‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 17 sur 29 · SOS · texte numérisé non relu

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d'un mariage entre leur souveraine et le dauphin, malgré les efforts d'Olivier le Mauvais, l'agent de Louis XI et leur compatriote (1), s'armèrent enfin sous les ordres d'Adolphe de Gueidre et, se mettant aux cliami)s, allèrent dévaste .e Tournaisis. Attaqués brus(]uemont nu retour de leur expe^ .tion, au moment où ils rentraient en Flandre cliarj^és de butin, ils furent défaits, et leur commandant, qui aspirait à la main de la riche héritière de Cliarles le Hardi, resta sur le champ de bataille. Sa mort décida les États h accepter les ofTres du duc Maximilien, fils de l'empereur Frédéric, déjà désigné comme futur époux de Marie de Bourgogne.

Une dé[)utation, parmi laquelle se trouvaient plus de quarante des principaux négociants d'Anvers (2), vint au devant du prince jusqu'à Cologne, et l'accompagna h Gand, où il fit son entrée le 17 août 1477. Son union avec la duchesse fut célébrée dès le lendemain, et, quelques jours plus tard, il prêta serment au pays de Flandre et à la ville de Gand.

Sa présence produisit d'abord les meilleurs cfléts. Les Flamands, groupés désormais autour d'un chef, reinj)oi tcicril quelques avantages; les troupes françaises, victorieuses à Condé, se virent repoussées avec pertes sous les murs d'Audenarde. Le duc, faisant au patriotisme des communes, réunit bientôt vingt mille huunnes, avec lesquels il s'avança jusqu'à Vaienciennes, olfrant bataille à ses ennemis.

Louis XL après avoir essayé inutilement de se maintenir dans le comté de Bourgogne, comprit- qu'il était temps de traiter, et offrit h son adversaire une trêve d'un an, en s'engageant à évacuer le Hainaut et à rendre la ville du Quesnoy. Cette trêve, à la fuis cum?niuncative et maichandc, fut publiée h Arras le 11 juillet 1478. Le duc signa, le jour suivant, une convention avec Edouard IV, consacrant la plus entière liberté de commerce entre les deux pays, et stipulant que les ports de Flandre et d'Angleterre seraient strictement fermés aux pirates (3).

(1) Il (5lait né h Thiclt, près de Courlrai.

(2) Jaerboek der stadAnlico'pen, I deel.

(3) Rymer, Fœdera, t. XII, p. 67; Anderson, Hist. of emmmt, 1. 1 p. 506.

HISTOIRE DU GOMMERCfi

Ce dernier accord était devenu indispensable, car les voyages maritimes, durant ces luttes incessantes, présentaient de jour en jour plus de dangers. Une véritable révolution s'était opérée, en cllcl, avec la découverte de la boussole et de la poudre îi canon, dans la construction des navires de guerre. Les coqucSy jadis si universcUcnient employées, avaient été remplacées par les Uniques et les caravelleSy plus solidement construites, et d'une marche inlimment supérieure. On continuait aussi ii employer les galères, mais celles-ci étaient plutôt en usage parmi les peuples du midi de l'Europe. Les bâtiments armés, durant le xv^ siècle, étaient assez petits, généralement de IGO ii 240 tonneaux. Ils portaient deux ou trois mâts, auxquels on ajoutait parfois une espèce d'artimon, très incliné servant à tendre une voile supplémentaire (1).

Les mâts n'étaient plus chargés, comme autrefois, de guérites crénelées destinées h recevoir les archers, mais supportaient des plates-formes, (juo Ton armait de pièces d'artillerie légère, servies par quel(|ues hommes. Deux châteaux, souvent richement ornés, s'élevaient aux deux extrémités du navire, qu'ils dominaient entièrement. Formés de lourdes planches de chêne, ils étaient souvent réunis par un pont volant, ce qui permettait, en cas de nécessité de passer de l'un à l'autre.

L'interruption partielle de nos relations commerciales directes avec la Castille et l'Aragon, par suite de l'alliance conclue entre les souverains de ces contrées et le roi de France, nuisait au développement de notre marine de commerce. Louis XI, dans le but de lui porter un nouveau coup, ordonna de ne recevoir dans les havres français que les marchandises qui y arrivaient sous pavillon national. Il s'était assuré en outre le concours d'un habile marin, Guillaume de Caseneuve, qui causait de grands dommages aux armateurs belges et hollandais (2).

(1) Voyez ane gravure représentant le vieux Kiddelbourg en 1100, dans Smallegange, Chron. de Zâamde, ainsi qu'une vue du port d^Anvers en 1800

dans le Historisehonderzoeknaer dm oorspronk, enz, van Anticerpen.

(2) Il s'empara, en 1479, de quatre-vingts bateaux flamands cl hollandais, à leur retour de la Ballique, où ils avaient été envoyés si la pêche aux harengs. Yoy. Select letters oj Chrislopher CulumJbus, iransL and édU by Mayor^

La situation générale du pays s'améliorait cependant depuis la conclusion de la trêve. On avait fait la paix avec les Suisses, et des rapports de bon voisina^^e s'étaient rétablis entre la Flandre et le Touriiaisis. Les habitants de ce dernier district se voyaient admis de nouveau ii fréquenter les foires flamandes et brabançonnes, à condition toutefois de ne pas exporter à rétranger des chevaux, des harnais, des métaux, des ferraille^, de la poudre, du salpêtre et autres objets servant à la guerre (1). Le duc Maximilien n'était pas toutefois sans inquiétudes, caria campagne précédente avait nécessité des dépenses considérables, qu'il allait falloir, selon toute probabilité, renouveler bientôt : il convoqua les États à Termonde dans le courant du mois de février dans le but d*en réclamer des sub- 'sides.

Cette assemblée, dès sa première séance, retentit de plaintes contre les Français, qu'on accusa de commettre journellement des hostilités, en violation de Tannistice. Les États requirent. le duc d'ordonner à tous ses sujets de se pourvoir, chacun selon sa fortune, d*armes et de munitions, afin d*étre prêts à marcher contre l'ennemi (2). Ce décret Ait accepté sans opposition, mais il n'en fut pas de même des ordonnances relatives à la perception d'une gabelle sur. la bière, qui faillirent occasionner une révolte à Gand. Les tisserands en coutil, les meuniers et quelques autres m^bres des corporations se refusèrent à y obéir, saisirent leurs bannières et coururent jusqu'au Verhrugghe^ aujourd'hui le pont aux Herbes, où ils rencontrèrent le bailli Jean de Dadizeele et le magistrat, qui, assistés d'un certain nombre de bourgeois, les accueillirent ii coup de piques. Une écliauffourée eut lieu entre les deux partis, durant laquelle le meunier Jean Gœtlials fut tué, et beaucoup de séditieux blessés.

Force étant restée à la loi, Jean de Dadizeele, accompagné

London, printei for the Hakluyt Society, an. 1848, p. xxxvui introd. Ces exploits attiraient cependant quelques reprîmes; Jacques de Savoie captura la mOme année trois navires flrançais, chargés de blés et d^approvlsionaerneats, et les tmena à l'Éelose» où leur cargaison toi vendue. Voy . Despars.

(1) Registres des consanx de Tournai.

(t) Yoy. les ordonnances, aoz arctalTes générales de Belgique.

m HISTOIRB OU COimSRCB

de SCS adhérents, amena de l'artillerie devant la maison des forgerons, où ces derniers s'étaient renfermés avec les tisserands, les meuniers et les cordooniers, et les obligea à la soumission.

Ces troubles n'étaient pas encore apaisés, que déjh les hommes d'armes du duc entraient par surprise dans le château Selles, près de Cambrai, pendant que Louis XI faisait attaquer la Bourgogne avec des forces imposantes. Maximilien, désireux de relever son crédit par quelque brillant exploit» assembla une armée de vingt-sept mille combattants, et, se mettant en marche le 27 juillet 1479, arriva devant Therouenne, défendue par le sire de Saint-André. li avait commencé le siège de cette ville, lorsqu'on lui annonça rapproche des Français, qui venaient à sa rencontre par Guinegate, au nombre de dixhuit cents lances et de quatorze mille archers. La bataille s'engagea vers deux heures de Taprès-midi, avec le plus grand acharnement. La cavalerie bourguignonne, attaquée avec vigueur, fut rompue dès le commencement de l'action, mais les gens de pied, commandés par le comte de Romont, le comte de Nassau et le duc Maximilien lui-même, restèrent inébranlables derrière leurs longues piques, et finirent par repousser Tennemi avec grand carnage (1). Le camp des Français fut pillé, et le sire d'Esquerdes, leur chef, se retira à Blangy, où il appela en toute hâte une partie des gens qui lui restaient à Hesdin et dans les autres garnisons.

La fortuno semblait se déclarer de nouveau pour la maison de Bourgogne. Pendant que les fantassins flamands soutenaient leur vieille réputation à Guinegate, la veuve de Charles le Hardi décidait Edouard IV à secourir Maximilien, et jetait les bases d'une ligue contre la France, menacée par les forces réunies des Pays-Bas, de l'Angleterre et de la Bretagne (2). Les in-

(1) Toy. Registre de la coUace de Gand, où il est dit que le duc fut redevable de tous ses succès c MdehUÊlIpe van dm «oe^ftanjwrsvwi Floaubmi. »

(2) Rappelons Ici, en passant, un fait asses curieux relaUf à lliistoire de

ragriculturc dans nos provinces. Durant le séjour de la duchesse douairière à Londres, le roi Edouard lui oclroya la permission de faire exporter annuellement sans payer de droits, sa vie durant, mille bœufs et deux mille béliers

ET D£ LA MARliKE £M BELGIQUE.

trigues de Louis XI, qui pensionnait plusieurs des membres du conseil anglais, l'irrésolution des Bretons, et les mouvements séditieux qui bouleversaient en ce moment la Hollande, firent échouer ces projets. Une nouvelle trêve fut conclue entre les bcUij^érants, le 27 août 1480, au j^raud mécontentement des populations, qui désiraient, non une suspension d'armes, mais une paix durable et sincère.

L'iiiver fut exceptionnellement rigoureux, et le haut prix des grains vint encore augmenter l'irritation puldique. La misère régnait ii Bruges (1), si opulente cncoïc quehiues années auparavant, et bien que cette ville eût reçu tout récemment le privilège de tenir deux grandes foires annuelles, elle se voyait désertée peu h peu par les marchands, qui allaient s'établir à Amsterdam et b. Anvers (2). Une dispute ayant surgi entre les liabitaiits d'Ostende et ceux de Damme, au sujet de certaine marque apposée par les premiers sur les tonnes de harengs en caque qu'ils mettaient en vente, et dont les ^ens de Damme réclamaient l'usage exclusif (3), les Brugeois en prulilèrent pour faire valoir un droit d'étape sur ces produits. Les Ostendais résistèrent de tout leur pouvoir li de telles exigences, rappelant les pertes qu'ils avaient subies en l iTT par suite des ravages de la mer (4), et faisant remarquer rinconséquence qu'il y aurait à entraver un commerce, qu'o» s'ellorçait d'un

pcipr la Hollande cl la Zélande. Louis XI faisait venir de Flandre, vers le m6me temps, de3 vaches et une laitière, et les établissait au Plessis, où il faisait faire sous ses yeux le beurre et le fromage.

(1) Un chroniqueur rapporte qu'une distribution gratuite de pains, annonct'o à Brujj;es le Î9 septembre l iSl, attira tant de monde devant la maison mui Uiain; d'un des l)ourgcuis delà ville, Nicolas Yan NieuwenhoTe,que sept personnes y périrent étouffées.

(S) Un édit avait été publié à Bruges, le ili mai 1477, ordonnant ù tous ceox qui s'étaient rendus à Anvers de revenir en Flandre, endéans les trois jours, sous peine d*une amende de 300 livres pariais. Yoy. Gailliard, De ambachten en neringen van Brugge, Bruges, 1854, 1 vol, in-8', p. ISS.

(3) F. Van de Pntte, pêche des hareng:?"sur les côtes de Flandre au moyen âge, dans les Annales de lu Hociéié d'émulaliout 2' série, 1. 111, p. 339 et suiv. an. 18ia.

(4^ La vieille ville fut engloutie à cette époque.

m HISTOIRE DU GOmiBRCB

autre côté de protéger en levant une taxe sur les harengs étrangers (1).

La duchesse ^larie, que les Gantois et les Flamands avaient si durement traitée à la mort de son père, avait, durant les quatre années qui venaient de s'écouler, beaucoup gagné dans leur fiaiveur et leur affection. Elle se trouvait à Bruges, dans les commencements de février 1482, lorsqu'un jour, en chassant le héron aux environs de cette ville, elle tomba de cheval et se fit une dangereuse blessure. On ne crut pas d'abord que sa vie fût en péril, mais le mal empira, devint incurable, et la duchesse trépassa, le 27 mars, à l'âge de vingt-cinq ans.

Les États de Flandre, convoqués extraordinairement dès le mois suivant, se montrèrent peu disposés à reconnaître Maxi* • milien d'Autriche en qualité de tuteur de ses deux enfants, Philippe et Marguerite. Pressés de prendre une décision, ils annoncèrent enfin, après en avoir délibéré à Gand, qu'ils entendaient que la tutelle fut déclarée amovible, ajoutant qu'ils n'accorderaient cette charge au prince qu'à condition qu'il leur jurât de se conduire d'après leurs conseils, et de ne rien entreprendre sans leur consentement. Le duc, plein de dépit, partit aussitôt pour Bru-^^cs pour y faire de nouvelles démarches, mais sans plus de succès. La plupart des villes flamandes s'étant prononcées contre lui, il résolut de mettre à profit les rivalités commerciales qui existaient entre les Belges et les Hollandais, et, s'étant rendu en Frise et en Zélande, en ramena une flotte de luO navires, avec laquelle il tenta de s'emparer du port de l'Écluse. L'entreprise ayant échoué, malgré l'appui du comte Engelbert de Nassau, de Jacques de Ghistelle et de Philippe Van Huerne, quelques-uns des hommes d'armes du duc se répandirent dans Cadzant et Sainte-Anne-ter-Muyden, qu*ils se mirent à piller. Le comte de Romont, informé de ce qui se passait, accourut avec une troupe de Flamands, rassemblés à la hâte, et attaqua si vivement les assaillants, qu'ils les força à se rembarquer.

C'était le commencement d'une guerre civile, et Maximilien

(1) Les hart^ngs importés de Hollande étaient frappés en Flandre d'un droit de deux sols, six dealers par lasl.

, Oigiti^ed by Coogle

ET DE Lk MAAINB EN BELGIQUE. SQ9

manquait des ressources nécessaires pour la mener à bonne fin. Sa volumineuse correspondance avec les agents du fisc, qui nous a été conservée en partie, nous révèle combien ses finances étaient embarrassées en ce moment (1). Il jugea donc à propos d'accéder aux exigences des villes de Flandre, et approuva le traité que les délégués des communes négociaient alors avec la France.

Ce traité, ratifié le 23 décembre 1482, rétablissait la paix entre les deux pays. Il fut convenu que le dauphin épouserait Marguerite d'Autriche, lorsque celle-ci serait en âge d'être

. mariée, et recevrait en dot les comtés d'Artois et de Bourgogne, les seigneuries de Maçon, d'Auxerre, de Salins, de Bar-sur- Seine et de Noyers. Le roi, de son côté, renonçait à tous ses droits sur Lille, Douai et Orchies, dont la possession avait foit l'objet de tant de débats. H s'engageait de plus, sur la demande des marchands belges, à diminuer Teffectif des garnisons qu'il maintenait aux frontières, et dont on avait appris à craindre les exactions. Les navires de commerce devaient être librement admis dans les ports français et flamands, et y décharger leurs cargaisons,'sans être inquiétés, sous la protection des lois.

. Philippe d'Autriche, alors âgé de cinq ans, fut reconnu à Gand, en qualité de comte de Flandre, le iO janvier 1483. On lui donna pour tuteurs Jacques de Savoie, comte de Romont; Adolphe de Clèvcs, sire de Ravesteyn; Adolphe de Borsele, seigneur de Ter-Vere et mcssire Pliilippe de Bourgogne, fils d'Antoine, dit le grand bâtard. L'archiduc Maximilien — car il reçut ce nom à partir de cette époque — ne s'était pas soumis sans arrière-pensée h la volonté des Étals. Parcourant les provinces où l'on avait reconnu son autorité, il reparut bientôt avec une armée, arriva le T6 février près de Lille, d'où il partit pour Bruges dans l'espoir de surprendre cette ville. Trompé dans son attente, il se contenta de faire ravager les campagnes, et après une tentative inutile surl'Ëcluse, se retira euBrabaat.

(1) II De parvenait à couvrir ses dépenses qu*en multipliant les emprunts, et traitait avec des asuriers lombards, vénitiens, florentins ol espagnols f qui l'aidaient en ses grans et extrêmes nécessités, au Irait de dix par cent pour demi an. > .

910 HISTOIBB DU COMMERCB

Un assez grand nombre de navires marchands ayant abordé à Ostende, de nouvelles querelles surgirent, en 1483, entre cette commune et les Brugeois. Ces derniers se liguèrent avec les habitants de Nieuport, de Damme, de l'Écluse, et présentèrent une requête aux députés des trois membres de Flandre, leur demandant de mettre fin aux entreprises des Ostendais en comblant leur port : « Il serait r^rettable, » disaient les pétitionnaires, <c de voir trois ou quatre très bonnes villes, qui, au « dernier transport arrêté à Oudenbourg en 1408, ont été <c taxées dans les charges de la Flandre, savoir : Damme, à ce neuf escalins; l*Ëcluse, à quarante escalins et Nieuport à <K quatorze escalins par cent livres de gros, être ruinées pour « une commune entièrement ouverte et sans défense, qui <c n'entre dans ces dépenses publiques que pour deux escalins » six deniers, et dont le salut dépend d'une simple digue. »

Les Ostendais objectèrent « que leur cité était noble, privilégiée et beaucoup plus ancienne que Damme et l'Écluse. » Us firent remarquer en outre, comme il était question de leur interdire le commerce des harengs, qu'ils avaient toujours été aussi experts à la pêche que les plaignants, et rappelaient qu*un de leurs concitoyens, Jacques Kien, avait été . l*un des premiers, après Gilles Beukels, à mettre les harengs ' en caque.

n iiîllut bientôt renoncer à ces misérables débats, pour sauver des intérêts plus importants. Le conseil de régence venait d'entrer en fonctions, lorsqu'on apprit que Maximilîen ayant réuni quatre cents chevaux et seize cents fantassins, s'était fôit ouvrir les portes de Termonde et d'Âudenarde, et se trouvait maître de ces deux localités. Les Anversois, dont la prospérité grandissait à mesure que celle de Bruges penchait vers son déclin, prêtaient leur appui au prince, qui les favorisait de tout son pouvoir. La bourse d'Anvers était de plus en plus flréquentée, et tout s'y passait dans le plus grand ordre, surtout depuis la publication des règlements promulgués par les magistrats en octobre 1478 (1). Pendant que les villes de Flandre réparaient leurs fortifications, et organisaient leurs moyens de

(1) Papèbrocb, Ami. Anlv. tomll, p. 18S.

ETBE là lURIME EN BELGIQUE.

défense, les négociants d'Ânvers, sqr Tinvilation de l'écoutête Jean de Ranst, se fonnaient en collège et se donnaient des chefs.

Tout boui:geois, se livrant au commerce d'exportation, tant par mer que par terre, pouvait foire partie de cette compagnie. D fut convenu que les membres de la corporation, réunis en assemblée générale, présenteraient la première année de leur existence, une liste comprenant les noms de huit personnes, élues à la pluralité des voix, parmi lesquelles Técoutête choisirait les quatre gouverneurs de la nation des marchands (^Anvers. Le plus âgé de ces magistrats devait être éliminé, au bout de douze mois, pour être riemplacé par un nouveau gouverneur, également désigné par Técoutête, d*entre deux notables ayant obtenu les su£Erages de la corporation. Ces quatre chefs étaient chargés du maniement de capitaux assez considérables, produits* des cotisations, et destinés à servir la cause commune dans tous les cas où une action collective serait jugée nécessaire.

Quelques vaisseaux brabançons, commandés par le bâtard de Baenst, jetèrent Tancre le 15 janvier 1485 dans les environs de Gatemisse.' Leurs équipages descendirent à terre, errèrent dans les campagnes voisines et mirent le feu aux villages de Wulpen et de Saftingen. Le succès de cette expédition décida Jacques de Ghistelle à remonter le Zwyn avec une quantité de navires, et à se présenter inopinément devant le château de l'Écluse qu'il ne parvint néanmoins à surprendre, grâce aux sages précautions de Philippe de Glèves, conmiandant de cette forteresse. Ghistelle et ses gens, furieuse de l'échec qu'ils venaient d'éprouver, se jetèrent sur les bourgs de Sainte-Ânnetef-Muyden, deKnocke et de Heyst, qu'ils mirent en ruines. Jean de Ranst attaquait vers le même temps le fort de Galloo, s'en emparait et l'entrait en triomphe à Anvers avec soixante pièces d'artillerie saisies sur l'ennemi.

La situation devenait intolérable, et les Brugeois annoncèrent enfin l'intention de traiter avec fifaximilien, auquel ils en^ voyèrent des députés. Ils durent s'engager à lui abandonner la tutelle de ses enfants et à lui remettre, à titre d'indemnité de* guerre, telle somme de deniers que les trois membres de

2ii

HISTOIRE DU CÛMMLUCE

Flandre jugeraient convenable de lui attribuer, à condition néanmoins que le paiement en fttt réglé d6 manière à ne pas obérer la commune. On sévit bientôt d'accord ; rarchiduc entra au port de l'Écluse avec quelques navires, proclama une amnistie générale, et, s'étant rendu à Bruges, y fut reçu avec de grandes démonstrations de joie. Gand et Ypres se soumirent également, et une paix générale fut signée entre tous les partis, le 23 juin 1483.

Le riche comté de Flandre, qui fournissait au trésor public près d'uti tiers de ses recettes (1), déclinait sensiblement

Ses ressources financières diminuant d'année en année, on y suppléait en levant des impôts successifs sur le commerce, dont ces mesures intempestives achevaient la ruine (2). L'agriculture n'y était point dans un état plus florissant; 500 vaches et 300 chevaux, enlevés aux paysans flamands par une troupe d'hommes d'armes de la suite de l'arcliiduc, avaient été veudus publiquement h Anvers, en mai 1435.

Tandis que Jacques de Ghistelle se distinguait comme chef d*escadre, un de ses parents, seigneur d'Axel et échevln de

(1) £q 1475, le produit des taxes était évalué de la manière suivante : Dans le duché et comté de Bourgogne. 97,400 livres toumols.

En Brabanl 12,734 »

Dans le Luxembourg 1,180 •

En Gueldrc 13,885 •

En Hollande 14,300 »

En Zélande f,688 »

Bn Artois 17,688 »

Dans le comté de Hafpaut 12,199 •

Dans le pays de Mamnr 5,936 »

Bn Flandre 42,390 »

Formant an total de. . . 150,412 livres tournois.

La réitartition des contribntions resta invariable, en Flandre, de 1408 à 1515, malgré les changements que le temps et les évâiements introduisirent dans le pays.

(2) La ville de Bruges, dont les finances étaient grevées d'une dette arriérée de 14,000 livres de gros en 1475, chercha à combler ce déficit en créant chaque année 200 livres de gros de rente viagère, et augmenta l'impOt de la bière forte de quatre gros par tonne; on mit aussi devz gros sur le vin, etc., etc.

ET DB Ll MARINE EN BELGIQUE. tl3

Gand, se rendait en Italie, visitait la Terre Sainte, l'Éi^^ypte, les îles de l'Archipel, Tripoli, Tunis, la Corse, la Snrdaigne, et revenait à Anvers après une absence de plusieurs années. Il était accompagné dans ce voyage par Jean Van Coningstant, son chapelain; Joris de Ghistelle, Jean de Vaernewyck et Joris Palynck. La relation de ses aventures, publiée à Bruges en 1572 (1), renferme beaucoup d'indications sur les contrées qu'il parcourut, ainsi que sur leurs iiabitants. Un autre Belge, Rolef Huysmann, plus connu sous le nom de Rodolphus Agricola, assistait vers le même temps aux levons de Théodore de Gaze, îj Terrare, devenait son zélé sectateur et, de retour dans les Pays-Bas acquérait une brillante renommée comme professeur de dialectique, non seulement en Belgique, mais en Hollande et en Allemagne.

Durant la guerre maritime dont nous avons rapporté plus haut quelques épisodes, et qui avait occasionné tant de maux aux habitants de notre littoral, les Ostendais n'étaient pas restés oisifs. Ils avaient suivi la bannière de Bruges, et s'en voyaient punis par la perte de tous leurs privilèges, particulièrement de ceux relatifs aux droits de pèche, transmis par le prince aux habitants de Nieuport. Ils ne cherchaient qu'une occasion de nuire h leurs voisins, lorsqu'ils reçurent la nouvelle qu'une tloUe, composée de douze vaisseaux de guerre et d'un certain nombre d'embarcations, chargés d'objets précieux appartenant à Maxiniilien, se préparait h quitter Nieuport pour se rendre à Anvers. Ils équipèrent aussitôt une centaine de barques, attendirent leurs ennemis à quelque distance du port, leur livrèrent bataille, capturèrent leurs nefs et les couduisirent à Ostende, le 16 janvier \ m.

L*archiduc, qui se trouvait alors en Allemagne, où il venait de se faire élire roi des Romains, revint en Belgique à la fin du mois d'avril, accompagné de l'empereur Frédéric. Ils amenèrent le jeune duc Philippe à Bruxelles, et accordèrent à cette occasion deux foires franches à cette ville (2).

(1) Cet ouvrage fut composé par un de ceux qui le suivirent en Orient, le prêtre Antoine Zecboul.

(S) Barlet, E$sai iw VmtMn ànemmerce et i$ f^Mmrit, Liège, ms.

BUT. BD COMlUtACB, T. II. 14

HISTOIRB DO COIIMERCS

Six mille Anglais, envoyés par Henri VII h Maximilien, débarquèrent à Kiciiport le 16 juin 1486 et recurent l'ordre de marcher sur Oslende, ce qu'ils firent, mais pour se retirer aussitôt. Quelques soldais appartenant h la garnison de la place, se présentèrent alors i\ Daniel Van Praet, sir de Mccrwcde, commandant d'une compagnie au service du roi des Romains, et lui ofififirent de lui ouvrir les portes de la cité, s'il consentait à changer de drapeau et à s*unir aux Flamands. La proposition ayant été acceptée, les gens du roi furent introduits eh ville, mais, au lieu de se joindre à ses défenseurs, ils procédèrent immédiatement à Tarrestation des bourgeois les plus influents, qu'ils envoyèrent à Nieuport, et prirent possession d*Ostende au nom de leur souverain.

■ Les Ostendais, dans leur détresse, réclamèrent secrètement Fappui des officiers de Charles VII, qui avait succédé à Louis XI, le 30 août 1483. L*armée française, s'étant avancée jusqu'à Ypres, vînt en effet dégager Ostende, qu'elle abandonna au mois de juillet suivant, en n'y laissant qu'une foible garnison. L'ennemi profita aussitôt de cette circonstance, sortit de Nieuport, et, étant entré dans la place, la livra au pillage et y fit mettre le feu. Elle ne se releva de ce désastre que longtemps .après, en 1493, époque ii laquelle son nom reparaît de nouveau dans nos annales maritimes, pour y figurer dès lors avec éclat*

Le commerce languissait partout en Belgique, sauf à Anvers, et nous ne trouvons, durant Tannée 1486, qu'une seule ordonnance de Maximilien ayant quelque rapport h nos transactions mercantiles : il augmenta, le 14 mars, les privilèges des tisserands de lîruges (1).

Son décret sur les amirautés, rendu le 8 janvier 1487, mérite d'être rapporté, bien qu'il ne fît que consacrer des principes déjà admis précédemment, car il servit de base, pendant assez longtemps, à l'organisation de la marine nationale.

Il fut réglé que Tumiral serait considéré comme le lieutenant

(1) 11 permit à tout tisserand qui préparait, îi domicilf^, la laine dont il faisait usa{?c, de s'adjoindre deux aides ; ceux qui faisaient travailler la matière première par autrui ne pouvaieut employer qu'un ouvrier. Gailliard^Am^aciktm A'eeringhen, p. 43.

général du prince sur les mers. Tl était appelé, en cette qualité, à juger de tous délits commis {\ bord des navires ou sur les plages, en paix comme en guerre. Personne ne pouvait armer une embarcation sans en avoir rcru licence de l'amiral, qui ne devait l'accorder qu'à des gens connus, en leur faisant promettre de ne diriger leurs i'orces que contre les ennemis de leur souverain. Les prisonniers étaient remis aux mains de l'amiral ou de son représentant, ainsi que les biens des alliés du prince, trouves à boi*d des navires capturés, dont la restitution pure et simple était ordonnée. L'amiral prélevait un dixième du produit de toute prise, laite par les corsaires nmnis de ses lettres de marque, et les vaisseaux de ceux-ci devaient porteries baïuiiéres, lespennons et les étendards de l'amirauté.

L'amiral pouvait se donner, où il lui plaisait, un lieutenant et autres olficiers de justice, pour fiiire juger plus rapidement les causes en litige. 11 conservait le droit de révoquer la sentence prononcée par ceux-ci, et ne reconnaissait lui-môme d'autre autorité que celle du souverain, qui seul se réservait le pouvoir de réformer les décisions de l'amiral. Ce dernier, en cas de guerre, avait la garde des côtes et des fanaux, qu'il était chargé de préserver de tous dommages (1).

En même temps que cette ordonnance, on vit paraître la nomination de Philippe de Bourgogne, descendant d'un fils bâtard du duc de ce nom, en qualité d'amiral.

Les Français ayant repris les hostilités contre Maximilien, espérant protlter de la position dangereuse dans laquelle il se trouvait, ce prince se vit forcé de demander, en 1487, l'autorisation de lever, durant trois ans, une somme de neuf cent mille couronnes d'or pour terminer la guerre. Les États de Flandre, réunis h cet effet, lui refusèrent ce subside, désirant conserver la neutralité, et s'en tenir à la paix conclue à Arras en 1482.

(1) Yoy. ITc» Grool Koftfcool^, d. lY, bl. 1820, et le Ucueii van Plakkaafm, betreffende de zeeiaken, d. III, bl. 1 .

n existe aussi des lettres patentes de Pan 1477, connues sous le nom de

< grand privilège, » ordonnant la restitution des objets naufragés» nonobstant les édils qui les adjuf?oalcnt au fisc, mais dont les dispositions ne furent pas respectées. Les linances des successeurs de la duchesse Marie étaient en trop mauvais élat pour en permettre l'exécution.

IW HISTOIBS DU OOUŒRGK

Les circonstances étaient peu favorables, en effet, pour réclamer du peuple de nouveaux sacrifices. La Flandre se débattait contre une crise commerciale et industrielle, résultant de l'état incertain des affaires publiques; le Hainaut et le pays de Namur, soumis à la même influence, en souffraient également, tandis qu'une maladie contagieuse décimait les populations brabançonnes (1).

Des troubles éclatèrent à Gand, au commencement de l'hiver, et les doyens des métiers, retrouvant une partie de leur ancienne énergie, réclamèrent hautement qu'on retirât la tutelle au roi des Romains, et envoyèrent une députation aux Brugeois pour les exciter à la révolte.

Maximilien, apprenant que des bandes gantoises s'étateat avancées jusqu'aux portes d'Anvers, de Bruxelles et de Gourtrai, se hâta de retourner en Flandre, et arriva à Bruges, le 16 décembre 1487. Après avoir appelé la guerre civile en lançant une proclamation sanguinaire contre les séditieux, dont il mit la tête À prix, il fit publier que les marchands de toutes nations qui rentreraient dans la cité flamande, après un délai de neuf mois, y jouiraient d'une entière liberté de commerce, sans être soumis à aucune charge. Ge décret ne ramena personne, car nul ne se souciait d'exposer sa personne et ses biens aux violences des soldats allemands que le prince entraînait à sa suite.

La désolation régnait dans cette commune célèbre, jusqu'alors l'une des métropoles du commerce, et ses babitants, indignés des excès commis par la garnison, s'écriaient en parcourant les rues le jour de Noël : « 0 belle ville marcliande, vous devenez un repaire de brigands! Que Dieu y pourvoie et DOLis fasse grâce ! »

Le ['2 janvier 1488, le roi des Romains, inquiet lui-même du rapide déclin de sa puissance affaiblie, assembla les doyens et les hooftmans de Bruges à l'Hôtel des écbevins. li leur fit connaître l'état de ses négociations avec les Gantois, réclama

(1) Près de 40,000 personnes, dit un chroniqueur, périrent à Bruxelles en 148G. Ce chiffre paraît cependant exagéié, eu égard à la population de la ville à cette époque.

ET DE Là MARINE EN BELGIQUE. ' StT

leurs bons offices auprès d'eux, un contingent de doux mille hommes, et une somme d*argent pour défendre les frontières contre les Français. Ces deux dernières demandes ayant été rejetées, les représentants de la commune insistèrent à leur tour pour obtenir le renvoi des troupes étrangères. Une nouvelle réunion eut lieu, mais sans plus de résultat. Maximilien, qui avait fait lever un corps de cavalerie en Hainaut, se décida à tenter un coup bardi, et à se rendre maître de Bruges.

Le 31 janvier, vers le milieu du jour, les reîtres allemands se rangent en ordre de bataille dans la cour de Tbôtel royal, et le sire de Gaesbeke, à la tête des cavaliers hennuyers, reçoit rordre de se présenter immédiatement à Tune des portes de la

ville, et d'y faire son entrée. Le roi des Romains lui-même, accompagné du bourgmestre Jean de Nieuwenliove et d'un petit nombre de serviteurs, se dirige vers la poterne des Maréchaux et cherche à se la faire ouvrir. Repoussé de se côté, il est plus heureux h la porte Sainte-Catherine, sort de la cilé, et y rentre bientôt pour en faire garder l'une des issues. Quelques bourgeois, devinant ses intentions, se répandent cependant dans les rues, criant h la trahison; le tocsin sonne dans toutes les églises; les métiers courent aux armes; l'irritation populaire croît de moment en moment, et, au bout de quelques heures, Maximilien, assiégé dans son hôtel, se voyait dans l'impossibilité de quitter la ville, tandis que cinquante-deux bannières flottaient dans les halles, où les doyens et les hooftmans stationnaient avec quarante-neuf pièces d'artillerie.

La captivité du roi des Romains, transféré au Craenenburg par ordre des magistrats, ne mit point fin à la lutte. Ses lieutenants continuèrent à tenir la campagne, tandis que les Brugeois recevaient une députation gantoise, et s'adressaient aux ttats de Flandre pour en réclamer de promptes mesures en txmxf du commerce.

cr n est important, disaient-ils, de rappeller le plus tôt possible les marchands étrangers, et, pour atteindre ce but, il iliut autoriser les négociants anglais à vendre à Bruges, comme autrefois, leurs sacs de laines, et mettre en liberté ceux d'entre eux qui ont été arrêtés, prolonger la foire, créer dans tout le

BISTOIRE DU COMMERCE

pays une monnaie uuiforme et favoriser l'importation des matières premières. »

Pendant qu'on discatait ces projets, les Allemands s'emparaient de l'Écluse, avec l'aide du margrave d'Anvers, et en faisaient obstruer le port. Les Bnigeois, atterrës d'un tel désastre, commencèrent à élever la voix en faveur de la paix. Ils se montraient d'autant plus pressants qu'ils craignaient de perdre Damme, devant laquelle le capitaine Salazar venait de se présenter avec une flotille de bateaux plats rassemblés à Termonde. Leur influence finit par l'emporter aux États, malgré l'opposition* des Gantois, et un accord Ait enfin conclu et juré entre les belligérants, le 16 mai 1488.

Les communes promettaient de rendre immédiatement la liberté au roi des Romains, qui, de son côté, renonçait à la Mambournie, adhérait au traité d'Arras, et assurait les marchands flamands de son entière protection, en quelque pays qu'ils allassent porter leur trafic. Les garnisons étrangères devaient être congédiées dans un délai de quatre jours, sauf à recevoir une indemnité de vingt-cinq mille livres, monnaie de Flandre, et le roi déclarait pardonner à tous ceux qui avaient pris part à son arrestation. Trois de ses principaux oflRciers, le comte de Hanau, le sire de Falckenstein et messire Philippe de Clèvcs, devaient rester comme otagci, afin de garantir l'exécution du traité.

Les promesses de Maximilien n'étaient rien moins que sincères, et il se vit h peine au milieu de ses Allemands que ceux-ci reprirent l'offensive avec vigueur. L'empereur Frédéric s'étaut avancé avec une armée jusqu'à Louvain, les deux princes vinrent metlre le siège devant la ville de Gand, dont les magistrats réclamèrent l'appui de la France. Le tocsin résonnait de nouveau dans les cités, dans les bourgs, dans les villages, lorsque Philippe de Clèves, protestant par sa loyauté contre la mauvaise foi qui était devenue le vice de ce temps, offrit ses services aux trois membres de Flandre, et fut nommé capitaine général de l'armée flamande. Un soulèvèment des habitants de l'Écluse, qui réussirent à expulser leur garnison, le rendît maître de cette place de guerre au moment où le roi des Romains préparait une expédition maritime contre la Flandre.

£T D£ LA MARINE £M BELGIQUE

Ce prince, après avoir fait de vains efforts pour se faire ouvrir les portes de Damme, arrive en effet devant Biervliet, îi quelque temps de là, h bord d'une flotte hollandaise. Repoussé par les habitants, après avoir perdu trois de ses plus beaux vaisseaux, il se disposait h renietlre b. la voile, lorsqu'il apprit qu'un navire bourguignon, chargé de draps, se trouvait en panne près de l'endroit dit leste waertgat, attendant un pilote. Deux bâtiments appartenant à la flotte royale furent aussitôt envoyés de ce côté, ayant chacun quatre-vingts soldats à bord, pour en opérer la capture. Ils amenaient déjà leur prise, lorsqu*un marin de l*Écluse, Guillaume de Goppelaere , les assaillit tout à coup avec quelques embarcations, et leur enleva, non seulement leurs prisonniers, mais les amena eux-mêmes à TËcluse, le .28 août 1488.

Cet exploit excita l'émulation des habitants de Heyst et de Blankenberghe, qui, unissant leurs forces à celles de leurs voisins, équipèrent quelques vaisseaux au commencement d*oc* tobre, et les envoyèrent contre Fennemi. Leur croisière lut des plus heureuses, car ils enlevèrent aux impériaux dix navires . chargés de vivres, ainsi qu'un grand bateau de commerce, portant des draps, de la laine et de i*éi^n.

Une circonstance imprévue permit bientôt aux Flamands de porter la guerre en Hollande. Deux mille bourgeois, commandés parle sire de Bréderode, se rendirent mattres de Rotterdam et de Weerden, et entrèrent en vainqueurs à Amsterdam, où ils trouvèrent un immense butin. Les chefs impériaux, informés de cet échec, firent partir de Nieuport une floLiille de dix bâtiments, qu'on y avait construits à grands frais, et qui amenait des troupes au roi des Romains. Elle se dirigeait à toutes voiles vers la Zélande, lorsque des corsaires ostendais lui donnèrent la cliasse, l'atteignirent, et lui firent éprouver une sanglante défaite.

Il serait trop long de rapporter, dans tous leurs détails les différentes phases de cette triste campagne. Pendant que les Brugeois se déballaient contre la ruine, l'étranger rendait encore hommage à leur réputation commerciale. Un acte du Parlement d*Ëcosse, en 1489, ordonna aux orfèvres de ce pays d'adopter les règlements des maîtres fondeurs belges, et de fabriquer de

HISTOIRE DU COUMERCB

la vaisselle d'argent de bon aloi, « ainsi qu'on le fait à Bruges. » Le gouvernement anglais, voyant le roi de France favoriser les communes flamandes, se décida h intervenir lui-môme dans le débat, en soutenant le parti de Maximilicn. Les menaces de Henri VII elfrayèrent les États, qui manifestèrent enfin le désir de reprendre les négociations. Des conférences eurent lieu au château de Montels, et un traité y fut signé le 30 octobre 1489, entre les députés des deux partis.

Ce traité, dont les conditions humiliantes étaient faites pour perpétuer le mécontentement public, ne pouvait être longtemps observé. Philippe de Clèves, qui s'était fortilié à l'Éçluse, refusa de s'y soumettre, et déclara qu'il ferait arrêter tous les navires qui se rendraient h Bruges. Le commerce ne se ranimait pas dans les bassins de la Reye. L'argent . était devenu si rare qu'il avait subi une hausse considérable : un patard représentait, en 1489, une valeur de trois patards et demi; un réal d'argent était estimé à quatorze patards ; un florin de Homes à trente trois patards (1). La situation s'aggrava à un tel point que les o£Giciers du prince, dans l'espoir d'y mettre un terme, se crurent obligés de proposer l'affaiblissement des espèces métalliques. Les trois menÀres de Flandre se réunirent pour y refuser leur consentement, mais quand on leur eut fait entendre que le Hainaut, la Hollande, la Zélande et beaucoup de villes et de communes y accédaient, ils y donnèrent à leur tour leur approbation, pourvu qu'on ne diminuât la monnaie d'argent que de moitié, et non des deux tiers comme on en avait le projet.

Cette restriction, ainsi que le refus des Flamands de mettre au billonlesécus d'orde France (2), amena de nouveaux troubles. Les troupes étrangères, alors cantonnées h Damnie, et dont on avait plusieurs fuis réclamé le licencieiiieul, recommencèrent à parcourir le pays. Le manque de vivres se lit Inentôt sentir à Bruges, où les partisans de Philippe de Clèves reprirent le dessus, se mirent en rapport avec les Gantois, et s'efforcèrent

(1) VanMctteren, fol. VI.

(i) Il avait été stipulé que les rebelles paieraient, en écus d*or, les amendes auxquelles Us avaient été condamnés.

ET DE LA MARIEE EN BELGIQUE

2ii

Tainemeiit de s'ouvrir une voie vers la mer eu perçant une digue vers la porte de GoollLercke, afin d'arriver à l'Écluse par le vieux canal. Obligés de se soumettre, après avoir lutté longtemps contre la toine, ils furent .condamnés à faire publier les règlements monétaires qu'ils avaient repoussés jusqu'alors, et à payer une amende de 1S0,00Û florins. 11 fallut, pour Tacquitter, majorer les taxes levées sur lès vins, les bières, le firoment, le seigle, l'avoine et les fèves, d'un escalin par livre de gros (1).

Philippe de Glèves, avec l'aide des Gantois, continuait cependant à se fojrtifier à l'Écluse , dont les entrepôts se transformaient rapidement en chantiers maritimes. Le comte de Nassau, à la sollicitation des Brugeois, résolut de l'en déloger, et fit marcher divers détachements vers Ardenbourg, SUnte-Anne Ter Muyden, Heyst et Lisseweghe, tandis que plusieurs vaisseaux de guerre recevaient l'ordre de se porter entre Biervliet et l'Écluse. Dixmude fiit pillée par les Gantois, et Ardenbourg par les gens du sire de Ravenstein, qui arrêtèrent en outre vingt bateaux chargés de blés, de vins et de fruits, attendus à Bruges. Le duc de Saxe arriva en ce moment avec des renforts et, poursuivant les projets du comte de Nassau, se présenta, le 28 juin 4492, à l'entrée du port de l'Écluse, qu'il fit bloquer par quatre grands navires de guerre, et une centaine d'embarcations de divers lonnn^^es. Le sire de Beveren et le sire de Melun, à la lêle de troupes nombreuses, se relraiiclitTeiit à Cadzant pour appuyer les opérations du duc. La présence de pareilles forces, auxquelles vinrent se joindre une douzaine de vaisseaux anf];lais , commandés par sir Edouard Poynings, engagea les Gantois h demander la paix. Philippe de Clèves, loin de suivre l'exemple de ses alliés, se mit ii battre monnaie dans la ville assiégée, et parvint îi capturer, malgré la présence d'une flotte iioslile, deux des navires ennemis, munis d'une forte artillerie. Ses soldats repoussaient les assaillants dans toutes les sorties, lorsqu'un accident déjoua tout à coup ses

(1) On perçut deux escalins, six gros, sur chaque mesure de froment ; un escalin, huit gros par mesare de seigle ; un escalin, quatre gros sur les fèves ; douze gros par mesure d^evoiiie.

prévisions, et donna la victoire aux impériaux. Le feu prit aux poudres des assiégés, et leurs canons cessèrent de répondre au feu de bombardes anglaises.

Telle était la haute renommée du sire de Clèves que, malgré la situation dillicile dans laquelle il se trouvait, il obtint une capitulation des plus honorables. S'il promettait tidélité à Maximilien et s'il lui remettait la ville de l'Écluse avec le petit château, il conservait du moins le grand château jusqu'à l'époque où le roi des Romains lui payerait une somme de quarante mille florins qui lui était due. On lui assurait de plus une pension de six mille florins, et tous ses biens précédemment confisqués lui étaient restitués (1).

Ainsi se termina cette longue guerre civile qui, pendant douze ans, avait rempli la Flandre de deuil, et où l'on ne retrouve plus, qu'nfTaiîtlie et chancelante, l'héroïque fermeté des communes llamandes. Maximilien témoigna au duc de Saxe, qui avait contribué plus que personne à y mettre un terme, combiep il appréciait l'étendue de ce service, en lui accordant la souveraineté héréditaire de la Frise (2).

Les Allemands, en entrant à l'Écluse, y trouvèrent plus de quarante navires de guerre, trente bâtiments plus légers, prêts à prendre la mer, et treize vaisseaux en voie de construction (3).

(1) Molincl, 2oi) ; Chrun. de Flandre, 113Î, f» DCLXXYI.

(2) Albcrlum, duceininiIitiaîSUfC,exactis beliis, pru mercede victoriarum snanimFrislie provincia donavil. Paalu« Languis, Ap, fSttoriwn, \, p. 882; 01. de la Marche ; Kervyn de Leltenhove, JKM. âe Ffondre, tom 8 liv. XYIIL

(8) YanXetteren.

GUAPIIM mi

Découvertes maritimes des Portugais et des Espagnols. — Vasquez de Gama et Christophe Colomb. — Premiers voyages en Amérique. — Martin Behaîm. — Usages maritimes flamands recommandés par Colomb. — La bulle d'Alexandre VI. — Vices du sjstttne culouial adopté par les Européens. — Conséquences économiques de la dccouverle de l'Amérique. — Décadence de Bruges et prospérité d'Anvers. — Un livre- journal au xvc siècle. — Rupture avec l'Angleterre. — Traité commercial avec Henri Yil. — Mariage de Philippe le Beau. — Le linge damassé de Courtrai. — Du commerce de l'alun. — Philippe de Clèves en Orient.

Les Flamands, après s'être imposé tant de sacrifices pour obtenir la paix, désiraient ardemment renouer leurs relations commerciales, si .longtemps interrompues par la guerre. Le port de Bruges , bien que moins accessible d*anné& en année par suite du rétrécissement du Zwyn, était encore ouvert à toutes les nations; les villes de Gand et d'Ypres possédaient toujours leur nombreuse et vaillante population ouvrière : tout faisait espérer en effet que les marchands étrangers afflueraient de nouveau vers la Flandre, et cicatriseraient, par leur industrie et leur activité, les blessures qu'elle avait reçues.

Ces vœux ne devaient point se réaliser. Dé brillantes découvertes, se succédant avec rapidité durant les dernières années da IV' siècle, allaient ouvrir des voies nouvelles au négoce et en modifier complètement les usages.

Les Italiens ou Lombards, fàmiliarisés de bonne heure à la

mSTOmE DU COMMERCE

navigation do la Méditerranée , étaient restés jusqu'alors en possession presque exclusive du commerce avec l'Asie. Ils avaient maintenu leurs établissements à Gonstantinople ainsi que sur los côtes de la mer Noire, et, se mettant en rapport avec les Brugeois, fournissaient à toute r£urope les riches produits des lies, les soieries, les gommes, les parfums, les pierres précieuses, qu'ils faisaient recueillir par leurs «agents. Les marcbandises de llnde, ainsi que nous Tavons déjà dit, nous arrivaient par le golfe Persique, FEuphrate, Vlndus, TOxus, et étaient dirigées vers les mers Caspienne et Méditerranée, d*oii elles se répandaient dans nos pays. Après la dél^ite des Arabes par le Soudan, ces voyages avaient été abrégés, sans cesser cependant d'occasionner de longs délais et des dépenses considérables. Les denrées d*Orieiit avaient été convoyées depuis lors par la mer Rouge, et dç là à dos de chameaux jusqu'aux rives du Nil, pour être débarquées enfin en Égypte, et remises aux Génois et aux Vénitiens.

Tel était encore Télat des affaires, lorsque le prince Henri de Portugal, ayant reçu par les Maures quelques renseignements sur la Guinée, conçut le projet d'ordonner une exploration de ce côté. Les ouvrages des anciens semblaient fournir la preuve qu'on pouvait faire le tour de l'Afrique pour arriver aux Indes. Eudoxus de Cyziquc avait navigué, afTirmait-on , de la mer Rouge dans l'Océan. L'expédition du Carlliaginois Hanno, qui, partant de Gibraltar, élail parvenu, d'après quelques-uns, en Arabie, se présentait également aux esprits. On opposait ii ces faits douteux l'opinion d'Hipparque, adoptée plus tard par Ptolomée, qui considérait les contrées africaines comme un vaste continent, se prolongeant vers le pôle sud et côtoyant la mer des Indes de manière h joindre l'Asie par delh le Gange.

Le prince Henri, mal secondé par ceux qu'il employait, ne recueillit point le fruit de ses travaux. Les marins portugais côtoyaient le rivage et se hasardaient rarement à une certaine distance en mer. Le cap Nord était ordinairement le terme de leurs entreprises. On croyait encore, d'ailleurs, que la terre était entourée à Téquateur par une zone torrkie, au dessus de laquelle le soleil poursuivait sa terrible course verticale, séparant les deux hémisphères par une région de feu. L'érection

ET DELA MABINE EN BELGIQUE

d'un collège naval, la révision des cartes marines et la création d'un observatoire à Sagres firent faire cependant de grands progrès à la navigation, et, quelques années après la mort du prince, Vasquez de Gama mettait les plans de celui-ci à exécution et, doublant le cap de Bonne-Espérance, voguail à pleines voiles dans l'Océan.

Tandis que les Portugais cherchaient à se frayer un passage vers les Moluques, Christophe Colomb, encore obscur et inconnu, arrivait à la cour de Lisbonne pour l'engager à faire les frais d'une expédition qui devait prendre une voie toute dilférente pour parvenir au même but. Il s'agissait de cingler sans cesse versTOuest, et de débarquer ainsi en Asie par un endroit ob personne ne pouvait encore avoir abordé. Cette idée audacieuse, soumise en 1474 au savant astronome florentin Toscanelli, avait été vivement soutenue par ce dernier, qui prétendait qu*on rencontrerait d'abord, en suivant cette route, l'Ile Antitle, puis le Gipangu ou Japon, et qu'on parviendrait de là inévitablement au littoral indien (1).

Le roi Jean de Portugal ayant repoussé les propositions de Ck)lomb, celui-ci se rendit en Espagne, s'assura la protection de Mendoza, archevêque de Tolède, et obtint enfin, après de pénibles négociations, le commandement de trois petits navires, avec lesquels il quitta les environs de Huelva le 3 août 4492. Deux des h;Uiments qui lui avaient été confiés, la Sauta Maria et la Piuta, étaient des caravelles, fort hautes à la proue et à la poupe, non pontées; le troisième, d'un tonnage encore plus médiocre, marchait îi l'aide des grandes voiles latines en usage dans la Méditerranée. On connaît les résultats de ce merveilleux voyage, dont les difficultés furent encore aggravées par les alarmantes variations de la boussole, ainsi que par les bruyantes clameurs d'un équipage mutiné, le 12 octobre 1492, au lever du jour, le vaillant marin génois arrivait à San Salvador, et plantait le drapeau castillan de l'autre côté de l'Atlantique.

Cet événement occupe une place si importante dans l'histoire

(1) Toscanclll traça même celte roule sur une carte. Yoy. Forster, AM. dèf iécoumus et dt» voya§ei fmU doM k Piord, iom. U, llv. 111.

HISTOIBB DU COimERCB

de la civilisation, que nous croyons ne pouvoir nous dispenser de rappeler brièvement les controverses auxquelles il a donné lieu. De nombreux auteurs, s'appuyant sur des témoip^nagcs , plus ou moins recommandables , ont contesté à Colomb la priorité de sa découverte. Sans parler des migrations des Chinois, que le savant de Guignes a essayé de démontrer» et qui paraissent avoir été dirigées plutôt vers le Japon que vers rAmérique (ij, Adam de Brème et Ortelius revendiquaient l'honneur, pour les peuples du nord de l'Europe, d*avoir débarqué les premiers dans le nouveau monde (2). Leur opinion, corroborée aujourd'hui par la publication d*une foule de documents, est d'autant plus probable qu'il est établi que le Groenland et rislande iùrent visités de bonne heure par les Norwégîens et les Danois (3). Les légendes indiennes, recueillies par les Espagnols, confirment d'ailleurs ces suppositions (4). Quoi qu'il en soit, ces tentatives étaient restées sans fruits et n'avaient guère laissé de trace dans les annales des nations européennes. Elles n'obscurcissent nullement la gloire de Colomb, si noblement justifiée par son génie et ses malheurs. Eût-il été précédé sur les plages du lointain Ouest, il n*en serait pas moins vrai qu'il donna le signal des grandes entreprises maritimes, si brillantes au et au xvi" siècles.

Les prétentions des Danois et des Norwégiens à la découverte du nouveau monde, ne sont pas les seules qui aient été présentées à l'opinion publique. M. Otto, de New- York, dans une lettre adressée au D' Franklin (o), allirme que Martin

(1) Yoy. une dissertation publiée à ce sujet par M. Klaproth, dans les Jfoii-

Vi^s annales des voyages.

(4) Adam de Brôme dans son Ilistoria ecclesiastica Ecclesiarum Hamburgensis et Brfmens/s, et Orloliiis dans le Thealrum Orbis terr arum ; \oy . aussi traité De AntiquiUHe Linguœ Belgicœ, de Mylius, Leyden, 1611; la dissertation de Hugo Grolius De Origine Genlium Americanarum^ Paris, 1642, 8 V, el l'excellent oovrage do professear Bafii sur les Anti^vitates Amerieeaug,

(8) R. H. Hayor, Select Uttm of Ckrittopha' Cohmhut, introd., p. IS.

(I) Les Atsèipies, par exemple, prétendaient avoir reçu lenr dTllisalion de deux personnages mystérieux, homme It femme, appartenant à la raee blanche; leurs Incas, disaient-ils, en descendaient.

(5) Yoy. les American Philosophical transactions, an,

ET DE LÀ MARiraS EN BELGIQI3E.

StT

Behaim, le beau-fils du sire de Mocrkerke, Josse Van Huerter, croisa dans l'océan Atlantique pendant plusieurs années, parvint jusqu'au détroit qui porte aujourd'hui le nom de Magellan, et fit part de ses observations au roi de Portugal, avant le départ de la Santa Maria et de la Pinta. Cette allégation a été vivement combattue par plusieurs écrivains, qui prétendent que Behaim se borna k visiter la côte d'Afrique. Un clironiqueur contemporain, Hartman Schedeî, rapporte que le célèbre eosmographe, étant dans l'océan du Sud, non loin de la côte» après avoir passé la Ligne, arriva dans uu autre hémisphère, où, en regardant à l'Est, on voyait Tombre des différents objets se projeter à main droite, vers le Midi, (c Les navigateurs» ajoute-t-il, découvrirent alors une terre inconnue, que les Génois avaient vainement cherchée jusqu'à ce jour (1). » Ce passage, au premier examen, ne paraît pas concluant, car les circonstances qu'il signale peuvent en effet s'être manifestées sur le littoral africain, mais il acquiert une grande valeur si l'on en rapproche diverses circonstances particulières, dont il nous reste à dire quelques mots.

La plupart des biographes de Colomb, parmi lesquels il nous suffira de citer l'habile et consciencieux Washington Irving, reconnaissent qu'il reçut d'utiles indications des habitants des Açores (2), et se trouva même en relations avec Martin Behaim. Un historien espagnol, Ant. de Tordesîllas-Herrera, nous apprend d'un autre côté que, lorsque Magellan s'en vint à la cour de Castille, en 1518, afin d'en obtenir les moyens de faire de nouvelles recherches, il s'appuya principalement sur les travaux du célèbre cosmographe, et principalement sur cer-

(1) Hii duo, bono dcorum auspicio, marc méridionale sulcantes, a Httore non longe evaganles, supcralo circulo equinocciali, in allcrum orbem eicepti sunt. Ubi ip sis slanlibus orientem versus, umbra ad mcridiem et tatram projlciébatttr. àperuêre igilur suSlindastriâ alium orbem iiactenus nobis ineognilum et maltto annis, a niiUis qnarn lanuensibus, licet frustra templatum.

(S) Des colons flamands et portugais, établis dans cestles, avaient reeaeiUi,

à différentes reprises des épaves jetées sur le rivage par la mer, et dont la nature singulière leur avait fait soupçonner l'existence, daos Tocéaa Atlantique, de vastes contrée^ encore inexplorées.

mSTOIRE DU COMMERCE

taine carte tracée par ce dernier et envoyée jadis au roi de Portugal (1).

On doit bien reconnaître que l'ensemble de ces faits — s'ils n'établissent pas d'une manière péremptoire les droits de Behaim à la découverte (Jle l'Amérique — sont assez clairement démontrés pour rendre toute question de priorité fort douteuse. Nous avons cru devoir les exposer avec quelques détails, car le savant Rurembourgcois appartient, sinon par sa. naissance, au moins par son mariage, à la Flandre. Il y fit un séjour assez long en 1494, par ordre du roi Jean II, et visita Anvers et Bruges. Colomb lui-même, d'ailleurs, rendit justice à Thabileté des navigateurs flamands, en recommandant aux princes espagnols d'adopter quelques-unes de leurs coutumes maritimes (S). L'un des ouvrages qu'il étudia avec le plus de soin, le Tfoctatu» de imagine mundi^ de Pierre d'Ailly, aujourd'hui conservé dans la cathédrale de Séville, sortait des presses de Jean de Westphalie, qui l'avait édité à Louvain vers 1480 (3).

(1) Les ministres espaprnols ayant intorropé Magellan sur le chemin qu'il prélendail suivre : « dezia que avia de ir à lomar el cabo de Santa Maria, « qoe es el rio de la Flala, y de alli seguir por la costa arriba, hasta topar « con el estrecho ; iva moy clerto de haliar el estrecbo, fxwfiie ooi'a «£fto uml t earta de nutrear que kizo Martin de Boh$mia, natwral dêlaitktiél Payais eoê- \ mografo de gran o-pinion, adonde se (omava mucha luz del estrecho. » Voy. Herrera, Dec. II , lib. Il, p. 294 On poiil encore consulter, sur cette question, inddpendammciU des ouvrages déjà cités, J. Jansen, dans Pigafetla, Premier voyage autour du monde, Paris, 1812; A. de Humboldt, Examen crilique, etc. ; DaniA Omeis, Dissertatio de claris quibusdam Norimbergensibus, Âlbd, 1708, in-4'; Pierre Bergeron, mtité de navigation, chap. VIII, p. iS, Leyde, 1729; Murr, DifXmatitehe (fesehichte des beriihmtenrilten Bekaim, Nurenberg, 1779 Robertson, Hist. de Charles-Quint ; ClSiderA, Investigatjlimet historicœf Madrid, 1791 ; Pieter Vander Aa, Yoifogien der Spanjaarden m Wini Indien, Leyde, in-fol., etc.

{2i Item : Tambien direisà Sus Altezas que mas provechoso es, y mènes Costa fletar los navios como los flelan los mercadcres para Flandes por toneladas que non de otra maneià ; por ende que yo vos di cargo de Helar a este respecte las dos carabelas que habels de cuviar; y asi se podra bacer

de lodas las ciras que Sus Altezas enviaren... Yoy. Mémorial que para los Reyes Catolicos dio el Almirante P. Crislobal Culoit, à 30 de Enero de 1494.

(3) Nous avons adopté la date indiquée par SernaSantaQder;nmaye mundt, d'après Lambinet, ne parut qu'en 1488,

ET DE LA MARl^iË EU BELGIQUE. ' ÎS9

L'heureuse issue des efforts héroïques de Yasquez de Gama et de Colomb, en lançant l*£urope dans la voie des conquêtes coloniales, soulevait une question de droit public des plus graves.

D*après une doctrine que les croisades avaient rendu populaire, les princes chrétiens se croyaient autorisés h envahir tout État occupé par des infidèles. On considérait comme un acte méritoire de prendre les armes contre les ennemis du Christ, et de contribuer, en forçant ces derniers à lui rendre hommage, à étendre la domination de l'Église. On reconnaissait siu pape, en vertu de ce principe, la faculté absolue de disposer de toute contrée payenne.

Usant de ce pouvoir, Martin V et ses successeurs avaient concédé à la couronne de Portugal toutes les terres existantes entre le cap Bajador et les Indes, donation dont les souverains catholiques d'Espagne, dans un traité conclu en 1479 avec les Portugais, avaient admis la validité. Ferdinand et Isabelle, au nom desquels Christophe Colomb tenait sa commission d'amiral, songèrent donc, immédiatement après son retour, h obtenir la sanction du pape Alexandre VI. Celui-ci, né sujet aragonais, se trouva dans une position difficile, car il n'était pas aisé de concilier cette demande avec les droits conférés précédemment. Il y parvint cependant, en traçant une ligne idéale du pôle nord au pôle sud, à cent lieues à Touest des Açores et des îles du Cap Vert, et en décidant que les terres découvertes à l'occident de cette ligne, et qui n'avaient pas été occupées par une puissance chrétienne avant la Noël précédente, seraient accordées à l'Espagne, tandis que toutes celles comprises dans la direction opposée demeureraient aux Portugais (1).

Quel système colonial les conquérants allaient-ils appliquer

à ce monde nouveau, ouvert à leur activité, et dont les merveilles séduisaient déjà toutes les imaginations?

Les Grecs et les Romains avaient également fondé de nombreux établissements à l'étranger, mais dans des conditions bien différentes. Les colonies grecques étaient peuplées, en effet,

(1) Yoy. une bulle du i mai 1198.

SôO

HISTOIRE BU GOMMERGB

de citoyens forces de s'expatrier par la violence des factions ou l'impossibilité de trouver une existence sullisautc dans leur pays. Elles jouissaient, par conséquent, d'une certaine indépendance, et plusieurs d'entre elles s'étaient développées au point de former de véritables empires. Les colonies romaines, tout en n'obtenant pas des libertés aussi étendues, n'étaient point soumises ii une législation spéciale, mais aux règlements appliqués dans la Métropole, qui les considérait comme des asiles pour les pauvres ou les mécontents, et des avant-postes militaires sur les frontières ennemies.

Les contemporains de Vasquez de Gama et de Colomb, en se préparant à prendre possession des vastes contrées dontrexistence venait de leur être révélée, étaient loin d'être animés d*un pareil esprit. Us ne songeaient qu*à faire fortune, non en fructifiant les ressources naturelles de leurs domaines transatlantiques, mais en dépouillant les populations indigènes, mises hors, la loi à cause de leurs croyances religieuses. La rapacité déployée par les aventuriers espagnols et portugais fut bientôt imitée par les gouvernements dont ils dépendaient, et tandis que les colons exploitaient les aborigènes èn les traitant avec la plus grande cruauté, les administrateurs publics inauguraient, au profit de l'Etat, le régime du monopole et de l'arbitraire pour mieux pressurer les colons. Cette déplorable erreur, trop longtemps accréditée en Europe, nous donne la raison dé rextrême lenteur avec laquelle les colonies espagnoles par^ vinrent à tirer parti de leurs immenses ressources (1). Un écrivain distingué, appartenant par sa naissance à la péninsule ibérique, don Bernard de Ulloa, a signalé, avec une grande lucidité, les conséquences qu*exercèrent, sur les destinées de ses compatriotes, leurs idées erronées concernant la production de la richesse :

« Quand nous nous vîmes maîtres, dit-il, du nouveau monde a et de ses mines, nous crûmes avec confiance que ce vain titre

(1) Les colonies dépendantes, dit J. B. Say, ont été toujours aussi mal habitées que mal gouvernées; on n'y va qu'avec l'esprit de retour, c'est à dire pour revenir dans la mere- patrie avec une fortune bica ou mal acquise.

ET DE LA MÂRINB EN BELGIQUE. S31

<c nous assurait à jamais la jouissance de ces trésors; il nous « sembla voir les nations» dans une humble dépendance, venir « chercher chez nous le supertlu de nos biens. Abusés parcette « flatteuse perspective, et satisfaits de la beauté et du bon mar^ «c ché des étofifes étrangères, nous abandonnâmes le soin de ce nos manufactures ; Tétranger profita d'une négligence si favo- <c rable à ses intérêts, et nous enleva bientôt, en augmentant le ce prix de ses produits, non seulement tout ce que les Indes «c nous avaient envoyé d*or et d'argent pendant plusieurs années, « mais même les matières précieuses de notre crû dont les «( manufactures ne pouvaient se passer (1). »

La hausse générale indiquée par M. Ulloa comme conséquence de la découverte de TAmérique, était toute naturelle. Le nombre des espèces métalliques, à partir du règne d'Auguste jus* qu'en 1482, avaient diminué — d'après des calculs faits avec soin — dans la proportion de neuf milliards à deux milliards de francs. La déperdition du numéraire ne s'arrêta pas là, car le capital en circulation, au ix« siècle, s'abaissa jusqu'à moins d'un milliard de francs, ou huit cent vingt-cinq millions. L'invasion des Arabes avait interrompu l'exploitation des principaux gîtes aurifères, et une grande quantité de métaux précieux allait, chaque année, grossir le trésor des églises. La colonisation du nouveau monde arrêta cette diminution. Les masses métalliques qui en furent exportées élevèrent, en peu d'années, le capital social h douze fois sa valeur primitive, surtout après l'ouverture des mines du Polose. L'industrie en reçut une vive impulsion, dont les Espagnols, toutefois, profitèrent beaucoup moins que les autres peuples.

Les Génois et les Vénitiens, en perdant le monopole du commerce avec les Indes, entraînaient les Brugeois, leurs principaux facteurs, dans leur ruine. Une foule de riches marchands se décidèrent alors à quitter Bruges, pour n'y plus revenir. La puissante famille des Fockers ou Fuggers, donna Tune des premières le signal du départ. Leur hôtel existait encore naguère,

(1) Don Bernard de \l\\ii^,IhkrétqiiiUmïMnt des manufactures et du commerce d*Espagne, p 3.

HISTOIRE DU COMMERCB

dans la rue dite Stcenhouwers-vest (l). Elle fut bientôt sume, dans rémigraiion, par les Wehcrs, dont les relations commerciales étaient des plus étendues, et par les négociants de Livourne et de Lacques, qui tous se rendirent à Anvers, où les Portugais se proposaient d'ouvrir leurs entrepôts. Les marchands espagnols eux-mêmes tentèrent d'aller se fixer dans cette dernière ville, mais, sur les réclamations des Bru^f^ois — qui envoyèrent Adrien Drabbe auprès de Ferdinand d'Aragon afin de solliciter leur retour — ils se virent forcés de modifier leur décision. Ils n'y consentirent pas cependant sans murmurer, car Anvers avait des titres puissants h la préférence des négociants, tant par son heureuse situation que par les droits et les privilèges dont on y jouissait. L'un des plus remarquables d'entre ces derniers accordait h la fennne d'un commerçant, au cas où celui-ci se trouvait dans l'impossibilité de satisfaire à ses obligations, la fiîcullé de prélever sa dot sur les biens de son mari, avant le paiement de toute autre créance. Cette disposition, source d'ailleurs de nombreux abus, contribua beaucoup h augmenter la population anversoise (2).

Bien que menacé dans son existence future, un commerce aussi considérable que celui qui s'était l'ail à Bruges jusqu'en ce moment devait garder longtemps une certaine activité.

On conserve en Écosse, au General Register House, un monument des plus curieux des échanges qui s'opéraient entre cette contrée et la Flandre, dans les dernières années du xv siècle. Il consiste en un registre, ou livre journal, tenu autrefois par André Halyburton, marchand écossais, de 1493 h 1503, renfermant d'intéressants détails sur les habitudes commerciales à cette époque. Chaque compte y commence pieusement par le nom de Jésus, et porte la marque particulière du marchand auquel il est destiné. Halyburton se livrait au commerce de commission, et nous envoyait des laines, du saumon et des

(1) Rempart des tailleurs de Pierre. La Fuggen-HuiSt oa «maison des FOg-

gers » fui Iranformée plus lard en atelier de menni'îerie.

[i) Van deu Bogaerde de ter Bi iigge, Kssai sur l'importance du commerce, de la navigaiion el de Vindustrie dans les provinces formani k royaume des Pays-- Bas, La llaye et Bruxelles, 1844.

cuirs, en retour de nos produits. Nous y lisons, entre autres choses, que Jean de Pennyeuik lui fit parvenir un portrait de Thomas Beckct, exécuté par un peintre brabançon (1).

Les relations de la Flandre avec l'Angleterre étaient toujours fort fréquentes, lorsque les intrigues de la duchesse douairière de Bourgogne, en faveur de Peterkin Wcrbecquo, qui — prétendant être le duc d'York et avoir échappé miraculeusement au poignard de James Tyrcll — disputait la couronne à Ueuri VII, amena une rupture entre les deux pays.

L'étape des laines anglaises fut transférée de Bruges à Calais, les marchands exilés de part et d'autre, et nos marins se virent de nouveau exposés à toutes les attaques. On chercha un remède à cette situation préjudiciable, et on le trouva en chargeant les négociants allemands du Stecl-Yard, à Londres, de la vente des marchandises belges (2). Cette intervention, qui ne paraissait

(1) Chambers, Eâinburgh papers, p. 1859.

(9) Pour avoir une Idée d^ 'Ia valear des importations en Angleterre à cette époqoe, on n*a qn*à consulter le tableau suivant, extrait des documents officiels :

One thousand efght hundred and tliirty two clotlis after

liv. fi value theclolh . 10,IM 0 0

■\Vhcrcof llic ciisloni amounts lo 91 IS 0

Threc hundred and ninelessevcn quinlals and Ihrce quar-

ters of wax, aller the value of 40 sh. the hundred, of

iiuintal 795 10 0

Whereof tlie custom is 19 17 0

One tliousand, eighl hundred and iwcnly nine tunns and

a half of Nvine, afu r 50 «il. value per luû » . . . . 8,959 0 0

Whereof Ihc cuslom is 18t 0 9

Llnen, clolh, mercery and grocery wares and ail other

mannerof mercbandize tl,9l8 9 19

Wbereof thecustomis 988 18 8.

Sum of the imbroughl commodilies in value and customs

Les exportations del'Anglelorro ri l'rtranger étalent beaucoup plus considérables, mais consistaient princiiialement en matières premières. Elle nous envoyait déjà cepcudaut beaucoup de draps.

pas de nature à soulever des difficultés, fut sur le point d'amener de sanglants conflits. Il s'était formé en Grande-Bretagne, dès le temps d'Édouard III, une compagnie de gens appartenant au haut négoce, qui ne s'occupaient que du trafic .avec les contrées d'Outre-Manctie. Comblés de faveurs par le roi Édouard, ils avaient reçus de nouveaux privilèges sous Henri lY, Henri Y, - Édôuard IV, Ricliard HI et Henri VII, durant le règne duquel ils étaient connus sous Tappellation de marchands aventurien. Ceux-ci, craignant que les Allemands ne les supplantassent, excitèrent la populace de Londres, qui se rua sur les entrepôts étrangers et les mit au pillage. On parvint heureusement à réprimer ces désordres, et à en punir les auteurs (1).

Ce fut dans ces circonstances, le 26 décembre 1494, que l'héritier de Marie de Bourgogne, Philippe d'Autriche, dit le Beau, fat inauguré en qualité de comte de Flandre. Fiancé l'année suivante à Jeanne d'Aragon, le souverain des Pays-Bas allait devenir, par ce mariage, le gendre de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille, les maîtres de ce vaste empire transatlanr tique, auquel on ne connaissait pas encore de bornes.

Les différends avec l'Angleterre réclamaient cependant une solution. Une ambassade solennelle, composée de Paul de Baenst, Jean de Courtewille, Thomas Portinari, Florent Hauweel et d'autres, fut envoyée à Londres, et y conclut, le 24 février 1495, une alliance commerciale entre les deux États.

Ce traité, appelé intereurius magms ou « grand entrecours » à cause de son importance, était plus complet que tous ceux qui avaient été débattus précédemment. H permettait aux sujets de Tarchidue et à ceux du roi de trafiquer librement, en Angleterre et dans les Pays-Bas, sans être soumis à se pourv^oir de passavants ou de passeports ; d'y importer toute espèce de marchandises, soit des laines, des cuirs, des vivres, des armes, des chevaux, des bijoux ou tous autres objets, en tous temps; d'y charger et d'y décharger leurs cargaisons sans obstacles, dans certains ports désignés. On y stipula que les marchands et mariniers auraient le droit, de part et d'autre, de se munir d'armes de guerre pour la défense de leurs navires, et même de débar-

(1) Macpherson, AwmUs ofwmmme, tom. II, p. 6.

ET D£ LA MARLNË ES BELGIQUE

quer lesdites armes, pour en garnir leur domicile, avec défense néanmoins de porter sur eux, durant leur séjour à terre, Fépée et le poignard.

La pêche était permise aux Belges comme aux Anglais, sur toute rétendue des côtes; la piraterie, sévèrement dcrcnduc, tout asile devant être refusé aux ëcumeurs de mer. Pour diminuer autant que possible le nombre de ceux-ci, les deux gouvernements s'engagèrent à exiger une caution de tout capitaine de barque, comme garantie de bonne conduite.

Les vaisseaux naviguant sous l'un et l'autre pavillon, forcés de chercher refuge dans tout autre port que clux ouverts au commerce, ne pouvaient y être molestés : il leur était iléfendu cependant d'y débarquer des marchandises, h moins d'absolue nécessité, sans en avoir fait prévenir les employés de la douane, et avoir obtenu leur consentement. Il fut convenu que les marchands et mariniers, sujets de l'archiduc ou du roi, recevraient l'injonction, en cas de guerre, de ne pas se charger du transport de marchandises appartenant aux ennemis de l'un ou de l'autre prince, sous peine de confiscation et d'autres pénalités.

En cas de bris ou de naufrage, la cargaison du navire perdu appartenait au domaine, à moiris que ses armateurs ne pussent prouver qu'un être vivant, soit même un animal domestique (1), eût survécu à la catastrophe; dans ce cas les objets trouvés devaient être restitués dans l'année.

Des locaux convenables étaient gai-antis aux trafiiiuants, dans chaque ville où ils avaient l'iiabitude de se rendre, avec jouissance des privilèges et des immunités dont ils s'y trouvaient en possession depuis cinquante ans. Il était enjoint aux agents douaniers, de l'un et de l'autre côté du déiroil, de remplir leur charge avec discrétion, sans gâter les marchandises présentées à inspection, ou rompre les caisses, les barils, les paquets ou les sacs qui les contenaient. Leur propriétaire ne pouvait être astreint i\ les vendre contre son gré.

Si un Anglais, établi dans les Pays-Bas, soupçonnait l'un de ses débiteurs de vouloir se soustraire, par la fuite, à des obligations dûment contractées, il avait le droit de réclamer cau-

(1) Bilher man, woman, cat, dog or code

HlSTOmE DU COmiERGS

tion de la partie adverse, et des avantages semblables étaient assurés aux Belges séjournaot en Angleterre, à Tégard des nationaux.

En cas de violences exercées en mer, de l'un ou de l'autre côté, les individus lésés ne devaient point se faire justice euxmêmes, solliciter des lettres de marque, user de représailles, et s'emparer de la personne ou des biens de leurs adversaires, les princes se réservant la connaissance de pareils procès. Les lettres de marque et de représailles étaient même supprimées» jusqu'à la réunion d'un nouveau congrès.

Les Anglais réclamaient le droit, par l'article XV du traité, de transporter librement, en transit, toute espèce de monnaies d'or et d'argent, et stipulaient enfin qu'on ne ferait usage, dans les transactions mercantiles, que des anciens poids, bien connus des marchands. La joie fut générale dans les Pays-Bas en apprenant l'heureuse issue de ces négociations. Quelques mois plus tard, en septembre 1496, la royale fiancée de Philippe le Beau débarquait en Zélande, avec une flotte de cent quatrevingts vaisseaux, faisait son entrée à Anvers, où un grand concours entre les chambres de rhétorique avait attiré une foule d'étrangers (1), et acceptait la main de l'archiduc, le 18 octobre, à Lierre, où les fêtes de leur mariage furent célébrées avec éclat (2).

L'activité commerciale se réveillait comme toujours avec le rétablissement de la tranquillité publique. Le plus ancien document où il soit question du linge damassé de Flandre, si remarquable par l'élégance et la beauté de son tissu, date de 1496. C'est un permis, octroyé par l'archiduc, d'élever une nouvelle fabrique de Un ouvragé, h Courtrai. Il est probable cependant qu'on n'y faisait encore que des dessins appelés en flamand

(1) Vingt-deux sociétés s'y étaient rendues. Elles eurent à résoudre la question suivante : Quel est le plus grand mystère on la pins grande grâce

Dien fit aux Iiommes pour lenr salut? La Aom de Louvain y répondit en . représentant llneamatloa, et obtint un prix d'honneur qui consistait en quatre bassins en argent, un arbre du même métal, un saint Luc et nn cba» peau de roses. Yoy. Serrure, Ned/rdutjt. lUUrœfff n' 3, p. 446.

(2) MS. 17,m, Bibl. de Bourgogne.

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ET BE Là KARIME EN BELGIQUE ST

trék'Werk : on ne sera parvenu que plus lard à reproduire sur la toile des fleurs et des ligures (1).

Une question de rivalité industrielle faillit amener des débats, vers ce temps, avec le Saint-Siège, à propos do la fabrication de l'alun. L'Europe n'avait eu longtemps d'autres aluns pour la teinture que ceux qui lui venaient d'Orient, tels que l'alun de roche, ceux de Focée ou Foya, des environs de Smyrne, de ' Coltaï, de Lupaï et de Castiglio. Un marchand italien, Jean de Castro, qui avait fait à Constantinoplo le commerce des draps et des couleurs, avait eu l'occasion d'observer, dans cette contrée, la manière de préparer ce produit. Tout son avoir lui ayant été enlevé par les Turcs, il revint dans les États romains, dont il était originaire, et y obtint un emploi h la cour pontificale. Se trouvant un jour à Tofla, il y remarqua une plante qu'il avait souvent aperçue auprès des alunières d'Orient, Yilexaquifoliiun, et conçut l'idée de voir si les pierres au milieu desquelles elle croissait ne contenaient pas de l'alun. Ses premières expériences justifièrent ses conjectures, et il annonça avec joie au Pape qu'il allait lui procurer le moyen de triompher des Turcs, en lui assurant le monopole de ce commerce.

On fil venir des Génois qui avaient travaillé aux alunières du Levant, et l'alun qu'ils fabriquèrent ayant été envoyé h Venise et à Florence, y fut trouvé d'une qualité excellente. Les Génois en achetèrent tout de suite pour 20,000 pièces d'or, et Cosme de31éil)cis en procura aux teinturiers de Florence pour la somme de 7o,UU0 florins. Pie II fit ériger une statue h Jean de Castro, créateur de cette industrie, et le récouqjensa richement. Une fois en possession de ce commerce, les papes fixèrent arbitrairement le prix de l'alun, et défendirent, sous les peines ecclésiastiques les plus sévères, de se fournir de cette marchandise en Turquie. Charles le Hardi avait consenti, en 14G8, h ne recevoir que de l'alun romain (2); mais la valeur de ce produit

(1) A. Toisin, Notiee fur If iamané 4$ Ptaniên, tom. 1, Mettager ietarlut

des sciences, Gantl, 1833, p. Î95.

(2) Il ne s'y était décidé qu'avec difficiillé, ayant permis à tous ses sujets, quelque temps auparavant « de povoir amener et conduire en ses pays et seigneuries toutes manières d'aluns, de quelque part, climat, ou région

8S8 HISTOIRE DG GOIUBRCB

ayant été élevée encore, Philippe le Beau se vit enfin obligé de faire déclarer, par un comité de bourgeois de Bruges, que cet état de choses ne pouvait durer, et qu'il fallait retourner aux marchés d'Orient. On y fit donc quelques achats, malgré le pape Jules II, qui menaça les facteurs belges d'excommunication. La chambre apostolique ne put néanmoins maintenir un privilège contre lequel toutes les nations industrielles avaient intérêt à protester, et elle finit par abandonner ses prétentions. L'alua abonda bientôt en Flandre, oii les Anglais vinrent désormais en acheter (1).

Avant de quitter rOrient, où la querelle que nous venons d'exposer nous a ramené, il ne sera pas sans intérêt de rappeler que rillustre défenseur de l*Ëcluse, Philippe de Gjëves, y acquérait vers ce temps la plus brillante réputation. Après s'être rendu à l'assemblée de Ratisbonne, en 1496, pour y entendre les propositions de l'empereur Maximilien, qui eut un moment l'idée de se mettre à la tête d'une croisade contre les Turcs, Philippe de Glèves s'attacha à Louis XII, et marcha avecr lui à la conquête de l'Italie. Nommé gouverneur de Gênes, il ne quitta cette charge importante que pour recevoir la capitulation de Naples.|,Bajazet II, instruit des projets qu'on avait formés contre lui, réunissait une vaste armée. Venise, inquiète, équippa une flotte qui fut vaincue près des îles Sporades. Bientôt Bajazet parut avec une fiotte de 150 navires : les inlidèles triomphaient! Dans ce péril éminent, deux héros, Gonzalve de Cordoue et Philippe de Clèvcs, se dévouèrent pour la chrétienté. Gonzalve reconquit Céphalonie et s'empara de Leucade, tandis que Philippe, pénétrant plus avant dans l'Archipel, se dirigeait avec Antoine de Lalaing et un grand nombre de jeunes gens de Flandre vers l'île de Metelin. 11 espérait rétablir, dans ces terres lointaines, la dynastie de ces riches barons francs, qui avaient fêté jadis Jean sans Peur, après la prise de Nicopolis. Mal

qaMls soient, » Voy. aux arclUves gâiérales du royaume, chambre des comptes, le compte n* 33,083.

(1) Rymcr, Fœdera, XIII, p. lo9. Henri VII permet à un marchand toscan, nommé Augustin Chigi, d'importer de Flandre en Angleterre 1300 quintaux d'alun.

BT DE LA MARIKE EN BELGIQUE.

secondé par les Vénitiens, il fut forcé, après avoir subi de grandes privations, de renoncer à son entreprise, et une épouvantable tempête dispersa ses vaisseaux. Il regagna ïarente à grayd'peine et, de retour dans les Pays-Bas, acheva sa vie agitée sous les ombrages paisibles. d'Engbieu et de \Yineudale.

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