‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 19 sur 29 · A HISTOIRE DU COMMERCE · texte numérisé non relu

A HISTOIRE DU COMMERCE

n^ttendit pas longtemps, car, le 26 novembre 1504, la reine de Gastille rendait le dernier soupir à Medina-del-Gampo, laissant un testament par lequel elle donnait la régence ou l'administra* tion de ses États particuliers au roi Ferdinand, jusqu'à ce que son petit-fils Charles eût atteint Tâge de vingt ans.

Cet acte souleva une grande agitation dans les Pays-Bas. Jeanne, dont la fsdble intelligence, sujette à de fréquentes aliénations, était encore obscurcie par les combats que la passion jalouse qu'elle portait à son mari soulevait en elle, ne pouvait — on en convenait — exercer l'autorité. Il paraissait injuste cependant d'en refiiser les prérogatives à Philippe, tuteur naturel de son fils. On se récriait ouvertement contre l'ambition du roi d'Aragon, qui, en refusant de céder le pouvoir à son gendre, commettait une véritable. Iniquité. Les deux cours furent bientôt en lutte ouverte, et tandis que l'archiduC envoyait des émissaires en Gastille pour y soulever les habitants en sa faveur, Ferdinand, de plus en plus irrité contre son beau fils, dans lequel il ne voyait plus qu'un compétiteur, épousait Germaine de Foix, fille du vicomte de Narbonne et de Marie, sœur de Louis XII.

Philippe, vivement alarmé de la conclusion de ce mariage, qui le privait d'un aUié et le menaçait de la perle de tant de riches provinces, résolut de partir immédiatement pour l'Espagne. Bien qu'il fût alors en guerre avec le duc de Gueldre, dont les partisans armaient en course contre les bâtiments de commerce flamands (1), il s'embarqua avec une flotte très nombreuse et un corps considérable de troupes de terre. Une violente tempête l'obligea à relâcher en Angleterre, et cette circon- ' stance, tout en compromettant sa cause, fut fatale au commerce

(1) Jean Chappcron, sieur de Qaene-de-Vache en Âunis, et Antoine d*Aatoii en Xaintonge, s'étaient mis en mer pour rejoindre le duc de Gueldre, et avaient déjà fait plusieurs prises, lorsqu'ils rencontrèrent un

' navire flamand du même tonnage que celui quMls montaient. Un combat s'engagea entre eux, et fui soutenu de part et d'autre, avec opiniâtreté, durant un jour entier. Le navire flamand était tout désemparé, lorsqu'un coup de canon qu'il tira presque à fleur d'eau sur celui de Ghapperon, força ce dernier, dont le bâtiment était prêt à sombrer,! se réfugier en tonte haie dans un port de Bretagne. Voy. Arcère, Bitt. delà BoehtUt, tom. I, p. 805.

flimand. Les relations de la yiUe de Brages avec les marchands anglais, bien que réglées par le traité du 24 février 1496, ne s'étaient pas trop bien rétablies. À mesure que la Grande-Bretagne fàisait des progrès dans llndustrie, elle entrait peu à peu en rivalité avec les Pays-Bas, qui, recevant moins de matières premières de leurs correspondants de Londres,, cherchaient de nouveaux débouchés en France et en Espagne. Les Flamands, craignant cependant une rupture, avaient envoyé un- des leurs, Pierre Anchemant, auprès de Henri TII, pour obtenir le retour des marchands anglais à Bruges, Içs assurant qu'on avait, par d*utiles travaux, amélioré le havre du Zwyn, et que la paix profonde qui régnait en Flandre avait à jamais éteint les vieilles rivalités de Bruges, de Gand et d*Ypres, si fUnestes au com- -merce.

On négociait encore, lorsque les archiducs arrivèrent en Angleterre. Henri VII, qui avait reçu des lettres de Ferdinand le priant de mettre obstacle à leur voyage, songea à profiter de Toccasion pour faire valoir ses propres intérêts. Il retint ses hôtes durant trois mois, sans leur permettre de remettre à la voile, et ne les relâcha qu'en leur faisant signer une convention tout à fàit défavorable aux progrès du négoce belge. Cet accord, ratifié le 15 mai 1506, exemptait les Anglais de tous péages en Zélande, — concession par laquelle ils se trouvaient plus favorisés que les nationaux eux-mêmes (1),— et enlevait à nos marins le droit de pêche sur les côtes britanniques. Les populations flamandes ne se trompèrent pas sur les conséquences de pareilles concessions, et donnèrent le nom de « mauvais entrecours » intercursus maluSy an traité qui les consacrait.

Bruges conservait cependant Tétape des laines anglaises. Elle était moins heureuse encore du côté de TAllemagne. Déjà, en 1501, les villes saxonnes avaient notifié aux cités Wendes

(1) Le Grnnd Conseil de Malines, par sentence du 11 octobre lôOi, avait déclare que I'hili|)[)e le Beau, en qualité de comte de Zélande, avait droit de lever les tonlieux accoutumés, « et ce de toutes navieres, denrées et niar-

• cbandises qu'elles soient, de quelle part qu elles viennent, apperlenans à

• marcbans non francs, que en allant, venani, montant, descendant et pas- « sant ou louchants aucun des GOiirad*eau et strooms dessusdicts, la Honte ■ et autres. » Yoy. Smallegange, Cr<m, va» Zteiand, l"* deel, fbook. p. 168.

aitr. DU cowma, t. il If

que désormais elles n'entendaient plus envoyer leurs draps au marché brugeois. Le comptoir hanséatique se plaignait de l'élévation des droits de tonlieu en Zélande. Ses membres demandaient que défense fût fâite aux Hollandais et aux Brabançons de vendre publiquement, à Anvers,, du cuivre, de la cire et du goudron, désirant se réserver à eux-mêmes le monopole de ce négoce. 11 devenait indispensable, joutaient-ils, de prendre des mesures contre les négociants allemands qui envoyaient directement leurs marchandises,*— sans avoir recours à rintermédiaire du comptoir,— de telles transactions menaçant cet établissement d*une ruine complète. On fit droit à cette dernière réclamation dans une diète tenue à Lubeck, en 1507, avant la Pentecôte. De grands travaux furent entrepris dans les environs de l*Écluse en ISIO; les digues du Zwartegat furent rétablies, et l'on vérifia avec la sonde la profondeur des eaux du Zwyn pour calmer les terreurs des pilotes étrangers.

Philippe, en débarquant à la Gorogne en Galice, vit la plupart des nobles de Gastille se déclarer en sa faveur. Le roi Ferdinand, presque abandonné, pensa qu'une plus longue résistance au vceu populaire finirait par devenir dangereuse, et s'engagea, par traité, à remettre la Castille entre les mains de son compétiteur et à se retirer en Aragon, se contentant du titre de grand maître des ordres militaires, et de certains revenus que la reine Isabelle lui avait légués.

L'archiduc, que les Castillans reconnurent alors pour leur souverain, conjointement avec Jeanne, dont la raison se dérangeait de plus en plus, ne jouit pas longtemps de sa nouvelle autorité. Il venait à peine d'en prendre possession qu'un accès de fièvre mit fin à ses jours, le 26 septembre 1S06, à Burgos.

Sa mort prématurée, en livrant les Pays-Bas à tous les hasards d'une longue minorité, y excita une appréhension générale. Qu'allaient devenir ces riches provinces, en présence des prétentions rivales qu'un pareil événement ne pouvait manquer de soulever? Menacées par la France, attaquées parle duc de V Gueldre et par le seigneur de Sedan, alliés secrets de Louis xn» comment allaient-elles résister à tant d'ennemis?

Les membres des États-Généraux, convoqués d'urgence, arrivèrent à Malines, le 15 octobre, et se réunirent en séancé

ET DE LA MARINE EU BELGIQUE. 247

solennelle, le dimanche suivant» dans la salle de la cour. Ayant pris connaissance du testament de Philippe le Beau, ils déférèrent la régence, suivant le vœu de ce prince, à Tempereur Maximilien.

Tandis qu'on délibérait encore enBrabant, les Castillans s'assemblaient de leur côté pour régler leurs propres afKiires. Jeanne, devenue seule maîtresse du royaume , était incapable de le gouverner, et comme parmi les nobles de Gastîlle il n'y en avait aucun d'un mérite assez distingué pour être appelé par la voix publique à la direction de l'État, les uns voulaient suivre l'exemple des Flamands, et confier le pouvoir à Maximilien, tandis que d'autres se tournaient vers Ferdinand d'Âragon. Ce dernier parti l'emporta, malgré tous les efforts de la fôction adverse, et le rusé monarque, assurant sa position par d'habiles manœuvres et de brillantes promesses, se vit bientôt, grâce à l'appui de Louis XII, qu'il parvint à se ménager, en mesure de résister à toute tbntative dirigée contre son autorité.

Maximilien, ne pouvant se rendre en personne dans les Pays- Bas, s'y fit représenter par Marguerite d'Autriche, veuve de Philibert de Savoie et sœur de Philippe le Beau. Cette princesse, remarquable par son génie et ses talents, présidait le conseil de régence, dpnt l'un des membres les plus influents était le seigneur de Ghiëvres, fils du comte de Porcien et de Jacqueline de Luxembourg.

L'archiduchesse fixa sa résidence à Malines (1). Les relations des Pays-Bas avec Louis XII réclamèrent bientôt toute son attention. De Ghièvres, héritier des traditions de la maison de Croy, recommandait à la régente d'agir avec la plus grande prudence, et de consentir à quelques sacrifices pour conserver la 'paix. Marguerite parut d'abord se ranger aux avis de son conseiller; mais elle ne pouvait oublier qu'elle avait été fiancée autrefois à Charles VIII, qui l'avait renvoyée pour épouser Anne de Bretagne, et le ressentiment qu'elle en gardait, fortifié par les observations de Tempereur Maximilien, toujours hostile

(1) Cette ville lui offrit à son entrée six plats d'argent, aax bords dorés, pesant 18 marcs de 8 livres 5 escaUns, et coûtant 91 Uvres 10 escalins. Voy. Axevedo.

Page 1