joseph II. — - Ses premiers actes. — Ses négociations au sujet de la liberté de l'Escaut. — Traité de Fontainebleau. — Revirements politiques. — Mort de l'empereur. — Restauration de Léopold II.

Charles VI, en sacrifiant les intérêts de ses sujets à ses préoccupations dynastiques, avait inutilement compromis la dignité de sa couronne. A peine a-t-il fermé les yeux, en 1740, que tous les Étals qui ont garanti sa succession à sa fille, Marie- Thérèse, prennent les armes contre cette princesse. Les droits les plus surannés sont ravivés. L'Espagne réclame la Bohême et la Hongrie, le roi de Sardaigne le Milanais; La France, sans rien demander pour elle-même, exige l'empire pour Télecteur de Bavière.

Marie-Thérèse avait pris possession des provinces héréditaires, et s*était fait déclarer reine de Hongrie et de Bohême, lorsque son plus dangereux ennemi, le roi de Prusse, Frédé-

MISTOIIiB DO 90MICBaCI, T. m. tt

rie II, donne le signal des hostilités en s'emparant delaSilésie. Vers le même temps, les Français pénètrent dans la haute Autriche , envahissent la Bohême et font proclamer le compétiteur de rimpératrice sous le nom de Charles VII. Abandonnée par tous, la jeune princesse ne désespère pas de sa cause, foil en Hongrie, rallie autour d'elle de braves et vaillants soldats, et se voit bientôt reconnue par l'Angleterre et la Hollande, qne la politique française commençait à inquiéter. Dès lors sa fortune se relève et les chances de la guerre lui redeviennait favorables. La Sardaigne cesse de lui être hostile, une escadre anglaise force le roi de Naples à la neutralité, et le roi de Prusse se retire de la coalition après s'être fait céder la province qu'il convoitait.

Les Pays-Bas, épargnés jusqu'en ce moment , sont attaqués en 1744 par les Français. Menin, Ypres et Fumes tombent en leur pouvoir, et le maréchal de Saxe gagne, en 1745, la mémorable bataille de Fontenoi, si meurtrière pour les alliés. Gand ouvre ses portes aux vainqueurs, et déjà les Hollandais, privés des villes de la Barrière, se préparent à percer les digues de Sainte-Marguerite, lorsque le comte de Loewendahl leur fail déclarer que le roi Louis XV ayant pris possession de la Flandre, ne tolérera aucune agression dirigée contre ses habitants. Bruges, AuilenarJe, Termonde succombent à leur tour, puis Osteude, dont on avait négligé dlnonder les approches.

Après la conquête, vinrent les emprunts forcés. Louis XV fit demander deux millions six cent mille florins aux états de Flandre, en les prévenant qu'il entendait qu'on les lui accordât t'ans remontrance , « selon Tusage des sujets français, qui obéissent sans discuter. «Les habitants du pays de Wae?^ furent taxés, pour leur quote-part, à 184,466 florins courant (i*. Ou travaillait activement, dans les chantiers d'Ostende et de Bruges, h la construction d'une foule de bateaux plats, desliriés à transporter des troupes en Angleterre, où le roi Louis cspéiait faire rentrer les Stuarts.

En 1747, la guerre s'étend au pays de Gadzand , et à tout le nord de la Flandre. La Hollande, craignant pour son salul,

(1) Rcg. van Waes, 1747-1748.

proclame le sladhoudérat, qui devint héréditaire en ligne masculine et féminine dans la maison d'Orange-Nassau. Les Français poursuivent leur marche victorieuse. Ils gagnent labataille de Lawfeld et, après un siège assez prolongé, entrent dans Bergop-Zoom.

Ils étaient à Maestricht, lorsque les Anglais et les Hollandais songèrent à traiter. Trente-sept mille Russes arrivaient au secours de ces derniers, et se trouvaient déjà sur les bords du Rhin.

On fit la paix à Aix-la-Chapelle , en 4748. La France, l'An- * gleterre et la Hollande se rendirent leurs conquêtes en Europe et dans les deux Indes ; la Silésie fut abandonnée au roi de Prusse ; les droits de Marie-Thérèse furent solennellement reconnus, et on lui restitua les Pays-Bas, tels qu'elle les avait possédés avant les hostilités, tout en conservant à la Hollande son ancien droit de barrière.

Avant de reprendre le récit sommaire des principaux faits qui remplirent le dix-huitième siècle — dont il est nécessaire de faire mention, puisque l'industrie et le commerce en subirent l'influence, — nous réunirons ici quelques notes qui se rapportent plus intimement à notre sujet.

De nombreux travaux d'utilité publique furent exécutés, de 1721 è 1750 par l'administration autrichienne. Le lit de la Geete fut élargi et rendu navigable jusqu'au Démer ; le canal du Sas de Gand, commencé dès les premières années du règne de Philippe II, fut nettoyé et approfondi (1) ; celui de Bruges à Gand s'élant envasé, les étals de Flandre ouvrirent un emprunt d'un million de florins pour rétablir les communications de celte dernière ville avec Ostende. On commença, en 1730 , le creusement du canal de Louvain , terminé en 1753. Il pouvait recevoir au besoin neuf pieds d'eau, et devint bientôt l'objet d'une navigation assez active.

Ces améliorations ne se faisaient pas toujours sans résistance, car elles dérangeaient d'anciennes habitudes, et froissaient quelques intérêts purement locaux. En 1727, les Mali-

(i) Il portait des navires de 60 à 80 tonneaux ; des bâtiments de 100 tonneaux pouvaient parcourir celui de Bruges.

280 HISTOIRE DU COMMERCB

nois ayant demandé la permission d'établir une chaussée de leur ville à Louvain, furent sur le point de se voir refuser oei octroi h cause de l'opposition violente qu'y firent les bateliers de Bruxelles. Ceux-ci faisaient remarquer « que l'exécutioft « d'un tel projet allait diminuer considérablement leun « recettes, et nuirait par conséquent à TÉtat, qui se rése^ <c vait une part sur leurs bénéfices; que l'État cessant depe^ <K cevoir leur argent ne s'occuperait plus de l'entretien h « canal, et que dès lors tout le commerce se concentrerait k « Malines. L'ouverture d'une ligne de communication directe (€ entre cette dernière ville et Louvain, disaient-ils, ne cob-' «c sacre pas seulement la ruine des négociants de Bruxelles, « qui perdront toute relation avec Diest, Tirlemont, Sichem, « Scherpeiiheuvel et Louvain même, mais sera non moins pré* c( judiciable h la Flandre, vers laquelle part tous les quio» c( jours un bateau chargé de chaux, de fer, de bois, d'ardoises, « de pierres, de clous, de cuivre et de papier, venant de Liège, « de Luxembourg et de Limbourg. » Il eût été difficile de raisonner plus mal , mais ces réclamations causaient de grands embarras à l'administration, et n'entravaient que trop souveol son action.

Les bateliers du bas Escaut avaient, à la même époque, de

plus sérieux ^mmcIs à l'aire valoir que leurs confrères bruxellois.

Leurs bateaux n'étaient plus admis dans le fleuve, dt^puisla

découverte des mines d'Anzin, de Fresnes et de Vieux-Condé,

(jue lorsque les transports français étaient tous employés, et

qu'on manquait d'embarcation. Cet état de clîoses ayant été

signalé au gouvernement, celui-ci chargea quelques dclé^rués

d'étudier les moyens d'établir une voie navigable entre Jem-

mapes et Ath. Ces délégués , qui manquaient , paraît-il, de Tex-

périeiice nécessaire à de semblables travaux, présentèrent des

devis si peu satisfaisants, que le projet dont il s'agit fut ajourné.

On se contenta de relier la ville d'Alli à celle de Mons, par une

chaussée. Les patrons de barques revinrent à la charge efl

1738. Désirant plus que jamais se soustraire aux obstades

(iu*ils rencontraient à Condé, ils prièrent les étals de Hainaol

de demander la construction d'une route sur Tournai pour le

voiturage libre des charbons jusqu'à l'Escaut; mais le pouvoir

central rejeta leur requête, préférant faire exécuter un canal, partant de l'écluse de Sartîs, sur la Haine, et se déversant dans FEscaut au dessus de Turcoing. Déjà les ingénieurs Gavaux et Pion en avaient fait le tracé et calculé la dépense, montant à 1,020,120 florins, lorsque d'autres influences prévalurent, et renvoyèrent de nouveau la décision de cette affaire à d'autres temps.

Quelques familles belges avaient encore quitté le pays, sous le règne de Charles VI, pour cause de religion, bien que les idées de tolérance y eussent fait de grands progrès. Plusieurs Flamands et Picards, professant la religion protestante, partirent pour l'Ecosse vers 1724, et allèrent se fixer à Edimbourg. Ils y importèrent l'art de fabriquer de la batiste. Un quartier spécial, composé de treize maisons, leur fut spécialement assigné. Une association, dont faisaient partie les principaux gentilshommes de l'Ecosse, les prit sous son patronage, et favorisa leur industrie naissante (1).

La Flandre et la Hollande possédaient une véritable supériorité en ce genre de travaux. L'une des découvertes les plus précieuses faites dans la pratique du tissage, celle de la navette volante, est due à un Flamand. Elle fut appliquée pour la première fois à Ypres, de 1730 à 1740(2). Vers 1720, il se débitait jusqu'à cent mille pièces de toiles en Flandre, mesurant chacune environ quatre-vingt aunes, et évaluées dans leur ensemble à quatre millions de florins (3). Gand était le centre de ce commerce (4), bien que les marchés d'Audenarde, d'Alost,

(1) Âdnantages aud desadvantages, etc., fol. 117; Peuchet, Dictionnaire de géographie commerciale. Beaucoup de Belges émigraicnt pour TEspagne, afin d*y prendre du service parmi les gardes royaux en ce pays; on y remarquait ane compagnie entièrement formée de belges, portant l'uniforme jaune; un r^iment d*infanterie, de même nationalité, habillé de blanc et de bleu, deux bataillons brabançons, portant les mêmes couleurs, et deux bataillons de Bruxellois. 11 y avait en outre en Espagne quatre escadrons de cavalerie belge, dont deux brabançons et deux flamands. Voy. Beawes, Dissertations on Spain and Portugal, tom. I, p. %%3.

(2) £d Barlet, Essai sur V histoire du commerce et de l'industrie de la Bdgiqu^, p 180.

(3) A raison de dix sols l'aune, prix courant.

(4) En 1735, on présenta en vente à Gand 65.849 pièces de toile; en 1750, ce chiCfre s'éleva à 79,040, puis à 83,305 en 1760, et à 86,315 en 1764.

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La ville de Tournai, gardée par des troupes étrangères, ne se trouvait pas, en 1739, dans une situation bien brillante. Son commerce diminuait de plus en plus, et beaucoup de familles aisées Pavaient déjà quittée, pour aller s'établir à Lille, àValenciennes, à Douai, et sur d'autres points du territoire français. Les fluctuations monétaires étaient la principale cause de ces émigralioni?. Les monnaies d'or et d'argent étaient taxées à un taux moins élevé dans le Tournaisis que de l'autre côté de la frontière. Il nous suffira de quelques chiffres pour démontrer à quel point les Tournaisiens eurent à souffrir de cet état de choses. Un ingénieur ayant levé le plan de leur cité en 1687, y avait constaté la présence de 26,196 habitants, dont 24,496 laïques et 1,600 religieux, répartis dans 3,831 maisons. L'Église possédait alors un tiers des propriétés bâties et non bâties situées dans la commune, les bourgeois et l'État les deux autres tiers. En 1747, c'est à dire soixante ans plus tard, non seulement la population ne s'était pas accrue, mais elle n'était plus que de 21,380 personnes, et avait subi une déperdition de 4,216 individus (1).

Les Français, après avoir fait la conquête du pays deNamur en 1747, avaient établi des droits presque prohibitifs sur les cuivres venant d'Aix-la-Chapelle et de Stolberg, afin de favoriser l'industrie namuroise. Les Dinantais, si connus autrefois pour leur habileté comme batteurs de cuivre, n'exploitaient plus alors que quelques carrières de pierre, et se livraient au commerce des cuirs. Ils exportaient les produits de leurs. tanneries en Allemagne, en Lorraine, dans le Luxembourg et en Flandre (2).

Les tanneries liégeoises était également fort renommées. Les principaux centres de ce négoce se trouvaient à Liège, à Malmédy, à Stavelot, à Herpe, à Esneux, à Visé, à Wanze et à Clermont. On ne tannait, dans les trois premières de ces localitiés, que des cuirs d'Amérique, venant de Buenos Ayres et des autres colonies portugaises et espagnoles du Brésil et du Paraguay. On en importait annuellement plus de 100,000 peaux,

(1) Poutrain, Hist. de la ville et cilé de Tournai, p. 595. (t) Délices du pays de liège, tom. U.

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ET DE LA MARIIfE EN BELGIQUE. S85

plusieurs autres variétés, mais elles étaient moins recherchées.

Nous ayons déjà parlé des draps de Verviers. En 1722, les états du pays ayant soumis ce produit à Timpôt du 60% dont il avait été d'abord déclaré exempt, l'industrie verviéloise languit durant quelques années, et ne reprit toute son activité qu'en 1757. Elle mettait annuellement en circulation environ 70,000 pièces de drap. Les patrons payaient leurs ouvriers en marchandises. Ils tiraient leurs laines fines d'Angleterre et d'Espagne. Les étoffes de qualités inférieures étaient confectionnées à Taide de laines plus communes, venant de Saxe, de Bohême, ou même du pays (1). Le savon blanc, l'huile d'olive et les matières colorantes dont se servaient les fabricants verviétois arrivaient d'Amsterdam, de Marseille et d'Anvers; les Pays-Bas autrichiens leur fournissaient l'huile commune, et leurs compatriotes leur vendaient de la colle, du charbon de terre du bois, des acides et de l'alun. Les draps manufacturés du pays de Liège trouvaient d'excellents débouchés aux foires de Francfort, de Leipzig, de Brunswick, de Kœnigsberg et de Breslau; ils transitaient par Lubeck et Hambourg vers la Russie, et par l'Allemagne et le Danube vers la Pologne; on les dirigeait sur le Levant et Porto-Rico par les ports de Bruges, d'Osiende et d'Amsterdam.

Macpherson, dans ses Annales du commerce, nous apprend que la compagnie anglaise de la mer du Sud envoyait annuellement un navire dans les possessions espagnoles en Amérique, dont la cargaison se composait en partie de marchandises belges. C'étaient des serges de Flandre, des toiles de Brabant, et particulièrement de la lingerie fine venant de Courtrai. Cette ville tendait à se relever, et à reprendre sa haute réputation industrielle, usurpée pendant quelque temps par la Hollande, îi la suite de circonstances assez singulières. Durant les troubles du xvi« siècle, presque tous les blanchisseurs courtraisiens s'étaient réfugiées à Haarlem. Ils y développèrent leur industrie, et bientôt le « blanc de Haarlem » fut regardé comme le corn-

(1) Les laines d'Espagne venaient de Bilbao et de Cadix par Amsterdam M Ostende ; celles de Saxe et de Bohême, par Dusseldorf et Duisbourg.

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obefaax varieraient solvant ta valeur de ceux-ci; s'ils étsicu de baat prix, c'est à dire M dessin ie 150 Rorins. on les lam k raison de 3 florins, 11 sols; dans le cas conli'aire, on n'ai oïlgeait qu'un florin, 8 sols. L'Mo-fcirce , les pierres taillées, le <Aarbon de foi^e entrèrent en fhtncliise de droits, tandis que les rubans étrangers et leprodnitdes verreries françaises H allemandes furent écartés par une tarirication très élevée. Oi rapporta les ordonnances par lesqoelles Cliarles VI, dans llttérdtdesdrapieraduUmbOarg.evaienl l'ait remise deloul|»itment, k rimportation, sur les bail es, les Hollandais s'i^uni entièrement emparés de oe commerce, au détriment df noi propres établissements. L'exportation des étoffes de c«ion imprimées, et celle des viandes salées Turent encouragées pu des primes.

■ L'administration des douanes était confiée, en Belgique.) an bureau général de régie, dirigé par un conseiller àti finances : elle comprenait vingt-trois déparlements. à latëK de chacun desquels était un contrôleur qui vérifiait les perc^ tiens.

Le bureau général était chargé d'examiner, en dernier re^ sort, les états de dépenses et de recettes que les co:ur<^leurs loi fbisnient parvenir. En t7S4, les receltes publiques atteiguireai le cliiffre de 7,232.369 florins. Les droits d'entrée et de sortie y figuraient pour 2,2S4,070 florins ; les aides et subsides poir 3,747.499 llorins. En 1780, le produit des douanes fut évaioéi une somme brute de 3,103,726 florins (1). Elle était perçue pu

(Il Ce capital se répartissaii de la manière suivante :

Droili (LVnlrée VOMM

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Tantiémedf SaUajPsl«dini JeiiDiFiiduetcoaaKallodi. . . . t^fia Casuelsl airiuiilcauliod non rcpnKlDiU S4n

Touitinma. sjnm Il fallait en déduire t%tSS a. pour restlIutloDa de drolta; SH.lll 1. pMr traitemeTitsetgralillcaliona; t(i,73«lt.derralsordinaires;Sl.MiB.aiHi i extraordinaires ; le revenu du bureau de Saint -Philippe, engagé an Afe

1,468 employés. Les règlements contre la fraude étaient» comme nous Tavons déjà fait remarquer ailleurs, d*une sévérité outrée. La peine de mort fut prononcée, en 4761, contre le directeur du bureau de Quiévrain, convaincu d'avoir favorisé quelques fraudeurs. Il n'obtint une commutation de cette sentence qu'avec beaucoup de difficulté, et finit par être banni à perpétuité du territoire belge. L'application des troupes régulières au service de la douane date de cette époque. Le 14 mai 1763, les soldats d'une compagnie d'infanterie furent mis à la disposition de l'administration douanière. Leur service leur donnait droit à un tiers de la valeur des prises.

Les relations postales de la Belgique avec l'Espagne, l'Italie, TAngleterre, l'Allemagne, le Nord, Aix-la-Chapelle et Liège, la Suisse, la France, le pays conquis (1), la Hollande, etc., avaient déjà été réglées par édit du 16 janvier 1729. Toute missive qui ne pesait que le quart d'une once était réputée « lettre simple. » On payait 11 sols pour l'expédier d'Anvers à Madrid, et 13 sols lorsqu'elle était destinée au midi de l'Espagne. Les lettres d'Angleterre coûtaient 6 sols; celles de Cologne, 5 sols ; celles de Francfort et de la Bavière, 9 sols; celles de Suisse, 12 sols ; celles de France et de la Hollande septentrionale, 6 sols.

Un traité fut conclu avec l'Espagne et la Sardaigne, le 14 juin 1732, à Aranjuez, par lequel il fut stipulé que les sujets des trois parties contractantes jouiraient « dans leurs Étals et ports situés on Europe» des privilèges commerciaux accordés à la nation la plus favorisée. Cette convention n'empêcha point cependant le gouvernement espagnol d'élever les droits d'entrée sur les toiles de Flandre jusqu'à en rendre l'importation en Espagne presque impossible.

Le transit, qui avait été de bonne heure une branche importante du commerce, fut encouragé par plusieurs ordonnances

de Brabant jusqu'en 178%, montant à 350,648 fl.; le droit de convoi payé aux États de Flandre par convention du Î8 janvier 1688, valant 96,657 fl. La balance général formant le revenu net était de î,Si3.555 fl.

(1) Comprenant Cambrai, Valenciennes, LiUe, Dunkerque, Doaai, Saini- Omer, Arris, Graveline, Aire, Pbiiippeviile.

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taux de fer battu. Les soufflets dont on faisait usage au xviii« siècle, dans les forges et dans les chaufferies, étaient en cuir et à une seule âme. Les marteaux pesaient cinq quintaux. Nous avons déjJi parlé des forges du Luxembourg; dans le Limbourg, il n*y en avait qu'une, à Walhôrn, et encore était-elle peu considérable.

Beaucoup de batteurs de cuivre exerçaient leur industrie à Namur. On citait entre autres les nommés Rémont et Bivort, qui employaient 12 moulins pour leur fabrique, et exportaient deux millions de livres pesant de cuivre laiton. Namur fournissait à la France des plats de cuivre sans anse, destinés h être exportés dans les colonies.

Il manquait au Limbourg, pour l'extension de son commerce et de son industrie, un marché central, placé dans quelque ville d'une certaine importance. Le comte de Cobenzl, ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas, conçut le projet de faire de Hervé la capitale réelle du duché. Dans cette vue, le gouvernement donna à cette cité un droit d'étape sur toutes les marchandises venant des États d'Allemagne et de Hongrie. Le comte de Belgiojoso, succédant au comte de Cobenzl, poursuivit l'exécution du plan de son prédécesseur, et ordonna l'achat des terrains nécessaires à la construction de plusieurs rues et d'une place publique. Les troubles qui éclatèrent bientôt après dans le pays rendirent tous ces préparatifs inutiles. Hervé se trouva réduite à son commerce de beurre, de fromages, et à la fabrication de quelques draps fins, de divers ouvrages de bonneterie, de ganterie, d'orfèvrerie et d'horlogerie. ^

Los routes étaient fort mauvaises dans le Limbourg. On força les habitants à y travailler à partir de 1768. Il y existait cependant deux bonnes chaussées, formant les artères du pays. La première partait d'Aix-la-Chapelle, et se dirigeait sur Liège par Henri-Cappelle, Battici et Hervé. Elle avait été faite aux frais des états provinciaux, de même que son embranchement de Battici et Hodimont, et coûta, de 1750 à 1767, la somme de 571,244 florins. L'autre allait vers Néau, et les habitants de ce bourg avaient avancé les fonds nécessaires pour l'exécuter. La vente des bois dans le Lim-

*i9± HISTOIRE DU COMMERCE

bourg, en 1786, produisit entre 70,000 et 80,000 florins de Liège (1).

Des entrepôts furent ouverts, par ordonnance du 30 août 1759, dans les villes d'Anvers, de Bruxelles, de Bruges, de Gand, de Louvain, de Malines et de Nieuport. Si les marchâodises entreposées n'étaient pas retirées au bout d*un an, elles devaient les droits d'entrée, de tonlieu, et généralement toutes taxes exigibles en vertu des édits. Le droit d'emmagasioage fut fixé à un demi pour cent, sauf quelques exceptions, pour lesquelles il était accordé une tolérance de quinze jours. Le commerce de livres que la Belgique avait fait, au siècle précédent, par le moyen de l'imprimerie d'Anvers ne s'était pas soutenu, Amsterdam étant devenu le centre de cette industrie. Liège et Maestricht s'emparèrent, en concurrence avec cette dernière ville, des réimpressions ou contrefaçons des ouvrages français. A Bruxelles, on comptait quinze presses roulanlei Le principal imprimeur, nommé Boubers, n'avait que trois presses. Une société typographique, qui en avait monté douxe, n'avait pu se soutenir. Gand possédait six imprimeurs et vingtdeux presses, dont quatorze roulantes. Louvain avait cinq imprimeurs, auxquels les travaux de l'université ne pouvaient qu'imparfaitement suffire. On comptait à Tournai trois imprimeurs et quatre presses. Malines, Mons et Namur en avaient également quelques-unes, plus ou moins occupées. A partir de 1760, ce commerce se releva quelque peu et, vers Tan 1780, Bruxelles commença à s'adonner aux contrefaçons. Il se trouvait trois fonderies dans cette ville, produisant de beaux caractères d'impression, et le goût de la lecture se répandait dans les Pays-Bas. Les livres sérieux, s*adressant à un public spécial, se tiraient h 200 ou 300 exemplaires; d'autres ouvrages, d'un intérêt plus général , et qu'on supposait devoir exciter quelque sensation, étaient imprimés à 1,000 ou 1,200 exemplaires : on dépassait rarement ce chiffre. Les impressions étaient soumises h une censure.

L'industrie belge, étouffant dans la zone étroite où elle s'exerçait, cherchait sans cesse de nouvelles issues. Quelques

(1) £r«5(-, lom. 1, p. 78,

armateurs flamands, usant de subterfuges, envoyèrent des vaisseaux aux colonies françaises d'Amérique, tout en se bornant à demander un passeport de mer pour Cadix. Le navire la Reine de Hongrie j de 300 tonneaux, capitaine Pierre Bedet, d'Ostende, partit pour cette destination, le 22 novembre 1756. J.-B. Van Schoor, la veuve Nettine et Arnold Hoy, profitant de ce précédent, réclamèrent un octroi direct en 1757, mais il leur fut refusé. Le gouvernement craignait de nouvelles complications diplomatiques, et tenait à les éviter. Les règlements de l'amirauté n'étaient plus cependant fort respectés à cette époque. M. de Gi7sperre, l'un des juges de cette cour, s'en plaignit à M. Neny en 1757, et lui exposa que les magistrats civils empiétaient chaque jour sur sa juridiction et celle de ses collègues. Leurs fonctions étaient devenues de véritables sinécures. On publia encore néanmoins quelques ordonnances maritimes, parmi lesquelles la plus importante est celle de 1762, relative à la discipline à observer à bord des corsaires. En juillet 1759, une navigation régulière etdirecte fut établie entre Bruxelles et la Zélande. Cette entreprise fut encouragée par Tadministration autrichienne.

On essaya également d'introduire dans le pays quelques nouveaux procédés de fabrication. Des ateliers furent fondés à Tournai, en 1759, sous le nom de « Manufacture impériale et royale » pour la teinture des fils de lin et de toiles. On y imprimait des mouchoirs de batiste, et des étoffes pour robes et pour meubles. Les marchandises provenant de cette manufacture furent exemptées de tous droits de sortie. Un Anglais monta une fabrique de vitriol, d'eau forte et de couperose au château de Surmont, entre les Trois-Fontaines et Marly, près de Bruxelles. Il existait à Gand un établissement dans lequel on obtenait de la potasse en dpnnant une base alcaline au salpêtre brut, puis en clarifiant et en cristallisant ce mélange. On fabriquait du blanc de plomb et du bleu d'azur à Gand et à Anvers. Le sieur Guillaume - François Legrelle, obtint, en 1766, l'autorisation d'édifier une papeterie. Une société gauloise fit creuser à Ostende, en 1766, à un quart de lieue de la Tille» un bassin de dépôt pour les huîtres, afin de les y nourrir et de les y engraisser avant de les livrer à la consommation.

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Elles étaient apportées par bateaux des côtes de l'Ecosse. Nos relations avec ce pays étaient devenues rares, el le chifDre des affaires que nous y traitions, vers 1762, ne s'élevait point M delà de 27,697 livres sterling, soit 693,425 francs. Dans le même temps nous recevions d'Angleterre pour S46.77" tivro sterling de marchandises (1). En 1761, nos marchands ai]nssèrent des ordres importants au Canada pour acbats de fÏHl^ rures.

La paix régnait en Belgique depuis le traité d'Aix-la-Ch»pelle , et ne l'ut plus troublée durant radmintslraiion de Marie-Thérèse. Des hostilités éclatèrent, il est vrai, entre l'Autricbe et la Prusse, en 1756, mais les armées ennemiesiK franchirent point nos frontières. Cette guerre, toute de poli tique et de stratégie, et à laquelle prirent part l'Anglelem. l'Espagne el la France, coûta à ces deux dernières puissance leurs plus belles et leurs plus riches colonies. Les Adj^ maîtres des mers et conquérants de l'Inde , augmentaient chaque jour leur marine qui, dès 1761, présentait un eflfectif considérable (2).

(1) Voici nn tableau dn mouvement commercial entre t'Anclcbnt.

rÉTosse et les Pays-Bas aulHchiens. de ITSI i nSI :

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<S) Les flottes britanniques se com|iosaknl à cMte époque de i viifsaa de premier ordre, portant de 96 à 110 canons; de II vaisseaui de droiii» rang, de Ht à 90 canons ; de SO navires de troisième rang, de SI k M cum;

Ils allaient bientôt avoir besoin de toutes leurs forces. En 1774, éclata l'insurrection américaine, qui paralysa pendant quelque temps le développement du commerce britannique, et releva nos propres affaires. La Belgique, neutre au milieu de toutes ces querelles, s'enrichissait des pertes subies par ses voisins. Dès 1771, les arrivages s'accroissaient rapidement au port d'Ostende (1). On y augmenta le nombre des pilotes, devenu insuffisant, et on les divisa en deux brigades, dont Tune veillait à la sortie, et Tautre à l'entrée des navires. Un fonal, d'une construction élégante, représentant une colonne de l'ordre Toscan, fut établi sur la jetée. Il coûta 10,000 florins, argent de change, et son feu fut allumé le 15 octobre 1772. Les Ostendais réclamaient depuis longtemps la construction d'un bassin, qui permît aux vaisseaux de charger ou de décharger à marée basse comme à marée haute. Les ingénieurs Lippens reçurent l'ordre d'entreprendre ce travail, et le terminèrent le 25 novembre 1776. Les écluses s'ouvrirent alors pour la première fois afin de recevoir la Marie-Thérèse, Y Empereur et le Pnnce Charles, trois bâtiments belges. En 1780, la ville obtint l'autorisation de faire construire des entrepôts autour de ce nouveau port. On publia des règlements concernant les droits d'emmagasinage, le commerce, la navigation intérieure et la police maritime.

La suppression de la Compagnie impériale des Indes avait laissé de profonds regrets dans le pays, et quelques personnes,

de 43 de quatrième rang, de 48 à 60 canons, de 71 de cinquième rang , de SS à 44 canons; de 68 sloops, de 8 à 14 canons; de 12 vaisseaux à bombes, de 10 brûlots, de 4 transports, de 89 bâtiments loués, de 7 yacbts royaux, el de 5 yachts de moindre tonnage, en tout de 372 navires de tous genres. On ne commença à les doubler en cuivre qu'à partir de 1758. Le pre~ mier bâtiment auquel on appliqua ce nouveau système fut VAlarm, une frégate.

(1) Ce fut surtout à partir de 1776 que la progression devint considérable :

En 1776 il entra à Ostende 5S6 naviref.

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