‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 71 sur 74 · CHAPITRE X\n · texte numérisé non relu

CHAPITRE X\n

La (éroUiiiB ft—^iwi >— Premières campagnes en Belgique. — RjaurvteedakBBTigltfBBdB l'Escaut décrétée parla CoDrention. — Retout de» lioQ de la Belgique à la Fronce. — ObserT&tioiLS i - Oosbc^kOstende. — Le port d'Anvers eoqb la république. it de U fonderie de canons, ■ Liège. — Du commerce bc^ •oiu l'>doûiii*tzktiait fttDçaise. — Âpplicalion des machiues à l'îiidiiatM. — TnTuz piiblioa. — Réorganisation de» chambres de eommerK. — Amélioration du port d' Anvers. — L'empire. -~ Blocna oontinentaL — Ses conséquences. — Notes et .rensd^emeiita commercÏMiz, — lâ Belgique en ISlé. — Sa réanion à la Hollande.

L'état politique de l'Europe, vers la un du xvui* siècle, annonçait une crise prochaine. L'ancien ordre social, profondément ébranlé par les attaques qu'il avait subies, ne préseoCilt plus à cette époque qu'une immense ruine, encore imposante par sa masse gigantesque, mais dont on pouvait déjà prévoir U chute. Des tendances rérormatrices se manifestaient partoot, dans l'administration, parmi le peuple, etjusques dans le paliii des souverains. Le roi Frédéric, non content d'être l'un des plus grands hommes de guerre de son temps, s'était proclamé le disciple et l'ami de Voltaire; l'impératrice Catherine avait refi à sa cour Denis Diderot, le plus fécond des encyclopédistes; Clément XIV s'était décidé à signer la suppression des jésuites;

Joseph II avait compromis sa couronne en essayant dMmposer prématurément ses idées à ses sujets, et venait de succomber sous le poids de la tâche qu'il s'était imposée.

Le besoin des innovations, tout en étant général, variait d'expression d'une contrée à l'autre.

En Allemagne, où le respect des traditions était encore vîvace, il se portait entièrement vers les sciences. Kant y préparait une ère nouvelle à la philosophie par ses savantes études sur la faculté de connaître, et ses recherches approfondies sur la loi morale; Gœthe, dont le génie poétique exerçait déjà son empire, tour à tour romancier, naturaliste, poète et moraliste, y vivifiait toutes les questions sans les résoudre, et les élucidait en les faisant passer par le creuset du doute.

L'Angleterre,, essentiellement commerciale et industrielle, consacrait tout son génie à l'étude des institutions de crédit et des relations mercantiles. Elle avait eu sa révolution politique sous Jacques II, que les efforts d'une aristocratie encore puissante avaient arrêté dans ses projets despotiques. L'union de cette dernière avec la bourgeoisie, en affermissant les libertés nationales, les avaient mises à l'abri de toute commotion. Les débats dont la vieille Albion était le théâtre, bien que circonscrits à des théories financières, n'en étaient ni moins vifs, ni moins passionnés. Quelques-uns de ses économistes, poussant les doctrines utilitaires jusqu'à la cruauté, les défendaient avec toute la froide inflexibilité qu'on employait ailleurs dans d'autres causes. « Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, (c écrivait Malthus, alors que sa famille n'a pas les moyens de <c l'entretenir, et que la société n'a pas besoin de son travail, (( n'a pas le moindre droit à une portion quelconque de nour- <c riture, car il est réellement de trop sur la terre. Il n^ a point c< de couvert pour lui au grand banquet de la nature. Celle-ci « lui commande de s'en aller, et elle ne tarde pas à mettre elle- « même cet ordre à exécution. »

En France, l'esprit d'examen se présentait sous une forme plus redoutable, battait en brèche la constitution de la monarchie, attaquait le parlement convaincu d'impuissance, la noblesse dont les prérogatives semblaient injustes, le clergé qui s'était perdu par son intolérance et par son luxe. L'infortuné

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Louis XYI, ne sachant comment conjurer les périls dontfl Aïk entouré, avait vainement fait appel aux lumières de Tnriot à de Necker, à la complaisance de Galonné et de Briemie. La ttè* sor public était vide, et on ne savait comment le remplir, là prose satirique du Figaro de Beaumarchais avait socoédé an poèmes élogieux du grand siècle ; tout s'était trmnsftirmé pei à peu autour du trône, et déjà les échos du Louvre retentiMMSl des clameurs de la foule, réclamant l'abolition de tous les asnopoles, et l'égalité des citoyens devant la loi.

Pour bien comprendre tout ce que ces exigences renfienaneil de menaces, il suffit de consulter la statistique de la propriAé foncière en France vers 4787. Les princes possédaiett m apanage à peu près l/7« de la superficie du royaumOt dontia autre septième était aux mains du clergé. La part de la bo» geoisie dans la subdivision du sol était de iri\ e^ encore éttà^ elle grevée de toutes sortes de redevances et de servitudes. La biens fonciers appartenant k la noblesse formaient les 9/1* Ai territoire, c'est à dire équivalaient k la moitié à peu près dv terres cultivables comprises dans les limites de l*ÉtaL Tort sa étant détentrice de cette immense fortune, la noblesse eserciil encore des privilèges plus ou moins onéreux sur les propriAéi voisines. Les capitaineries s'étendaient sur plus de quatre cents lieues carrées et neutralisaient tous les efforts de Tagriculture, ruinée par le droit de chasse. Non seulement les gentilshommes étaient exempts de tout impôt, sauf la capitation et les vingtièmes que le clergé ne payait même pas, mais elle prélevait des taxes de toute nature sur ceux d'entre les contribuables qui se trouvaient sous sa dépendance. Non seulement elle échappait à toute responsabilité devant la justice, mais elle disposait de la sûreté, de la liberté des personnes. Elle exerçait cette domination par mille moyens, sans compter les lettres de cachet qu'elle obtenait de la cour. Quel recours avait-on contre de telles persécutions? Voltaire, battu par les gens d'un grand seigneur en sortant de l'hôtel de Sully, avait essayé d'en obtenir réparation, et ses tentatives lui avaient valu la Bastille et l'exil.

Il y avait dans toute cette organisation, il faut bien l'avoner, de monstrueux abus, destinés à provoquer tôt ou tard une

réaction violente. Elle commença à l'assemblée des notables, et se développa avec une puissance irrésistible en 1789. Une fois à l'œuvre, les démolisseurs ne devaient plus s'arrêter. Ils abolissent successivement les jurandes, la mainmorte, les droits féodaux, les privilèges de naissance, les inégalités fiscales. A mesure que les obstacles se multiplient sur leurs pas, l'exaltation les gagne, ils se mettent en insurrection, opposent la bourgeoisie armée à l'armée royale, se rendent à Versailles et en ramènent Louis XVI, qu'ils obligent à sanctionner leur œuvre.

Dans l'intervalle, l'agitation qui remplit Paris se communique aux provinces. Les haines villageoises contre l'homme de fief et le percepteur de la maltôte éclatent de toutes parts. Les châteaux brûlent, et des scènes de meurtre et de désolation mêlent leurs souvenirs de deuil aux cris de triomphe du parti vainqueur.On remédie momentanément au désordre des finances par la création de 1,200 millions d'assignats, hyopthéqués sur les domaines de la couronne et sur ceux du clergé, devenus propriétés nationales. C'est le règne des clubs, où bouillonnent toutes les passions de la foule. Les prêtres, sommés de prêter un serment civique, et d'adhérer à la constitution imposée il leur ordre, s'y refusent, tandis que le roi se prépare secrète* ment à la fuite. Le mouvement s'étend, se généralise, et l'influence de Robespierre remplace celle de Mirabeau et de La Fayette. On connaît les différents épisodes de ce drame sanglant qui commence avec le voyage de Varennes, et dont le premier acte se termine par le massacre des Suisses restés fidèles à Louis XVI, victime lui-même des fautes de ses prédécesseurs. Tandis que l'émigration éclaircit les rangs de la noblesse française, et que girondins et montagnards se disputent avec acharnement le pouvoir, l'Allemagne, l'Angleterre et la Hollande prennent les armes contre la France.

Les Pays-Bas autrichiens se trouvent dès lors enveloppés dans une nouvelle guerre. Républicains et Impériaux s'y rencontrent dès le commencement de l'année 1792. Ces derniers, enhardis par quelques succès de peu d'importance, marchent sur Lille au nombre de quinze mille hommes, et bombardent la place durant six jours. Celle-ci leur résiste, et les Français,

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