S06 HISTOIRE DU COMMERCE
toat une quantité de grosses toiles et de tissus, des camelots de tous genres» du lin, du fll, de la cire, du goudron, de la garance, de la rue, du soufre, parfois du seigle et du ftx>inent, de la viande et du poisson salés, du fromage, du beurre, des quincailleries en métal, des merceries en soie et en filoselle, de Targenterie, des armes, des meubles et des ustensiles de ménage. Les laines espagnoles se vendaient à Bruges, qui en avait conservé Tétape, et on en débarquait annuellement près de 40,000 sacs, c'est à dire pour un millier de couronnes d*or. Ce chiffre s'abaissa cependant plus tard, quelques tisseranderies s*étant établies en Espagne inéme, à 25,000 sacs, ce qui représentait encore un capital, — chaque sac étant estimé à
couronnes environ, — de 650,000 couronnes.
Le commerce des Portugais à Anvers avait beaucoup de rap* ports avec celui qu*y faisait les Espagnols. Ua y déballaient des pierres précieuses, de très belles perles orientales, de Tor fin, — tant en lingots que battu ou en plaque, . — des épiceries, des drogueries, de Tambre, du muscat, des civettes, de Tivoire, de la rhubarbe, de Taloès, de l'azur, du coton, des racines de la Chine et plusieurs autres denrées de valeur, qu'ils apportaient des Indes Orientales ou de Galciitta. Ajoutons encore à cette nomenclature du sucre de nie Saint-Thomas, du bois de Brésil, des émétiques, du poisson et des drogues qu'ils se procuraient à la côte de Guinée, d'excellents vins de Madère, —-qui équivalaient au vin de Halvoisiè, — du sel, du vin d'Oporto, dé l'huile, des aromates, de l'encens, et des fruits tirais, séchés, en confitures ou en conserves. On peut taxer à plus d'un million de couronnes le produit des épices qu'ils introduisaient dans le pays. Les Anversois s'étaient créé, au surplus, quelques relations directes avec l'Afrique, d'où ils recevaient du sucre, delà coloquinte, des cuirs, des pelleteries, des plumes et*des panaches, et où ils envoyaient leurs draps, leurs toiles, leurs laines et leurs quincailleries.
Un auteur contemporain, résumant la longue liste que nous venons de présenter au lecteur, afilrme que le total des sommes importées chaque année à Anvers montait à 500 millions d'argent ou 133 millions d*or, non compris le change sur les espèces métalliques. Les assurances maritimes y étaient éta»
ET DE Là MARiME EN BELGIQUE.
blies depuis longtemps, et y avaient été organisées par les négociants eux-mêmes, qui se garantissaient mutuellement certains dédommagements en cas de pertes.
Nous venons d'esquisser, à grands traits, la situation financière de la nouvelle métropole commerciale sous le règne do Charles-Quint. Les éléments de cette statistique méritent d être étudiés, car ils ne contiennent pas seulement des déiails intéressants sur l'histoire de nos relations mercantiles, mais aussi de précieuses données concernant l'ëlat de l'Europe h cette époque. Nous y voyons en effet que l'Angleterre, qui ne nous envoyait d'abord, ainsi que nous l'avons constaté ailleurs, que des matières premières, commençait à faire de grands progrès dans rindustrie, et exportait déjà d*immenses quantités de draps; les villes d'Italie, héritières d*une antique civilisation, enrichies par leur négoce avec l'Orient, étaient encore en possession de tous les produits de luxe, des belles étoffes de soie, des draps d'or, des pierreries et des joyaux de prix; TEspagne, soumise au despotisme militaire, lancée dans la voie des conquêtes lointaines, privée de ses libertés communales, ne nous expédiait que les fruits de son sol, et l'or qu'elle arrachait aux iiidi^^èries du Nouveau Monde. Partout où les droits du peuple sont méconnus, nous trouvons l'industrie languissante et le commerce passif ; partout où de sages lois règlent Téquilibrc des pouvoirs, la fortune publique s'élève, et avec elle se développe la culture des arts et des lettres. Bruges avait vu naître les frères Van Eyck au moment où la foule encombrait ses halles; le pinceau de Quentin Metsys illustrait Anvers aux temps heureux de sa prospérité.
L'influence de Charles-Quint, un moment compromise en Italie, se relevait insensiblement au commencement de l'année 1528. Lautrec, à la tête d'une armée de 35,000 hommes assiégeait inutilement Naples, tandis qu'André Doria, l'un des plus habiles marins de ce temps, abandonnait le parti français pour passer au service impérial. La perte de Gênes avait suivi de près cette défection, et les efforts de François l"dans le Milanais n'avaient pas ramené la victoire sous ses drapeaux.
Les deux partis, néanmoins, étaient également épuisés. Le roi de France, n'espérant plus obtenir l'élargissement de ses