‹ Histoire du commerce et de la navigation a Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise (volume 2)Chapitre 10 sur 54 · VINS EXPORTES PAU BORDEAUX · texte numérisé non relu

VINS EXPORTES PAU BORDEAUX

Vins proférés au moyen Age. — Peu de goût des Anglais du vieux temps pour les vins forts et fumeux; leur prédilection pour les vins de liqueur. — Eloge du vin vcrnache. — Vin clairet, claret. — Préférence pour les vins nouveaux. — Indifférence au sujet des crus. — Ancienne réputation des vins de Gaillac et de Moissac. — Registre d'un connétable du château de Bordeaux en 1508 ; navires qui s'y trouvent mentionnés ; provenance d, s vins embarqués sur ces navires ; annotations relatives aux douanes. — Commerce de vins avec le Médoc au xiv siècle ; règlement des maire et jurats de Bordeaux au sujet de ce commerce, confirmé par le roi d'Angleterre. — Exportation des vins de Périgord, de Bourg et de Blayc, par la Dordogne et la Gironde. — Défense de charger des vins ailleurs qu'à Bordeaux et à Bayonnc ; réclamation qui en est la suite. — Instructions au sujet des navires qui chargeaient sur la Dordogne.

— Ports du Médoc mentionnés dans un ancien registre de'la connétablie. — Marine de Bordeaux au xiil" et au xiv° siècle. — État florissant du commerce de Libourne à cette époque.

— Qualité de citoyen de Bordeaux cumulée avec celle de bourgeois d'autres localités.

Jusqu'à présent, nous n'avons pas dit quelles sortes de vins Bordeaux envoyait sur les marchés étrangers; il n'est point cependant sans intérêt de signaler les vicissitudes et les transformations du goût, ni de connaître la fortune des productions destinées à le satisfaire.

Aujourd'hui nous voulons des vins délicats, parfumés et moelleux : nos ancêtres, dont l'estomac était autrement robuste que le nôtre1, préféraient ceux qu'ils trouvaient « fors et aspres et bien bevans2, » c'est-à-dire les

1 Dans les statuts de Bordeaux faits en 1585, pour la police de la vente du gibier, comme dans le règlement de Renri II en 1549, pour le même objet, le héron est compté parmi les oiseaux qu'il est permis de porter au marché. (Le Grand d'Aussy, Hist. de la vie privée des François, t. II, p. 20.)

2 Du Provost d'Aquilée, v. 159. {Nouveau Recueil de fabliaux et contes inédits, etc., t. II, p. 192.) Cf. Rot. lilt. claus., vol. I, p. 52, col. 1 ; et Froissart, liv. I, part. II, ch. xix; t. I, p. 516, col. 1. — On trouve dans un manuscrit du xivc siècle, conservé au Musée Britannique (Ms. Lansdowne n° 597, folio 9 verso), une tirade sur les propriétés du bon vin, que M. Thomas Wright a pu-

gros vins comme on en récoltait dans le midi et dans le

centre de la France, dans la patrie des fabliaux. L'auteur

de l'un de ces petits poëmes, la Desputoison du vin et

de riaue, après avoir nommé le vin de Gascogne et vanté

sa couleur, continue ainsi, de manière à donner à penser

qu'on l'employait aussi à opérer des coupages :

Les autres vins fet honnorer, Quant de soi les veult coulourer ; Force donne, aide et confort, Et d'un vin foible fet un fort ; Il a de vin plaine sustance, Il nourrist sans faire grevance ; Ans testes est bons et au flanc, Et du rouge y a et du blanc i.

Les vins ardents et capiteux du midi de l'Espagne, par exemple, de la Galice2, si fréquentée autrefois par les pè-

bliée dans le second volume de ses Reliquiœ antiquœ, p. 29 cf. vol. I, p. 2" , avant un morceau intitulé la Messe des ivrognes. — L'auteur anonyme caractérise du vin de la sorte par vingt lettres correspondant a tout autant d'épithètes, trois commençant par un b, trois par un c, trois par un n, trois par un s, et huit par un f. Les trois b disent qu'il est bon, beau et buvable ; les trois c, qu'il est court, clair et crêpé ; les trois n, qu'il est net, naïf et naturel; les trois s, qu'il est sec, sain et sade. Les huit f disent qu'il est froid, frais, friand, frémissant, fermenté, fier, lin et français. Après quelques autres traits, que nous regrettons sincèrement de ne pouvoir reproduire, faute d'espace, l'écrivain s'écrie en finissant :« Oui, vin, tu es bon, tu es doux; tu causes maints démêlés, mais, quand tu les a soulevés, tu les apaises. Maintenant, essuie-toi la bouche, et baise-moi. » Comparez ce morceau avec un passage du traité d'Alexander Neckham, de Utensilibus (Th. Wright, a Volume of Yocabularies, etc., p. 103, 101 , et avec une tirade anglaise sur les propriétés du bon vin, publiée par M. Halliwell dans les Reliquiœ an tiqua', vol. I, p. 7r2:>.

1 Nouveau Recueil de contes, etc., publ. par Achille .lubinal, t. I. p. 300. — Un acte de vente d'une pipe de vin « moytié blan et moytié elaret, » reçu par Audouyn, notaire a Cadillac, en juillet 1560, semble confirmer ce que nous venons de dire sur l'ancienneté des coupages.

- Froissait, Chroniques, liv. III, ch. i.wxu; t. II. )>. (1-2K. col. 1. ann. 1387. Cf. p. (13-2. col. 2.

lerins de toutes les nations eatholiques, et jusqu'aux vins forts et fumeux de la Champagne 4, les incommodaient, au point que Henry V, après la bataille d'Azincourt, se vit obligé de ne les tolérer, dans son armée, qu'étendus d'eau 2; mais nos ancêtres aimaient surtout les vins de liqueur, et c'est ce qui leur faisait trouver excellent le vin grec 5. Dans un ouvrage, encore inédit, du xme siècle, on trouve de minutieuses observations sur le vin, dont l'auteur considère tour à tour l'âge, la couleur, le parfum, la force et la faiblesse. Un long chapitre que, pas plus qu'un curieux passage du Roman de Fauvel \ Le Grand d'Aussy n'a cité ni dans ses notes sur le fabliau de la Bataille des vins , ni dans ses longues recherches sur les vins de France, n'est

1 L'auteur du curieux poème sur la politique anglaise caractérise ainsi les vins que les flottes de Flandre venaient encore chercher a la Rochelle en 1436. Voyez Wright, Pollllcal Poems and Songs, vol. II, p. 162.

- Tltl Llvii Foro-Jullensis Vita Henrici Qvlntl, etc. Oxonii, mdccxvi, in-8°, p. 83. — L'auteur, en signalant les effets pernicieux du vin de Champagne sur les Anglais, fait remarquer que ce n'était point la leur hreuvage ordinaire et naturel, et il a raison, en tant que parlant du commun des sollats, habitués a boire de la bière. A ce régime, ceux dont parle Froissart ne pouvaient qu'être fortement éprouvés par la transition.

;{ Thresor de Sentences dorées, etc. , par Gabel Meurier. A Rouen, m.d.lxxxmii. , petit in-12, p. 217. — Un trouvère représente le dieu d'Amour assis entre les quatre premiers grands vins : le vin grec et celui de grenache, « vin muscadet et vin de Chypre. » (La Desputolson du vin et de l'iaue, dans le Nouveau Recueil de fabliaux, de M. Juhinal, t. I, p. 29i.) — Voyez, sur le vin grec ou de Malvoisie, les textes rassemblés dans le Glossaire de du Gange, aux mots Malvaticum, Malvaxia, Malvazia, Malvezy, t. IV, p. 211, 212. Pour ce qui est du vin muscat, on le récoltait surtout dans notre midi ; Froissart parle des bons vins et des bons muscadets dont s'abreuvait, en 1336, l'armée du prince de Galles sur la rivière d'Aude. (Chron., liv. I, part. II, cb. xix; t. I. p. 320, col. 2.)

Vins y ot bons et preeieus...

Vin? de Gascoingru! coulorez, Do Mompellier ot do Rochclo El de ffarnache ot do Casiele;

pas sans intérêt pour l'histoire de notre agriculture, puisque l'on y passe en revue les vins de Provence et de Gascogne, cT Achoire ou d'Auxerre, de la Rochelle, de France, le vin rouge d'Orléans, le vin blanc de Saint-Émilion , le vin Rinois, qui ne saurait être du vin de Reims, ou de Champagne, mais plutôt de ce vin du Rhin que les marchands lorrains venaient vendre en Angleterre1. 11 faut entendre l'arrêt prononcé par le juge : « Le vin vernache est de milhor condition, car il est atempreement (modérément) fort, et flaire très-douchement ains (avant) qu'il viengne à la bouche, les narines salue et conforte la cervele, bien prent al palais; et point (pique) sans bleschier, al cuer donne joie et leesche, et, courtement à dire, de tous vins ce est le pervenke2. »

Vins do Beaunc et do Saint-Pourçain...

Hc Saint-Jangon et de Navarre,

Du vinon iiuo l'en dit Labarre,

D'Espagne, d'Anjou, d'Orlenois,

D'Auccurre et de Laonnois

Et de Saint-Jehan, de Biau voisin, etc.

(Ms. de la Bibl. imp. n- 6812, roi. xxxii V, c. 1, v. 58. Cf. les Manuscrits françois de la Bibliothèque <hi Roi, t. I, p. 320, 321.)

1 Voyez ci-dessus, p. 1 10.

2 Secretum secretorum, deGeoffroi de Waterford , fans Y Histoire littéraire de

lu France, t. XXI. p. 220. — Le vin vernaehe on vernage, encore nommé, avec d'autres, dans un éloge de Paris, composé en 13-25 par Jean de Jandun (Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. 111, n° 10, ann. 1855-1856, p. 524 , dans une ordonnance de Philippe de Valois, du 17 février 1349 (Ordonnances des rois de France, etc., t. II, p. 319, il" 7 . dans les Chroniques de Froissai! liv. II. ch. cxv. ann. 1381; t. II, p. 161, col. 1), avec le malvoisie, comme un vin d'Italie, et dans the St/ni/r of loue l)egree, v. 755 (Ancien! Engleish metrical Romancées, vol. I, p. 170 , parmi une foule d'autres boissons usitées en Angleterre au \nr siècle, esl probablement le vin de grenache, « gros vin vermeil, trouble, » dont l'usage engendrait diverses maladies, ce qui le fait proscrire par Eustache Deschamps. Poésie* historiques et morales, etc. p. 163.) Le nom Gouvernai qu'on donne a certain

L'auteur aurait pu ajouter que, pour être ainsi qualifié, un vin devait, avant tout, être clair; autrement on appréhendait qu'il ne fût malsain1. Mais il n'y avait pas seulement de vin clair que celui qui était bien reposé; toute une catégorie de vins, intermédiaire entre les vins rouges et les vins blancs, celle des clairets, devait son nom à la faiblesse de leur couleur2. De là le nom de claret, usité à Bordeaux bien avant le milieu du xvie siècle3,

vin d'Orléans, appelé auvernois dans un ancien fabliau (de la Borgoise d'Orliens, v. 201 ; parmi les Fabliaux et Contes, édit. de Méon, t. III, p. 167), ne serait-il puint la racine des mots qui précèdent, ou n'en viendrait-il pas? Afin d'aider à la solution de cette question, nous renverrons au traité d'Alexander Neckham, de Utensilibus, où l'on voit figurer le vin de Auverne, donné comme équivalent àevinum falernum, au milieu d'autres vins, tels que le rosé, le ferré, le gelofré (vimm gariofllatum), et à la suite de tout ce qui se rapporte a la boisson. (Th. Wright, a Volume of Vocabularies, etc., p. 98.) — Simon du Rouzeau d'Orléans, qui n'a garde d'omettre l'auvernat, mentionne auparavant « Le Vernace Corsegue, le Paillet de Sicille. » (L'Hercule guespin ou l'Himne du vin d'Orléans, etc. A Orléans, m.dc.v., in-4°, p. 12, 50.)

1 DuPrestre et de la Dame, v. 21. (Fabliaux et Contes, t. IV, p. 182.) Voyez encore duPrestre c'on porte, v. 604 (ibid., p. 39. Cf. v. 631) ; du Credo au ribaut, v. 82 (ibid., p. 447. Cf. v. 71) ; la Bible Guiot de Provins, v. 2639 (ibid., t. II, p. 392), etc.

2 Voyez le Dictionnaire de Trévoux et ceux de Ménage, de Restaut et de l'Académie. Catel (Mémoires de l'histoire du Languedoc, liv. I, ch. v, p. 44) fait mention du vin clairet de Canteperdis, près de Beaucaire.

3 En 1540, le seigneur de Chàteaubriant, gouverneur du duché de Bretagne, demandait au parlement d'être exempté des droits de coutume pour quatrevingts tonneaux de vin, « tant blanc que claret, du creu de Neyrac, Chalosse, Bourdeaux, Graves, Gaillac, et autres solaiges de ce pays et duché de Guyenne, » destinés a la provision et dépense de sa maison : la cour, « suyvant les arrestz sur ce donnez en semblables matières, » faisait droit a cette requête, comme a une requête pareille de René, vicomte de Rohan, de messire Honorât de Savoie, comte de Villars, vicomte de Castillon, seigneur et baron de Montpezat, et du cardinal de Lorraine. (Reg. du parlement de Bordeaux, B. 24; folios 69 verso, 84 verso et 90 verso; 5, 14 et 16 janvier, 14 mars 1541.) Huit ans plus tard, un notaire de Bordeaux enregistrait plusieurs ventes de vins, « tant blancs, rouges que claretz-, » de diverses provenances. (Actes de Douzeau, des 18 septembre, 22 et 28 octobre 1549.)

et après1, toujours employé en Angleterre pour désigner des vins de France ; de là aussi l'allemand claret, l'espagnol clarete, et l'italien claretto2.

Une chose qui a pu embarrasser sur l'étymologie de claret, c'est que son prototype français était également employé pour désigner une composition aromatique que l'on préparait en faisant infuser des plantes odorantes dans du vin et en y ajoutant du miel ou du sucre3. Comme, l'opération faite, il était nécessaire de clarifier cette espèce d'hypocras4, on imagina de lui donner d'a-

1 Obligation de 60 livres tournois pour la vente de deux tonneaux de vin blanc et clairet, et de 200 francs bordelais pour cinq tonneaux de vin blanc, '< dont n'en y a que troys barricques de clairet. » (Minutes de Martin Arfeulbe, du 10 juin 1563 et du 31 janvier 1561.) Citons encore deux ventes, l'une de trente tonneaux de vin blanc et claret « tant de graves que de Pit, parroisse du Tourne; » l'autre, de vingt-huit tonneaux de vin blanc et clairet, pour la somme de 250 livres, a des marchands de Saint-Valery-sur-Sommc et d' A bbe ville, par un habitant de Baron, près de Branne, transactions enregistrées par le même notaire, le 10 septembre 1567, et le 17 novembre 1568.

- Dans le Journal d'André de la Vigne, il est fait mention d'un vignoble auprès de Naples, qui produisait de « très-excellent vin blanc, rouge et clairet» Histoire de Charles VIII, par C.odefroy, p. 132, ann. 1493), et dans le livre de dépense de la maison de Northumberland, en 1512, de dis tonnes deux barriques de vin de Gascogne pour la consommation de l'année entière, savoir : trois tonnes de vin rouge, cinq tonnes de vin clairet, et deux tonnes deux barriques de vin blanc, au prix de 4 livres 13 shillings 4 sous, par estimation. (The Régulations ofthe Household of Henry Algemon Percy, etc. London, m.dcccxxvii., in-8°, p. 6.) Enfin le maréchal de Vieilleville mentionne le vin de Gascogne blanc et clairet. (Mémoires, ann. 1550, dans la collection Petitot, l1* série, t. XXVI, p. 530.)

3 De la Maie Dame, v. 187, 177. (fabliaux et Contes, t. IV, p. 571, 580/ — Joseph du Ghe'sne {Pourtraict de Sauté, sect. 3, p. 5")-555 donne plusieurs recettes de claré. — Dans une relation du baptême d'un lils du second comte de Suflblk, en 1506, on trouve une mention de buires de vermeil portées à l'église cuni rinis de clarey et malvesey, Henry Alfred Napier, Historical Notices ofthe Parishes of Swyncomàe and Etvelme. Oxford, m.d.ccclvui., in-4°, p. 65, ch. m, note A.

'' Au xic siècle, a la cour de Baudouin 11. comte de Guines, nn servil a Guil-

bord le nom de claré, qui s'est plus tard confondu avec un autre mot, celui de claret, déjà existant. On a pu croire que les vins légers de Guienne expédiés en Angleterre y avaient été ainsi nommés en raison d'une préparation qu'ils auraient reçue pour résister à l'action de la mer et à d'autres épreuves plus redoutables encore, dans le temps où l'usage des bouteilles était à peu près inconnu ; mais nous n'avons trouvé aucun texte qui nous autorisât à croire que jamais le vin clairet ait pu être assimilé au claré du moyen âge, comme l'a fait un écrivain anglais l .

En général, les hommes du moyen âge aimaient les vins « frez et noviax2, » ce qui n'empêchait pas d'en

launie de Champagne, archevêque de Reims, du vin de Chypre et du vin d'Auxerre, insuper pigmentalum et clarification. Voyez Histoire généalogique des maisons de Guines, d'Ardres, etc., par André duChesne, preuves duliv. II, p. 119.

1 Observations tipon a Household Book of James the Fifth of Scotland. 1538. (Archœologia, vol. XX, p. 4.) — Des vins qui garnissaient la cave royale, le claret nouveau est estimé 6 livres écossaises le puncheon; l'alicante coûte 17 livres 16 shillings 9 deniers la pipe ; deux pipes de vin d'Anjou sont marquées 24 livres; une butt de malvoisie, 30 livres.— Dans un autre ouvrage qui renferme une liste de provisions, avec leurs prix du temps de Henry VIII, on trouve, pour un dîner de noce , trois barriques de vin , une de blanc, une de rouge, une de clairet, estimées ensemble 5 guinées. (Pegg's Cury, cité par M. Kinvan dans un article du Reader sur l'ouvrage de Th. George Shaw, n° du 1-4 novembre 1863, p. 563, col. 2.) Au xvie siècle, le malvoisie ne venait plus uniquement, comme auparavant, de Grèce; on en tirait aussi d'Afrique. Hakluyt, dont l'ouvrage parut en 1598, dit positivement que l'île de Ténériffe produisait trois espèces de vins, Canarie, Malvoisie et Verdona, qui pouvaient tous passer sous le nom de sack.

2 De Cortois d'Arras, v. 185. {Fabliaux et Contes, 1. 1, p. 262.)— De l'Ermite qui s'enyvra, v. 213. {Nouveau Recueil de fabliaux et contes, t. II, p. 180.) — « Li vins formentiex, » dont parle un chansonnier anonyme, comme étant de son goût (Ms. de la Bibliothèque de l'Arsenal, Belles-lettres françaises, in-folio, n° 63, p. 401), était sans doute du vin en état de fermentation, de ce moût (multum) dont Henry III ordonnait de délivrer une barrique au vicomte de

servir de vieux l ; mais il y a des raisons de croire que ces derniers étaient moins estimés. En 1226, Henry III faisait distribuer aux pauvres des vins vieux et gâtés2, ce qui donne une mince idée des sommeillers anglais de l'époque 3, et il commandait à ceux qui avaient la garde de ses vins à Bristol, de vendre les vieux et d'en acheter de nouveaux avec le prix 4.

On n'avait point encore songé à déterminer les crus, à établir de ces catégories qui se sont depuis multipliées à l'infini. Henry II avait emprunté à un marchand, Michel d'Àmbly, une barrique de vin de Gascogne : voulant acquitter sa dette, il ordonne aux gardiens de ses vins, à Southampton, de livrer à son créancier une barrique de vin de Gascogne5, sans désigner telle ou telle localité plus célèbre que les autres pour ses vignobles. Si, au lieu de vin de Gascogne, il se fût agi de vin de Berry, province que les Anglais connaissaient encore moins que les provinces du sud-ouest, il est sûr que les choses ne se

Southampton (Rot. Vase., 27 Hen. III, m. 5 et qu'Alexander Neckham exprime par deux mots latins, mustum et mulsum. (Wright, a Volume of Vocabularies, p. 98.)

1 Le Chevalier qui faisait parler, etc., v. loi. (lier, de fabliaux et comtes, t. III, p. 425.) — De la Maie Dame, v. 1 15, Î77. Ibid., t. IV. p. 570, 580.

2 Rot. litt. clans., 10 Hen. III, À. D. 12-26; vol. II, p. 97, col. 2.

3 Deux payements sous Henry VI et Edward IV (Archœologia, vol. XXIII, p. 106) peuvent être opposés au reproche d'incurie que l'on serait tenté d'adresser aux Anglais au sujet de leurs vins. Toutes les fois qu'il arrivait a Henry VIII de changer de résidence, chaque tonneau de vin devait être ouille. (Ibid., vol. 111, p. 157.) C'est ce que les documents anglais du xm* siècle appellent inoleare vinum. Voyez les Rôles des lettres closes, t. I, p. 005, col. 2. et t. II, p. 121, col. 2.

* Rot. lift, cluus., 10 Hen. III, vol. II, p. 112, col. 1. — On trouve un ordre pareil pour des vins de Hourg-sur-Mer parmi les lettres closes l';iites en Gascogne, de la trente-septième année (le Henry III. m. 20.

' Ilot. lilt. rlaus.. S lien. III. \. D. 1225; vol. I p. 570. ml. -J.

seraient point passées autrement. Le roi eût bien nommé le vin du Blanc; mais il ne serait pas allé jusqu'à spécifier ceux de Sancerre, qui n'étaient point encore réputés « très-excellens et des plus renommés du royaume1; » encore moins aurait-il nommé le vin de la plante de l'abbé et du sacristain de Saint-Satur, si vanté par la Thaumassière, qui ne dit pas à quelle époque on peut faire remonter cette renommée2.

Les vins de Gascogne qui ont eu le plus de réputation sont certainement ceux de Gaillac, à telles enseignes que des deux côtés du détroit ils figuraient, sous leur propre nom, sur des tables royales. Nous en avons déjà vu dans la provision du seigneur de Chàteaubriant, en 1540. En 1253, Arnaud de Gaillac recevait de Henry III, alors à Meilhan , l'ordre de livrer à un clerc du roi la valeur en cire de vingt barriques de vin, à valoir sur les vins que ce marchand devait fournir, et à déduire d'une somme de 1,100 marcs sterling qu'il s'était engagé à compter à ce prince3. En 1310, Macelot du Pont, échanson du roi de France, se fit apporter un échantillon du vin de Gaillac4, et, en 1533, François Ier, passant par là, reçut en don cinquante pièces devin blanc et clairet5; d'autre part, Henry VIII paraît avoir eu de la prédilection pour ce cru. Nous avons un des registres de sa dépense pendant

1 Thaumas de la Thaumassière , Histoire de Berry, etc., liv. VI, ch. i, p. 599. — Nouveaux Commentaires sur les coutumes générales des pays et duché de Berry, p. 501,502.

2 Hist. de Berry, liv. X, ch. i, p. 785.

3 Clans. Litt. fact. in Vase, 57 Hen. III, m. 8. i Histoire générale du Languedoc, t. VII, p. 29.

:; Rossignol, Monographies communales... du département du Tarn, part. I, ». IL p. 149, 215,565.

trois ans, et nous y voyons figurer une assez forte quantité de vin de Gaillac1.

La renommée des vins blancs et clairets de cette localité venait de l'avantage qu'ils avaient, indépendamment de leurs qualités intrinsèques, de pouvoir supporter la mer et de l'amélioration qu'ils recevaient du voyage 2 : aussi en expédiait-on, dès le xme siècle, non-seulement en Angleterre et en Normandie 3, mais en Ecosse, en Flandre, en Italie et « autres pays fort éloignés4. » S'il faut en croire les statuts municipaux de Bordeaux, le commerce des vins de Gaillac, comme de ceux de Rabastens, avec notre ville était assez considérable, au commencement du xvie siècle, pour donner lieu, le 2 décembre 1500, à une transaction avec les députés du Languedoc, homologuée par arrêt du Grand Conseil du 23 mars 1501 5.

1 The privy Pur se Expences of King Henry VIII, etc., éd. lty Nich. Harris Nicolas. London, 1827, in-8°. Voir l'index, aux mots : Wine, Gaitark et Suéde. Les registres du parlement de Bordeaux nous ont conservé le souvenir d'un marchand de Gaillac, Antoine de la Penchenerie, qui, avec Jean de Septs de Lessepsï et d'autres marchands et mariniers de Bordeaux, de Toulouse et de Bretagne, avait attaqué en justice des marins de Fontarabie, de Renteria, du Passage, de Santiago et de Saint-Sébastien. La cour déclara les défendeurs avoir enfreint le sauf-conduit a eux octroyé, excède et délinqué en menant et conduisant sur la mer les galions d'Espagne qui avaient fait les pilleries mciw tionnées au procès, et les condamna a payer la valeur du vin et du pastel pris sur la Gironde. Reg. du parlement de Bordeaux, B. 17, 15 avril 1525.)

2 Baccio, De naturali vinarum Historia, etc. Romse, 1396, in-folio, lil>. VII, p. 389, C.

3 Voyez dans les Olitn, etc., t. III, part. II, p. 1183, 1 181, la mention d'une vente de vin (le Gaillac a des marchands de Rouen, en 1">17.— On trouve dans les Rôles gascons mention d'un marchand de Gaillac, créancier de Henry III, auquel ce prince accorde une exemption du droit de prise pour les \ins qu'il fera conduire en Angleterre, Pat. IJtt. foc t. in Vase., r>7 lien. III. m. 7. -\

1 (i. de Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, liv. 1, cli. \ . p. 13; liv. Il, cl), xxiii, p. 348.

:i Ane. el notw. Statuts de la ville et cité de Bordeaux, édit. de 1701. p. l!>i.

Pour soutenir cette réputation, les consuls de Gaillac mettaient tous leurs soins à ce que le vin ne fût ni dénaturé ni falsifié, et tenaient la main à l'exécution d'une ordonnance de Raymond VII, comte de Toulouse, par laquelle il était expressément défendu d'introduire dans la ville du vin et de la vendange provenant d'un territoire étranger. Les contraventions aux règlements sur les vins étaient sévèrement punies, à ce point que les statuts locaux de l'année 1527 déclarent ceux qui étaient condamnés pour cette matière incapables de remplir aucune charge municipale1.

Après les vins de Gaillac, on peut citer, comme les plus estimés de ceux qui partaient de Bordeaux au xme siècle, les vins de Moissac, qui le sont si peu de nos jours. Il en est fréquemment fait mention dans les Close Rolls^, et dans l'un d'eux, la barrique de ce vin est portée à 34 sous, tandis que celui de Gascogne n'est qu'à 27 sous5.

Maintenant, si nous recherchons quelles sortes de vins Bordeaux chargeait sur les navires qui venaient y aborder, nous trouverons tous les renseignements désirables dans un registre de douane conservé aux Archives de Londres, qui remonte à l'année 1308 4, époque mémora-

1 Compayré, Études historiques et documents inédits sur l'Albigeois, etc., p. 369. — Rossignol, Monographies communales, etc., part. 1, t. Il, p. Mi, 215.

2 Rot. litt. clans., 9 Johann., vol. I, p. 88, col. 2 ; p. 89, col. 1 ; 2 Hcn. III, p. 271, col. 1.

3 Ibid., 10 Hen. III, vol. II, p. 118, col. 1.

4 Public Record Office, Exchequer, Aquitaine, Rourdcaux, 2-3, 4-5 Ed. II, ' 458. E B 1174. — S'il y eut jamais des registres antérieurs a celui-là, ils durent être peu étendus, Philippe le Bel ayant, a plusieurs reprises, depuis 1302, défendu de transporter hors du royaume le hic, le vin et autres marchandises. (Ordonnances, etc.. t. I. p. 381, 424. Cf. p. i22, 423/

ble pour le commerce de Bordeaux *. Le rédacteur, maître Jordan Moraunt, était alors connétable du château2, et y percevait , en cette qualité , la coutume sur les vins que l'on embarquait. Son livre commence le 11 septembre, et s'ouvre par l'enregistrement de la Plant ea, de Sandwich, qui portait trente -huit barriques, toutes chargées par des bourgeois : aussi n'est-il rien marqué pour la grande coutume, summa magne custnme, nichil, mention qui revient à la suite de bon nombre d'autres navires spécifiés de même, tels que la Gaanhabien, le Saint-Thomas, le Bon-An, la Porta-Joha, la Johaneta, de Teignmouth; la KatheUna, la Blida, de Sandwich; le Saint-Jacques, le Saint-Barthélémy, de Southampton; la Marguerite ou la Perle, le Saint-Pierre, de Warham; la Trinité, de Dartmouth; la Sainte-Croix, de Chester; le Soudier,de Bristol; la Godala, de Leek; la Marguerite, de Nantes; la Sauvea, de Sidmouth ; la Sauvea, d'Exmouth; la Rose, de Winchelsea; la Plantea, de Lyme; la Sainte-Croix, d'Okeley; la Sauvea , de Plymouth. Le 4 octobre, les vins des bourgeois de Bordeaux étant épuisés, on commença à embarquer ceux qui avaient été récoltés hors de la banlieue. Comme plus haut, les navires qui devaient

1 Cotte année, la première de son règne, Edward II chargeait le sénéchal de Gascogne et le connétable de Bordeaux de taire provision de mille barriques de vin pour les t'êtes de son couronnement et de délivrer ce vin a son bouteiller, a Londres. (Roi. nu. pat., 1 Ed. II. m. 18; ap.Rymer, ed.nov.,vol. II, pars I. p. 7.)

2 II l'était encore en 1312. f Ilot. Vase, 5 Ed. II, m. 3.) — Les Anglais disaient cons table, mot dont nous avons fait contable, officier du fisc, et qui a été, postérieurement a Noël du Fail, c'est-à-dire après le wi siècle, transformé en comptable. Voyez les Contes et discours ffEutrapel, èdit. de 1386, folio 1-28 v. — Il existe des Recherches sur l'ancienne connétablie de Bordeaux, lues a l'Académie de cette ville, le -20 février lTûù. (L'abbé Bawretn, sa //<■ (7 tes écrits, etc., par L. de Lamothe. Bordeaux, I8i«">, in-8\ p, r> i-r>i>. Voyez p. 36.

les emporter appartenaient à divers ports d'Angleterre ; mais il y en avait aussi de Normandie, de Bretagne et de Saintonge. Quant aux vins, ils provenaient de Bordeaux, puis de Bazas, Sainte-Bazeille, Marmande, Port-Sainte- Marie, Chirac, le Mas-d'Agenais, Castelmoron, Agen, Villeneuve, le bourg de Saint-Pierre, Penne, Montauban, Moissac, Castel-Sarrasin, Sainte-Livrade, Castel-Sagrat, Rabastens, Auvillars, Villeneuve, Gaillac, Condom, Layrac, Mirabel, Villedieu, Cordes, Bayonne, Cahors, Gontaud, et nombre d'autres localités dont le nom ne servirait qu'à allonger inutilement cette liste. Ces vins payaient 15 sous par barrique au connétable du château de Bordeaux, tandis que les vins provenant des vignes des bourgeois de cette ville n'étaient soumis qu'à un droit ou coutume de 10 sous bordelais1. La plus forte coutume qui pesait sur les vins du haut pays est appelée isshac dans une note jointe au titre du Papirtis de maître Jordan Moraunt, qui ne manque jamais d'inscrire en regard du nom du chargeur le montant et la désignation du droit qu'il a payé, et en marge la provenance de la marchandise. Prenons, par exemple, le premier article du registre, lequel est un peu dégradé par l'humidité : nous voyons P. de Camparrian inscrit pour vingt-sept barriques, et trois autres bourgeois de Bordeaux pour une quantité moins considérable; tous, à la suite de cette énonciation, portent la note ffr, qui nous paraît signifier franco. Une fois le dénombrement fini, le teneur de

1 Henry III , écrivant au maire et aux gabariers de Bayonne pour leur ordonner de lever an décime de guerre sur toutes les barriques de vin existant a bord de leurs navires, excepte de cette mesure les vins des prud'hommes de Bordeaux. {Rot. Vase, 26 Ken. III, A. D. 1212, m. 5.)

livres fait ainsi son addition en trois lignes : Su ni ma magne custume, nichil. — Royannum, vij. solid. xj den. BurdegaL — K '. ix. solid. burdeg. Ce K nous semble signifier Killagium; nous reviendrons sur le droit désigné par ce mot, ainsi que sur la coutume de Royan.

Les vins provenaient-ils de vignobles en dehors du territoire de Bordeaux ou des possessions anglaises, les annotations sont différentes. Jean Beu, de Gontaud, et Gaillard Àyquem, de Bazas, avaient chargé sur le Swan, de Teignmouth, l'un cinquante-deux, l'autre trente barriques : tous deux sont mentionnés comme ayant payé triple coutume. Un certain Arnaud de Laun, de Marmande, qui avait huit tonneaux sur le Saint-Michel, de Lyme, reçoit la même note, avec cette différence qu'après viij ton cusf , on lit yss ter, ce qui doit vouloir dire qu'en sus de la grande coutume, il avait payé trois fois la petite, appelée Vissait ; mais peut-être ce terme [était-il pris dans le sens adjectif, et faut-il comprendre que le propriétaire ou le marchand gascon n'avait payé qu'un triple droit : ce qui était bien assez, comme on ne peut manquer de le penser en voyant, une ligne plus haut, Arnaud Galhau, riche bourgeois de Bordeaux, charger franco sur le même navire soixante-treize barriques de son vin.

Après avoir pris à Bordeaux un plus ou moins grand nombre de barriques et de pipes de vin, les navires complétaient leur chargement à Macau, au Bec-d'Ambès, à Margaux, à Castillon et autres points du Médoc, ce qui annonce bien que ce « solitaire et sauvage pays » ne l'était pas autant qu'on a voulu le dire1, et que ses vignobles

1 Dans une lettre écrite, on 1407, do Bordeaux à Henry IV. roi d'Angleterre, il ost l'ait mention du Médoc, comme habituellement abondant on vivres.

ne datent point d'hier1. Un navire de Dartmouth est enregistré comme n'ayant point payé de coutume pour quarante-quatre barriques prises au-delà de la Jalle, et un autre, de Lyme, comme n'ayant acquitté que le droit de Royan pour une portion de sa cargaison , mention conforme à d'autres, dont plusieurs se rapportent à Blaye.

Pour que ces mentions pussent être consignées sur le registre du connétable de Bordeaux, il fallait que celui-ci

(Champollion, Lettres de rois, reines, etc., t. II, p. 322.) — Dans plusieurs éditions du Dictionnaire géographique portatif , de Vosgien, le Médoc n'est présenté que comme renommé par ses huîtres. L'édition de Paris, an VIT de la République, p. 488, col. 1, y ajoute les cailloux de ce pays; et cependant depuis plus de dix ans Raurein avait vanté « le fameux cru de Lafitte, qui avoit occasionné, dans Paris et ailleurs, au seigneur qui en étoit propriétaire, le surnom de prince des vignes. » (Yar. bord., t. II, p. 116.^ — Parmi les variétés de figues, il y en a une qu'on appelle la medot; elle est jaune dedans et dehors. {Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, etc., par M. de la Quintinye. A Paris, m.dcc.xxxix., in-4°, 3e partie, ch. vui; t. I, p. 341.) Le cardinal Wolsey l'acclimata a TarringctàLancing (comté de Sussex\ Il existe encore chez nos voisins une cerise originaire du Médoc, appelée mayduque. Circonstance curieuse, cette espèce, si estimée en Angleterre, n'est plus connue dans sa première patrie. 1 Entre autres preuves h l'appui, on peut citer des actes dans lesquels il est fait mention des vignes de Saint-Seurin-du-Pian en 1335, et de celles de Margaux en 1399. (Fœdera, éd. de 1740, t. IV, part. I, p. 133, col. 2; Variétés bordeloises, t. III, p. 141, 183. Cf. t. IV, p. xv.) — Douzeau enregistre, au 3 octobre 1346, une vente de quinze tonneaux de vins claretz, du cru de Saint-Seurin et de Saint-Martin-de-Cadourne, à raison de 10 écus sol l'un ; et, au 27 du même mois, la vente de trente tonneaux de vin claret, du cru du Médoc, pour la somme de 730 francs bordelais. Un autre notaire, Arfeulhe, nous a conservé l'acte de vente , en date du 27 avril 1565, d'une pipe de vin nouveau , bon et net, du cru de Germinian en Médoc, en fût neuf de la jauge de Bordeaux, rendue en cette ville, moyennant la somme de 15 francs bordelais. Peu d'années après, le 17 août 1569, Audoyn, notaire a Cadillac, dressait un acte semblable portant vente par damoiselle Marthe de Valier, veuve du conseiller Arnauld de Ferron, a Jean Labat, maître pâtissier a Bordeaux, des vins à récolter dans l'année sur les domaines des maisons nobles de Ferron et de Saint-Aubin en Médoc, « et ce a raison de 18 francs tournois le tonneau et fornyr tout le boys pour icelluy mectre, moyennant ce que lad. damoiselle sera tenue dealer fere sercher tout led. boys pour mectre led. vin, a Bordeaux.»

eût, sur chaque point d'embarquement, des employés pour recevoir les déclarations des chargeurs et assurer l'acquittement des droits du fisc; mais les droits du trésor municipal de Bordeaux ne pouvaient être exigés des vins embarqués pour l'étranger dans les ports des lieux de production. Apres à la curée, le maire et les jurats firent un établissement portant défense de charger des vins sur aucun navire à pareille destination, depuis l'embouchure de l'estey Crebat, aux Chartrons, jusqu'au port de Castillon. Ce statut fut confirmé par le roi d'Angleterre1.

Les navires qui descendaient la Gironde et faisaient escale aux différents ports du Médoc, ne venaient pas tous de Bordeaux; nombre commençaient par monter à Libourne, et, après avoir chargé des vins de Périgord, ils prenaient ceux de Bourg et de Blaye, qui paraissent avoir été très-anciennement estimés. Si l'on ajoute foi à une tradition qui s'est perpétuée dans le département de la Gironde, ces vins étaient encore tellement prisés au siècle dernier, que les particuliers qui possédaient des biens dans le Bourgeais et dans le Médoc, ne vendaient leurs vins de Bourg qu'à condition qu'on leur achèterait en même temps ceux du Médoc 2, et nous savons de source plus certaine que des bourgeois de Bourg achetaient des vins de cette contrée3, soit pour multiplier les leurs, soit pour les remplacer. Une pareille tradition, si l'on peut la faire remonter jusqu'au xrve siècle, expliquerait les haltes des

1 Rot. Vase, 17 Ed. III, m. 3; 25 Ed. III, m. 3. — Le Livre des Bouillons, n° 32, folio .liii. reclo.

5 Variétés bordelaises, etc., t. II, p. 233.

:5 Vente par André Tousset, habitant de la paroisse de Maeau , au sieur Patureau, bourgeois de la ville de Bourg, de six tonneaux de vin rouge. Minutes de Continues acte du 2 mai 1656, fol. 30 recto.)

navires étrangers pour compléter leur chargement dans le Médoc, alors moins florissant que les pays voisins.

Vers la fin du règne d'Edward III, les habitants de Bourg se virent retirer la faculté qu'ils avaient eue jusqu'alors de vendre leurs vins sur place au commerce et de les embarquer sur la Gironde ; le connétable de Bordeaux ayant fait proclamer la défense à tous marchands d'en charger ailleurs que dans cette ville et à Eayonne. Le maire, les jurats et la commune, lésés dans leurs intérêts, réclamèrent auprès du roi, lui représentant qu'un pareil arrêté les réduirait à la misère, vu qu'ils n'avaient pour vivre qu'une petite quantité de vin provenant de leurs vignes et de leurs héritages, et le prince, d'accord avec le parlement, renvoya la pétition au sénéchal de Guienne, pour y faire droit1.

En 1290, Edward Ier, voyant le développement qu'avaient pris Libourne et son commerce, écrivait à son connétable de Bordeaux, Itier d'Angoulême, pour lui ordonner de s'entendre avec maître Osbert de Daggeston, à l'effet de nommer sans retard un prévôt à la résidence de la ville nouvelle. Les instructions secrètes, mais précises, de cet officier consistaient à inscrire les noms de tous les navires qui chargeaient sur la Dordogne, ainsi que ceux de leurs maîtres ou capitaines; il devait, en outre, prendre note de leur port d'attache, de leur destination, de la nature de leur cargaison, et adresser tous ces renseignements, deux fois par an, sous cachet, au connétable de Bordeaux, qui lui-même avait ordre de les transmettre,

1 Rot. Vase, 51 Ed. III, m. 2. — Dans l'un des rôles gascons du règne suivant (4 Rie. II, ni. 5), on trouve la confirmation des privilèges des bourgeois de Bourg.

à Pâques et à la Saint-Michel, époques de la tenue des échiquiers, en Angleterre1.

Nous n'avons plus les premiers registres qui furent tenus conformément à cette ordonnance; mais celui qui nous reste de la première année d'Edward II2 est suffisant pour nous mettre en état de juger du mouvement commercial des ports de Bourg et de Libourne au commencement du xive siècle. Sur ce registre on voit figurer tout autant de navires que sur celui que nous venons d'analyser, peut-être même une plus grande variété. De tous ces bâtiments, la majeure partie appartient à l'Angleterre, puis à la Normandie et à la Bretagne, bien que cette dernière province ne s'approvisionnât pas seulement en Guienne; mais dans le nombre il en est qui méritent une mention particulière.

Ce sont, par exemple, la Sainte-Marie, de Suint-Sébastien; le Saint-Esprit, la Sainte-Marie, de Fontarabie; la Sainte-Catherine, de Bordeaux; la Sainte-Marie, le Paradis, la Dieudonnée, le Saint-Thomas, de Caen; le Saint-Jean, de Sare ; le Pèlegrin, de la Hogue ; le Saint- Nicolas, la Notre-Dame de Saint-Menne, de Caucale; la Marti nette, la Notre-Dame, de l'Abace de Vire, et cent autres navires, barques ou chaloupes, de localités plus ou moins notables, nommément de Dunwich, dans le comté de Suffolk, place qui, après avoir eu un commerce

1 Rot. Vase, 17 Ed. I, pars I, ni. i. — Vers le même temps, Joltan llyral demandait au roi la place de contrôleur, a Libourne, des dîmes lovées dans cette ville sur les vins des rebelles. (Pétitions to tlie King and Couricil, Public Record Office, n° 295 A.)

2 1-2 Edw. II. — Papirus Johannis Guicardi, ckrici, contrarotulatoris castri Burdegalensis, confinais recepta magne custnme ejmdem castri. Public Record Office, EB. 116.5.)

florissant comme celui de Berwick1, et assez important pour avoir donné lieu à une recommandation royale en faveur de ses marchands en relation d'affaires avec Bordeaux2, est à la veille de disparaître de la carte.

La Sainte-Marie de Saint-Sébastien, patron Pascal, de Blaye, ayant chargé en deux fois, à Bordeaux, puis à Macau, vingt-deux barriques de vin, était partie sans payer la coutume, et n'avait acquitté que le droit de Royan, 3 sous 9 deniers. Ainsi que le fait encore remarquer le clerc Jean Guichard, ce navire, avec deux autres de Saint-Gildas , un troisième d'Ipswich et un quatrième de Winchelsea, qui avaient pris leur chargement, les uns à Cognac, le dernier à Macau, avaient reçu les sceaux du duc de Bretagne, avant qu'il eût été défendu à Pierre de Castillon, qui les avait en main, de délivrer ainsi des laisser-passer aux navires en charge dans la Gironde. « Et cette défense, ajoute Jean Guichard, fut faite le 22 septembre 1307. » On verra dans le chapitre suivant ce qu'il faut entendre par les sceaux du duc de Bretagne.

Le plus grand nombre des navires enregistrés par le contrôleur du château de Bordeaux prenaient leur chargement à Bourg, à Libourne, à Blaye et à Macau; mais il est d'autres localités mentionnées par l'écrivain comme visitées, dans un but de commerce, par les marins étrangers. C'est d'abord Margaux, ensuite Castillon-en-Médoc, Entre-deux-Arcs 3, Talmont-sur-Gironde, la Nogerède,

1 Chronicon de Lanercost, p. 183.

2 Rot. Vase, 15, 14 Ed. Il, m. 8.

3 Voyez, au sujet de cette localité, qui existait sur la paroisse de Saint- Estcphe, les Variétés bordelaises, t. 1, art. xxiv, p. 290-297.

l'estey de Mappon1, Messi', l'estey de Mesters, Royan. Après cela, comment croire, nous le répétons, à ce qui a été dit de l'état ancien du Médoc2?

La Sainte-Catherine de Bordeaux, qui vient de nous apparaître, annonce que déjà cette place possédait une marine ; mais il ne manque pas de preuves qu'il en était ainsi dès le xme siècle. Il est bien vrai qu'en février 1243, Henry III, pendant son séjour en Guienne, ayant besoin de quelques embarcations à Branne, sur la Dordogne, les demandait à l'abbé de Sainte-Croix, et que celui-ci lui envoyait sans délai, de sa ville de Macau, quatre chaloupes3. Il est encore vrai que le même prince, voulant, au mois d'août suivant, aller à Saint-Matthieu en Bretagne, écrivait au maire et aux jurats de Bayonne de lui faire équiper deux bonnes galères montées par de braves gens, et de lui procurer quatre des meilleurs mariniers de la cité, versés dans la connaissance des temps et des routes de mer4; mais, l'année précédente, Henry III,

1 Le chenal de Mappon, situé au nord de Saint-Estèpbc, qu'il sépare de Saint-Seurin de Cadourne et qui conduit a la Gironde les eaux du marais de Vertcuil.

2 Baurein, Variétés bonkloiscs, t. IV, p. 253-256. — Parmi les localités dont les noms viennent de défiler sous nos yeux, il en est sans doute dont la position n'est point facile à déterminer; mais il ne faut pas oublier les caprices de la mer et du fleuve, qui, dans certains endroits, ont rongé leurs rives, dans d'autres ont amoncelé des sables, accru le terrain d'alluvion ou créé des îles. A la fin du xiv siècle, il en existait deux, plantées d'aubiers, dans la Cironde, devant le port de Salarme. près de Bordeaux. {Rot. Vase., 22 Rie. II, m. 2.)

3 Rot. Vase, 27 Hen. III, m. 15.

4 Rot. cart. et pat., 27 Hen. III, m. i et G (bis). — Dans le premier des documents auxquels nous renvoyons, le roi mande les deux navires de Bayonne a la Pointe de Grave; dans les autres, c'est a Bordeaux. Ailleurs (Clans. Litt. fart, in Vase, 27 Hen. III, m. 10), le roi ordonne au prévôt de l'Ombrien ne recevoir les agrès que lui remettront, par ordre supérieur, les maîtres des p;t-

ayant appris qu'un navire se rendait d'Espagne à la Rochelle avec une cargaison de chevaux, de soieries et autres marchandises, écrivait au sénéchal de Gascogne d'en informer les Bordelais, afin qu'ils pussent faire diligence et s'emparer de cette riche proie1. Le même jour, le roi adressait une autre lettre aux autorités de Bordeaux pour leur demander l'envoi de trois cents arbalétriers et de toutes leurs galées2. Enfin, ayant reçu l'avis que les Français se préparaient à envahir l'île de Ré, il donnait l'ordre de mettre en état ses galères de Bayonne et de Bordeaux3. Dans une lettre close du 27 décembre 1253, il est fait mention du navire de ce port appelé le Portejoie A; dans un autre acte de l'an 1269, figurent six individus, « nautoners deu port de Bordeu3;» et au nombre des navires qui composaient la flotte qu'en 1295, Philippe le Bel avait fait rassembler sur la côte ouest de la France, se trouve « la galée Nichole de Bordiaus 6. »

On fabriquait aussi à Bordeaux des ancres, mais vraisemblablement de petites dimensions et pour bateaux. Henry III, en 1253, écrivait de Bazas à son trésorier de

lères, d'en donner acte, et de faire garder ces bâtiments jusqu'à nouvel avis. Une autre fois , le même prince commande d'arrêter les navires avec les embarcations qui en dépendaient. {Ibid., m. 20.)

1 Rot. litt. claus., 26 Hen. III, pars III, m. 3.

'2 Ibid., m. 3 in dorso.

3 Rôti Vase, 27 Hen. III, m. 22. Cf. m. 6.

4 Claus. Litt. fact. in Vase, 37 Hen. III, m. 13. 3 Rot. Vase, 17 Ed. I, pars I, m. 13.

6 C'est le compte Gyrart le barillier, etc. (Jal, Archéologie navale, etc., t. II, p. 308.) — Nous n'avons pas cité une licence accordée, en 1205, a deux bourgeois de Bordeaux, Pey Andron , vraisemblablement le même qui devint maire douze ans plus tard, et Bernard Brute , d'emmener leur navire arrêté a Portsmouth (Rot. litt. clans. , vol. I, p. 29, col. 2), parce que rien n'indique que ce navire fut leur propriété.

lui envoyer six ancres et des chaînes que cet officier avait fait faire dans la première de ces villes1.

Voilà pour le xmc siècle ; passons maintenant au suivant.

En 1326-27, Amaury Brunet, de Bordeaux, à la veille de se rendre outre-mer pour le service d'Edward III, qui l'appelle son valet, obtenait un sauf-conduit pour lui, ses hommes, ses effets et marchandises, en un mot pour tout ce que portait son navire, appelé le Saint-Pierre de Bordeaux2. Remarquons, cependant, que le maître ou capitaine de ce bâtiment, pinasse ou conque3, était de Bayonne4, et que les Plantagenets avaient recours, dans leurs nécessités, aux chantiers établis dans cette ville, aussi bien qu'aux navires et aux marins appartenant à son port5. Celui de Bordeaux était surtout à Saint-Pierre : dans une enquête faite en 1262, un vieillard, nommé Arnaud Arudeva, dépose que, quand le roi de Castille vint dans cette ville, les vaisseaux et galères étaient au pont Saint-Pierre6. Le nom du navire bayonnais ne seraitil pas un souvenir de cette localité?

Nous avons d'autres témoignages concernant la marine

1 Clans. Litt. fact. in Vase, 37 Hcn. III, m. 13.

2 Rot. Vase, 1 Ed. III, m. 5.

:i On lit dans Y Histoire de Florence, de Giovanni Villani, liv. VIII, eh. lxxvii : « Certi di Baiona in Guascogna, con loro navili, lo qualc si chiamava cocche Baionensi, passaro per lo stretto di Sicilia, e venero in questo nostro mare coi seggiando, » etc. (Rerum Ualicarum Scriptores, éd. Murât., t. XIII, col. 412.)

* Dans une autre pièce, qui présente un nouvel exemple des abus du droit de marque, c'est, tout au rebours, un certain Guillaume Cornyssbe, de Bordeaux, qui est maître d'un navire appelé In Graciane de Bayonne. (Rot. Vase, 34 Ed. III, m. 2.)

!i Rot. Vase, I, 2 et 3 Ed. II, m. 9.

6 Cartulairc de l'abbé Baurein, conserve aux Archives de l'hôtel de ville de Bordeaux, folio 27 verso.

de Bordeaux au xive siècle, dans un ordre d'Edward II au connétable de préparer des navires pour le service du roi en Guienne1, et dans un passage de Froissart, qui, racontant « comment les Ànglois assaillirent Bergerac par terre... et puis eurent conseil qu'il l'assaudroient par eaue, » dit qu'ils envoyèrent chercher sur la Garonne des navires et des bateaux, et qu'il en vint plus de quarante, « qui là gisoient à l'ancre au havre devant Bourdeaux2. » On peut encore citer la Dame du Carmel de Bordeaux, capturée près du château de Royan par des Français, avec un chargement de soixante barriques de vin embarquées dans cette ville pour l'Angleterre3; et, en 1405, une barque commandée par un Anglais, la Trinité de Bordeaux, chargée de blé, de fèves, pois et autres denrées4.

Un fait rapporté par Darnal montre qu'au xive siècle, les marins étaient déjà nombreux à Bordeaux, sans parler des pilotes lamaneurs du bas de la rivière5. Il s'agit d'un gabarier, nommé Pey de Caussade , que le curé de Saint-Michel avait fait sortir de l'église comme excommunié. Cet homme, dans sa fureur, menaça les jurats de

1 Rot. Vase, 18 et 19 Ed. II, m. 19 in dorso. — Quand il s'agissait d'expéditions hors du pays, comme, en 1335, d'aller combattre les Écossais, les rois d'Angleterre s'adressaient à Bayonne. (Ibid., 9 Ed. III, m. 4.)

2 Chron. de Froissart, liv. I, part. I, en. ccxix ; 1. 1, p. 183, col. 2. — L'époque de l'année 1345, a laquelle eut lieu ce siège, exclut l'idée que cette flottille fût composée de bâtiments étrangers, venus à Bordeaux pour charger des vins, et mis en réquisition par le maire.

3 Rot. Vase, 32 Ed. III, m. 18.

*IM&,6Hen. IV, m. 6.

5 Dans un compte du Public Record Office (Navy Accounts, T. G. 306, SC- SI Ed. III), on trouve le lamanage, pour le pas de la Gironde, marqué 18 sous A deniers, et 8 sous 2 deniers.

leur résister avec quatre mille de ses camarades, et il fallut, pour apaiser l'affaire, que le duc de Duras, grandsénéchal de Guienne, s'en mêlât, et que l'on procurât à ce marin l'absolution qu'il demandait1. Comment s'étonner, après cela, que les mariniers de Bordeaux cédassent à la tentation d'aller en course2?

Selon toute apparence, ces gabariers formaient déjà une corporation. En 1462, Louis XI instituait à Bordeaux la confrérie de Montuzet, en l'honneur de la Vierge Marie, « estant porté par l'institution, dit Delurbe, qu'aucun de ladite ville ne pourra faire estât de la navigation, qu'il ne soit enrollé en ladite confrérie3. »

Déjà la ville possédait, sinon des navires, au moins des barques : les comptes du trésorier, pour 1410, mentionnent un payement de 17 livres, à Boger Can, pour l'achat de Yanguila de TropcitaK Uanguila, ou anguille,étBLÏï un bâtiment d'une construction fine et légère, d'une forme allongée, fort en usage à Bordeaux5 à cause

1 Supplément des chroniques... de Bourdeaux, p. ^0.

- Des marchands de Barcelone, qui avaient charge des grains sur un navire flamand, dans le port de l'Écluse, en furent dépouillés en nier par des Bordelais, et la cargaison, conduite a Bordeaux, l'ut vendue. Les Catalans réclamèrent et obtinrent que l'argent leur serait rendu; niais il fallut que Richard 11 intervînt. (Roi. Vase., 1 Rie. 11, m. 8.)— Deux ans après, il accordait des saufsconduits a .Julien de Bordeaux et a Jean de Monségur, maîtres chacun dune barque appelée Saint-Jean, de la même ville. (Ibid., (> Rie. II, ni. 1 1.

:i Chronique bordelaise, etc. A Bordeaux, m.dcciii., in-l°, folio -2(\ recto.

4 Camille rendu des travaux de la Commission des monuments et documents historiques... du département de la Cironde pendant l'année l8Sé-5S, p. r><>.

B « A Blaye, l'on monte sur l'anguille, qui est un certain bac petit et grand, lequel d'une marée eonduiet, selon le vent, jusques a Bordeaulx. » Le Guide des chemins de France. A Paris, m.o.i.ii., petit in-S". p. 196, 199. C'est sûrement de cette espèce de bateau que veut parler le règlement des poissonniers regrattiers du poisson frais, qui défend d'aller dans un rayon de cinq lieues audevant des pêcheurs, •« et après revendre, suit suc la rivière descente de l'an-

des passes de la rivière, que des bateaux de plus grande dimension ne pouvaient franchir. Le point du port de Bordeaux appelé dans divers titres anciens Yestey des Anguilles, qui débouchait entre la porte des Paux et la porte du Caillau1, paraît avoir été la station la plus habituelle des barques de ce genre, qui, avec les baleners, constituaient la marine bordelaise2. Au xve et au xvie siècle, l'estey des Anguilles et celui du pont Saint- Jean étaient bordés d'échoppes et de chais. Il existait aussi un grand nombre de ces derniers le long des murailles, trèsprès de la rive, et c'est à l'aide du flux qui pénétrait dans la plupart de ces chais, que les navires et les barques venaient y recevoir ou y déposer leur chargement. Ils y trouvaient aussi un abri pendant la mauvaise saison et lorsqu'ils avaient besoin de réparations3. Entre l'estey

guille, ou autre bateau. » (Anciens et nouveaux Statuts de la ville et cité de Bourdeaus, etc., p. 217.) Le P. Fournier, qui décrit les gabares et les aiguilles de Bordeaux, dit que l'on s'en servait pour pêcher le maigre, grand poisson de nier fort renommé dans le pays. (Hydrographie, liv. Ier, ch. xxxvi, p. 51.) — Dans une enquête des limites de la juridiction de Soulac, etc. (1497), conservée aux Archives départementales de la Gironde, il est fait mention d'une nef ou vaisseau appelé anguile, jeté a la côte et capturé en 1432. Enfin , les minutes du notaire Douzeau renferment, d'abord une mention de l'anguille de Blaye, le 17 septembre 1547, puis, à la date du 27 novembre 1549, un acte de vente « de ung tiers d'anguille faicte en barque, nommé la Marie de Blaye, » par un marchand de cette ville à un marchand de Bordeaux, pour la somme de 23 écus sol.

1 Minutes de Douzeau, 1er janvier 1546. — L'estey des Anguilles devait être l'embouchure de la Devèze. (L. de Lamothe, l'Abbé Baurein, savie,ses écrits, etc., p. 124; et Compte rendu des travaux de la Commission des monuments, etc., 1847-48, p. 24.)

2 Froissart, racontant qu'en 1378, les Anglais « ordonnèrent naves et vaisseaux sur la rivière de Gironde » (Chroniques, liv. II, ch. xxxm; t. II, p. 37, col. 2), nomme des barges, des hoquebots, des chalans; mais il est probable que ce ne sont la que des termes généraux.

3 Compte rendu des travaux de la Commission des monuments et documents historiques, etc., ann. 1854-55. p. 39.

nommé de Fines Terres et la porte des Paux, se trouvait le port, ancrage et station des navires au fret, qui allaient y charger et décharger ; de la porte des Paux à celle du Caillau était l'abri et la rade d'hiver des navires, malgré le mauvais état de la rivière en cet endroit 1 ; à la suite et devant le pont Saint -Jean, des barques chargées d'oranges et citrons, de blé, de légumes et de poisson sec ou vert, devaient aborder et stationner, et les navires chargés de sel aux Salinières. Enfin ceux qui avaient besoin d'être radoubés remontaient jusqu'à la Grave2.

Le lest des navires de Bretagne, de Normandie et d'autres pays, resté à Libourne 3, confirme d'une manière irréfragable l'état florissant du commerce de ce port dès les premiers temps de son existence , et l'on pourrait croire que les Libournais n'avaient qu'à attendre, pour la vente de leurs vins, les bâtiments qui venaient périodiquement leur rendre visite, et les Anglais, quand ceux-ci en avaient la permission 4. Ils envoyaient aussi vendre leurs vins à Bordeaux. Edward III, octroyant des immunités aux bourgeois de Libourne, réserve la coutume des vins, que ses officiers continueraient à percevoir sur ceux qu'ils chargeraient à Bordeaux, ainsi que les autres coutumes et péages dus de vieille date à la couronne 5. C'était en effet

1 Un acte ancien nous représente le bateau d'un marchand du Périgord échoué sur de grandes pierres, entre ht porte du Caillau et la tour de Lucmajou. (Minutes de Couthures, folio 215 recto, a la date du 20 mai L654.

2 Cleirac, les Us et coutumes de la mer, etc. p. 59.

'Cuinodie, Histoire de Libourne, t. II, p. 123, en note.— Voyez, sur le commerce de cette ville, S h, P- 236 et suiv. 4 Rot. Vase, 29 Ed. III, m. 12. (Nouv. Hyin., vol. 1, part. I, p. 301.) 8 Ordonnance du 28 juillet de la vingt-deuxième année d'Edward III. Us.

là (jiie se faisait le plus grand commerce de vins et que Ton était le plus sûr de trouver marchand; il n'y avait que Bordeaux pour avoir des bourgeois créanciers des rois d'Angleterre pour la somme énorme de 400 marcs sterling, valeur de cent barriques de vin, comme le maire Henry le Waleys en avait livré, à Londres , sa première résidence, à Matthieu de Colombiers, bouteiller d'Edward Ier1.

Nous avons déjà vu que nos compatriotes pouvaient cumuler cette qualité de bourgeois de Bordeaux avec celle de citoyen de Londres ; suivant le besoin ou le siège de leurs affaires, ils acquéraient le droit de cité dans d'autres lieux. Pierre de la Gride réunissait la qualité de marchand et de citoyen de Bordeaux et celle de bourgeois de Milton (de Meletonia)*, localité qu'il n'est point aisé de déterminer dans le nombre de celles du même nom qui existent en Angleterre. Bernard Auquer est désigné à la fois comme citoyen de notre ville et bourgeois de Gaernarvon, dans des lettres de protection de la même époque5. Ce dernier titre l'exemptait, dans toute l'étendue des possessions anglaises, des droits de tonlieu, de lestage, de passage, de murage, de pontage, d'étalage, et de toutes autres coutumes4 et demandes; mais il restait sujet, pour lui et ses hommes, ses navires et autres biens, ses effets et marchandises, à la coutume royale de

lut. de la Bibl. imp. n° 9134, folio xxvj recto. — Guinodie, Uist. de Libourue, t. I, pièces justificatives, n° 20, p. 363, 364. Cf. p. 41.)

1 Rot. Vase, 10 Ed. I, m. 2.

2 Ibid., 17 Ed. I, pars II, m. 10.

3 Ibid., 17 Ed. I, pars II, m. 9.

4 On peut les énumérer a l'aide des Fœdera de Ryincr, vol. I (Lond., 1704. p. 53. Voyez encore Nicolas, a Uist. ofthe Roy fil Xuvij, vol. I, p. 92.

Bordeaux ou des autres localités du duché de Guienne, suivant l'usage établi avant que les lettres patentes dont il aurait pu se prévaloir comme bourgeois de Caernarvon, eussent été promulguées.

Les étrangers en possession du titre de bourgeois de Bordeaux, recevaient sûrement un diplôme qui témoignait de leur droit de cité. Recommandation leur était faite de conserver précieusement cette pièce, l'usage n'existant pas encore de consigner les noms de cette catégorie de citoyens sur un registre spécial, et la perte delettres de bourgeoisie pouvant avoir de graves inconvénients. La contablie surtout ne manquait jamais de s'en prévaloir pour donner lieu à des contraventions et en tirer profit. Après le milieu du xvie siècle, un certain André du Caboy, bourgeois et marchand de Bordeaux, ayant tenté de s'affranchir du payement de droits dus au fisc, en excipant de la première de ces deux qualités, fut sommé d'en justifier; il prétendit avoir perdu ses lettres de bourgeoisie, et dut composer avec le fermier des droits de la contablie [ .

1 Acte du notaire Arfeulhe, en date du 17 novembre loGT.

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