‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 21 sur 29 · B0 IM · texte numérisé non relu

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3,000 florins; Amsterdam en promit 6,000; Goudn, 2,000; Mîddelbourg et Zierikzée, o, 000 ; Anvers, 8,000; Bruges, 6,000; . Kieuport et Malines, 3,000 florins. Ces cliiffres ont leur intérêt, car ils indiquent la prospérité relative de ces localités, qui occupent toutes une place considérable dans riiisloire du commerce européen.

L'alliance établie entre François P"" et Charles de Castille s'était singulièrement relâchée. Des débats relatifs au ressort des fiefs de Boulogne et de Guines, ainsi que les négociations irritantes auxquelles donnait lieu le restitution de la Navarre aux d'Albret, avaient déjà failli la rompre, malgré les efforts des sires de Chièvres et de Boisy. La mort de l'empereur Maximilien, survenue le 12 janvier 1519, allait la transformer ea rivalité ouverte.

Les révolutions dont l'Italie avait été le théâtre, à la suite de l'expédition de Charles VIU, avaient inspiré une haute idée de la dignité impériale. La juridiction du chef de l'empire s'était étendue sur plusieurs États d'Italie» et constituait même, dans de riches et populeux districts de ce pays , de véritables droits de souveraineté. Cet accroissement d induence, stérile pour des princes doués de peu de talents ou d'énergie, pouvait fournir de puissants moyens d'action à un monarque habile et entreprenant. Maximiiien avait montré, peu de temps avant son trépas, un grand désir d*avoir pour successeur un prince de la maison d'Autriche, et ses vœux s'étaient dirigés particulièrement sur le roi d'Espagne, qu'il avait vivement recommandé aux électeurs. Des capitaux considérables avaient été distribués dans ce but en Allemagne, par l'entremise d'un gentilhomme flamand, Jean de ^ Gourteville. François I*' s'en était ému , et se décida à traverser ces plans en briguant à son tour la couronne des Césars. D'autres candidatures se produisirent, entre autres celle de Henri VIII et du jeune roi de Hongrie, mais elles furent bientôt écartées.

La lutte s'ouvrit, ardente et passionnée, entre les deux rivaux. Leurs agents répandirent l'or à pleines mains, et Charles s'engagea, vis à vis de ses adhérents, pour une somme de plus de 27,000,000 de Iraucs, monnaie actuelle. Les Français faisaient valoir les forces militaires de leur maître , l'avantage

d*unir l'AUemagne, lltalie et la France sous un môme sceptre , pour arrêter, à Taide de leurs armées combinées, les progrès menaçants des Turcfi. Les partisans du roi de Gastille rappelaient que ce prince descendait de la maison d'Autriche, dont

les États liéréditaires formaient une barrière naturelle à l'empire contre les entreprises de la puissance ottomane, à laquelle il avait plus d'intérêt h s'opposer que tout autre monarque européen; ils s'élevaient avec énergie contre la pensée de placer un étranger ii la tète des populations germaniques, et faisaient appel II l'orgueil national de leurs compatriotes, trop fiers pour se courber sous le joug d'un souverain igaoranl leur langue, leurs lois, leurs usages.

Quelques électeurs s'effrayaient cependant des prétentions des uns et des autres, et craignaient également de donner leur voix à François V ' ou à Charles, dont les domaines étaient déjà si étendus. Un troisième parti se forma, secrètement appuyé par la cour de Rome, et on crut un instant que le duc de Saxe allait recueillir la succession de Maximilien. Le roi d'Espagne prévit le péril, et, sous prétexte de défendre la liberté des électeurs contre toute violence de la part de la France, établit autour de Francfort les troupes de la ligne de Souabe, au nombre de 25,000 hommes. Ce déploiement militaire, dans le moment le plus critique, augmenta le zèle de ses adhérmits, et, le 28 juin 1519, à 11 heures, il fut proclamé, d'une voix unanime, roi des Romains.

L'annonce de cet événement fut reçue avec joie dans les Paya- Bas. On y applaudissait comme à un triomphe national, car le , nouvel élu n'était-il pas né à Gand, au milieu des Flamands, dont il avait si longtemps partagé la vie et les habitudes? Chose singulière, en effet, il était réservé aux Belges, après avoir été des premiers à acclamer la liberté,— qui les avait suivis partout où s'étendait leur commerce, — de soutenir de leur sang, de leur or le plus redoutable représentant du principe d'autorité, et de marcher avec lui, sur les débris de leur passé, à la conquête d'une monarchie universelle.

Les Espagnols, prévoyant qu'ils auraient bientôt à subir le gouvernement d'un vice-roi, c'est à dire tous les abus d'une administration souvent tyrannique, ne montrèrent pas des dis-

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positions aussi favorables. Des troubles éclatèrent dans le royaume de Valence, où le peuple se rangea sous les bannières d'une association, distinguée par le nom de Ilennandad ou Fraternité , et courut aux armes. La Castille n'était pas plus tranquille, et si les nobles y défendaient encore les intérêts du prince, les communes s'y prononçaient ouvertement en faveur des réformes les plus radicales, et éclataient en murmures.

Charles, absorbé dans ses rêves d'ambition et de gloire, ne tint aucun compte de ces symptômes menaganls. Sa prjsence était nécessaire en Allemagne, et il était décidé à s'y rendre. Après avoir accepté la couronne impériale, que le comte palatin, à la téte d'une ambassade solennelle , était venu lui offrir, il ordonna à Marguerite d'Autriche, — à laquelle il veaait de rendre le gouvernement de nos provinces, — de lui envoyer sans délai une flotte des Pays-Bas. Déjà un de nos compatriotes, Jean de Termonde, était arrivé en Espagne avec plusieurs pièces d'artillerie, des boulets, de la poudre, des canonniers et des pilotes, pour le service du roi des Romains. Celui-ci, laissant à son ancien précepteur, Adrien d*Utrecht, la mission de le représenter auprès des populations espagnoles, 8*embarqua à la Gorogne, le 19 mai 1520.

François I*', cruellement mortifié de Téchec qu*ll venait d'éprouver en Allemagne, suivait avec inquiétude les mouvements de son rival, dont la puissance croissante menaçait de plus en plus l'équilibre européen. Les causes de discorde se multipliaient chaque jour entre les deux souverains, car tandis que les agents de l'un continuaient à réclamer la restitution de la Navarre aux d'Albret, le royaume de Naples et les droits de suzeraineté sur le comté de Flandre , les délégués de l'autre revendiquaient, au nom de leur maître, le Milanais et la Bourgogne.

Malgré tout son désir de vider toutes ces querelles par la force des armes, François eut recours d'abord aux négociations. La France, bien que déjà forte et compacte, était loin de jouir à celte époque des ressources qu elle devait se créer plus tard. Elle ne possédait, du côté du nord, ni la Flandre ni l'Artois, encore bourguignonnes ; elle n'avait, au levant, ni la Franche Comté, ni l'Alsace ; le Roussillon et la Gerdagne avaient été

rendus à Ferdinand le Catholique par Gbarles YIII. L'État n'avait point de marine, point d'infanterie nationale : des Suisses, des Allemands, des Italiens combattaient pour l'honneur de ses drapeaux. Une alliance offensive et défensive entre la France et rAngleterre, en assurant la prépondérance politique à ces deux pays, servait admirablement les projets du roi, qui dirigea tous ses efforts de ce côté.

Ce danger n'échappa point à Charles, qui s'appliqua à le prévenir. Étant parti, comme nous l'avons déjà dit, du port de la Coro^ue, il fit voile immédiatement pour TAngleierre, et débarqua à Douvres au moment où les ambassadeurs français venaient de régler les conditions d'une entrevue entre François et Henri VIIT. Ce dernier, ravi d'un événement si flatteur pour sa vanité , reçut avec empressement un hôte qui lui témoignait tant de confiance, et conçut la meilleure opinion de ses intentions. Charles passa fort peu de temps à la cour britannique, mais il lui suffit pour s'y assurer le concours du cardinal Wolscy, en lui donnant une pension de 7,000 ducats et en lui promenant la tiare. Il obtint aussi du roi Henri, avani de le quitter, l'assurance que ce prince se rendrait dans les Pays-Bas aussitôt après avoir visité François l".

L'entrevue projetée entre les rois de France et d'Angleterre eut lieu entre Guines et Ardres, le 7 juin loi20. On y déploya de part et d'autre une grande niagnificence, et les merveilles du camp du Drapjl'or sont restées longtemps célèbres. Ces luxueuses prodigalités, en fournissant au moiiarque français une occasion d'éclipser celui dont il recherchait ralliance, nuisirent au succès de sa cause. L'empereur fut plus heureux, car ayant revu Henri VIII à Gravelines, il y resserra encore les bonnes relations qu'il avait établies précédemment.

Tous es pourparlers annonçaient la guerre, c'est à dire la rupture des relations commerciales. De nouveaux subsides furent levés dans les Pays-Bas, et comme ces moyens ne suffisaient pas pour remplir le trésor, le gouvernement se vit bientôt entraîné h recourir à 'des mesures violentes et tyranniques pour se procurer de l'argent. Le 18 octobre 1520 parut un édit rappelant les anciennes ordonnances qui défendaient l'établissement de confréries, de corporations et de communautés ecclé-

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sîastîques ou civiles sans le consentement du souverain. Cet acte amoindrit aussi les fonctions politiques des doyens, enleva aux métiers leurs bannières, et régla la réorganisation des collèges des arts mécaniques, à la tête desqut;ls on plaça des chefs, r/augmentation des charges publiques amena l'établissement d'impôts excessifs sur la consommation, qui firent renchérir le prix de la main-d'œuvre, et arrêta les progrès de l'industrie.

Charles ne fit pas un long séjour dans nos provinces. Il partit bientôt pour Aix-la-Chapelle, accompagné de sa tante et d'une foule de nobles personnages, parmi lesquels on remarquait le prince d'Orange, les comtes d'Egmont et de Horues, le prince de Chimay, les seigneurs de Chièvres, de Rœulx et de Liedekerke. Les fêtes du couronnement furent splendides, et le génie des artistes et des industriels belges contribua beaucoup à augmenter leur éclat, car nous voyons, d'après les comptes des revenus et des dépenses de l'Empereur, que celui-ci se servit à cette occasion de la vaisselle de Marguerite d'Autriche, et fit orner la salie du banquet des riches tapisseries du palais de Malines.

illST. 00 COHHUCI, T. II.

GUàPIIR£ XVII

Ifartm Lnllier. — Fteières hoBtOitfo entre François I«r et Charles-Quint. — Délibéntions commeidales des Hanaéates. — Narâes anTersoia envoyés aux Indes. ^ La &otorerie portugaise à Anvers. — Op^tions niilitalieB dn comte de Nassan. — Wolaey à Bcnges. ~ Retraite des Impériaux devant Méiières. 8i%e et prise de Tournai. — Réformes dans cette viUe. — Projet de trêve, repoussé par Charles-Quint. — Échecs des Français en Italie. — Départ de Wolsey. — Nouvelles levées d'argent dans les Pays-Bas. — NL-gociations avec Christicrn TT. — Pcnncturc du Sund aux navires belijcs. — Élection d'Adrien d'Utrcclit. — Guerre entre François I" et Henri VIII. — Une flotte flaniandc en Bretagne. — Continuation des hostilités. Mort du pape Adrien. — Opurations militaires en France. — Du commerce belge au commencement du xvi* siècle. — Démêlés avec la Hanse. — Campagne en Frovenoe et dans le Milanais. — Bataille de Fïtvîe. — Captivité de François I«.

Le souverain des Pays-Bas, devenu l'empereur Charles-Quint, eut à s'occuper, dès le début de son administration, d'une question religieuse qui commençait i)rendre de grandes proportions en Allemagne. Un moine de l'abbaye d'Erturth, Martin Luther, avait attaqué, en 1517, la vente des indulgences papales. Accusé d'hérésie par les dominicains, il porta le débat sur un terrain plus vaste, et publia un programme contenant quatre-vingt-quinze propositions dirigées contre le pape et l'Église romaine, les vœux monastiques, le célibat des prêtres, le purgatoire, le dogme de la transsubstantiation, la messe et la communion sous une seule espèce. La cour pontificale, d'abord étrangère à ces débats, se crut enfin obligée d*y

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intervenir, et somma Luther à comparaître à Rome, dans le délai de soixante jours, devant l'auditeur de la chambre.

Le réformateur, grâce à Tappui de Frédéric de Saxe et de Tuniversilé de Witlembcrg, obtint cependant d'être jugé en Allemagne. Il se présenta devant le cardinal Gajétan , légat du saint-siége, et en reçut Tordre de renoncer à toute polémique religieuse, en accompagnant cette promesse d'une rétractation solennelle. Sur son refus, Luther se vit menacé des censures ecclésiastiques, et quitta brusquement la ville d'Àugsbourg, — où ces conférences avaient eu lieu» — pour rentrer dans sa patrie.

L'esprit public était préparé à de graves événements. La découverte de l'imprimerie, en mettant à la portée du plus grand nombre les trésors de la science et de la tradition, provoquait à la discussion et à l'examen. Les mœurs dissolues d*une partie du clergé lui avaient aliéné les sympathies du peuple, et ses richesses immenses excitaient Taviditédes grands. Tout favorisait l'entreprise hardie du moine augustin, qui, loin de s'émouvoir à la nouvelle de sa condamnation par Léon X, usa de représailles, et brûla publiquement, à Wittemberg, la bulle papale ainsi que les volumes du droit canonique.

Tel était l'état des affaires à l'arrivée de Charles en Allemagne. Aucun prince séculier n'avait encore embrassé les opinions proscrites, mais une foule de jeunes geiis accouraient déjà de toutes les provinces pour écouter la parole ardente de Martin Luther, autour duquel se rangeaient des hommes d'une réputation distinguée, tels que Mélancliton et Carlos tad. L'Empereur avait à choisir entredeux partis : il devait prendre la direction du mouvement, le propager parmi les peuples libres des Pays-Bas, des £spagnes, de la vieille Germanie , et combattre à leur tête rinfluence gallo-romaine, ou s'unir au souverain pontife et terrifier les ennemis de celui-ci par une répression prompte et énergique. En adoptant le premier parti, il donnait une force nouvelle aux privilèges et aux immunités impériales, si souvent revendiqués par ses prédécesseurs ; en lui préférant le second il s*assurait un puissant allié en Italie, au moment où François I*' se disposait à fiaire valoir des intérêts opposés. Cette dernière considération remporta sur toutes les autres, et

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