HISTOIRE DU COMM£RG
et leurs privilci^es, dont il était, disaient-ils, le défenseur naturel. Cette missive venait à peine d'être envoyée, que dès ambassadeurs anglais arrivaient î^i Gand, avec mission, delà part d'Henri VI, d'offrir aux rebelles un secours de 7,000 hommes.
La réponse du roi de France ne fut pas favorable, et conseillait la soumission. Elle ne fit qu'envenimer l'animosité des partis, et, vers le milieu de l'année 1452 , les Gantois commencèrent les hostilités en s'emparaai des châteaux deGavre, de Poucke et de Schendelbeke.
Après de nombreuses escarmouches, durant lesquelles il se fit, de part et d'autre, de brillants exploits, les deux armées se rapprochèrent insensiblement, et la guerre prit un caractère plus cruel et plus acharné. Les Gantois, s'appuyant sur le pays de Waes et les villes d'Hulst, de Boucliout, d'Assenede et d'Axel, avaient établi leur quartier général à Basele, où ils s'étaient retranchés. Une puissante artillerie y était venue de Gand. Chaque métier avait fait fondre une coulevrine où son nom était gravé. Leur chef était Gautier Leenknecht.
Le duc, alors h Rupelmoude, prit le parti de les attaquer, et, ayant partagé ses forces en trois divisions, envoya son avant-garde contre l'ennemi , dans l'espoir d'attirer celui-ci hors de ses retranchements. Il y réussit sans peine, car ses adversaires étaient aussi ardents qu'inexpérimentés, et, après, avoir combiné toutes les précautions nécessaires pour s'assurer la victoire, les chargea tout à coup avec tout son monde. Les Gantois, vivement pressés résistèrent d'abord avec courage; Jacques de Luxembourg , l'un des chefs bourguignons fut abattu à coups de piques dès le commencement de la mêlée, où périt également Corneille de Bourgogne, fils naturel du duc. Forcés de céder h des forces supérieures, ils s'ébranlèrent enfin, et le désordre se mit dans leurs rangs. Un grand nombre d'entre eux furent massacrés durant la retraite. Gauthier Leenknecht, leur commandant, qu'on releva sur le champ de bataille, dangereusement blessé, fut aussitôt traîné au gibet, en expiation de la mort du bâtard de Bourgogne.
Le lendemain du combat de Rupelmonde, on aperçut une flotte nombreuse qui remontait l'Escaut, les voiles bigarrées d'écussoAs aux éclatantes couleurs; elles portait les hommes
ET D£ LA MARINE EN EELGIQUE
d'armes réunis en Hollande par les sires de Borssele, de Bréderode et d'autres puissants bannerets, et menaçait les rebelles d'une diversion redoutable : ceux-ci continuaient leurs préparatifs de défense, et repoussèrent toute proposition d'accommodement.
L'armée bourguignonne, désormais renforcée, reprit l'offensive et, s'avançant dans le pays de Waes, déjh si remarquable par sa belle culture et ses richesses agricoles (i), le ravagea entièrement. Les Gantois, qui tiraient leurs vivres et leurs approvisioiniomcats de ce district, soulTrirent bientôt de la disette, et, lassés de tant de revers, se décidèrent h entrer en négociations. Des conférences eurent lieu à Lille, à l'intervention du roi de France, dont les délégués présidèrent aux débals. Les députés flamands y rappelèrent tous leurs griefs, et se plaignirent surtout de ce que les transactions commerciales avaient été soumises h des impôts illégaux, qui avaient eu pour conséquence, disaient-ils, le départ des marchands osterlings.
Les envoyés du duc, de leur côté, accusèrent les bourgeois de Gand de désobéissance et de trahison, ajoutant que si les Osterlings les avaient quittés, ce n'était pas ii cause des taxes qu'on réclamait de ceux-ci, mais par suite des vexations qu'ils avaient subies ii Bruges. Leur retraite, disaient les Bourguignons, n'occasionnait d'ailleurs que des pertes peu sensibles au commerce flamand, les Osterlings se bornant à importer de la pelleterie, et quelques autres marchandises de valeur médiocre. *
Le 3 septembre 1452, les députés, gantois retournèrent tristement vers leurs compatriotes : toutes leurs demandes avaient été rejetées.
Les rebelles, frustrés dans leurs espérances, se remirent aussitôt en campagne, sans laisser le temps au duc de rassembler de nouvelles troupes. Us sortirent en grand nombre de la ville, sous la conduite de différents chefs, marchèrent sur Hulst, quils détruisirent totalement, pillèrent Axel, et se rendirent maîtres d*Ardembourg, d'Ôostbourg et de beaucoup d'autres localités, où ils laissèrent des traces sanglantes de leurpas-
(1) Yoy. Van den Bogaerde, Het dislnlu St^-NikoUm, derde deel.
Blir. M OOHIBICI, t. Jl. 9
BISTOIRE W COMMBRCI
sage. Le pays d'Alost fut entièrement ravagé par eux, et ils étendirent ieurs courses jusqu'aux portes de l'Écluse.
Le duc, malgré toute sa puissance, ne savait trop comment mettre fin h cette guerre cruelle. ïl ne pouvait songer à commencer le siège de la ville de Gand, les ressources dont il disposait n'étant pas suffisantes pour une telle entreprise, et d'ailleurs il manquait d'argent. Les communes qui lui étaient restées fidèles, gémissaient sous le poids des taxes et des impôts. U faisait par force des emprunts aux hommes riches, exigeait une contribution de tous les nobles qui ne ponvaient lui rendre le service militaire, et cachait au commerce et à l'industrie les plus lourdes redevances.
Il parvint néanmoins k se (ledre, dans le courant du mois de juin i453, une armée assez nombreuse pour cpiitter Lille, et se remettre en campagne. Il reprit les forteresses de Scheiidelbeke et de Poucques,au «ëge desquelles périrent quelquesuns de ses plus braves <^evalier8, «t vint investir le château deGavre.
Si les rebelles avaient été bien conseillés, ils se fUssent bornés à harceler les troupes bourguignonnes, en évitant s(« gimsement toute action décisive : le duc eût été bient/^t fytùé de licencier ses h<nnmes d'armes, dont Tentretien lui occasionnait des dépenses considérables. De plus, la disproportion qui existait au xv« siècle, quant au siège des places de guerre, entre les moyens d'attaque et les moyens de défense, permettait aux bourgeois des villes, rétranchés derrière leurs murailles, de braver longtemps les assauts des plus braves soldats, tandis qu'ils étaient souvent les plus faibles dans une lutte en plein champ, où la victoire appartient d'ordinaire aux bandes les mieux disciplinées.
Les Gantois, excités par quelques-uns de leurs chefs, n'adoptèrent pas cette tactique, et le duc de Bourgogne apprit avec joie qu'ils s'avançaient à sa rencootre, bannières déployées, et en ordre de bataille.
Ils étaient au nombre d'environ quarante mille, car il avait été ordonné à tout citoyen, de vingt à soixante ans, de concourir à la défense publique, sous peine de la hart. Arrivés en vue du château de Gavre, ils se déployèrent dans la campagne, leur
ET DE JJL laftUliE EN BELGIQUE
droite s'nppuyant sur l'Escaut. Leurs meilleurs combattants étaient armés de longues piques. Sur les flancs était lartillevie, gardée par des hommes à pied munis de haches , d'épées àdcux tranchants ou de marteaux à pointes de fer. La cavalerie» eommandée par Jean de Nevele, formait les ailes avec quelques auxiliaires anglaisf, envoyés par Henri YI. Ëa seconde ligne était la foule des ouwiers peu accoutumés au maniement des armes» • les hommes âgés, les gens de la campagne et ceux du pays de Waes; les bagages et les chariots étaient par derrière (1).
Ii'ayant-garde du maréchal de Bourgogne s'élança aussitôt en avant» dans l'espoir de jeter le désordre dans les rangs des boui^eois dô Gand, qm se formërait en carré à rapproche de cette cavalerie, repoussèrent ses attaques» et continuèrent à marcher vers Gavre, défdaçant leurs canons à mesure qu'ils gagnaient du terrain.
Le combat; s'engagea enfin avec vigueur, sur tonte la ligne, le duc, voulant à tout prix rompre cette masse compacte» devant laquelle veifaient échouer tous les efforts de ses chevalim, la fit assaillir par son artillerile légère et ses archers. Les Gantois, accablés de traits, s'ébranlèrent en ce moment, et l'explosion d'un chariot de poudre acheva de mettre le désordre parmi eux.
Rejetés du côté du fleuve par les hommes d'armes picards, leur retraite se changea enfin en déroute complète. Poursuivis par les vainqueurs , les uns se jetèrent dans l'Escaut, et s'y noyèrent , tandis que leurs compagnons périssaient sous la hache d'armes des Bourguignons, ou étaient foulés sous les pieds de leurs chevaux. Le carnage fut effroyable , et des milliers de cadavi^es couvrirent bientôt la plaine.
Deux mille Flamands, s'arrôtant dans leur fuite, s'étaient retranchés dans une prairie, entourée en partie par la rivière, et défendue en avant par une forte baie et un fossé. La lutte s'y renouvela avec acharnement, et le duc de Bourgogne, qui s'était élancé dans la mêlée, fut sur le point d'y périr, de même que son fils, le comte de Charolais » qui y fut blessé d'un coup de lance.
(1) De Barante, Bitt. âet éua 4e Bmrgogw, t. Il, p. 112.
^ mSTOIRB su GOIIMERGB
Ce fut le dernier épisode de cette terrible guerre. Le 27 juillet 1453. une députation gantoise se présentait au duc PhniDPe, et lui apportait la soumission de la ville rebelle. Les métiers abdiquaient le pouvoir, et désormais l'aristocratie urbaine, plus favorable au prince, reprenait la direction desaffoires.
Au moment où les Gantois déposaient les armes, 1 empire crée qui penchait depuis longtemps vers son déclin, succombait aux attaques des Turcs, qui investirent enfin Constantinople bien résolus à s'en emparer. Ils s'attendaient à y rencontrer line vive résistance, mais les Grecs et les Latins étaient divisés entre eux, et oubliaient les dangers de leur patrie commune dans l'ardeur de leurs sanglants débats. Cependant 1^ Vénitiens, les Génois, et d'autres auxiliaires appartenan à diverses nations, firent quelques efforts pour sauver la ville; la Dluoart des portes étaient occupées par des étrangers, et JusUniani qui commandait la flotte vénitienne, forçait tous les narres v^^ de la mer Noire à entrer dâns le port afin de con tr l uèr ?i la protection de la côte. Us se virent néanmoins Xés de céder; le trône des Paléologues fut renversé, et Bysance devint la capitale de l'empire turc.
Cet événement, depuis longtemps prévu, porta un coupftital au commerce de Venise, qui passa en partie aux Génois. Ceux-ci réussirent en effet h conclure un. traité avec les conquérants, iiar leauel le sultan , tout en se réservant le droit de raser les murs du faubourg de Galata, garantit aux marchands de Gênes la nossession de leurs maisons, de leurs magasins, de leurs visnes et de leurs moulins, leur permettant d'aller et de venir dans toute rétendue de ses États, afin d'y vendre leurs marchandises, à condition d'acquitter certains droits de douane, ainsi ou'une capitation fixe, le « Karatscb. » Il leur concéda en outre le privilège de conserver leurs lois et coutumes, d'avoir leurs églises, mais sans cloches, et de choisir un « ancien » nour juger leurs contestetîons.
Ce traité, qui donnait aux Génois le monopole du commerce de la Remanie et de la mer Noire, fut respecté fort longtemps, car on le retrouve encore renouvelé par Sélim. en 1612. Il multiplia considérablement nos relations commerciales avec la
ET DE LA ItàBIllE EN BELGIQIJE.
ville de Gênes, alors riche et puissante, en restreignant, d'un autre côté, nos rapports avec Venise.
Le génie industriel, toujours actif malgré toutes les révolutions sociales, accomplit, vers le milieu du xv« siècle, l'un de ses plus brillants triomphes : |a découverte de l'imprimerie. L'invention de la gravure avait déjà donné la pensée, quelques années auparavant, de stéréotyper en quelque sorte les formes graphiques, mais on n'y parvenait que par des procédés assez lents, car chaque page d'un manuscrit exigeait la confection d'une planche gravée , c'est à dire un travail pénible et dispendieux. Il faUait perfectionner une Idée féconde, et on y parvint par l'introduction des caractères mobiles, dont les combinaisons variées se prêtent à tous les caprices de la parole humaine.
L'art typographique, dont l'influence sur la civilisation devait être si considérâble, fUt introduit de bonne heure en Belgique. La corporation des libraires, auxquels les imprimeurs s'adjoignirent bientôt, était constituée à Bruges dès 1484, et un de
nos compatriotes, Gérard de Flandre, monta une imprimerie à Trévisc en 1471. Ce fut Thierri Martens (1), qui eut la gloire
d'établir le plus ancien atelier de ce genre dans notre pays. Né à Alost, il s'initia aux procédés typographiques à Venise, où il travailla peut-être sous la direction de Gérard de Flandre, et, de retour dans les Pays-Bas, publia dans sa ville natale le premier ouvrage qui sortit de ses presses, le Specuîuyn co7iversîo7iis peccalorum. Il s'établit en 1476 à Anvers, où il eut bientôt des imitateurs. La riiôme année, les Frères de la Vie Commune fondèrent une imprimerie à Bruxelles, oU ils éditèrent le Spéculum conscienciœ (2) .
Le pliisancien imprimeur anglais, William Caxton, qui exerça longtemps h Bruges les fonctions de maître et gouverneur des marchands britanniques, fit son apprentissage en cette ville, où Golard Mansion fit paraître, en 1475, la première partie d'un ouvrage théologique, intitulé « le Jardin de dévotion. »
Le duc de Bourgogne, en faisant la paix avec les Gantois,.
(1) D'autres écrivent «Merlens. » Voy. Foppcns, Bibl. bélgiea, t. H, p. 117.
(2) Delprat, Yerkandéiingifmâepaterhuigen, Dtreclil, iii-8% p. Itl.
140 HISTOIRE OU COUMERCB
Pays-Bas n'était plus nécessaire, partit aussitôt pour le Brabant, et fit le plus brillant accueil à son royal neveu, malgré l'attitude menaçante de Charles VII. Il lui donna pour résidence le château de Genappe, lui assigna une pension considérable, et, tout en refusant de prendre les armes en faveur de ce fils rebelle, se déclara prêt à défendre les droits de l'hospitalité. Il se complaisait, avec une orgueilleuse satisfoction, à couvrir de sa puissance l'héritier d'un vaste royaume , et eut dédaigné de prêter l'oreille aux paroles prophéiiques du père outragé : « Mon cousin de Bourgogne ne sait ce qu'il fait, de nourrir le renard qui mangera ses poules. »
Le dauphin, dès son apparition en Belgique, songeait en effet, avec cet esprit d'intrigue qui le rendait si redoutable, à semer autour de lui des éléments de discorde. Reçu dans les villes de Flandre, qui rivalisèrent de splendeur et de luxe pour lui fôire fête, il fut frappé de leurs richesses, et particulièrement de l'aspect animé de l'Écluse, où Ton voyait encore, maillé la décadence du commerce dans cette partie de la contrée , près de cent cinquante navires entrer au port en une seule journée. Ces tableaux, en lui dévoilant les ressources immenses de son protecteur, excitaient la secrète envie du jeune prince, et lui inspiraient le désir de miner sourdement ce dangereux pouvoir, avec lequel il se croyait appelé à entrer en lutte tôt ou tard.
Aussi prudent qu'avisé, il se garda bien copendaiit de lever le masque, et, tout en redoublant d'attentions envers ses hôtes, il observait patiemment leur entourage, se faisait présenter les plus influents d'entre leurs serviteurs, prodiguait à ceux-ci l'or et les caresses et se préparait des moyens d'action pour l'avenir, en s'assurant dans le présent des auxiliaires dévoués.
Les circonstances, d'ailleurs, favorisaient ses intentions. Parmi les seigneurs qui vivaient à cette époque à la cour de Bourgogne, on distinguait, entre tous, les seigneurs de Croy, dont la hante faveur mécontentait non seulement le peuple, mais avait même porté ombrage au comte de Charolais, ainsi qu'à une grande partie de la noblesse. Le dauphin , exploitant ces rancunes, amena les deux partis à une rupture complète, d'où
ET DE LAr HARIHB EN BELGiaVE
Ul
résulta une vive altercation entre le vieux duc et soa ûls , qui " se refusait à tous ménagements.
Dans rintemlle, le roi de France, de plus en plus courroucé, s'alliait aux plus ardents adversaires du duc Philippe. Les Anglais, repoussés en Normandie et en Guyenne, attaquaient les vaisseaux belges, malgré la trêve conclue entre les deux nations, pillaient les marchandises qu ils trouvaient à bord et massacraient impitoyablement ceux d'entre nos marins dont ils parvenaient à s'emparer. Ces déprédations ayant soulevé des clameurs universelles, Henri VI, bien que fort mal disposé à l'égard de nos souverains, se vit contraint d*écrire à ses officiers, le 14 mai 1458, afin de leur recommander strictement de réprimer la piraterie. Il accorda, vers la même époque, un sauf-conduit à Antoine de Bourgogne, Thibaut de Neufchâteau et Jean de Gréquy, qui étaient chargés de présenter les réclamations des armateurs flamands.
Ces commissaires ayant jeté les bases d'un arrangement, Jacob de Yinage fUt envoyé en Angleterre, en compagnie de Simon de Moerkerke, pour continuer les négociations avec William Sprener et John Derby, qui leur communiquèrent à leur tour les plaintes des commerçants anglais, victimes de quelques représailles. Pendant ces pourparlers, Henri VI confirma les privilèges accordés aux pécheurs belges en 1406, et leur permit dVxercer leur industrie sur la côte anglaise.
Les relations politiques entre la France et les Pays-Bas, se compliquant de plus en plus, eu étaient arrivées à une crise dangereuse pour la paix publique, lorsque le roi Cliarles VU mourut h Mehun-sur-Yôvre, le 22 juillet 1461.
Le dauphin avait de nombreux ennemis, et craignait d'être mal reçu par ses nouveaux sujets. Le duc de Bourgogne lui vint encore en aide, et manda sur-le-champ à ses propres gentilshommes, de se trouver en armes avec leurs suivants le 8 août, à Saint-Quentin. Ces précautions furent néanmoins inutiles, car nul ne se présenta pour disputer le pouvoir au roi Louis XL
L'appréhension était grande cependant, parmi les anciens conseillers de Charles VII, à l'approche de l'héritier du trône. On lui attribuait le projet de renouveler tous les offices » et de
détruire tout ce que son prédécesseur avidt si péniblemei^ organisé. En effet, Tun de ses premiers soîns, en arrivant dans ses États, Alt d'enlever la charge de grand maître de Fh^tel au sire de Gaucourt, pour la donner à Antoine de Giby, l'ua de ses confidents à la cour de Bourgogne. Le duc Philippe, malgré les prévenances dont il était l'objet, ne se âdsait pas illusion sur Tavenir :
« — Le roi, dîsait-11 au due de Bourhon quelques jours après la cérémonie du sacre, le roi ne régnera pas longtemps en paix. Je le connais : avant peu, il aura tout mis dans un trouble
merveilleusement grand. »
Ce fut âûus de pareils auspices que s'ouvrit le nouveau règne.
GUAPITRË IX
ATénement de Louis XI. Travaux agriodlfls dans le Lozanboiiig. Maladiedn dne de Boiizgogne. — Guerre civile en Aagletene. Cenon des villes de la Somme. — Héoontentemeiit du comte de Charolais. —
Armement naval contre les Turcs. — Une flotte belge dans la Méditerrallie. — Découverte et colonisation de rArchipel des Açores. Ptoliibi* tion des draps anglais. — Le comte de Charolais s'empare du gouvernejaeat. — lâgne du Bien Public. — Bataille de Moutlhéry. — Traité de Conflans. — Troubles dans le pays de Liège. — Truite de Saiut-Troud. — Situation commerciale et industrielle de Binant. — Sirgc et destruction de cette ville. — Les Diuautais à l'étranger. — Deux armées eu présence. Mort du duo Philippe de Bourgogne.
Les seigneurs qui entouraient Louis XI, cachant leurs préoccupations secrètes sous un empressement que démentait leur conduite passée, ne s'étaient pas trompés en le considérant comme leur plus dangereux ennemi. Trop jaloux du pouvoir pour consentir à le partager, ce prince méditait en effet leur abaissement. Déjà Charles VII était parvenu à se soustraire à la prépondérance anglaise ; son successeur s'était imposé une tâche plus difllcile et plus pénible : il allait disputer le royaume aux grands feudataires, et préparer le dânemhrement de leurs immenses apanages.
Forcé de temporisa avec ses vassaux, afin de ne pas les amener à se cotiser contre lui, sa politique vacillante et cau«
HISTOIRE DU COMIUBRCB
teleuse se ressentit des cm])arras de sa position. Plein de complaisance envers le duc de Bourgogne, il le consultait fréquemment, sans jamais adopter ses avis; lui promettait satisfaction des griefs qui avaient pris naissance sous le gouvernement du feu roi, et les aggravaient ensuite au lieu d'y porter remède : sa conduite était aussi mystérieuse que sa pensée.
Le duc quitta Paris, le 30 septembre 1461, pour se rendre dans le Luxembourg. Il y convoqua les États locaux, reçut leur hommage, et contribua puissamment à la prospérité de la proyiûce en ordonnant la mise en culture d'une assez grande étea- •dae de terres, restées en friche jusqu'à cette époque (1). A son retour en Brabant, vers le milieu de Thiver 146S, il tooiba gravement lùalade, et Ton désespéra d'abord de sa vie. Sa convar leseence fat aussi longue que douloureuse, et il n'était pas encore entièrement rétabli que déjà ses relations avec la France et l'Angleterre réclamaient toute son attention.
Henri VI, que la faiblesse de son esprit rendait incapable de gouverner, n'avait plus aucune autorité sur ses sujets. Une Ûiction puissante lui disputait le pouvoir et, adoptant pour signe de ralliement une rose rouge, soutenait les prétentions de la maison dTork, ardemment combattues par la reine Marguerite d'Anjou , dont l'administration tyrannîque avait excité tous ces troubles. Le duc d'York étant parvenu, en 1458, à s'emparer de la personne du roi, le duc de Bourgogne n'avait pas hésité à entrer en négociations avec lui, les intérêts commerciaux des villes belges lui faisant un devoir de ménager le chef réel du gouvernement anglais. Charles VII au contraire, n'étant point arrêté par de pareilles considérations, avait constamment appuyé la dynastie déchue; les partisans de la maison de Lan-
(1) El (lient aulcnns qno, puis mil ans, Pluisciirs terres crciit dcmorées En gast, sans eslre labourées.
Qui ont esté mises à Itbeiir Depuis que ce noble seigneur Le puissant duc des Bourguegnons Bn ot les dominacions.
Chnm. de VaHiibaife U FUnr^e, éditée par le baron deReilTenberg, p. 183.
ET DE Là marine EN BELGIQUE.
castre — dont le symbole était une rose blanche — trouvaient
un asile assuré à Paris.
Leduc d*York, qui avait pris le titre de protecteur du royaume, dirigeait depuis plusieurs années les affaires publiques, lorsque ses ennemis reprirent brusquement le dessus, l'attaquèrent à "Wakclield en 1460, et le détirent entièrement. Il perdit la vie durant le combat, laissant ii son Ois Edouard le soin de le venger. Celui-ci n'y manqua pas en cllet, battit ses adversaires en diverses rencontres, força la reine Marguerite à se réfugier en France, et fut proclamé roi sous le nom d'Edouard IV.
Tel était l'état des affaires en 1461. Le duc Philippe, fidèle à la politique qu'il avait suivie jusqu'alors, reconnut le nouveau gouvernement, au grand déplaisir de Louis XI, qui lui fit faire des représentations à ce sujet. Le duc, tout en accueillant avec égard les ambassadeurs français , leur déclara qu'il n'avait fait qu'user de son droit en signant une trêve avec l'Angleterre. Cette réponse n'améliora point la situation, et, peu de temps après, on vit paraître une ordonnance royale, défendant non seulement de donner aide ou renfort aux Anglais rebelles, mais même de commercer avec eux.
Cette mesure était inexécutable, car bien que les villes de Brabant et de Flandre eussent été autorisées, en 1461, à établir des comptoirs à La Rochelle et dans quelques autres cités françaises, elles entretenaient des rapports trop considérables avec les Iles Piritanniques pour ne pas désirer les maintenir. L'un des premiers actes d'Édouard IV, en prenant possession du trône, avait été d'accorder une nouvelle charte à ceux de ses sujets qui faisaient le négoce avec les Pays-Bas.
Louis XI, ne voulant pas en venir à une rupture ouverte avec le duc de Bourgogne, se contenta d'accorder des secours à Marguerite d'.\njou, à l'aide desquels cette princesse tenta de ressaisir le pouvoir. Vaincue h Exliam, malgn'; le concours actif et dévoué du maréchal de Brézé, elle n'eut bientôt d'autre ressource que de reprendre la route de l'exil. Arrivée à l'Écluse, elle croyait avoir tout à craindre du duc Philippe, mais celui-ci tout en déclinant de combattre pour la maison de Lancastre] sut respecter en cettQ circonstance les privilèges de l'infortune et du mailieur.
UÊ lUSTOlRE m COMMERCE
Le roi de France, forcé de renoncer momentanément à l'espoir de se fàire un allié de Henri VI, à la restauration duquel il ne travaillé que dans ce but, tourna ses vues d*un autre côté.
Les villes d*Amiens, de Montreul, de Doullens et de S*-Riquier, engagées autrefois au duc de Bourgogne pour line somme de quatre cent mille écus (1), ne lui avaient été remises qu'afin de riademnîser des dommages qu'il était exposé à souflfirir, à cette époque, par suite de son attitude bostile envers les Anglais. Les cîroonstances n'étant plus les mêmes, le roi réclama lesdites voies, s'offirant à acquitter le capital en garantie duquel elles avalât été livrées. Le duc ayant accepté cet arrangement, ne tarda pas ft recevoir d'autres propositions, relatives à la cession de Douai, de Lille et d'Orehies, mais il y répondit par un refus.
Ces transactions irritaient au plus haut point le comte de (jharolais, déjà aigri par la partialité que son père continuait à témoigner en fkveur des seigneurs de Groy. Il s'éloigna quelque temps de la cour, et n'y revint que sur les sollicitations pressantes des députés des Etats, qui lui représentèrent le danger de toutes ces divisions.
Désormais plus tranquille, le duc se préoccupa de nouveau de son voyage en Orient, et des moyens de hûter l'exécution de cette grande entreprise. On avait déjh réuni les apjirovisionnements nécessaires à l'expédition, et fixe le nombre d'iiommes que devait fournir chaque fief pour la mener h bonne lin. Ces soins n'ayant point sulTi h satisfaire l'impatience de Philippe de Bourgogne, il fut décidé, sans trop tenir compte des plaintes et des réclamations des commerçants, qu'on se procurerait des navires de transport en faisant main l)asse sur toutes les nets qui se trouvaient en ce moment dans le port de l'Écluse.
Douze galères, montées par un grand nombre d'hommes d'armes, parmi lesquels on distinguait un corps de trois cent trente Gantois, mirent enfin à la voile, à l'Écluse, transportant en Asie l'avant-garde de l'armée bourguignonne. Cette flottille était commandée par le bâtard de Bourgogne (2), qui avait sous
(1) Par le traité d'Arras.
(i) Antoine de Bourgogne, qu'on appelait le graiHl Mtard, était comte de la Roche en Ardennes et seigneur de la Yere.
£T m LA MAR12Œ BELGIQUE
ses ordres Baudouin de LîUe (I), le sire Simon de Lalaing (2), le sire de Bossut, le sire de Cohen et d*autres vaillants chevaliers. Le vieux duc assista à leur départ, espérant bien les rejoindre un jour dans ces mers lointaines dont ils allaient braver les périls : « Et estoit belle chose, dit un ancien chro- « niqueur , de voir les bannières et les pennons en chascun « bàteau, car chascun capitaine vouloit monstrer quel lionime « il estoit en ce haut et sainct voyage, et d'entendre les Irom- « pcttes et clairons sonnant à monter les gens d'armes chascun « en son navire. »
Cette escadre se dirigea d'abord vers le Portugal, où elle débarqua des troupes l)elj;es, que le duc envoyait en ce pays (3), et partit ensuite pour Ancùne, lieu de rendez-vous indiqué à ceux qui devaient prendre part à la Croisade. Elle avait déjà remporté quelques succès sur les côtes d'Afrique, lorsque la mort du pape Pie II vint jeter le découragement parmi nos marins. Le retour de la flotte belge fut désastreux. Après avoir été fort maltraitée par la tCmpcte, elle arriva à Marseille au commencement de l'année 1465, dans un état déplorable. La peste avait éclaté à bord durant la traversée , et plus de cinq cents personnes avaient succombé à ce terrible fléau. Il fallut se décider au retour, et, comme les hommes d'armes avaient été décimés par la misère et les maladies, on les renvoya par terre dans les Pays-Bas. Tandis que nos vaisseaux de guerre poursuivaient péniblement leur voyage, quelques marchands belges, animés de cet esprit d'aventure que le négoce semble développer, cherchaient à doter leur pays d'une importante et riche colonie.
n existe, au milieu de l'océan Atlantique, un vaste archipel, s'étendant sur une longueur de plus de cent lieues marines, et composé de trois groupes d'îles, d'un aspect hardi et pittoresque, aux contours saillants et fortement prononces : nous
(1) Baudouin de Lille, flls natarel du dae Philippe, était stenr de Honte,
de Somerghem et de Lootergbem.
(2) Sieur do Montigny, et lieutenant général de la Ootte. Son llls, f biUppe
de Lalaing, faisait aussi partie de l'expédilion. j(â] Ferreras, Sist. de Espana, t. X, p. 132.
148 HISTOIRE Dt COMMERCC
voulons parler des Açores. Les lies deSainte^Harie et de Saint- Michel, précédées par un amas de roches éparses, jetées çà et là entre les vagues, en forment la partie orientale; plus loin, versle centre de l'archipel, se présententTerceire, Saint-George, le Pic, Payai et Graciosa; le troisième groupe enfin comprend les lies de Florès et de Gorvo.
Ge fût là que vinrent aborder, vers 1439, quelques Brugeois, se rendant en Portugal pour affaires de commerce. Forcés de s'éloigner des côtes d'Europe durant un ouragan, ils avaient aperçu tout à coup une terre inconnue, entrecoupée de riantes vallées et d'affireux ravins, et conservant partout l'empreinte des forces volcaniques qui lui avaient donné naissance : ils étaient à Terceire.
n ne paraît pas que leur chef, Josué Van den Berghe , ait tiré parti de cette découverte. Il la confia néanmoins à un de ses' compatriotes, auquel les historiens portugais donnent le nom de Fernand Dulmo, et celui-ci essaya de fonder un établissemént h Terceire, à l'endroit appelé « Quatro Ril)eiras » où il vint séjourner avec une trentaine de personnes. Peu satisfait des résultats qu'il avait obtenus, il revint en Portugal où il rencontra un autre Flamand, Jacques de Bruges, qui se décida à tenter fortune h son tour.
Jacques de Bruges n'était pas sans jouir de quelque influence, ayant épouse Sancha Rodriguez de Arça, dame de l'infante Béatrix. Il fit donc des démarches auprès du prince don Henri et, par une exception toute particulière aux lois du royaume, obtint, par lettres-patentes du 2 mars 1450, la concession héréditaire de l'île dont il voulait faire son séjour. Après avoir composé à ses frais l'armement nécessaire pour la colonisation de son nouveau domaine, il s'y transporta en personne , avec une suite nombreuse.
Plus heureux que Fernand Dulmo, son prédécesseur, il obtint dès l'abord un succès complet, et ce fut précisément ce qui le perdit. Cédant aux conseils perfides de Diego de Tève, l'un des siens, il entreprit de se rendre en Flandre pour en ramener des colons, et fut probablement assassiné durant la traversée, car on n'entendit plus parler de lui. Quoi qu'il en soit, Diego de Tève, qu'on accusait de l'avoir fait périr, étant parti pour Lis-
ET DB Là HARINB EN BBLGIftlIE»
bonne, h quelque temps de là, se vit poursuivi par la veuve de Jacques de Bruges. Tl fut arrêté sur les dénonciations de celle-ci, cl mourut en prison. Un Anglais, Edouard Paîm, qui avait épousé la fille de dona Sancha, fit alors valoir, en faveur de sa femme, le droit d'hérédité concédé h son beau-père. On ne voulut point l'écouter. Après sa mort, Diego Paim, son fils, présenta les mêmes réclamations, mais tout aussi inutilement. Les Portugais ne voulaient plus confier cette capitainerie ;i des étrangers, et en avaient disposé irrévocablement, au commencement de 1464, en faveur de deux des leurs, Joam Yaz de Costa Cortoreal et Alvaro Mai'lins Homem.
Les Flamands no renoncèrent pas cependant h leurs projets de colonisation. L'un des compagnons fie Jacques de Bruges à Terceire, Guillaume Van der Haegen, reprit l'renvre que celui-ci avait laissé interrompue, et commença des cléfricliements dans l'île de Saint-George. Deux navires, nolisés en Flandre par ses soins, arrivèrent i\ la Pointe du Topo, et y débarquèrent un assez grand nombre d'émigrants, parmi lesquels on com])tait des ouvriers de diverses professions. Comme le nom flamand de a Van der Haegen » paraissait un peu dur h l'oreille des Portugais, on prit le parti de le modifier et il fut transformé en conséquence en celui de « da Silva, » appellation qui équivaut à peu près h celle de « Des Haies, » traduction française des mots « Van der Haeghen. »
L'île de Saint-George n'avait point été découverte par des Belges, mais par quelques navigateurs italiens. Nos marins ne signalèrent apparemment que Terceire, Fayal et Graciosa, et la reconnaissance des autres groupes d'îles composant rarchipel des Açores est due aux Portugais. Quelques auteurs revendiquent même, en faveur de ces derniers, l'honneur exclusif d'avoir fait connaître ces terres inexplorées, mais leur assertion, combattue d'ailleurs par les plus graves autorités (1), est d'au-
(1) Frccherius, Rirciolus et Ccllariiis , assurent en effet que ce furent des Brugeois qui abordèrenl les proniiers aux Açores. Le célèbre géojjrraphe Ortelius adopte aussi celle opinion : « Onse luyden, dit-il, nocmeuse de Vlaemsche Bylanden, om dat dte eeni ondekt zyn by de Bruggelingen. • Yoy. aussi sur le mSnie sujet les ouvrages' de Gbrisloval llèsiiaera, de Gaspar Yapelio et de Jean Bapt, Trient, ainli que le travail de John. W. Webster,
ntr. m comiuit t. o. 10
BISTOIBE DU GOMMBRCB
tant moins justifiée que l'archipel dont il s'agit conserva durant plus de deux siècles la désignation de « Iles Flamandes (1) ,» et que les partisans de l'opinion contraire allèguent non seulement en leur fiiveur une tradition respectable, mais aussi un acte oiliciel : la donation faite par l'infant don Henri à Jacques de Bruges.
Reprenons notre récit. Une circonstance particulière vint relever encore, en 1463, les espérances des colons flamands. L'infant don Pedro de Portugal, proche parent du duc de Bourgogne, avait besoin de troupes, et particulièrement de bons officiers. Il s'adressa dans ce but au duc Philippe (2), qui réclama de son côté la cession des Açores, h laquelle le roi de Portugal consentit en 1466, au profit de la duchesse de Bourgogne, sa tante. Celle-ci équipa aussitôt plusieurs navires, h bord desquels se trouvaient des gens de tous métiers, fit donner aux futurs colons des meubles et des ustensiles, anisi que des vivres pour deux ans, et les envoya à destination. On leur recommanda, au moment du départ, de ne pas oublier la duchesse dans leurs prières , et chacun des émigrants dut s'engager h dire, à son intention, un Ave Maria durant la célébration de chaque messe à laquelle il assisterait.
Près de deux mille personnes quittèrent ainsi les Pays-Bas, se rendant h Fayal , que la duchesse céda en toute propriété , en vertu des droits qu'elle avait reçus, h Josse Van Hiicrter, seigneur de Moerkorke. Ce dernier quitta aussitôt la Flandre pour présidera l'organisation delà colonie belge, accompagné de Martin Behaim, son beau-fils, dont le nom occupe une place distin^^uée dans les annales de l'astronomie et de la géographie (3).
ttr description of the Island of Saint-Michael, publié [à Boston en 1821, 1 vol. in-8*. On peut encoreconsullerrSaint-Gcnois, Les voyageurs belges ; DeAcplcrret La Belgique iUustrée ; La description du Portugal, publiée inir Fordinaïul Denis dans la collection de VVnivers pittoresque; Andersen, Hist. of commerce, 1. 1, p. 4n ; £ei Un cb VAfHqite, Univ. piu., vol. II, p. 84, etc., etc.
{%) Fierro Yan den Broeck, qui voyagea de 1609 à I6lf , nomnie encore les Açores i Ylaenische Bylanden. »
(2) Ferreras, Hist. de Espana, t. X, p. 152.
(3) il perfectionna l'astrolabe, inventé par les Arabes» et construisit on
IT ra LA MARINE EU BBLGIQIIB. tSl
L'fle de Fayal, alors couverte des touffes verdoyantes d'une espèce de bruyère, la myrica faya^ offrait à nos éniigrants de grands avantages. En effet, son sol volcanique, d'une fertilité remarquable, se prête non seulement ii la culture des céréales d'Europe, mais aussi à celle d'une Coule de denrées précieuses, qu'on n'obtient que dans les pays méridionaux. On n'y connaît point d'hiver, l'atmosphère y est pure, la température délicieuse (1). Une baie semicirculaii-e, située à la partie orientale de nie, permet aux vaisseaux d'y relâcher en toute sûreté, à moins toutefois que le veut ne vienne du sud-est, ou du sud-sud-ouest.
Ce fut sur les rives de cette baie, au pied d'un vaste amphithéâtre de montagnes, que les Flamands élevèrent leurs premières habitations; le pays environnant reçut le nom de « Nouvelle^'landre, » et le village ainsi édilié celui de « Huerta (â), » en l'honneur du cliefde l'expédition.
Nos compatriotes, en débarquant dans cette contrée lointaine, y apportaient les habitudes d'ordre et d'économie qu'ils avaient héritées de leurs pères, c'est à dire ces qualités solides, qui, jointes au courage et à la persévérance , conduisent inévitablement au succès. Ils se mirent aussitôt au travail, et, attaquant h grands coups de cognée les forêts de hêtres dont ils étaient entourés, les remplacèrent peu h peu par des champs de cannes à sucre, dont on avait importé les premiers plants de Chypre et de Candie. Josse Van Huerter, plus confiant désormais dans l'avenir, tourna alors ses vues vers l'île du Pic, où s'était établi un marin portugais nommé Fernand Alvarez, et, en sollicita la concession, qui lui fut accordée sans difficulté.
Guillaume Van der Haegen, qui s'était fixé, comme nous l'avons déjà dit, dans l'île Saint-George, n'avait point les mêmes ressources que le sire de Moerkerke (3), et vint lui demander
globe terrestre, conservé jnsqn'ù nos jours à Nuremberg, où sont consignées toutes les connaissances ^'l'ojii apliicjiics du temps.
(1) De janvier à décembre, le chiffre moyen Ues indications thermomé^ triques y varie de 10 à H degrés.
(i) AÛjoardlrai JTof la.
(3) Le père Freire, historien des Açores où il est né, a eu sous les yeux des documents qui prouvent que Van derUaegcn, avait peu de fortune, et qa'il arail été forcé de quitter ia Flandre durant les troubles.
des secours. Ayant essuyé un refùs, il partit pour la Flandre, sans y être plus heureux dans ses tentatives. Découragé, il s*était rendu à Lisbonne, où il se proposait d'attendre une occasion pour retourner à Terceire, lorsqu'une noble portugaise, Marie de Nilhcfna, concessionnaire des Iles de Florès et de Gorvo, lui proposa d'aller les défricher, ce quil mit à exécution. Il passa sept années dans ces deux Iles, puis reparut à Saint- George, son séjour de prédilection, où il termina ses jours à un âge assez avancé.
Le peuple belge, qui venait de donner, l'un des premiers en Europe , le signal des colonisations lointaines, ne devait malheureusement retirer aucun fruit de tant de travaux. La maison de Bourgogne, en se désistant des droits qu'elle avait acquis sur les Âçores pour les conférer à des particuliers, commettait une foute grave, car elle exposait la colonie aux plus grandes vicissitudes politiques, et la rendait étrangère à la mère-patrie. Le duc Philippe n'avait pas compris la portée du mouvement qui s'opérait sous ses yeux, et nous en fit perdre tous les avantages. Les Portugais revinrent aux Âçores, que les descendants du sire de Moerkerke se virent forcés de leur abandonner, et l'histoire de ces lies, peuplées par des Belges, cessa bientôt de se mêler à la nôtre.
Ajoutons cependant que. nos compatriotes, en passant sous une autre domination, ne perdirent aucune des qualités précieuses auxquelles ils devaient leurs premiers succès. Jusqu'à nos jours, l'industrie ai^ricole aux xVçores n'est nulle part plus florissante qu'au Fayal , parmi les héritiers des anciens colons flamands, dont les qualités morales et les habitudes présentent un contraste frappant avec celles des autres habitants de l'archipel. Ils conservent le costume ainsi que des restes du langage de leurs ancêtres; ils suivent toujours, dans leurs travaux de culture, les routines traditionnelles qui leurontété léguées, et la belle « vallée des Flamands » qui avoisine le chef-lieu do l'île, en est encore la partie la plus riche et la plus prospère (1).
(1) Le savant Ortelius cite quelques familles flamandes, qui y avaient ^core conservé leurs noms au xvi* silcle : « Ik hebbe verstaen van eeu
ET DE LA MÂaiME EN BELGIQUE
Revenons à nos propres annales , que le désir de suivre les destinées de nos premiers établissements dans TAtlantique nous ont fait négliger un moment, et reprenons l'histoire, si intéressante et si dramatique, de la lin du règne de Philippe de Bourgogne.
Quehiues dilîérends commerciaux, d'une importance majeure, surgirent, vers la fin de Tannée 1464, entre les Pays-Bas et TAnglcterre, sans détruire néanmoins les rapports politiques qui existaient entre ces deux pays. Nos villes manufacturières, longtemps sans rivales dans l'art de tisser et de teindre les étoffes de laine, souffraient sous certains rapports de la concurrence anglaise, au développement de laquelle elles avaient si puissamment contribué. Tout en continuant h maintenir leur supériorité dans la fabrication des draps fins (1), les produc* teurs belges étaient obligés de compter avec leurs voisins lorsqu'il s*agissait de la confection des étoffes ordinaires, qu'ils ne panenaient pas à livrer au même prix. Le duc se crut enfin obligé d'intervenir, et prohiba les draps britanniques, dont il défendit strictement Timportation dans ses domaines.
Il ne pouvait prendre une mesure plus nuisible aux véritables intérêts du pays. Mieux conseillé, il eut compris qu'en levant une taxe sur le consonmiateur au profit d'une certaine classe d'industriels, il.ne fàisait que retarder la ruine de ceux-ci, en la rendant désormais inévitable. En effét, leurs écbecs devaient avoir pour origine, soit la rareté des matières premières — obtenues avec plus de focilité par leurs concurrents^soit l'imperfection rdative des procédés de fabrication. Dans le premier
geloofweerdig Portugeis , dai, in dit eyland, van de Ylaemingen die hier ten eersten gcvvoonl hebben, noch eenigeCamUien overgebleven lyn, als Brayn.
Utreclit, enz. »
(1) On comptait encore, à cette époque , plus de 6,000 tisserands dans la seule ville de Cuurtray ; Keuaix, plus florissant encore, payait les plus fortes impositions d*entre toutes les villes de Flandre, après Gand , Bruges et T|ires. Les serges et les velours de Poperingiie conservaient toî^ours leur ancienne renommée, tandis que les communes d^Oostlxiurg et de Capryek, tout en déclinant sensiblement, occupaient encore un asseï grand nombre de drapiers et de foulons. Yoy. de Reiffenberg, Mém. iwrk commerce mtj:^^ w xvi* siècle, Acad. de Bruxelles.
HMKfflkB DO GOmiERGB
/cas, il appliquait une partie de la richesse publique, sans Aucune compensation pour FÉtat» à une spéculation dësaa^ jtreuse; dans le second, il encourageait Tignorance et la routine, qu'il eut fisiUu au contraire combattre avec énergie.
Ce premier pas vers le système prohibitif, dont les conséquences ne forent appréciées que lorsqu'il n'était plus temps de 4es réparer, ne compromettait pas moins nos intérêts commer^ «iaux. Les villes flamandes se trouvaient en possession, depnfB ^plusieurs siècles des plus vastes marchés aux draps de YEmxope. Les Anglais eux-mêmes, tout en disputant la palme à nos tisserands, écoulaient leurs marchandises en Belgique, où Us étaient toujours assurés de trouver un placement facile et avantageux. Le duc de Bourgogne, en leur fermant nos entrepôt», privait non seulement ses sujets d'un commerce de transit fort importât, mais forçait leurs rivaux à se créer de nouveaux débouchés, pour ainsi dire malgré eux, et à employer tous les moyens pour nous foire une concurrence commerciale, apisès nous avoir vaincus dans une lutte industrielle.
Cette ordonnance, si contraire aux idées de liberté qui avaient constamment prévalu dans nos provinces, excita, comme on devait s*y attendre, des représailles de l'autre côté du détroit. Tout négoce Ait suspendu, jusqu'en 1466, entre l'Angleterre let les Pays-Bas, et une nouvelle cause de malaise et d'inquiétudes vint semer l'agitation parmi les masses populaires. . L'horizon politique était en ce moment des plus sombres, car Je roi de France se montrait de plus m plus hostile à la maison •de Bourgogne, et on n'ignorait point qu'il avait fiiit des propo* sitions d'alliance au roi Ëdouard, après s'être inutilement opposé à son élévation. Louis XI, se sentait mieux raffèrmi sur le trône, poursuivait en effet ses menées ambitieuses, n entretenait la division à la cour du vieux duc, excitait les Bretons contre leur souverain, sacrifiait les intérêts de la maison id'Anjouen Italie pour complaire au duc de Milan, et, s'entou- «ont de gen« obscurs, auxquels il ne se confiait d'ailleurs qu'à demi, s'attachait plus que jamais à humilier la noblesse, et à lui enlever peu à peu ses prérogatives.
Philippe de Bourgogne, tout en se tenant sur ses gardes, avait réussi jusqu'alors à éviter une rupture ouverte avec le roi.
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ET SB LA ILLBINE ER BELGIQUE. i5S
lorsqu'il tomba de nouveau malade, au commencement du mois de mars 1465, et le bruit se répandit que les médecins ne lui donnaient plus que quelques jours à vivre. Le comte de Charolais, impatient de consommer la ruine des seigneurs de Groy, s'empara aussitôt du pouvoir, tandis que ces derniers, le sire deQuicvrain à leur têle, se réfugiaient auprès de Louis XL
Dès ce moment tout cbangea de face, car le duc, abattu par TAge et par la souffrance, n'essaya plus, en revenant à lui, de résister h l'impétueuse volonté de son fils. Celui-ci, irrité de Taccueil que le sire de Quiévrain avait reçu du roi, se mit ea rapport avec le duc de Bretagne, s'entendit avec le duc Jean de Calabre, le duc de Nemours , le duc de Bourbon, le comte d'Armagnac, le sire d'Albret, le comte de Danois, et bientôt une ligue puissante, dont le duc de Berri consentit à faire partie, se prépara à soutenir en France, la cause des grands feudataires de la couronne. ^
Louis XI, trop vigilant pour se laisser surprendre par ses ennemis, comprit toute Téminence du péril dontil était menacé, et y chercha sans délai des remèdes. La ligue qui venait de se former était redoutable, mais composée d^éléments divers^ entre lesquels des flroissements devaient se produire tôt oa tard ; il foUait temporiser avec elle, éviter toute action décisive, et, après avoir lassé la patience des confédérés, chercher à les gagner séparément, pour les accabler ensuite après leur désunion : tel fut le plan auqu^ le roi finit par s'arrêter.
Quant aux alliés, ils ne songeaient qu'à mettre un terme aux empiétements de l'autorité royale, et à obtenir de plus riches apanages. Ils renouvelaient, h deux cents ans de distance, la lutleque les hauts barons anglais avaient soutenue jadis contre leur souverain, mais sans y apporter la même sagacité. Les adversaires du roi Jean n'avaient réussi, en effet, à lui arracher les chartes célèbres qui depuis ont servi de base à la constitution anglaise, qu'en s'alliant étroitement aux classes moyennes, tandis que les princes français, par leur dédain de la bourgeoisie, allaient bientôt permettre au roi de se présenter comme le défenseur des communes, le champion des libertés populaires contre les privilèges de la féodalité.
Les deux partis, au début de la guerre, se crurent néanmoins
iSe HISTOIRE DU COMMERCE
obligés de foire un appel à la nation. Le duc de Berrî, frère du
roi, déclara ne prendre les armes qu*au nom du « bien public, » pendant que le roi Louis XI, dans un manifeslc envoyé à la plupart des bonnes villes, accusait ses ennemis de travailler à rabaissement du royaume : « Ils publient, ajoutait-il, qu'ils (c aboliront les impôts. C'est ce qu'ont toujours annoncé tous « les séditieux et rebelles; et, au lieu de soulager le pauvre « peuple, ils le ruinent; ils portent partout le fer et le feu, « désolent la campa^Mio, interrompent le commerce, pillent, « violent, emprisonnent les gens, les mettent h rançon. Si le « roi avait voulu augmenter leur pension et leur permettre de « fouler leurs vassaux comme par le passé, ils n'auraient jamais « pensé au bien public. Ils prétendent vouloir mettre Tordre « partout, et ne peuvent le souffrir nulle part... »
Cette dernière proclamation, dans laquelle le roi rappelait que des troubles de même nature avaient permis aux Anglais, sous le règne de Charles VI, de s'établir dans la contrée, produisit une vive impression. L'Auvergne, qui était prête à prendre parti avec le duc de Bourbon, se maintint dans Tobéissance après que le comte de Boulogne y eut porté le rescrit royal, et donné courage aux sujets fidèles. Le Dauphiné , Lyon, le Languedoc ne donnèrent aucun accès aux envoyés des princes, et n'écoutèrent point leurs propositions. Bordeaux représenta que le duc de Berri avait un trop petit apanage; mais, du reste, ne manifesta nulle intention d'appuyer sa révolte.
Déjà la campagne était commencée sur les marches de Picardie. Le roi laissa le comte du Maine en Anjou, pour défendre la flrontière du nord, et marcha vers le Berri , qu*il soumit assez rapidement , ainsi qu'une grande partie du Bourbonnais. Il revenait vers Paris, laissant ses ennemis fort déconcertés de la promptitude de ses mouvements, lorsqu'on lui apprit que le comte de Charolais, l\ la tête de quatorze cents hommes d'armes et de huit mille archers (1), lui fermait le
(1) « ... Si comme Braibançons , Flamans , Picars , Haynuicrs , Holandois , Zélandois, Namurois et autres do ses pays et seignouries. » Bibl. de la Haye, manuscrit, 1316, in-fol«
chemin de la capitale, et attendait des renforts du duc de Bretagne et du duc de Berri.
Le 16 juillet 1465, Favant-garde royale , sous le commandement du sire de Brezé, rencontra les Bourguignons à Montlhéry et les attaqua avec vigueur. Des troupes fraîches arrivèrent su&eessivement sur le lieu du combat, et bientôt Taction devint générale. Le comte de Gharolais, qui tenait la droite, réussit à mettre en déroute les gens du comte de Maine et se lança à leur poursuite. Entraîné par son ardeur, il avait déjà dépassé de plus d'une lieue le village de Montlhéry, lorsqu'on l'avertit que les archers français, encouragés par la présence dju roi, venaient de repousser les troupes des sires de Bavenstein et de Saint-Pol, et se préparaient à lui couper toute retraite. Il tourna bride, n'ayant auprès de lui qu'un petit nombre de cavaliers, et ne rejoignit les siens qu'a])rès unelutteacharnée, durant laquelle Philippe d'Oignies, son écuyei , lut tué à ses côtés en défendant sa bannière. Lui-même reçut plusieurs coups et fut blessé d'une épée, qui entra par la jointure de son casque et de sa cuirasse.
A la tombée de la nuit, les Bourguignons, qui s'étaient ralliés à la voix de leurs chefs, se retranchèrent derrière leurs cliariots de bagage, et firent leurs dispositions pour camper sur le champ de bataille. Le lendemain matin, au moment où l'on s'attendait il une nouvelle prise d'armes, on apprit que l'ennemi s'était retiré vers Corbeil, en se bornant à laisser une i'aible garnison dans le cliàleau de I\Iontlhéry.
Ce succès, si clièremenl acheté, ne termina point la guerre. Tandis que les vainqueurs marchaient vers Eiampes, Louis XI faisait son entrée à Paris, écoutant patiemment les remontrances des bourgeois, promettant de redresser les abus, et excitant tous ceux qui l'entouraient h faire leur devoir. Les habitants de la capitale, gagnés par quelques concessions faites à propos, se mirent aussitôt i organiser leur défense, et, lorsque le duc de Berri, le comte de Charolais et les autres confédérés se présentèrent aux portes de la ville, on leur en refusa l'entrée.
L'attitude résolue des Parisiens, en forçant les princes à entreprendre un long et pénible siège, servait puissamment la cause royale. Louis XI sut profiter des circonstances, évita toute action décisive, harcela sans cesse l'ennemi et l'amena
iUB BISTOIBE DU COUMERCB
^nfin I entrer en négociation. Habile à dissimuler sa pensëe, tous ses efforts n'avaient qu'un seul but, celui de dissoudre la ligue qui s'était formée contre lui , ne doutant pas de vaincre chacun de ses adversaires s'il parvenait à les isoler les uns des .autres. Les prétentions des assiégeants étaient exorbitantes. Le comte de Gharolais réclamait, pour sa part, les villes de la Somme, Amiens, Saint-Quentin, Corbie, Abbeville, tout le comté de Ponthieu et le pays de Vimeu, dont il voulait jouir sa ,vie durant, ainsi que son prochain liérilier, sauf ensuite le rachat moyennant deux cent mille écus d'or; Guines, Péronne, Montdidier et Roye devaient lui être abandonnés en toute propriété. Les ducs de Rerri, de, Calabre, de Bretagne, de Bourbon et de Nemours ne se montraient pas moins exigeants. Le roi consentit non seulement à tous ces sacrifices, mais accorda en outre des domaines et de fortes sommes d*argent au comte d'Armagnac, au comte d'Aibret, au comte de Dunois et au sire iie Loheac.
Ge traité était h peine signé que des troubles sérieux éclataient dans les Pays-Bas, grâce à Tintervention secrète de Louis X.L Leur origine remontait à quelques années et se rapportait à l'élection de Louis de Bourbon, neveu du duc Philippe, au siège de Liège.
Ge jeune prince, en succédant à Jean de Heinsberg en i4S5, était à peine âgé de dix-neuf ans, et n*avait pas même été ordonné prêtre. Parvenu au pouvoir grâce à Tinfluence de la maison de Bourgogne, il en avait adopté la politique, et bientôt ses sujets eurent à se plaindre de nombreuses infiractiona à leurs privilèges. Après avoir vainement invoqué les conventions conclues à Fexhe (I) et :i Tongres (2), qui formaient, avec les règlements de Jean de Heinsberg (3), la base de la constitution qui les régissait, les Liégeois, se fondant sur ce que Louis de Bourbon ne s'était point fait conférer les ordres, avaient fini par lui refuser toute obéissance, et s'étaient mis en révolte ouverte contre leur souverain. L'interdit ayant été prononcé
(1) Le 18 juillet 1316. V. Louvrex, vol. II, p. 142.
(2) Le 28 août 1 i03. Même ouvrage, vol. II, p. 13.
(3) Du 16 joillet et du U octobre 14^4, id., vol. J, p. 34.