‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 23 sur 29 · CHAPITRE XTni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTni

Situation politique après la notoire de FbTÎe. — Prançois 1«» en Espagne. — Probabilités de raptue aTecrÂngletene. — BétabÛssement des relations commerciales avec TÊcoBse. — TrèTe de Bréda. — Canalisation de la grande Ghète. — Alliance défensive entre Henri YIII et Prançois I*'. — Traité de Madrid. — Progrès de la Réforme. — Guerre en Italie. — Ligne entre les rois de France et d'Angleterre. — Nouvelles luttes en Italie. — Sn^ension des relations oonunerciales entre la Grande-Bretagne, la Prance et les Pays-Bas. — Trêve de Hampfon-Court. — Affaires de Gueldre. — Traité de Gorcum. — Anvers au xvi* siècle. — Paix de Cambrai. — Maladies contagieuses et inondations. — Ordonnances niaritinics - — L'Empereur en Italie. — Son couronuement. — Agitation n-ligieuse en Allemagne. — Confession d'Augsbourg. — La ligue de Smalkalde. — Négociations. — Ketraite de Soliman. — Progrès de la Kéfurme dans les Pta>js>Bas.

La nouvelle du désastre de Pavie, en se répandant en France, y excita une véritable consternation. La reine douairière, Lonise de Savoie, montra en ces circonslances autant de prévoyance que de fermeté. Elle recueillit les débris de l'armée d'Italie, paya la rançon des prisonniers et les arrérages de leur solde, puis, s'étant préparé des moyens de défense, entra en négociations avec le vainqueur.

La puissance de Cliiirles-Quint, consacrée sur ce terrible champ de bataille où son rival venait de perdre la liberté, devenait de plus en plus menaçante pour les autres États euro-

ET Iffi LA HARWE BN BELGIQUE.

péens. Henri VIII le comprit, et se rapprochant aussitôt de la France, promit secrètement à la régente d'observer une stricte neutralité, en lui recommandant de ne jamais consentir au démembrement du royaume. L'inquiétude était grande parmi * les populations italiennes, qui faisaient de réquilibrc de pouvoir entre les deux compétiteurs une des bases de leur sûreté.

Charles, dont une éclatante fortune favorisait si complètement les projets, songea d'abord ii mettre son royal captif sous bonne garde, et le fit partir pour Madrid. Ses ministres eurent l'adresse de faire naître l'idée de ce voyage l\ François V' luimême, en lui inspirant le désir de traiter en personne avec son ennemi. Marguerite d'Autriche pressait l'Empereur de poursuivre les hostilités avec énergie en attaquant les frontières fran-çaises au nord et au midi, mais l'argent manquait partout, et Charles crut pouvoir s'en tenir aux mesures diplomatiques.

Informé du revirement politique qui s'annonçait en Angleterre, Henri VIII lui ayant fait des propositions inacceptables, il envoya l'ordre à Marguerite de chercher h conclure une alliance avec l'Ecosse. Ce royaume s'était montré, pendant plusieurs années, fort hostile aux Pays-Bas, dont les marchands avaient eu beaucoup à se plaindre des courses armées des marins écossais. Le roi Jacques V répondit toutefois sn'cc . ' empressement aux ouvertures de la régente, et les anciennes relations entre les deux contrées furent promptement rétablies.

C'était une faible compensation pour toutes les pertes qu'unerupture avec les Anglais présageaient au commerce belge. Celui-ci s'émut enfin de l'isolement auquel on le condamnait, et les provinces maritimes envoyèrent en leur propre nom des mandataires en France, afin d'y solliciter quelques garanties de surêté pour les bateaux de pêche. Les États de Hollande, partageant l'anxiété générale, prirent une résolution semblable, et députèrent à Londres l'amiral Adolphe de Bourgogne, pour traiter avec Henri VUI de leur neutralité. Marguerite, sentant qu'il devenait nécessaire de ménager l'opinion publique, se résigna îi signer une trêve d'un an avec les ambassadeurs de Louise dé Savoie. Cette trêve prenait cours le 26 juillet, pour finir au 31 décembre suivant, et avait pour but principal de permettre aux deux nations u de vaquer à leurs négoces et affaires. » Il fut

BUT. DO OOMIUUlGIi T. II. 19

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s^tipulé que la pêche aux harengs ne serait point entravée durant cet intervalle, et la mer fût déclarée libre pour le transport de toutes marchandises, à Texception des approvisionnements de * guerre. Le gouvernement des Pays-Bas réitéra cependant la prohibition des vins français, et interdit derechef rimportation des chevaux, en chargeant les capitaines des provinces et des villes frontières d'assurer Texécution des mandements publiés à ce sujet (1).

Âu milieu de tous ces troubles, on inaugura, en 1525, l'ouverture de la navigation sur la Grande Ghète, canalisée aux frais de la ville de Tirlemont. Ce travail était d'une utilité incontestable. Un grand nombre de bateaux furent employés à transporter, par cette rivière et par le Démer, des grains , des pierres blanches, de la chaux, du charbon de terre et d'autres produits en destination d'Anvers. Le chanoine Heyien nous apprend que ce transport, en ce qui concerne les blés, se faisait à raison de deux sols de Brabant le muid.

Quelques jours après l'arrivée de François V'h Madrid, où il ne tarda pas à se convaincre qu'il ne pouvait compter sar la générosité de son rival, Henri VIII concluait une alliance délensive avec la France. Son intervention ne rendit pas la libei Lé au prisonnier, qui, désespérant de revoir son pays, tomba dangereusement malade. Â peine rétabli , il manifesta l'intention de renoncer au pouvoir en faveur du dauphin, et fit même dresser iin acte d'abdication, qu'il remit à la duchesse d'Alençon. Celte démarche décida l'empereur à entrer en arrangement avec son ennemi, et un traité fut signé entre eux à Madrid, le 14 janvier 1526.

François P' s'engageait à restituer la Bourgo^^ne h l'Empereur, lui laissant pour otages , jusqu'à parfaite exécuLiou de ■ cette partie de la convention, le dauphin et le duc d'Orléans. Il renonçait à toutes prétentions sur l'Italie, ainsi qu'à tous droits de suzeraineté sur la Flandre et sur l'Artois. Le duc de Bourbon et ses atlhéreuts devaient rentrer en possession de tous leurs biens, avec dédommagement pour les pertes ({u'on leur avait fait essuyer, le roi promettant en outre de n appuyer aucune

(i) A. Henné, BUt, ib Cftorles-OniiU, toia. lY, p. 51.

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tentative de Henri d'Âlbret contre la Navarre. Les deux princes venaient de vivre en paix et de se secourir mutuellement contre leurs ennemis. Us sanctionnaient ce traité par un mariage, et François I'' épousait Ëléonore, reine douairière de Portugal, qui lui apportait en dot 200,000 écus d'or.

Ces conditions étaient dures, et le roi ne les avait pas encore signées qu'il protestait déjà secrètement contre la violence dont il se prétendait victime. Reconduit à la frontière , il se donna h peine le temps d'embrasser ses enfants, qui allaient prendre sa place dans les prisons de Madrid, traversa la Bidassoa, et, tout entier ii la joie de se sentir libre, partit à bride abattue pour Saint- Jean-de-Luz.

Pendant que Charles-Quint se trouvait encore à Séville, célébrant par des fêtes somptueuses son union avec Isabelle, fille du feu roi de Portu;j:al, des faits d'une haute j;ravité se passaient en Alleniap;ne. Quelques paysans, exaspérés par les lourdes charges auxquelles ils étaient soumis, avaient levé l'étendard de la révolte dans les environs d'UIm, en Souabe, et, se ruant sur les nionaslèrcs et les châteaux du voisinage, en avaient iinpitoyableiiient massacré les habitants. L'esprit de sédition avait gagné successivement d'autres provinces, et les insurgés étaient bientôt devenus assez puissants pour tenir en échec des forces considérables. Ce soulèvement, d'abord exclusivement politique, changea de caractère en se propageant en Thuringe, et s'y confondit avec les débats religieux. Tliomas Muncer y prêcha ouvertement le comniunisme, invitant ses auditeurs à ne pas se borner à discuter les droits de l'Église, mais aussi ceux de^^ l'Etat. Leurs excès, dont ou faisait remonter la responsabilité jusqu'à Luther lui-même, plaçaient ce dernier dans une situation pleine de périls, dont il ne sortit qu'en condamnant avec sévérité des doctrines qui devaient lui enlever l'appui des princes allemands. Ceux-ci, réunissant leurs forces, tombèrent enfin sur les bandes indisciplinées qui se livraient à leurs coups, les mirent en déroute, et en firent un grand carnage.

La réforme avait perdu cette année son premier protecteur, Frédéric de Saxe, mais la sécularisation d'une partie de la Prusse, appartenant à l'ordre teutonique, au profit du grand maître de cette corporation, Albert de Brandebourg, lui pro-

• mSTOIRË DU COMMERCE

cora, d'on antre côté, de nouvelles et puissantes ressources. Les démêlés qui allaient bientôt surgir entre le pape et l'Empereur, en séparant les intérêts de ce monarque de ceux de la cour de Rome, devaient lui être encore plus fsivorables.

François s'appuyant sur une délibération des États pour rompre le traité de Madrid, avait entraîné en effet Clément VII, les Vénitiens et le duc de BGlan à se liguer avec lui contre Gharles-Quint. Il espérait, en suscitant des embarras à ce dernier, obtenir la mise en liberté des princes flrançais et ne réussît qu'à perdre ses alliés. Le duc de Milan, assiégé par les Impériaux, se vit forcé de capituler; Clément VII, attaqué dans sa capitale parle cardinal Pompée Colonne, ne se lira de ce mauvais pas qu'en abjurant tous rapports avec la France.

L'Italie se débattait encore contre les violences des soldats étrangers, qu'une autre coalition, menaçante pour les Pays-Bas, destructive pour leur commerce, se formait ii Paris entre Henri VIÎI et François P'. Les deux monarques se promettaient réciproquement aide et secours contre tous leurs adversaires, puis convenaient de sommer l'Empereur d'accepter la paix et de relâcher Iqs fils de France, en satisfaisant en outre à ses obligations envers le roi d'Angleterre. En cas de refus, ils devaient commencer sur le champ les hostilités, et interdire toutes relations commerciales entre leurs sujets et les habitants des Pays- Bas, auquel il était accordé un délai de 40 jours pour retirer leurs marchandises des entrepôts français et anglais.

Le sac de Rome par les troupes du duc de Bourbon, suivi de l'arrestation du pape Clément, décida les confédérés h déclarer ouvertement leurs intentions, et détourna de nos provinces l'orage dont elles étaient menacées. Dès lors tout change de face, et la fortune de l'Empereur paraît pencher vers son déclin. Lautrec s'avance en Lombardie, sans y rencontrer de résistance sérieuse, et bientôt Gênes rouvre ses portes aux Français; les troupes impériales, au lieu de marcher à l'ennemi, se rassemblent en réclamant tumultueusement leur solde, et refusent d'obéir à la voix de leurs chefs; le sceptre de Hongrie et de Bohême, devenu vacant par la mort de Louis II, passe, il est vrai, entre les mains de l'archiduc Ferdinand, frère de Charles, mais les Turcs menacent les plus belles provinces de Tempire;

ET DE LA MABOn EN BELGIQUE»

les Luthériens, se méfiant des projets du souverain, qui vient de se réconcilier avec le pape, s'agitent sourdement : tout annonce uue crise dont les coalisés paraissent appelés à profiter.

Tandis que Lautrec, à la tête d'une forte armée, mardi c sur Naples, les effets de la guerre se font sentir jusqu'en Belgique. Le 13 février 1528 parut une circulaire de Marguerite d'Autriche, ordonnant l'arrestation de tous les Fi ançais, marchands et autres, qui s*y trouvaient en ce moment. On s'empara non seulement de leurs personnes, mais aussi de leurs biens « afin d'indemniser et de garantir les sujets des Pays-Bas, qui avaient été pris et adommagiés. » D'autres mandements prononcèrent la confiscation des saisies opérées à cette occasion, et enjoignirent aux Belges et aux Hollandais, habitant la France, d*en sortir dans les trente jours. Quelques marins flamands ayant été retenus dans les ports de la Grande-Bretagne, des mesures rigoureuses furent également prises contre les Anglais, et une ordonnance du 28 mars frappa les laines britanniques d'un droit d'entrée considérable (1). Une expédition navale, organisée par Guillaume de Montfort, le seigneur de Rœulx et l'amiral de Flandre, Adolphe de Bourgogne, se préparait à prendre la mer pour flaire voile vers l'embouchure de la Tamise, lorsque Henri TIII modifia enfin sa politique à l'égard des Pays- Bas.

Les pertes commerciales auxquelles la guerre soumettait les

habitants de l'une ou de Tautre contrée, étaient telles, que de vives réclamations y avaient accueilli de part et d'autre, le commencement des hostilités. Wolsey essaya d'abord d'étouffer ces murmures, mais des émeutes éclatèrent sur divers points du royaume. Les marchands anglais refusaient d'acheter des draps, à moins qu'on ne leur rouvrît le marché d'Anvers, où ils en trouvaient le débit; les ouvriers, manquant d'ouvrage, prenaient une attitude menaçante : il fallut céder, et une trêve de huit mois fut conclu à liamptone-Gourt entre les Pays-Bas, l'Angleterre et la France.

Le duc de Queidre, qui avait envahi certaines provinces hol-

(1) Piac. de Flandre, tome 1, p. 593.

ttlSTOIRB DU GOMVERCE ,

landaises, et que Marguerite refusait de comprendre dans îa trêve avant la complète évacuation d'Utreclit, de Groningue et de quehiues autres seigneuries, entravait toujours nos opérations commerciales. La régente fit les plus grands efforts pour abattre cet infatigable ennemi, et les communes belges y contribuèrent puissamment. Quelques bateaux ayant été ca|)lurés sur la Meuse, et des marchands brabançons, revenant de la foire de Francfort, ayant été molestés par les Gueldrois, les milices An vers et de Bois-le-Duc portèrent le ravage jusqu'aux portes de Zuiphen. Après une longue lutte, qui fut l'occasion de la levée de nouveaux subsides (1), un traité fut signé il Gorcum, le 8 octobre 1528. Le duc y reconnaissait la suzeraineté de Gharles-Quint sur Utrecht et sur TOveryssel, conservait la Gueldre et ses dépendances, mais en assurait la succession, s*il mourait sans héritiers légitimes, à l'Empereur, qui lui abandonnait à titre viager la possession de Groningue, des Ommelandes, de Diepenbeim, de Coeverden et de Drenthe. Les relations mercantiles entre les Pays-Bas et la Gueldre étaient rétablies, sous la seule réserve du paiement des anciens tonlieux, et les deux princes s'interdisaient réciproquement le droit de délivrer, en cas de contestations, aucune lettre de marque, de contre-marque ou de représailles, sauf en cas de déni de justice (2).

Nous venons de voir que les Anversois, abandonnant leurs comptoirs pour saisir leurs armes, savaient défendre avec vigueur leur liberté commerciale. Transportons-nous un instant sur les bords de TEscaut et, avant de reprendre notre récit, donnons une idée de Timmense animation qu'ils devaient présenter h cette époque.

Le déclin de la marine marchande italienne était consommé, ainsi que la décadence de Bruges, la Venise du Nord. La conquête des Indes avait fait passer le sceptre du commerce aux mains des Portugais, qui, se rendant directement de Galicut dans leur

(1) Yoy. les Ihcuments inédits concernant les trovhles de la Btl^ifgiM fOttf U

rigne de l'empereur Charles-Quint, tomel, introd. pp. 6 et suiv.

(2) Rp?. n* 107, aux Archives générales du royaume. Yoy. aussi Damont, lome IV, 1" partie, pp. 5U-51S.

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pays, venaient débarquer leurs précieuses cargaisons à Anvers. Là, dans les rues étroites qui avoisinent le port, se pressaient des marchands de toutes les nations, parmi lesquels on distiuf^uait particulièrement un grand nombre d'Allemands , de

Danois, d'Italiens, d'Espagnols et d'Anglais. Plusieurs d'entre eux avaient accumulé des fortunes princières, entre autres les membres de la famille des Fuggers, dont le chef, Antoine, laissa par testament six millions de couronnes d'or. Leur opulence avait mérité h la ville l'nppellation qui la distingue parmi les cités belges Antverpia nominis « Anvers la riche. »

Les Allemands lui expédiaient d'excellente laine venant de la Hesse, des verreries, des futaines, des lingots d'argent, une immense quantité de cuivre fondu et battu, du pastel, de la garance, du safran et autres matières destinées aux teinturiers, du salpêtre, des meubles de ménage travaillés avec une grande perfection, des armes, du vif argent, et surtout des vins du Rhin, dont on faisait alors une consommation considérable. Ils s'approvisionnaient à Anvers de joyaux et de perles fines, et en exportaient des épiceries, des drogueries, du sucre, des draps d'Angleterre et dlrlande, différents tissus de laine et une foule d*autré& objets.

Les villes d'Italie, bien qu'elles eussent perdu une partie de leur importance commerciale, contribuaient encore largement aux importations qui se disaient dans les Pays-Bas. Les Anversois se livraient à des opérations de change avec Rome, Venise, Milan , Florence et Gènes. Ancône leur envoyait des camelots de toutes sortes, des épices, des soies, des ceronS| des feutres, des tapis, des maroquins et des couleurs des Indes. Elle prenait en retour des cargaisons de gros draps, tant anglais que du pays, surtout des étoffes d'Armentières, des laines, des ostades, des toiles, des tapisseries et de la cochenille d'Espagne.

De Bologne arrivaient des draps de soie, d'or et d'argent, des bonneteries, des voiles et des ceinturons. Venise fournissait des clous de girofles, de la canelle, des noix muscade, du gingembre, de la rhubarbe, de l'aloès, de la casse, de l'agaric, de la sandara(]ue, du séné, de la coloquinte, de la scaiiinioiiie, de l'ammoniaque, de la tulie et delà thériaque, venant du Levant. Elle envoyait cgalemenl dans nos provinces beaucoup de soie-

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