HISTOIRE DU COMM^RGIÇ
{nsUnee d'aller se fàîre coMronner à Reim. t$ Je nkp duper^ jp'un an, ou guère plus, disait-elle» il me faut donc hi^ employer. » Ce projet paraissait presque insensé, car rennemi disposait encore de forces considérables, et oa hésitait i Tadopter. On se décida néanmoins à poursuivre vigoureuser jqaent la f^erre, en enlevant aux troupes de Henri VI les villes dont elles s'étaient emparées entre la Loire et la Seine, sur les routes d'Orléans à Paris. Cette campagne fut aussi heureuse que la précédente, et les royalistes, après s*étre emparés de Jargeau et de fieaugency, attaquèrent leurs adversaires en bataille rangée à Patai, et les mirent en pleine déroute.
Les Anglais complètement désorganisés, ne revenaient point de leur surprise» et ne pouvaient déguiser les inquiétudes dont ils étaient assaillis. Une lettre du duc de Bedford, adressée par Ipi au gouvernement britannique, nous présente un curieux tableau des sentiments qu'ils éprouvaient en ce moment. « Toutes choses ont prospéré ici, écrit-il, jusqu'au temps du siège d'Orléans, entrepris Dieu sait par quels conseils. Après I9 mort de mon cousin Salisbury, nos troupes, qui étaient en grand nombre à ce siège, ont reçu un terrible échec. Gela est arrivé en partie, comme nous nous le persuadons, parUi confiance que les ennemis ont eue en une femme née du limon de l'enfer, et disciple de Satan, qu'ils appellent la Pucelle, laquelle s'est servie d'enchantements et de sortilèges. Cette défaite a non seulement diminué le nombre de nos troupes, tfAis en même temps a fait perdre courage à celles qui restent, d'une manière étonnante (1).
Le régent n'avait qu'un moyen de conjurer tant de périls, celui de resserrer son alliance avec le duc de Bourgogne. Ce dernier, dont l'anutiè était recherchée par les deux factions, quitta ses États après avoir reçu les ambassadeurs du roi Henri VI, et vint à Paris. Sa présence y était nécessaire, car les Français se rapprochaient de plus en plus de la capitale. Nous les retrouvons d'abord à Troyes, puis à Ghâlons, et, peu de temps après la prise de cette ville, Charles VII faisait son entrée à Reims, où il fut sacré le 10 juillet, après avoir été fait chevalier par le
(l) De Bannie, Biu. def dim de Bourgogne, 1. 1, p. 487.
ET DE LA MARINE jEN BELGIQUE.
hIqc d^Alençon. Durant la cérémoaiç, Jeanne ffArc se tenait au pied de Tautel, un étendard à la main, image vivante de la patrie armée. Triste et accablée au sein de ces fêtes royales, elle conservait encore l'ardent entbousiasme qui l'avait soutenue jusqu'en ce moment, mais elle sentait que sa mission étaijt désormais remplie. Elle voulait retourner à sa vie obscurç, mais on crut encore avoir besoin de ses services, et elle cottsentit à rester. Le roi Charles, dont l'autorité venait de recevoir une sanction nouvelle, marcha bientôt sur Paris, tout en continuant Li négocier avec le duc de Bourgogne. Repoussé sous les murs de cette ville, il se replia vers le centre de la France, tandis que le duc de Bedford cédait la régence au duc Philippe, et se contentait du titre de gouverneur de la Normandie.
Les Parisiens, en passant sous l'administration du duc de Bourgogne, ne virent point s'améliorer l'état de leurs alVaires. Ce prince, qui avait eu à se plaindre des Anglais, était pressé de retourner en Flandre. Déjà veuf de Michelle de France et de Boiine d'Artois, il avait fait demander la main de Madame Isabelle, fille de Jean roi de Portugal, et l'attendait incessamment à l'Écluse. L'ambassade envoyée à cette occasion à Lisbonne se composait du sire dé Roubaix, de messire Baudouin de Lannoy, dit le Bègue, d'André de Tliouloujon, écuyer, et de M'" Gilles d'Escornaix, docteur en décrets et prévôt de Harlebecque (1). Parmi les personnes de leur suite était Jean Van Eyck, « varlet de chambre de Monseigneur de Bourgoingne, et excellent maistre en art de painture, chargé de paindre au vif la tigure de Tin t ante Isabelle. »
Jean Van Eyck, dont la popularité devait éclipser plus tard celle des grands seigneurs qu'il accompagnait, eut la gloire, comme on le sait, de découvrir l'usage de la peinture à Tlmile. Cette invention lui a été contestée, il est vrai, mais la tradition a attaché jusqu'à nos jours le nom de notre compatriote à ce perfectionnement, et les titres qu'on a fait valoir contre lui ne semblent pas assez conclunnts pour qu'on lui enlève cet honneur. La Belgique a également des droits fondés à la création de la peinture sur verre; ou du moins — Yasari en fait l'aveu
(1) Gacbard, CoUeetion de documenls inédUs, II, p. Sl-9|.
HISTOIRE DO COmERCB
— à remploi de Tun de ses procédés les plus îag;énieux. Blaeu n'hésite pas h lui en accorder rentière possession (1). Jean Van Eyck, parait-il, en fit le premier essai, en remplaçant les verres colorés dans leur masse par des émaux ou verres à deux couches (2). Si Ton en croit L. Guicciardini, les Selges perfectionnèrent la manière d*unir les vitraux à Taide du plomb, et un habitant d*Ânvers, Ârnould Van der Horst, trouva le moyen de cuire les couleurs appliquées sur le cristal en les rendant inaltérables (3). Ajoutons que la plus ancienne gravure sur bois que Ton connaisse, a été exécutée dans notre pays; elle porte la date de 1418, et vient de Halines, où son existence fut signalée en 1844. Un recueil périodique anglais, VAthenœum^ en a donné un fac-similé fort exact (4).
Les ambassadeurs belges s'étaient embarqués à l'Écluse, le 19 octobre 1428, h bord de deux galères vénitiennes. On les accueillit avec de grandes réjouissances en Portugal, et les populations mauresques contribuèrent, de fort bon gré, à augmenter l'éclat des fètcs qui eurent lieu à Lisbonne li cette occasion (5). Les envoyés du duc de Bourgogne, après avoir passé quelque temps à la cour, firent une excursion en Galice, puis allèrent visiter les rois de Caslille et de Grenade (6). La princesse partit enfin pour la Flandre, vers la fin de l'année 1429. Son voyage fut d'abord assez heureux, et elle (Uait arrivée en vue du port de l'Écluse, où Ton s'assemblait déjà pour célébrer sa venue, lorsqu'un violent ouragan éclata tout à coup, et rejeta son navire bien loin des côtes fiamandes. On fut plusieurs jours sans avoir de ses nouvelles, et déjà l'on craignait qu'elle n'eût fait naufrage, lorsqu'on apprit qu'elle avait abordé en Angleterre, où elle reçut un excellent accueil. On lui prêta même une centaine de livres sterling pour ses dépenses. Elle se remit
(1) BOgii atlas, p. 10.
(î) Mémoire sur le commerce au xV et au xvi* siècle, p. 32. •
(3) Voyrz dans Ips .Yo«v. mém. deVacad. de BruTeUe!^, l. VII, un article relatif à la peinture sur verre au Pays-Bas, par le baron de Reiffenberg. A partir du XV* siècle, les vitraux peints devinrent fort communs eu Belgique.
(4) Athenœum journal, 1845, p. 9S5.
(5) tfinimt fUtiomque, Portugai, p. 110.
(0) Mtmget 4a tdeum H des ont, t. III, p. 8» ann 18S8.
ET DE LÀ MARUiE EN BELGIQUE. • 95
bientôt en mer, fit son entrée h l'Écluse le jour de Noël, et, traversant cette ville, alla loger à Damme. Les noces curent lieu à Bruges, le 10 janvier 1430, avec un éclat inusité. De riches tapisseries de Flandre, aux couleurs brillantes et variées, * paraient les rues étroites de la cité; le vin coulait à flots devant le palais, dans les salons duquel se pressaient une foule de grands seigneurs et de gentilshommes, couverts de soie, de velours et de pierreries. Le jour même de sou mariage, le duc de Bourgogne, entouré d'une pompe toute royale, voulut rendre hommage à l'industrie et au travail en instituant Tordre de la Toison d'or, dont le collier portait pour devise : Pretium laborum non vUe (1). N*était-ce pas en effet le commerce des laines qui avait enrichi cette antique ville flamande, dont Tanimation faisait 6n ce moment Torgueil du prince et Tétonnement des étrangers?
M. Gaillard, dans Fintéressant travail qu'il a publié sur les corporations brugeoises, rapporte quelques détails peu connus sur le salaire que recevaient à cette époque, les ouvriers employés à la fabrication des étoifes de lainS. Le foulon avait droit à cinq escalins pour la préparation d'une pièce de drap fin ; elle passait ensuite entre les mains du tondeur ce droog- ^eerder » qui avait habituellement deux assistants, payés à raison de 6 gros par coupon d'étoffe manufacturé par eux. Celte somme variait cependant quelque peu suivant la qualité du drap qu'il s'agissait de mettre en œuvre.
Le duc de Bourgogne, en accueillant sa jeune femme, lui donna un train de maison des plus somptueux. Les comptes des dépenses faites par les officiers de la duchesse, qui renferment une foule de renseigiiements relatifs au commerce belge, nous fournissent la preuve que les vins de Louvain étaient encore • fort renommés au xv" siècle, et qu'on en faisait une grande consommation à la cour (2). On en recevait de différents crus,
(1) Voy. VHist. de l'ordre delà Toison d or, par H. le baron de ReilTeiiberg. Cet ordre, qui avait pour patron Saint-André, fut d*abord composé de vingtquatre chevaliers. Au bont do collier pendait une toison d*or, surmontée d*mie pierre émalUée de bleu, sur laquelle on Usait la devise que nous avons «itée plus haut.
(t) Yoy. un manuscrit du xv* siècle, apparteynt à la Chambre des
iUSTOlRfi DU COMMilItCE
parmi lesquels on distinguait a le vieux Roesselberg, le Roesselberg moyen, le nouveau Roesselberg, le Galvarenberg, le Kessel berg, le Galgenberg, le Hoegeberg, le Henneberg et le Schoerberg (1). » Les ducâ de Bourgogne en avaient toujours à leur table.
Les sujets he];;(?s du duc Philippe, tout en fêtant ce prince, commençaiciil iicaiiinoins h se plaindre de son administration. Un grand nombre de sei^^neurs français et bourguignons remplissaient des charges publiques en Flandre, c'est à dire dans un pays dont ils ne connaissaient ni la langue, ni les usages, et leur intervention dans les affaires amenaient de fréquents conflits. Les privilèges des communes n'étaient pas toujours respectés, particulièrement en ce qui concernait la lavée des taxes. Une infraction de ce genre fit prendre les armes aux habitants de Grammont, en mai 1430. Le bailli de cette ville reçut aussitôt Tordre de réunir des troupes, et de fiaiire rentrer les révoltés dans le devoir. Us ne purent résister aux forces qui furent envoyées contre eux, et furent obligés de se soumettre. Le sire de Hallewin fit trancher la téte aux chefô de la sédition, et obtint le bannissement des plus compromis d*entre leurs compagnons (2).
Vers le même temps, le régent anglais avait obtenu de nouveaux secours du duc de Bourgogne, en lui promettant la Ghao^ pagne et la Brie, ainsi que de fortes sommes d*argent. Le diïc rentra donc en France et, après avoir remporté divers avantages
sur les royalistes, vint mettre le siège devant Compiègne, qu'il fit bloquer étroitement. Jeanne d*Arc, désirant relever le courage de la garnison de cette place, partit de Crespy avec deux cents soldats italiens, dans l'espoir de pénétrer dans la ville menacée. Elle y réussit en effet, et, à peine arrivée, ordonna
comptes h Bruxcllps, cl un article do M. Schayes, daos le Messager des sciences et des arts. Année 1833, p. 28o et suiv.
(1) D'après un manuscrit de Molanus, cité par H. Piot, dans son Histoire de la vUk dê loMMilii. Un ouvrage de Jaste-LiiMe, publié au commencement 4|i XYii* «idcle, contient une vue générale de Louvain, qui nous représente toutay les hauteurs environnant cette ville encore couvertes de vignes.
(S] Archives générales duroyome, compte du bailli d'Aiost et de GraWK mont, de Tannée U30.
Digitizod by Gû*..wtL
ttne sortie par la porte du pont, de l'autre côté de la rivière d'Aisne.
Cette manœuvre^ qui devait lui être si fatale, s'acccnnplit avec courage et déôsion. Jean de Luxembourg, qui se trouvait en ee môMent dans le quartier du sire de Noyelles, reçut le choc écs assaillants, et courut les plus grands dangers. Il résista assez longtemps cependant pour permettre aux siens de répandre ratarme; les Français, accablés par le nombre, ftirent reféol^ vers leurs murailles, tandis que la Pucelle, se plaçant en arrière-garde pour protéger la retraite, s'efforçait d'arrêter l'ennemi. Les Bourguignons, apercevant son étendard, se grou* pèrent autour d'elle, parvinrent h Tentourer, et un archer picard, la saisissant par les vêtements, la renversa de cheval. Elle se releva aussitôt, essaya de se frayer un passage parmi la ftwle des combattants, fut saisie de nouveau, et tendit enfin son épée au bâtard de Vendôme, eu se reconnaissant prisonnière.
Les Anglais, en apprenant la capture de celle à laquelle ils attribuaient tous leurs revers, se hâtèrent de la réclamer. Lionel de Vendôme venait de la remettre entre les mains du sire de Luxembourg, moyennant une forte compensation pct uniaire, et ce dernier, qui attendait probablement les ordres de son suzerain, avait envoyé la malheureuse Jeanne au château de lîeaurevoir, en Picardie. Il eut été généreux de la protéger dans sa détresse, et d'honorer en elle l'esprit d'abnégation et de dévouetueni dont elle était l'expression : on aima mieux la livrer au gouvernement britannique, moyennant une somme de dix mille francs.
Triste et résignée, elle passade prison en prison, et fut enlin amenée â Rouen, au commencement de l'année 1431. La frayeur qu'elle avait inspirée h ses ennemis lui avait attiré leur haine, et, après une procédure inique, on la condamna â monter sur le baicher, pour désobéissance aux lois de l'Église. Elle périt comme elle avait vécu, élevant son âme h Dieu, et se préoccupant de la délivrance de sa patrie. Les Anglais, en la sacrifiant à leur colère, commettaient une faute irréparable: ils croyaient étoulTer avec elle l'esprit de révolte qui animait les populations, et ne faisaient au contraire que prêter une énergie nouvelle
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à leur résistance, en la consacrant par la persécution et le martyr.
Le duc de Bourgogne n'avait pas assisté au dénouement de ce
drame lugubre. Il se trouvait en ce moment dans les Pays-Bas, où il s'était rendu pour tâcher de mettre fin aux querelles qui divisaient les liabilnnts du pays de Lié^^e et les Namurois, querelles d'autant plus difficiles à calmer qu'elles avaient pour origine de longues rivalités commerciales. Une autre circonstance, beaucoup plus importante, l'avait engagé d'ailleurs à i)rëcipiter son départ. Le duc de Brabant venait de mourir à l'âge de vingt six ans, et plusieurs prétendants se disputaient sa succession. Philippe de Bourgogne parvint à les écarter, fit reconnaître ses droits par les habitants du duché, et réunit ce lief h ses domaines.
Malgré cet accroissement de puissance, le duc se voyait alors dans une position assez difficile, car ses États étaient épuisés d'hommes et d'argent, et les délapidations commises par quelques-uns des officiers irritaient le peuple, et causaient de grands dommages aux industriels et aux marchands. Plusieurs ordonnances, publiées à cette époque, témoignent de ses embarras, et des moyens auxquels il eut recours pour adoucir le mécontentement de ses sujets. Il écrivit par exemple, le 27 avril 1431, aux fermiers et au geôlier de l'Écluse, leur ordonnant de faàre satisfection, dans le délai d'un mois, aux négociants appartenant à la Hanse Teutonique, qui réclamaient la restitution des sommes excessives, prélevées sur quelques-uns d'entre eux, arrêtés à l'Écluse pour dettes et amendes (1). De pareils abus nuisaient considérablement au commerce, en détruisant ce sentiment de sécurité sans lequel son jléveloppement devient en quelque sorte impossible.
Une autre ordonnance, rendue à quelque temps de là, excita un grand émoi à Gand, et y occasionna même quelques troubles. Les conseillers du duc avaient résolu d'abaisser la valeur des espèces d'or et d'argent, et tirent décréter un nouveau tarif, d'après lequel l'ancienne monnaie d'or perdait un tiers de sa
<1) Cet acte, en français, se trouve rapporté dans un vtdmus, délivré par les bouri^mestre, échevins et conseil de la ville de TÉcluse, eu date du 1€ avril 1447, après Pâques. AreA. â>Tfm, armoire, Urolr B, n* S.
ET DB lA MARINB EN BELGIQUE.
valeur (1), et la monnaie d'ai^ent un quart. Les Gantois coururent aux armes, et mirent à mort plusieurs de leurs magistrats, parmi lesquels on cite le premier échevin, Daniel van Zevenne et le chef doyen, Jean Boele. Un riche bourgeois, Josse Haesbyt, périt avec eux« tandis que Henri Utenhove et Jean de Grave eureni and peine à éviter le même sort. Les tisserands s'étaient les premiers mis en grève, et on fut contraint de les contenter: rordonnance fut rapportée peu après sa publication. On 11 appa plus tard des riders d'or de la valeur de quatre livres de gros (2).
Les tentatives faites à diverses époques, par les souvei'ains, pour altérer les monnaies, n oui eu d'autre origine que rijj;norance complète dans laquelle ils se trouvaient ties fonctions réelles de ces valeurs. Les anciens eussent pu les guider cependant à cet égard, car Arislote en avait déj^i dit : « C'est une marchandise intermédiaire destinée ix faciliter lechange entre deux, autres marchandises. » On se figurait mal à propos que l'unité monétaire, en sa qualité de mesure commune, conservait elle-même un prix invariable, et que lorsqu'on payait un produit tantôt plus, tantôt moins, c'était nécessairement l'objet vendu qui changeait de taux, et non la monnaie. Partant de cette idée, les princes se persuadaient imprudemment qu'ils dépendaient d'eux de doubler leurs ressources en déclarant que cent mille écus valaient six cent mille francs, comme s'ils ne devaient pas être punis le lendemain même de leur fraude, par Faugmentation du prix de toutes choses, et par la nécessité de doubler les contributions pour y faire face. Aussi a-t-il Mu proclamer le maximum toutes les fois qu'on a voulu obtenir quelque résultat de ces grandes spoliations, sils avaient compris, comme le philosophe grec, que la monnaie elle-même n'est qu'une marchandise, qu'on ne cède ou qu'on ne vend qu'en échange d'une autre marchandise, égale en valeur à celle qui a été livrée, ils se fassent évités de grands mécomptes, et eussent
(1) « . . Dat mon in dat goude zoudè verliesen den daerdeu penninc. » Ch. van Jan van Uixmude, p. 43.
(2) Les Anglais se plaignaient, en 143î>, de la grande quantité d'alliage qui existait dans les monnaies des Pays-Bas. Naoai kinory of England, 1. 1, p. Si.
iQO HISTOIRE DU COMMERCE
épargne bien des désastres à leurs sujets. Cette idée, toute simple qu'elle paraît d'abord, n'a été admise qu'à la suite de longs débats, et on en conçoit si peu l'importance de nos jours, que, bien que l'argent soit de tous les objets commerçables le plus sûr et le plus commode, les peuples n'ont pu se décider encore à faire cboix d'un étalon uniforme, et conservent jusqu'il présent leur monnaie particulière, au grand détriment de l'entière communauté.
Après la mort de Jeanne d'Arc, les xVnglais se disposèrent à fêter le couroiiiiement du roi Henri, qui fit son entrée à Paris, le 5 décembre 1431. Ils espéraient, par cette cérémonie, relever leurs affaires en France, mais on se fatiguait de plus en plus de leur gouvernement, qui ne se soutenait plus que grâce à rinfluence du duc de Bourgogne. Ce prince lui-même commençait à se refroidir h leur égard, et le décès de sa sœur, la duchesse de Bedford, survenu le 13 novembre 1432, rompit Xes liens étroits qui le rattachait à la maison royale d'Àogleteire. Il avait déjà reçu, à diverses reprises, des aml)as8adeurs de Charles VII, lorsque des complications nouvefles, surgissant en Hollande, le forcèrent à porter toute soA attention de ce c6fé.
Jacqueline de Bavière, après avoir vécu quelque temps dans là retraite, s'était remariée secrètement au sire François de Ëorsselle, gouverneur de la Zélande. Cette union, contractée an mépris des stipulations acceptées précédemment par la princesse, pouvait enlever au duc Philippe un héritage sur lequel il avait cru pouvoir compter , et le décida à se rendre aussitôt à La Haye. Il se rendit mattre du sire de Borsselle, l'envoya au château de Rupeïmonde, et se préparait à lui fiiîre subirle deri Aier supplice, lorsque Jacqueline eut recours aux négociations, et parvint à sauver son mari en abandonnant tout droit de souveraineté sur les États dont elle avait conser>'é jusqu'alors le gouvernement. Le sire de Borsselle, rentrant en grâce, obtint le titre de comte d'Ostrevant.
Nous avons à mentionner, en 1434, plusieurs faits intéressants relatifs à l'histoire du commerce dans nos contrées. Les Génois, qui continuaient à fréquenter la ville de Bruges, s'étant engagés à payer deux livres de gros par chaque vaisseau naviguant sous leur pavillon, qui arriverait à l'Écluse, reçurent à
BT DB Là MABINB EN BELGIQUE. 101
cette occasion des privilèges assez étendus. Les j^(mis d'Anvers continuaient h lutter contre les prétentions des lialjitants de Malines, et s'étaient alliés, dans ce l)ut, aux Bruxellois. Les deux partis se firent toutes espèces de vexations, malgré l'intervention du duc de Bouri,i.)gne, qui essaya vainement de les pacifier. jTx débat, déjà ancien, ne fut assoupi que quelques années plus tard, h la suite d'un jup:ement rendu par lo prince, le 13 juillet 1441. Il avait déjà été l'objet de deux sentences interlocutoires, portées le 12 janvier 1433 (1). Il s'abaissait, comme on le sait, du droit d'étape sur le sel, le poisson, l'avoine et autres denrées, revendiqué par la ville de iMalines, contesté à celle-ci par Bruxelles et Anvers. Durant les procédures, on se fit de part et d'autre tout le mal possible. Les Malinois mirent obstacle à la navigation de la Senne, au moyen d'une chaîne qu'ils tendirent h Hefiene ; les Bruxellois défendirent îi leur tour que leurs adversaires pussent recueillir les récoltes des terres qu*ils possédaient dans le ressort de l'ammanie de Bruxelles. On ne mit fin à cet état de choses que sur les sollicitations répétées du duc, qui cherchait à ménager tous les intérêts.
Les Aiiversois tenaient surtout à s^ouvi'ir des relations directes avec l'intérieur du pays, depuis que les commerçants d'Amsterdam et de toute la Hollande avaient établi chez eux leur principal marché pour le débit du beurre, du fromage, des œufs, des graines de navets, de colza, de moutarde, etc., qui arrivaient de cette contrée (2), Ils se livraient aussi très activement à la pêche du hareng, et furent môme sur le point de s'attirer, en 1435, toute la colère de Philippe de Bourgogne, en refusant d'acquitter les droits dont ce prince avait frappé cette industrie. Après avoir consulté les autres villes du Brabant, qui leur avaient fait espérer des secours, ils s'étaient môme emparés d'une hiddt' ou barque, stationnée à quelque distance de Lillo, à bord de laquelle se trouvaient les percepteurs de la taxe (3). Mal soutenus par leurs alliés, les Anversois fhrent obligés
(1) Archives gén. du royaume de Belgique, 3* registre noir, fol. 513-25*
fft) Voy. les Icllres de Louis, comte de Flandre, du 12 avril 1358, publiées
dans le Codex diplom., imprimé à la suite de la Chronique de deRlerk, éditée
parl.wnieiii8,t. il, (8) Cette taxe était de 8 sols C deniers par tooneau.
un. ov oowmei, t. n. 7
lOt
(le se soumettre, en payant une amende de soixante mille liders, qui allèrent grossir le trésor de leur su/erain.
Les Français, dans l'espoir de délaclier le due Philippe de l'alliance anglaise, employaient toutes leurs ressources exécuter des courses continuelles dans les Etats de Bourgogne, qu'ils ne cessaient de ravager. Cette tactique leur réussit en effet, oarle duc, fatigué de la guerre, et voyant d'ailleurs que les Anglais ne faisaient plus aucun progrès, consentit d'abord à signer une suspension d'armes avec le duc de Bourbon, puis accepta une entrevue avec ce dernier. Elle eut lieu h Nevers, en janvier 1435, avec un grand éclat. I.es deux prinaes, après avoir réglé quelques contestations particulières, qui servaient de prétexte à l'entrevue, et se rapportaient à certaine prestation d'hommage due au duc Philippe, y jetèrent les bases d'un traité plus important.
Il fut convenu que le roi Charles enverrait des ambassadeurs h un endroit désiiTiK^ h l'avance par les parties intéressées, et ferait faire des oiïres raisonnables au roi d'Angleterre, alin d'engagercesouver;iin à conclure la paix. Sur le relus de celui-ci, le duc de Bourgogne devait séparer sa cause dt^ la sienne et reconnaître l'autorité de Charles VII. On lui promettait, pour prix de sa coopération, les villes, terres et seigneuries situées sur les deux rives de la Somme, c'est à dire le Pontliiou, Amiens, Montreuil, Doullens, Saint-Riquier, avec tous les revenus, tant des domaines que des aides, des tailles et autres redevances, sauf la souveraineté et les droits qui en dérivent immédiatement. Les Français se réservaient cependant la faculté de racheter ces fiefs, moyennant une somme de quatre cent mille écus d'or. On s'obligea en outre, de part et d'autre, à traiter plus tard du mariage de M. de Gharolais, fils du duc, avec une des filles du roi de France.
Le conseil anglais, averti de ce qui venait de se passer à Nevers, essaya de parer le coup dont il était menacé, en redoublant de complaisance envers son puissant allié. Dès le 14 février, le roi Henri VI avait chargé des commissaires spéciaux de s'entendre avec les agents du duc de Bourgogne et des Quatre- Membres de Flandre, afin de préparer la réforme, de commun accord avec ceux-ci, de quelques ordounauces relatives au
commerce des laines, dont les Flamands réclamaient l'abrogation. Il permit même au cardinal de Winton, son oncle, de modifier ces rèf^lements, de manière à donner pleine satisfaction aux négociants de Bruges et de Gand (1).
Le duc Philippe, après avoir pris congé du duc de Bourbon, se rendit à Paris vers la fin de la semaine sainte. Il y fut parfaitement accueilli, entra aussitôt en conférence avec les cliefs du parti anglais, et, leur représentant les embarras dans lesquels il se trouvait el les maux que la guerre occasionnait au royaume, les engagea à ne pas prolonger plus longtemps une lutte qui n'avait déjh que trop duré. On lui assura qu'on travaillerait activement à rétablir la paix. Le roi d'Angleteri'e continuait à lui témoigner la plus grande confiance, et le pria même de le repi'ésenter aux pourparlers d'Arras, qui devaient s'ouvrir en juillet.
Celte imposante assemblée, où l'on allait décider du sort d'une vaste monarchie, s'ouvrit avec pompe, en présence des légats, qui agissaient en qualité de médiateurs, et de près de cinq cents chevaliers. Il fut bientôt évident, dès les premières conférences, qu'on ne parviendrait pas à s'entendre, car le roi d'Angleterre ne voulait pas renoncer h ses droits sur la couronne de France, et Charles VII ne pouvait traiter avec lui qu'à cette condition. Le duc de Bourgogne hésitait à conclure une paix séparée, malgré les sollicitations du duc de Bourbon et du comte de Bichemont, qui s'efforçaient de l'entraîner dans le parti français, en invoquant ses relations de parenté avec la dynastie royale. Il finit cependant par s'y décider, après avoir entendu les docteurs de la suite des légats, et accepta la réconciliation qui lui était olïerte i)ar Charles VII.
Cette nouvelle, reçue en France avec des transports de joie, excita des sentiments bien différents de l'autre côté de la Manche. La populace de Londres s'en émut, et alla piller les habitations des Hollandais, des Bourguignons et des Flamands qui résidaient à Londres. Plusieurs de ces derniers, qui n'avaient pas eu le temps de se soustraire à ces violences, furent arrêtés dans la cité et cruellement mis à mort (2).
(1) Ryraer, Fœdera, conr>entiones, etc., t. Y. . (%.) Allen, History ofLondo», 1. 1, p. 156.
L'interruption des relations amicales entre l'Angleterre et les États belges, perlait un coup terrible au commerce et à l'industrie en Flandre et en Brabant. On peut môme dater de cette époque la décadence de ces provinces, d'abord lente et presque insensible, puis s'accélérant avec une effrayanle rapidité. Quelques chifiVes, empruntés aux statistiques otticielles, nous en fourniront la démonstration. On comptait à Nivelles, en 1435, environ 1,148 maisons : il n'en existait plus que 690 en 1526, dont !^1 étaient inbabitées. Louvain possédait 3,579 maisons vers le milieu du xv siècle, et il ne lui en reste que 3,017 en 1526; Siehem avait 481 foyers en 1435, et 152 seulement dans le siècle suivant. Bruxelles, portée pour 7,046 foyers dans le dénombrement de 1433, voit diminuer considérablement sa population quelques années plus tard (1).
Il n*en fut pas de même dans les autres parties du pays, qui entretenaient des rapports moins suivis avec les lies Britanniques. Le commerce du cbarbon de terre, qui rapportait des sommes considérables au Hainaut, enrichissait aussi la principauté de Liège. D*anciens documents nous témoignent qu'il existait dans cette dernière contrée, dès le xui« siècle, une cour des «( voir^-jurés du cherbonaige » composée de quatre membres, choisis par les écbevins de Liège parmi les bouilleurs les plus expérimentés. Ces délégués, qui ne pouvaient être intéressés dans aucune entreprise particulière, décidaient en premier ressort de toutes les causes en matière de mines, sur lesquelles ils exerçaient une surveillance active, cuniiiuiclle et immédiate. Ils LmlorisaieiU les travaux, les dirigeaient, les* interdisaient, traçaient aux exploitants les plans qu'il fallait suivre, et cela conformément aux statuts et ordonnances « du mestier de cherl)onai;^e ou de lioillcrie. »
Leurs sentences éci-ittîs se nommaient records. Le nonihre des exploitations devait être considérable, puisque les armées liégeoises étaient composées en grande partie de bouilleurs. Ils passaient pour les plus liabiles mineurs de l'Europe, et les rois de France en soudoyaient des compagnies pour les employer au
(1) M. E. Marshall et F. Bogaerls, Bibl des antiquités BHgiques, 1*' cahier; Schayes, Les Pays-Bas avant et durant la dminati(m romaint, t. II, p. 448.
siège des places fortes. Avant l'invention de la poudre, les bouilleurs creusaient des galeries sous les murailles, les ctanronnaient, puis les faisaient crouler en y mettant le feu. Ils employèrent les premiers sur le continent le procédé de charger les mines d'explosion avec de la poudre (i).
Le commerce, en se ralentissant à l'Écluse et à Bruges, ne s'écartait point cependant de la Be^gique. La ville d'Anvers grandissait à mesure que les cités flamandes, ruinées par la guerre, écrasées d'impôts, se débattaient vaillamment contre leur fatale destinée : c'est là que les marchands de toutes les nations, abandonnant leurs anciens comptoirs, allaient bientôt transporter leurs richesses, et, avec elles, les arts et la civilisation.
(1) En 1S88, an siège du chfltean de Ravesteyn. Yoy. imart. deFerd. Henaux, De la découverte de la houille dmt le fM^s iie Iié(fe, Ëmagtr des sdencet et des artt, année 1813, p. iXSè et sulv.
CUAPIXKL VU
Saptue aveo TAngleterre. — Yoena le oaraaiie. — Sauf-conduit aeoordé
par Henri VI aux marchands belges. — Siège de Calais. — Les Anglais «1 Belgique. — Mort de Jeaa de Homes. — Expédition de Quide Yisoh.
— Bruges et l'Éclgise. — Révolte des Brugeois. — Interruption de leon relations commerciales. — Les métiers en armes. — Négociations de paix.
— Nouveaux troubles. — Intervention des marchands éi rangers. — Combat dans les rues de Bruges. — Continuation de la guerre. — Trêve conclue à Arras. — llclablissement des rapports commerciaux, avec l'Angleterre. — Débats avec les Hauscates. — Ajivcrs et Maliues. — Les Sauniers belges. — Hannequin Leeuw. — Les bateliers brugeois et brabançons. — Achat da dmdié de Lnxemboiug. — Xjcs tapis de haute lisse. ^ Ezpéditîona maritimes en Orient. — Amélioration du port d'Ostende. — Tcftre entre la France et l'Angleterre. — Frinlégea des marchands britanniques à Anvers. — Le 8ire.de Temant.
Les Anglais, irrités des éehecs qu'ils éprouvaient eo France, ne manquèrent pas de les attribuer à la défection du duc de
Bourgogne, qu'ils accablaient de malédictions. Le duc de Bed-
ford, qui leur eut probablement fait comprendre la nécessité d*agir avec prudence, alin de ne pas augmenter le nombre de leurs ennemis, ëtail mort quelque temps avant la conclusion de la paix d'Arras, et nul netail en état de îe remplacer. Au lieu de ménaf^er les Flamands, et de se créer, par cette conduite, un appui contre le duc Philippe lui-même, en lui suscitant des diflicultés avec ses propres sujets, les conseillers de Henri VI excitèrent leur haine et leur colère, en s'efTorçant de nuire à leur négoce. Les navires en destination pour la Flandre, étaient
HISTOIRE DU COmiERCE ET DE LA MARINB EN SBLfilQUB, 107
arrêtés sur les côtes d'Angleterre et vendus dans les ports voisins. Les pirates reparaissaient dans la mer de la Manche, et parmi eux un banni de Gand, nommé Yoens, célèbre par son audace et son intrépidité. Les historiens bourguignons Taccusent d'avoir déclaré lui-même qu'il était « ami de Dieu et ennemi de tout le monde. » Il périt, paralt-il, durant une tempête, après une vie pleine d'aventures et de périls.
Le duc, provoqué par leurs incites, conçut le projet de commencer les lioslilités en s'emparanl do Calais et du comté de Guines. Il s'en alla aussitôt à Gand, assembla les échevins et les doyens des métiers, leur rappela tous les griefs qu'ils avaient déjà ;i faire valoir contre les Anglais, et fut écouté avec faveur. Les Gaulois étaient surtout fort mal disposés envers les Calaisiens, qui rel'usaiont de leur vendre les laines, l'élain, le plomb, les lVomaj;es et les autres marchandises d'Angleterre, à moins d'en rec(!voir le paiement en lingots d'or fin, rejetant les monnaies thmiandes, bien qu'ils acceptassent, dans le même temps, toute autre monnaie étrangère.
Henri VI, sachant qu'il allait être attaqué, fit publier un mandement, le 28 mars 1436, par lequel il ordonnait h tous les négociants belges qui se trouvaient en Angleterre, de lui prêter serment de fidélité en qualité de roi de France, sous peine d'arrestation. La plupart d*entre eux, craignant de plus grands maux, se soumirent à cette exigence et obtinrent des lettres de sauf-conduit. La liste de ceux qui sollicitèrent cette feveur est assez curieuse à consulter, car elle indique à quel point l'esprit d'émigration s'était dévelpppé à cette époque, dans toutes les parties du pays. Parmi ceux qui obtinrent licence de continuer à exercer leur industrie à Londres nous remarquons : Romuald Rosselaer, de Louvain; Arnold Franc, de Woluwe; Arnold Huysman, du Brabant; Arnold Mellor, de Louvain; Nicolas Mauregard, tailleur, de Bois-le-duc; Henri Grabbe, cordonnier, de la même ville; Romuald Hounde, du Brabant; Jean Ingelbote, d'Affligliem; Mathieu van Arbright, de Saint-Trond; Simon Angell, de Lummen; Thomas Tayser, brabaiieon; Lucas Horn, de Bruges; Jean Pietersoon , de Bruxelles; Henri Van Maestricht, de Maestricht; Guillaume Van Howebroeck, d'Amers; Laurent Gooper, d'Afilighem; Her-
HisrroBi DU cmmaMem
man Van den Porre, de Bois-le-Duc; Gérard Van Velt, de Bruxelles ; Jean Van fiulkyn, d*£nghien, et Henri de Pere, liégeois.
Les Anglais, obligés de concentrer leurs forces du côté de la Flandre, ne subissaient plus que des désastres en France, et évacuèrent Paris en avril 1436. Dans rintervalle, le duc de Bourgogne excitait les Flamands, prohibait l'exportation des armes de guerre sous peine d'exil, et réunissait une armée de trente mille hommes. Il prit pour lieutenant le sire d*Ântoing, vicomte de Gand, se mit lui-même à la tète de l'expédition et, ayant reçu la soumission des forteresses de Sangatte, de Vaudringhem , d*Oye et de Marck, arriva enfin devant la ville de Calais, qu'il fit environner par ses troupes.
Les milices bourgeoises, parlàitement équipées, fières de leur nombre, ne doutaient point de la victoire. Elles avaient ft lutter cependant contre des adversaires aguerris, d'autant plus dangereux qu'ils recevaient sans cesse des secours par la voie de mer, encore ouverte à leurs navires. Dès les premiers cornets, ils firent éprouver des pertes sensibles aux troupes de Flandre, dans les rangs desquels le fameux La Hire, l'un des plus vaillants capitaines de Charles VU, reçut une blessure assez grave. Le duc lui-même Ait exposé à de grands dangers durant le siège, et eut été fhit prisonnier sans le dévouement d'un gentilhomme de Flandre, Jean Van Platteels, qui sacrifia sa liberté pour sauver celle de son maître.
Jean de Bornes, seigneur de Hondschotte et « garde des oost-dunes de Flandres, » qui avait été chargé de prendre le commandement de la flotte bourguignonne, ne paraissait point, et son absence excitait les plus violent^ murmuVes. Quelques corps de métiers, se lassant d'être retenus si longtemps loin de chez eux, manifestaient l'intention, dès le 24 juillet, d'abandonner le camp, « Si tout le monde croyait comme nous qu'il vaut mieux rentrer dans nos foyers, écrivaient leurs chefs à quelques-uns de leurs amis, nous serions bientôt loin d'ici. » Le duc de Bourgogne , informé de leurs desseins, accorda de nouveaux privilèges aux habitants du Ftanc» et fit &ire des démarches actives auprès des Brugeois,
ET DB LA MARINE EN BBLCIQUE
afin de les engager à ne pas le quitter. Les bourgeois de Biervliet re(}urent également de nombreuses faveurs (1). Les communes se laissèrent enfin persuader que Calais se rendrait fNTOchainement.
Le 26 juillet 1436, on vit apparaître enfin une foule de voiles, qui cinglaient rapidement vers Calais : c'était la flotte si impatiemment attendue. I^e même jour, vers le soir, quatre hulcques chargées de pierres furent dirigées du côté du port, afin d'en bloquer rentrée. L'escadre bourguignonne fit sombrer un de ces vaisseaux à coups de canon, dans le but de remplir le chenal des énormes quartiers de roc qui en formaient la cargaison, mais les deux autres vinrent échouer sur le sable. Les eaux s*étant retirées, ils se trouvèrent à découvert, et les Anglais parvinrent à les briser.
Cette tentative n'ayant pas réussi, Jean de Homes remit aussitôt à la voile, craignant de compromettre la sûreté de ses gens en restant aussi près des côtes. Les Flamands, le voyant s'éloigner, se crurent trahis et s'assemblèrent tumultueusement sous leurs tentes : « H (àut en finir, s'écriaient-Us, car aucune des promesses qui nous ont été faites n*a été tenue. Chaque jour nos gens sont pris ou tués sans que les nobles se mettent en peine de venir nous défendre; il faut partir et retourner en notre pays.»
Résistant aux sollicitations du duc, les Gantois furent les premiers à plier bagage, durant la nuit, et se virent bientôt suivis par les Brugeois, qui seuls emportèrent leur artillerie (S). Le duc de Boui^ogne, désespéré de cette défection, fut contraint de les suivre, laissant le champ libre au duc de Glocester, qui débarqua à Calais dès le lendemain, avec dix mille hommes d'armes.
Le commandant aurais, prenant l'offensive à son tour, se répandit' dans la Flandre (hmcaise, mettant tout le pays à feu
(1) « Privilèges pour ceux de Biervliet, louchant le sel que Ton y fait et autres chosos pour le relipvompnt d'i* ollo ville. » AreMoet gêniraln d» royaume d'' llrlyiquc, Lille, reyist. au\ iiarlcs, 1435-40.
\ij Les frais du siège de Calais s éle\ creul, pour la seule ville de Bruges, à la somme de 84,S91 livres. Toy. le compte de la viUe de Bmges, dos ft .UUt, le se août m?.
iflO.
flmOmB DU GOmiERCB
et à sang. Poperinghe, Bailleul et beaucoup de gros villages Airent successivement pillés, tandis que la flotte qui avait amené le contingent britannique longeait le littoral belge, et menaçait Ostende. Elle arriva ainsi dans les eaux du Zwyn, pendant que les communes, sentant la nécessité d'agir activement, envoyaiedt des forces considérables vers Biervliet, pour détendre cette partie du pays. Le duc Philippe, dont la colère était loin d'être apaisée, les avait abandonnées entièrement à elles-mômes, livrant ses sujets rebelles 2i toute la vengeance de l'ennemi. Celui-ci n'ayant point de troupes de débarquement, se contentait de saccager et de détruire les habitations situées à peu de distance du rivage, regagnant ses navires aussitôt qu'on se préparait à le combattre. On s'attendait à la prompte intervention de l'escadre boui^Uignonne, mais, soit qu'elle eut reçu l'ordre de ne pas accepter le combat, que ses chefs n'osassent agir en l'absence de l'amiral, elle ne quitta point son mouillage.
Cette circonstance augmenta la haine populaire contre Jean de Bornes, qui, ayant été rencontré dans les dunes par une troupe de laboureurs, fut impitoyablement massacré, malgré la courageuse résistance d'un de ses serviteurs, qui périt en le défendant. Durant ces scènes de confusion, un chevalier nommé Gui de Yisch, avait osé sortir de l'Écluse pour repousser les Anglais, mais, ayant aperçu dans le lointain les milices d'Eecloo et d'Oostbourg, il crut que ceux-ci recevaient des renforts et > se retira. Les ennemis, après avoir parcouru les Iles de la Zélande, débarquèrent en grand nombre dans les environs de Breskens, où ils eurent à soutenir une rude attaque. Ils firent ensuite une tentative sur Huist, mais sans plus de succès, grâce à l'énergie des sires de Steenhuyse et de Yorholt, qui vinrent à leur rencontre avec les contingents de Waes, d'Axel et de Hontenisse.
Tandis que les populations du littoral prenaient les armes, une extrême fermentation régnait à Bruges, où la détresse se faisait sentir. Les habitants de celle ville avaient eu h se plaindre, peu (le temps auparavant, des bourgeois de rÉcluse, qui, à la suit(^ d'une querelle entre un des leurs et quelques marchands osterlings, s'étaient levés en masse contre ces derniers et en
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£T DE LA MARINE EN BELGIQUE. lit
avaient tués un grand nombre (1). Les Brugeois, dont les aflàires allaient déjà fort mal, avaient appris cet attentat avec un vif mécontentement, qui fut encore augmenté lorsqu'on leur annonça, au moment où Tannée flamande partait pour Calais, que leurs voisins. refusaient de se ranger sous les bannières brugeoises. Ils résolurent de les en punir, et, au retour de cette expédition, se présentèrent en effet sous les murs de TÉcluse. '
Ils en trouvèrent les portes fermées. Le sire Roland dUtkercke, qui en était capitaine pour le duc, refusa non seulement de les recevoir, mais fit même sortir de la ville tous ceux de leurs compatriotes qui s*y étaient établis. Furieux de la résistance qû*ils éprouvaient, les assaillants retournèrent à Bruges, ob leur récit enflamma si fortement les esprits, qu'une foule considérable s'attroupa aussitôt sur la place du marché, jurant de ne déposer les armes qu'après avoir tiré vengeance de ceux qui venaient d'insulter la commune. La situation s*aggrava bientôt à un tel point que le duc crut devoir s'avancer vers Damme, tandis que les rebelles, s'emparant de Tarlillerie communale, se donnaient pour chef Vincent de Scheutelaere, et s'apprêtaient à mettre leurs menaces à exécution.
La duchesse de Bourgogne, qui résidait alors à Bruges avec son fils, ayant saisi un prétexte pour s'en éloigner, fut arrêtée par Jean Lonckaert, l'un des meneurs, et on ne la laissa passer qu'après avoir arraché de son chariot la daine d'Utkercke, femme de messire Roland, ainsi (jm' la veuve du sire de lioi nes. Le désordre allait croissant, lorsque (jueiques bourgeois proposèrent à leurs conciluyeiis d'envoyer uuc dcpulation ii (iaud, afin de négocier un traité d'alliance avec les Gantois, ou lout au moins d'obtenir de ceux-ci qu'ils voulussent s'eiiirerneUre en leur laveur, en réclamant du prince le cliâlinieut du sire d'Utkercke, la soumission de l'Écluse et l'anéantissement du droit de calUote, nouvel impôt établi en 1407.
(1) Les chroniqueu|[s belges portent le chifTrc dos victimes ù (|uaranle, mais nous voyons par des lettres adressées de Bille, le 3 des Kaleiides de novembre 143G, au clergé el aux magistrats d'Vpres, que plus de 70 marchands, bateliers et pilotes des villes hanséaliques furent tués ou blessés eu cette oecasion. Ârchhftée la tiOe d^Ypreu, armoire, tiroir B, n* SO.
Sur ces entrefàifes, ils jetèrent en prison leurs anciens magis^ trats, et ordonnèrent à toutes les communes limitrophes de réunir leurs milices. Cet appel fut écouté, et peu de temps après on vit entrer à Bruges une quantité de gens armés, venant de tous les environs, groupés sous les bannières d'Oostcamp, de Bamme, dTsendycke, de Hunikereede, de Houcke, de Muyde, de Blankenberghe, de Meetkercke, de Ramscapelle, de Budzeele, de Gokelaere, d'Oostkercke et ie Heyst. On leva en outre trois cents soldats, qui furent placés sous les ordres de Vincent de Scheutelaere et de Jean Bonin. Le même jour, à la grande satisfaction des rebelles, ils fùrent informé que les Gantois avaient prononcé une sentence de bannissement contre Roland d*Utkercke. Le duc de Bourgogne, soucieux d'en finir le plus tôt possible avec la révolte, ne trouva point de meilleur moyen pour dompter la ville de Bruges que de la frapper dans son commerce, et fit barrer le canal qui la reliait à TÉcluse et à Damme. Il chercha ensuite à engager les cités voisines à lui prêter leur appui, mais les plus puissantes d*entre elles, c'est à dire Nieu^ port, Fumes, Dixmude, Bergues, Bourbourg, Dunkerque et Gravelines, refusèrent de prendre une part active dans cette guerre. Il réussit néanmoins à «persuader aux Gantois d'abandonner leurs alliés.
Des escarmouches, suivies de scènes de pillage et de dévastation, prenaient place, durant ces débats, sur le territoire du Franc. Les métiers s'assemblaient en bataille à la moindre alerte, et Ton vivait dans une constante agitation. En cas d'expédition militaire, on apportait, devant la tour de la Halle, l'étendard de Flandre et celui de la ville de Bruges. Ceux-ci à peine déroulés, on voyait arriver les six « hooflmans » de la bourgeoisie, chacun d'eux tenant à la main la bannière de son quartier, puis venaient les drapiers, les merciers, les lingers, les épiciers, les fabricants, les foulons et les tondéurs de draps, ainsi que les teinturiers, s'étendant sur une même ligne jusqu'à la maison connue sous le nom de « Groonenvoorde. » Les bouchers et les poissonniers se plaçaient au nord, où se trouvaient également les cordonniers, les corroyeurs, les tanneurs, les boursiers et les gantiers. Les fripiers formaient une nouvelle division ; les arbalétriers s'assemblaient à l'orient, autour de la
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bannière de SaintrGeorges. Dans une autre direction, à la gauche du drapeau de Flandre, jusqu'à la rue de Breydei, étaient les dëchargeurs de vin, avec les aubergistes, les charpentiers, les maçons, les couvreurs, les scieurs de bois, les peintres, les selliers, les tonneliers, les tourneurs, les fabricants d*arcs, les charrons, les menuisiers, les cordiers, les couvreurs en paille, les plâfonneurs, les potiers en terre et les plombiers. On remarquait ensuite, sous deux différentes bannières, semblables à celle des maréchaux, les orfèvres, les armuriers, les étainiers, les boulangers, les meuniers, les chapeliers, les tapissiers, les tisserands en coutil, les épingliers, les boutonniers, les chaudronniers, les fourbisseurs, les barbiers, les fruitiers, les ciriers, les charpentiers de navires, les fabricants de chapelets et les courtiers : ils formaient une longue tile jusqu'à la rue Flamande. Les contingents des communes voisines occupaient l'occident, jusqu'il la maison de « la Mouette » et la chapelle de Saint Georges.
Les Brugeois, malgré leur excitation, n'en protestaient pas moins de leur désir de se réconcilier avec le duc de Bourgogne. Ils avaient fait déj;i diverses démarches dans ce but, bien que sans succès, lorsque leur bourgmestre Jean Van de Walle retourna à Gand, accomi)agné de Jean de la Gruuthuse. Le duc, après leur avoir fait attendre longtemps une audience, les reçut enfin, et, cédant à leurs sollicitations, consentit à leur accorder la paix en leur conlirmant tous leurs privilèges, à condition qu'ils déposeraient les armes. Les Brugeois ne demandaient pas mieux, et obtempérèrent immédiatement h cette injonction.
Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que toutes ces promesses n'avaient pour objet que d'endormir leur vigilance. Des forces considérables s'assemblaient à l'Écluse, et il fut bientôt question d'établir un nouveau barrage dans la Reye. Ils reprirent aussitôt les hostilités, et assignèrent devant eux le magistrat et les bourgeois les plus notables de l'Écluse, qui restèrent sourds à leurs sommations. Ils les jugèrent en leur absence, et condamnèrent Roland d'Utkerckc, Colard de la Clytc et quelques autres h un • bannissement de cinquante ans, leur défendant, sous peine de mort, de mettre le pied sur le territoire flamand. Cette mesure fut le signal de nouveaux troubles, durant lesquels les habitants
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HISTOIRE DU COHHERCB
de l'Écluse empêchaient toute navigation entre Bruges et la mer, tandis que la commune insui^ëe s'emparait de Damme, d'Ârdenbourg, et ravageait les campagnes. Â peu près vers le même temps, Jean d'Utkercke, gouverneur de Nieuport, captura un vaisseau espagnol, et, y ayant découvert plusieurs Flamands, les fit condamner au dernier supplice comme pirates.
Celte mesure mit le comble au mécontentement et fut cause de violentes récriminations contre la famille de Ghistelles, qui avait la charge, depuis plusieurs siècles, de maintenir l'ordre sur les côtes (1), office pour lequel elle recevait d'assez fortes redevances. Le duc Philippe convoqua enfin les États de Flandre pour aviser avec eux aux moyens d'apaiser les troubles , et se dirigea vers Bruges aveb sept cents arbalétriers. Comptant intimider les émeutiers, il se montra d'abord inexorable, et exigea des bourgeois qu'ils renonçassent désormais à exercer toute Juridiction sur Nieuport et l'Écluse, leur commandant de rappe* 1er les bannis et de reconnaître les privilèges du Franc.
Ces conditions étaient dures; aussi ne pouvait-on se décider, à les accepter. Philippe, ne se sentant pas assez fort pour employer la violence, partit pour Lille sans attendre le résultat des délibérations orageuses qui avaient Heu presque sous ses yeux, et y fut bientôt rejoint par une députation brugeoise, qui lui apportait la réponse de la commune : toutes les propositions du prince avaient été rejetées, sauf celle qui concernait le retour des exilés.
Pendant ces pourparlers, un soulèvement éclata à Gand, durant lequel plusieurs personnes firent massacrées par la populace. Il n'en fallut pas davantage pour provoquer de nouvelles agitations à Bruges, od les corporations prirent les armes et se mirent à parcourir les rues, immolant tous ceux qui avaient conseillé des concessions. Les marchands étrangers qui résidaient à Bruges, effrayés de la tournure que prenaient les affaires, se rendirent à Lille et intercédèrent auprès du duc, le priant de mettre fin h une situation si préjudiciable aux véritables intérêts du pays, en se réconciliant avec ses sujets. Ce prince leur répondit quil se préparait à passer en Hollande,
(1) Yoy. le 1. 1, deeet onviage, pp. 16S, 101.
OÙ il était attendu pour régler la succession de Jacqueline de Bavière, et qu'il prendrait sa route par Bruges.
Fidèle h sa promesse, il ne tnrda pas à se mettre en route avec une suite de quatorze cents hommes. Il emmenait avec lui ses principaux serviteurs et ses meilleurs chevaliers; son cousin, le comte d'Étampes, les sires de Crevecœur, de Savcuse, de Ternant, de Roubaix, de Liedekerke, de HauLbourdin, de Humières ; Roland d'Utkercke et Colart de la Clyte, que les Flamands avaient pris en si grande haine et dont ils avaient prononcé le bannissement, l'accompagnaient aussi.
Cet appareil militaire, et surtout la présence de Tancien gouverneur de rÉcUise, n'annonçait point des intentions bien pacifiques. Le duc arriva néanmoins, le 22 mai 1437, devant la porte de Bruges, avec ses gens. Le chapitre de la cathédrale était venu au devant de lui, ainsi que les deux bourgmestres, les échevinH et les magistrats. Quand ils virent toute cette armée, ils conjurèrent leur seigneur d'envoyer ses archers à Maie et de n'entrer en ville qu*avec ses chevaliers, le peuple ne pouvant manquer de prendre ombrage d'un tel déploiement de forces.
Philippe de Bourgogne n'en persista pas moins dans son projet, ordonna à quelques-uns des siens de s'emparer de la porte et s'engagea dans les rues de la cité. Des groupes se formaient cependant sur les places; les bourgeois prenaient les armes et une vague rumeur, s'étevant peu à peu comme le bruit toujours grossissant d'un orage encore lointain, indiquait que l'agitation se répandait de quartiers en quartiers. Le sang avait déjà commencé à couler, lorsque le sire de Liedekerke, accourant vers le duc, lui apprit que les liommes auxquels il avait confié la garde de la porte avaient été forcés ; que la herse était baissée et que toute communication était impossible avec le reste de l'armée. Le duc ordonna aussitôt la retraite, se dii igea en toute hâte vers la campagne, et ne parvint à s'échapper qu'après avoir couru les plus grands dangers.
Désespéré de cette déplorable aventure, il retourna à Lille, après avoir fait publier, dans tout le pays de Flandre, la défense de donner asile à aucun Brugeois, ordonnant en outre de les traiter partout en ennemis. Les négociants étrangers, voyant
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que toutes leurs tentatives de conciliation avaient échoué, quittaient la ville en grand nombre. Les insurgés s*en émurent, firent ajourner à la Halle tous ceux qui avaient pris la ftiite, sous peine d*une amende de cent rixdales d*or, puis envoyèrent un corps de cinq mille hommes devant TÉcluse pour flûre le siège de cette place de guerre. En attendant, ils continuaient à parcourir la campagne par troupes armées, désolant tout le pays, démolissant et brûlant les châteaux de la noblesse : tout commerce était devenu impossible. Les laines n*arrivaient plus d'Angleterre; les métiers à tisser les draps avaient cessé de travailler; les canaux étaient barrés à TÉcluse et à Damme : la Flandre entière souffrait de ces différends.
La garnison de TÊcluse se préparait à une rigoureuse défense, quand l'approche d'une armée bourguignonne força les assiégeants, ([u\ s'étaient placés sous les ordres de Guillaume Moreel et de Jean Caneel, à se retirer. La famine se faisait cruellement sentir à Bruf^es, lorsqu'on y reçut, avec une grande joie, six mille mesures de froment que les marchands de Lubeck parvini*ent à y introduire. La plupart des villes flamandes, fatiguées de tant de discordes, envoyèrcnL enfin des délégués à Eecloo, où les révoltés se tirent représenter par Jean Walgereet, doyen des maréchaux, et Adrien Vaii Zeebrouck, doyen des teinturiers. Après de longs débats, ces derniers se soumirent au vœu général, et consentirent, au nom de leurs commettants, h se conformer à la sentence du duc, et à reconnaître rindépendance du Franc.
A leur retour, ils rassemblèrent leurs concitoyens sur la place publique, et rendircni compte de leur mission. On les écouta d'abord assez favorablement, mais un banni de Gand, nommé Jacques Messemaeker ayant pris la parole après eux, changea les dispositions de la foule, qui répéta avec enthousiasme qu'il tallail garder les vieilles libertés et les privilèges de la commune, et désavouer Walgereet et Van Zeebrouck.
Les Gantois, qui avaient pris une part active dans les délibérations d'Eecloo, ne furent pas plus tôt instruits de rinefficacité de leurs efforts, qu'ils ordonnèrent, conformément aux prescriptions du duc, que nul ne portât à Bruges ni marchandises ni provisioQs. Ils firent publier que si les insurgés
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venaient à taire des courses dans le plat pays, on sonnât lescloches dans toutes les églises, et qu'on s'assemblât pour les . combaltre.
Cette situation devait avoir un terme, et les Brugeois euxmêmes, revenus à des sentiments plus calmes, finirent par J$ en comprendre la nécessité. La disette continuait à faire de grands ravages parmi eux, et le prix du blé s'tHait ëlevé à 31 escalins la mesure. Ils s'adressèrent donc à la duchesse de Bourgogne, en la priant de plaider en leur faveur. Rien n'était encore décidé, lorsque quelques bourgeois, ayant à leur tête Jean Van de Velde, s'emparèrent d*un vaisseau venant de Nieuport et se rendant à l'Écluse. Ils y trouvèrent un assez grand* nombre des habitants de cette ville, pour la rançon desqueîs ils exigèrent beaucoup d'argent. J^an de Schellcbeke, trésorier de l'Écluse, qui se trouvait parmi les prisonniers, paya pour sa part H6 livres de gros avant de recouvrer la liberté. Le' i4 février 1438, une nouvelle députation fut désignée pour rouvrir les (^pnférences avec le duc Philippe : la peste était venue' se joindre à la famine, et plus de vingt-^iuatre mille personnes en moururent dans la seule ville de Bruges (1).
La paix Ait enfin conclue, le 17 février 1438, à Arras. Les Rrugeois consentaient à payer, à titre d'amende, une somme de cent mille rixdalers d*or, du prix de 24 sols chacun, et comme le prince avait levé une somme de 800 livres de gros, hypothé* qttée sur rîmp6t de la eaJ&iote et le produit de certains droits d'entrée, la ville s'engageait en outre à en acquitter la rente. Les successions des bâtards, bourgeois de Bruges, décédés dans réchevinage de cette commune sans héritiers légitimes, devaient ôtlre désormais appliquées au domaine du duc. Le privilège accordé par celiii-ci,* au mois de septembre 1437, à la ville de l'Écluse, préjudiciant au droit d'étape qui appartenait aux Brugeois, fbt modifié en ce sens que les mardiands étrangers, tOQt en continuant à jouir de Tautorisation d'amener, soit à Bruges, soit à l'Écluse, les bois, poissons secs et charbons de terre que l'on ne pouvait déchai^r autrefois qu'à Bruges, à Damme, à Houcke et à Munikereede, recurent l'ordre de ne
(1) Heyer, Aimai. floiMir., p. HKI^verM.
•t»T. m conoaci, ? . il 8
HISTOmB DO COMMERCB
mettre en entrepôt les cendres et les liarengs en caque qu'en deux de ces localités : Bruges et Damme. La ville de l'Écluse était exempte à l'avenir de toute autre juridiction que de celle du duc. Néanmoins, dans les questions qui intéressaient les marchands étrangers, on avait la faculté, suivant les anciens usages, d'en a[)peler de la loi de l'Écluse à celle de Bi uges.
Le duc pardonna également aux hîibitants du Franc, par lettres datées de Douai, le 2 juin 14;>8. Vingt-deux personnes étaient cependant exceptées de l'amnistie, ainsi que les meurtriers de Jean de Hornes. Les Francùts qui avaient pris part aux rébellions contre le duc étaient condamnés li payer h son profit 90,000 rixdales de 48 gros, monn;iie de Flandre, et de plus 10,000 philippus au profit de r-cux auxquels ils avaient fait éprouver des dommages. Pour acquitter cette somnio, ils se taxèrent indivitluellement, tandis que les Brugeois, après avoir reçu le duc de Clèves dans leur ville, ne virent d'autre moyen de remplir leurs obligations que d'augmenter les contributions levées sur le commerce, particulièrement sur la veute.des vias et des bières.
Les marchands étrangers résidant ii Bruges, dont l'influence avait déjà été si utilement em[)loyée, profitèrent de la lassitude qu'on avait de la guerre pour demander le rétablissement des relations commerciales entre la Flandre et la Grande-Bretagne. Ils s'adressèrent dans ce but h la duchesse de Bourgogne, • et bientôt des négociations actives furent entamées avec les Anglais. Dès le novembre 1438, Henri VI chargea rarclievéque d'York et plusieurs autres de ses conseillers à entrer en pourparlers avec les Flamands. Des conlerences eurent lieu h quelque temps de là à Calais et, dans les premiers jours d'octobre 1439, une trêve fut conclue entre IMiilippe et Henri VI. Elle proclama la liberté de la i)êclie, à partir du o octobre. Celte trêve, qui devait d'abord durer trois ans, fut prorogée lô 24 décembre 1439, pour cinq ans (1).
Les Quatre-Membres de Flandre, c'est h dire Gand, Bruges, Ypres et le Franc, eurent encore à payer de fortes sommes
(1) Les négociateurs flamands étaient. Ilcnri Utenhove, Paul Descbamps et Louis Domassent. Yoy. Rymer, Fœdera^ t. Y.
aux marchands hanséatiques, en dédommagement des pertes essuyées par ceux-ci durant la f^uerre. Une cliarle du 20 septembre 1438, nous ap{)rend qu'ils rerurcnl, à cetlo occasion, 8,000 livres de f^ros, monnaie du pays (1). Celte restitution ne se fit pas, néanmoins, sans quelques contestations, et la Hanse ne l'obtint qu'après avoir fait saisir tous les vaisseaux des Pays- Bas qui se trouvaient sous sa juridictioti. Les Hollandais et les Zélaïubiis rerusèrent même de s'exécuter, équipèrent une Hotte, et pillèrent tous les navires de Hambourf,^ de Lubock, de Lunebourg, de Rostock. de Wismar et de Stralsund dont ils purent s'emparer. Les beHij^^i'-ratiis tiiiireiit cependant par. signer un traité à Copenhague et par accorder les conq)ensations réclamées (2). Nous avons à mentionner, vers la fin de l'année 1438, de nouvelles querelles entre Malines et Anvers, relativement à l'étape du poisson, de l'avoine et du sel. Cette dernière denrée était, h cette époque, l'objet d'un grand commerce dans nos contrées. Le roi Henri VI avait même permis à un certain nombre de Belges de venir en Angleterre, pour y établir des sauneries, leurs procédés de fabrication étant supérieurs à ceux alors en usage de l'autre côté de la Manche (3).
La ville de Malines, qui était depuis longtenips en possession d'un négoce considérable, particulièrement avec la France (4) et l'Espagne (S), voyait avec beaucoup de jalousie l'accroissement constant de la commune anversoise, et il fallut l'iatervention du duc pour l établir la paix.
Les déprédations maritimes, si fréquentes durant les luttes terribles qui ensanglantèrent toute la première moitié du
(1) Parmentier, documents relatifs à la Hanse Teotonicpie déposés aux
archives de Gand.
{i) Ce traité Tut préparé par S. de Lalain;;, A. de Gand et Van der Byck.
(3| Antlorson, Hist. of commerce, t. I, p. 461.
(4) ILs jouissaient, dès li02, du privilège de passer devant Bapaume et Péronne, en se [ endant aux foires de Paris, sans payer de droits. Papebrocb» Amuiles.
(5) Une ordonnance des rois de Castille de 144%, taxe les étoffés superfines d'Ypres à trois mille maravédîs la pièce, et le velours superfin de Malines à 4,000 maravédis. Capmany, Mém. kist, tobre la vMuina de BareéloM, t. III, ctiap. II.
m BlftTOIRE DU COMMSRGB
xv" siècle ne discontinuaient point. Un certain Hanrtequin Leeuw, gantois de naissance, parcourait en ce moment les mers, et avait sous ses ordi^es une escadre de huit à dix vaisseaux, bien armés et ap|)rovisionnés, avec lescpiels il faisait non seulement la course sur les côtes de Flandre et de Hollande, mais même dans l'océan Atlantique, en longeant le rivage espagnol jusqu'à Gibraltar. Les marins gantois se distinguaient d'ailleurs, en ce temps, par leur esprit d'entreprise et leur audace. Des querelles meurti-ières eurent lieu, en 1440,. entra eux et les Anversois. Il parait ccpoiuiant que ces derniers avalent quelques torts, car le duc de Bourgogne prononça contre eux (1).
Des dissensions de même nature éclatèrent, en 1442, entre les bateliers'brugeois et brabançons, au sujet du déchargement des navires arrivant dans le Zwyn. Les magistrats de BrugiBS décidèrent, le l*' septembre 1442, qu'on les allégerait à tour de rôle, en commençant par un vaisseau brugeois, pour passes ensuite à un vaisseau bruxellois, une autré embarcation brugeoise, puis un vatsseau anversois, après quoi on devidt reprendre la série. Il était défendu à tout bâtiment venant de Malines, de Bruxelles ou d*Anvers, de mettre plus de quatorze jours à charger ou à décharger sa cargaison, sous peine d'une amende de dix livres parisis par chaque jour de retard. Si les marchandises transportées n'avaient point été déclarées au préalable, l'armateur encourait une pénalité de vingt livres parisis. Tout navire, au moment d'entroprondre un voyage, était frappé d'un droit de trois livres parisis, au prolit de la corporation des Francs-Bateliers de Bruges. Les négociants étrangers avaient le droit de noliser tout bâtiment quelconque pour importer dos marchandises en Brabant, à condition toutefois de faire connaître leur volonté au doyen et au conseil des Francs- Batoliors, et d'obtenir leur autorisation (2).
Ce règlement, comme on le voit, était fort défavorable h la marine brabançonne, mais les Brugeois considéraient les habitants d'Anvers comme de dangereux rivaux, et s'efforçaient de
(1) Papebroch, Annales Antverpiemcs, 1. 1, p. 41S. (S) Gailliard, Ambachten van Brugge, p. 154.
ET DE lA MiMNE EH BELGIOUB. IM *
retenir, sur les bords du Tjwyn , un commerce qui tenclnit à prendre une autre voie (1). Les Vénitiens avaient déjà envoyé, en effet, quelques chargements d'épices à Anvers, mais les Génois restaient fidèles à leurs anciennes habitudes, et se rendaient toujours eh Flandre. Ils avaient fait construire à Bruges, en l Ul, une nouvelle halle aux soieries « saei halle » qui servit à la vente de ces étoffes jusqu'en 1575 (2).
Peu de temps après avoir reçu la soumission des Brugeois, le duc de Bourgogne négocia une importante transaction. Par ua traité conclu entre lui et Floris de Boschuysen, prévôt d'ivoix, » muni des pleins pouvoirs d'Élisabeth de Gorlitz, il fit l'acquisition du duché de Luxembourg, du comté de Ghiny et du duché de Gorlitz. Il s'engageait h payer i\ la duchesse Elisabeth, sa vie durant, une j)ensiun annuelle de 7,000 florins du Bhin, et à lui douaer une somme de 18,000 florins, eu argent comptant (3).
L'arrivée en Belgique de Frédéric d'Autriche, qui venait d'être récemment élu empereur d'Allemagne, fournit une nouvelle occasion ii Philippe de Bourgogne de déployer sa magnificence. Olivier de la Marche, en parlant des cadeaux que le souverain allemand reçut de son hôte, cite surtout les tapisseries de haute lisse, (4) dans la fabrication desquelles, comme nous l'avons déjà fait observer, les Flamands possédaient une véritable supériorité. Les plus beaux tapis se confectionnaient à Arras, à Audenarde, à Bruges et à Tournay. On a prétendu que l'art de la tapisserie n'avait pas été cultivé avant le xv" siècle dans noli e itays, mais celte opinion est sans fondement, car M. Lambin, archiviste d'Ypres, a prouvé que déjà vers la fin du xin*" siècle, il y avait à Ypres une manufacture de
Il I Beaucoup de marchands avaicnl déjà émipré à Anvers à celte époque : « Inlei im, dit Papcbroch, magnum civitas incremenlura accepil per mcrcatore.s, Brugis (ubi omnia iu tumultu erant, et oclodecim rebelUonis principes capitc plexi) hue cum familiis Iransgressos. » AfMottt AiUnafSeates, t. I, pp. 114, IIS.
(î) GalUiard, Éphémhides bnigeoises, p. 78.
(3) Bertholct, Hist. du duché de lAuembourg , t. VU ; pp. 373-381.
(Il Olivier de la Marche, Mém.f liv. 1, chap. VU, p. 375, col. édit. da Panthéon.
m HISTOIRE DU COMHERCB
ce genre. En effet, dans un registre de parchemin intitulé :
« Chcst li livres de louios les Keurcs de la vile d'Ypres, » reposant aux archives de cette commune, on trouve une charte eoinmcnrant par ces mots : « Che sont les Heures des tisserans des tapis et leur œuvre. » Par l'arlicle premier de cette pièce, qui en contient onze et qui i)orle la date de 1309, il est défendu de se servir, dans la fabrication des lapis, de poil de vaclie et de filets de poils de chien (1).
Durant le séjour de l'empereur Frédéric dans les États du duc, ce dernier reçut la visite d'un ambassadeur de Jeaa Paléologue, chargé de traiter une affaire assez grave. L'empire d'Orient penchait depuis longtemps vers une ruine complète. Les Turcs, dont la marche triomphante, après avoir été arrêtée par Tamerlan, avait repris sa première impulsion, se préparaient, sous les ordres du sultan Amurath H, h commen(ier lè siège de Constantinople. Jean Paléologue, connaissant la piété et l'esprit chevaleresque du duc Philippe, lui laisait demander des secours. Il avait déjà éprouvé toute l'indifférence des rois de la chrélieii'.é, et tentait un effort suprême auprès du prince belge, dont la réputation était grande sur les bords du Bosphore. On y voyait souvent, en cflet, des vaisseaux de Flandre, et dans ces contrées lointaines on le nommait grand-duc d'Occident.
L'ambassadeur étranger fut accueilli avec honneur, et on lui fit les plus brillantes promesses. Le sire de Wavrin se rendit bientôt h Venise pour y équiper quatre galères, et le seigneur Vasco de Saavedra annonça l'intention de se joindre aux chevaliers bourguignons qui se disposaient à faire la guerre aux Turcs. Geolfroy de Thoisy, seigneur deiMimcures, reçut l'ordre de se transporter à Nice pour y réunir une Hotte, et on arma plusieurs navires, d.ans le même but, aux Pays-Bas. Il existait à cette époque, d'après Papebroch, un chantier de construction navale fort considérable dans le pays de Wacs, à deux lieues d'Anvers. Le duc y fit construire une galère remarquable par son tonnage, et armée avec le plus grand soin (2). On fabriqua
(t) 0. Delcpierre, La BétgtqueUiiuliréi, p. 34. Bruxelles, in-8*. Société typographique belge.
(%) Annales Anlverpienses, p. 522.
élément deux trirèmes à Anvers, qui furent lancées en 1447. Des vaisseaux flamands assistèrent, en 1446, au siège de Rhodes, où le sire de Thoisy se distingua à un tel point (lu'il obtint de grands éloges de la part de son souverain, et une pension viagère de 300 francs (1).
' Nos marins» en arrivant sur les cètes d*Âsîe, n*eurent pas seulement à combattre les Turcs, mais aussi les Génois, qui, jaloux des privilèges commerciaux dont les Vénitiens jouissaient dans Tempire latin, favorisaient ouvertement les infidèles. Une gatiotte, faisant partie de la flotte du sire Waleran de Wavrin, fut saisie à Gaffa par leurs ordres, et le duc de Bourgogne leur adressa même des: lettres de sommation à ce sujet (2). Les Génois, loin^de faire amende honorable, finirent par déclarer ouvertement la guerre au duc, sous prétexte que ce prince leur avait refusé la restitution de certains navires turcs, captures par ses gens dans la mer noire (3).'
Les encouragements accordés h la marine belge, dont le développement servait si utilement nos intérêts commerciaux, exercèrent non seulement leur influence sur l'avenir de la ville d'Anvers, mais aussi sur celui d'Ostende. Le canal de navigation, creusé en 1284, ayant été supprimé par suite de la construction de nouvelles digues élevées contre les grandes marées, les (c waieringues » arrêtèrent, en 1443, d'en faire tracer un autre, tant pour l'écoulement des eaux que pour rétablir des moyens de communication entre Ostendo et le pays environnant. Ce canal, comme le premier, venait se terminer au sud de la ville. Lors de sa création, Ostende n'avait pas encore de chenal qui conduisit directement de la ville à la mer; les pêcheurs se voyaient obligés d'échouer leurs banjues sur la plage, ainsi qu'on le lait encore de nos jours h Rlankenberghe. Il paraît cependant qu'il existait dans les dunes une sorte de port de refuge, car un octroi de Philippe le Bon, concédé
(1) Mémoires pour Mnrfr à Vhiitoire de Ftanee et ét Bourgogne, t. II, p. ftW. Des navires flamands avaient été envoyés à la défense de Constantinople dès
ran 14iS ; les frais de Pexpédillon furent liquidés en 1480. (i) Gacliard, Notice des archim âeMMduc de Caramm, BvU. delaeommit.
roy. (rhis!oire, l. XI. p. 188.
(3) Anderâon, déjà cité, 1. 1, p. 458.
en i|48, Mt' mention fijm wmml Hftvne, /ce qui suppose én* demment la formation dje quelque .crique avant cette* époque. Dans la requête que présentèrent les Ostendais pour obtenir l'autorisation d'établir ce hâvre, ils donnent des détails curieus
sur les ravages causés par la mer sur cette partie des côtes. Une foule de maisons, bâties originairement hors de l'atteinte des plus hautes marées, avaient été envahies peu h peu par les flots, et leurs habitants s'étaient vus forcés de les démolir (1). Le duc, prenant en considération les dépenses considérables auxquels ils s'étaient astreints pour l'amélioration du port, les aflranchit de tous tonlieux en Flandre (2). Les bourgeois de l'Kcluse avaient obtenu uu privilège semblable, moyennant .paiement d'une somme de cent livres parisis (3).
Malgré l'énergique activité des populations belges, elles ne pouvaient se soustraire entièrement à l'influence fatale des événements qui se passaient en ce moment en France. Charles VII, tout en acquérant plus d'autorité et de pouvoir, avait encore à lutter contre de nombreux ennemis. Des bandes indisciplinées parcouraient le royaume, changeant de drapeau suivant les circonstances, âpres au pillage, rebelles à tout contrôle; les Anglais, bien que vaincus, ne voulaient renoncer à aucune de leurs prétentions : la paix semblait plus éloignée que jamais. Après de fréquentes négociations, dont la stérilité excitait l'esprit caustique des gens de cour (4), on parvint cependant à
(1) Paaqaini, Uist. delavilkd^O$U»ie.
[i] Archives généi ales du royaume Mg?'9U£,Begistreaaz chartes de UUft. (S) JMd., Reg. aux chartes de LiUe, 1140-51 .
(4) Qui voudra la paix conquérir
Du roi de France et d'Angleterre Seize personnes fault acquérir; Deux en faull de cbacunnc terre :
Deux bourguignons de pasience Et deux brettons de conscience; Sans ordure deux allemans Et sans flallerie deux normands ; El faull sans orgueil deux liégeois Et sans Irayson dcuxanglois ; Et puis fault deux hardis lombars Et sans mocquerie deux picards ;
£T 'DE iLÀ «LlftlME £11 BBLOK^.
conclure une trêve, le 1* avril 1444. Le duc de Bourgogne, de son côté, régla en 1446 la perception des droits de douane, levés h Anvers sur les biens des marchands britanniques (1). £n cas de contestations, ceux-ci pouvaient en appeler à un tribunal particulier, composé de trois juges, nommés par les bourgeois ou par le prince. Ce traité, comme celui de 1406, contient une disposition remarquable; on y voit que la capture d'une propriété ennemie, trouvée à bord d'un bâtiment neutre, était alors autorisée.
Ces privilèges attirèrent beaucoup d'Anglais à Anvers, d'autant plus que les habitants de cette ville, avec une juste entente de leurs véritables intérêts, s'efforçaient de faire disparaître toutes les entraves imposées jusqu'alors au commerce. C'est ainsi qu'ils rachetèrent, le 24 mai 1447, de l'abbé de Saint-3Iichel, les droits de tonlieux prélevés par celui-ci à Aycndykc, pour la somme de trente-sept florins du Rhin. Ils conclurent encore des transactions du môme genre, trois ans plus tard, avec Jean Van Halmale, Guillaume Van den Wyngaerde et Jean Van Romcrswale, qui tous prélevaient certaines redevances sur les navires fréquentant l'Escaut.
Philippe de Bourgogne, secondant ce mouvement, veillait avec soin à ce que les trêves ne fussent pas violées. Il en donna une preuve éclatante. Un de ses plus brave s chevaliers, le sire deTernant, alors capitaine de l'Écluse, avait appris qu'un riche commerçant anglais passait souvent proclie de cette ville, en allant de Bruges ii Calais. Le genlilliomme bour^Miigiion feignit de chasser quelques-uns de ses serviteurs et les aiiosta sur la route; ils enlevèrent cet Anglais, et prirent en toute hâte le chemin de la France. Le duc fut instruit de cet enlèvement fait dans ses propres pays. La duchesse, qui avait traité avec Henri VI et signé la trêve, mit une grande vivacité à ce que justice fût faite. Des archers turent envoyés aussitôt à la suite des
Et ponr mettre la chose ù tiu Deax pniâ'Jiomiiies de Limosin.
A. Jubinal, Lettres à M. de Saloandjf tur qudqws-um de» vummrtu de la B&l. roy. de la Uaye^ Paris, 1846, in-8*, p. 109. (1) Voy. le manuscrit 17,981, Bibi, d» Musée MUamque; Papebrocb, Amuh ksAntverpienseSt 1. 1, p. M8-^.
•116 mSTOIRË DU COMMERCE ET DE LA BIABINB VU BELGlttCE.
coupables, les atteignirent, et trouvèrent sur eux une lettre du sire de Ternant à son beau-frère le seigneur de Mont-Jay, par laquelle il lui adressait le marchand étranger, le chargeant de le garder prisonnier jusqu'à rançon. La duchesse n*en fUt que plus empressée à punir ce méfait. Le sire de Ternant était chambellan du cUic ; il lui avait rendu les plus grands services et avait toute sa faveur. Il n*en fut pas moins envoyé au château de Courtray, où il passa une année; en outre, il eut à payer de grands dommages et intérêts à l'Anglais qu'il avait fait prendre.
CiiÂl'lïUË VIII
Guerre entre la France et rAngleterre. — Pertes subies par les armateors * flamands. — Armement naval à Ostende. — Débats entre le duo de Bonr*
gogne et les Gantois. — Intervention des marchands étrangers. — Les usuriers lombards. — Abolition de certaines redevances féodales dans le Hainaut. — Les caves ecclésiastiques à Anvers. — Guerre entre le duc de Bourgogne et les Gantois. — Combat de lîupchnonde. — Une flotte hoUandtiise dans l'Escaut. — Le pays de AVacs est ravagé. — Conférences de Lille. — Reprise des hostilités. — Bataille de Gavre. — Les Turcs à Constantinople. — DéocmTerte de l'Imprîmerie. — Projets de croisade. — Concessions iaîtea anz Hanséatee. — Expédition en Hollande. — Exil du Dauphin. — Négociations oommerdales avee VAuglcterre. — Mort de Gbaries YII.
La France, délivrée de la présence des troupes mercenaires qui avaient vécu si longtemps sur son territoire, présentait en 1448, un tableau assez satisfaisant. Jacques Cœur, l'argentier de Charles VII, avait l'élabli de Tordre dans les finances publiques, tandis que la création des Francs-Archers, en dotant le royaume d'une armée permanente, lui donnait de nouveaux moyens de résister h toute attaque imprévue. Ce fut néanmoins dans ces circonstances que les Anglais , encore tout-puissants en Normandie, rompirent brusquement la trêve conclue en 1444, et se saisirent de la ville de Fougère.
HISTOIRE DU COMMERCB
Charles VII se hâta de profiter d'une occasion aussi favorable, déclara la guerre àTAnglclcrrc, et envoya une ambassade solennelle au duc de Bourgogne, afin de réclamer le secours des chevaliers flamands et bourguignons.
Le duc, qui croyait avoir à se plaindre de Henri VI (1), accueillit avec honneur les délégués français, et, tout en refusant de prendre une part active ii la lutte, permit à ses sujets d'aller combattre à l'étranger. Il resserra en outre les liens qui l'unissaient déjà aux Écossais, en négociant avec eux un traité d'alliance (2).
Charles VII, connaissant la faiblesse réelle de ses ennemis, se mit immédiatement en campagne, et ses elTorts furent couronnés de succès. Les Anglais, après lui avoir vaillamment disputé Rouen et Harfleur, perdirent ces deux villes, et, ayant été défiiils II Formigny, se virent forcés d'évacuer la Normandie, qu'ils s'étaient flattés de conserver. Une crise politique vint encore ajouter à leurs embarras, et rendre leur retraite presque inévitable. La reine d'Angleterre, Marguerite d'Anjou, exerçait une grande influence sur les aflbires, et les revers qu'essuyaient ses agents étaient imputés à sa mauvaise administration. Le duc de SulTolk, son conseiller, fut mis à mort, et une révolte éclata h Londres, fomentée par un homme du peuple, nommé Jean Cadc, qui se donnait {lour descendant du duc de Clarence et héritier d'Étlouarti III. Le parti royaliste finit par triompher, mais, tandis qu'il employait toutes ses forces à vaincre la sédition, les Français entraient en Guyenne, saisissaient la plupart des places fortes de ce duché, et se rendaient maîtres de Bordeaux en juin 14ol. Le duc de Bourgogne, malgré toute son adresse, n'avait pu rester longtemps en dehors de ces débats. Il
(1) Le roi d'Anfj;lclerre avait déjà nommé une commission le 2o octobre 1448, pour examiner certaines réclamations soumises à son* conseil par la duchesse de Bourgogne. Celte commission était composée de Uumphroi Stafford, John Marenag, Robert Sbyllington et de quelques autres. Dm ûépOFtés anglais et flamands se réonirent ensuite à Calais, pour y faire valoir leurs griefs réciproques. Les intérêts de nos compatriotes furent confiés durant cette n(^?ociation, à Henri Utenhove et Jean PosteL^Voy. Rymer» t. V, S* partie, pp. 5, ti, 9.
(2) Tyller, EisL ofScolland, t. lil, p. 214.
BT DE Là. KUUMB EN BEUilQUE. 1»
avait rompu toute relation avec Henri VI dès 1450 (1), et les marins de Dieppe, de Honfleur et de Rouen ne se faisaient point de scrupules d'arrêter les navires bel^^os. Une foule de pêcheurs ostendais ayant été rançonnés par les corsaires brilanniques, les habitants d'Ostende unirent leurs ressources pour faire cesser ces brigandages, et quarante trois bateaux, armés en guerre, mirent h la voile afin d'aller livrer bataille aux forces anglo-françaises. Cette agitation n'était que le prélude d'évt'nements plus sérieux, dont la Flandre entière allait bientôt subir IMnfluence. Il ne sera pas inutile, avant d'en commencer le récit, d'exposer brièvement les circonstances qui contribuèrent à les amener.
Les communes belges, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, avaient acquis une telle indépendance dès le xiv siècle, que leurs princes, après les avoir soutenues pour s'en servir contre l'aristocratie féodale, s'étaient vus dans la nécessité de les combattre h l'aide de cette même puissance, désormais soumise. Deux principes s'étaient alors trouvés en présence en Flandre : l'un, tout populflire, tendait à l'harnionie par la fédération; l'autre, essentiellement gouvernemental, réclamait ja centralisation des pouvoirs, opposant aux chartes communales les droits inaliénables du souverain. Déjà, en 1439, des différends d'une nature assez sérieuse s'étaient élevés entre le duc et les Gantois, tant au sujet du renouvellement de la loi de leur ville, que sur des matières de juridiction et d'imp(Ms.
Les bourgeois de Gand, d'après un privilège concédé autrefois par Philippe le Bel, en 1301, étaient appelés h nommer quatre prud'hommes, qui, assistés de quatre collègues choisis par le roi de France ou le comte de Flandre, étaient chargés d'élire vingt-six personnes, auxquelles étaient confié le gouvernement de la cité. Peu à peu les dispositions de ce décret royal avaient subi des altérations, de manière à augmenter l'intlucnce des corps de métiers» qui comptaient, en 1450, vingt de leurs
mars liSO, lettre de Henri VI à la commune de Londres, en faveur dès Flamands, qu'on doit continuer à protéger « malgré la traliison décelai qui se dit duc de Bourgogne. » Yoy. Delpit, DootmtuU français «a AngUtem, 1.1,
HISTOIRE DU COHMERCE
représentants parmi les magistrats communaux. Ces innovations, toutes favorables aux intérêts de la démocratie gantoise, étaient vivement repoussdes par le duc, qui les considéraient comme destructives du privilège de 1301.
Quant à la question des impôts, elle n'était pas moins importante. L'aide ou le subside se payait en nature sous le gouvernement féodal; il était aussi personnel et se percevait par foyers. Insensiblement, h la suite de changements dont on ne peut préciser les dates, il était devenu réel, en conséquence du rachat des services féodaux, et l'impôt, au lieu de frapper le serf, grevait les biens de l'habitant des villes, la propriété du bourgeois (1). De là un mécontentement croissant, qui ne fit qu'augmenter jusqu'en 1446, époque à laquelle Philippe de Bourgogne voulut soumettre lesViantois à la perception d'une taxe sur le sel. Les relations entre le prince et ses sujets étant devenues de plus en plus difllciies, celui-ci fit mettre de fortes garnisons à Audenarde, à Termonde, à Gavre et à Rupelmonde, puis, adoi)lant le système qu'il avait déj^ suivi pour vaincre la résistance de la ville de Bruges, ordonna, de barrer tous les csinaux qui se dirigeaient vers Gand.
La crainte de voir se rallumer la guerre excita une émotion générale. Les marchands d'Espagne, d'Aragon, de Portugal, d'Écosse, de Venise, de Florence, de Milan, de Gênes et de Lucques, résidant à Bruges, se hiltèrent d'intervenir, tandis que les trois membres de Flandre se portaient pour médiateurs entre le duc et la cité de Gand. La querelle s'anima néanmoins de plus en plus, et, le 31 mars 4450, le duc de Bourgogne publia à Bruxelles un long manifeste, par lequel il annonçait son intention de dompter par la force l'opposition des rebelles.
Il y rappelait tous les griels (}u'il avait h faire valoir contre ces derniers : leur refus de la gabelle du sel, l'influence prépondérante indûment exercée par les deux grands doyens des
(1) Voy. Let pIoMordt de Brahanu^ t. II, p. H. L'acte da iO septembre 1461
est un véritable moiiumeni législatif. en matière d'impôt. La plupart des
subsides étaient basés sur les vint^tifimes ; cette assiette devint invariable à partir de l(î8G ; avant celte année, elle avait été reprise et abandonnée, mais ou ue s en est plus départi depuis.
BT DE LA HARING BN BELGIQDB.
métiers, raccroissement des corporations par l'adjonction d'ouvriers forains, les sentences criminelles prononcées par les magistrats municipaux sans rintervenlîon du bailli.
Au moment de s'engager dans une toile entreprise, le duc, avec sa prudence habituelle, ne négligeait nul moyen pour s'attacher les communes qui lui restaient fidèles. On se plaignait beaucoup des usuriers lombards, dont l'avide rapacité n^était que trop connue, et auxquels les ducs de Bourgogne eux-mêmes^ avaient eu fréquemment recours. Philippe s'engagea à ne pas leur permettre de former de nouveaux établissements, et promit de les faire surveiller sévèrement (1). Il abolit certains droits dont ses prédécesseurs avaient joui jusqu'alors en Hainaut(2), et accueillit favorablement une députation anversoise, chargée par le magistrat de lui présenter des réclamations concernant le débit des vins en cette ville. •
Il paraît que quelques communautés ecclésiastiques, profitant du privilège dont elles jouissaient d'introduire des vins dans la cité sans payer de droits, se livraient à la vente en détail de cettedenrée, de manièreà s'en foire un véritable moïiopole, leurs concurrents ne jouissant pas des mêmes avantages. Le duo fit droit aux remontâ^ances des marchands anversois, et statua qu'aucune personne, étrangère aux communautés, ne pouirait s'approvisionner dans les caves ecclésiastiques. Des gardes furent établis pour veiller à l'exécution de cette ordonnance, et placés sous la protection spéciale du prince.
Cependant le désordre régnait à Gand , que la classe aisée commençait à abandonner, dans la prévision des troubles. Les capitaines, les échevins et les doyens des métiers de cette ville, après avoir vainement réclamé l'appui des communes voisines, adressèrent une longue lettre à Charles VII, lui exposant la situation dans laquelle ils se trouvaient, et le priant, comme leur souverain seigneur, de les aider à maintenir leurs droits
(1) Gachard, Invent, des archives du royaume de Belgique, III, 4.
(i) « Les droits de bois de chauffage, chênes et autres bois quelconques que, en son pays du Hainant, ont accoostamé prendre ses officiers avec un petit martel dont on a accontumé û*mir le bailly des bois, ensemble les droits de poisson, de pottrchaux en la forcst de Mourmal qui ont accoutnmé avoir les diU officiers. • LlUe, idytM. am charUt, arckim générales dut royavoM.