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HISTOIRK W COMMERCE
applaBdtnaiit k la reprise des afTaires, croyaient encore i 11 poniMité de la relever. Parmi ces dernières se trouvait na HoHandaift, GuillaLme Bolts, qui, après avoir étudié le négoce ft Usboane et servi les Anglais aux Indes, avait coui;u riiJéede réUUIr des communications entre les Pays-Bas et leï ÊISH «i^qaes, par les pons du littoral autrichien. Étant parti poor Tienne, il réussit à faire accepter son plan par les Boiûisirti dfl rûnpéntrice, et eelle-ci l'autorisa h faire commerce en As» et en Aftiqtie, moyennant certaines conditions. Bolts, auqndS SuiiqQaitdes Tonds pour tirer parti de cet octroi, vinteûBd- ^MM 1775, avec des lettres de recommandation du priou AtSUkmiiberg, et y obtint bientôt l'appui du comte Chiula de Proti, fils cadet du principal directeur de l'ancienne Compftgaie impét'iale, et du baron de Borrekens. Ceux-ci, s'éUM associé DD An versois, le sieur Nagels, uchetèreni une Trégatti Londres, lui donnèrent le nom de Joseph et Thérèse, et en CDO- Mrent la direction k Bolts.
Ce dernier, pressé de partir, engagea des matelots inexpiiimantés qui, peu accoutumés aux voyages maritimes , se réifll* tèroni et l'obligërent à relâcher à Lisbonne. Il les y licenàl, renoovela son équipage, mais sans avoir subi des pertes <1'I^ gent et de temps tort nuisibles au succès de son expéditioi. Parvenu à Livournu, il y trouva le comte de Proli, qui s'yéiai rendu afin d'y lever, par sa présence, tout obstacle à l'eœlwi* quement immédiat de la cargaison destinée au Josqik A Thérèse.
Grâce à l'intervention du comte, ce vaisseau fut bientùien état de reprendre la mer, mais il semblait réservé à es&u}'e[ des infortunes dans toutes les parties du globe. Il devait^ rendre vers la côte orientale d'Afrique, longer le Malabar, le Goromandel et arriver ainsi au Bengale, mais il l'ut assailli ps des vents contraires dès sa sortie du détroit de Gibralor, dériva vers l'Amérique , et alla jeter l'ancre h Rio de Jioeiro, où on le ravitailla. Bolts dirigea ensuite sa roule vers le canal de Mozambique, et aborda dans l'ile de Tiida d'Acunha, qu'il appela «lie de Brabanl, » et dont il pritpossosion au nom de l'impératrice. Parvenu enfin à doubler le cap ' de Bonne-Espérance, il eut le malheur d'échouer dans la biie
ET DE Là marine EN BELGIQUE. 297
délia Goa, à l'embouchure d'une rivière, vis-à-vis de l'île de Madagascar. Pendant le temps nécessaire au radoub de son vaisseau, Bolts pénétra dans l'intérieur des terres, remarqua la belle situation de la baie, et résolut d'y fonder un comptoir. Il fit deux traités, dans ce but, avec les chefs des populations voisines, et laissa quelques-uns de ses gens pour y faire le commerce de l'ivoire et de la poudre d'or.
Continuant son voyage, il arriva à la côte de Malabar, et y vendit une partie de sa cargaison à un Anglais, nommé Williams, qui fit faillite peu de temps après. De là il se transporta au Bengale, occupa une des îles Nicobar, ce qui occasionna des plaintes de la part des Danois, et retourna à la côte de Malabar, où il jeta les bases de deux nouvelles factoreries, sur des terrains qui lui avaient été cédés par Hyder-Ali. L'un de ces établissements était situé entra Mangalar et Galuwar, et l'autre à Baliapatam, centre des marchés de poivre.
Dans l'intervalle, le bruit s'était répandu en Europe que Bolts avait péri avec tous les siens. Le comte de Proli, le baron de Borrekens et le sieur Nagels résolurent d'armer un second navire, qu'ils achetèrent à la compagnie des Indes de France, et l'appelèrent le Prince de Kaunitz. Proli, qui fut chargé plus spécialement de tous les détails de cette opération, s'en acquitta avec beaucoup d'intelligence et d'habileté. Le Prince de Kaunitz fut envoyé en Chine , et rapporta un profit considérable à ses armateurs , sans toutefois les indemniser entièrement des avances qu'ils avaient faites pour l'équipement et l'achat du Joseph et Thérèse.
Pendant que le Prince de Kaunitz traversait les mers, arriva à Livourne un bâtiment portant le même nom, que Bolts avait expédié directement de l'Inde. Son chargement, mal assorti, se vendit fort difficilement. Proli le réarma aussitôt, le fit partir pour la Chine et obtint de nouveau d'excellents résultats. Deux autres expéditions faites par Bolts, par le Baron de Binder et le Comte de Kollowrath ne furent pas heureuses. Ses associés, fort mécontents de sa gestion, ne voulurent plus lui faire d'avances de fonds. Désirant cependant tirer parti de l'octroi impérial qui leur avait été concédé, ils résolurent d'ériger une compagnie par actions. Proli conseillait d'émettre de six à dix
mille UtnB, ohacun de 1,000 flo Après loi. qoe U swdété projet OMisiddrtUea, sod succès dépead taïuioD de ses opdntioTis.
Non seulementon ne samt pu s fc l'actir de Is compsfoie, doot le millions de floriDs, tout ce que 11 déjjk déboursé, c'est & dire 800,1 quelques établissemeats dans ni beie Délia Goa (1). h It c6te de Mal oabotMirs. Le resta avait été aaéai supposée — de Williams, k la ré jMeph et Thérite,- Prince de Kami
Les directeurs de la « Gompagn mracateat donc eo réalUé Jeurs o rins. Cette somme était érideoimei mirent pas moins oounyieaBeme deux vaisseaux pour la Chine, U I ratA,'qui partirent aussitât pour l
La France, l'Angleterre et la H( ment en guerre, Proli et ses asso de cette circonstance pour étendi convoqué leurs cointéressés, rec procurer une somme égale à la v culation, sans rénéchir que cette payées, et que le capital réalisi nominal.
Quatre autres navires furent b c'était le Comte de Belgiojoso, le Ce Maximilien et l'Aittricke. Les dir< ser une partie de leurs créanciers espéraient faire sur le ctiargemei de Kaunitz. Ils ne savaient pas q
(t) On ignorait alors que ce cnmplol ainsi qu'un vaisseau qui s'y trouvait à ! avait laissés. Les Portugais, qui avalent Goa, prétendirent ne les avoir Jamais ai
manqué les moussons, avaient été longtemps retenus en mer, et ne pouvaient plus revenir à teoaps. Pour comble d'infortune, l'un de leurs nouveaux bâtiments, le plus richement chargé des quatre, périt corps et biens en sortant du port de Liverpool ; un autre, V Archiduc Maximilien, échoua à la même époque près des côtes de Bretagne. On le releva, mais au prix d'un accroissement de dépenses. Dès lors la compagnie ne fit plus que décliner. Cinq de ces navires, le Comte de Zinzendorff^ V Autriche^ l'Archiduc Maximilien^ le Kollowrath et le Prince de Kauwif;s revinrent àOstende en 1784, où ils apportèrent 1,297,553 livres de thé Bohé, 812,830 livres de thé Congo; des quantités non moins considérables de thés Pecco, Souchon, Hayson, Songlo et Tonkay; un grand nombre de pièces de nankin; de la canelle; de la rhubarbe en caisse; des étoffes de soie; des papiers peints en rouleaux ; des porcelaines blanches et bleues, etc. La vente de ces marchandises, bien que faite à des conditions avantageuses , ne put exonérer le budget de la compagnie, ruinée par les emprunts qu'elle avait cru pouvoir faire. Elle déposa son bilan en 1785, laissant un déficit de plusieurs millions (1).
Durant les dernières années du règne de Marie-Thérèse, il s'était opéré une amélioration sensible dans la situation générale du pays. Le commerce et l'industrie avaient repris un peu d'activité, et l'instruction se répandait lentement parmi le peuple. Les lois relatives à la répression des crimes et délits, jusqu'alors extrêmement sévères, perdirent de leur excessive rigueur. Non seulement l'impératrice recommanda l'abolition de la torture, mais elle prit l'initiative d'une réforme qui suffirait pour illustrer sa mémoire : « Je laisse à la considération « de mon tribunal suprême de justice, écrivait-elle en 1776, s'il « ne conviendrait pas d'abolir successivement la peine capi- « taie, du moins dans la plupart des cas, en la bornant aux « crimes les plus atroces. »
Une révolution profonde s'était opérée peu à peu dans les
(1) Précis de l'origine y de la marche et de la chute de la Compagnie d'Asie et d'Afrique dans les ports du littoral autrichien, Liège, 1785; voy. aussi le Gentlemen'smagazine, année 1785, tom. I, pp. 148, 393, etc.
SM BISTOIRE Dtl COUHOICE
idées, et l'opinion publique éuit favorable aux réronncs. Vottaire, par ses nombreux écrits, avait jeté le doute dans I» intelligences en les conviant au libre examen; Montesquieu, en publiant « l'Esprit des lois, u avait introduit la philosophie dans les sciences politiques; Rousseau, par ses bardiesses el sua révoltes, passionnait ses contemporatns et leur conuDoniquait son fiévreux enthousiasme.
On s'était mis à étudier avec ardeur la constitution intime des associations humaines. Quesnay, chef de la secledeéconomiates. cherchant l'origine des richesses, ta trouvait dwis l'agriculture, qui seule, disait-il, produisait un excédant de valeur. C'était également l'avis de Turgot, de Dupoitt de Nemours et du marquis de Mirabeau. Les manufacturiers, les commer^ çants, les ouvriers, n'étaient, suivant celle théorie, que les salariés de l'at^ricullure, dont l'activité seule n'était pas stérile. Quelle serait cependant l'utililé du blé récollé par celui-ci,a te meunier et le boulanger n'en taisaient du pain t
Le problème soulevé par Quesnay fut résolu par Adam Soîlii en 1776. Remontant des effets aux causes, il prouva que touUs les merveilles réalisées par le génie de l'homme, lou:^ les opitaux formant le patrimoine commun de noire race, n'ont qu'onp même orif;inc : le travail. Dirigeant ensuite sfs inveslii;atior» vers te commerce, il nous en révéla tout le mécanisme en dé~ montrant le premier l'influence de l'oare et de ia demande sur la hausse et la baisse des marchandises.
Le successeur de Marie-Thérèse, Joseph II, profondéiDUt imbu des idées philosophiques qui germaient dans toute I'Edrope, visita les Pays-Bas en 1761.
Les relations mercantiles de la ville d'Ostende se trouvaiett alors dans un état très florissant, et occupèrent tout d'abord l'attention de l'empereur. Non seulement Ostende servait alon d'intermédiaire entre les pays étrangers et les autres cités belges, mais les habitants d'une partie de l'Allemagne et de b Suisse y faisaient débarquer de fortes parties de laines d'Espagne, qu'ils recevaient auparavantparla voie d'Amsterdam (l). Joseph II arriva à Ostende le 11 juin, et y resta jusqu'au 13 do
(1) K\c»ri,TraiUgMnitd*e<mmerce,Xon. I, p. 4M.
même mois. Le lendemain de son départ le magistrat reçut un décret déclarant Ostende port franc.
Il n'en fallut pas davantage pour donner une nouvelle et rapide impulsion à la prospérité de la ville, dont on agrandit Tenceinle. On y ouvrit une bourse en 1782, puis une banque disposant d'une somme de deux millions de florins. Les premiers di videndes de cette société financière furent de 10 1/3 p. c. Plus tard on y ajouta une chambre d'assurances, également au capital de deux millions de florins. Ostende eut des courtiers jurés à partir du 31 juillet 1782. Cette année, il entra au port 12,636 navires, sans compter les chaloupes de pèche. Il y avait une école de navigation à Bruges dès 1780. Un institut commercial avait été créé à Gand à la même époque. La première école de cette nature établie à Paris fut dirigée par des Belges. Joseph II engagea les riches et influents abbés d'Orval et de Saint-Hubert à faire bâtir de vastes usines. Ceux-ci accédèrent au désir de l'empereur, et les établissements qu'ils fondèrent exercèrent la plus heureuse influence sur la fortune industrielle du Luxembourg. La valeur des forêts y haussa de plus d'un tiers, en fort peu de temps (1). L'empereur permit l'entrée en Autriche, en Bohême et en Hongrie des draps fabriqués dans le pays de Liège, mais il revint ensuite sur cette décision. Les manufactures limbourgeoises conservèrent seules ce privilège, moyennant un droit de 7/100« sur le prix des marchandises exportées. On fabriquait encore des serges à cette époque à Housse, à Cerexhe, à Trembleur, à Moulandet à Liège. Cette dernière ville comptait soixante-et-dix manufactures de ce genre, et livrait au commerce plus de vingt mille pièces d'étofifes.
La visite de Joseph II dans nos provinces eut encore d'autres résultats, beaucoup plus importants et plus durables. Il réclama la possession des villes de la Barrière, dont il fit raser les fortifications, et conçut le dessein de rétablir, de gré ou de force, la libre navigation de l'Escaut.
Les Hollandais, informés de ses intentions, se mirent sur la défensive. Ils firent obstruer les passes à l'aide de gros bateaux
(1) Essai d'une description géognostique du duché de Luxembourg, par M. A . Engelspach-Larivière, dans les Mémoires de l'Académie de Bruxelles, tom. YII.
BISTOIRE DU COMMEHCK
chargés de pierres, et augmenlèrenl les garnisoos qu'ils avaient cantonnées dans la Flandre hollandaise. Neuf forts, parfaitement armés, portaient le pavillon des Provinces -Unies, el pouvaient foudroyer au passage tout navire se rendant ï Anvers.
Ces précautions n'étaient pas inutiles. Le commandant du brick r Attente, qui se Irouvaîl alors à Ostende, reçut bientûl un ordre impérial, lui enjoignant de remonter l'Escaut et de se rendre h Anvers. Il mit aussitôt à la voile, mais, ainsi qu'on s'y attendait, il fut arrêté dès son arrivée à l'emboucliure du fleuve, Un autre vaisseau, le Louis, confié à Liévln Van iseghem, parvint jusqu'à Anvers, puis cingla vers Flessingue emportant quelques marchandises. Il rencontra i LiUo le Miitnenl d'avant-poste hollandais, qu'il dépassa sans se soumettre à la visite ordinaire. Ayant essayé de renouveler la même manœuvre dans l'apriis-midi , on lui enjoignit cette fois de se conformer aux règlements. Van Iseghem s'y étant refusé, quelques Hollandais montèrent à bord du Louis. On leur refusa toute satisfaction. Parmi les assistants se trouvaient le major Vorsier, quelques magistrats du Doe! et le grand bailli de Beveren. Ce dernier répondant aux agents des états, étendit la main eo s'écriant ; « Ceci est territoire impérial, et nous ne somna point ici sous l'autorité zélandaise. Le capitaine Van Isegbem n'a nul compte à vous rendre. »
A peine cette réponse fut-elle connue du garde-côte, qoH s'approcha du brick belge, contre lequel il tira d'abord un coiyi de canon & poudre, puis à demi-charge, et enfin à pleine cbaifS. Le Louis mit en panne, et reçut de nouveau les officiers né^ landais, qui en commencèrent la visite, malgré les protestations des hommes de l'équipage.
La partie était désormais engagée. Joseph II, qu'on instruisit du résultat de ces tentatives, demanda aussitôt officiellement le renvoi des forces navales stationnant à Lillo. Des conférences venaient de s'ouvrir à ce sujet à Bruxelles, lorsque trois cents soldats autrichiens, profilant d'une nuit nuagaise e( sombre , prirent tout à coup possession du Vieux LiUo, poste militaire situé à trois quarts de lieu du fort de ce nom, et qu'on avait négligé d'occuper depuis la paix d*Aix-la-C3iapdle. Ce
mouvement agressif effraya leurs adversaires, qui mirent une partie de la contrée voisine sous les eaux, en perçant une digue , dont la rupture occasionna la mort de plusieurs personnes.
A cette nouvelle, 60,000 Autrichiens se disposèrent à envahir la Hollande. La France se montrait hostile aux prétentions de Joseph II, vivement appuyées , d'un autre côté , par la Russie. La paix de l'Europe semblait compromise, lorsque l'empereur, acceptant la médiation de Louis XVI, changea tout à coup de politique. Il réclama une indemnité en paiement des dommages causés aux riverains par les Hollandais; une somme de 12,000,000 de florins pour la cession de Maestricht ; l'abandon en sa faveur de deux seigneuries situées au delà de la Meuse, et le droit, pour les navires autrichiens, de parcourir l'Escaut moyennant une légère redevance.
Une convention préliminaire fnt signée, vers la fin de l'année, à Paris. La Hollande acquérait Maestricht au prix de 9,800,000 florins, accordait 800,000 florins à ceux qui avaient souffert des inondations, et cédait le comté de Dahlem à l'Autriche. Les limites de la Flandre restaient les mêmes qu'en 4664, et la souveraineté de l'Escaut était réservée aux Hollandais, à partir de Saflingen jusqu'aux embouchures du fleuve. Ils s'engageaient à évacuer les forts de Kruischaus, de Lillo, de Liefkenshoek et Frédéric-Henri , tandis que l'empereur renonçait aux villages de Bladel et de Reussel.
On échangea les ratifications du traité, le 8 novembre 1788, à Fontainebleau. La liberté de l'Escaut s'y trouvait condamnée par cette clause formelle : « que la partie du fleuve appartenant « aux états généraux serait tenue clause de leur côté, ainsi a que les canaux du Sas, du Zwyn et autres bouches de mer y a aboutissant, conformément au traité de Munster. »
Telle fut l'issue de cette triste tentative, dont le souvenir allait bientôt s'effacer au sein des agitations d'une guerre civile.
Joseph II, en montant sur le trône s'était imposé la tâche de réorganiser entièrement le gouvernement des provinces qu'il était appelé à régir. Sa précipitation à opérer des réformes lui avait fait de nombreux ennemis dans les Pays-Bas. Le clergé,
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particulièrement menacé par le génie novateur du monarque, associait habilement la défense de ses privilèges à celle des libertés publiques. Une sourde agitation, présage d'événemeats plus graves régnait dans le Brabant. Les uns s'élevaient contre 1 empereur au nom des préjugés religieux; les autres l'accusaient de marcher au despotisme en invoquant la liberté.
Trop systématique pour tenir compte des obstacles qui s'opposaient à la réalisation immédiate de ses vues, trois ans loi avaient suffi pour supprimer les maisons religieuses, retirer aux communes le privilège de célébrer librement leurs fêtes locales, enleverauxchâtellenies la direction des chemins publics qu'elles avaient créés à leurs frais, abolir les séminaires diocésains, et modifier entièrement la composition des assemblées nationales (1).
L'application forcée de mesures aussi radicales, devait nécessairement provoquer des résistances : la crise éclata en 1789. Les Brabançons, poussés à bout par la brutalité des soldats du général autrichien d'Alton, excités secrètement à la révolte par le gouvernement anglais, qui voulait soustraire la Turquie aux attaques de la Russie et de l'Autriche, coururent aux armes, et parvinrent à secouer la domination impériale. D'Alton prit la fuite , poursuivi par le duc d'Arenberg et le général Vander Merscli : Bruxelles était au pouvoir des insurgés.
Joseph II, menacé de tous côté, n'avait point de forces à leur opposer. Il se décida, le 2S novembre 1789, à faire quelques concessions et à détruire sa propre œuvre. Ce fut l'un de ses derniers actes. Brisé par tant de douloureuses émotions, il expira à Vienne, en 1790, laissant la couronne à son frère Léopoldll.
Dans rintervalle, le désordre n'avait fait qu'augmenter en Belgique. Les hommes qui dirigeaient en ce moment les destinées du pays n'avaient Tintelligen'ce d'aucune des conditions d'ordre européen qui auraient pu consolider notre nationalité.
Incapables de donner une direction au mouvement qu'ils
(1) Lellres sur la révolution brabançonne, par Ad. Borgnel, Bruxelles, Berthot, 183i, p. 8.
avaient provoqué, livrés passivement à toutes les influences, ils laissèrent le temps à leurs adversaires de réunir des forces nouvelles, et entraînèrent leurs compatriotes dans leur propre ruine.
Léopold II, après avoir solennellement désapprouvé toutes les tentatives réformatrices de son frère, donna Tordre aux troupes autrichiennes, commandées par le vieux général Bender, d'envahir la Belgique. Elles rencontrèrent peu de résistance, et bientôt le drapeau impérial flotta de nouveau sur l'antique capitale du Brabant. L'arrivée des Autrichiens n'y ramena point la paix, le grand drame du siècle s'acheminait rapidement vers sa péripétie, et de nouvelles et terribles épreuves étaient réservées à notre malheureuse contrée.