HISTOIRE PU COMMERCE
Gtiarles écrivît à Luther de venir se justifier devant la diète de Worms. Celui-ci s'y rendit, fut mis au ban de Tempire, et eOit fini probablement par tomber entre les mains de ses adversaires, si rélecteur de Saxe ne l'avait fait enlever par une. troupe de cavaliers masqués , qui le conduisirent au ch&teau fort de Wartbourg, en gardant soigneusement le secret sur le lieu de sa retraite.
Dans rintervalle, d'autres préoccupations détournaient Tat- ' leniion de l'empereur, et lui faisaient oublier ces débats. Comptant sur l'appui de Léon X et du cardinal de Sien , il armait activement afin de se mettre en mesure de lutter contre la France. En effet, les hostilités commencèrent bientôt après. François I" en donna le signal , et seconda une expédition en Navarre faite au nom de Henri d'Albret, tandis qu'il décidait d*un autre côté le seigneur de Sedan, Robert de la Marck, à abandonner le parti de Charles-Quint et à ravager le Luxembourg. L'exportation des grains et des chevaux, c'est à dire de tout ce qui pouvait servir les projets de l'ennemi, fut aussitôt défendue dans nos provinces, tandis que les agents impériaux réclamaient l'appui de l'Angleterre, en vertu du traité de Lon- ' dres. Henri VIII se hâta en effet d'intervenir, et François I", craignant d'irriter un prince qu'il espérait encore gagner, donna l'ordre au seigneur de Sedan de déposer les armes.
Celui-ci n'en était déjh plus le maître, car une armée impériale, commandée par le comte de Nassau, poursuivait ses adhérents et pillait ses domaines. Charles, ayant l'éussi à lejeter la responsabilité d'une rupture sur son rival, n'était pas disposé à maintenir la paix. La concentration de quelques troupes françaises à Attigny et la capture de certains navires de commerce, appartenant aux ports d'Anvers et de Berg-op-Zoom, lui fournirent un prétexte pour rompre toutes relations avec la France. Les États-Généraux des Pays-Bas, rassemblés durant le mois de juillet io2I , lui accordèrent de nouvelles aides, et le comte de Nassau reçut l'ordre d'assiéger Mouzon.
Pendant qu'on se préparait ii cette campagne, les Hansdates, clTrayés de la décadence de leurs alTaires, agitaient de nouveau la question du transfert de leur comptoir, de Bruges à Anvers. Quelques-uns des membres de leur conseil firent remarquer
ETOB LA MARINE EM BEtÛIQOB. ttS
que cette mesure entraînerait la ruine du commerce des draps de Poperinghe et d'autres localités, ajoutant cependant qu'ils seraient disposés à l'appuyer si l'on obtenait en Brabant les mêmes privilèges qu'en Flandre. Les députés de Lubeck défendirent la cause des Brugeois, que ceux de Brème, au contraire, voulaient abandonner. On résolut d'ajourner toute décision à l'année suivante. Les Anversois, vers la même époque, cherchaient à se frayer, h la suite des Portugais, une voie vers l'Inde. Ils y envoyèrent trois navires, dont l'un revint h bon port, le 21 janvier 1522, chargé d'épices. On célébra son retour par de joyeuses fêtes, car il n'avait échappé qu'avec peine aux embarcations portugaises. Les compatriotes de Vasquez de Gama avaient fondé, d'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit, une factorerie à Anvers, qui fournissait aux Pays-Bas des pierres précieuses, des perles d'Orient, de l'or, des épices, des drogues, de l'ambre, du musc, de l'ivoire, del'aloès, du colon, des parfums, du sucre, du bois debrésil, du pastel, du vin de Madère, des fruits secs. Elle importait d'abord beaucoup de piment, venant de l'île Saint-Thomas, en Afrique, où cette espèce de poivre croît en abondance, mais, dans la suite, le Portugal prohiba ce commerce, pour ne pas nuire au débit du poivre de l'Inde, qu'il vendait plus cher et avec plus de bénétlce .
Revenons au comte tîe Nassau, qui, après avoir réduit Mouzon, venait d'investir Mézières. La conquête de cette ville devait l^ii ouvrir une entrée facile dans le cœur de la Champagne, et lui assurer de nouveaux triomphes. Tandis que le chevalier Bayard lui en disputait la possession , un congrès se tenait h Calais, sous la médiation de Henri VIII, pour terminer à l'amiable tous les différends. Le cardinal Wolsey, chargé de représenter son maître, était tout dévoué à Charles-Quint, dont il était disposé à servir la politique. Tandis qu'on délibérait encore, il se rendit à Bruges pour y voir l'Empereur, et y tlL son entrée avec un train tout royal, suivi de plus de 500 cavaliers, vêtus de tuniques de pourpre et de robes de soie. Son entrevue avec le monarque, bien loin de servir à l'avancement d'un traité de paix, eut pour résultat la conclusion d'une ligue contre François, dont les Anglais tenaient particulièrement à anéantir la
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flotte (1). n fiit convenu entre eux que Charles attatpierait la France du côté de l'Espagne, et Henri du côté de la Picardie , chacun avec une armée de quarante mille hommes, et que, pour cimenter leur union, Charles épouserait la princesse Marie, fille unique de Henri et Théritière présomptive de ses États.
François I* étant entré dans les Pays-Bas, à la téte d'une armée nombreuse, fit lever le si^e de Mézières. Les Impériaux opérèrent leur retraite en bon ordre, et se dirigèrent sur Tournai, qui fiit investi par les milices de Gand, de Gourtrai, de Bruxelles, de Malines, et de quelques autres villes de la Flandre, du Hainaut et de l'Artois. Malines contribua en outre à la formation d'une flottille armée, qui croisait sur l'Escaut. François (Ut moins heureux cette fois que devant Mézières, et les defs de Tournai fiirent remises au comte de Nassau, le 3 décembre 1521.
Charles-Quint, après la conquête du Toumaisîs, y fit aussitôt confisquer tous les biens appartenant à des Français, mesure rigoureuse déjà exécutée dans ses autres Ëtats. H abolit en même temps les droits prélevés par les rois de France sur l'exportation des marchandises, et, abrogeant les règlements de 1340 et de 1371, réforma entièrement la constitution démocratique de la commune. Le vote des impôts fut enlevé aux chef)» des métiers, qui ne dirent plus désormais appelés qu'à Juger des infiractions aux statuts de leurs corporations.
Durant la lutte dont le Tournaisis venait d'être le théâtre, de nouvelles négociations avaient lieu à Bruges entre les agents des deux nations, en présence de Wolsey. Ce dernier, désirant sans doute engager Gharles-Quint à ménager ses forces navales pour les fliire agir plus tard avec celles de Henri VIII, pressait vivement l'Empereur de consentir à une suspension d'hostilités
(1) lorsque toat sera arrangé» écrivaH Richard Face à Wolsey, le 88 JoUlel « tben U shalbe necessarie for them both to provide for thc destruction of the french king's navy. » Il ajoute que le roi Henri d(?sire « lhal Ihys raatter myghl sccrctly bc brnkyn llio Ihc saydc emperour aiid Ireallide in suchc wyse thaï Ihys ealerpriae iiiyylil sudenly be madc againsl the french k)iige. » Voy. StaUPapers, vol. I ; King Henry the eighC, parte I, p. tt.
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entre les vaisseaux des Pays-Bas et ceux de la France, occupés de la pèche du hareng. Ces ouvertures avaient été mal accueil-, lies par Charles, qui écrivait à ce sujet à ses ambassadeurs : « Notre amiral de Flandre a fait dresser, d'après nos ordres « et avec l'assistance de nos pays de Hollande, de Zélande et « autres voisins de la mer, une bonne escadre, forte d'un bon « nombre de bateaux ; la dépense est faite et l'armée prête à «c mettre à la voile. Il est donc bien tard pour revenir sur une ce décision prise, et cela après que les François ont causé de « gros dommages à nos sujets. »
Wolsey ayant observé que la trêve proposée garantirait la sécurité des pécheurs, tandis que la flotte dont il était question serait utilement employée sur les côtes de la Biscaye, l'Empereur finit par céder, et ordonna à son amiral qui avait déjà pris la mer, de rentrer au port. Ayant appris cependant que les ambassadeurs de François F n'avaient pas de pouvoirs suffisants, il revint sur sa résolution, et envoya aux.marins un nouvel ordre de départ « tant pour la sûreté de la pêcherie, défense des siens, que pour endommager ses ennemis le plus possible. » Après bien des tergiversations, causées par la crainte de déplaire au cardinal, les succès des Impériaux dans le Tournaisis avaient enfin fait écarter tout projet de trêve, en rendant la guerre plus inévitable que jamais.
Les Français n'étaient pas plus heureux en Italie que dans les Pays-Bas. Repoussés devant Reggio, qu'ils avaient investi, ils se virent bientôt chassés du Milanais par les forces combinées du pape et de l'Empereur, et sur le point de devoir évacuer entièrement la Lombardie.
Wolsey partit pour l'Angleterre, le T6 novembre, après avoir confirmé les stipulations du traité de Bruges. Charles-Quint se disposait également à quitter nos provinces, sa présence étant devenue nécessaire en Espagne, mais il lui fallait d'abord faire de nouvelles levées d'argent, les subsides votés précédemment étant depuis longtemps dépensés. Il engagea à cette occasion à la ville d'Anvers, pour une somme de 40,000 livres artois, tout droit et action du domaine sur les revenus de la Balance ou ou Poids public, ainsi que sur les droits diis riddertol, joctol et uitslagen^ levés dans cette cité. Il eut également recours aux
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emprunts, et reçut cent mille livres de deux marchands anversois, Francisijue de Vaille et Francisque de Moxia (1).
Une grave atlaire était portée en ce moment devant les conseils de l'Empereur. Le roi de Danemark avait envahi la Suède, quelque temps auparavant, et six vaisseaux de guerre appartenant à ia marine impériale s'étaient même associés à cette expédition. Désirant consolider ses conquêtes, Christiern II avait fait,en 1521 un voyage dans les Pays-Bas, dans le but de conclure avec Charles-Quint une alliance contre Frédéric de Holstein et les villes maritimes de la Baltique, qui soutenaiem les insurgésr suédois. Il promettait de grands privilèges aux marchands belges, dont la prépondérance dans le Nord devait succédei^ à ceUe des Lubeckois. Nos négociants, sans se laisser éblouii^ pât une telle perspective, accueillirent froidement ce projet. Vnë guerre dans ces parages entraînait nécessairement une hsruâsér considérable sur le prix des grains, et pouvait amener d6 sérieuses conséquences. Marguerite d'Autriche se fit interprété de leurs craintes, et les plans de Ghristiem échouèrent txilùtplétement.
Les Hanséates, informés de ces tentatives, sentiment se réveâler toute la jalousie qu'ils éprouvaient depuis longtemps contré' 169 commerçants des Pays-Bas, devenus lenrs plus dangereuse rivaux. Les Lubeckois saisirent brusquemmit un grand noml»^ de navires l)elge8 et hoUandais, leur interdisant entièrement désormais la navigation de la Baltique. Les céréales f^ireoff bientôt hors de prix, comme on l'avait prévu, et des émeutes éclatèrent presque simultanément à Louvain, à Vilvorde et dans quelques autres localités. Il fallut recourir h des mesures sévères pour calmer les populations. La sortie des blés fut défendue, et la vente n'en fut permise qu'aux marchés francs ; on ordonna en outre de faire un relevé des approvisionnements conservés dans les greniers des abbayes, des monastères et des marchands.
Les réclamations du gouvernement, qui niait toute participation aux actes du monarque danois, obtinrent enfin justice auprès des Hanséates, qui consentirent à la paix. Christiern ÎT, loin d'être utile à nos compatriotes en cette circonstance, leur
(1) Compte de J. Micault, n* HO, Arch. générales du royaume.
ET DE LA MARINE EN BELG1(|UE
occasionna, par son propre fait, des pertes évaluées à plus de 300,000 florins.
DansTintervalle, les relations de Charles-Quint avec Wolsey s'étaient modifiées. La mort de LéonX, survenue en 1S21, avait ravivé toutes les espéiances de l'ambitieux ministre, qui comptait sur l'appui du parti impérial pour obtenir la tiare. L'élection d'Adrien d'Utrcclit, l'ancien précepteur de Charles, vint dissiper ses illusions. Les Français battus dans le Milanais, étaient hors d'état do tenir la campagne, et venaient môme d'évacuer la ville de Gênes. Wolsey, malgré le ressentiment qu'il éprouvait, ne crut pas cependant pouvoir revenir sur les stipulations du traité de Bruges, et un héraut anglais alla porter une déclaration de guerre à François 1", au commencement de l'année 1522.
L'empereur résolut de profiter de son voyage en Espagne pour calmer l'irritation du cardinal. Il débarqua à Douvres en mai 1522, et sa présence eut les plus heureux résultats. Henri entra avec chaleur dans toutes ses vues, tandis que son favori, prévoyant que l'âge avancé et les infirmités d'Adrien ne tarderaient pas à produire une autre vacance du saint-siége, s'étudia à mériter les bonnes grâces de son futur protecteur, par de nouveaux services.
Charles-Quint se trouvait encore en Angleterre, lorsqu'une flotte de cent cinquante voiles, rassemblée par ses ordres, sortit du port d'Arneniuiden. Elle portait trois mille lansquenets, deux mille piétons recrutés dans les Pays-Bas, et un grand nombre de canons de divers calibres. Il en donna le commandement, avec le titre de premier amiral, au comte de Surrey, dont la nomination lui concilia les sympathies de la nation anglaise. Le comte partit avec lui, le 4 juillet, rallia l'escadre flamande, alla ravager les côtes de Normandie, débarqua ensuite en Bretagne, et y ruina de fond en comble la ville de Morlaix. Revenant alors à Calais, il y trouva un corps d'armée de seize mille hommes, avec lequel il entra en Picardie, appuyé parle comte de Buren,qui dirigeait les contingents belges. Cette dernière campagne, brillamment commencée, resta cependant infructueuse, les Français évitant avec soin de livrer bataille à leurs ennemis, qu'ils se contentaient de harceler sans relâche.
Dans le temps que Charles abordait à Santander, Adrien d*Utrecht se rendait à Rome. Le nouveau pontife, en prenant possession du pouvoir, désirait vivement remployer à rétablir la concorde entre les princes cbrétiens, afin de réunir leurs forces contre les Ottomans, dont la puissance devenait de jour en jour plus formidable (1). Soliman le Magnifique était en effet entré en Hongrie, s'était emparé de Belgrade, et, tournant ensuite ses armes contre nie de Rhodes, s'en était rendu mattre malgré la vaillante défense des chevaliers de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem (2). D'activés négociations s'ouvrirent entre le Pape et l'Empereur, dans le but, de la part du premier, de jeter les bases d'un traité de paix avec le roi de France, tandis que l'autre cherchait à persuader à son ancien précepteur d'adopter ]a politique de Léon X, et de combattre l'influence de François en Italie.
Adrien finit par céder. Déjà les Vénitiens, andens alliés des Français, les avaient abandonnés pour se liguer avec les Impériaux, et l'exemple du chef de TÉglise et de la puissante république fut suivi par les autres États italiens.
François l" possédait une nombreuse armée, tandis que ses ennemis n'avaient pas encore complété leurs préparatife militaires. Il voulut les prévenir, prit en personne le commandement de ses troupes, et marcha rapidement vers la frontière. Son avantpgarde était déjà aux portes de Lyon, lorsque la découverte d'un vaste complot, tramé avec l'Empereur et le roi d'Angleterre par le duc de Bourbon, l'obligea de s'arrêter et de modifier ses plans. Le duc étant parvenu à passer en Italie, François n'osa s'éloigner au risque de laisser derrière lui la guerre civile, et'confia la direction de ses forces à l'amiral Bonnivet. Gélui-ci, après avoir effectué heureusement le passage du Tessin, commit la faute de ne pas marcher immédiatement sur Milan, qui lui eût ouvert ses portes, et perdit tout le fruit de cette campagne.
(1) Voyez Gachard, Correspondance de Charkt-Qmnt et d'AdneH Ki, Bruxelles, 1859, 1 vol. in-8*.
(2) Charles-Quinl, pour les indemniser de leurs pertes, leur abandonna en toute soaveralneté les nés de Malte et de Geno.
Oigitizeci by
La mort du pape Adrien, survenue le 14 septembre 1523, an
moment où les Français entraient en Lombîirdie, dissipa les dernières illusions de Wolsey, qui se vit préféré le cardinal de Médicis, élu avec l'appui de la faction impériale. Le ministre jura cette fois de se venger de ce nouvel affront, mais la prudence lui défendait de rompre brusquement avec l'Empereur, et il attendit patiemment une occasion de faire partager ses sentiments au roi Henri. Les troupes anglaises ayant pour chef le duc de Suffolk, s'avancèrent donc en Picardie, comme il avait été convenu, tandis que les Allemands et les Espagnols menaçaient la Bourgogne et la Guyenne. Les généraux français, attaqués sur leur propre territoire, rachetèrent par leur vaillante conduite les revers qu'ils avaient subi en Italie, et repoussèrent partout leurs agresseurs avec des pertes considérables.
Le commerce belge souffrait de ces commotions politiques. Les belligérants, afin d'éviter l'exportation du numéraire en pays ennemi, entravaient absolument les relations mercantiles, ou les soumettaient à des conditions trop onéreuses pour permettre leur maintien. C'est ainsi qu'il avait été défendu, sous des peines sévères, d'importer dans les Pays-Bas des vins et des marchandises de France. Les habitants de Cambrai et de quelques autres parties de la frontière ayant cherché à éluder ces mesures prohibitives, Marguerite ordonna, par un édit du S3 juillet 15S2, la confiscation des vins introduits en fraude, et décida que le produit des biens saisis serait désormais partagé entre le dénonciateur, Fofficier opérant la saisie et le souverain. L'exportation des chevaux, branche importante du commerce de la Flandre, du Luxembourg et du Hainaut, M de nouveau interdite de la manière la plus rigoureuse, n est vrai, d*un autre côté, que les bons rapports existants entre Henri Tin et Gharles-Quint avaient accru nos transactions avec l'Angleterre, le négoce qui se faisait entre Anvers et ce royaume s'étant élevé à près de douze millions d*écus par an. De plus, un acte « de libre commerce et de sûreté de voyage » avait été conclu entre les duchés de Lorraine, de Bar et de Luxembourg.
Pour se faire une idée du désordre qui régnait à cette époque dans l'administration publique, il suffit d'étudier les règlements, si contradictoires, qjie ses agents imposaient d'année en année
av commeree. Tantôt on probibait les grains à la sortie, limi> tant la quantité que chacun devait acheter, avec défense dë faire du pain blanc et de la bière à un prix supérieur h celui qui était déterminé par les tarifs; tantôt, pour répondre aux plaintes qui s'élevaient contre les progrès d'un luxe toujours croissant, on décrétait des lois somptuaires concernant l'usage de certaines étoffes, dont on restreignait la vente. C'est ainsi qu'il fut ordonné, même aux ducs et aux princes, de ne plus se vêtir de draps d'or ou d'arj^^enl ; le velours et le satin fut réservé aux hauts fonctionnaires, et les robes de damas à ceux qui pouvaient entretenir deux bons chevaux. On augmenta les droits sur les matières à l'entrée, et sur les produits fabriqués à la sortie; le régime du monopole remplaçait partout celui de la liberté dans l'industrie, et les manufactures impériales et royales, flanquées de privilèges, se multipliaient dans le pays. Ce régime devait nécessairement aboutir à de fatales conséquences; aussi est-ce ii partir du xv« et du xvr siècle que le paupérisme se développa en Belgique. Charles- Quint se vit obligé, à diverses reprises, de recommander à ses olïiciers de veiller à la répression de la mendicité. Il essaya même d'appliquer un remède à ce mal, en ordonnant d'enseigner un métier à tous les enfants pauvres. Pour subvenir aux besoins des malades nécessiteux ou invalides, il voulut que les tables des indigents, les hôpitaux et les conlVéries formassent une bourse commune, et chargea les magistrats de nommer des commissaires avec mission de présider à l'exécution de ce décret.
Malgré toutes les entraves auxquelles le commei'ce et l'industrie étaient soumis, les pertes que la guerre leur faisait subir, et le poids toujours croissant des taxes publiques, les Pays-Bas continuaient à présenter le tableau d'une grande activité mercantile. Gand employait encore 50,000 ouvriers à la fabrication des draps, des serges, des futaines et d'autres étoffes; Courtrai en avait 6,000, employés h la confi-ction des toiles fines ; Ypres possédait encore quelques fabriques de draps; Ostende se livrait à la pêche et à la navigation, tandis qu'on travaillait la soie à Bruges (1), où se faisaient également
(1) Dans un compte de Vo^i, il est question du satin de Bruges, employé
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des tapisseries de liaute lisse fort renommées. Celle dernière industrie apparleiiait cependant plus spécialement aux Bruxellois, qui la portèrent à un haut point de perlection. Les écrivains du temps nous apprennent que le pape Léon X commanda à Bruxelles douze tapis, d'après les cartons de Rapliaël, et qu'il les paya 50,000 couronnes d'or (1). Leduc de Maiiioue lit venir en Italie deux ouvriers flamands pour exécuter, sur les dessins de Jules Romain, une tenture représentant des sujets tirés de l'histoire sainte (2).
Honsclioi envoyait ses serges et ses soies sur presque tous les marchés de l'Europe, et en fabriquait environ 100,000 pièces par ail. Poperinghe avait une foire où l'on débitait beaucoup de draps, faisait du velours, des soies, et tenait des ma^^asins de iioublon. Celte plante n'était pas encore cultivée en Angleterre, et y fut importée, vers 1524, de la Flandre et de l'Artois (3).
Werwick était connu, au xvi^ siècle, pour ses orgues et ses violons; Menin pour ses nombreuses brasseries et ses chapons gras, et Bouchout pour ses raflineries de sel. Termonde livrait au commerce un grand nombre de futaines, et ouvrait tous les huit jours un marché au lin, privilège qu'elle partageait avec Saint-Nicolas et quelques autres localités. Rupclmonde cultivait de la garance, pais ce produit se recueillait surtout dans la Flandre fi'iiiie;iise.
La tannerie hérissait à Matines, où l'on voyait aussi des fonderies de canons et de cloches en l)ronze. Lierre avait une
pour un manteau d'Anna Boleyn. Voy. The privy purse expenses of King Henri VUh P- ^* Le satin de Bruges, Inférieur aux autres en ce qu'il avait seulement la chaîne en soie et le reste en fil, portait aussi le nom de < salin calDird, » Met. uniïv de commerce au mot « satin. » La soie écarlatp ol les rubans d'Espapne, dont il csl si souvent fuit nicnlion dans les comptes de celle LM)ni|iic, (liaient probablemeul confcclionnés à Bruges. Voy Francisque Michel, Sur le commerce de la soie, tome II, p. VA.
(1) Certaines espèces de lapis, fort rechercliés, portent encore de nos jours, en Angleterre, le nom de « Brussels carpets. »
(S) Bariez, Estai sur Vkisioire du emmeree et de l'iudmtrie, Uége, 1858, p. lit.
(3) Anderson, dej. cit., tome II, p. 4S.
^nde foire aux bœufô et se livrait à la draperie et à la mercerie. Hoegaerden et Léaa fisiisaient commerce de leurs bières, et Diest de ses toiles, de ses batistes et de ses linons.
Les exportations du Hainaut à Tétranger étaient encore peu considtobles; ses habitants continuaient cependant à exploiter les mines de fer et de plomb, les carrières de pierres (1), les houillères, et avaient établis quelques verreries.
Les démêlés entre les Pays-Bas, la Hanse et le Danemark s'étaient renouvelés au commencement de l'année 1523, Christiern II, détrôné par ses sujets, s'étant embarqué le 14 avril ■ avec toute sa famille, était venu, avec quatorze vaisseaux, chercher un refuge h la Vère. Mal reçu par Marguerite, sa présence n'en devint pas moins une source d'embarras. Le nouveau roi de Danemark, Frédéric I" de Ilolstein, apprenant que les partisans de son compétiteur préparaient un armement en Zélande, ferma de nouveau le Sund aux Belges et aux Hollandais.
Cette mesure atteignait surtout ces derniers, qui y perdirent le monopole du commerce du sel, dont il se trouvaient en possession. Ils s'en vengèrent aussitôt, et beaucoup de bâtiments lubeckois, capturés jiar des corsaires, furent conduits, soit à Anvers, soit dans les ports de la Zélande.
Uannée 1524 s'ouvrit par des événements funestes pour la France, qui perdit toutes les possessions qui lui restaient en ' Italie. L'Ëmpereur, enivré de ses succès, résolut de pour^ suivre ses avantages, et ordonna à son armée de passer les Alpes et d'attaquer la Provence, promise à Charles de Bourbon, dette entreprise, que le roi d*ÂngIeterre ne voulut point appuyer, sivoita entièrement, et les troupes impériales se virent forcées de battre en retraite. François 1% désireux de prendre sa revanche, songea à profiter de leur découragement en attaquant à son tour la Lombardie. n se mit aussitôt en campagne, bien que la saison fût assez avancée, s'empara de Milan, et aùa mettre le siège devant Pavie, défendue par six mille soldats sous les ordres d'Antoine de Lève. I^e pape, qui ne doutait plus de la défaite des Impériaux, rompit à cette nouvelle ses engagements avec Gharles^iuint, dont il craig nait l'influence.
(1) A Écansglae et à AvesnM le Seo.
ET DE Là HARUIE EN BEbGIQVB
Les conquêtes de François F' n'étaient cependant rien moins qu'assurées. Les généraux de l'empereur» Charles de Lannoy, le duc de Bourbon et Pescaire, apprenant que le roi avait envoyé un corps de six mille hommes vers Naples, et se trouvait momentanément affaibli, s'avancèrent à marche forcée sur Pavie. Les plus expérimentés d'entre les officiers Ihmcais engageaient leur mattre à opérer sa retraite, mais celui-ci s'y refusa, préférant courir les risques d'une bataille. Cette résolution devait lui être funeste. En effet, le 24 février 153S, il était attaqué et battu par ses adversaires, devenait leur prisonnier, et rendait son épée à un gentilhomme belge, Charles de Lannoy.