UÊ HISTOIRE DU COMMERCÉ
Montihéry combaUre le noble roy de France! Il at le bec trop jaune! »
Ils avnicnt placé sur leurs murailles la statue d'une femme filant, avec cette inscription :
QQaad Mlle femme de Hier cesser»
Le dac Philippe celte ville aura.
Le vieil x duc, dont le courroux était extrême, voulut se faire transporter en litière h Bouvignes, afin d'être témoin, de ses propres yeux, de la prise et delà destruction de la ville rebelle, dont les Iinbitauts, disaient les Bourguignons, « s'ennuyaient de leur bonne fortune (1). » Le matériel de siège étant arrivé, le comte de Chnrolais fit mettre son artillerie en position, et foudroya la malheureuse cite de trois côtés îi la fois. Incapables de détruire les batteries ennemies, malgré les efforts du bombardier Pierre de Lievestyenne, les habitants ouvrirent une de leurs portes et se ruèrent sur les assaillants, auxquels ils tuèrent beau("oup de monde. Repoussés dans leurs remparts, leur position devennil eliacjue jour plus dangereuse, lorsque les Bouvignois, qni sonITraieiit eux-mêmes de la présence de l'armée ducale, envoyèrent un messager h leurs anciens rivaux, pour les engager à se soumettre. Les batteurs de cuivre, de même que les bourgeois du « centre de la ville, » qui appartenaient au parti modéi'é, ne demandaient pas mieux, mais ils étaient dominés pai' le peuple, rangé sous les bannières des neuf bons métiers, qui mirent à mort l'envoyé boiivignois. Louis XI ne leur avait-il pas promis de les soutenir (2), et, à soa défaut, les Liégeois pouvaient-ils laisser périr leurs alliés ?
Leur espoir devait être déçu. Le comte de Cliarolais, ayant appris par Louis de Bourbon qu'ils avaient fait demander du secours, précipita les opérations du siège, s'empara du faubourg
(1) Expression U Olivier de la Marche. Voyez ses Mémoires, 1" partie, ehap. XXXVI.
(2) Une foule de lettres et de documents, dont ane partie ont été publiés par M. Gachard, dans ses « analectes, > nous fournissent la preuve évidente
que Louis XI, dans le but de créer des embarras au duc de Bourgo^e, excita lesDinantais à la révolte, et les abandonna ensuite au moment du danger. Toy. de Gerlacbe, Révolutions de Uége sous lAtuisde Bourbon, p. 64.
ET DE.IAMiftIME.BN BELGIQUE.
de Leffele, d'où il battit en brèche les remparts de la ville, tandis que le comte de Saint- Pol attaquait les murailles et les tours du côté d'Entre-Sambre-et-Meuse. Rien ne résistait à l'effet de l'artillerie bourguignonne ; maisons, édilices publics, tout s'écroulait avec fracas sous ce feu terrible ; plus de sept cents habitants gisaient déjh sous les débris de leurs demeures.
Les routiers qui s'étaient réfugiés dans la place, ne la trouyuki plus tenable, et voyant qu'elle allait bientôt être prise d'assaut, TatiâiuioQnèrent pendant la nuit. Une grande partie des bourgeois avaient été tués les armes à la main; les survivants,, cédant enfin à l'implacable nécessité, demandèrent à capitnler : ils étaient à la merci du vainqueur.
Le lendemain, 25 aoftt i466, le eomte de Gbarolais fit mettre des gardes aux portes de Dinant, et défendit, sous peine de la biort, que personne osât mettre le pied dans la ville avant d*aToir reçu les ordres du dud^ qui était à Bouvignes. Le vieux prince, informé de ce qui se passait, eut d*abord l'idée d'assister en personne au châtiment de ses sujets, mais on lui fit observer qu'il ne pouvait leur apporter que son pardon, et qu'il valait mieux laisser à d'autres l'exécution de sa vengeance. Le comte de Charolais donna enfin le signal du pillage, qui se fit avec une impitoyable cruauté. On s'empara non seulement de tout ce qui se trouvait dans les habitations, mais les soldats faisaient en outre des prisonniers dans le but d'obtenir de l'argent pour leur rachat. On ne voyait que charrettes dans les rues; la Meuse était encombrée de bateau.K, chargés d'objets de tous genres. Souvent un Bourguigpon, au retour de la maraude, était attaqué h son tour et égorgé par d'autres gens d'armes, qui le guettaient pour lui enlever le fruit de ses rapines.
Le comte de Charolais, en laissant toute liberlé ii son armée, avait recommandé que l'on épargnât les femmes, les enfants et les prêtres. On les réunit en un troupeau, pour les conduire sur la route de Liège, où on les abandonna. Âu moment de quitter leurs foyers, qu'ils laissaient aux mains d'une brutale soldatesque, les exilés, éclatant en sanglots et en gémissements, les saluèrent de trois cris de détresse, qui retentirent comme un glas funèbre jusqu'au camp bourguignon, et fir^t firémir les cœurs les plus endurcis.
Le pillage durait depuis quatre jours, lorsqu'un vaste incendie, éclatant au logis du sire de Ravenstein, dévora ce qui restait de la cité, et en chassa les déprédateurs.
Chose triste à dire, les chefs bourguignons trouvèrent que leur vengeance n'était pas complète, et ordonnèrent de sévères enquêtes contre ceux qui avaient insulté le duc et son fils. La plupart étaient morts ou fugitifs, mais, pour que justice fût faite, on saisit 800 bourgeois, parmi ceux qui avaient échappé aux massacres, puis, les attachant deux h deux, on les précipita dans la Meuse. Maître Pierre de Lievestyenne, le bombardier, fut pendu sur une éminencc, tandis que tous les habitants des pays voisins, auxquels on avait promis trois patars par jour, étaient invités h venir travailler h la démolition, h coups de marteau, des édifices que l'épée et le feu avaient épargnés (1).
L'industrie dinantaise, étouffée dans le sang, ne se releva plus après une telle catastrophe.'Quelques batteurs de cuivre, fuyant devant la mort, allèrent s'établir h Matines, qu'ils quittèrent bientôt après, faute d'encouragements (2). Beaucoup se réfugièrent en France, d'autres en Angleterre; il y en eut même qui se fixèrent en Flandre, et l'histoire de ces derniers mérite d'être rapportée, car elle prouve jusqu'il quel point l'infiuence d'un seul homme, dirigée vers un but utile, peut servir les intérêts de l'humanité.
Il existait, îi la cour de Bourgogne, un gentilhomme appartenant à une ancienne et noble famille du Furnambacht, connu sous le nom de Jean Bladelin. D'abord conseiller et maître d'hôtel du duo Philippe, il ét^it devenu, par suite du décès de Gui de Guilbert, tresorier de l'ordre de la Toison d'or. Propriétaire d'un patrimoine considérable, il entreprit un jour, de concert avec sa femme, Marguerite Van de Vagueviere, de fonder une ville nouvelle. L'abbaye de Middelbourg possédait, au conunonrement du xv^ siècle, une ferme ou censé dans la paroisse de Ueyle, entre la commune d'Ardembourg et celle de
(1) Le duc, par des lettres du 80 août 1166, ordonna la recherche, ft son profit, de tous les mélaax restés à Dînant, tant en terre que hors de terre.
Voyez Gachard, CoUeetion de documents inédits, t. Il, p. 878-976, oft Ton trouvera également le compte rendu du résultat de ces fouilles. (%) De Reiffenberg, Nouv. mém, del'Acad. de Belgique, t. IX.
ET 1^ LA MAHINB BN BELGIQUE.
Iloerkerke. Cette terre ayant été cédée, vers 1440, à Collard Lefevre, beau-frère du trésorier, .celui-ci pensa qu'elle convenait à ses desseins, en fit Facquisition en 1444, et, ayant obtenu 4ltt duc la permission d*y créer une sdgneurie, y fil bâtir aussitôt quelques habitations. Une jolie église, consacrée' à «aint Pierre et à saint Paul, s'éleva ensuite au milieu d'elles, et la bourgade naissante, appelée Middelbourg, reçut le privilège de tenir une foire fhinche, durant six jours, ce qui augmentu encore sa population.
. Elle était déjà assez florissante, lorsque la nouvelle du sac de Dinant parvint jusqu'en Flandre, et inspira à Jean Bladelin jle désir d'ouvrir un asile aux vaincus. Beaucoup d'émigrants répondirent à son appel, et l'une des rues de Middelbourg Oit baptisée en cette occasion du nom de Dinant straet^ ou « rue de Dînant (1). » Les exilés s'y remirent courageusement au travail, pt tiraient déjà quelques fruits de leur infôtigable industrie, lorsqu'une circonstance imprévue vint y arrêter leurs progrès. Ceux d'entre leurs compatriotes qui s'étaient fixés en Angle- ' terre, accoutumés qu'ils étaient à la vie politique, n'avaient pu rester longtemps indifférents aux sanglants débats qui existaient en ce moment entre les maisons d'York et de Lancastre, et s'étaient rangés en foule parmi les défenseurs de la Rose Rouge. Édouard IV révoqua en conséquence les franchises accordées jadis aux Dinantais, et les colons de Middelbourg, enveloppés dans leur disgrâce, eurent à subir plus! aura confiscations. Bladelin réclama auprès du gouvernement britannique, et réussit à fiiire admettre une exception en leur faveur (2).
Les Liégeois, en apprenant la terrible calamité qui venait de frapper leurs alliés, crièrent à la trahison, et se mirent en pleine révolte. Les métiers, rassemblés à la liàle, coururent aux armes, et vinrent camper à Oleye, où les troupes bourguignonnes arrivèrent le 16 septembre. Le doute et l'irrésolution régnaient dans los deux camps, car le comte de Cliarolais se trouvait en présence d'une armée bien supérieure en nombre à
(1) On en a fait depuis, par corruption» la f rue du Diamant, i en flamand,
J)iamant stract
(2) Messager des sciences et des arts, t. lY, p. 343
■IST. 90 COMMXRCB, T. U. Il
HISTOIRE DU OOHHERGE
la sienne, tandis qne, d'un autre eàié, beaucoup d'entre les rôties désiraient éviter ufi combat. On finit par signer un a€commodement« dont les coodîUons furent que le pays de Liège livrerait cinquante otages, en garantie de l'entier acconkplissement du traité du 22 décembre 1465 (1) .
Quelques mois plus tard, en juin 1467, le duc Pbilippe de Bourgogne expirait à Bruges, âgé de plus de soixante-douze ans. Heureux dans la plupart de ses entreprises, il avait tra«> vaillé durant toute sa vie à la réalisation d'une grande pensée politique, dent il léguait l'exécution complète à son successeur : celle de la création d'un puissant État sur les fi'ontières septentrionales de la France. D'abord duc de Bourgogne el comte de Flandre, il avait étendu successivement sa domina^ tien sur le Hainaut, la Hollande, la Zélande, le Luxembourg, le Brabant, le Umbourg, le comté de Namur et le pays de Liège. Rien ne luf avait coûté pour achever son œuvre : il avaii bravé, . dans ce but, la puissance royale, et y sacrifiait jusqu'aux Intérêts de ses proches : sa volonté, ferme, invariable, ne s'en était j amais détournée.
Celte conception hardie, qui suffirait à donner de Téclat à son règne, le mit aussi, maliieureusement , en lutte avec ses propres sujets. Il déchira leurs anciennes lois, abolit leurs privilèges, désorganisa leurs relations comniercinles, et accabla ses domaines de taxes et d'impôts. Tandis qu'il rêvait une couronne pour son fils, les riches cités des Pays-Bas se dépeuplaient lentement, et voyaient se tarir, au sein des ruines de leurs libertés, la source féconde de leur fortune (2). Impitoyable dans ses vengeances, iî fut, pour les hommes de lettres et les artistes, un protecteur éclairé et généreux. Il encouragea Jean
(1) GacTiard, ColUction de documents inédits, t. II, p. 399-418.
(î) Nous avons déjà appelé Taltention du lecteur sur la dépupulalion lente qui se manifeste, dans les Pays-Bas, à parUr du rtgne de Fbnippe le Bob. Cette décadeoeese filk sentir, à cette époque» dans toutes les parUes de la
contrée. Voici quelques chiffres nouveaux, empruntés à la slalisllque campinoise, de 1436 à 1496 : Aerschol, en 1436, renfermait 88-2 habitants, Zichem en avait 481 ; Herenlhals, 959 ; llerenlhout, 177 ; Rethy, 4'26. La première de ces localilés n'en possède plus que 138 en 1496; la seconde en compte S4, ]lereathalsn*ea a que 594; Hefenthoul, environ 126, et Rélliy, 217.
BT DB LA MARINE EN BELGlQinS.
Van Eyck, le grand peintre brugeois, employa le ciseau de Jacques de Germes, chargea George Chastelain de travailler à nos annales, et apprécia le mérile d'Olivier de la Marche et de Philippe de Comines : ce sont 15 ses meilleurs titres de gloire.
On lui fit des obsèques magnifiques, et plus de seize cents hommes, vêtus de deuil, marchèrent devant son cortège funèbre : la prospérité de la maison de Bourgogne le suivait au tombeau.