‹ Histoire du commerce et de la marine en BelgiqueChapitre 26 sur 29 · SOS · texte numérisé non relu

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BISTOIRB DU GOmiERCB

enîknis par la force des armes, désirait la paix. Chartes, malgré tous ses succès, ne manquait pas non plus de raisons poiir souhaiter un accommodement. Soliman, après avoir ravagé la Hongrie, était prêt à fondre sur TAutriche avec toutes les forces de TOrient. La réformation gagnait tous les jours du terrain en Allemagne, et les princes qui la favorisaient avaient formé une confédération menaçante pour la tranquillité de Tempire.

Dans cette situation des affîiires, des conférences eurent lieu à Cambrai entre Marguerite d'Autriche et Louise de Savoie. Tandis qu*on attendait avec inquiétude le résultat de leurs délibérations, on apprit tout à coup que Gément VII, devançant ses alliés venait de conclure un traité avec Charles-Quint. Ce monarque s^engageait à le remettre en possession de tous les ter-, ritoires appartenant à TÉtat ecclésiastique, assurait de grands avantages à la famille de Médicis, et remettait entre les mains du pape les destinées du Milanais. Il obtenait en échange l'investiture du royaume de Naples, le droit de lever dans ses États un quart des revenus ecclésiastiques, et une absolution générale pour tous ceux qui avaient eu part à l'assaut et au pillage de Rome.

Cette nouvelle accéléra les négociations de Cambrai, et détermina Marguerite et Louise à mettre fin à tous débats. Il fut convenu que Charles renoncerait pour le présent, à la restitution de la Bourgogne, et qu'il recevrait deux millions d'écus pour la rançon, des princes français. La souveraineté de la Flandre et de l'Artois lui était cédée par le roi, qui abandonnait toutes prétentions sur Naples, Milan, Gênes, et sur toutes les villes situées au delà des Alpes. François I"^ devait épouser, comme il en avait déjà été décidé lors du traité de Madrid, Éléonore, fille de Philippe le Beau. Une des clauses secondaires de la paix de Cambrai mérite d'être rappelée : elle abolissait les droits d'aubaine levés en France par les sujets des Pays-Bas.

La paix de Cambrai portait un coup fotal à l'influence française. Les Vénitiens, les Florentins, le duc de Ferrare et les autres alliés du roi dans les États napolitains, se tiy>uvaient abandonnés, par ce traité, à toutes les vengeances de Charles, aucune stipulation n'ayant été flûte en leur fhveur. Henri VIU*

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avait également de nombreux griefs à feîre valoir contre François I^, mais d*autr6s intérêts le séparaient en ce moment de l'Empereur. Vivement épris de la belle Ânna Boleyn, il sollicitait alors auprès du pape Clément VU la permission de répa« dier Catherine d'Aragon, sous prétexte de consanguinité, tandis que les agents impériaux plaidaient devant la cour pontificale la cause de la reine. Il ne lui restait, par conséquent, d'autre parti à prendre que d'approuver les démarches du roi de France.

La cessation des hostilités ne ramena pas le calme dans les Pays-Bas. Le pays restait livré à une profonde agitation, que de tristes événements ne firent qu'aggraver. Une maladie contagieuse, la suette, qui avait paru pour la première fois en Angle* terre en 1483, éclata dans nos contrées en 1529, et y fit de grands ravages, particulièrement à Anvers, où elle enleva plus de 800 personnes en trois jours. Elle sévit avec une égale violence à Gand, à Bruges et à Malines. Elle n'avait pas encore disparu, lorsque de désastreuses inondations, s'étendant sur toute la côte de Flandre et de Hollande, vinrent ajouter aux souffrances de la population de ces provinces. Toute la partie orientale de l'Ile de Zuidi-Beveland passa sous les eaux avec la ville deReimerswaleet vingt villages; le vieil Ostende fut éga- ' lement submergé, et l'action de ces terribles marées se fit sentir à Calais, à Gravelines, à Dunkerque, à Nieuport, à l'Ëcluse et jusque sur les rives de l'Escaut (1). La ville d'Anvers pour contribuer à la reconstruction des digues, fit creuser un bassin et leva à cet effet 3,000 florins (2). On commença dans cette cité, vers le même temps, les travaux d'édification de la nouvelle Bourse, dans la longue rue Neuve (3).

Deux ordonnances maritimes fiirent promulguées en Zélande, le 26 mai et le 26 octobre 1S31. Elles enjoignent aux patrons de navires, dans les vingt-quatre heures de leur arrivée sur

(1) Meyer, De rébus l'iandricis,^ ; SIeitlaniis, 112 V; Belpaire, Sotice hisKh rique sur la viUe el le port d'Oslendet Mém. de l'Acad. X, 18.

{%) M. Krollnger, Natkt sur la daté emtititie ^Awten.

(3) Cet édiflee, qui plus tard servit de modèle au Jloyol Eschangs àtontfres, fat inauguré en iSSS.

les côtes, de déclarer la capacité de rembarcation qtf ils cornmandent, et de payer les droits d'ancrage , ou tout au moins de fournir caution pour le paiement de ce droit. Us ne pou-^ Yaient se dispenser de remplir cette formalité — eussenMls môme Fintention de se rembarquer immédiatement pour le Brabant ou la Flandre, — sous peine d'une amende de cinquante lions d'or (1).

Peu« de temps après Téchange des ratifications du traité de Cambrai, l'Empereur s'était dirigé vers l'Italie, où il parut avec pompe, entouré d*une nombreuse noblesse et d'on corps considérable de troupes. Il s*y conduisit avec modération, rendit ses bonnes grftces aux ducs de Milan et de Ferrare, accepta un accommodement avec les Vénitiens, et se borna à exiger des indemnités pécuniaires de ses anciens ennemis. Ces sommes , indispensables à ses projets, lui furent payées sans délai. Il avait négocié, étant à Gênes, des lettres de change sur les Pays- Bas pour une valeur de 112,700 ducats d'or. Ce capital, exigible dans les deux mois, fut rassemblé à l'aide d'un emprunt fait à Anvers par Marguerite d'Autriche, sur sa garantie et sur celle des principaux seigneurs de la cour.

Après la cérémonie de son couronnement et la publication de la paix, il se disposa à prendre le chemin de l'Allemagne. L'attitude menaçante de Soliman, l'agitation religieuse provoquée par la réforme y appelait toute son attention. Déjà l'archiduc Ferdinand et les autres députés impériaux, agissant d'après ses ordres, avaient rassemblé une diète à Spire, le 15 mars 1329, afin de réclamer la mise à exécution du décret de Worms, lancé contre Luther en 1524. L'électeur de Saxe, le marquis de Brandebourg, le landgrave de Hesse, les ducs de Lunebourg, le prince d'Anhalt et les députes de quatorze villes libres, s'étaient hûtés de protester contre les actes de cette assemblée, circonstance qui leur avait valu le nom de « protestants, » destiné à devenir bientôt celui de leur parti.

Charles commençait à s'alarmer de ces débats. Après les avoir longtemps tolérés, d'abord par indifîérence, puis dans respoir d'arracher quelques concessions à la cour de Rome , il

(1) Smalicgange, Chron. van Ze^nd, \" deel, book, bl. 16S.

BT DB LA MARUIB EN BELGIQUE.

venait enfin d'en comprendre toute la portée. Les habitudes de libre examen contractées par les réformateurs, circonscrites d'abord dans le domaine de la théologie, se manifestaient de plus en plus dans leurs relations avec le pouvoir temporel, et l'ambitieux monarque était décidé h y mettre un terme. La majorité lui étant acquise h la diète, il convoqua celle-ci à Augsbourg, vers le milieu de Tannée 1530.

Les princes protestants y comparurent, et 3îélancliton y exposa solennellement leur confession de foi. Après quelques faibles efforts de conciliation, on en vint ii une rupture ouverte. La diète, cédant aux instances de l'Empereur, condamna les opinions luthériennes, défendit h toute personne d'appuyer ou de protéger ceux qui les enseigneraient, enjoignit l'exacte observation du culte établi, et prohiba toute innovation en matière de religion sous des peines sévères. 1] fut arrêté, en outre, qu'on s'adresserait au pape pour lui demander la réunion d'un concile général, dans le délai de six mois, afin de soumettre h cet auguste tribunal toutes les questions litigieuses.

Cet acte de rigueur, en démontrant aux luthériens qu'il était temps de songer à leur sûreté, leur mit les armes à la main. Ils s'assemblèrent à Smalkalde, le 9 novembre 1531, et, opposant une ligue protestante h la ligue catholique, envoyèrent leurs agents en France et dans la Grande-Bretagne, pour y implorer des secours en cas de guerre. L'élection de l'archiduc Ferdinand comme roi des Romains, par laquelle Charles espérait rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille, augmenta le nombre des mécontents, qui grossirent bientôt au point de pouvoir, h leur tour, réclamer des garanties.

La situation devenait grave, et l'Empereur se résigna à traiter avec les rebelles. Des conférences eurent lieu entre les deux partis, d'abord à Nuremberg, puis à Ratisbonnc. On y convint de suspendre toute poursuite pour cause d'hérésie jusqu'à la convocation du concile, la concorde étant plus que jamais nécessaire entre les princes, en présence des formidables préparatifs faits par les Turcs.

Cette négociation était à peine terminée, que Soliman entrait en Hongrie h la tête de trois cent mille hommes. Charles, se mettant pour la première fois à la tête des troupes impériales

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HISTOIRE DU COMMERCB

— parmi lesquelles se trouvaient plusieurs escadrons de cavalerie tirés des Pays-Bas — sut repousser toutes ses attaques, et le força à retourner à Constant! nople vers la fin de l'automne. V Tandis que Luther et Mélanchton , attirant autour d'eux des auditeurs attentifs et enthousiastes, prêchaient librement la foi nouvelle, leurs disciples périssaient sur le bûcher en Belgique. Les relations commerciales y avaient introduit depuis plusieurs années les doctrines de la réformation, particulièrement dans les provinces flamandes. William Tyndale, un Gallois réfugié, avait fait imprimer à Anvers, dès l'année lo26, une traduction anglaise de la Bible. Le gouvernement, voulant entraver ces manifestations dangereuses, les avait combattues de bonne heure par des menaces de répression. Un placard, publié le 22 mars 1521 , prescrivait de brûler les ouvrages du moine de Wittemberg, et en interdisait l'impression, la vente, l'achat, la conservation ou la lecture, avec menace de confiscation et d*autTes châtiments arbitraires. Bientôt un nouvel édit, da 7 juillet 1526, renchérit sur ces dispositions. Il défendait expressément aux prédicateurs, sous peine de fortes amendes et do bannissement en cas de récidive, de mentionner les opinions condamnées, toute discussion religieuse sur des points du dogme étant sévèrement interdite.

Ces rigueurs étant restées sans résultat, on arma les juges de pouvoirs plus étendus. Un décret du 14 octobre 1S29 prohiba de traduire, de lire, d'écrire aucun livre touchant les saintes écritures, sans permission des autorités ecclésiastiques ; d'en imprimer, d'en produire d'aucune espèce sans octroi du gouvernement. Les hérétiques, exclus de tout état honorable et de tout droit civil, étaient réservés au supplice : les hommes, par répée; les femmes, par la fosse où elles descendaient vivantes; les relaps, par le feu. Des persécutions avaient inauguré jadis, en Flandre, une guerre civile qui avait ruiné son commerce : il s'en préparait une autre, qui, en se généralisant, allait paralyser duraiit plus d'un siècle les eiforls de tout un peuple.

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