‹ Histoire du commerce et de la marine en Belgique (volume 2)Chapitre 8 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ifiterrentioii franque dans le Jutland. — Riches étoffes importées en Belgique.

— I)étails sur les villes de Mons , de Leuze , d'Ostende et de Roolers. — L>uis le Débonnaire règle la succession à l'Empire. — La marine chez les peuples du Nord. — Hariold, un chef danois, s'établit en Frise. — Dissensions parmi les membres de la famille impériale. — Pillage de Dorestadt et prise du château d'Anvers. — Relations maritimes avec l'Ecosse. — Guerre d^iieàla mort de Louis le Débonnaire. — Nouveau partage de la monarchie franque. — Les Normands en Flandre. — Mort de Lothaire I". — Judith et Baudouin Bras de Fer. — L'invasion des peuples du Nord favorable au développement des villes. — Contributions de Guerre. — Partage de l'Ausirasie. — Les Normands à Thuin. — Leurs ravages en Belgique.

— Bataille de Louvain. — Avènement de Charles le Simple. — Harald Hiirfager et Rollon. — Captivité et délivrance du comte de Ilainaut. — Eiàbliiiiement du duché de Normandie. — Troubles en Austrasie et en Fnuxce. — Mort de Rollon.

Louis I*% (lit le Débonnaire, (ils de Cliarlemagne et d'Hilde- ^arde, associé à l'empire dès Tan 813, arriva à Aix-la-Chapell<î peu de temps après la mort de son père. Il venait à peine de gravir les degrés du trône, lorsqu'une députation danoise se présenta a ^a cour, non pour y apporter des menaces de guerre, mais afin d'y solliciter de l'appui contre un ennemi commun. Gode- Wd, ce vaillant roi de mer qui avait osé braver la puissance (les Fraucs, avait été assassiné, durant son expédition en Frise, lâr rua de ses compagnons. Les chefs qui se disputaient sa succession ayant péri les armes à la main, le parti vainqueur

'i HISTOIRE DU COMMERCE

'ïVïiail rdng<.' sous l'autorité de deux frères, Hariold et Regni- ;rede. Ceux-ci avaient pris rengagement de respecter les frontières, et de contenir l'ardeur belliqueuse de leurs sujets, lorsqu'une nouvelle révolution leur enleva le pouvoir, en le rendant aux fils de Godefroid. Regnifrède tomba percé de coups .sur le champ de bataille, et Hariold se réfugia en Allemagne, afin d'y implorer la pitié de son allié. Celui-ci le reçut favorablement et, au mois de mai 815, des troupes saxonnes et Obodrites passèrent l'Eider et campèrent sur le territoire normand, afin d'y défendre la cause du royal exilé, dont elles rétablirent, pour quelque temps, la souveraineté précaire et contestée.

Tandis que Louis P^ provoquait ainsi ses plus dangereux adversaires, il négligeait le gouvernement de l'État pour ne s'occuper que des affaires ecclésiastiques. Cbarlemagne avait fait autrefois quelques lois somptuaires, et son héritier voulut les étendre au clergé. Ce fut sous son règne, dit un auteur contemporain, que les clercs et les évoques commencèrent h quitler leurs baudriers d'or et leurs ceintures chargées de coutelas ornés de pierreries, ainsi que leurs habits élégants et leurs beaux éperons (1). Cette observatiou^nous apprend que les riches étoffes, importées d'Orient par Avignon et Marseille, enlevées aux Arabes ou aux Lombards, n'étaient pas inconnues en Belgique. Les ornements sacerdotaux de saint Remacle et de saint Lambert, qui datent du vn" siècle et dont les Bénédictins parlent avec éloges, en fournissent la preuve, confirmée d'ailleurs par de nombreuses autorités. M. Francisque Michel, dans un travail plein d'érudition, rappelle que Carloman, fils et successeur (le Pépin, désirant contribuer à l'ornementation du tombeau de Saint-Hubert, offrit de précieux tissus à l'église de ce nom (2). On lit aussi dans la vie de Saint-Gower, écrite vers 850, que Cbarlemagne étant passé sur le Rhin sans vouloir s'arrêter au monastère du saint confesseur, malgré les instances de l'abbé, faillit recevoir le châtiment de son refus; mais qu'ayant reconnu sa faute, il envoya pour en obtenir le pardon vingt-cinq livres d'argent et deux pièces de soie.

(1) Astron.. Vita Ludor. jm, cap. XXVHI.

(%) Francisque Michel, Recherches sur le commerce, la fabrication el Vusageâi* Hoffes de soie, d^or et d'argent, tom. I, p. 113. Paris, 185i, édit. parCrapelet.

Louis le Débonnaire vint fréquemment dans les Pays-Bas, et les diplômes de ce prince et de son prédécesseur contiennent des renseignements utiles sur Torigine de plusieurs cités belges. Le monastère de Sainte-Waudru, autour duquel s'élevaient déjà quelques demeures, dont la réunion constitua plus lard la ville de Mons, avait reçu de Charlemagne, vers 804, quelques privilèges et immunités (1) ; Leuze, au commencement du XI* siècle, était un domaine de la couronne, une villa, qui fut donnée en 80â à Tabbaye fondée en ce lieu par Saint- Amand (2). Nous remarquons, vers 814, la première mention de rancienne ville d'Ostende, alors un misérable hameau, qui fut cédé par Gobert de Steenlandt, avec trente-huit autres bourgades, à Tabbaye de Saint-Bertin ; Roulers, ou « locus Roslar » pour parler le langage des vieilles chartes, est mentionné, dans un diplôme de Tan 822.

Malgré la faiblesse réelle de la monarchie, rien n'annonçait sa décadence prochaine. Quelques mouvements s'étaient manifestés sur les frontières, mais ils avaient été facilement réprimés. On régla, en juillet 817, les prétentions futures des fils de l'empereur, afin d'écarter toute cause de désastre, et il fut décidé qu'on ne romprait plus désormais l'unité de l'État, si nécessaire au repos de tous : Lothaire, le fils aîné du souverain, fut associé par celui-ci à sa couronne, tandis que Pépin et Louis, frères du premier, ne reçurent que des apanages royaux. Ce repos trompeur, semblable au calme qui précède la tempête, devait être de courte durée, car dès 820 les Danois reprenaient l'ofiensive et abordaient en Flandre, pour se rendre de là aux bords de la Seine, d'où ils allaient bientôt se répandre jusqu'au centre de la France. Exposons en peu de mots quelles étaient les ressources maritimes de ces hommes du Nord, appelés à jouer un rôle si important dans l'histoire des états européens. Leurs embarcations, de formes variées suivant rasage qu'on se proposait d'en tirer, étaient d'une construction plusgrossière quecelles des anciens Ménapiens. Elles se terminaient, à chaque extrémité, par une proue armée d'un éperon :

(1) Tinchant, Annal. Hannwiœ, lib. 111, c. XV11. itjMlnei, Dtpf., tom. III, p. 8.

ri HISTOIRE DU COMMERCE

(0 iloiilih? front facilitait Tabordage, et permettait d*attaquer un ^^uur^tu nans virer de bord. Ces navires étaient plats, très tiWhuy/'.H, tti munis de cinq à trente six rangs de rames, qu*on rMt iibicail pas toujours de tribord h bâbord, mais dont on rlifiripritait la disposition d*aprës la course que Ton désirait suivMî. liiîH curachsy espèces de pirogues en osier ou bois léger, ^«îrvaiiîiil h remonter les rivières, ainsi que les holkers^ fabriïjiié'î»* d*un seul tronc d'arbre, creusé h l'inlérieur.

l'our les voyages à travers TOcéan, il fallait des embarcations jiliiH Holides, des snekhar ou bateaux serpents, munis d*une vint;taine de bancs de rameurs. La figure d'un animal réel ou l;niia.sli(|ue, que Ton représentait h Tavant ou à l'arrière, et qui riait sans doute barbouillée de couleurs vives, leur avait fait donner re nom (1). Quoique l'art n'eut guère fait de progrès rlirz les Scandinaves, celui de la construction des vaisseaux diîvaitetre assez avancé parmi eux, car leurs grands bôtiments avaiiîut jusqu'h cent trente pieds de longueur; quelques-uns de vimX'VÀ étaient accostillés, c'est h dire surmontés d'une tour, fonnant une espc^ce de chambre située à la poupe, d'où on lan-. rait des traits sur l'ennemi. Ces vaisseaux étaient pontés, et le rentre en était occupé par la cale, qui contenait les subsistances, le butin et les prisonniers. Des boucliers ou pavois, rangés sur l'un et l'autre tlanc, servaient à protéger les rameurs; cette pavesade fut remplacée plus tard par un bastingage.

Los Normands ne s'en tinrent pas toujours aux rames, et finirent par donner une voile à leurs navires, qui en étaient d'abord dépourvus. En cas de combat, ils se rangeaient en ligne tiroite, puis manœuvraient de façon h cerner leurs adversaires; quel<|uefois cependant les embarcations étaient enchaînées tes unes aux antres, afin d'agir en masse et d'une commune impulsion. Lorsqu'il s'agissait de faire une descente en pays ennemi, les pirates tiraient leurs barques sur la plage et, les rangeant en ciM'cle, s'en formaient une espèce de retranchement, du haut

(1) lin i^rrivaln nTU^slasliqiu\ clTrayé à l'asiMH't d'une flolle normande, rroyait > voir nno troupo do bôtos sau\aKos au milieu d'une forCt : f Dira hunorum manus lato maris aMiuora rontexit suis do navibus, adco ut fcne .«llvoHtrls putarontur malis sursum porrootis. • (Mirac., Saitcfi Richahi, lib. Il, ( .ip I, dans lo tom. I*' des Acta SS. Ord. Sancti Benedicti.]

duquel ils accablaient leurs assaillants. La discipline la plus sérère régnait à bord (1); si quelqu'un portait la main sur le patroo, on la lui coupait pour la clouer au grand mât. Des peines sévères étaient infligées à ceux qui brisaient les instruments Dâotiqoes; on plongeait dans Teau les séditeux et les querelleurs.

Loais le Débonnaire, loin de songer à conjurer Torage qui le menaçait, en précipita Texplosion par sa conduite imprudente et indécise. Hariold, comme nous Tavons dit plus haut, avait ëé réinstallé dans une partie du Jutland, dont Tautre portion demeura aux descendants de Godefroid. Le christianisme s'étant introduit dans cette presqu'île à la suite du prince vassal des Francs, qui cependant n'avait pas encore abandonné la foi de ses ancêtres, ce dernier entra bientôt en lutte avec le parti national, et vint se plaindre à l'empereur, en 8â3, des persécutions qu'il essuyait en Danemark. Ses adversaires ayant envoyé de leor côté une ambassade à la cour, celle-ci ne se pressait pas de juger entre eux, lorsque Hariold manifesta l'intention d'embrasser la religion catholique. Il se rendit en efiet à Ingelheim, en 826, et reçut le baptême dans l'église de Saint-Âlban à Xayence, avec plus de quatre cents de ses partisans. Cette coQcession précipita la chute du prince Scandinave, que le poulie danois repoussa dès lors comme un apostat, et Hariold fut obligé de se fixer avec les siens dans le comté de Rustringen, canton de l'Ost-Frise, qui lui fut donné pour asile. Vers le même temps la dissension éclatait dans la famille impériale. Louis, cédant aux obsessions de Judith, sa seconde femme, se décida à faire un royaume à son dernier né Charles, aux dépens des états destinés à Lothaire, et contre les stipulations conte- Doesdans l'acte de partage conclu en 817. Ses trois fils s'étant aussitôt révoltés contre lui, il consentit à se séparer de Judith et à révoquer les mesures qu'il venait de prendre. Sa position semblait néanmoins désespérée, lorsque la désunion se mit entre les vainqueurs ; le parti impérial se hâta d'en profiter pour res- ^ir le pouvoir, et le sort futur de la monarchie devint plus incertain que jamais.

HoQTetdeCressé, Hist. de la marine, tom. I, pag. 239.

76 BIOTOIRE DU COMMERCE

Tandis que le malheureux souverain, désonnais le jouet des grands et des évoques, passe successivement de la solitude du cloître aux réunions d'une cour brillante et corrompue, les Normands longent les côtés de la Hollande avec treize vaisseaux et viennent ravager Wyk te Duurstede ou Dorestadt, petite ville déjà connue, comme nous l'avons rapporté ailleurs» par ses relations commerciales. Cette cité, qu'Hariold s'était chargé de défendre, ayant été pillée, les pirates s'emparèrent d'Utrecht, se répandirent ensuite dans l'ile de Walcheren, puis attaquèrent Anvers, qu'ils réduisirent en cendres. Il est probable qu'il n'existait encore, sur l'emplacement de cette dernière ville, qu'un château ou burg entouré de quelques masures; Sigebert de Gembloux lui attribue cependant au ix*" siècle, une certaine activité comme place de négoce et de traQc (1). Quelques écrivains anglais prétendent même que les habitants des Pays-Bas naviguaient jusqu'en Ecosse, dès l'an 836, pour y acheter du poisson salé, et que ce commerce était fort avantageux aux écossais (2).

Le littoral, abandonné aux barbares, entièrement dépeuplé devait présenter cependant un tableau désolant, car la mer, qui continuait h gagner sur les terres, s'y précipitait à chaque marée, brisant ses digues, bouleversant les dunes, et roulant, ses vagues au loin dans la plaine. Un débordement terrible couvrit vers celte époque une partie de la Hollande, remplit de sable et de limon l'embouchure du Rhin, et l'obstrua presque entièrement. Les eaux du bras droit du fleuve, n'ayant plus d'issue, s'épanchèrent par les canaux de Drusus et de Corbulon, ne laissant plus d'autres traces de leur ancien parcours que quelques ruisseaux qui allaient se perdre dans la vase (3).

Les pirates du Nord, enhardis par le succès, étendaient toujours leurs déprédations, ior^îquo l'empereur se décida enfin à s'opposer îi ces entreprises, et vint lui-même à Nimègue afin d'organiser la défense. Il ne s'y arrêta néanmoins que peu de temps, et mourut deux ans après dans une île du Rhin, laissant der-

tl)Si»cl>. (îcmbl.. ChroH. ad aunum H37, Voy. aussi Ann. FM. ad an», S8S.

•4) Alulorson. Ilisl. ofvommerce.

(3) Scliuyos, 1rs htys-Htts avant et durant la domination romaine, toni. Il,

riire loi ledésordre et Tanarchie. La royauté, dont les infortunes de Louis le Débonnaire avaient détruit le prestige raoral, avait perdo, par la dissipation inconsidérée du domaine, la force Datérielle qui eut pu la relever : une transformation sociale derenait inévitable, Tère féodale était proche. A peine Louis le Déboonaire avait-il été porté dans la tombe qu*on lui avait élevée dans la cathédrale de Metz, que ses fils renouvelèrent leurs funestes querelles. Lothaire passa le Rhin et d^accord avec FefMO, marcha contre Charles et Louis, qui venaient de conclure m traité d^alliance. Les deux armées se rencontrèrent à Fonte- ■aj, en Bourgogne, et se livrèrent une bataille sanglante, qui se termina par la défaite de Lothaire.

Les vainqueurs venaient de quitter le champ du carnage, lorsqulls apprirent que les Normands, sous la conduite d*Oscher avaient envahi Rouen, et imposaient des contributions au bourgs et couvents situés le long de la Seine; le vaste enpire crée par Charlemagne se démembrait de tous côtés et réffligration des barbares, longtemps arrêtée par le fer de ses gaerriers, reprenait son cours, désormais irrésistible. Lothaire, ^adonnant la politique de son aïeul, chercha à obtenir Tamitiédes Saxons, auxquels il permit de retourner à leurs ancienaeseoutnmes, pour les abandonner ensuite h la vengeance de son frère, Louis, et céda à Hariold, redevenu païen, Tîle de Walcheren et le territoire voisin sur le continent. Il sévit forcé cependant d'entrer en arrangement avec ses adversaires, et kor Gt des propositions de paix qui furent favorablement reçues, car les deux partis étaient également épuisés. Les hostilités ayant cessé, une conférence eut lieu entre Lothaire, louis et Charles, vers la mi-juin 842, près de 3Iùcon, où Ton JHales bases d'une convention qui fut signée à Verdun Tannée Suivante. Charles, dit le Chauve, qui, dès Tan 840, avait succédé à la couronne de France, conserva l'Aquitaine et laNeustne; Louis eut toute la Germanie, et Lothaire, avec le titre ^Tempereur, reçut l'Italie, la Provence, la Franche-Comté et le Lyoooais : il obtint en outre toutes les contrées enclavées entre ^ Rhône, la Saône, le Rhin, la Meuse et l'Escaut, et ce vaste ^fîiloire, d*abord appelé « royaume de Lothaire » puis par ^ûiraction a Lotharingie » forma plus tard la Lorraine. Par cet

arrangement, dont les conséquences se sont fait sentir jusqu'au seizième siècle, toute la Belgique actuelle faisait partie de l'empire, excepté la Flandre et l'Artois, qui étaient échus k Charles le Chauve.

Les Normands infestaient toute la contrée, entraînant avec-' eux des populations de serfs et de colons insurgés. Agius, abbé de Vabre en Rouergue, un écrivain du dizième siècle, confirme ee fait de la manière la plus formelle : « Beaucoup de chrétiena, i< dit-il, dans le cœur desquels la foi était faiblement enracinée, (( oubliaient qu*ils avaient été régénérés par les eaux sainteS' c( du baptême, se précipitaient dans les erreurs ténébreuses^ « des païens et s'associaient à leurs forfaits. » Ces associations, devaient exister surtout sur la côte de Flandre, dont les populations se rattachaient, par leur origine, aux envahisseurs K^i^^ Baudouin Bras de Fer, descendant des comtes d'Harlebeke et fllâ^'. dlnguelram, est signalé pour ses exploits contre les pirateSpi: . dès 842 (1). Le littoral était devenu si peu sûr, quatre ans plntr tard, que les reliques de saint Hilduard et de sainte Chrétienoft^ furent transportées du village de Dyckelvenne à Termonde pomt:^ les soustraire aux profanations (2). Bientôt les monastères d|^ Saint-Bavon et de Sainte-Marie sont incendiés (3); les pirate%^ sous le commandement de Godéfroid, fils de Hariold s'avai» jusqu'au bassin de la Seine, et Charles le Chauve, qui a^ appelé son frère aîné à son secours, se vit obligé d'accordé: Godéfroid des concessions de terre. Lothaire n'était point étal de prendre les armes; attaqué d'une maladie mortelle ûi le courant de Tannée 855, il abdiqua, se retira au couvent Prûm dans les Ardennes, et y mourut le 29 septembre, apiè^ avoir partagé ses États entre ses trois fils.

(l) Warnkœnig, Bisi. de Flandre, lom. 1, p. 141.

(î) Dewez, Dicl. géogr., p. 375.

(3) Dut'hesne, Uisi. A'orni., fol. 2. Quelques aulcurs placent cet év eo 850. Sanderus, dans sa Fi iUustr., IV, 298, vol. 1, suppose, d'après la nique de Locrius, qu'il eut lieu en 851. Folcuin affirme que les pirates av des établissements sur la cOte belge : « Plurimum iUi qui littora Scaldi derant, debacchabantur, quoniam gralissima statio navium, siveadhl dum, sive ad quodlibet belli periculum dcclinandum, iUic eos fecerat continuos. » Foie., Degeslis abbat. Lobiens., cap. XVI.

§que de Reims, et Tun des hommes qui prenaient le plus de art aux affaires publiques du temps, avait engagé révoque Utrecht h détourner Roric de toute alliance avec le comte «communié. Charles finit par céder, fit célébrer avec éclat les oces de sa fille à Auxerre, et accorda à son gendre, en bënëce dotal, toute la région comprise entre TEscaut, la Somme krOcéan, avec charge de la défendre contre les pirates.

Les invasions des peuples du Nord, en obligeant les seigneu: ancs h fortifier leurs domaines, donnèrent naissance à u: mie de villes, parmi lesquelles on peut citer Bruges (1), YpreSvouvain, Alost, Harlebeke, et Tliourout. Un édit de Charles hauve ordonne à tous ceux qui ne pourraient prendre l rmes contre les Barbares de travailler h ces constructio insi qu*à celle des ponts et au dessèchement des marais. Aud arde existait déjà, au moins comme bourgade, dès 8i0; il lit mention de Courtrai dans un capitulaire de 859, et Drte à croire que cette ville devait déjh occuper un certain ing puisqu*on y battait monnaie, ainsi qu*à Chièvres et iset (2).

La création d'un grand fief sur le territoire de la Flandre. )ntribua considérablement h modifier la situation politique en )ciale de ce pays. Le nouveau chef, qui prit le litre de iiis des Flamands, employa dès lors ses ressources à soustrai îs possessions à toute influence perturbatrice, et s'efforça )nner quelque organisation aux éléments contraires qui s'i ient autour de lui.

Son énergique intcr\'ention réussit en effet à restaurer lime dans cette contrée presque sauvage, et à en éloigner îumeurs de mer. U n'en fut pas ainsi des provinces belges /aient été réunies à la Lotharingie, car elles se virent aimes à payer tribut aux pirates ciui infestaient le Rhin et euse ; Lolliaire II mit à cet effet un impùt de quatre deniers 8 laquc manse, qui furent en outre accablées de réquisition

(1) Fondi^e par Baudouin Bras do For, qui en flt son séjour habituel. Ci net. Bavon, ad ann. 867.

ii.) Suivant Adrien de Valois, Visel est désigné dans les monnaies carlo^ pnnos sous le titre de Yisonatum ( Not. GaU. in voce Vesatum).

ET DK LA MARME E» BELGIQUE. 81

m/es (1). Charle le Chauve lui-même, en 866, se vit réduit de BOBTeau à acheter la retraite de Tennemi moyennant quatre ■tile livres d*argent, qu'il se procura à l'aide d*une taxe de perre, dool le montant fut levé indistinctement sur tout le Aoode, clercs et laïques. I^s hommes du Nord, dont les exiinces croissaient, ne se contentèrent pas de ces concessions, ei exigèrent le paiement du wehregeld^ pour chacun des leurs 4Qi serait tué depuis la conclusion du pacte. Ck)mme on le suppose, il peut à peine être question du commerce dans une époque aussi troublée. Toutes les ordonnances qui s'y rapportent trahissent la seule préoccupation des descendants de diarlemagne : la crainte des Normands. « Il ne sera pas permis, « déclare Charles le Chauve dans le synode de Pistes, sous «c peine d'être considéré comme traître au royaume, de donner « aux Normands, pour rançon des prisonniers, des brugnes ou «c cuirasses, des armes et des chevaux, ni de leur en vendre à «E quelque prix que ce soit, attendu que cette fourniture d'armes «E et de chevaux met les païens à même de ravager le royaume <« a de détruire les églises de Dieu (:2). »

Lothaire II, ce roi de Lotharingie dont nous venons de rap- IMier les transactions avec les Barbares, mourut encore jeune, Sfeprès avoir soutenu une longue lutte avec la cour de Rome, <iui cherchait à l'éloigner d'une concubine nommée Valdrade, pour laquelle il voulait répudier la reine Theutberge. Charles l€ Chauve, en apprenant le décès de son neveu, se hâta de ïiégocier avec les grands d'Austrasie, parvint à gagner les prélats, et se fit proclamer à Metz comme héritier légitime du Toyaume de Lotharingie par l'évêque Adventius. Il promit de « maintenir le culte de Dieu et Thonneur des églises ; de pren- ^ dre sous sa sauvegarde tous les ordres de l'État ainsi que « chaque individu en particulier, et de se gouverner selon la « justice et les lois. » Il reçut ensuite le serment de fidélité de cwxqui se trouvaient réunis autour de lui et se rendit, peu de tops après cette cérémonie, dans ses nouvelles possessions : M s'arrêta i Florennes, d'où sont datés plusieurs de ses capitu-

<l|Beori Martin, Bist. de France, tom. n, p. 45. {^i^UctumPisunse, tom. II de Baluz., Capitular, Reg,

laires, chassa durant Tautomne dans la forêt des ArdenDes, et passa de là à Âix-la-Chapelle. Louis, roi de Germanie, qui avait vu cette expédition avec d*autant plus de jalousie qu'il prétendait également à la succession de Lothaire, fit notifier à Charles que s*il ne se retirait promptement, les troupes allemandes ne tarderaient pas à lui présenter le combat. Charles, ne se sentant pas assez bien appuyé en Austrasie pour y attendre son rival, rentra en France, et consentit à partager avec Louis. Il garda néanmoins la Bourgogne, la Lorraine et d'autres belles provinces, dont l'acquisition eut suffi pour lui permettre de résister aux ennemis du dehors et de l'intérieur, s*il avait su en tirer parti. Elle ne lui valut cependant que de médiocres avantages, car il se hâta de distribuer à ses courtisans les terres et bourgs sur lesquels il venait d'étendre son autorité.

L'échec partiel qu'il avait éprouvé dans ses ambitieux projets ne l'empêcha pas de partir pour l'Italie, en 875, à la mort de l'Empereur, dans l'espoir de s'emparer de la couronne vacante. Le roi de Germaine s'émut à cette nouvelle, passa le Rhin, et des bandes armées vinrent ravager la France, déjà si péniblement éprouvée. Charles le Chauve, rappelé brusquement par cette agression, se vit contraint de retourner sur ses pas, sans renoncer toutefois à ses plans, car il revêtit la pourpre impériale à Pontgoin en Beauce, avec l'assentiment des envoyés du Pape (1).

Cette cérémonie était à peine achevée, lorsqu'une circonstance imprévue vint ranimer toutes les espérances de l'avide monarque : Louis le Germanique venait à son tour de descendre au tombeau. Ce prince laissait un fils, Louis II, dit le Saxon, qui se hâta de prendre possession de la Franconie, de la Saxe, et de la Lotharingie dont Charles le Chauve convoitait depuis longtemps le territoire. Ce dernier crut devoir profiter d'une telle occasion d'agrandir ses états, qu'il avait cependant tant de peines à défendre, et la Belgique devint le théâtre d'une nouvelle guerre, dont l'issue fut ignominieuse pour l'Empereur, qui rentra en France couvert de honte, pour traiter ensuite avec les Normands, établis sur les bords de la Seine, qui récla-

{\}\nnal. Berlen. ad ann. 876.

fiëreot cette fois un tribut de 5000 livres pesant d'argent. Il fidlut, pour se les procurer, régler la levée de lourdes contributions, en France et en Bourgogne, ce qui fut fait au plaid général de Quiercy-Sur-Oise, en juillet. On imposa une taxe de 12 deniers à chaque terre seigneuriale; de 8 deniers par manse dliomme libre; de 4 deniers à toute manse de colon : les prêtres eurent à payer, selon leur revenu, de 4 deniers à 5 sols. Toutes les églises ayant comtes et vassaux furent aussi obligées de supporter leur part des charges; les marchands et les citadios furent taxés diaprés leur avoir (1).

Un des actes de ce capitulaire de Quiercy, sanctionné si négligemment par un prince carlovingien, favorisait rétablissement do système féodal, et portait un coup mortel à la dynastie régnante : « Si un comte de notre royaume vient à mourir y « est-il dit, et que son fils soit avec nous, que notre fils et nos « fidèles choisissent quelques-uns de ceux qui ont été les plus « proches et les plus intimes dudit comte, lesquels de concert « avec les officiers du comté et l'évéque diocésain, prendront « soin de Tadministration jusqu'à ce que nous soyons prévenus « et que nous puissions conférer la dignité du père au fils qui « sera près de nous. Si le comte n'a qu'un fils en bas âge, les « officiers du comté et l'évéque s'occuperont des affaires de « l'enfant, jusqu'à ce que nous sachions la mort du comte, et « que son fils, par notre concession, soit honoré des honneurs « paternels. » L'hérédité des bénéfices , en empêchant tout retour à la couronne des domaines aliénés précédemment, complétait la ruine de la monarchie franque.

Charles le Chauve reprit peu après la route de fltalie, à la sollicitation du pape Jean VIII, mais de graves complications syantde nouveau nécessité son retour, il tomba malade dans un village de la Savoie, et y rendit le dernier soupir. Louis le Bègue, son fils, lui succéda sans opposition, et fut sacré à Troyesen878. Les Normands, qui pillaient impunément l'empre de Charlemagne, abandonné par ses défenseurs naturels, fenconlraient à cette époque, de l'autre côté de la Manche, une résistance plus déterminée. Alfred, frère et héritier d'Ethel-

il'Acla Canu. Caris., tom. VII des Uistor, de France.

84 HISTOIRE DU COIIMERGE

red V'^, roi de Westsex, était parvenu h réunir sous son sceptre plusieurs autres états anglo-saxons, jusqu'alors divisés, et faisait construire une flotte pour combattre les barbares sur leur propre élément. Une troupe de pirates, sous le commandement du danois Gydroc, ayant débarqué dans la Grande-Bretagne, fut vivement attaquée, obtint d'abord quelques succès, puis ayant été vaincue à son tour, fut forcée d'embrasser le christianisme et de s'établir dans FEstanglie, à condition de renoncer aux courses maritimes (1).

Les Normands, repoussés de ce côté, se rejetèrent sur les rives de la Flandre, dont les habitants, séparant désormais leur

causede la leur, commençaientà leur opposer quelque résistance. Baudouin II, dit le Chauve, fils et successeur de Baudouin Bras de Fer, avait épousé Elstrude, fille d'Alfred le Grand, et se prépara à la lutte avec la même énergie que son beau-père. II est probable même que les Flamands ne combattirent pas sans remporter quelques avantages, car Duchesne nous rapporte que les pirates massacraient impitoyablement « les Suèves et les Ménapiens, leurs ennemis les plus dangereux (2). Cet acharnement devait avoir une cause, et s'expliquerait peut-être par la supposition que les deux peuples s'étaient déjà attaqués sur mer. Il est démontré, dans tous les cas, que les Belges n'avaient pas renoncé aux excursions maritimes, car nous lisons dans la vie de saint Ârnould que les habitants d'Aldenbourg allaient à la pêche de la baleine dès le neuvième siècle, et tuaient ces puissants cétacés à l'aide de lances et de flèches.

L'occasion d'agir ne tarda pas à se présenter pour Baudouin le Chauve qui, ayant rencontré une troupe de Danois dans la forêt de Mormal, les attaqua et leur tua beaucoup de monde. Les envahisseurs ne quittèrent pas cependant la contrée, établirent un camp sur les bords de la Lys, et allèrent mettre le feu à la ville de Terouanne et Ji l'abbaye de Saint-Bertin. Ils se répandirent de \h dans le Brabant, où ils restèrent plusieurs années. Louis le Bègue, après avoir fait quelques menaces aux Normands qui habitaient les rives de la Loire, ne se sentait pas

(1)Math. Wcslm., Flores histor., ad ann. 878. {i) Historiœ Norman. Scriplores.

Il force de protéger ses grands vassaux. Il se disposait à marcher contre Bernard, le comte des marches du Midi, lorsqu'il tomba dangereusement malade. Jugeant sa fin prochaine, il recomoianda son fils Louis à Tévéque de Beauvais et au comte Aiinin, et mourut à Compiëgne, en avril 879. Son dernier vœu ie fbt pas accompli par ceux en qui il avait placé sa confiance, et tandis que Louis, désigné par son père pour lui succéder, coQToquait ses fidèles à Meaux, un parti hostile, à la tête duquel était Gozlin, son parent, et Conrad, comte de Paris, offrait la eooronne de France au roi de Germanie. Celui-ci accepta les propositions des mécontents, entra en Lorraine, et finit par consentir à un arrangement qui le laissa en possession de la partie du royaume de Lothaire que Charles le Chauve avait réunie à la France. Louis souscrivit à cette convention, et se vit en outre obligé de partager le pouvoir avec son frère Carloman. Le royaume fut donc divisé entre ces deux princes : Tafné eut laNeostrie, avec les contrées de l'intérieur, et Carloman obtint b Bourgogne et l'Aquitaine. Le roi de Germanie traversait avec ses.\llemands le territoire qu'il venait d'acquérir, lorsqu'il renooatra inopinément auprès de la ferme royale de Thuin, sur la âambre, une bande de Normands qui revenaient de la maraude, se dirigeant avec leur butin vers l'Escaut. Il les attaqua aussitôt, leur fit éprouver de grandes pertes, et mit les pillards en déroute. Il ne les poursuivit pas cependant, accablé qu'il était ftvoir perdu un fils naturel qu'il aimait beaucoup, et qui périt «tans le combat. De retour à Gand, les pirates reprirent leurs courses dévastatrices. Ils arrivèrent àCourlrai, en novembre 880, cl saccagèrent successivement Ypres, Audenarde, Anvers, Gra- Triines, Cassel, Bailleul et Péronne. Arrêtés un moment à %eax, où le roi de Neustrie leur livra bataille, ils pénètrent «hns les Ardennes en 882, pendant que Baudouin le Chauve, incapable de leur résister, se renfermait dans le château de Smges. Ils atteignent la Meuse, mettent en fuite les troupes de l'Wque Francon, et bientôt les villes de Liège, Maestricht et hongres subissent le sort des autres cités des Pays-Bas (1). Toutes les chroniques monastiques sont remplies de plaintes

t; iulûia Saxo ad ann. 881 , apud Eccard , Corp, Hist. , tom. 1 , col. ffiO ; ^ GmM. ad ami. 882 ; GoUta ChriUiana, tom. 111, col. 835.

■w. K coonci, T. I. 6

86 HISTOIRE DU'COMIIERCE

et de lamentations au sujet des excès commis par ces barbares. Leur nom se retrouve même dans les litanie religieux, prosternés devant Tautel, murmuraient du offices : A furore Normannorum libéra nosj Domine! Leur sions semblaient d*autant plus formidables qu*elles étai< vent le signal, ainsi que nous Tavons dit plus baut, de h des serfs des domaines. Nous voyons en effet les pirate ser des forces considérables à leurs adversaires , parc pays en tous sens, former de véritables armées, et il esl sible d'admettre que tout ce monde eut débarqué sur le Quoi qu il en soit, après avoir ruiné les abbayes de Mal de Stavelot, nous les voyons reprendre leur marche, sur TAllemagne, et se disputer le trésor impérial dans 1 palais d'Aix-la-Chapelle. Ils remontèrent ensuite le Rhin, navigation diflRcile ne put leur présenter d'obstacles, s' rent jusqu'à Trêves, et revinrent enfin à Hasiou, en 1 chargés d'un butin immense. Charles le Gros, frère de 1 Saxe, lui avait succédé comme roi de Lotharingie, en était en Italie au moment de soh avénçment à la court les Belges, n'espérant pas en obtenir des secours, sup le roi de France, Carloman, de les protéger, en lui offra reconnaître comme leur souverain. Ce prince, qui se pressé par les mêmes ennemis, rejeta néanmoins leurs sitions, et se vit même forcé, en 884, de compter aux une somme de 12,000 livres pesant d'argent, qu'on réunir qu'en dépouillant les églises et les monastères qui été épargnés durant cette terrible guerre (1).

Les Normands, fidèles à leur promesse, venaient à j quitter les bords de l'Oise et de la Somme, pour se re Flandre, que Carloman, blessé durant une partie de expirait dans les environs de Corbie. Il ne restait plus, ] succéder, qu'un enfant en bas âge, Charles, depuis sui le Simple. Les vassaux, qui sentaient le besoin de se autour d'un chef énergique, négligèrent les droits d prince, et acclamèrent Charles le Gros, qui se trouva, p élection, à la tête de toute la monarchie franque.

(1) Annal. deVast, ad ann. 88i.

Jamais choix ne fut plus malheureux, ainsi que la conduite du Dooârque ne tarda pas à le prouver. On était arrivé au 35 novembre 8S5, lorsque les habitants de Paris virent apparaître tout h coop une foule de barques, qui remontaient le cours de la Seine, et s'approchaient rapidement de leur cité : Les hommes daXord, résolus à s'ouvrir un chemin vers les provinces méridionales, allaient entreprendre le siège de la principale forteresse de nie de France. La défense fut héroïque, et les Parisiens soutenaient depuis près de dix mois une lutte inégale, lorsque Charles le Gros arriva enfin avec ses gens de guerre, et Tint se placer h quelque distance du camp normand. Les assié- 9!s s'attendaient à une bataille, lorsqu'une triste nouvelle vint te plonger dans le découragement, et leur faire presque douter de leur délivrance : l'Empereur venait de traiter avec les enneffiis. Il leur promit 700 li>Tes pesant d'argent, payables au mois de mars suivant, h condition qu'ils se retireraient ensuite, et leDrli\Ta lâchement la Bourgogne, qui avait échappé jusqu'alors anx déprédations. L'incapacité de Charles le Gros, son défaut d'énergie, indignèrent ses vassaux qui, refusant de lui obéir phs longtemps, lui cherchèrent un successeur. Les peuples fAllemagne et de Lotharingie prirent l'initiative, le déposèrent ila suite d'une diète solennelle tenue à Worms, et élurent ;i saplace le duc de Corinthie, Arnoul, fils naturel de Carloman, roi de Bavière. Les Neustriens, suivant l'exemple des Francs septentrionaux, reconnurent pour chef le comte Eudes, brave «l intrépide guerrier, qui avait déjà reçu le duché de France, Sentie chef-lieu était Orléans, en récompense de ses exploits.

Pendant que les deux nouveaux souverains luttent péniblenient contre les bandes armées qui les menacent de toutes parts, luelques centaines de païens, attirés par l'espoir d'une richo Qpture, s'avancent rapidement vers le comté de Flandre, et ùfforcenl de surprendre la ville de Saint-Omer. Cette fois encore ils rencontrèrent une résistance sérieuse, furent atteints dsins leur retraite par les bourgeois armés, et taillés en pièces •iansuubois près de Windinghem (1). Les pirates, qui avaient

tié assez mal traités déjà sur les bords de la Somme, se décidè-

•^ Cariui. Sithiense, pan prima, lib. Il, cap. LXVI.

reni à changer de quartiers et, tandis que quelques-uns d*eil eux se fortifiaient en Brabant, d'autres revenaient ven Meuse, el battaient les troupes du roi de Germanie non loin Maestricht, le 16 juin 891. Arnoul, ayant été informé de Cdf se passait, résolut de venger cette défaite. Il rassembla corps de Saxons, de Franconiens et de Bavarois, repaan Rhin et la Meuse, puis entra en Brabant, oii les Nonnii avaient établi un camp retranché, sur les bords de U 1^ près de Louvain. La cavalerie, principale force des Lorralj ne pouvait se déployer avec avantage sur un terrain mar geux (1) et entrecoupé, d'ailleurs, par le cours de la rivil L'empereur donna cependant le signal de l'attaque, et les dl liers, descendant de leurs chevaux, s'élancèrent avec de cris sur les retranchements élevés contre eux, les empoi après un rude combat, et se précipitèrent dans le camp, ennemis, qui s'étaient défendus avec intrépidité, reci peu à peu devant eux, furent poursuivis l'épée dans les jusqu'aux rives de la Dyle, où ils périrent en nombre rable. *'^

Cette victoire eut un grand retentissement, et elle a étéi brée de siècle en siècle à Louvain, par des fêtes pomj des processions. Une inscription qu'on lisait autrefois cette ville en faisait honneur h l'intercession de la Viergo^

Le roi Eudes, dont l'avénemcnt paraissait avoir concili les suftrages, moins heureux qu'Arnoul, s'attirait vers la époque l'inimitié du comte de Flandre, Baudouin II, ai avait refusé l'abbaye de Saint-Vaast, d'xVrras. Ce débat signal à ses adversaires politiques, à la tète desquels vait Foulques, archevêque de Reims, et Pépin, comte dé] mandois. Ceux-ci appelèrent à eux l'héritier de Louis le Charles, dit le Simple, qu'ils saluèrent du titre de roi le vier 893. Zuentibold, flls naturel d'Arnoul, venait d'obi celui-ci l'investiture de la Lotharingie. Les rebelles imph l'intervention du prince lorrain, mais s'étant aperçus ambitieux allié ne songeait qu'à faire la guerre dans son

(1) Ami. Met. ad ann. 891 ; Ann. Fuldens. ad eumd. Voyez aussi Petii, Mt ' Histor. Francor. abbrev. ad ann, 891, et J. Lipse, Lovaniuniy tom. III. ^

une embuscade, et fut amené lui-même en captivité. I tesse Aldrade se hâta de négocier la rançon de son mari en échange de rendre la liberté aux prisonniers noi Rollon lui fit répondre que si elle ne renvoyait prom] ses compagnons avec tout Tor et tout l'argent qui se tPC dans la contrée, il ferait trancher la tète au comte. Ces lions intolérables ayant été acceptées, Aldrade , en re les hommes qu elle avait détenus jusqu'alors, les sup| larmes aux yeux, de fléchir le courroux de leur chef, et liciter la délivrance de Régnier. Le forban norwégic généreux que ses compatriotes ne l'avaient été jusqu'alo dit la liberté à son captif et lui restitua la moitié des qu'on venait de lui remettre. Il abandonna ensuite les ; l'Escaut pour se porter dans la Neustrie.

Les barbares n'avaient fait jusqu'à cette époque que i des excursions, et retournaient généralement dans leu pour jouir du fruit de leurs rapines : Rollon allait doi autre caractère à leurs expéditions. En effet, à peine dé le célèbre roi de mer s'empare de Rouen, et, remarq site avantageux de cette ville, il se décide à en faire le c d'une colonie. Évreux, Bayeux et la plus grande parti province tombent en son pouvoir; loin de massacrer la tion des campagnes, il fait travailler les serfs à la cuit terres, et impose un tribut régulier aux paysans et ai chands. Les seigneurs francs, effrayés de ce voisin; savaient trop comment se soustraire aux périls dont ils taient menacés, lorsque Robert, comte de Paris, proposî parti capable de changer radicalement la situation et d une ère de désastres : ce fut d'offrir à Rollon la main d€ liUe de Charles le Simple, avec la cession des district entre l'Océan, les rivières d'Epte et d'Aure, les fronti Maine et de la Bretagne, à condition qu'il reçut le bap devint le vassal du roi. L'offre fut acceptée, et le banni gien changea son nom contre celui de Robert, et prit le duc de Normandie.

Retournons en Belgique, où nous avons laissé, ve Zuentibold en possession de l'autorité suprême. Ce prii n'avait ni l'habileté ni le courage de son père, ne tarda )

des affaires. D*accord sur la nécessité de changer le gouvernement, les seigneurs insurgés se réunirent à Tabbaye de Saiot- Médard, et proclamèrent le duc de Bourgogne, Rodolphe ou Raoul, gendre de Robert, seigneur fort influent, et auquel on reconnaissait généralement de hautes qualités.

Charles le Simple sollicitait Tappui du roi de Germanie, lorsque le comte de Vermandois, Heribert II, lui offrit un asile et des troupes. Le prince carlovingien partit aussitôt pour Saint- Quentin, mais finvitation qui lui avait été faite cachait un piège» et le malheureux monarque, après avoir été reçu avec respect par son vassal, fut enfermé sous bonne garde à Château-Thierri. A cette nouvelle, la reine Ogive, femme de Charles et sœur d'Athelstan, roi des Anglo-Saxons, se réfugia en Angleterre avec son flls, à qui le choix de cet asile valut le surnom de Louis d'Outre-Mer. Le duc de Lotharingie, Gislebert, ayant à se plaindre du comte Boson, frère de Raoul de Bourgogne, refusa de reconnaître l'autorité de ce dernier, et se sépara à celte occasion des autres seigneurs belges, qui lui firent la guerre.

Durant ces débats, les Normands reprenaient leurs courses dévastatrices, s'unissaient entre eux, et pillaient impitoyable* ment leurs voisins. Rollon lui-même, après avoir désolé la Bretagne, rompit les conventions conclues précédemment, saccagea le Beauvoisis, l'Artois, et brûla Amiens et Arras. Il menaçait déjà la Flandre, qui venait de perdre son souverain, Baudouin II, lorsque l'héritier de celui-ci, Arnoul le Grand, s'allia avec le roi Raoul et avec Hilduin de Ponthieu pour châtier les agresseurs. Les Normands furent repoussés, perdirent beaucoup de monde au château d'Eu, qui fut pris d'assaut, mais parvinrent néanmoins à terminer la guerre à leur avantage, car il fallut leur payer de nouvelles sommes d'argent pour prix de leur inaction. Le royaume continuait à être très agité par la turbulence des grands vassaux, et les intrigues auxquelles ils avaient recours pour augmenter leurs domaines. Heribert, comte de Vermandois, après s'être fait le geôlier de Charles le Simple au profit du roi Raoul, se brouilla avec celui-ci, et rendit la liberté au vieux monarque, avec Tassentiment de Rollon et de Hugues de France. La cession de Laon, faite à propos, calma bientôt sonressentiment, et le roi Raoul, qu'on croyait perdu, reprit assez.

de crédit pour faire renvoyer le prince carMvingien en prison,

oii la mort vint terminer sa carrière en 929. Quelques années plus tard, un chef dont Texistence avait été

Ken différente, Thérolque Rollon, s^éteignait à Rouen (1), après

SToir fait jurer à ses fidèles d'obéir à son fils, Guillaume Longuetpée. Tout s'était transformé autour de lui depuis sa première arrivée dans l'île de Walcheren, et ses exploits contre Radbod de Frise et Régnier de Hainaut : les barons français et lorrains, Deeomptant plus que sur leur épée, se retranchaient dans leurs terres, élevaient des châteaux forts et commençaient à courir SOS aux pillards à la tête de leurs hommes d'armes ; les habitants des villes, portant dev?nt eux les reliques de leurs églises, défendaient leurs foyers avec le même acharnement; Fère des vikingues, arrivée à son apogée avecRollon le Norwépeo, déciineet prend fin avec Rollon, duc de Normandie. Quelques bandes années continuent encore la lutte; des combats iBeortriers ensanglantent les campagnes, mais ces convulsions passagères ressemblent aux dernières secousses d'un volcan (jui s'éteint, après avoir longtemps ravagé la plaine : le temps te conquêtes est passé, l'âge des colonisations lui succède.

<l|Voir Depping, HiU. des expéditions maritimes des Normands. Parisi, 1844,

P.ÎH.

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