‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 16 sur 29 · G HISTOIRE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE DU COMMERCE

Cette démarche ayant été parfàîtement accueillie, on parvint sans peine à se mettre d'accord, et Talliance faite avec le roi Edouard fut maintenue avec le roi Henri. On restitua les biens saisis au préjudice des né^iants anglais; les bestiaux enlevés par la garnison furent payés, et tout rentra dans Fétat normal. Tel était le crédit des riches bourgeois de Londres et des Galaisiens, que le comte de Warwick, malgré la haine qu*il portait au duc de Bourgogne, ne put s^opposer à cet accommodement. Quatre mille hommes récemment arrivés d'Angleterre essayèrent vainement de ranimer la discorde; la volonté de leur chef ne put prévaloir sur les intentions pacifiques des habitants, qui craignaient de s'appauvrir en se brouillant avec les villes flamandes.

Nos relations avec la France présentaient un aspect beaucoup moins satisfaisant. Louis XI, après avoir dépêché des troupes sur les côtes de Normandie, toujours menacées par la flotte bourguignonne, avait convoqué une assemblée de notables bourgeois, afin de les consulter sur les mesures à prendre contre le duc Charles , dont les officiers avaient confisqué, durant la foire d'Anvers, les biens d'un grand nombre de marchands firançais. Adoptant l'avis de ce consul, il défendit à tout trafiquant, sous les peines les plus sévères, d'aller ou d'envoyer vendre, acheter, transiger ni marchander par voie d'échange, commutation ou autrement, aucuns blés, vins, draps, épiceries ou toutes autres denrées dans les pays et seigneuries du duc de Bourgogne.

Ce prince usant de représailles, répondit à la proclamation royale par un acte du même genre adressé à ses propres sujets, et les deux États rompaient brusquement tous rapports commerciaux. Cette situation nuisait plus à la France qu'à la Belgique, aussi Louis XI se vit-il forcé, pour fliire cesser les réclamations qui lui venaient de toutes parts, d'établir deux grandes foires à €aen, àfin de ne pas perdre, en même temps que nos marchés» les moyens de se procurer les produits anglais qui se consommaient dans le royaume. Il rappela en outre à Henri VI, ou plutôt m comte de Warvvick, que l'une des principales conditions de leur alliance avait été de travailler en commun à la ruine de la maison de Bourgogne, et réussit à obtenir, de la part du gou-

Oigitizeci by

ET D£ LA MARINE EN BELGIQUE

vernement britannique, uae reoondation formelle du traité de Përonne.

Tandis qu€ le duc Charles rassemblait ses forces, dahs le but d'entamer une lutte sérieuse avec son habile adversaire, celui-ci, preiiaiit l'ofTensive, envoyait des troupes vers St-Quentin, qui tomba en son pouvoir. Royene résista pas davanlage aux attaques du comte de Dammartin, qui, après une tentative infructueuse sur Abbeville, alla planter le drapeau royal sur les mura d'Amiens, traversa la Somme, et mit le siège devant Dours.

Le duc de Bourgogne, allarmé des progrès rapides de l'ennemi, quitta aussitôt Doulens, et se réfugia dans Arras. Plein d'impatience et de courroux, il pressait ses armements de terre et de mer avec une telle activité, qu'il se trouva dès le commencement de l'année 1471, en état de tenir la campagne. Les deux armées, toutes deux belles et nombreuses, se rencontrèrent sous les remparts d'Amiens, qui furent investis par les Bourguignons. Des escarmouches avaient lieu tous les jours entre les belligérents, mais les Français, obéissant aux ordres du roi, évitaient de livrer bataille. Les piquiers flamands et brabançons se distinguaient particulièrement dans ces combats d'avant-postes, par leur sangfiroid et leur Intrépidité (1). Le duc réussit enfin à faire ses approches, et à établir sa puissante artillerie de manière à causer beaucoup de mal à la ville.

Le temps s'écoulait cependant, sans modifier sensiblement la position des deux partis.

Amiens, défendu par vingt-cinq mille hommes, ne paraissait devoir succomber qu'après un long siège, et Charles de Bourgogne se Miguait de cette guerre lente et stérile. Il finit par signer une suspension d'armes pour trois mois, ei> conservant, ainsi que son adversaire, les places fortes occupées par ses hommes d'armes. D'autres projets d'une importance majeure, absorbaient en ce moment toute son attention.

(1) Journellement viennent gens devers mon dit seigneur, spécialement picqucnalrcs qne ceulxde Flandre et de Brabant lui envoient, les quclz picquenaires sont fort craints desdilz francois... (Lettre écrite par le secrétaire Jean de Molesmes à la chambre des comptes de Dijou, du camp devant Amiens, le 25 mars 1471, archives de Dijon.)

Il 8*ëtait décidé, non sans de longues bésitations, à aider

secrètement le roi Edouard à renverser la maison de Lancastre.

Après avoir eu une entrevue avec lui dans la ville de Saint Pol, il lui avait fait donner cinquante mille florins et dix-huit gros navires, tout en feignant en public de désapprouver son entreprise.

Edouard IV, dont les adhérents étaient encore nombreux en Angleterre, et que radministration dure et arrogante du comte de Warwick commençait à faire regretter, s'était embarqué au port de Ten-Vere, en Zélande, le 10 mars 1471, pendant que le duc de Bourgogne se trouvait encore en Picardie. Ce dernier, pour se prémunir contre toute éventualité, avait aussitôt fait défendre, sous peine de la vie, d'assister directement ou indirectement le royal exilé.

Tandis qu'on menaçait ainsi les partisans du chef de la maison d'York, celui-ci opérait une descente dans la petite ville de Ravensport, et marchait sur Londres à la téte de deux mille hommes d'armes. Cette manœuvre hardie, qui semblait ne devoir aboutir qu'à une défaite irréparable, lui valut des succès aussi promps qu'éclatants. Ses troupes grossirent peu à peu, et bientôt le duo de Clarence, qui s*était engagé à s'opposer à son passage, se joignit à lui. Salué avec acclamations par le peuple, le roi fit son entrée dans la capitale, le 11 avril 1471, et renvoya dans la tour l'infortuné Henri VI, dont la faible intelligence n'avait pu résister à tant d'orages.

Telles furent les nouvelles qui parvinrent au duc Charles, au moment où il venait de déposer les armes. Il n'osait y croire, tant la révolution, qu'on lui annonçait avait été rapide, que déjà Edouard IV remportait une autre victoire à Barnet, où le comte de Warwick perdit la vie, et achevait la ruine du parti de Lancastre sur le champ de bataille de Tewkesbury. A peine sur le trône, il envoyait remercier les Brugeois du bon accueil qu'il avait reçu dans leur ville, et témoignait sa reconnaissance au sire de la Gruthuse en le créant comte de Winchester.

Le duc de Bourgogne, se sentant désormais appuyé par le monarque anglais, songea plus que jamais h la guerre. Il voulut néanmoins, avant de rompre la trêve à laquelle il s'était engagé, garantir le commerce flamand de tout dommages. Il lit équiper

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dans ce but, plusieurs navires à Dunlcerquet à Nieuport et à Ostende; éleva des fortifications sur les côtes de Flandre, et fit exécuter des travaux de défense à Bierrliet. Il encouragea ses gentilshommes à prendre du service dans la marine militaire (1), au développement de laquelle il apportait tous ses soins, et qui 8*était déjà mesurée, avec tant d*éclat, contre les forces réunies du comte de Warwick et de Louis XI. Le sire de Borsele, capitaine général de l'escadre bourguignonne, promulgua vers cette époque une ordonnance qui mérite d'être étudiée k cause des détails qu'elle contient sur les manœuvres navales en usage à la fin du XV* siècle.

Nous y lisons que toute embarcation, faisant partie de la flotte ducale, devait, à la tombée du soir, se rapprocher du vaisseau amiral, en évitant cependant de naviguer sous le vent dudit vaisseau. Le dimanche, on se békiit en criant Jhu Crist; le lundi, Samcte Marie; le mardi. Saint Marque; le mercredi, Saini Jehan * Baptist; le jeudi, Saint Jaque; le vendredi. Sainte Croixe; le samedi, SaitU Nichoku, Les mouvements à exécuter en commun étaient réglés par signaux. S'il fallait mettre des bonnettes, le

(1) Son père, Philippe le Bon, lui en avait donné l*ezemple ; nous trouvons en effet, dans les Comptet la iwalle générale pour 1488 et (n* 186S, Cil. des comptes, arch. génér. du Royaume) les passages suivants :

« De Laurent de Macck, conseillpr de monseigneur le duc et son receveur général de Flandre et d'Artois, la somme de cinq cent onze livres, quinze sols, de quarante sols monnoye de Flandres la livre... en deniers payez à messire lolTroy de Clioisy poor le reste de la somme de mil vlngtrtrois livres, qolnie sols, monnoye dite à lay doue pour le payement de deux mois finis le vingt-cinquiesme jour de may, Tan mil quatre cent cinquante-trois d'une galiolte arm(^o de quatre-vingt-dix hommes, de une barge et ung bringantin armés chascim de trente hommes, estant soubs iuy en armée sur mer au dit navire, pour rempeschcmenl des vivres qui peuvent venir et arriver à cenlx de la ville de Gand, ennemis, rebelles et désobéissans & mon dit seigneur... ele.«

« Dudit Piètre Blonde, la somme de cinq censescus d'or, du prix de quarante-huit gros, monnoic de Flandres, pièce... en deniers payez à messire Guillaume, baslartde Brabanl, chevalier, conseiller et chambellan de mon dit seigneur, commandeur de la Moréc, de l'ordre de St-Jean de Jérusalem, sur un dod de mil escus du dit prix à luy fait par mon dit seigneur, pour Iuy aydier à babilUer et mettre sus nne galère qu'il luy a anssy dobnée pour la conduire et entretenir par mer... etc. »

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capitaine général faisait allumer une lanterne au milieu du château de la poupe de son navire. Le même fanal, agité continuel- ' lementde bas en haut, transmettait Tordre de les enlever. Deux lumières, placées à mi-nef, signifiaient qu'on avait à serrer les voiles ; trois feu3c, équivalaient au contraire à un ordre de départ.

Tout capitaine, en apercevant un bâtiment étranger, devait faire hisser une lanterne au grand mat de son vaisscnu. Il l'y laissait quelque temps si le bâtiment suspect était isolé, sinon il rabaissait et la haussait de manière à indiquer les forces de Fennemi. Tous les navires de la flotte se massaient aussitôt, en pareil cas, de manière à se mettre en bataille. Un pennon était arboré sur Tavant de chacun d*eux, et, durant la nuit, un certain nombre de feux, rangés deux par deux, leur donnaient le moyen de se reconnaître. Au premier son des trompettes, les équipages fort nombreux au xv* siècle, couraient aux armes; au second, ils se trouvaient à leur poste, prêts à l'attaque ou à la défense; au troisième, ils arrachaient le pennon qui avait flotté jusqu'alors sur le château d'avant, et le rempla^^aient par le drapeau de guerre.

ce Et adonques, disait Henri de Borsele, au nom du Saint- « Esprit, de cœur et bon courage, iis doivent combattre et « ihipper sur leurs ennemis pour l'honneur de leur très redouté fic prince monsieur le duc, en telle façon qu'ils puissent vigoua reusement obtenir la victoire. Nul patron ne peut se retirer a de la lutte sans en avoir reçu Tordre, ou exécuta une manœu- «t vre contraire à celle qui lui a été assignée, sous peine de « mort. Tout individu qui sera convaincu d*avoir commencé le «c pillage des prises avant la défaite totale de l'ennemi, subira a la même peine (i). »

Les quatre-membres de Flandre, peu favorables à l'augmentation des compagnies d'ordonnance, prenaient le plus vif intérêt aux succès de notre marine, et contribuaient, par des subsides assez considérables, aux dépenses nécessitées pour son entretien. Les Brugeois, toujours en lutté avec les pirates,

(1) Voy. De Jongc, Geschieâmt von het Ntânkmt^ uemuh, 1" partie, pièces ju8tU.n*lY, p. 567.

appuyaient d'autant plus, à cet égard, les vues du duc de Bourgogne, qu'ils venaient de conclure un nouvel accord avec les villes lianséatiques, afin de s'assurer l'étape de leurs marchandises. Ils avaient obtenus, en faveur de nos marins, le privilège exclusif du transport des cargaisons entre Hambourg et l'Écluse, concurremment avec les Hambourgeois. Ces relations présentaient tant d'avantages que les Gantois demandèrent bientôt à y participer, et firent des démarches dans ce but auprès du bourgmestre de Lubeck. Leurs instances furent néanmoins assez mal accueillies, à cause de certaines taxes levées à Gand sur la bière de Hambourg, contrairement aux anciens usages (1).

Ces négociations n'étaient pas encore terminées, que déjà le duc Charles pénétrait en France, se mettait en possession de Nesle et de Hoye, et commençait le siège de Beauvais. Repoussé devant cette ville, qui fut défendue avec le plus grand courage par ses habitants, il ravagea tout le pays de Gaux, et repassa la frontière, après avoir fait subir des pertes considérables aux populations normandes, mais sans remporter de grands succès sur les troupes royales, qui avaient Tordre d'éviter tout engagement sérieux. Une nouvelle trêve devenait nécessaire aux deux partis, et elle fut conclue à quelque temps de là, d'abord pour cinq mois, puis prorogée durant toute l'année 1473. • Parmi les victimes de toutes ces commotions, les Toumai- «ens avaient surtout à se plaindre. Fort attachés à la France, ils soufliraient beaucoup de l'interruption de leurs relations commerciales avec la Flandre et le Hainaut. Us obtinrent des lettres royales qui les autorisaient à traiter avec le duc, et, munis de celte permission, s'engagèrent à payer annuellement à ce prince, tant que la paix ne serait pas conclue, une somme de dix mille écus. Ils devaient lui remettre en outre, dans l'espace de dix ans, un capital de quarante mille écus. Cette transaction ayant été approuvée par Louis XI, les magistrats de

(1) Voy. Une lettre du bourgmestre et des conseillers delà ville de Lubeck, du 25 juin 1472. Ils déclarent ne pas vouloir recevoir les envoyés gantois, à moins que la perception de l'impôt sur la bière ne soit suspendue, celte mesure étant jugée indispensable avant d'entrer en composition. Parmeulier, Documents relatifs à la hanse.

Toarnai, pour se procurer Fargent requis, se virent forcés d'émettre des titres de rentes à charge de la caisse de la cité. Le roi, loin de les indemniser, leur imposa plus tard d'autres charges, en réclamant aux acquéreurs de fiefe nobles le droit de nouvel acquêt, levé en France sur les roturiers. Les Tournaisiens lui opposèrent leurs privilèges, et ce ne fut que sur les ordres itératif du monarque qu'ils consentirent à envoyer un état des biens achetés par des bourgeois dans le Tournaisis (1).

Le duc Charles, tout en signant un armistice avec Louis XI, songeait plus que jamais à réaliser la pensée qu'il méditait depuis si longtemps, c'est à dire le rétablissement de l'ancien royaume de Bourgogne. Fier de son pouvoir, dont il avait augmenté les ressources en s'entourant d'une armée permanente, il envoyait ses agents dans les contrées les plus lointaines, et sa réputation était grande à l'étranger (2). Obéi dans ses Ëtats, il en disposait d'autant mieux qu'il était parvenu à en simplifier l'administration, aux dépens des libertés communales. Déjà, en 14K8, Philippe le Bon avait, par la création du grand conseil, centralisé l'action du pouvoir exécutif; Charles, complétant l'œuvre de son prédécesseur, s'était attaché à porter la réforme dans les institutions judiinaires, et y était parvenu par l'établissement du tribunal suprême de Halines (3). Le moment était arrivé d'agir avec vigueur, et d'assurer les destinées de la mai-* son de Bourgogne en les plaçant sous la protection d'une couronne royale.

Les circonstances étaient ikvorables à ces aspirations ambitieuses. Le roi Louis XI était entouré d'ennemis; la conquête de la Gueldre, accomplie par les troupes bourguignonnes à la mort du duc Àmould, livrait la Hollande au duc Charles : celuici ne cacha plus ses' intentions, et pour les réaliser, ouvrit des négociations avec les princes allemands, ainsi qu'avec le roi d'Angleterre.

(1) Poulrain, Ilist. delà ville et cité de Tourna'), tomi, pp. 283, î85.

(2) Anselme Adorncs, appartenant à une ancienne et puissante famille de Bruges, fut chargé par ses ordres de se rendre en Perse, en compagnie du patriarche d'Antioche. Adornes voyagea dans tout l'Orient, puis, revenu en Bnrope, alla Tisiter l*Éco68e, où il fut assassiné, le S8 Janvier 14SI.

(8) Voy. le TOI. IV, Ut. III, tit. IV des Place, de Braliant.

ET DË LA MARINE EN BELGIttUB.

Ses ambassadeurs en Allemagne avaient mission de proposer un mariage entre Maximilien d'Autriche, fils de Frédéric III, et Marie de Bourgogne, unique héritière des vastes possessions du duc. Celui-ci réclamait, en échange de son consentement à celte union, le vicariat de l'empire et le titre de roi des Romains. Il s'engageait en outre à s'arnier contre les lignes suisses, et promettait sa succession à son futur gendre.

En Angleterre, ils avaient à traiter des conditions d'une alliance oftensive et défensive contre la France. Déjà h la sollicitation du duc Charles, les Écossais s'étaient montré disposés

conclure une trêve avec Edouard IV (1), tandis que celui-ci, pour reconnaître les bons procédés du prince bourguignon, avait défendu à ses sujets de molester les marchands hanséatiques (2).

L'empereur Frédéric III, ébloui d*abord par les offres brillantes qui lui étaient faites, vint trouver le duc de Bourgogne à Metz, où Ton commença les préparatifs nécessaires pour le sacre du nouveau roi. Dans l'intervalle, Louis XI convoquait le ban, l'arrière ban et les francs arcbers des provinces limitrophes de la Lorraine, tandis qu'on représentait de sa part, au souverain allemand, tous les dangers auxquels il s'exposait en se rapprochant rhéritier de Philippe leBon, trop orgueilleux pour tenir le second rang, et qui, incapable de sagesse et de repos, exciterait sans cesse des troubles et des guerres. Frédéric m prêta Foreille à ces avis, et, quelques jours avant l'époque fixée pour le couronnement de son allié, quitta furtivement la ville de Metz et retourna à Cologne.

Louis XI, fort satisfait du résultat de cette intervention, trouva bientôt le moyen d'augmenter encore les embarras de son rival. Le duc Charles s'était mis en possession, à titre d*engagiste, du comté de Ferrette et d'autres domaines, appartenant à l'archiduc Sigismond. Le sire de Hagenbach, qu'il en avait

(1) Rymer, Fœdera, tome V, 3* partie, p. Î8.

(2) Une coramission anglaise, composée de G. Hastings, de John IIo^va^d et de quelques autres, fut envoyée à Bruges, en juin 1473, afin d'y régler, avec les députés flamands, les démêlés commerciaux, qui restaient à vider entre les deux pays.

nommé gouveraear, ayant mécontenté les gens de Berne, le roi profita des rancunes soulevées par la conduite du ebevalier, et amena non seulement les ligues suisses à s*unir étroitement avec lui contre les Bourguignons, mais leur fit même faire la paix avec les Autrichiens. Les habitants du comté deFerrette, cédant h la même influence, se révoltèrent; TarchiducSigismond reprit possession de ses États, et le sire de Hagenhach périt par la main du bourreau.

Malgré ces échecs, la puissance du duc de Bourgogne devenait de plus en plus menaçante pour la France. Le roi d'Angleterre, après avoir envoyé un renfort de nulle archers dans les Pays-Bas, venait de se décider à traverser Ueatàt la Manche avec une armée considérable, afin de tirer vengeance de Louis XI, chez lequel ses ennemis avaient trouvé autrefois asile ' et protection. Il prétendait se remettre en possession de TAquitaine et de la Normandie, et offirait au duc Charles, en échange de son active coopération dans la campagne qui allait s'ouvrir, le duché de Bar, la Champagne, le Nivernais, le comté de Rhetel, la ville de Tournai et une foule d'autres seigneuries.

Pendant que tout se disposait en Angleterre pour cette expédition, le duc de Bourgogne, alors en démêlés avec les habitants de Cologne, qui redisaient de recevoir un archevêque qu'il protégeait, résolut de les châtier en envahissant leur pays. Déjà, le 22 juin 1474, il avait filit défendre à ses sujets de commercer ou de communiquer de toute autre manière avec les vassaux rebelles et désobéissants du prélat, ainsi qu'avec les habitants du duché d'Autriche et du comté de Ferrette, sous peine de confiscation. Il se plaça donc à la tête de son armée, qui était superbe, et, pénétrant dans l*Electorat, vint mettre le siège devant la ville de Neu'ss, défendue par Hermann de Hesse.

Il ne pouvait prendre une détermination plus défavorable à ses véritables intérêts, qui lui commandaient de ménager, pour des luttes plus décisives, les ressources dont il disposait. Un premier assaut ayant été repoussé, malgré les efforts de sir Thomas Stanley et de quelques autres chevaliers anglais, le duc se contenta d'investir la place dont il 'essaya d'interrompre les communications avec Cologne en détournant le cours de TErfl. Ses officiers les plus dévoués lui conseillaient en vain d'aban-

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donner une entreprise dont le succès était douteux et qui devait lui coûter des sommes énormes : il se refusait à les écouter, et nul ne parvenait à vaincre son obstination.

Dans rintervalle, ses ennemis travaillaient à multiplier autour de lui les obstacles et les dangers. Louis XI, resserrant son alliance avec les Suisses, les encourageait à attaquer les troupes du comte de Romont, et accordait des subsides au jeune duc de Lorraine pour faire la guerre aux Bourguignons. Des troupes françaises pénétraient en Picardie, tandis qu'une armée allemande, commandée par Frédéric III, accourait au secours de Hermann de Hesse.

Charles, forcé de se rendre à l'évidence du péril, liarcelé de tous côtés, leva enfin le siège de Neuss, après avoir passé onze mois sous les armes. Ce fut en ce moment que le roi d'Angleterre, s'embarquant avec ses hommes de guerre h bord d*une flotte bourguignonne de cinq cents navires, rassemblés précédemment dans les ports de Flandre et de Hollande, mettait à la voile pour Calais. Il ne trouva, en arrivant dans cette ville, ni vivres, ni approvisionnements. Le trésor du duc était épuisé ; ses soldats, mécontents et fatigués d'une longue et pénible campagne : Les Anglais, au nombre quinze cents chevaliers et quinze mille archers, se voyaient seuls en présence de l'ennemi.

fx>uis XI , profitant habilement de la surprise et du désappointement d'Edouard IV, lui fit proposer une trêve aux conditions les plus favorables et, malgré les représentations du duc Charles, qui était accouru auprès de son allié, réussit à la flaire accepter : Edouard repassa la mer, après avoir eu une entrevue avec le monarque français et s'être réconcilié avec lui.

Le 13 septembre le duc de Bourgogne signait à son tour une suspension d'armes avec son heureux rival. Chacun des contractants gardait les villes et pays qu'il tenait à l'époque des conférences de Bouvigne; le commerce ^ la libre communication entre les sujets des deux princes étaient garantis.

Cette dernière clause, malheureusement fort mal observée, n'avait d'autre objet que de donner quelque satisfaction aux classes populaires. Il eut fallu, pour rendre quelque activité aux transactions commerciales, plusieurs années de calme et de paix, ce que nul n'osait espérer. Le négoce languissait, l'argent

DigitizcG by Li(.)o^le

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était rare, et le malaise général. Beaucoup de chefs d'ateliers, se voyant sans travail, quittaient les Pays-Bas pour chercher un meilleur sort à rétranger (1). Parmi ceux-ci se trouvait un fabricant de tapisserie de haute-lisse, natif de Bruges, dont le nom était destiné à devenir célèbre : nous voulons parler de Jean Van Gobeelen, le fondateur des Gobelins (2).

Plusieurs navires belges et hollandais étant tombés entre les mains des corsaires, en se rendant dans le Levant, le duc, pour

(1) Plusieurs d'entre eux se fixèrent en Angletcrro, à Tpsw ich, où Ton avait établi un marché aux laines en 1464, et y ouvrirent des auberges. Comme la plupart des étrangers, attirés à Ipswich pour faire leurs achats, se rendaient chez eux, Edouard lY, faisant droit aux réclamations des habitants de la TlUe, soumit d*abord les nouveaux venus lune taxe spéciale et annuelle de vingt deniers, puis finit par leur défendre de loger des marchands, sous peine d^amende. Toy. Memorials of Jpswich, fol. 196.

(?) M. lacour, dans un article publié dans la NnuveUe Biographie générale, éditée par Firmin Didot. suppose que la fnmilie Gobelin était de Reims, mais il est hors de doute aujuurd hui qu elle était originaire de Bruges. En effet, deux voyageurs hollandais qui visitèrent Faris au mois de Janvier 1657, con- Arment sous ce rapport le témoignage des écrivains belges : < L*onzieme jour « de janvier, écrivent-ils, nous fusraes promener fauxbourg St-Marceau, « qui aboutit aux Gobelins. On passe une petite rivière qui en porte le nom, « dont les eaux sont les meilleures du monde pour teindre en escarlolc. On « la nomme ainsi de ces fameux teinturiers flamands, qui se nommaient f Sékekn, et par corruption de langue on en a fait Gobelins. Ils y ont étâbU « une fabrique de tapisseries qui, pour ]a finesse, la bonne teinture el le « beau meslange des couleurs, des soyes et des laines, surpassent celles de « Flandres et d'Angleterre, mais aussy sont-elles de beaucoup plus chères : « ceux qui y travaillent sont encore pour la plupart d'Anvers, de Bruges ou « d'Audenarde. » Voy. Jubinal, Lettre à M. de Salvandy, p. 30, d'après un extrait d*un HS. de laBlbl. de La Haye, portant le n* 1186. Rabelais, rapportant, llv. II, ebap. XXII, une espièglerie de Panurge, lui attribue « icelluy ruisseau qui, de présent, passe à Sainct Victor,auquel Gobelin tainct r«soarlatte, el Ronsard, rendant à son tour hommage à l'habileté des descendants de notre compatriote, dit, dans une ode à Gaspar d'Auvergne :

Les moiuoDs jeu qal«rs pu,

Ny le riche accouslrement D'uoH laine qui dément La teintare nalorelle Ès poisles dn Gobelin, S'yvraQt d'un rouge venin Pwr M deiiBiMr irios briia.

UT.III,od.m

ET DE LA MARm£ EN BELGIQUE.

prévenir de pareilles inibitanes, ordonna aux armateurs,

en 1473, de n'entreprendre ce voyage qu'à condition de former

une flotte, pourvue d'armes et de munitions de {guerre, et i)lacée sous le commandement d'un amiral. Les vaisseaux qui la composaient ne devaient plus arborer, comme autrefois, le lion rouge ncc^inulais ou le lion noir de Flandre, mais la bannière de Bourj^ogne. L'escadre, avant de partir pour l'Orient, devait être passée en revue par des gens compétents, et toute embarcation qui n'avait pas été munie de moyens suffisants de défense, était mise sous séquestre. Un tiers des confiscations qui résultaient de l'application de cette loi, revenait au prince (1).

Un procès assez important se jugeait, vers la même époque, en Hollande. Les .\nversois avaient fait arrêter, durant l'une de leurs foires, un certain nombre de marchands brémois, pour les forcer à payer le montant de diverses créances arriérées. Les magistrats de Brème réclamèrent leurs concitoyens, en contestant la légalité de cette capture, et soumirent Taffaire à Tarbi* trage des bourgeois d'Amsterdam, qui donnèrent gain de cause aux Brémois. Les Anversois s'exécutèrent de bonne grâce, et firent remettre une indemnité à leurs adversaires, qui, de leur côté, rendirent les biens dont ils s'étaient emparés par représailles (2).

Le duc de Bourgogne, auquel Tadversité n'avait rien appris, venait à peine de signer un armistice avec la France, qu*il s'apprêtait déjà à reprendre le glaive : il prétendait tirer vengeance de Réné de Lorraine, qui lui avait envoyé des lettres de défi, et punir les Suisses» qui avaient foit mouri/sur Téchafaud le gouverneur de Ferrette, Pierre de Hagenbach. L'effet suivit de près la menace. Nancy, attaquée par les troupes bourguignonnes, se rendit le 29 novembre 4475, et Tarmée ducale, en belle ordonnance, pénétra dans les vallées du Jura, passa par Jougne, * que les Suisses avaient renoncé à défendre, mit le feu à la ville d'Yverdun, et vint camper devant Granson qu'elle investit. Les assiégés résistèrent d'abord vaillamment, mais comme l'artillerie ennemie battait jour et nuit les remparts, la garnison

. (1) Commelin, Beschryving van Amsterdam, bl. 915, 916. (3) Papebroch, Annales Antverpienses, lom. II, p. 156.

■Itr. ou GOMMUCB, T. il- 13

crat enfin devoir capituler. Cédant aux conseils d*un gentil* homme allemand, nommé Ramschwag, les soldats suisses sortirent tout à coup de la place, désarmés, et se présentèrent devant le duc, afin de se recommander à sa mereî. On ne délibéra guère sur leur sort; attachés par dix, par quioze, pur vingt, les mains derrière le dos, ils fiirent livrés aux exécuteurs, et pendus aux arbres voisins.

Leurs compatriotes allaient bientôt réclamer, l'épée au poing, rexi)ialion de cette inhumanité. Déjà les Bernois avaieiU pris les armes, sous le commandement de leur avoyer, Nicolas de Scharnacliial ; ils rallièrent d'abord les bourgeois de Zurich, de Baden, de l'Argovie et des libres bailliages, puis, ayant été rejoints par les contiu*;enls de Bàle, de Lucenio, do Colniar, de Schclcstadt et d'une foule d'autres localités, marchèrent vers Granson, au nombre de vingt mille combattants.

La bataille se livra le 1" mars l î7G, dans les environs du château de Vaux-Marcus, qui commandait le chemin de Granson à Neulchàtel, position que le duc avait choisie et fortiliée. Les Suisses, s'avançant en bataillons carrés, en se faisant un rempart de leurs longues piques et de leurs hallebardes, repoussèrent les Bourguignons, le fer dans les reins, jusque dans leur camp. Ces derniers espérèrent d'abord s'y maintenir, mais déjà les collines de Bouvillars et de Ghampigny étaient tombées au pouvoir des gens de Glaris et de SchaiThouse, qui achevèrent la dérout(> des troupes ducales. Charles, après avoir essayé vainement de rallier ses gens, fut entraîné lui-même dans la débâcle générale, prif la fuite suivi d'un petit nombre de ses serviteurs, et ne s'arrêta qu*à six lieues de là, à Jougne, laissant son artillerie, ses bagages et d'immenses richesses entre les mains des vainqueurs.

Parmi les dépouilles recueillies après la lutte se trouvait un bijou éminemment précieux, tant par sa valeur intrinsèque que parles souvenirs qui s'y rattachaient. Nous en dirons quelques mots, pour consigner en passant une nouvelle invention dae à l'industrie belge.

Les anciens ignoraient l'art de tailler le diamant. Ils recherchaient, en conséquence, ceux qui présentaient naturellement une forme pyramidale, et les montaient aussi avantageusement

ET DE LA MABIHB EN BELGIQUE

que les circonstances le permettaient. Louis de Rerquem (1), bourgeois de Bruges, découvrit en 1 HG, les moyens de tailler et de polir les diamants en les frottant l'un contre l'autre et en employant leur {)ropre poussière, connue aujourd'iiui sous le nom d'égrisée. La première pierre ianonuée par ce procédé avait étu olVerte au duc de Bourgogne et lut perdue par lui à la bataille de Granson (3).

Nous ne rapporterons pas, dans tous leurs détails, les derniers épisodes de cette terrible guerre. Le règne du duc (Charles, h [»artir de la dispersion de son arnuie devant le château de Vaux-Marcus, n'olïre plus aucun iniérêt au point de vue de nos relations commerciales. Le malheureux [X'ince, blessé dans son orgueil, voyant s'écrouler une à une toutes ses espérances, essaie en vain de ramener la victoire sous ses drapeaux. Reje-, tant les avis de ses conseillers, sourd aux "représentations de ses sujets, il s acliarne, avec une énergie Icbrile à consommer sa propre perte. Abandonné par la plupart de ses alliés, trahi par ses serviteurs, il rassemble une nouvelle armée, la voit l'uir devant l'ennemi à 3rorat, fait un dernier effort, et vient se heurter Il Nancy contre les Lorrains et les Suisses, pour périr enlin sur le champ de bataille, léguant son infortune à sa lille, Marie de Bourgogne.

(1) D'antres écrivent Berkea ou Berquen. Toy. BsB. de la eotumistion royale d'fciMoire, 1'*, tom. XT, p. 819.

(2) le duc accorda trois mille ducats de récompense à rinventeur. M. Barrois, Ihbl Proiyp., p. 331, a\ant trouvé dans un mventairc de joyaux (^Isabcllc (le Pdi tn^'al, femme de l'iiilippe le Bon. les mots « diamcnts appointez » remarque que celle expression semble déuoler une taiUe, ce qui tendrait à foire remonter cette découverte de vingt à vingt-six ans. Son observation n*a cependant guère d'importance, car il est évident qu'il s'agit là de diamants à pointes naïves, c'est à dire, disposés d'après rarrangemcnt de leurs faces naturelles, ou appointez, comme l'écrivait Taulcur de l'inventaire. Les quatre diamants (pii ornaient Tagrafe du manteau ruyal de Sainl-JLouis, étaient des pointes naïves à quatre faces.

(S) Il la fit monter au milieu de trois rubis balais, et ia portait au cou.

GHàPIIRË XII

Troubles en riaudre. — Conquêtes des Français en Picardie et en Artois. — Nt':î()ciatious avec Louis XI. — Supplice du chancelier Ilugonet et du sire d'IIunibcrcourt. — Tumulte à Bruges. — Nouveaux succès des troupes françaises. — Mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d'Autriche. —Trêve. — Traité commercial avec l'Angleterre. — L'arehitectnre navale an inr* siècle. — Quelques mots sur notre marine de commerce. — Accord avee les Tonmaiâens. — Assemblée des Éti^ts. — Sédition à Gand. — Reprise des hostilités. —Bataille de Gainegate. — Négociations. — Débats entre Ostende et Damme. — Mort de la dnchesse Marie. — Guerre «nvile.

Traité d*Anas. — Ostendais et Brageois. — Corporation oommeicialo à Anvers. — Lattes maritimes. — Accord entre les Brageois et Maximilien. — Voyageurs belges. — Prise d'Ostende. — Décret sor les amirautés. — Guerre avec la Trance. — Les marchands étrangers rappelés à Bruges. Coup d'État tenté par Maximilien > et arrestation de ce prince. — Les Allemands à l'Écluse. — Mise en liberté du roi des Bomains. — B«pr6sailles. — Traité de Montils. — Nouveaux troubles. — Pliilippe de Clàves.

Armements maritimes à rEclnse. — Frise de cette ville.

Les communes belges, si rudement traitées par le ducGharles, ruinées par les guerres, privées de leurs plus précieuses libertés, n'eurent pas plutôt reçu la nouvelle du désastre de Nancy qu'elles refusèrent d'acquitter taxes et gabelles, en protestant énergiquement de l'illégalité de ces impositions. La ruine de la maison de Bourgogne, désormais imminente, semblait impliquer la condamnation des tendances centralisatrices qu'elle avait cherché à faire prévaloir, et l'esprit public, abandonné à luimême, se portait naturellement vers le passé, y cherchant des titres de gloire et de consolantes promesses.

ET DB LA MARntB EN BBLfilQUB.

KM

Marie de Bourgogne, la jeune duchesse, était menacée de tous côtés. Son père venait à peine de recevoir la sépulture, que déjà Louis XI donnait l'ordre au bâtard de Bourbon et au sire de Gommes d'entrer en Picardie et en Artois, faisait marcher des troupes en Bourgogne, et envoyait quelques-uns de ses agents en Flandre, pour y semer secrètement la division et la discorde. Abbeville, Ham, Bohaing et St-Quentin avaient déjà ouvert leurs portes aux Français, lorsque des ambassadeurs bourguignons se présentèrent devant le roi, munis de lettres de leur souveraine.

L'ambassade se composait du chancelier Hugonet, du sire d*Humbercourt, de Guillaume de Glugny, du sire de la Gruuthuse, et de quelques autres personnages influents. Elle était chaînée d'annoncer au monarque la prise de possession des fie6 délaissés par Charles le Hardi, dont un conseil, comprenant la duchesse douairière, le. sire de Ravenstein, le sire d'Humber* court et le chancelier Hiigonet dirigeait l'administration. La duchesse Marie se déclarait disposée h rendre hommage pour la Bourgogne, l'Artois et la Flandre, s'engageait h reconnaître la juridiction du parlement de Paris, et offrait la rcstitutigin de toutes les seigneuries ou domaines acquis parles traités d'Arras, de Conflans et de Péronne.

Le roi, avec cette prudence astucieuse qui présidait h toutes ses actions, répondit qu'il ne voulait occuper les États de Bourgogne que pour les conserver h la princesse, qu'il considérait comme étant sous sa garde, parla d'un projet de mariage entre elle et le dauphin, et réussit se faire remettre la cité d'Arras, où commandait le sire d'£squerdes, depuis iongtemps.gagQé à sa cause.

Dans l'intervalle, le désordre augmentait à Bruges et h Gand. Le vieux duc de Clèves était arrivé dans cette dernière ville, et, profitant de l'antipathie témoignée par les Flamands contre toute alliance française, cherchait à déterminer la ducliesse Marie à épouser Jean de Clèves, son fils. Une circonstance imprévue vint encore augmenter l'effervescence populaire, en Texcitant jusqu'aux plus déplorables excès. Quelques bourgeois, délégués par les communes auprès de Louis XI, reçurent avis à Péronne que des négociations avaient déjà été entamées avec

BISTOmS DU GOMMERCB

ce monarque, au nom du conseil. Surpris et indignés des sacrilices au prix desquels on voulait acheter la paix, ils retournèrent h Gand, où leur présence amena une violente émeute. Le chancelier Hugonet et le sire d'Humbei courl, auxquels les Gantois avaient voué une haine implacable, lurent aussitôt arrêtés, jugés sommairement, et décapités par la main du bourreau, le 3 avril 1477, presque sous les yeux de la duchesse, qui demandait vainement leur grâce. Les Brugeois, en apprenant ces évéments, suivirent l'exemple de leurs voisins. Les doyens des métiers, se rassemblant en tumulte, coururent aux Halles, et exigèrent qu'on recherchât tous les privilèges et tous les octrois concédés jadis à la ville, afin d'en prendre lecture. Le bourgmestre, Jean de Nieuwenhove , s*étant refusé à obtempérer à. leurs vœux, fut forcé de quitter la ville, pour ne pas être massacré par la foule.

Tandis que Marie de Bourgogne, privée de ses conseillers les plus dévoués, cherchait à conjurer les périls qui l'entouraient en multipliant les concessions à ses sujets révoltés (1), les Français continuaient leurs conquêtes, s'emparaient du Tronquoi, de Mon^idier, de Roye, de Moreuil, de Vervins, de Saint-Gobin, de Marie, de Rue, de Landrecies, de Therouenne, de Hesdin et de Boulogne. Les Gantois, de plus en plus hostiles à Tidée

(1) Elle leur accorda de nombrciix lu ivildgcs , dont quehiuns-uns sont forl imporlants. Elle s'engagea à ne |)(Hnt se marier sans le c onsenlenient des Étals, promit de ne conférer des fonctions publiques qu'aux iiabilants du pays, et renonça au droit d'affermer les charges. Nul ne pouvait être distrait de ses Juges naturels. BUe reconnut aux cités le droit de convoquer des assenfbléeSt et déclara que- les taxes ne seraient étabUes que du consentement des Étais, qui devaient être également consultés en cas de guerre. Les Brugeois obtinrent confirmation de la charte accordée aux francs-courtiers en 1263, par le comte Guy, ainsi qu'une réorganisation compliite de Véchcvinage ; il fui convenu que les échevins seraient nommés désormais par quatre commissaires, et qu'où les choisirait parmi les neuf membres de la ville, de la manière suivante: les cinq premiers d*entre les bourgeois ^ le sixième des rangs des quatre grands méUers ; le septième parmi les boucbers; le huitième d*entre les dix-sept méUers; le neuvième du sein des orfèvres; le dixième du nombre des maîtres cordonniers; le onzième de celui des maîtres tanneurs, le douzième parmi les boulangers, et le treizième entre les courtiers.

ET D£ LA MARINE EN BELGIQUE

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