‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 14 sur 29 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

PklinaiMe de Charles le Témânûre. — Émeute à Gand. — TroaUes à Halines. — Gneiie eontre les Liégeois. — Bataille de Brnatciiii. — SonmisBion de lÂbgp. ^ Abolition des eoips de métiers en cette ville. — Négociations du loi de ïrsnoe. — Mariage dn dne de Bouigogne. — NonveUe goerre contra les Li^;eois. — Sae de Liège. — Sacriiicea imposés an Gantois. — Orfêvxea flamands en Angleterre. — Révolte du comte de Wanrick. — Luttes maritimes. — Négociations a?eo la France. — La flotte bourguignonne. — Projet d'amélioration du port de rÉclose. — Sncoès dn comte de Warwick. Airiyée d'Iîdouaid IV en Hollande.

Le duc Gbarles de Bourgogne, en prenant possession des Ëtats de son père, devenait Tun des princes les plus puissants de ]*Europe. Lliabileté commerciale et industrielle de ses sujets lui garantissait dMmmenses ressources; ses liommes d^armes étaient nombreux et nguerris ; son trésor, grossi par les soins prévoyants du duc Philippe, s'élevait à un chiffre très considérable (1). Malgré tous ces avantages il se trouva, dès les premiers jours de son règne, en présence de sérieuses clitlicultés. I

Los agents de Louis XI, en parcourant le pays, y avaient

(1) PbfUppe avait laissé, en mourant, de grandes richesses en argent monnayé, une vaisselle du poids de 72,000 marcs d'argent, et plus de deux millions d'écus d'or en objets mobiliers.

HISTOIRE DU COMMERCE ET DE LA MARINE EN BELGIQUE. I6t

semé des éléments de désunioa et de discorde. Une émeute éclata à Gand, le 29 juin 1467, au moment même où le duc venait d'arriver dans cette ville. Les métiers, réunis en armes sur la place du Vendredi, réclamèrent énergiquement Tabolition des droits d'entrée perçus sur le blé et quelques autres denrées alimentaires, h roccasion des amendes auxquelles la cité avait été condamnée en vertu du traité de Gavre. L'opinion commune était que ces sommes avaient été payées depuis longtemps, et que le maintien de la gabelle était aussi injuste qu'illégal. Le duc, que son caractère violent et emporté dispo* sait à la résistance, se vit obligé de céder : il pardonna les violences dont il avait été Tobjet, renonça aux taxes qui avaient occasionné tant de tumulte, et permit aux Gantois de reprendre leurs anciennes bannières, qui leur avaient été enlevées quelques années auparavant (1).

Cette affaire était à peine terminée qu'une sédition (hrieuse éclatait en Brabant. Elle avait pour cause cette vieille querelle des Malinois avec les gens de Bruxelles et d'Ânvers au sujet du droit d'étape, dont nous avons déjà eu si souvent occasion de parler. Plusieurs membres du métier des bateliers et d'autres gens du peuple allèrent saisir, près de Helfene, trois navires chargés de grains en destination pour Bruxelles , et les amenèrent à Matines. A leur arrivée, la populace se souleva; elle coula à fond les bateaux et les grains qu ils contenaient, courut àl'égliseSaint-Rombaut, sonna la cloche d'alarme, puis, s'étant renforcée d'une foule de personnes attirées par ce signal, elle se transporta aux maisons de Jean de Muyzen, écoulète du duc, de Jean Papegay et de M'^ Jean Lyon, pensionnaire de la ville, qui furent pillées et saccagées. Les séditieux, enhardis par le succès, rassemblèrent ensuite la commune, tirent de nouveaux statuts, ordonnèrent que nul des métiers ne pourrait dorénavant aspirer à réchevinage, et remplacèrent les magistrats élus par des hommes de leur choix (2). :

• (1) Mémoifet de Comintt, édit. de Unglet de Fresnoy , t. II, preuvee,

pp. 648, 629.

(2j Vuy. une note de M. Gactiard, dans ÏEistoin det éuet de Bowgogne, de M. de fiarante, 1. 11, p. S81 . l

«70 HSTOIBS Wi COtfMlv&Qi

Qiarles de Bourgogne, à le rteeption de ees noovtfeif egréa les offres de service de ses geatilshommea et marclie «ir la ville rebelle, qui n'était pa9 m itat délai opposer uee longue résislance. Oa s'attendait à des mesures de rigueur, mais le duc avait intérêt à ménager ses sujets et se montra asses modéré. Il fit bannir les plus compromis» et exigea des indem* nités en faveur de ceux d'entre S69 ofQciers dont le3 babitaiions avaient été attaquées.

La paix étant rétablie h Mal lues, le duc se dirigea vers Anvers, où il fut reçu avec pompe. Cette cité, de plus en plus fréquentée, venait de faire construire un lieu de réunion pour les négociants (i) et de fonder un marcbé d'objets d'art autour de l'église de Notre-Dame (2). Charles n'y resta que peu de temps, car il avait bâte de commencer une nouvelle campagne contre les Liégeois, qui s'étaient emparés de Huy et bravaient ouvertement l'autorité de leur évéque. Tout en réunissant ses hommes d'armes, il négociait un traité d'alliance avec l'Angleterre, et encourageait le duc de Bretagne, alors en désaccord avec le roi Louis XI, à repousser les prétentions de ce monarque.

Un héraut, tenant d'une main en flambeau et de Vautre nae épée, ayant publié partout la guerre « è fea et à sang » contre les habitants de Liège, Charles s'avança vers Louvam, suivi d'une fbfmidable armée. Il était déjà arrivé sur les frontières de Févôehé lorsque le eennéteble de Saintr-Pol» le cardinal le Ballue et quelques autres vinrent le trouver de la part du toi de France, peor revenir « que Liège était cçaipriae dans la trêve II eendoe entre eux» et qu'on lui porterait secours si elle était «c menacée. Toutefois, sjoutaîent ces ambassadeurs, si le d«e « agrée de ne prêter aucun appui aux Bretons, le roi, de son À eèté, eoBseat k lui abandonner les Liégeois pour les eb&tier « I son plaisir. »

• Ces propositions ayant été rejetées, les Bourguignons se remirent en marche , et rencontrèrent l'ennemi près de Brus*-

(1) LaTiefllelkKine* , (t) « In 1159 werdt genoaekt men nieqwen pandt t*Aiitwerp«BopO. h, Y. kerckof om booken, schildenen en de bellhuyderie le verkoopcn, • /a|^• kmckm ier gtaé Âtwtrpm, door Vtrhrosgbeii, muuuwrii, SIM. .é« Vesfo Britannique.

£T Dit LA MAAINS ËJN BSUÏIQUK. Ut

teUm, Les milices liégeoises se composaient d'environ trente mille hommes, presque tous gens de pied. Protégées à droite et à gauche par des marais, elles avaient couvert leur centre de grands fossés remplis d'eau et s'appuyaient sur une double ligne de chariots.

Le duc de Bourgogne, en présence de ces dispositions, agit çivec une prudence dont on l'eût cru incapable. Il confia le commandement de son avant-garde, composée d'archers et d'artillerie légère, au sire de Ravenstein; un corps de douze cents hommes, formant deux divisions, fut placé aux deux ailes de l'armée bourguignonne, au milieu de laquelle se plaça le prince en personne, ayant avec lui huit cents cuirassiers et un bon nombre d'arcbers. Le comte de Marie avait sous ses ordres l'arrière-garde, où l'on comptait environ oinq oents cavaliers «agiais. Ceux-ci devaient protéger la retraite, en eas de besoin, et contenir la garnison de Saint-Trond, eonunandée par Renaud de Rouveroi, capitaine bardi et résolu, que Ton savait disposé i tenter un coup de main. Les Tongrois, qui avai^t réclamé l'honneur de former l'avant-garde liégeoise, furent les premiers k croiser le fer avec Tennemi. Les arcbers bourguignons comatencèrent la bataille en foiaant pleuvoir sur eux une grêle de traits : pois arriva l'artillerie qui, tirant serré et de fort près, les mit en désordre et permit à Raveusiein de s'emparer des fossés derrière lesquels les insurgés sTétaient retraochés.

Les Liégeois, excités par le danger, s'avancèrent alors au secours de leurs compagnons , armés de longues et lourdes piques, renversèrent à leurs pieds quatre ou cinq cents hommes et firent reculer le reste des assaillants : « Les enseignes bourguignonnes, dit Gamines, branlaient comme celles de gens presque déconfits. » Le duc, se trouvant en péril, tU aussitôt marcher une partie de sa réserve, commandée par les sires de Crèvecœur et d'Âymeries, qui rétablirent le combat à coups de traits, tombèrent sur les Liégeois avec leurs fortes épées à deux mains et à double tranchant et en fauchèrent des rangs entiers. Néaiinioins ceux-ci ne reculaient point : ils combattaient à bout portant, avec la hache, le glaive, la masse à pointe de fer, donnant et recevant la mort avec une égale intrépidité. Leurs bataillons commentaient cependant à s'éciaircir» battus

lit • HISTOIRE DU COMMERCB

qu'ils étaient iMirrartillerie, et déjà la première îîgne, composée* d'hommes d*élite, avait disparu presque tout entière. EustachéT de Slrailhe, Barré de Surlet et les plus vaillants de leurs chefn^ étaient morts, lorsque la seconde et la troisième ligne plièrent à leur tour. Retirées un instant derrière les bagages, elles essayèrent encore de s*y défendre, mais bientôt ce dernier rempart fut forcé comme les autres et la déroute devint générale. Il ne restait plus aux Liégeois qu'à se soumettre aux dures lois du vainqueur, auquel ils ouvrirent les portes de leur cité, le 7 novembre 1467.

Le duc y entra en véritable conquérant, après avoir fait niveler les fossés et démolir vingt toises de murailles. Il commença par abolir le tribunal des échevins, puis enleva également tout pouvoir judiciaire aux « douze des lignages, » aux maîtres de la citéy aux gouverneurs des métiers, alors au nombre de 64, aux dix prud'hommes qui étaient chargés de procéder aux exécutions légales, et 5 quelques autres fonctionnaires de la commune. Il ordonna la confiscation de tous les privilèges, de toutes les chartes, de tous les registres qui étaient conservés à Ja municipalité, attribua la nomination des nouveaux échevins à l'évéque, et, par un véritable coup d'État, supprima h tout jamais les 32 métiers. « Chacun pourra, lisait-on dans la capitulation, sans payer charge, faire un ou plusieurs métiers, ainsi que bon lui semblera : leurs bannières, fraucliises, Chartres, lettres et registres seront rendus par eux. »

Cette dernière mesure, des plus importantes au point de vue commercial et industriel, indique l'origine d'une politique nouvelle, ayant pour objet l'abaissement de ces puissantes corporations, dont les princes de la maison de Bourgogne s'attachèrent depuis lors à combattre l'influence; la centralisation du pouvoir n'était possible, en effet, qu'à la suite de la désorganisation des armées communales.

Le duc, après avoir forcé les rebelles à s'humilier devant lui, et les avoir condamnés h payer des amendes considérables « pour rachat de leurs personnes et de leurs biens, » s'en vint à Bruges, où il avait convoqué les chevaliers de la Toison d'or. Louis XI craignant une nouvelle coalition, se hâta de conclure une trêve avec les Bretons.. Désirant néanmoins se préparer à-

ET DE LA MARINE £M BELGIQUE

tout événement, il réunit les États du royaume, leur fit rdgler l'apanage de son frère, et en obtint une déclaration défavoi able au duc de Bretagne, dont Tailiance avec TAngleterro fut sévèrement blâmée.

Cette décision ayant été communiquée à Cliarles de Bourgogne, l'irrita vivement. 11 se trouvait lui-même, en effet, en relations suivies avec Edouard VI, qui lui accordait en ce moment la main de Marguerite dTork. Il refusa de souscrire à la résolulion prise par les Klats, et ne consentit à renouveler la trêve qu'il avait signée prccédeiuaieni avec la Fi'ance, qu'en y instiaut des stipulations spéciales en faveur de ses aliics. La princesse anglaise quitta Londres, le 18 juin 1468, accompagnée du comte de Warwick, de la duchesse de Norfolk, et d'un grand nombre de seigneurs et de dames. Elle prit congé du roi ù Margate, et s'embarqua sur le navire VEllyn, de Londres, escortée \)av\c Saint-Jean de Neivcastle, \ii}farie de Saîisbury, et plusieurs autres vaisseaux de guerre (i). Son voyage se passa heureusement, et elle arriva, le 2B, à l'Écluse, avec une suite brillante. Elle y trouva la duchesse douairière de Bourgogne, et le duc vint bientôt l'y rejoindre. Quelques jours plus tard, madame Marguerite monta sur un bateau richement décoré, et descendit le canal de Danime jusqu'à Bruges, où son mariage fut célébré, le 2 juillet 1468, avec une grande magnificence. Les marchands de toutes les nations qui avaient alors des rcprésentnnts h Bruges, s'empressèrent de lui offrir de riches présents, parmi lesquels on remarqua surtout celui des Florentins, qui consistait en quatre superbes coursiers, caparaçonnés de damas blanc, bordé de bleu (2).

Ces réjouissances étaient à peine terminées que le roi Louis XI, tout entier à ses projets, attaquait le duc de Bretagne. Celui-ci perdit en peu de temps toute la basse Normandie, sauf Caen, où le duc de Bourgogne avait envoyé une garnison. Une partie des troupes royales, sous

(1) Cette escadre se composait de seize navires ; ceux qae noos venons de

citer étaient remarquables par leur tonnage.

{%] Yoy. une relation irh» curieuse de ces fêtes, dans le manoscrit 6113, 9il)l. addii. Musée Britannique, qui date de i'époque. ;

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108 ordres de Nicolas d'Anjou, s'empafèrenl enavita de Ghan* loeé, et allèrent mettre le siège devant Ancenis. Le duc

François, atterré par tant d'échecs, céda alors an vainqueur, accepta ses conditions, et renonça à l'alliauce de Charles de Bourgogne.

Le roi, ayant enfin réussi à diviser ses ennemis, et à les isoler les uns des autres, pensa qu'il était temps de réclamer, à l'héritier de Philippe le Bon, le comté de Ponlhieu el les villes de la Somme. N'osant confier h un tiers le soin d'une négocialion aussi importante, il prit la résolution hardie de se rendre en personne dans les Pays-Bas. Il partit en effet, le 9 octobre, après avoir reçu des lettres d'assurance du duc de Bourgogne, et se présenta devant ce prince, h Péronne, n'ayant pour toute garde que quatre-vingts Écossais et une soixantaine de cavaliers. Les deux souverains avaient déjà eu plusieurs conférences, sans réussir néanmoins h s'entendre, lorsqu'un incident inattendu vint brusquement les interrompre, en mettant le roi dans le plus grand péril : les Liégeois s'étaient de nouveau révoltés, et avaient massacré plusieurs des partisans de leur évéque et du duc.

Ce dernier, croyant reconnaître dans cette crise soudaine la main perfide de Louis XI, se laissa entraîner à un accès de Aircur, fit arrêter le monarque, et donna ordre de le transférer à la citadelle de Péronne « dans une grosse tour où un comte de Yermandois avait jadis fait mourir un roi de France. » Louis. iHen que fort peu rassuré sur Favenir, ne se troubla point, et travailla aussitôt à trouver les moyens de sortir de ce mauvais pas. Une somme de quinze mille écus, distribuée parmi les serviteurs du duc, lui fit des amis parmi eux, et bientôt il recouvra la liberté, après avoir renoncé à toutes les prétentions qui avaient feit l'objet de son voyage. U s'était engagé en outre, sur l'avis du sire de Géminés, h suivre Tarmée de Bourgogne devant liége.

Dès le lendemain de la signature du traité, les deux princes se mirent en campagne. Les troupes du duc étaient belles et nombreuses; il commandait en personne les Flamands et les Picards; le maréchal de Bourgogne avait sous ses ordres les gentilshommes du duché, les gens de Savoie venus avec le

BT U lUBmi m BBtGiaUE.

comte de Bresse, les iMMome» du tocemboorg» du Umbourg, da Bainaut et de Namur.

Les Liégeois, informés de leur approche, envoyèrent quelques parlementaires m eamp bourguignon, mais on les If poussa sans les écouter. L'évéque lui-même, ému du danget due courait son peuple, tenta «ne démarche auprès de son parent, mais ne put le fléchir : Charles de Bourgogne, inexo-f rable dans sa colère, était décidé à écraser l'insolente commune ftui lui résistait depuia si longtemps. Il ne voulait plus entendre parler de pardon; maître, de par le drcnt de le guerre, de la vie et des biens dee rebelles, il prétendait» diaalt*il, les chiktief ^ son plaisir.

Il arriva, sans rencontrer d'opposition. Jusqu'au pied des murailles de cette grande et belle ville, ï laquelle il apportait la ruine et le désespoir. Son avant-garde venait de s'établir dans le faubourg Saint-Léonard, où elle avait reçu Tordre de passer la nuit, lorsqu'un des olief^ liégeois, Jean de Wilde, ordonna aux doyens des métiers de réunir leurs hommes» assembla lui* même une troupe d'élite et tomlNi tout à coup sur les Bourgui* gnons, Ceux^, mal préparés h cette furieuse sortie, se dispersèrent dans le plus grand désordre, laissant plus de 800 des leurs sur le terrain. Leur défhite eût été complète si les capi* taines des métiers avaient montré la mémo détermination que Jeuk de Wilde» et s'ils avaient attaqué l'ennemi à leur tour, en ft'élaoQant sur celui-ci par la porte Saint-Léonard. Ils le tentèrent un moment, mais furent repoussés à coups de bombarde, et renoncèrent à leur entrefHrise.

Le duc de Bourgogne, rassuré sur le sort de son avant-garde, ae rapprocha de plus en plus de l'enceinte de la cité. Un grand nombre d'habitants de celle-ci, pressentant une catastrophe imminente, fuyaient vers les Aidennes avec leurs Ihmilles, emportant ce qu'ils avaient de plus précieux. Au milieu du tumulte et de la conihsion, six cents Franchimontois, renforcés pur quelques proscrits, prirent la résolution héroïque de (hire l»n dernier efifort pour sauver la ville, ou de périr au moins en la défendant

Saisissant leurs lourdes piques, ils se glissèrent, vers dix heures du soir, jusque sur les hauteurs de SaintCp-Walbui i^c,

BISTOIRE DU COMMERCE

escaladèrent les palissades en planches qui s'étendaient de cé côté et, fôîsant maints détours pour éviter les sentinelles ennemies, parvinrent jusqu'au pavillon du duc d'Alençon, derrière le iogiâ du duc de Bourgogne. Ils tournèrent ensuite autour de ce poste, après avoir cherché à s'en emparer, et se précipitèrent vers les deux chétives habitations qui abritaient le duc Charles et le roi de France.

Là ils rencontrèrent une foule dliommes, accourus au bruit» et un combat acharné s'engagea, dans l'ombre, entre les braves Franchimontois et leurs adversaires. Le duc, qui était couché, se leva à la hâte et, tandis qu'on lui passait sa cuirasse, les cris de « Vive le roi! vive Bourgogne! » éclataient de tous côtés, sans que l'on sût à qui on avait à faire. Les assaillants» accablés sous le poids de toute une armée, succombèrent enfin, intrépides et fiers jusqu'à leur dernière heure, et ne cessant dé frapper qu'en recevant la mort.

Le lendemain, 30 octobre, les Bourguignons pénétraient dans la ville de Liège, et y renouvelaient les scènes atroces qui s'étaient passées quelque temps auparavant à Dînant. Telle était l'avidité des pillards que, vers le milieu du jour, une partie des dépouilles de cette belle et florissante cité était déjà enlevée. L'or, l'argent, les trésors des communautés ecclésiastiques, les pierreries, les livres rares ayant disparu rapidement, on s'empara des cloches des églises, du plomb qui couvrait les édifices, et on fouilla jusque dans les tombeaux, pour en arracher les ornements que la piété y avait laissés. Les bourgeois, poursuivis dans les rues, étaient assommés dans leur fuite, nds à la torture, ou précipités dans la Meuse. L'épée et la hache ayant achevé leur œuvre sanglante, on eut recours à la pioche,à llncendie, et bientôt il ne resta plus, à l'endroit où s'élevait une commune populeuse, riche et prospère, qu'une immense ruine, en partie calcinée par le feu.

Malgré la rigueur de la saison, le duc ne voulut point quitter la principauté sans tirer vengeance des Franchimontois. Péné« trant dans leur pays, il brûla leurs cabanes, anéantit leurs forges, et les poursuivit jusque dans leurs forêts (1). Il ne

(1) De Gorlacbe, MwMmi dt SUge tout Umt» dêBomrètm,

ET D£ LA MARU(£ £1( BELGIQUE

revint h Bruxelles que vers la fin de novembre, après avoir rendu la liberté à Louis XI, qui avait assisté froidement à la destruction des malheureux Liégeois, après les avoir poussés lui-même à la révolte.

Indépendamment des pertes immenses que cette terrible guerre avait occasionnées à la population liégeoise, celle-ci eut encore h payer, la paix ayant été rétablie, de lourdes redevanees. L'évêque consentit à abandonner au duc, pour le terme de trente ans, tous les droits, profils et émoluments du tonlieu perçu sur les biens, denrées et marchandises passant • sous le pont des Arches; ce tonlieu était du 30*= denier de la valeur des objets taxés : les sujets du duc n'y étaient pas soumis.

Tandis que Charles de Bourgogne tenait cour plénière à Bruxelles, dans tout Torgueil du triomphe, les Gantois, qu'il avait déjà menacés de ses vengeances, délibéraient solennellement sur le parti qu'ils avaient à prendre. Effrayés du désastre de leurs voisins, ils envoyèrent enfin des députés au prince, en implorant son pardon. Il leur fut accordé , mais entraîna le sacrifice de toutes leurs libertés. Trois des portes de la ville, condamnées après la bataille de Gavre, fùrent fermées de nouveau ; les métiers se virent privés de leurs bannières, et le choix des magistrats communaux fut désormais réservé au duc. Quant à rimp6t sur les grains, caiiçe des premiers troubles, il tai rétabli le 20 avril 1469.

Beaucoup de fàmilles belges, préférant Texil à la ruine, énugrèrent à l'étranger. Quelques Flamands, nouvellement arrivés en Angleterre, enfreignirent, en 1469, les privilèges de la Compagnie des orfèvres h Londres (1). Des débats judiciaires ayant eu lieu 5 celte occasion, un de nos compatriotes, Guillaume Janson, ciseleur habile et expérimenté, rencontra un jour un des meilleurs ouvriers anglais, du nom d'Oliver Davy, et le défia de produire un travail aussi parfait que celui qui sortirait

(11 On trouve dans les comptes de cette corporation, en 1469, une quittance de 7 livres sterl. 4 sh. et 2 den., pour frais de procédure contre les ouvriers flamands. Yoy. Herliert, Mist. of the XU ^reat Uvaies Companiet, yol. 11, p. 186.

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