‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 18 sur 29 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Probiluiioii des satins, des yehnin efc des damas ftnoigers. — > TTnenoiiTéUe industrie à Bruges. —Navigation sur le Hont. — Foires de Saint-Ghislaiii. Des affiches. — État des Pays-Bas sous Philippe le Bean. — Naissance

de Charles-Quint. — Voyage des archiducs en Espagne. — Conférences commerciales à Paris. — Mort d'Isabelle de Castille. — Débats pour sa saccession. — Négociation avec l'Angleterre. — Le « mauvais entrecours. * — riaintcs du comptoir Lanséatique de Bruges. — Philippe le Beau en Castille. — Sa mort. — Tutelle de Maximilien. — Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas. — Influence du seigneur de Chicyres. — Da oommeroe «t de l'indastrie dans le comté de Namur. — Ghierre aveelaGaéldre.— Négodations aTco l'Angletene.— Traité areo Louis XII. — Notes sur qaélq;ues villes belges. — La tapisserie de haate«lisse.

Vers la fin de l'année 4497, le iO octobre, parut une ordonnance de Philippe le Beau, ayant pour objet de défendre l'usage des étoffes de satin, de Tueurs et de damas d'origine étrangère. Cette mesure, vivement réclamée par les fabricants brugeois, nous indique combien leur situation devenait pénible. Les magistrats municipaux, n'ayant que peu de confiance dans l'effet de ces prohibitions, eurent une meilleure idée, et essayèrent de combattre le mouvement d'émigration qui menaçait de dépeupler leur ville, en y créant une nouvelle industrie. Ils y établirent des ateliers de tisseranderie spéciaux, où l'on ne s'occupait que de la confection d'une espèce de drap grossier, nommé dans la langue du pays Brugsche Beeren, ou « peau d'ours de Bruges. »

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Des primes ayant-ëté offertes aux tisserands pour chaque pièce de cette étoffe présentée par eux, beaucoup de drapiers, de foulons, de fileurs et de cardeurs répondirent à cet appel, et vinrent même d'Armentières et d'autres localités voisines afin de jouir de ces avantages. Es ne restèrent pas longtemps en Flandre, et abandonnèrent leurs travaux lorsque les primes distribuées par les magistrats cessèrent de leur être remises.

Tandis que les Brugeois cherchaient leur salut dans une réforme douanière préjudi{^iable aux intérêts communs, les Anversois se préparaient à faire de grands sacrifices pour dégager le commerce et la navigation de toutes entraves. Ils rachetèrent en effet, en 1d06, certains droits de tonlieu prélevés sur le Hont, et donnèrent de ce chçf, aux receveurs de Philippe, seize mille florins d'Allemagne. '

Une petite ville du Hainaut, Saint-Ghislain, reçut de l'archiduc les franchises de deux foires en 1497. Nous lisons à ce propos que les échevins de la localité, ayant été informes de cet octroi, envoyèrent mettre des affiches aux portes de Chièvres et de Valenciennes, pour attirer les étrangers dans leur commune. Cette circonstance assez curieuse prouve rancienneté de ce mode de publicité en Belgique (1).

Revenons à des faits d'un intérêt plus général.

Philippe le Beau avait hérité des qualités aimables de sa mère, Marie de Bourgogne, et de l'humeur imprévoyante et capricieuse de Maximilien. Tout entier à ses plaisirs, il avait, comme les princes de la maison de Bourgogne, le goût du faste et du luxe, sans posséder leur habileté et leurs talents. Son règne forme une époque de transition, durant laquelle les mœurs, les institutions, les lois, tout se pénètre insensiblement d'un nouvel esprit. Les communes, divisées entre elles, épuisées par leur longue lutte contre le pouvoir central, commencent ;\ perdre une partie de leur importance politique. Les formidables armées de bourgeois et d'ouvriers, qu'elles levaient jadis au premier coup de cloche, se dissolvent pour être remplacées par des bandes mercenaires, au service du souverain, ou j)ar des corps

(1) Ânmks de l'abbaye de Saita-GhisUtin, p. 600.

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d'arcliers assermentés, qui se bornent à faire la police des villes. L'éloquence fleurie des chambres de rhétorique succède aux accents plus mâles de Jacques Van Maerlant et des anciens poètes de la Flandre. Le commerce s*écarte de la patrie de Baudouin de Constantinople et de Jacques d'Artevelde, bouleversée par la guerre civile, pour passer désormais aux mains de Brabançons, dont on vantait déjà, à l'étranger, l'opulence et les richesses (1). La vieille société féodale, avec ses complications infinies^ existe encore malgré tous les assauts qu'elle a subis, mais ses fondements sont ébranlés, la vitalité l'abandonne, et de graves symptômes annoncent sa prochaine transformation.

Ce fut dans ces circonstances que l'archiduchesse Jeanne accoucha d'un fils, le 24 février 1500^ à Gand. La naissance du jeune prince, appelé plus tard à exercer, sous le nom de Charles- Quint, ui^e influence si considérable sur les destinées de TEulope, fut saluée avec acclamation par les Gantois. On alluma des feux de joie sur les tours et sur le befflroi ; les cloches sonnèrent à pleine volée dans les églises; on joua des mystères et des scènes allégoriques dans les rues; des arcs de triomphe furent élevés dans les principaux quartiers, et les États du pays accordèrent à l'archiduchesse un don gratuit de 60,000 livres de quarante gros. Un marchand de soie avait feit dresser devant sa maison, tendue de drap de velours et de damas « une galerie où estoieuL cinquante hommes tenant chascun deux flambeaux,

(1) I was borne in Brabant, dat is bolh gentil and free, AU nacyons of all timcs bc wcllcome to mee; I do use martes, dyvers tymes in the yero And, of aU thynges, I do love good imglish boere. In Anwarpe and in Bacow I do makc my martes : Ther doth english marcbauntcs crut ont thcyr partes. I havc good slurgyon, and othcr good fyshe, I love ov(M' to huvc good ineale in niy dyshe; I have good lodgyng and also good cbire, I have good wyne and good englysbbewe, Tet had I rather be drowned in a beere barel Tlian I wolde clianng Uie fashion of my olde apparel.

(Yoy. Borde, the Boke ofthe introitietiott of Knowledge, chap. X).

ET DE Là MARINE EH BELGIQCE.

et trois de ses enfans présentèrent au nouveau-né une coupe d'or. » Le chroniqueur, en nous Irnnsmotlant ces détails — qui retracent si fidèlement les habitudes fastueuses et magnifiques des anciens connnerçants flamands — ajoute ([uo ledit bourgeois « pour resveiller les passants, faisoit semer argent à très grande abondance » au peuple rassemblé sous ses fenêtres.

Jeanne Sortait à peine de relevailles, lorsqu'arriva la nouvelle de la mort de don Miguel, qui la rendait' héritière présomptive des royaumes de Castille, de Léon, d'Aragon et de Grenade, riiilippe, sur l'invitation de Ferdinand et d'Isabelle, résolut de raccompagner à Tolède, afin de se faire connaître aux Espagnols, ses futurs sujets. 11 réunit les États-Généraux à Bruxelles, durant le mois de janvier 1501, les informa de son prochain départ, et en obtint un subside de 100,000 iivres. Il ne quitta cependant les Pays-Bas qu'au commencement de l'hiver, et se rendit en Espagne en passant par la France. L'archiduc venait de conclure un traité avec Louis XII, ayant pour objet le fùtur mariage de Claude de Frânce avec le prince Charles, qui devait obtenir, par cette union, le Milanais.

Philippe le Beau, durant son séjour à Paris, demanda que les conmierçants français, fréquentant la Flandre, prissent à l'avenir leur résidence temporaire à Bruges, et que les villes de l*Écluse et de Damme reçussent l'entrepôt général des marchandises transportées de France en Belgique. Le roi tint à cette occasion un grand conseil, où il fit appeler deux négociants de chacune des principales cités de ses États. Ceux-ci firent opposition h la mesure projetée, et l'un d'eux, Seguin Gentilz, député de la Rochelle, fut envoyé aux Flamands pour leur faire part de la décision du roi, défavorable h leur cause (1).

L*archiduc arriva le 7 mai à Tolède, et n'y resta que quelques mois. L'étiquette grave et réservée de la cour d'Espagne lui parut insupportable, et il reprit bientôt la route des Pays-Bas, où sa femme ne devait le rejoindre que quelques mois après.

Il ne prit plus aucune part dès ce moment aux alîaires de la Péninsule, attendant tranquillement que le trépas de Ferdinand ou d'lsal)elie lui ouvrit un chemin à l'un de leurs trônes. Il

(1) Arcère, Histoire de la Rochelle, lom. 1", p. 30i>.

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